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À partir d’avant-hierLe site du journal L'âge de faire

Rafah sous les bombes, la France ne bouge pas

Le 22 mai, l’Espagne, la Norvège et l’Irlande ont annoncé leur reconnaissance de l’État de Palestine. En dehors de la Suède, qui avait franchi le pas en 2014, aucun pays d’Europe occidentale n’avait pour l’instant pris cette décision.

Depuis la naissance de l’État d’Israël, en 1948, la création d’un État indépendant est l’une des principales revendications des mouvements politiques palestiniens. En 1988, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) proclame l’indépendance du pays, reconnu rapidement par 82 États, essentiellement en Afrique, au Moyen-Orient et parmi le « bloc soviétique ». Au fil du temps, d’autres ont suivi, notamment en Amérique du Sud. Aujourd’hui, la Palestine est officiellement reconnue par 146 membres de l’ONU sur 193. Parmi ceux qui s’abstiennent figurent les États-Unis, le Canada, le Royaume Uni… et la France.
Le 20 mai, la Cour pénale internationale (CPI) a par ailleurs déposé un mandat d’arrêt contre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et son ministre de la Défense Yohav Gallant, ainsi que contre trois dirigeants du Hamas, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Cinq jours plus tard, la Cour internationale de justice (CIJ), rattachée à l’ONU, ordonnait à Israël d’arrêter immédiatement ses bombardements de la ville de Rafah, au Sud de la bande de Gaza. Ce qui n’a pas empêché l’armée israélienne d’intensifier ses bombardements, notamment sur un camp de réfugiés où avaient fui 100 000 personnes.

Pour l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), « le silence et l’inaction de la France sont criminels. Il est temps enfin de condamner les crimes commis par Israël : à ce niveau d’atrocité, “s’indigner” est indécent. Il faut AGIR pour IMPOSER à Israël le respect du droit international et l’application des ordonnances de la CIJ. Ne pas le faire relève de la complicité de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de crime de génocide ».
L’AFPS organise des campagnes de boycott, de pression politique, et mène des projets au long cours : missions sur place à la demande des Palestiniens (témoignage, participation à des actions de résistance), soutien à des filières agricoles et économiques, information du grand public… Elle compte une centaine de groupes locaux en France.

LG

01 43 72 15 79 – france-palestine.org

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Dans les coulisses de l’âge de faire

Dans ce journal, on fait tellement confiance aux stagiaires que me voici, prêt à vous dévoiler les secrets de la boutique ! Lucile au rapport.

Premier jour à L’âge de faire : c’est Lisa, cheveux courts grisonnants, qui m’accueille et me présente les lieux. « Le bâtiment est sur deux niveaux, les bureaux sont en haut. » La pièce la plus emblématique restera pour moi les toilettes, aux murs placardés de journaux des copains, et avec son extraordinaire brosse à récurer les WC à l’effigie de Macron. Très fier d’avoir dégoté mon stage, j’apprends, à mon arrivée, que Bérénice, une autre stagiaire, a été envoyée en reportage dans la Creuse. Mon ego en prend un coup. Je découvre qu’à L’âge de faire, on laisse sa chance à toustes, et on fait confiance aux stagiaires tout en les soutenant (j’espère ne pas engendrer une future vague de candidatures féroces…). On leur fait tellement confiance, que, me voici, prêt à vous dévoiler les secrets de la rédaction ! Lucile au rapport.

Décisions collectives

On commence par les basiques : L’âge de faire, c’est une société coopérative de production. Les sept salariés détiennent la majorité des voix et du capital de l’entreprise. Celle-ci est basée à Château-Arnoux-Saint-Auban, dans les Alpes-de-Haute-Provence.
L’équipe est au complet seulement les jours de bouclage et de réunions, pour finaliser le journal du mois et prendre les grandes décisions de gestion de la Scop. L’âge de faire est un périodique mensuel qui couvre l’actualité nationale, les journalistes salariés sont installés dans le quart sud-est de la France : Lisa Château-Arnoux-Saint-Auban, Lucie dans le Trièves, Fabien à Lyon et Nicolas à Alès. Comme dans de nombreux journaux indépendants, les coûts de production sont trop importants par rapport aux recettes. Une réunion des salariés a donc eu lieu mi janvier pour déterminer le nouveau prix de vente. Ce qui m’a marqué : leur volonté de ne pas manipuler les lecteurices par des concepts marketing. Je proposais notamment de passer le journal de 2,80 euros à 2,95 euros afin que la transition se fasse plus en douceur, mais mes méthodes capitalistes n’ont pas fait l’unanimité !

Après le bouclage, le ménage

Lors de la réunion, il a également été proposé d’augmenter le prix du journal au-dessus de 3 euros : « Tant qu’à augmenter, autant le faire pour qu’il y ait au moins une petite différence dans les faibles revenus de la vente. » Mais après discussion, cette idée a été abandonnée. La majorité ne fait pas loi : les décisions se prennent au consensus. Ça fonctionne, d’abord parce que les intérêts des uns et des autres sont semblables, mais aussi parce qu’une certaine entente et confiance au sein du groupe s’est créée. Lors de la semaine de bouclage qui réunit toute l’équipe, la rédaction s’attelle à achever les articles, l’édito, les dernières brèves et les trois bricoles qui manquent. Sous l’œil avisé de la graphiste Lydia, certain·es construisent la maquette, quand d’autres relisent encore et encore les papiers et effectuent les corrections nécessaires. Toustes prennent soin de demander au collègue si telle ou telle modification du texte lui convient. À L’âge de faire, on a une étonnante capacité de gestion du stress mais aussi une tendance à consommer des boissons chaudes sans interruption.
Le journal achevé, pas de repos pour l’équipe, qui astique la Maison commune. « Avec les différentes associations du lieu, on alterne les tours de ménage », explique Lisa. C’est dans les bureaux désormais pimpants que la réunion pour le prochain numéro a lieu. Les idées fusent : loi immigration, contraception, tuto macramé ou encore clown activiste, finalement le chemin de fer qui les liste est déjà presque complet – certaines d’entre elles devront donc patienter plusieurs mois pour se voir réalisées.
La recherche des sujets se fait selon la sensibilité de chacun et la ligne éditoriale. On cherche parfois à être proche de l’actualité, mais surtout à mettre en lumière des initiatives locales aux impacts positifs. De temps à autre, les avis divergent. « Pourquoi mettrions nous en avant un journal parisien ? L’île de France est déjà surreprésentée dans les médias », a-t-il été interrogé vis-à-vis d’une idée de reportage. Certaines thématiques ne sont pas retenues : vous ne trouverez pas d’article, malgré mon engouement, sur la Fetish Week de Paris, un festival qui spectacularise les fétichismes gays.

On ne pointe pas, mais on cuisine

À L’âge de faire, on ne pointe pas, on arrive et on part quand on peut selon ses différentes contraintes, l’essentiel étant d’achever le journal à temps. Le déjeuner se prend lorsque l’un·e décide de cuisiner. Au rez-de-chaussée, il y a le nécessaire pour concocter de bons petits plats (mis à part le four qui sert davantage à réchauffer les restes qu’à cuisiner des gratins). On aime préparer de grosses salades de légumes frais et de saison. Ma volonté de nuire au journal vous permet de constater que l’équipe est tout à fait à l’image des valeurs qu’elle défend, solidaire et joyeuse.

Lucile Vitrac

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A l’école, le tâtonnement expérimental plutôt que la compétition

12 février 2024 à 16:49

Plutôt que les scores, la pédagogie Freinet appliquée à l’EPS valorise les stratégies collectives et les solidarités. Comme dans les autres matières, cette façon d’enseigner invite les enfants à chercher et créer à partir d’une proposition ou d’un problème qui se pose à eux.

Article publié initialement en mars 2018

« On est tous forts », a dit un jour une petite fille de la classe maternelle-CP de Nathalie Lozinguez, institutrice au village de Villard-Saint-Christophe, en Isère, et pratiquant la pédagogie Freinet. Comment les enseignants membres de l’Icem (Institut coopératif de l’école moderne), qui s’inspirent des travaux de Célestin Freinet et cherchent à stimuler la coopération entre enfants, abordent-ils l’éducation physique et sportive (EPS) ? En tâtonnant et sans vérité établie, comme souvent au sein de ce courant présent essentiellement dans les écoles publiques. D’autant que le sport n’est pas le sujet de prédilection du mouvement : « Nous avons peu d’écrits sur l’EPS par rapport aux autres activités », remarque Gaëtane Bouchet, maîtresse en CE1-CE2 à Échirolles, près de Grenoble. Pour Nathalie Lozinguez, « l’EPS est comme les autres matières. On va favoriser l’expression, la création, la recherche et le tâtonnement expérimental. Plutôt que d’une consigne fermée, on part d’une situation qui pose un problème aux élèves. Ce qu’un enfant trouve, il le montre au groupe, et ensemble ils imitent, approfondissent, construisent quelque chose ». Les enfants sont habitués, de par le  fonctionnement de la classe, à faire des propositions en fonction de leurs centres d’intérêt et de ce qu’ils connaissent. Cela peut aller de la reproduction d’un tir de footballeur vu à la télévision (Comment orienter le pied ? Quelle vitesse lui donner ?…) aux différentes manières de porter un plateau de serveur de café, en passant par les diverses utilisations d’un agrès de gymnastique.

CONTRE « L’ÉCOLE ASSISE »

En pédagogie Freinet, le corps est pris en considération quels que soient les apprentissages : « La poésie parle au corps autant qu’à la tête » ; « l’étude du milieu passe par la sollicitation des sens » ; « la ruche/classe autorise l’enfant à des déplacements libres » (1). En 1961, alors que les exercices de « maintien » devenaient obligatoires dans les programmes scolaires, Célestin Freinet défendait la liberté de mouvement des élèves contre cette « forme nouvelle de militarisme » : si les enfants peuvent bouger, exercer leurs gestes, apprendre par le travail manuel autant qu’intellectuel, il n’y a pas besoin de séances de maintien. « Nous supprimons une forme d’école non naturelle, qui institue et cultive la passivité intellectuelle, une école assise qui interdit aux enfants le minimum de mouvements indispensables, une école qui fabrique automatiquement les colonnes vertébrales effondrées et les épaules déséquilibrées », écrivait l’enseignant (2).
Tout en évitant de mettre les élèves en compétition, le mouvement Freinet emprunte des éléments au sport, par exemple la notion de brevets ou de niveaux à atteindre, qui se matérialisent par des couleurs inspirées des ceintures du judo et peuvent concerner autant l’éducation physique que les mathématiques ou la conjugaison.

ALLER VITE… ET ARRIVER EN MEME TEMPS

Dans chacune des disciplines sportives abordées, la solidarité est valorisée. « En course, on trouve le moyen d’aller le plus vite possible… et d’arriver en même temps, souligne Nathalie. Au niveau physique, ça fait travailler les mêmes choses que si on veut gagner. » Dans Le Nouvel Éducateur, la revue de l’Icem, des enseignants décrivent le système sophistiqué de course par équipes qu’ils ont conçu. Dans chaque équipe, une dizaine d’enfants, du CP au CM2, se relaient pour courir, à eux tous, 42 km. Chaque enfant décide lui-même du nombre de tour qu’il fera, dans la fourchette correspondant à son âge. Les grands ont la possibilité de courir seuls, ou en accompagnant les petits pour les encourager. Et lorsqu’un grand a fini de soutenir les petits de son équipe, il peut aller en aider une autre !
Dans les jeux collectifs où la confrontation entre deux équipes est inévitable, le score passe au second plan, et l’accent est mis sur « le rapport aux règles, les stratégies à l’intérieur des jeux. On met en valeur les différentes façons de faire », explique Nathalie. « On les incite à observer, à chercher quels sont les gestes efficaces », ajoute Gaëtane.

FREINET… OU PAS FREINET ?

La pédagogie Freinet a ses disciplines favorites : la danse, le cirque, l’expression corporelle sont propices à la création des enfants. « Ils vont ensuite reproduire, s’entraîner, répéter, photographier, dessiner ce qu’ils ont inventé… Nous avons eu des correspondances très intéressantes avec d’autres classes sur des projets de danse, en s’envoyant des musiques, des vidéos et des photos », indique Gaëtane. Dans d’autres écoles, la grande affaire du moment, ce sont les rollers, à la demande des enfants qui ont constitué un stock de patins, et se sont appris les uns les autres à rouler. « Au-delà de l’audace et de la coopération, les activités de glisse permettent un élan vers la vie, écrit Véronique Decker, directrice d’école à Bobigny (1). Il faut se lancer, comme il faut se lancer pour apprendre et en roller, les progrès sont spectaculaires. En quelques séances, les enfants prennent confiance en eux, roulent, tournent, s’arrêtent et peuvent déjà jouer ensemble, danser ensemble, et quelques séances encore pour manier les crosses de hockey, tout va très vite. Maintenant, présenter un spectacle roller pour la fête de fin d’année est entré dans la tradition de plusieurs classes. »
Pour Gaëtane, l’EPS est « un levier important pour travailler sur l’égalité garçon/fille » et favorise les questionnements des enseignants sur les notions de coopération et de compétition. Mais cela n’est pas l’apanage d’un courant pédagogique. Freinet ou pas Freinet, « un bon pédagogue en EPS ne va pas forcément induire de la compétition, précise Gaëtane. On dit bien « EPS », et pas « sport ». Cette distinction joue un rôle important dans l’histoire de la profession. » En poste en zone urbaine sensible, l’enseignante a l’habitude de travailler avec un Etaps (Éducateur territorial des activités physiques et sportives). « Le co-enseignement est intéressant. Je suis amenée à nuancer certains propos de l’éducateur, mais il suit les enfants du CP au CM2. Il les connaît bien, les voit sous un autre angle que celui de la classe et remarque des progrès qu’on n’avait pas forcément vus. »
Lisa Giachino
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1 – Le Nouvel Éducateur, dossier « Le corps, le sport, mais encore ? », décembre 2016, à feuillet ou commander sur www.icem-freinet.fr
2 – L’Éducateur, février 1961.

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