Rétrospective de Mathilde Bras, avec les contributions de Cécile Le Guen, Augustin Courtier et Quentin Leroy
Les 19 et 20 octobre 2023, la communauté du numérique d’intérêt général s’est retrouvée à Bordeaux pour sa – désormais traditionnelle – grande réunion : Numérique en Commun(s). Cette année, 5 axes thématiques ont ponctué la programmation : données & territoires, écologie & soutenabilité, éthique & émancipation, communs & souveraineté, médiation & compétences numériques.
L’occasion pour Numéricité, partenaire de l’événement, de proposer plusieurs formats de partage d’expérience et de bonnes pratiques autour de défis qui nous tiennent à coeur : l’acculturation par le produit d’équipes ou d’organisations qui souhaitent se transformer, et la mobilisation du droit, en particulier du RGPD, comme un levier d’accélération des services publics numériques.
Dans cet article rétrospective, Mathilde Bras, Strategy & Innovation Manager chez Numéricité, revient sur les principaux enseignements partagés lors de l’atelier “Meilleures pratiques pour un projet data avec et pour des utilisateurs non tech”, et consolide 5 principes d’action pour des projets et produits data.
Entreprendre un projet data, un défi pour des profils techniques et non techniques
J’accompagne et entreprends de multiples projets autour de la donnée, depuis la conception de feuilles de route data jusqu’au développement de services d’exploitation de données métiers. Très souvent, je me retrouve dans une situation où les acteurs du projet ont besoin de parler le même langage, tout en mobilisant leurs propres expertises.
Mon rôle de coach est justement de traduire “le langage” des décideurs, faire remonter les besoins des utilisateurs auprès des équipes produit, être médiatrice des besoins opérationnels, et aussi de faciliter l’identification collective de points de passage. Cela se traduit concrètement par la définition des premières orientations du produit, l’identification des parties prenantes à associer, mais aussi la manière de mobiliser les utilisateurs, le mode de communication sur le produit, les risques potentiels, les compétences à mobiliser, etc.
Pour Numérique en Communs, j’ai donc proposé un exercice ouvert d’introspection à plusieurs porteurs d’initiatives liées à la valorisation des données publiques, qu’elles soient partagées en open data ou entre administrations :
- Cécile Le Guen, responsable du pôle outils de pilotage par la donnée au sein de la Direction interministérielle du numérique, en charge du projet PILOTE
- Quentin Leroy, ingénieur au sein du Ministère de l’Intérieur, membre du programme 10%, porteur du projet ChartsGouv, l’outil open source et presque no-code de visualisation des données de l’Etat, basé sur Apache Superset
- Augustin Courtier, co-fondateur de l’association Latitudes, porteuse de l’Open Data University, un programme d’apprentissage à la réutilisation de données ouvertes, lauréat de l’Accélérateur d’initiatives citoyennes
- Mathilde Bras – moi-même – pour parler du produit Causes médicales de décès, accompagné au sein de la Fabrique numérique des ministères sociaux
En racontant nos expériences aux participants de l’atelier, nous avons pu partager des défis communs lorsqu’il s’agit de construire des produits qui se fondent sur l’exploitation de données. Leur similitude : à chaque étape, il est important de transformer des idées reçues en opportunités pour faire avancer son projet. Quelques exemples partagés pendant l’échange (nous avons partagé des exemples fictifs, mais inspirés de la réalité) :
- “J’ai besoin de 5 data-scientists pour réaliser le projet, rien d’autre” : en réalité, un projet data nécessite de s’intéresser à une pluralité de profils, tech et non tech. Une personne spécialisée en droit du numérique peut vous être utile, tout comme des compétences capables de traduire le besoin du métier en parcours (les UX designers)
- “Je sais déjà ce que je souhaite développer, pas besoin de s’adresser aux futurs utilisateurs” : en réalité, en vous adressant aux utilisateurs, vous allez pouvoir considérer l’usage des données comme un intrant pour sa structuration et sa mise en qualité. Dans le cas d’un produit data, il peut s’agir des producteurs de données, des réutilisateurs (techniques et métiers), et de décideurs (dans le cas d’un tableau de bord par exemple)
- “Le droit ne nous permet pas d’exploiter ces données, on ne peut les intégrer au prototype, il faut attendre la mise en production et l’homologation” : le fait de se poser des questions juridiques dès le démarrage du projet peut aussi être un levier pour transformer la gouvernance d’un projet, d’une politique publique ou d’une base de données
- “Commandons un logiciel sur étagère, ce sera plus simple dans la durée” : considérer la force de l’open-source est la clef. Il existe aujourd’hui des librairies très riches en matière d’exploitation et de transformation de données, tout comme d’applications de cartographie ou visualisation
- “Apprendre à des personnes non spécialisées en données à les réutiliser ne sert à rien” : bien au contraire, cela peut constituer un réel outil d’acculturation sur la manière dont les données sont produites, leur utilité pour prendre des décisions et se représenter le réel, et ainsi créer de l’engagement autour des politiques publiques qu’elles suivent