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Se nourrir du Prana

29 mars 2019 à 19:13


Nicolas de Flüe, se nourrir de prana.

Nicolas de Flüe (XVème siècle), un inédie avéré


I/ De la science à la métaphysique


Nous allons aborder un sujet des plus brulants dans cet article, en effet, le regard que portent les biologistes sur la réalité de cette notion tend à être dénigré avant même d'établir un protocole de validation. L'inédie, le respirationisme ou encore se nourrir de Prana désigne sous plusieurs termes un champ d'application dans lequel une personne s'abstiendrait totalement de nourriture et de boisson. Cette personne est censée vivre sans se nourrir pendant plusieurs semaines, mois ou années. C'est une chose impensable en biologie puisque le corps humain est perçu comme une machine, comme tout corps vivant, il lui faut donc de l'énergie afin qu'il puisse fonctionner et se mouvoir correctement. Cette énergie est ingurgitée grâce aux aliments que l'on avale ainsi qu'aux différents liquides que nous buvons. Si l'on prive le corps humain d'énergie, le corps de la personne se détériorera, s'affaiblira et puis mourra. Cette vision du corps-machine ne peut exister que dans un système de représentation dans lequel chaque être vivant agirait comme un automate, la conscience qui activerait le corps est donc perçue comme un ensemble de sécrétion moléculaire dû à l'activité neuronale, et, que, par conséquent, toute conscience est de nature organique et disparaitrait avec ce dernier. Une telle représentation se fonde également dans un système clôt, autrement dit chaque conscience aurait besoin d'apport énergétique extérieur, en outre la nourriture que nous ingurgitons, afin que la machinerie organique puisse se mettre en marche. Le corps-machine-moléculaire s'applique à démontrer que l'ensemble des activités biologiques s'appuie sur les mêmes principes que la thermodynamique élaborée par les ingénieurs et les physiciens du XIXème siècle. Nous allons donc nous attarder sur la thermodynamique pour mieux revenir à notre sujet.


La thermodynamique du XIXème siècle se définit comme la science de l'équilibre dont la teneur et l'aboutissement n'existent que dans un milieu fermé, c'est-à-dire que les deux premières lois qui en découlent doivent s'entendre dans un système clôt. Le fondement même de la thermodynamique est l'énergie, mais qu'est-ce que l'énergie? Le mot énergie vient du grec energeia qui signifie "force en action" c’est-à-dire capacité à produire un mouvement. Ainsi un corps qui possède de l’énergie cinétique peut continuer, de lui-même, son mouvement au moins sur une certaine distance même dans un milieu résistant. Pour un système en état d'équilibre où les variables d'état sont constantes et uniformes, donc statique, l'énergie interne du sytème est une fonction de celles-ci.


Qu'elles sont les deux premières lois de la thermodynamique?


La première loi de la thermodynamique est la loi de la conservation de l’énergie. Elle stipule que l'énergie d’un système ne change pas peu importe les évolutions que subit ce système. Cette loi est un fondement de la logique scientifique et permet à prédire la direction que prendra un système. Le deuxième principe de la thermodynamique stipule que le désordre dans tout système isolé croît inévitablement et irréversiblement avec le temps. Il explique pourquoi il faut se nourrir régulièrement, faire le plein d’essence à chaque fois pour rouler, pourquoi une boisson chaude se refroidit, ou encore pourquoi le temps s'écoule dans une direction et non dans l'autre, et pourquoi toute forme d'organisation meurt un jour. Tout comme pour la première loi, on n'échappe pas à la deuxième. La création spontanée d'énergie n'existe pas.


A partir des connaissances des lois de la thermodynamique en état d'équilibre, statique et fermé, la biologie moléculaire s'est inscrite dans cette représentation afin d'élaborer son homme-machine. Nous pouvons également nous apercevoir que la physique d'Aristote est à la source de cette représentation de la matière. En effet, le philosophe Aristote a construit un univers dans lequel chaque élément qui le constitue ne peut se mouvoir qu'à condition qu'un élément premier impulse la machinerie cosmique, ce qui implique un Moteur immobile propulsant les éléments constitutifs de la matière. Le Moteur immobile ("Celui qui bouge sans être mû" dans les textes d'Aristote) est définit comme la Cause première (Prima causa), et se tient hors de porté de l'espace-temps et de la matière. Le Moteur immobile fait mouvoir les autres éléments sans être lui-même mû par une action initiale. Bien que la biologie actuelle rejette toute idée d'un Principe transcendant, le corps humain découle bien de cette représentation aristotélicienne du mouvement. Ce qui n'est pas dit, et ce qui reste une énigme en biologie, c'est l'origine même de l'organisation structurelle des organismes vivants. Pour quelle raison l'ordre se manifeste et qu'il y a constance de l'organisation structurelle d'un organisme vivant? Les chimistes et les physiologistes sont au coeur d'une bataille car ni l'une ni l'autre branche de la biologie ne sait répondre à cette question. Aristote aurait répondu par une évidence, c'est grâce au Moteur immobile. Par conséquent, la préservation de l'ordre d'un organisme durant toute une vie reste une interrogation actuelle en biologie. Il nous faut ajouter qu'à côté de cet homme-machine s'élabora en biologie un homme-moléculaire-chimique dans lequel toutes les interactions organiques dépendent d'une physique aristotélicienne, une molécule en active une autre et ainsi de suite. En conséquence, la perception qu'ont les biologistes de l'énergie découle d'une compréhension aristéto-newtonienne du corps en mouvement sans que cette branche de la science n'est pu intégrer le bouleversement qu'apporta Albert Einstein, ni même la physique quantique du XXème siècle. Notre biologie moléculaire de notre époque est donc prisonnière du corps-machine-chimique datant de Newton (XVIIIème siècle), car la physique de Newton s'ancre dans la physique d'Aristote.

Suite à cette explication, il nous faut entrevoir que le XIXème siècle à engendrer également deux matières qui restent actuellement inconciliable en science. D'une part les physiciens s'occupent d'une matière dite inerte et d'autre part les biologistes s'accaparent une matière dite organique, la différence entre les deux matières est que l'une est morte et statique, objet des expériences physiques, tandis que l'autre est vivante, matière constitutive des êtres vivants. Toute la question de l'origine de la vie tient entre ces deux matières, puisque il est annoncé que notre univers découle d'une matière inerte, morte et statique, dans lequel fut injecté de l'énergie depuis la Singularité Initiale du Big Bang, et de l'autre existe des corps-machine-chimique s'activant dans une matière vivante et dont l'énergie du mouvement est rendu possible par l'ingestion d'aliment. Les prédictions de l'avenir de l'univers et des corps vivants dépendent donc des lois de la thermodynamique, l'énergie tend vers une direction prédéfinit par ces mêmes lois. En conclusion, dans cette représentation du monde et de l'homme il est impossible de se nourrir de Prana, d'ailleurs le Prana reste une fantasmagorie.


La révolution de cet univers plat, statique, et sans apport énergétique proviendra des nouvelle découvertes sur la thermodynamique d'Ilya Prigogine. Ce chimiste et physicien du XXème siècle poursuivit les travaux du XIXème siècle et mit en place des études en système ouvert et dynamique des fluctuations de l'énergie, et dans lequel des structures dissipatives se mettaient en mouvement. Ce sont des structures stationnaires hors d’équilibre où la dissipation d’énergie entretient une organisation locale, c'est la naissance de l'auto-organisation et des propriétés émergeantes. Toutes ces études soulignèrent l’importance des rétroactions, des non-linéarités et du caractère ouvert et hors d’équilibre des systèmes pour qu’il y apparaisse des formes stables et reproductibles sans plan d’ensemble, ni prescription extérieure. Désormais, il faut penser l'ordre et l'organisation comme une mise en mouvement d'une énergie en apport constant, qui agirait en système ouvert et dynamique, et qui produirait des auto-organisations. Tout système découle d'une certaine relation entre ses éléments et produirait une organisation singulière dont l'état d'équilibre dépendrait de l'apport constant d'énergie. L'équilibre résulterait d'une distribution non linéaire de l'énergie, dès lors ce ne sont plus les éléments du système qui importe le plus mais c'est la relation qu'ils tissent qui prime. Si l'énergie change en intensité, la relation entre les éléments du sytème s'en trouverait bousculé et l'organisation se transformerait. Dans ce système ouvert, il existe un seuil de tolérance où l'organisation d'un système est préservée jusqu'à un certain apport d'énergie. Si l'énergie dépasse le seuil, alors c'est l'ensemble du système qui s'en trouve bouleversé.


Toute la compréhension de notre questionnement initiale se tient en fait dans cette énergie et de son apport dans un système. Il est donc capital d'en comprendre toutes ses attaches scientifiques. Nous resterons dans les grandes lignes puisque ce sujet demanderait à lui tout seul une étude approfondie, ce qui ne peut être fait dans cet article.


Nous entrevoyons dans l'énergie non seulement cette énergie palpable et tangible, mesurable, bien que ce soit une notion parfaitement abstraite, mais aussi une énergie impalpable dont cette même énergie sensible en serait la part émergente. Il en est de même pour l'ensemble des observations physiques et biologiques de la matière, toute notre science tient de l'observation et du mesurable, en conséquence tout immesurable apparait comme du fantasmagorique. Tel est le problème du Prana, il est non mesurable et donc non scientifique. Avant de se lancer dans cette étude, il nous faut au préalable dire que la matière est une et que la représentation de deux matières est une illusion et une construction de l'esprit. Dans cette représentation, la matière inerte ne se meut pas et n'est pas doté de vie, le caillou par exemple nous apparait comme statique. Or, nous savons qu'en fait la matière n'existe pas, tel est le propos des physiciens, mais qu'elle est sujette aux ondes électromagnétiques et aux ondes de fréquences. La matière est en elle-même une propriété émergeante, c'est de l'énergie dynamique qui a prit une certaine forme selon l'agencement, et les relations, que prennent les éléments constitufs de la matière. Les biologistes sont à nouveau restés bloqués à l'époque de Newton, il n'ont pas intégré cette notion physique. Inclure cette vision en biologie demanderait d'une part de regarder le corps humain comme un ensemble d'éléments dont l'agencement, l'organisation et l'ordre résulteraient d'un système ouvert et ancré dans une physique quantique, et d'autre part que le corps humain soit en lui-même une fluctuation d'énergie quantique et donc résulterait d'ondulation électromagnétique. Il y a un continuum dans la matière où le principe d'auto-organisation serait adjacent, ainsi que toutes les propriétés émergentes. Dans cette vision du monde, la seule chose qui existe c'est l'esprit.


L'esprit est ce qui meut la matière, et cette dernière dépendrait de l'intensité énergétique qu'il produirait. Nous sommes en pleine métaphysique, pourtant la physique actuelle flirt avec cette discipline car les physiciens sont en train de découvrir ce qui fut énoncés par les grands mystiques du monde, la seule chose qui est vraiment c'est l'esprit. Défendre cette idée en biologie serait une hérésie, alors que cette discipline n'a pas encore intégré la physique du XXème siècle au coeur de sa démarche. Dans l'optique où l'esprit est et la matière en serait la part active, le Prana se présenterait comme le premier élan de l'énergie de l'esprit, son intensité serait telle qu'elle échapperait à toute mesure, néanmoins l'énergie électromagnétique surviendrait comme densification de l'énergie pranique. A l'image de la lumière qui se diffracte en différente couleur contenant une certaine intensité de chaleur électromagnétique, l'énergie pranique se densifierait et apparaitrait sous les différentes interactions que nous connaissons de l'énergie mesurable. L'intensité serait donc la clé de compréhension du Prana. Toute la densité de la matière, sa masse, son énergie, sa texture, son ondulation et ses fréquences surgiraient depuis le Prana, connue également dans certains textes sanskrits sous le nom de Lumière infinie. Cela nous incite à penser que la vitesse de la lumière ne soit pas une célérité constante et indépassable, la lumière physique serait également une part tangible d'une lumière intangible, c'est ce que nous entendons derrière le terme la Lumière infinie. Il existe des couches de densité de matière allant du plus subtile au plus dense, d'une incommensurable et immesurable matière à sa descente progressive dans un espace plus tangible. Nous notons que le temps dépend de la mesure de la lumière, et que la lumière est énergie, ce qui indique que l'esprit est du temps pur dont la nature énergétique est de nature quantique. L'esprit, c'est du temps, c'est de la lumière, c'est de l'énergie selon un certain ordre d'émergence de la matière, mais c'est en fait de l'Eternité qui ralentit sa course afin de se dévoiler sous une certaine forme et densité matérielle. L'espace est une qualité du temps et la matière est un substrat de l'esprit. Grâce à cette vision, nous avons les outils explicatifs du pouvoir de l'esprit sur la matière, mais également une explication sur la nature de l'esprit humain.


C'est pourquoi, se nourrir de Prana est tout à fait envisageable dans une perspective biologique non réductrice et adogmatique comme nous le présentons. L'esprit humain reviendrait vers une énergie qui lui propre, l'énergie pranique. Il est a noté que notre corps soit un organisme électromagnétique qui émet des photons, en effet, nos cellules résonnent et vibrent dans un dialogue intracellulaire puis communiquent dans un langage biophotonique comme nous l'ont montré les études menées par le savant allemand Fritz-Albert Popp. Fritz-Albert Popp est biophysicien, il pense que les biophotons commandent l’action des hormones, des enzymes et de nombreuses autres substances présentes dans la cellule, nous sommes à nouveau en présence d'une densification de l'énergie pranique par laquelle transite d'abord la lumière, via les cellules biophotoniques, puis les substance mesurables chimiquement. Donc, toute modification de l'esprit, c'est-à-dire de notre état de conscience, affecterait l'ensemble de toutes les interactions physiologiques détectables par les instruments de mesures. Les phénomènes de miracles et des facultés Psy (paranormales et parapsychologiques) s'expliqueraient par ce processus vertical de la conscience en lien avec son intensité énergétique. Plus la conscience retournerait à sa propre source incommensurable, plus elle en dégagerait de l'énergie et donc aurait la capacité de modifier la matière. Tout est une question d'intensité. Lorsque la conscience s'approche de l'énergie pranique et de la Lumière infinie, elle en tirerait assez de force pour modifier la matière, son corps, ce que nous nommons communément miracle, et moins nous y arrivons, moins nous avons la capacité d'interagir consciemment avec la matière. Aux échelles intermédiaires, la conscience développerait les facultés Psy, qui serait une désinhibition progressive de facultés latentes. Dans ce schéma de conscience, le rapport psyché / soma, ou âme et corps, se joigne pour former une entité unique, une psychophysique. Il y a accointance entre la psyché et le soma de la même manière que l'électricité s'articule avec le magnétisme. En fait, la psyché est une liaison qui se coordonne avec le soma, ce qui touche l'un modifie l'autre, l'ensemble dévoile un système dynamique et ouvert sur le monde quantique dont la conscience individuelle serait une apparition visible d'une entité de nature quantique.


A ces derniers mots théoriques, abordons les témoignes historiques rapportés par diverses sources occidentales sur l'inédie.


II/ Témoignages de mystiques chrétiens


Nous allons prendre à témoins quelques saintes chrétiennes afin de démontrer que l'inédie dépasse les frontières asiatiques, et qu'en Occident, il existe bel et bien une tradition à ce sujet.


Marie d'Oignies (XII-XIIIème siècle) :

Marie se retire dans un ermitage du prieuré Saint Nicolas d'Oignies, près de Namur. Des disciples se rassemblent autour d'elle. Parmi eux, le fameux Jacques de Vitry, il sera son futur biographe. Tout en pratiquant une ascèse digne des Pères du Désert, elle éprouve des extases mystiques et des visions évangéliques. Marie sert ses compagnons et continue de soigner les lépreux. Voici un témoigne de sa vie par Jacques de Vitry:


"Pendant sa maladie, elle ne pouvait absolument rien prendre, elle ne pouvait même pas supporter l'odeur du pain ; malgré cela, elle recevait le Corps de Notre-Seigneur sans aucune difficulté. Et ceci, se dissolvant et passant dans son âme,non seulement réconfortait son esprit mais soulageait tout de suite sa faiblesse corporelle. Deux fois, pendant sa maladie, en recevant l'hostie consacrée son visage fut illuminé de rayons de lumière. Nous avons un jour essayé de lui faire prendre une parcelle non consacrée, mais elle se détourna à l'instant, ayant en horreur l'odeur du pain. Un petit morceau avait touché ses dents : la peine et le malaise furent si grands qu'elle commença à pousser des cris, à vomir et à cracher, à haleter et à sangloter comme si sa poitrine allait éclater. Elle continua ainsi à pleurer un long moment, et bien qu'elle se rinçât la bouche avec de l'eau mainte et mainte fois, elle ne put guère dormir de toute la nuit. Si infirme de corps qu'elle fût, si faible et épuisée que fût sa tête, car au cours des cinquante-trois jours précédant sa mort, elle ne prit absolument rien, elle put toujours supporter la lumière du soleil, et ne ferma jamais les yeux pour se défendre de son éclat et de sa splendeur."


Angèle de Foligno (XII-XIIIème siècle) :

Moins elle mange, plus elle se sent proche de Dieu. C'est ainsi qu'elle se priva durant douze années de nourriture, la simple vue de la Sainte ostie lui fournit toute la nourriture dont elle avait besoin. Un extrait de son ouvrage Le livre des visions et instructions :


"C'était pendant le carême ; j'étais sèche et sans amour. Je priais Dieu de me donner quelque chose de lui-même ; car, moi, je n'avais rien. Les yeux intérieurs furent ouverts en moi, et je vis l'amour qui venait à moi. Je vis son principe, mais non sa fin. Ce que je voyais avait un prolongement, sans avoir de limite. Les couleurs ne me fourniraient aucun terme de comparaison.


Quand l'amour arriva à moi, je le vis avec les yeux de l'âme beaucoup plus clairement que je n'ai jamais rien vu avec les yeux du corps. Je dirai, si vous voulez, que l'amour prit, en me touchant, la ressemblance d'une faux. Je vous supplie de ne pas croire qu'il s'agisse d'une ressemblance commensurable. Mais il me sembla qu'un instrument tranchant me touchait, puis il se retirait, ne pénétrant pas autant qu'il se laissait entrevoir. Je fus remplie d'amour ; je fus rassasiée d'une plénitude inestimable. Mais écoutez le secret : cette satiété engendrait une faim inexprimable, et mes membres se brisaient et se rompaient de désir, et je languissais, je languissais, je languissais vers ce qui est au delà. Ni voir, ni entendre, ni sentir la créature. Oh ! silence ! silence


Élisabeth Achler (XIV-XVème siècle) :


Konrad Kügelin, son biographe, affirme que que parvenue à une contrition entière, il lui fut ordonné par une inspiration du Saint-Esprit de ne plus prendre aucune nourriture corporelle. C'est ainsi qu'elle s'abstint de nourriture durant douze années. Son biographe témoigne :


"Une fois, durant le carême, immobilisée sur sa couche à cause de ses stigmates, elle reçoit de sa prieure l'ordre de manger un peu de bouillie de gruau : elle la rejette au prix de malaises si graves qu'elle est bientôt à toute extrémité."


Catherine de Gênes (XV-XVIème siècle) :


Ses biographes, ses proches, témoignes de sa vie particulièrement extraordinaire, nous pouvons y lire :


"Pendant les premiers temps de ce jeûne prodigieux, Catherine craignit que l'excessive répugnance qu'elle éprouvait pour les aliments ne fût une illusion produite par Satan. Elle continua donc à s'asseoir tous les jours à la table commune, et elle fit des efforts inouïs pour manger. Mais aussitôt que, surmontant son dégoût extrême, elle avait avalé quelque chose, son estomac le rejetait avec d'inexprimables douleurs. Ses commensaux stupéfaits d'un phénomène aussi extraordinaire, eurent inutilement recours à tous les moyens qu'emploie la médecine en pareil cas; et ne sachant plus qu'imaginer, ils firent ordonner à Catherine, par son confesseur, de manger comme tout le monde. Elle obéit avec sa promptitude habituelle; mais, cette fois, le vomissement fut encore plus douloureux que les précédents, et la sainte sembla prête à rendre le dernier soupir.


Le confesseur, admirait l'opération divine, n'osa plus renouveler l'expérience. A partir de ce moment et pendant vingt-trois années consécutives, Catherine Adorne observa ce jeûne complet durant tous les carêmes et tous les avents. Jamais elle ne mangeait depuis le lundi de la Quinquagésime jusqu'au dimanche de Pâques, ni depuis la Saint-Martin jusqu'au jour de Noël; seulement elle prenait de loin en loin un verre d'eau mêlée de sel et de vinaigre, non point par goût ou par besoin, mais en mémoire de la boisson offerte au Sauveur crucifié."


Dans ces témoignages nous pouvons remarquer que le pouvoir de la conscience entre en jeu dans l'inédie de ces saintes, c'est-à-dire leur croyance. L'efficacité de ce jeûne tient donc aussi compte de la puissance de conviction de la personne, sans que cela soit un effet placebo, ou du moins l'effet placebo est la part active de la croyance. Ce que montre le placebo est en fait une capacité de la conscience à métaboliser sa croyance en une autre, et d'avoir un effet tangible sur le corps et la psyché. Encore une fois, la conscience domine la psychophysique et n'en est pas le produit. Est-il donc possible de se nourrir de Lumière? De ne vivre que du Prana? Nous en affirmons la possibilité, néanmoins il y a tout un rituel de préparation avant d'entamer une telle entreprise afin que la conscience et sa psychophysique puisse manifester cette puissance latente.


III/ Le Prana et l'Inde ancienne

Le grand indianiste André Padoux nous explicite dans ses ouvrages que la philosophie hindoue ne diffère pas des autres philosophies anciennes, de la Chine aux Aztecs, des peuples africains aux grandes civilisations nous découvrons une image similaire. L'Homme se tient au croisement du Ciel et de la Terre, entre ces deux pôles circulent une énergie subtile qui se densifie à mesure de sa descente. L'ancienne notion de Pneuma, que nous retrouvons dans la philosophie grecque est l'exact notion du Prana, tous deux signifient Souffle et s'apparentent au respire divin. Chez les sémites, c'est la notion du Rouach (langue hébraïque) et du Rouh (langue arabe) qui correspond à ce Prana, sans oublier le Chi / Qi dont l'ensemble de la sphère asiatique propose de voir cette énergie vitale qui circule partout autour de nous. En fin de compte, c'est notre société qui fait exception à la règle. Dans les textes sanskrits analysés par André Padoux, nous découvrons un rapport fort ancien entre l'Homme et le Cosmos. Il note au préambule ceci:


"Or cette classification place les constituants du psychisme humain, puis les organes humains d’aperception et d’action, les indriya, entre le plan divin et les éléments constitutifs du monde visible. Elle inclut donc implicitement l’être humain dans le procès cosmique."

Ce qui implique un lien physico-organique entre l'Homme et le Cosmos, nous sommes reliés à l'univers non seulement par notre psychophysique mais aussi par nos souffles énergétiques, ceux-là même qui donnent vie à notre psychophysique. La circulation du sang et des éléments nutritifs seraient donc reliés à ces souffles vitaux, connues dans la médecine grecque ancienne. Les notions de Pneuma et de Prana sont intimement liées au cycle de la respiration, et aux états mentaux qui en découlent. En fin de compte, lorsque nous évoquons la faculté de se nourrir de Prana, nous touchons en fait à d'antiques philosophies que notre société moderne s'est

chargée d'effacer. André Padoux écrit :


"Les systèmes tantriques ont également repris et développé la vieille conception des "souffles vitaux" (Prana), ou "vents" (vayu, vata), forces organiques animatrices de l’univers comme des humains, ce qui implique ces derniers dans le champ des forces cosmiques. Cette vision est renforcée dans le hathayoga tantrique, qui porte à dix, ou davantage, le nombre des Prana , les fait circuler dans tout le corps et même assimile au soleil et à la lune deux des principaux canaux où ils se meuvent. C’est à la notion de Prana que se rattache celle de kuṇḍalinī, cette force divine cosmique présente dans le corps, qui est si importante en contexte tantrique."


Pour les anciens médecins de l'antiquité dont la philosophie s'ancrait dans une spiritualité plus ou moins prononcée, le Prana est une force vitale qui a la pouvoir de réparer n'importe quel organe, et de soigner la psyché. Le principe d'auto-guérison est intimement lié à ce principe. Le Pneuma était localisé dans le coeur, lieu d'émergence de l'intelligence et de la vie, puis cette énergie vitale se distribuait partout dans le corps humain via un système de réseau.


Ce système de réseau, dont les canaux (nadis) hindous et les méridiens chinois correspondent parfaitement, permettait à son tour de faire circuler cette énergie vitale grâce à laquelle toutes les facultés psychiques et corporelles pouvaient fonctionner. Ce Pneuma est à l’origine de la notion d’esprit dans la culture occidentale ; l’esprit en tant que souffle de vie, ou l’esprit qui souffle dans la pensée. C'est ainsi que notre esprit, notre conscience, se tient à l'aube de la psychophysique et soutient toutes les activités qui s'y déroulent. Dans la médecine des anciens égyptiens, le cœur était le centre de nombreux metu ou canaux, en nombre variable, suivant les textes. L'air (équivalent Prana), le principe essentiel de la vie, le Pneuma des Grecs, était puisé par divers metu à travers le nez et les oreilles et conduit au cœur. De cet organe, partaient également les nombreux metu chargés de conduire l'air et le liquide aux diverses parties du corps. Les metu conduisaient également l'urine. En somme, les metu correspond dans sa conception anatomique et physiologique aux souffles des physiologues de la Grèce ancienne. Les metu étaient les éléments de base de santé et de vie. Le Papyrus Ebers met en avant les effets thérapeutiques qui résident dans l'élévation ou l'équilibrage des fonctions des metu. La libre circulation des metu était la recette de santé garantie par les Egyptiens d'autrefois. Les médecins de ce temps-là étaient convaincus que les déséquilibres du sang, de l'eau et du souffle étaient cause de pathologies. La convergence de cette idée entre l'Egypte ancienne, la Chine et l'Inde est très perturbante pour nos modernes, car cette connaissance remonte très loin dans la passé.

La recherche est loin d'être terminé, il reste énormément à faire néanmoins nous pouvons émettre plusieurs accointance entre le Prana et l'énergie vitale. La conscience, la respiration, le flux énergétique et la santé possède un lien intrinsèque entre eux ; l'intelligence, la chaleur du corps humain, l'élan vital et la circulation du flux pranique au sein de la psychophysique s'articulent selon un schéma où l'homme est relié au Cosmos et à tout son flux. Dans cette perspective, le fait qu'une personne puisse se nourrir du Prana rejoint d'antiques conceptions qui portaient un sens, alors qu'aujourd'hui la médecine qui isole l'homme de l'ensemble des influences cosmico-telluriques prête à sourire les spécialistes. Nous en concluons que la bataille se tient d'avantage dans une perception du monde et de l'homme qu'une véritable perception scientifique, la médecine se doit donc d'ouvrir son espace d'investigation afin de redonner force à sa propre position en tant qu'étude plénière du corps humain.


Sources :


Auteur: André Pichot

Titre: Expliquer la vie

Editions: Quae


Auteur: Daniel Shoushi

Titre: Emergence, Tome III

Editions: Orphélya


Auteur: Fritz-Albert Popp

Titre: Biologie de la lumière

Editions: Marco Pietteur


Auteur: Jacques de Vitry

Titre: Vie de Marie D'oignies

Editions: Actes Sud


Articles :


Auteur: Zhu Bing

Titre: La théorie des méridiens comporte-elle des éléments importés?


Auteur: André Padoux

Chapitre 5. Corps et cosmos : L’image du corps du yogin tantriqueIn : Images du corps dans le monde hindou [en ligne]. Paris : CNRS Éditions, 2003 (généré le 29 mars 2019).

Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/editionscnrs/9316>. ISBN :

9782271091086. DOI : 10.4000/books.editionscnrs.9316.


Site internet:

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Textes/index.html


Du jaillissement du contenu inconscient aux phénomènes hallucinatoires.

17 février 2019 à 19:11


Extrait d'une oeuvre d'Henry Darger, art brut.

1. Extrait d'une oeuvre d'Henry Darger, art brut.



Existe-il une frontière entre la normalité et la pathologie psychique du point de vue de l'imagination?


Les scientifiques de notre époque ont établit une frontière entre différents modes de fonctionnement de notre imaginaire, qui, en fait, n'existe tout simplement pas. D'un côté, ils rangent « la folle du logis », soit l'imaginaire dévoyé qui peut se developper en hallucination, et d'un autre côté l'imaginaire équilibré dont la fonction ne peut qu'être passive. A vrai dire, l'imaginaire n'est pas intégré dans les études scientifiques comme il devrait l'être, c'est la raison pour laquelle il est temps de réintégrer cette puissance dont la limite se pose là où chaque individu à la capacité d'appréhender le monde. Nous vous proposons de lire un extrait de notre ouvrage « Emergence: Présence, Conscience et nature du réel », aux éditions Orphélya, afin d'élucider un tant soit peu cette question primordiale sur la fonction de l'imagination.


Extrait:

« Qu’est-ce qu’une hallucination ?


Nous pouvons lire dans les manuels les plus en vue ce genre de description : l’hallucination est une sensation pathologique en l’absence de tout stimulus. Il s’agit donc d’une perception sans objet. L’affaire est close, c’est une pathologie. En 1 838, le psychiatre français Jean-Étienne Esquirol définit le terme comme une « perception fausse ou sans objet », sens qui a survécu jusqu’à aujourd’hui. En latin, hallucinatio signifie erreur, méprise, tromperie, égarement. L’hallucination psychiatrique constitue un trouble de la perception, qui s’impose à la conscience du malade, et qui s’accompagne d’une conviction inébranlable. Certains psychiatres classent cette pathologie dans le domaine de la conviction délirante inébranlable, puisqu’elle échappe à toute logique et à toute attitude critique. De nombreuses pathologies peuvent s’accompagner d’hallucinations, qu’il s’agisse de pathologies psychiatriques (par exemple la schizophrénie) ou neurologiques (la maladie de Parkinson ou l’épilepsie). La consommation de substances psychoactives telles que l’alcool, certains médicaments et les substances dites hallucinogènes sont aussi responsables d’hallucinations. Elles peuvent également survenir dans des états d’hypnose, de méditation profonde, de transe ou encore d’état de conscience modifiée. Il est a noté que lorsque le moi se trouve affaiblit pour diverses raisons, le surgissement des hallucinations peut intervenir. Autrement dit, c’est lorsque la conscience individuelle s’atténue que prend place un autre type de conscience, ou plus précisément une conscience dont les critères de perception sont tout autre. La transition entre l’état de veille et le sommeil est particulièrement propice à l’apparition d’hallucinations. D’après diverses études épidémiologiques, 37% de la population serait sujette à des hallucinations dites hypnagogiques (survenant lors de l’endormissement) et 13% à des hallucinations hypnopompiques (lors du passage du sommeil au réveil). La privation de sommeil, le jeûne, le travail intense ou l’épuisement extrême sont aussi des facteurs favorisant l’apparition d’hallucinations. La privation sensorielle, c’est-à-dire la réduction ou la suppression délibérée de stimulation d’un ou de plusieurs sens peut conduire, lorsqu’elle est suffisamment prolongée, à des hallucinations. À l’inverse, une surcharge sensorielle peut également déclencher une expérience hallucinatoire. Une telle expérience peut aussi survenir dans des conditions physiques et/ou émotionnelles extrêmes (accident, exploit sportif, décès d’un proche, fatigue intense, douleur vive, dépression profonde, etc.). Dans les mois qui précèdent cet état, on retrouve souvent un événement déclenchant : difficultés professionnelles, économiques, maladies, divorce, deuil, etc.


Il n’y a aucune théorie qui puisse expliquer convenablement le phénomène hallucinatoire, et aucun consensus chez les neurologues ne peut nous éclairer en nous apportant une théorie globale du fonctionnement du cerveau. Cette altération des sens et des perceptions affecte l’ensemble du corps, elle est très différente de l’illusion, qui, est une mauvaise interprétation du réel dû au raisonnement défectueux ou trop tardif de nos perceptions. D’où proviennent les hallucinations ? Pourquoi surgissent-elles ? Nous apportons notre pierre à l’édifice de la Connaissance dans les pages qui suivent. Les hallucinations appartiennent au domaine du rêve, plus clairement à un état de rêve. Les ondes cérébrales Beta interfèrent avec les ondes cérébrales du rêve, ce qui nous mène à, tout en étant éveillé et conscient, voir des images qui sont normalement présentes uniquement lorsque nous dormons et rêvons. Lorsque nous hallucinons, nous rêvons éveillés. Les rêves et les hallucinations sont considérés comme irréels par les réductionnistes de la biologie moléculaire, puisqu’ils ne sont pas fréquencés sur notre normalité quotidienne. C’est-à-dire que cette conscience plurielle, celle-là même qui possède une relation synesthésique avec le réel, fonctionne selon la loi d’analogie et donc réfléchit par pensée non linéaire. Nous pouvons, du même coup, nous poser la question de la normalité.



Qu’est-ce que la normalité psychologique ?

C’est une norme sociale, un critère culturel. La bande de fréquence du langage comme nous l’avons vu précédemment, notre écoute, notre vision, enfin l’ensemble de nos perceptions et sensations construisent notre réalité quotidienne. Notre organisme, qui est pourtant le même pour chacun, est cependant différent selon la constitution qu’il a héritée, ou acquis. Un réel, mais des réalités. Chacun perçoit l’Univers sous un certain angle d’approche, d’intensité émotionnelle, de synesthésies, d’expériences de vie qui façonnent notre être. Nous sommes biologiquement, et psychologiquement par notre culture, limités pour percevoir l’Univers.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Lors de cette levé des fonctions inhibitrices, l’état de rêve surgit à l’état d’éveil qui superpose des souvenirs localisés dans notre psychisme au cœur de notre réalité quotidienne. La conscience individuelle se trouve envahit par la conscience collective avec tout son ensemble de fonction non linéaire. Les états émotionnels particulièrement marquants, normalement enfoui dans l’inconscient, jaillissent alors en plein jour provoquant des sensations d’une forte intensité. Ces souvenirs peuvent tout aussi bien être agréables que désagréables, ils se projettent sur le miroir imaginatif et activent une expérience de rêve éveillé. Cette expérience de débordement d’autres types de conscience est vécue par des moines ascétiques, des voyageurs de l’extrême, des malades en phase de basculement de conscience, ou encore certaines maladies physiologiques. Les hallucinations, qui n’en sont plus comme vous l’auriez compris, révèlent le contenu psychique de la personne. Ses souvenirs à forte empreinte émotionnelle ne sont plus logés dans sa conscience intérieure, et qui peuvent rejaillir lors de certains rêves, ils sont au contraire activés à l’état de veille. Ces images envahissantes peuvent être cathartique lorsque nous accomplissons un travail thérapeutique sur nous-même, ou bien oppressantes lorsqu’elles arrivent à l’improviste. C’est alors que ces images deviennent cauchemardesques et envahissantes, il faut savoir se préparer pour recevoir le contenu enfoui dans le psychisme. »


Extrait d'une oeuvre d'Henry Darger, art brut.

2. Extrait d'une oeuvre d'Henry Darger, art brut.


Aux frontières du réel. Qui sommes-nous?

2 octobre 2018 à 12:11


Victor Hugo, l'Ombre du mancenillier

1.Victor Hugo, l'Ombre du mancenillier



Qu'est-ce que le réel?

Nous pouvons l'appréhender de plusieurs manières, par l'expérience sensorielle, par l'émerveillement de nos émotions et par la délectation intellectuelle. En sommes-nous sûr? Puisque nous sommes constituer sur un plan du réel dont la conscience humaine se découvre à travers ses expériences sensorielles, ses émotions et ses pensées nous ne pouvons penser autrement le réel. Le biologiste Jakob von Uexküll a dévoilé que ce qui existe pour le vivant, ce n’est pas le donné brut de l’environnement, une Nature qui se présenterait là devant nous tel un objet qui évoluerait indépendamment de nous, mais ce qu’il choisit et élabore à partir de cette matière première abstraite en s’élaborant soi-même, à savoir son milieu propre. C'est à travers une co-évolution que chaque être vivant évolue au sein d'un environnement qui lui est propre, il ne s'adapte pas puisqu'il se situe dans un croître-ensemble. Chaque conscience est donc un apparaître dont la nature ne peut être séparé du lieu où elle a prit naissance. C'est la raison pour laquelle il ne peut exister de conscience sans matière, que la matière soit dense ou subtile. Rompant avec l'approche dualiste et mécaniciste du monde, Jakob von Uexküll montre que le vivant n'est pas une machine, ni même un assemblage de molécules qui se sont constituées au hasard des rencontres, lequel n'est pas mus seulement par des stimuli comme l’eût voulu le béhaviorisme, mais, en tant que sujet, interprète les signes de leur milieu d’une façon particulière. Le milieu, c’est la réalité comme elle apparaît concrètement pour chaque être vivant et chaque sujet, c’est-à-dire existe pour l’être concerné. Cela signifie que les choses d’un milieu n’existent qu'à travers une conscience qui l'observe. En conséquence, la conscience porte son attention non plus sur un objet (la Nature) mais sur notre relation à cet objet. Nous comprenons donc que le réel contient toutes les potentialités non encore manifestées pour un sujet alors que la réalité concerne le vécu qui existe pour un sujet. Un réel et une infinité de réalité. Quant au désir humain, il est le moteur de ce qui nous fait être. Nous dirions aujourd'hui notre énergie fondamentale.


Au sein de note société, la faculté imaginative n'a pas très bonne figure ou bien n'est pas comprise telle qu'elle devrait l'être. C'est-à-dire que nous la percevons comme une faculté fantasmagorique, celle qui nous dévoile le contenu de l'inconscient et ses images grotesques telle que la psychanalyse freudienne l'entrevoit ou encore une partie des philosophes, à laquelle personne ne peut avoir confiance. La médecine moderne par le biais de la neurologie et de la psychiatrie, dont l'approche ne diffère pas de ces derniers, ne laisse aucune place à l'imagination comme faculté créatrice de réalité. Seuls les artistes, et les physiciens, comprennent que la faculté imaginative est bien plus qu'une faculté, et que sa modalité foncière c'est d'être la porte du réel. Les médecins ont inventé au cours du temps, du fait de leur incapacité à comprendre la fonction de la porte du réel, des dénominations diverses lorsque l'imagination déborde les fonctions normatives de la société. On parle alors d'hallucinations, de fantasmagories, de délires, de perte de repères, de schizophrénies, etc. En fait, l'imagination remplit le rôle d'interface du réel pour la conscience dont les images qui s'y reflètent appartiennes entièrement à la réalité du sujet.


Il en est ainsi parce que l'imagination n'a pas sa place parmi nous, certaine personne parle même de "folle du logis". Lorsque nous regardons de plus prêt aux définitions données par les psychiatres aux pathologies associées à l'imagination, nous découvrons qu'en fait se cache une ignorance camouflée utilisant un jargon scientifique. Qu'est-ce qu'une hallucination? C'est percevoir une réalité qui n'existe pas. Des perceptions sensorielles qu'elles soient auditives, gustatives ou encore visuelles sont excitées sans qu'aucun stimulus extérieur ne se manifeste. Ceci annonce un état pathologique. Nous affirmons que cette taxinomie psychiatrique empreinte le chemin du réductionnisme, elle cloisonne l'homme dans des carcans dogmatiques bien que la médecine se dise adogmatique. Afin d'élaborer une nouvelle approche de l'imagination en médecine, il faudrait l'associer aux différents états de conscience. C'est-à-dire que nos différents états de conscience auxquels sont assimilés différentes ondes cérébrales, autrement dit les ondes Delta, Thêta, Alpha et Bêta, accompagnent différents états sensoriels et donc de réalité. En conséquence, lorsque nous changeons d'état de conscience notre état d'être global est altéré, et chaque état s'ancre dans une réalité particulière. C'est au sein de ces oscillations que nous devons intégrer les hallucinations. Pour ce faire, il faut entendre que chaque état d'être qui oscille fluctue sur des bandes de fréquence dont la nature du réel varie en fonction de cet état. Une lecture verticale de ces différents états de conscience nous offre la possibilité d'entrevoir la fonction imaginative, elle remplie le rôle de récepteur de réalité, qui, comme un miroir reflète les différentes réalités vécues et les projettent au dehors. Mais elle remplit également le rôle d'activateur de réalité. Les conséquences de cette affirmation sont bouleversantes, puisque les hallucinations sont bel et bien réelles mais elles appartiennent à un autre état de conscience dont l'activité est sous-jacente à la conscience de veille. Nous postulons que les hallucinations s'activent à l'état de conscience de veille alors qu'elles appartiennent à une normalité onirique, c'est-à-dire que l'état de conscience onirique lié à d'autre ondes cérébrales entrent en résonance avec un état de conscience de veille et interfère avec cet autre réalité. Deux plans du réel qui se croisent et se rencontrent. Il en est de même pour toutes les activités dites "anormales", "pathologiques", touchant à la sphère de l'imagination.


Selon cet ordre hiérarchique de deux états de conscience, de deux réalités, nous comprenons qu'en fait l'un est imbriqué dans l'autre et c'est à travers la modalité imaginative que s'ouvre d'autres sphères du réel. L'accès à cet altérité imbriquée à notre conscience de veille peut être ouverte accidentellement, c'est la cause des états dits "pathologiques" car la personne ne s'y attendait pas et qu'halluciner une réalité dont la normalité n'existe pas pour notre société, elle ne peut qu'apparaitre que comme pathologique. Alors qu'une conscience préparée à la réception du contenu de la conscience onirique aura des expériences mystiques. Nulle différence entre la première expérience et l'autre, seul le sujet et la société qui l'accueille définira la véracité de cette expérience et prouvera, ou réfutera, ce vécu. Or, c'est une réalité sous-jacente à la conscience de veille qui s'active, comme nous venons de le voir, et interfère avec un autre plan du réel. Le contenu psychique est donc projeté à l'extérieur à l'état de veille au lieu de rester dans ce contenu et d'entrer en activité lors du sommeil. Lorsque nous parlons de psyché, il faut faire une distinction entre la conscience qui l'observe tel un corps et la psyché elle-même, car, en fait la conscience se tient au croisement du corps biologique et de la psyché. Psyché et corps forment un couple à l'image du monde extérieur et du monde intérieur. Ils sont la matière dense et subtile de la conscience dont l'équilibre équivaut à l'échange d'information entre une matière solide et une matière fluide, ou énergétique. C'est de cette manière que les différents états de conscience influencent les deux mondes (psyché et corps), et qu'apparaissent les somatisations, et le pouvoir de la conscience sur ces deux mondes. La conscience se tient dans un intermonde dans lequel la modalité imaginative reçoit toutes les informations provenant du monde extérieur et du monde intérieur, l'imagination offre en images les informations contenues dans les deux mondes.


La conscience n'est donc ni corps, ni psyché, elle est d'une tout autre nature. Nous postulons que sa nature est similaire à celle de la lumière physique, c'est la raison pour laquelle son pouvoir de création, et ce qui la maintient, découle d'une source non locale. Nous sommes ici, tout en état ailleurs simultanément. La Source de notre conscience se tient par-delà l'espace-temps, et de l'ensemble des mondes phénoménologiques. Tel un flux lumineux qui perdure et traverse toutes les couches de réalité, notre conscience s'étale dans un espace-temps, auprès d'un être vivant, et pour ce faire, il croît par palier en imbriquant chaque état de conscience telle une poupée russe. Il y a donc trois états de conscience identifiée: la conscience source, ou universelle; la conscience onirique, ou collective; et la conscience de veille, ou individuelle. A l'inverse de la pensée mécaniste et machiniste de la biologie, et de la médecine, l'homme n'existe pas uniquement sur une horizontalité des évènements, mais il existe sur une verticalité tendant vers un point infini. Nous identifions la conscience universelle comme étant le Soi, l'ultime réalité. Dans ce schéma, il est notoire que le réel est de nature fractale, logarithmique, tout comme notre conscience et c'est pourquoi nous pouvons avoir accès à des informations mémorielles, c'est-à-dire une mémoire universelle dont le gardien n'est autre que le Soi.


La sphère onirique qui s'active à l'état de veille entre en collision avec notre réalité de veille, et au coeur du monde onirique, dont les lois logiques s'attachent plus à l'analogie et le symbole, résonne le monde archétypal. Le monde archétypal est un lieu où réside toutes les essences spirituelles, animatrices de tout ce qui existe, leurs présences se dévoilent soit sous une forme tangible, soit sous une forme subtile. Elles sont à la source de toute vie. Notre être est entièrement animé par ces essences, notre corps est animé par ces mêmes puissances et chaque grain de poussière existe grâce à leurs présences. Ces essences sont similaires à celles que les physiciens dénomment énergie dans leur domaine d'étude, or les physiciens ont un regard tangible sur les phénomènes alors qu'un être vivant sent la présence de cette même énergie d'une manière vivante. C'est comme si nous observions la trace laisser par un animal, objet de la physique, à le fait d'apercevoir l'animal lui-même, objet de la psychologie. Cette analyse nous permet de mettre en corrélation les fonctions biologiques, les états de conscience, l'observation de la matière en physique et une spiritualité vivifiante. Plusieurs branches du savoir se trouvent ainsi articuler de manière cohérente.


Qui sommes-nous? Des essences spirituelles ayant pris forme. Nous sommes de même nature que les archétypes en question, mais à l'inverse de ces derniers, nous sommes constitués de matière dense et solide alors que les archétypes sont constitués de matière subtile et fluide. En somme, nous sommes des images archétypales qui flottent sur un plan du réel, sur une cime tangible, et dont la conscience à la capacité d'interagir avec tous les autres plans du réel, et d'entrer en interaction avec des êtres plus subtils que nous. Ces archétypes prennent la forme qui nous est la plus familière, celle qui appartient à notre milieu psychique, physique et culturelle. Rappelez-vous de la phénoménologie de Jakob von Uexküll, une conscience baigne dans un environnement et tout ce qui s'y manifeste existe pour cette conscience du fait de la co-évolution. C'est de cette manière qu'un archétype s'habillera de matières dont nous sommes nous-mêmes constituées, il apparaitra comme un monstre si notre part obscure ne fut travaillée, ou comme un être numineux lorsqu'une aide nous est offerte. Ces habits en question sont toutes de nature symbolique, sa manifestation même est symbolique, tout ce qui en émane est symbolique. Nous voici établir la distinction entre un archétype et un symbole. En conséquence, chaque être vivant, chaque parcelle de matière en ce monde physique est un symbole à déchiffrer. L'univers est un langage divin, et pour le saisir, il nous faut apprendre son langage, c'est-à-dire le langage symbolique. L'univers à un sens, ma vie à un sens, tout à un sens.



Source:


Titre: Jakob von Uexküll

Auteur: Milieu animal et milieu humain

Editions: Rivages


La nature comme miroir de soi-même, de la pensée chinoise aux gnostiques

9 septembre 2018 à 13:25


Le Dao, l'Unité et la gnose

La nature sauvage fut toujours observée par les chinois comme porteuse de puissance vitale, il ne s'agit pas de conquérir la nature mais de s'identifier à elle dans ses métamorphoses infinies. Le contact avec la nature imprègne toute la civilisation chinoise, chaque chose en soi dévoile une attache particulière avec les Cinq mouvements (Wu Xing ) du Chi. Qu'est-ce que le Chi? Nous le traduisons par le terme "énergie vitale", c'est-à-dire que tout ce qui existe dans l'univers découle d'une seule puissance agissante, dont ses différents méandres font apparaitre cinq genres d'énergies, les Cinq mouvements. Ce qui signifie que l'ensemble des formes que voyons à travers les objets naturels, si disparates, proviennent de cette source intarissable du Chi. De cette philosophie de la vie naît un regard non figé sur la vie, sur la nature et sur l'univers. Tout est mouvement, tout est métamorphose.


C'est pour cette raison qu'il n'y a au fond qu'un seul Principe fondamental régissant l'Univers, intitulé Dao, dont l'énergie vitale, le Chi, va moduler chaque parcelle de la nature selon cinq intensités différentes, les Cinq mouvements. Cette philosophie de la métamorphose du Principe fondamental n'est pas propre à la Chine, nous la retrouvons de par le monde à travers des civilisations éloignées telles les civilisations Aztèques, Egyptiennes ou encore Védiques. L'histoire telle que nous la connaissons, enseignée par les plus prestigieux universitaires, ne croient pas en l'existence d'une commune origine des civilisations. L'histoire postule que la naissance des civilisations s'est faite indépendamment les unes des autres, on parle alors de polygénisme, alors que nous postulons une origine commune dont l'empreinte se vérifie à travers de multiples éléments au sein des civilisations, on parle alors de monogénisme. A ce monogénisme s'ajoute la métamorphose du Principe fondamental selon Cinq variations, les quatre points cardinaux plus le centre qui joue le rôle de coordinateur et de régénérateur. C'est la raison pour laquelle les dieux des quatre points cardinaux apparaissent comme quatre énergies distinctes selon différents cultures, alors qu'en fait ils sont une apparition du Principe fondamental, le Dao, selon quatre moments différents dans l'année. C'est-à-dire que la course de l'astre solaire va marquer quatre moments, correspondants aux deux solstices et aux deux équinoxes, dans un tracé circulaire au cours de l'année. L'axe central remplit le rôle de point de rupture, l'ensemble des quatre énergies va se dissoudre en son coeur puis se régénérer à nouveau afin de renaître, puis parcourir à nouveau le cercle des saisons tracées sur un cercle.


Le corps humain participe aux méandres énergétiques du Dao, l'homme est régit par les mêmes forces présentes dans la nature. Ce qui est perçu à l'extérieur renvoie, par un jeu de miroir, à la circulation des fluides énergétiques présentes dans le corps humain. Les dieux, que nous pouvons appeler "énergies", sont donc des forces qui prennent racines dans le Principe fondamental. Nulle séparation entre le Dao intérieur et le Dao extérieur, il s'agit du même Principe. Dans la philosophie chinoise, le corps et ce que nous appelons âme, n'ont pas de barrière séparatrice comme nous le pensons en occident, ils sont interdépendants et ils forment un ensemble cohérent, et échangent leur énergie. L'homme est pulsé par les mêmes énergies, aux nombres de cinq comme nous l'avons décrit précédemment, que les forces agissantes dans l'univers. Un seul et même souffle irrigue à la fois les artères du corps humain, des émotions humaines et celles des montagnes.


Bien avant que les Cinq mouvements apparaissent, le Dao s'est au préalable scindé en deux. Cette bipolarisation est connue sous les termes Yin et Yang. Bien loin d'une pensée abstraite, c'est à travers l'observation de la nature que cette notion s'est manifestée. La dualité complémentaire désignait des phénomènes naturels, respectivement le versant ombragé d'une montagne (le froid, l'humidité, l'obscurité) et son versant ensoleillé (la chaleur, la sécheresse, la lumière). C'est à partir de ce vécu que l'ensemble de la philosophie chinoise va scinder en deux tous les éléments constituant l'univers. Le Livre des Mutations affirme: "Un Yin, un Yang, tel est le Dao". Mais afin de montrer la permance du changement et de l'union des contraintes, les chinois trace un motif en "S" sur le Taijitu, que nous connaissons par cette image symbolique:


Taijitu

Ce symbole de l'Unité primordiale, origine de toutes choses contient les deux aspects Yin (en noir) et Yang (en blanc). L'idée qui en découle est celui du dynamisme, de rythme et de mutation perpétuelle. Dans ce diagramme, on note la présence d'une ligne courbe en forme de "S" séparant les deux parties. La ligne courbe permet au Yin de pénétrer le Yang et vice versa. Ce trait permet donc à la fois de délimiter deux espaces et de les faire s'interpénétrer dans une dynamique constante. C'est dans cette courbe du trait que se trouve le Dao. Depuis l'imperceptible Dao, le mouvement duel marque toutes les pratiques spirituelles en Chine, de l'art du pinceau à l'architecture, des arts martiaux à l'agencement d'une Cité. Le Tai Chi, par exemple, à travers deux mouvements contraires, que sont le dur et le mou, le solide et le souple, véhicule cette recherche de l'Unité première. Et c'est en se reconnectant à cette Fontaine de Vie, le cinabre pour les alchimistes, que l'homme pourra se régénérer, se soigner et pour les taoïstes obtenir l'immortalité.


Le mouvement perpétuel du Dao que nous venons de décrire est apparut sous une autre forme en Inde. En effet, la pensée indienne se colore d'une autre teinte philosophique alors que la même pensée se formule. Shunya en sanskrit, qui signifie vide, évoque le même Principe fondamental que les chinois dénomme Dao. Bien avant que toute chose soit amené à exister, avant même l'existence elle-même, le Dao-Shunya est présent. Le Vide ne signifie pas le néant tel que nous l'entendons en occident, c'est au contraire un plein qui ne laisse place à rien d'autre que lui-même. C'est une surabondance de plénitude, de perfection et de conscience. Ce n'est pas un objet mathématique, puisque Shunya est l'origine de notre mot zéro, mais il symbolise la conscience divine originelle qui se tient hors de toute création. En ce sens, seule la philosophie apophatique, l'Origine n'est pas ceci ni cela, est à même d'entamer le chemin du retour vers la Fontaine de Vie. Cette philosophie, connue en occident comme théologie négative, s'apparente à la pensée chinoise et indienne et considère que lorsque l'homme se dépouille de tout ce qu'il n'est pas, il retrouve sa véritable nature. C'est-à-dire en comprenant qu'il ne doit pas s'identifier au monde phénoménal, au monde des apparences, mais doit dépasser toute forme qui se présente à lui. L'homme est pur esprit, pure conscience divine, il est le Dao-Shunya qui s'est manifesté en un lieu et en un moment donné. Différent procédé sont employé par les différentes religions afin de retourner à cette Source vitale. Les Bouddhistes qui parlent de vacuité, de nature du Bouddha, en désignant l'état de Dao-Shunya, s'inscrivent dans cette recherche. L'idéal de l'adepte est la quiétude et la plénitude de la conscience, avec une recherche de Paix et de Compassion, deux autres substances qui nourrissent l'être humain adepte de la Voie. A ce point de jonction du Dao-Shunya, nulle séparation ne peut exister entre le sujet et l'objet. Ce sentiment de béatitude remplit l'adepte d'une lumière atemporelle qui illumine sa présence au monde, et lui fait comprendre qu'il n'y a rien en dehors de l'Esprit, du Dao-Shunya, et que par conséquent l'univers entier est une théophanie divine. Ce jeu théophanique va être perçu comme une magie divine, dite Maya en Inde. Une magie divine qui affiche des apparences, mais par-delà les apparences se tient éternellement Dao-Shunya, Brahman. Paradoxalement l'univers fait apparaitre le divin et le cache simultanément.


La nature, et l'univers, font apparaître l'Unité à travers le jeu des formes et des métamorphoses dans un balai de changement perpétuel. Suivre la Voie qui mène à la Fontaine de Vie s'apparente donc à un dépouillement, à un détachement, c'est une sotériologie gnostique et illuminative. La Lumière primordiale des kabbalistes et des gnostiques musulmans s'assimilent au Chi, le Prana des textes sanskrits, c'est un souffle qui vivifie toute chose et dont toute chose dépend. La Lumière primordiale imprègne l'adepte, illumine sa conscience et éloigne de lui la vision duelle. Cet état de conscience non-duel est à l'origine de toutes les méthodes et pratiques religieuses dans le Judaïsme et dans l'Islam, plus précisément dans la Kabbale et la gnose islamique. Autrement dit, peut importe le chemin que l'adepte arpente car tous chemine vers la Source divine qui s'habille de multiple forme. L'Un dans le Tout et le Tout dans l'Un.



Source :


Titre : La beauté autrement, introduction à l'esthétique chinoise

Auteur : Florence Hu-Sterk

Editions : You-Feng




Des dieux aux saints guérisseurs, un héritage de l'ancien monde.

3 juin 2018 à 17:07

Aelius Aristide, musée du Vatican

Aelius Aristide (IIème siècle ap. J.-C) est un orateur de l'Asie mineure qui allait de ville en ville, composait d'éloquents discours à la gloire d'une cité ou d'un Dieu et donnait aussi de très sérieuses conférences sur des thèmes moraux rebattus. Ce sophiste raconte dans son livre « Discours sacrés » sa maladie, ses rêves et ses relations singulières avec le dieu de la médecine Asclépios. Ses souffrances ont attiré la compassion du dieu guérisseur Asclépios qui lui ordonne en rêve des prescriptions très originales pour se soigner : monter à cheval, faire des marches forcées nu-pieds, prendre des bains froids alors que le mal est à son comble, que grelottant de fièvre, il doit rester alité. Ces prescriptions nous offrent un témoignage de première main sur la médecine esculapienne et son rapport magique à la nature. Nous découvrons au cours de la lecture ce que fut le sacré pour les peuples de l'antiquité, de quelle manière les dieux pouvaient se révéler aux mortels ainsi qu'une vie chargée de mysticisme dans laquelle les dieux sont bel et bien vivants.


Aristide s'y exprime comme appartenant au dieu. Un mot est souvent employé pour désigner l'intervention d'Asclépios, un mot emprunt d'appartenance, un mot qui renvoie à une vie de dévotion. « Mettre son sceau » , telle est l'oeuvre d'Asclépios, Aristide lui appartient. Les discours sacrés sont le don d'Asclépios. Pour Aristide, comme pour les stoïciens, les différents dieux ne sont que les personnifications des attributs multiples de Zeus. Si Asclépios est le dieu par excellence dans les discours sacrés, s'il est selon une terminologie platonisante « l'âme du monde », il apparaît souvent sous l'épiclèse Zeus- Asclépios, qui est précisément celle de l'Asclépieion de Pergame. Asclépios s'offre à la vue de notre auteur à travers des rêves, il lui parle et lui indique le moyen de se soigner. C'est une épiphanie qui ne sera pas l'apanage exclusive du monde païen puisque toutes les religions expriment, d'une manière ou d'une autre, une relation privilégiée entre un homme dévoué et à un dieu, à un ange, à un démon ou encore à un esprit de la Nature. Or, cette présence évidente du dieu est perçue par les seuls initiés. Avant de s'aventurer dans le domaine mystique, faisons connaissance avec notre auteur Aelius Aristide.


Il tomba malade lors d'un voyage à Rome en 143 et son état de santé le contraignit à rentrer en Asie mineure, à séjourner un an à Smyrne où il fit appel aux médecins, « ces malheureux jardiniers », écrit-il avec mépris qui ne savent même pas arroser leur plate-bande. Alors lui apparut Asclépios, le plus grand de tous les médecins, son dernier recours. A partir de ce jour il devient un dévot du dieu, lui obéit aveuglément, bravant les épreuves d'une initiation qui mortifie le corps avant de le réconforter. Il est l'élu du dieu. Comme il est naturel dans le culte d'Asclépios, le dieu se manifeste à son fidèle par l'intermédiaire d'un rêve le plus souvent suscité lors d'un rituel d'incubation. Après une purification et un sacrifice, le malade se couche dans l'adyton et attend que le dieu lui accorde ses prescriptions ou un présage. Persuadé que le rêve guide le traitement du corps, mais en outre console et modifie l'âme, Aristide lui prête une valeur heuristique. Au réveil il raconte son rêve, en déchiffre les allégories, le compare avec celui d'un ami ou d'un prêtre. Apte à jouer avec les signifiants de son rêve (images et mots), à faire glisser les sens, Aristide est son propre onirologue et met en pratique la règle fondamentale de l'onirocritique : rapprocher le semblable avec le semblable en vertu de la loi de l'analogie qui préside aux correspondances de l'univers.


Dans l'incubation thérapeutique, les malades se rendaient dans un temple dédié au dieu de la médecine et s'étendaient sur une peau d'animal, dans l'adyton, pour y dormir, après avoir reçu les instructions des prêtres leur recommandant d'être particulièrement attentifs à l'aspect qu'aurait le visage du dieu si celui-ci leur apparaissait en rêve. Le dieu pouvait apparaitre barbu, ou jeune garçon, accompagné ou non d'une de ses filles Hygieía, Panákeia ou Iaso, mais aussi sous la forme d'un chien ou sous forme d'un serpent.


Relief d’Archinos provenant de l’Amphiaraion d’Oropos


Le monde souterrain possède les secrets des puissances vitales qui se diffusent à travers les pierres, les herbes et divers animaux nocturnes qui accompagnent les dieux chthoniens. Aussi, les dieux chthoniens sont-ils les dieux médecins par excellence et de l’incubation, avec ses songes et visions nocturnes. Asclépios et son serpent font partie de ce monde chthonien, d'où la nécessité d'une rencontre dans une grotte, dans un adyton, une chambre secrète ou encore un escalier souterrain qui mène vers une pièce secrète dans les temples. La nuit venue, après une préparation psychologique, les malades se couchaient dans ce lieu sacré, éclairé par la seule lueur des lampes. Dans les rêves, l’âme entrait en contact avec ces puissances divines seulement accessible par un état onirique, ce qui procurait une sensation mystique que les chrétiens nommeront plus tard état de Grâce. Cette Grâce est un toucher divin, un souffle qui effleure l'âme des hommes prête à l'accueillir. Le culte des dieux guérisseurs c'est transmis dans le Christianisme par un culte des saints guérisseurs, dont la Grâce mystique acquise auprès d'un saint devint une virtus, une force. C'est dans des reliques sacrées contenant des restes d'un saint, ou bien encore auprès de la tombe d'un saint, que cette puissance bénéfique, guérisseuse, génératrice de miracles s'activent pour les chrétiens en quête de rémissions et de guérisons. Cette puissance s'apparente, en bien des points, à la notion de la Mana et de la Baraka, puissance efficiente chargée de force agissante en certain lieu et en certain moment. La notion de miracle est intimement liée à ces reliques.


Le culte des reliques, alors fondé sur le concept de force (virtus), que l'on imagine demeurée vivante et active dans les restes corporels des saints se diffuse auprès des pèlerins, telle une lumière qui éclaire dans l'obscurité. Cette virtus est celle-là même que le Christ et les apôtres avaient opéré des miracles, elle révèle aux hommes le pouvoir de Dieu. À partir du IVème siècle, les Pères de l'Église évoquent les miracles qui se produisent sur les tombeaux des saints. Selon les premiers témoignages au IVème siècle, les restes des corps saints manifestaient leur présence en faisant fuir les démons du corps des possédés et des malades : on constatait des guérisons miraculeuses sur leurs tombeaux. À l'intérieur et autour des sanctuaires, on organisa l'accueil des pèlerins, qui y restaient souvent durant des mois voire des années en attente d'un miracle. Pour l'obtenir, ou pour le remercier, les fidèles offraient au saint des cadeaux, appelés ex-voto : c'étaient parfois des objets qui correspondaient par leur forme à la partie guérie du corps (œil, jambe, tête), mais ils pouvaient être aussi des dons en nature (animaux, oiseaux), des objets précieux, des terres, des privilèges accordés à l'établissement religieux. On retrouve ces ex-voto durant toute l'antiquité, que ce soit pour le dieu Asclépios, ou d'autres dieux en différentes régions du monde, ces ex-voto sont une survivance d'anciens rituels païens.



Ex-voto. Grèce antique




Parties du corps en cire et plastique. Inscription : "guéries", avec les photos  et les lettres des miraculés. Eglise de Bonfim (Salvador).



Afin de ne pas déborder, nous allons lire quelques expériences rapportées par des chroniqueurs chrétiens du Moyen-Age et des témoignages musulmans modernes, dont l'ensemble fera rapprocher l'expérience onirique, la médecine, les dieux chthoniens et la mystique.


Un miracle de saint Ursmer : une matrona qui prie une nuit dans l'église de l'abbaye de Lobbes (Belgique actuel), vers le milieu du XIème siècle, s'endort et voit en rêve saint Ursmer qui s'apprête à sortir de l'église. Interrogé, il déclare qu'il va aider ses fidèles qui ont besoin de lui. Des pèlerinages sont organisés, comme à l'antiquité, où les dieux et les saints viennent en aide à ceux qui le demande. Saint Maurice était chef de la légion thébaine, composée de chrétiens. Lui et ses 1 000 hommes furent égorgés au IIIème siècle pour avoir refusé de rendre hommage aux dieux de Rome. A Cerbère, dans les Pyrénées-Orientales, il a une chapelle et une église, il guérit les rhumatismes et la goutte ; en Corrèze, à saint-Robert, il suffit de plonger la chemise du malade dans l'eau de la source pour qu'il soit soulagé. Jehan Phélipot écrivit une légende de saint Roch (1494), le saint traversa de nombreux pays et devint un homme dont les guérisons sont connues. Voici des extraits de sa légende dont le contenu dévoile sa virtus :


« Une nuit, l'ange du Seigneur le visita et lui dit :

« Roch, très dévôt à Notre Seigneur Jésus-Christ, éveille-toi et lève-toi, connais maintenant que tu es saisi de pestilence. » Il fut alors chassé par ceux dont il avait guéri le corps mais qui n'étaient pas guéris en vérité. Il se réfugia dans la forêt. Pour apaiser sa fièvre et soigner sa pestilence, l'Ange du Seigneur fit jaillir une source. Pour apaiser sa faim terrestre, le chien du seigneur voisin nommé Gothard volait chaque jour un pain à son maître. Grande réflexion dut faire Monseigneur Roch sur la guérison véritable qui n'est pas celle du corps, mais de l'âme, et sur le fait qu'à vouloir guérir les autres, on attrape leur maladie ! »

« L'Ange visita de nouveau Roch et lui dit : « Retourne en ton pays car tu seras délivré et guéri de la pestilence dont tu es oppressé. »

« L'Ange de Dieu le conforta au moment de sa mort et une grande clarté merveilleuse et miraculeuse inonda sa cellule. On trouva dans celle-ci une inscription en lettres d'or disant que : « Tous ceux qui prieront le glorieux Saint-Roch seront guéris de la peste. »

On découvrit la croix rouge sur sa poitrine. Sa grand-mère maternelle le reconnut. Il fut enseveli solennellement.

En la noble cité de Venise repose le corps du glorieux ami de Dieu, et tant de miracles ont eu lieu jusqu'à ce jour qu'il n'est pas possible de les raconter. »


Au Maroc, l'incubation dans des grottes a survécu en s'islamisant. Au fond d'une grotte assez connue, intitulée Imi n’Taqandout, une natte sert à la pratique de l’istikhara (incubation, divination, consultation divine). Les fous et les névrosés qu’on y amène y couchent trois nuits consécutives : durant leur sommeil, la puissance oraculaire leur apparaît et répond à leur requête par des indications claires le plus souvent, quelquefois par l’intermédiaire du moqqadem (le préposé au sanctuaire). Dans cette grotte, comme dans d’autres de même nature, les Djinns, entité païenne dans ce cas et équivalente aux dieux de l'antiquité, s'adressent souvent à leurs clients en leur demandant d'aller se rendre ou d'invoquer un saint guérisseur musulman. Si une grande partie des patients interroge directement l’oracle, se conforme à ses prescriptions et va chercher sa guérison chez un saint guérisseur qu’il lui indique, beaucoup viennent pratiquer l’incubation dans la grotte même. La mort de nombreux saints soufis donna naissance à des cultes de dévotion autour de leurs tombes.


La fonction et le culte des saints soufis impliquent souvent la protection des fidèles en cas de n’importe quel type de maladies somatiques et psychiques, de la possession d’un Djinn, des épidémies, jusqu’aux maladies des bêtes. Cesnombreuses traces de cultes antiques offrent aujourd’hui diverses formes dont l'incubation islamique d'assistance à caractère thérapeutique, que les musulmans dénomment istikhara. Les rêves constituent en Islam une voie privilégiée de la mission prophétique et de la révélation gnostique, les mystiques musulmans affirment l'affinité entre l'état de rêve et l'état mystique. Les rêves sont un moyen de communication entre les vivants et les morts, et plus généralement entre l’homme et la réalité spirituelle et divine, mais aussi entre les entités du monde souterrain, les Djinns dont une des manifestations animalières est le serpent, et les humains.


Le livre d'Aelius et des divers témoignages chrétiens et musulmans sont un témoignage de première importance sur la nature de ces êtres guérisseurs. Par-delà la forme culturelle que prennent ces entités saints, dieux ou Djinns, une constance reste et dévoile une puissance unique derrière toutes ces différentes manifestions. Le lieu et le moment même sont indicateurs d'une conscience retournée sur elle-même dont la nuit, la grotte, le monde souterrain sont des variations d'un même thème. Celle d'une conscience introspective qui n'est plus tournée vers l'extérieur mais vers l'intérieure, d'où les différents correspondances entre la nuit, la mystique, l'isolement, le recueillement, la méditation, l'état de rêve et ces entités qui répondent à la quête du dévot.


Il semblerait que ces entités du monde souterrain, physiquement localisées dans des lieux cloisonnés et caverneuses, et psychiquement liées à nos couches de profondeur au sein de l'inconscient, soit des essences animiques de nature archétypale. Leurs essences et leurs influences font transparaitre une ambivalence, celle du sacré, qui inclut et exclut par un jeu de consonance psychique. Toute personne apte et prête à pénétrer dans l'enceinte sacrée de sa propre profondeur est inclut auprès de ces entités, mais toute personne souillée et indigne de leur présence est sévèrement exclut. Plus nous nous penchons sur la nature notre inconscient, plus l'inconscient nous paraît obscur et incompréhensible. C'est une abîme qui ne peut être réduite aux théories psychanalytiques du rêve, quelque chose de l'ordre de la magie agit au tréfonds de nous-mêmes et dont les effets sont tangibles physiologiquement. Ces entités sont des puissances qui abolissent l'espace et le temps, elles s'habillent de différents teintes culturelles mais elles restent identiques à elles-mêmes, elles ne vivent pas selon une dichotomie extérieure / intérieure mais au contraire elles sont au point médian de ces deux mondes. L'état de rêve est par conséquent une porte d'accès vers un plan où la dichotomie du monde manifesté n'existe plus, c'est la raison pour laquelle nous rapprochons cet état onirique avec le Na-Koja-Abad de Sohravardi et le Huitième Climat des anciens géographes et astronomes de langue Arabe.


Pour les anciens géographes, la terre était compartimentée en sept climats et faire récence à un huitième climat connotait un monde extraordinaire remplit de merveilles, c'est le climat « imaginal ». Pour les astronomes, il y avait sept planètes connues et donc sept strates superposées les unes sur les autres jusqu'à la Sphère des étoiles fixes. Les mystiques musulmans ont utilisés cette vision géo-astromique afin de faire correspondre leurs expériences mystiques et cette huitième Sphère. Selon la vison gnostique, le monde de l’extension perceptible aux sens comprend les sept climats géo-astronomiques, le huitième climat n'est cependant pas perceptible aux sens physiques. Ce climat est l'objet propre de la perception imaginative ou du sens « psycho-spirituel ». L'ensemble du monde et ses sept climats sont entièrement contenus dans le huitième climat où tout ce qui existe dans le monde sensible à son analogue, mais non perceptible par les sens, c'est une image archétypale d'où proviennent nos entités justement. Le mystique Sohravardi a dénommé ce climat Na-Koja-Abad, cela signifie un climat en dehors des climats, un lieu en dehors du lieu, en endroit en dehors de l'où. En ce lieu du Non-où n'existe ni temps ni espace, c'est une extension sans dimension dont la lumière fait apparaitre toutes les réalités en notre monde. Le terme technique qui le désigne en Arabe est ‘alam al mithal, ce qui est traduit par Mundus Archetypus, c'est le Mundus Imaginalis d'Henri Corbin. C'est un réservoir d'essences spirituelles de nature polymorphe, source de toutes nos réalités et du réel.


Les sept climat. Planisphère orienté le sud en haut extraite du « Livre de Roger » réalisé par le géographe Al Idrissi en 1154


Où sont les dieux ? Dans notre inconscient diront les psychanalystes. Grace à la vision que nous venons d'exposer précédemment, nous pouvons affirmer que ces essences, ou entités, ne sont pas présentes uniquement au sein de notre inconscient. En effet, elles sont à la source de toutes puissances génésiques, elles sont actives dans le monde extérieur, l'environnement, elles entrent en consonance avec notre psychisme lorsque ce dernier se rend disponible, c'est-à-dire que nous nous sommes préparés à leur rencontre (istikhara, incubation, etc.) mais elles apparaissent courroucées lorsque nous avons pénétré leur terroir sans avoir été invité. Leur nature sacrale ambivalente est à l'origine de ce phénomène, c'est la raison pour laquelle certains lieux peuvent être chargés de puissances protectrices. Or, nos puissances génésiques, c'est-à-dire nos archétypes psychiques, sont identiques à celles présentes à l'extérieur, elles forment qu'une et seule et même entité puisque le temps et l'espace n'ont pas cours pour elles. C'est la raison pour laquelle lorsqu'une personne entre en consonance avec son monde intérieur et active ses puissances génésiques elles peuvent créer des synchronicités, signe d'un point de contact entre deux mondes apparemment distincts et éloignés, alors que ces puissances se tiennent dans une extension dont les opposés s'annulent : conjunctionis oppositorum. Cette approche est différente de celle proposé par le psychanalyste C.G.Jung puisque à ses yeux, les archétypes sont présents uniquement au sein de la psyché humaine.


A regarder de plus près, nous découvrons que le Mundus Archetypus est un temps Eternel, un temps qui ralenti afin de devenir le temps qui s'écoule à travers une étendue spatiale. Par conséquent, ces entités se spatialisent et se corporalisent à travers le moindre phénomène qui existe en notre monde. Elles sont du Temps, le Temps éternel qui devient espace, elles sont les bâtisseurs de notre monde, voire des mondes. Elles sont présentes depuis l'Aube des temps, ce sont les Grands Ancêtres des peuples premiers. Cette résidence éternelle, le Na-Koja-Abad, était connue de tout temps par différents peuples. Les Aztèques l'appelaient Tamoanshan, les Mésopotamiens Dilmun et les Perses Airyana Vaejo.



Sources :


Article : Mélanie Lioux, « Expressions de la perception du rêveur au sein des sanctuaires guérisseurs en Grèce classique (images et textes) », Kentron [Online], 27 | 2011, Online since 02 March 2018, connection on 18 May 2018. URL :

http://journals.openedition.org/kentron/1232 ; DOI : 10.4000/kentron.1232


Article: N. Benseddik et G. Camps, « Incubation », in Encyclopédie berbère, 24 | Ida – Issamadanen [En ligne], mis en ligne le 17 janvier 2012, consulté le 18 mai 2018. URL :

http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/1569


Titre : Discours sacrés. Rêve, religion, médecine au IIe siècle après J.C.

Auteur : Aelius Aristide

Editions : Macula


Titre : Saint Roch : Genèse et première expansion d'un culte au XVème siècle

Auteur : Bolle Pierre

Editions : Philosophie et Lettres, Section d'Histoire, ULB, Bruxelles


Le Tarot de Mantegna, suivi d'un commentaire alchimique de François Trojani

24 avril 2018 à 03:13


Le Tarot de Mantegna

Composé de 50 estampes numérotées en chiffres romains et arabes, le Tarot de Mantegna est organisée en 5 séries de 10 figures. Celles-ci sont désignées par les lettres E, D, C, B et A. La numérotation des cartes poursuit les lettres de l'organisation de E à A afin de signifier une ascension, de la plus misérable condition humaine à la sphère ultime, le divin. C'est la raison pour laquelle la première carte "Misero - I" fait partie de la série E et la dernière "Prima Causa - L" de la série A.


Chaque série est un ordonnancement transcendantal, vertical, dans lequel le profane pénètre les arcanes de son être à travers un voyage initiatique en 50 étapes. Il parcourt l'ensemble de la Création divine, et en posant le premier regard sur la première carte "Misero - I", l'arpenteur des mondes qu'est le profane active une mythographie dont les cartes vont dévoiler son cheminement jusqu'au divin.


E (1 à 10): La Hiérarchie de la société et la condition humaine.

D (11 à 20): Les Muses et Apollon.

C (21 à 30): Les arts libéraux et les sciences.

B (31 à 40): Les principes cosmiques et les Sept vertus.


A (41 à 50): Les Sept planètes et les sphères.


L'ensemble du jeu élabore un jeu hermétique dans la droite ligne des grands penseurs de la Renaissance, une alliance entre religion chrétienne et païenne où le symbolisme appelle à un savoir d'initié. L'influx divin tel définit par Platon et nommé "émanation", qui émane du divin vers l'humain, participe à chaque étape du jeu. Cette puissance se superpose à la première, au parcours ascensionnel, qui transmet la puissance divine lors de l'ascension en intensifiant de plus en plus cette "élargissement de la conscience". Un programme est proposé à l'homme. Les 10 séries de chaque étapes se reflètent l'une et l'autre, c'est ainsi que "les Sept planètes et les sphères" forment une consonance avec "la Hiérarchie de la société et la condition humaine", ainsi qu'avec la série D, C, et B. Par conséquent, c'est à une harmonie des mondes que ce Tarot nous invite et nous appelle, une harmonie des Sphères dont le nombre 10 pythagoricien, la Tetraktys, constitue l'axe de conjonction entre tous les plans du réel.


Chaque série se termine par une figure divine. Le Tarot de Mantegna nous offre une gamme de symboles et d'analogies inépuisables, c'est dans cet ensemble de correspondance que l'Alchimie vient se greffer dans l'Art figuratif.


Un extrait des descriptions des estampes selon l'alchimiste François Trojani:


E - Misero - I (le Mendiant):

(...)

L'emblème, qui n'est pas sans nous rappeler le Mat du Tarot est cependant plus proche de l'homme des bois, du Sphinx de Thiers. Il représente, comme lui, un homme de haute stature - mais glabre -, tête nue, quelque peu distant de la réalité et s'appuyant sur un bâton terminé par une tête; ici, la sienne, en l'occurence. Cet emblème est le résultat d'une volonté nette et réfléchie et ce bâton, arbre de la Sapience, est bien un sceptre. En fait, ce Misero est un sage, c'est l'homme de nature que ses connaissances ont porté à mépriser la vaniteuse frivolité des hommes du commun. (...)


Le Tarot de Mantegna


E - Fameio - II (le Serviteur):

​(...)

Un jeune homme, en fait un jeune page, reconnaissable à sa coupe de cheveux, élégamment vêtu, porte avec une attention soutenue un vase. Il est en forme de pomme et se compose de deux demi-sphères, la supérieure surmontée d'une sorte de poignée destinée sans doute à soulever le couvercle. En fait, c'est un vaissel, le vase de l'Art, contenant sans aucun doute une chose précieuse. Dans la littérature médiévale, le vase contient le trésor, qu'il soit le calice ou le graal. Il représente symboliquement la maison des trésors "car ce vase - disent les textes - est le véritable pélican philosophique, et il n'en est pas d'autre qu'il faille rechercher dans le monde entier". Le vase est de même le symbole de la materia prima dans son aspect féminin, celui de la Lune, mère de toute chose. (...)


Le Tarot de Mantegna



D - Talia - XVI (Thalie):

(...)

Une végétation abondante s'étale à ses pieds; elle écoute avec une extrême attention, l'oreille tendue, les sons émis par son violin. Quatre idées se dégagent de cette composition: son violin, l'archet, les fleurs, les feuilles en forme de petits coeurs. Le violin est un rappel de la Remore, violette dans sa cassure, laquelle violette fleurit au printemps de l'oeuvre. C'est notre rebis, matière première du Magistère. L'archet est le moyen ou principe qui va animer ce rebis ou violette. Quant aux feuilles en forme de coeurs, c'est l'image de notre souffre que fournit la Coction Philosophale. (...)


Le Tarot de Mantegna



C - Theologia - XXX (la Théologie):

(...)

Pourquoi attribuer à la Théologie le double visage du dieu Janus ? On sait que Janus fut doté par Saturne d'une rare prudence, qui rendait le passé et l'avenir toujours présents à ses yeux. Le Globe étoilé de la Théologie s'explique par ce que dit Ovide au premier livre des Fastes. "Les Anciens appelaient Janus, le Chaos, et ce n'est qu'au moment de la séparation des éléments qu'il prit la forme d'un Dieu... Lui seul, écrit-il plus loin, gouverne le vaste étendue de l'Univers. Il préside aux Portes du Ciel et les garde de concert avec les Heures. Il est gardien des Portes." Il est ici la représentation des deux clés de l'Oeuvre, la blanche et la rouge dont les fruits par une sainte manducation, vont ouvrir les portes de la sapience théologique, c'est-à-dire des Mystères Divins.


Le Tarot de Mantegna



B - Iliaco - XXXI (le Génie de la Lumière):

B - Chronico - XXXII (le Génie du Temps):

B - Cosmico - XXXIII (le Génie du Monde):

(...)

Nous l'analyserons (Iliaco) conjointement aux deux emblèmes qui le suivent : Chronico et Cosmico. Iliaco élève le soleil et la lune, symbole du rebis. La forêt dans le fond de l'emblème paraît éloignée. C'est alchimiquement la Forêt des Sages, le sanctuaire à l'état de nature, le Verger chimique. De même suggère-t-il que le souffre et le mercure ne peuvent permettre l'observation de cette même forêt que de manière lointaine (...). Ici (Cosmico) la forêt se rapproche. Nous sommes à présent à l'orée du bois. Le globe du ciel et de la terre apparaît scindé par une ligne horizontale. Or une telle figure sert dans le code d'écriture alchimique, à désigner le sel, résumant les énergies du ciel et de la terre. Un croissant de lune se distingue dans le ciel nocturne. Chronico élève un ourobouros.


Le Tarot de Mantegna


Le Tarot de Mantegna


Le Tarot de Mantegna



A - Marte - XXXXV (Mars):

(...)

Nous noterons simplement que Mars et Vénus, soit le fer et le cuivre, fondus en de judicieuses proportions, dans un médiateur approprié, le culot montre, après refroidissement, une structure réticulée violette. C'est ce même filet que lui jeta Vulcain, l'époux déshonoré. Les Grecs avaient transcrit en mythes des aspects fort précis de leur savoir minéralogique. C'est le même filet, emblème du pêcheur qui décore l'Améthyste, pierre de couleur violette et que les évêques portent au doigt.


Le Tarot de Mantegna

A - Octava Spera - XXXXVIII (La Huitième Sphère):

A - Primo Mobile - XXXXVIIII (Le Premier Mobile):

L'infusion réitérée d'esprit (les ailes croisées en X de l'ange) vont s'élever jusqu'au ciel des philosophes et multiplier sa vertu céleste. Mais l'oeuvrant ne doit pas dépasser le terme symbolique de dix exaltations dans la multiplication des vertus de la Pierre. Au-delà de ce stade l'huile devient si pénétrante qu'elle perce le verre (dont un des symboles est le X) et émane du vase sous une forme radiante (X), rejoint son principe dans les étoiles. Aussi parvenu à ce stade convient-il de lui passer des chaînes d'or qui la retienne et que nous exprime l'emblème suivant, Primo Mobile. L'esprit se corporifie et trouve une résidence stable dans le corps de l'or métal. Octava Spera et Primo Mobile nous expriment l'idée selon laquelle tout l'Univers est le théâtre de l'Apothéose éclatante de la Pierre. C'est la Terre céleste où l'Artiste a semé son or.


Le Tarot de Mantegna


Le Tarot de Mantegna


Le Tarot de Mantegna enseigne les secrets de l'homme et de la Nature en une seule vision. Ces arcanes ouvrent l'oeil sans paupière de la perception visionnaire.


Source :


Titre : Suite d'estampes de la Renaissance italienne dite Tarots de Mantegna ou jeu du gouvernement du monde au Quattrocento vers 1465. Commentaire alchimique de François Trojani (2 volumes).

Auteur : De François Trojani

Editions : Arnaud Seydoux

Les derniers gnostiques du Moyen-Orient

24 avril 2018 à 03:13

Mandéen d'Irak

Parmi les centaines d'école gnostique qui prolifèrent à l'Antiquité, seul trois grandes écoles gnostiques existent encore au Moyen-Orient : les ismaéliens (qui se divisent en deux branches : Agha khan et druzes), les mandéens et les yezidis.


Les ismaeliens appartiennent au deuxième rameau de l'Islam, le shiisme. Ils ont incorporé des éléments de la philosophie plotinienne (donc de Platon), de diverses sectes et mouvements judéo-chrétiens, de l'hermétisme (astrologie, alchimie ou encore magie), des pythagoriciens ou encore d'éléments zoroastriens. Il y a une source commune entre l'enseignement ismaélien et l'enseignement kabbalistique juive. D'énormes parallèles peuvent être établis entre les 10 Sephirot de la Kabbale et les 10 Intelligences de la gnose ismaélienne. La troisième Intelligence, assimilée à la Sophia des gnostiques de l'Antiquité, ayant commis une faute d'orgueil chuta jusqu'à la dernière Intelligence, soit la dixième, et depuis ce jour l'homme doit réparer cette faute (équivalent de la réparation des vases de la Kabbale). Il y a derrière cette réparation une visée eschatologique, métaphysique et gnostique du monde.


Ismaélien du Pakistan


Région de Masyaf en Syrie où réside les ismaéliens

Druze d'Israël

Druze d'Israël

Les mandéens partent du principe que ce n’est pas Dieu, mais un démiurge, un sous-dieu, qui est à l’origine de la Création du monde. Ce démiurge tente de dissimuler aux hommes la véritable connaissance de Dieu, mais la gnose permet de dévoiler la vérité. Contrairement aux gnostiques de l'Antiquité, ce n'est pas Jésus qui est venue dévoiler la supercherie de Yahvé, mais Jean-Baptiste chez les mandéens. D'ailleurs, les mandéens haïssent Jésus et le traite de menteur. La foi des mandéens (de « connaissance », manda), renferme des éléments juifs, gnostiques et chrétiens pensés comme l’acte de communion et le repos dominical. Jean-Baptiste passe à leurs yeux pour un réformateur religieux. Car il baptisa dans le Jourdain non seulement Jésus, mais aussi le rédempteur mandéen. (« Connaissance de vie », Manda d’Hayyé), ce messager céleste fut envoyé sur terre (tibi) par le Dieu suprême (mana rurbe) afin d’apporter à Adam et à son épouse Hawa la révélation de leur origine divine. Ce n’est que par cette vérité que l’homme peut être délivré. A la fin du monde, Manda Hayyé délivrera de l’enfer les âmes pieuses. Le baptisé, selon les mandéens, communie ensuite d’un morceau de pain consacré par le prêtre et de (« l’eau cérémonielle », mambuha).


Mandéen d'Irak

Mandéen d'Irak

Mandéen d'Irak

Selon la mythologie yézidite, Dieu serait né d'une Perle. De son essence émanèrent ses sept compagnons, les Sept Anges, qui l'aidèrent à créer le monde. A intervalles irréguliers, ces anges apparaissent sous une forme humaine pour enseigner aux hommes la véritable religion. L'histoire sacrée des Yézidis est celle des incarnations de ces anges. Les Sept Anges, les heft sirr ou Sept Secrets, dont le chef est Malak (ou Melek) Tâwûs (l'Ange Paon) à cause des colorations spirituelles qu'il a récupéré, gouvernent le monde ; parmi eux, Ezi Melek. Pour les Yézidis, l'Ange-Paon refusa d'adorer Adam, mais loin d'être puni, il en fut loué par Dieu qui lui donna en charge le monde physique pour l'y représenter. La connexion Iblis (Satan) ou Shaytân-Tâwus est donc réelle, mais il est faux de faire du Malak Tâwus des Yézidis une figure démoniaque. C'est au contraire une figure gnostique. C'est le monde physique qui est mauvais ou « enténébré », pas son Ange. Et comme pour tous les gnostiques, le bien est d'essence céleste et le mal est d'essence sublunaire. Le monde physique et corporel enferme les particules de lumière que sont nos âmes (éléments manichéens et zoroastriens). La doctrine yézidite recommande de considérer Iblis comme un Archange qui a chuté (éléments de la chute des anges), puis pardonné (repentant, il a éteint l’enfer avec ses larmes), auquel Dieu a abandonné le gouvernement du monde et la transmigration des âmes qu'il administre. Leur livre sacré s’appelle « ketab-e Jelveh » et leur lieu saint c’est la vallée de Lalesh près de Sinjar. C’est en quelque sorte leur Mecque, ils s’y rendent pour faire leur « Hajj ».


Yazidi d'Irak

Yazidi d'Irak

Yazidi d'Irak


Sources :

Titre : Exposé de la religion des Druzes: Tiré des livres religieux de cette secte, et précédé d'une introduction et de la vie du khalife Hakem-biamr-Allah

Auteur : Antoine Isaac Silvestre de Sacy

Editions : Cambridge University Press

Titre : Adam secret - La religion gnostique des Mandéens du Moyen-Orient

Auteur : E. S. Drower

Editions : La Fontaine de Pierre

Titre : La convocation d'Alamût : Somme de philosphie ismaélienne

Auteur : Nasiroddin Tusi

Editions : Verdier

Le she’elot halom, ou le processus d'induction spirituelle par les rêves chez les mystiques juif

11 avril 2018 à 18:09


Les rêves sont des portes d'accès au monde invisible pour de nombreuses civilisations, cette porte ouvre sur le royaume des morts, des entités célestes et chthoniennes. Ces êtres interagissent avec nous grâce aux rêves, et certains d'entres eux peuvent nous apporter des messages célestes, et d'autres des messages plutôt sombres et funestes. Dans la mystique juive, il est admis que le dormeur à la capacité d'entrer en contact avec différents êtres durant le sommeil, Moshé Idel nous dévoile certaines techniques onirologiques utilisées par des Maîtres Kabbalistes.


Dans la technique dite du she’elot halom, particulièrement présente chez les Kabbalistes, technique qui consiste à formuler des questions avant d’aller dormir, le praticien entre en dialogue avec le monde invisible. Le grand Besht, plus connu sous le nom de Ba'al Shem Tov, est dit avoir utilisé cette technique et que tout ce que savait le Besht provenait des réponses qu'il recevait en rêve. Dans certains cas, ces réponses prennent la forme d’un verset de la Bible comme une révélation personnelle, dans lequel la réponse était contenu. Par conséquent, on devait interpréter le verset comme la Thora est interprétée par les Maîtres.


R. Isaac ben Samuel d’Acre, un Kabbaliste du début du XIVème siècle, rapporte ce qui suit :


« Moi, le jeune Isaac d’Acre, étais endormi dans mon lit, et à la fin de la troisième garde, une merveilleuse réponse par le rêve m’a été révélée, dans une véritable vision, comme si j’étais pleinement éveillé, et la voici [le verset] « Sois entièrement avec l’Éternel ton D.ieu… »

Deutéronome, chapitre 18, verset 13

R. Isaac voit toutes sortes de combinaisons de mots et leurs équivalences numériques qui font allusion au nom divin YBQ, et « pense aux lettres du Tétragramme telles qu’elles sont prononcées (...). En une cogitation conceptuelle, méditative et intellectuelle… non pas d’une façon qui arrive du cœur à la gorge… ».


Cette technique de permutation des lettres associée à une médiation est l'oeuvre d'Abraham Aboulafia (1240-1291), George Lahy définit cette permutation des lettres, le Tserouf, comme suit :


« La pratique du Tserouf, l’art combinatoire, ouvre les portes de la Kabbale extatique. Cette extase provoquée par le Kabbaliste est un ravissement de l’esprit fusionné par la méditation et détaché du monde sensible. »


Dans son livre H’aye haOlam haBa, Abraham Aboulafia nous explique de quelle manière procéder :


« Il te faut t’apprêter pour l’union du coeur et la purification du corps. Un lieu particulier et préservé doit être choisi, d’où ta voix ne sera entendue de personne. Installe-toi complètement seul et retire-toi dans l’HITBODED (esseulement). Tu dois être assis en ce lieu préservé, qui peut être une pièce ou une cellule ; mais surtout ne révèle ce secret à personne. Si tu peux, applique la méthode le jour dans une maison, mais le moment le plus favorable est la nuit. Éloigne de ton esprit les vanités de ce monde, car c’est l’instant où tu vas parler avec ton Créateur, de qui tu souhaites connaître la Grandeur.


Enveloppe-toi dans ton châle de prière et place ta tête et ton bras tes tefillim car tu dois être rempli de révérence envers la Shekhinah qui t’enrobe maintenant. Vérifie que tes vêtements soient purs et de préférence blancs ; cette précaution invite avec force au recueillement… »


Un autre exemple de la pratique onirologique du she’elat halom découle de l’un des plus célèbres Kabbalistes, Rabbi Hayyim Vital, qui recommande ceci :


« Tu iras au lit pour dormir, prie « Que Ta Volonté soit faite », et utilise l’une des prononciations des noms [divins] écrits devant toi, et dirige ta pensée vers les sphères mystiques qui y sont liées. Puis évoque ta question soit pour découvrir les problèmes liés à un rêve et les choses futures, soit pour obtenir quelque chose que tu désires, ensuite pose [la question]. »


Ailleurs, ce Kabbaliste a recours à une technique de visualisation de la couleur pour obtenir une réponse à sa question, qu’il atteint dans un état similaire au rêve :


« Visualise qu’au-dessus du firmament des « Aravot » (des cieux), il y a un très grand rideau blanc, blanc comme la neige, sur lequel le Tétragramme est inscrit, en écriture assyrienne (il ne s’agit pas de l’écriture cunéiforme assyrienne, Hayyim Vital fait référence à une forme calligraphique traditionnelle de l’alphabet hébraïque : l’écriture carrée, dite ashourite (ktav ashuri), qui vient du nom Ashur. Ashur en hébreu désigne l’Assyrie), dans une certaine couleur…. et chacune des grandes lettres inscrites là sont aussi grandes qu’une montagne ou une colline. Et tu devras imaginer, dans tes pensées, que tu poses ta question à ces combinaisons de lettres écrites là, et elles répondront à ta question, ou elles feront résider leur esprit dans ta bouche, ou bien tu seras somnolent et elles te répondront, comme dans un rêve. »


Une autre technique d’induction des rêves a été élaborée à partir de textes mystiques juifs, elle s’appelle « les pleurs mystiques » : il s’agit d’un effort pour atteindre un résultat direct par le biais des pleurs provoqués sur soi-même. Ce résultat recherché peut aller de la connaissance paranormale aux visions porteuses d’informations à propos de quelque secret. Nous trouvons quelques exemples dans la littérature apocalyptique, où la prière, les pleurs et les jeûnes sont utilisés pour induire le Parole de Dieu dans un rêve.


Le lien entre les pleurs et les perceptions paranormales qui se forme dans les rêves est également évident dans une histoire midrashique :


« L’un des étudiants de R. Simeon bar Yohaï avait oublié ce qu’il avait appris. En larmes, il se rendit au cimetière. Du fait de ses grands pleurs, il [R. Simeon] vint à lui en rêve et lui dit : « lorsque tu te lamentes, lance trois brindilles, et je viendrai ». L’étudiant se rendit auprès d’un interprète des rêves et lui raconta ce qui s’était produit. Ce dernier lui dit : « répète ton chapitre [ce que tu as appris] trois fois, et il te reviendra ». L’étudiant suivit ses conseils et c’est effectivement ce qui se passa. »


La corrélation entre les pleurs et la visite d’une tombe semble faire allusion à une pratique destinée à induire des visions. Ceci, bien sûr, faisait partie d’un contexte plus étendu dans lequel les cimetières étaient des sites où il était possible de recevoir une vision. Tomber de sommeil en larmes, ce dont il est question ici, semble également être une part de l’enchaînement : la visite au cimetière, les pleurs, tomber de sommeil en larmes, le rêve révélateur.


La technique des pleurs pour atteindre la « Sagesse » est puissamment expliquée par R. Abraham ha-Levi Berukhim, l’un des disciples d’Isaac Louria. Dans l’un de ses programmes, après avoir spécifié le « silence » comme première condition, il nomme « la seconde condition : dans toutes tes prières, et dans toutes tes heures d’étude, en un lieu que l’on trouve difficile (le lieu où l’on étudie), dans lequel tu ne peux pas comprendre et appréhender les sciences propédeutiques ou certains secrets, provoque en toi d’amères lamentations, jusqu’à ce que des larmes mouillent tes yeux, et pleure autant que tu pourras. Et fais redoubler tes pleurs, car les portails des larmes n’étaient pas fermés et les portails célestes s’ouvriront à toi. »


Pour Louria et Berukhim, pleurer est une aide pour surmonter les difficultés intellectuelles et recevoir des secrets. Ceci s’apparente à l’histoire de R. Abraham Berukhim qui est la confession autobiographique de son ami, R. Hayyim Vital :


« En 1566, la veille de Chabbath, le 8 du mois de Tevet, j’ai récité le Kiddush et me suis assis pour manger ; et mes yeux s’emplirent de larmes, j’avais signé et j’étais triste dès lors… J’étais lié par la sorcellerie… Et je pleurais également pour avoir négligé la Torah au cours des deux dernières années… Et à cause de mon inquiétude, je n’ai pas mangé du tout, et je me suis étendu, le visage contre mon lit, en pleurs, et je me suis endormi d’avoir trop pleuré, et j’ai fais un rêve extraordinaire. »


Ces she’elot halom (les questions posées par le biais des rêves, la visualisation de couleur, les pleurs mystiques), comme d’autres techniques mystiques appartiennent à la littérature juive, mais également au quotidien des Kabbalistes. Moshé Idel affirme que cette technique suppose que le mystique peut prendre l’initiative et établir un contact avec d’autres royaumes, et qu’il peut induire certaines expériences en ayant recours à ces techniques.



Sources :


Titre : Kabbale extatique et Tsérouf

Auteur : Georges Lahy

Editions : Lahy


Titre : Astral Dreams in Judaism Twelfth to Fourteenth Centuries

Auteur : Moshé Idel

Editions : Dream Cultures; Explorations in the Comparative History of Dreaming. Ed. by David Shulman and Guy G. Stroumsa. New York : Oxford University Press, 1999

Titre : Les kabbalistes de la nuit

Auteur : Moshé Idel

Editions : Allia

Psychologie géométrique : Benjamin Betts et la mathématique de la conscience

30 mars 2018 à 20:46


Benjamin Betts

Benjamin Betts est un New-Zélandais, qui vécut au XIXème siècle, il a passé plus de vingt ans à étudier l'évolution de l'Homme, non du point de vue physique ou biologique, mais du point de vue métaphysique. L'histoire de l'évolution de l'homme est pour lui une theophanisation du divin dont la conscience humaine est le témoin. Il tente de représenter les étapes successives de cette évolution par le biais de formes mathématiques symboliques. Ces formes représentent le cours du développement de la conscience humaine à partir de l'animal, puis developpe une armature psychique jusqu'à la conscience spirituelle ou divine.


Benjamin Betts a estimé que la conscience est le seul fait que nous pouvons étudier directement, puisque tous les autres objets de la connaissance doivent être perçues par la conscience. La forme prise par la conscience est ainsi une géométrie qui contient des équations et des nombres symboliques, pour Benjamin Betts cette science des formes de la conscience offre la possibilité d'entrevoir les futurs évolutions de la conscience, mais aussi son état antérieure.


Benjamin Betts
Benjamin Betts


Dans son étude, il donne une place de choix à l'imagination et son évolution. Après la répétition des sensations la conscience commence à s'éveiller à elle-même, l'individu développe alors la conscience de sa propre identité, et il commence à former une image ou une idée, à la fois de la sensation subjective et objective de la perception. Comme un prisme reçoit un faisceau de lumière et dévie les rayons, les tenant en dehors de sorte que les couleurs du spectre sont dissociés et distingués, l'imagination reçoit le flux de la conscience puis la conscience compare les différentes expériences.


Benjamin Betts


Les formes symboliques que Benjamin Betts a développé à travers son système de représentation ressemblent, lorsqu'elles sont développées en deux dimensions, à des pétales de fleurs. Lorsque ces formes sont déployées sur une dimension supérieure, c'est-à-dire en trois dimensions, elles se rapprochent des formes de cristaux également. Benjamin Betts appelle « la science de la représentation » la représentation ordonnée par un système de symbolisation de l'évolution spirituelle de la vie, étape par étape, plan après plan, état de conscience après état de conscience. Les nombres et leur agencement à travers des formes géométriques deviennent les médiateurs entre le corporel et l'incorporel. Ce qui implique l'existence de lois naturelles d'ordre universelle dont les nombres et les formes géométriques exposent l'harmonie de la Nature, en conséquence la conscience appartient aux lois naturelles et donc elle est mesurable selon des règles précises.

Nous émettons l'hypothèse d'une commune nature avec la lumière, c'est-à-dire que la conscience et la lumière appartiennent à un seul et même phénomène. Benjamin Betts a exposé un ordre de déploiement de la conscience dont l'appartenance est commune aux formes géométriques et aux nombres, nous y ajoutons son rapport aux phénomènes de la lumière.



Source :


Titre : Geometrical psychology, or, The science of representation an abstract of the theories and diagrams of B. W. Betts.

Auteur : Louisa S. Cook

Editions : G. Redway

La caverne de Platon

22 février 2022 à 02:31


« Eh bien, après cela, dis-je (Socrate), compare notre nature, considérée sous l’angle de l’éducation et de l’absence d’éducation, à la situation suivante. Représente-toi des hommes dans une sorte d’habitation souterraine en forme de caverne. » (Platon)


Si la quête de la Vérité de notre être consiste en un décèlement de soi-même, puisque l’objet de notre attention constante est le fruit d’une projection ininterrompue de notre propre source originale, cela revient à dire que nous nous sommes nous-mêmes encloisonnés tout comme nous sommes les seuls à pouvoir ouvrir la cloison. Remarquons bien que Platon évoque dès la première ligne l’éducation et la non éducation. Il s’agit tant de la prise en charge de l’enfant par les instances éducatives que celui d’un état d’être généré par un esprit absent à lui-même. Du conditionnement social à l’emprise de l’esprit projectif l’homme rêve les yeux ouverts. Il adhère à un monde d’images en restant persuadé qu’elles existent en dehors de lui-même, et pour elles-mêmes.


Sans mode de connaissance de soi-même, lequel brise les chaînes du prisonnier, il est impossible de voir la lumière qui jaillit de la source intérieure. Cette lumière indique bien évidemment le chemin à arpenter pour sortir de sa propre caverne. Dès lors, le premier pas du changement de condition consiste à voir cette lumière, qui, pourtant, ne peut être vue car elle ne fait qu’éclairer notre propre espace obscur. Je comprends donc que la Connaissance n’est pas de ce monde, tout comme la lumière. C’est par cet éclaircissement intérieur que nous découvrons l’esprit projectif et son jeu d’images. Cette Connaissance délie nos constructions mentales qui ne se réfèrent qu’à des opinions, car l’opinion reste un point de vue linéaire de la Vérité laquelle provient d’un hors champ spatial et temporel.


Désormais, l'âme à l'impérieuse nécessité d'abandonner les anciens enseignements, afin de migrer vers de nouvelles connaissances qui ne dépendent pas de sa sensibilité corporelle. L'âme s'en remet aux nouveaux enseignements qu'elle reçoit lesquels doivent être saisit par une autre partie d'elle-même qu'elle n'utilisait pas jusqu'à présent. Si l'âme intellige bien le monde qui l'entoure avec sa partie rationnelle, elle ne peut le faire que par l'entremise de son propre corps. En d'autres termes, l'âme n'est jamais directement confrontée aux objets qui se présentent à elle sans passer par l'intermédiaire des sens. Ce qui la libère des liens du corps est le calcul, c'est-à-dire un art mathématique dont la nature consiste à ordonner et à organiser ses propres idées. Cet art n'est donc pas le fruit de l'âme puisqu'elle réceptionne une lumière qui clarifie le monde par le calcul, c'est au cours de son apprentissage qu'elle découvre son propre monde intérieur par la calcul et dévoile sa propre prison. Cet homme élague en fait son propre champ intérieur en l'organisant, et par cet oeil de l'intellect il se rend apte à se saisir lui-même. Dès lors, il existe un lien intime entre l'apprentissage du calcul, l'organisation de ses propres idées et la faculté d'intelliger le monde. Si l'ordre intérieur provient d'une réalité autre que celle des sens, laquelle apparaît similaire au flux inorganisé du chaos, la raison en est que l'âme s'ordonne elle-même par le biais de la lumière du calcul et qui s'apparente à la mise en ordre du cosmos élaborée par le Logos (l'Intelligence suprême) à l'aube des temps. Il y a donc une connivence entre le Logos organisateur du monde et la faculté intelligible qui use du calcul. De cet agencement de son propre cosmos intérieur nait le discernement, le jugement peut donc être émis selon une norme juste. L'âme ainsi dotée peut affronter le plan sensible qui déploie la multiplicité des phénomènes et par la suite l'organiser, mais surtout percevoir une réalité dissimulée derrière le monde des apparences. Cependant, cette âme qui s'élève au-dessus de l'abîme du monde sensible reste inopérante sans l'intervention de la géométrie, puisque par cet autre art elle découvre que le calcul expose des unités à agencer sans présenter la profondeur. La profondeur de soi-même se dévoile par la géométrie, l'âme convertie les nombres en volume et ouvre l'accès aux formes intelligibles lesquelles président à la formation des objets sensibles.


La science du calcul fait réfléchir l'âme sur la possibilités d'établir une définition de "l'un" comme étant un agent commun à tous les multiples. Or, cette unité foncière du monde sensible évoque l'Un lui-même, le Logos, source de la mise en ordre du monde. La science du calcul ne s'ingénie donc plus à chiffrer les êtres sensibles, mais à démontrer leur unité fondamentale par-delà la simple perception que nous en avons de prime abord. Le calcul permet donc de dépasser les impressions, d'entrer en contact avec leur part d'universel lequel est dévolue à la géométrie. Quant à la géométrie, elle décèle des Figures archétypales qui prédéterminent la réalité visible. L'âme reçoit l'image des Formes archétypales et apparaissent sous forme de figures géométriques. Pour Platon, l'âme s'aiguise à mesure qu'elle s'agence elle-même et ce, jusqu'à atteindre le seuil des réalités spirituelles qui ne peuvent être perçues au premier abord que par leur réflexion à travers des figures géométriques. L'âme contemple encore un reflet et non l'Origine elle-même, en d'autres termes sa nature lui échappe encore. Se découvrir soi-même consiste à pouvoir s'ouvrir à la dimension lumineuse de l'universel qui luit en dehors de la caverne. Par conséquent, le mythe de la caverne évoque le passage du singulier à l'universel en un acte graduel de sublimation de soi. Le délicat passage entre l'apparition des Formes archétypales et leur mise en image par des figures géométriques doit être compris comme une traversé de l'inconnaissable. L'âme outrepasse ses anciens modes d'être, elle connait toutes choses à partir d'elle même car elle procède du plan lumineux. Le monde vit en l'âme, le langage mathématique le met en lumière, et ce monde intérieur et animé prend source en un lieu lumineux et sans ombre. L'âme contemple sa propre profondeur et observe sa propre mise en oeuvre et sa propre intériorité se mettre en marche lors de son propre déploiment. C'est alors qu'elle décèle ce qui l'anime et comprend que l'ensemble du langage mathématique met en lumière cette activation, il lui donne le reflet du monde lumineux. Le langage mathématique est donc le signe du monde lumineux, la marque intelligible des Formes archétypales.


De cette philosophie des mathématiques découle une âme consciente d'elle-même. Le monde extérieur est notre propre reflet, une ombre, lequel miroite une réalité plus intérieure et apparentée au calcul et à la géométrie. L'âme s'éveille à elle-même jusqu'à saisir son propre jeu mental, la porte du monde lumineux s'ouvre alors et la voilà se dessaisir de l'art de la géométrie pour contempler l'Origine. Il s'agit de contempler sa propre activation et sa propre animation intérieure sans que l'âme se confonde avec ce processus d'engendrement. L'âme libérée d'elle-même se contemple elle-même.

Les Enseignements de Silvanos (Texte de Nag Hammadi)

4 mars 2021 à 16:29


Portait du Fayoum


Mon fils,


Abolis toute puérilité, acquiers la force de l’intellect et (de) l’âme, renforce la guerre contre toute folie : passions érotiques, méchanceté pernicieuse, ambition, goût des querelles, la jalousie pénible, la fureur, la colère et le désir avaricieux ! Veille à votre camp avec des boucliers et des lances ! Arme-toi de tous les soldats, que sont les paroles, et des officiers que sont les conseils, et de ton intellect comme guide intérieur.


Mon fils, chasse tous les brigands loin de tes portes ; garde toutes tes portes avec des torches, que sont les paroles ; et tu acquerras par tout cela une vie tranquille ; mais celui qui ne veillera pas à cela deviendra comme une ville déserte qui a été prise : toutes les bêtes l’ont piétinée ; car ce sont des bêtes féroces, les pensées qui ne sont pas bonnes. Et ta ville sera pleine de brigands ; et tu ne pourras pas obtenir la paix mais rien que des bêtes sauvages. (Le) Malin, qui est tyran, est seigneur sur elles. En gouvernant cela, il est dans le grand Bourbier ; la ville tout entière, c’est-à-dire ton âme, périra.


Éloigne-toi de tout cela, ô malheureuse âme ! Fais entrer en toi ton guide (et) ton maître ; le guide, c’est l’Intellect, et le maître c’est le Verbe. Et ils t’emmèneront loin de la corruption et des dangers.


Écoute, mon fils, mon avis : ne présente pas ton dos [à t]es ennemis en fuyant, mais plutôt, poursuis-les comme (un) [f]ort. Ne deviens pas (un) animal que les hommes poursuivent ; mais deviens, au contraire, (un) homme qui poursuit les bêtes féroces, de crainte qu’elles ne l’emportent sur toi et qu’elles ne te piétinent comme (un) mort, et que tu ne périsses par leur cruauté. Ô malheureux homme, que feras-tu si tu tombes sous leurs pattes ? Veille sur toi-même, de peur d’être livré à tes ennemis ; livre-toi à cette paire d’amis (que sont) le Verbe et l’Intellect ; et personne ne l’emportera sur toi. Que Dieu réside dans ton camp, que son Esprit garde tes portes, que l’Intellect de la piété garde les murs ! Que le Verbe saint devienne la torche de ton intellect brûlant le bois qu’est tout le péché.


Mais si tu fais cela, ô mon fils, tu l’emporteras sur tous tes ennemis et ils ne pourront plus faire la guerre contre toi : ils ne pourront même pas, ni se mettre debout, ni marcher dans ta voie. Car si tu les rencontres, tu les mépriseras comme des moucherons. Ils te parleront en te [fla]ttant, en implorant (grâce) : non qu’ils te [crai]gnent toi, mais par crainte de ceux qui habitent en toi, c’est-à-dire les gardiens de la piété et de l’enseignement.


Mon fils, reçois en toi l’éducation et l’enseignement ! Ne fuis pas l’éducation et l’enseignement, mais si l’on t’enseigne, accepte avec joie, et si l’on t’éduque en quelque chose, fais ce qui est bien : tu tresseras une couronne d’éducation pour ton guide intérieur.


L’instruction sainte, revêts-la comme (une) robe ! Ennoblis-toi par la bonne conduite ! Impose-toi l’austérité de la discipline ! Juge-toi toi-même, comme (un) juge sage ! Ne laisse pas perdre mon enseignement et n’acquiers pas un défaut d’enseignement, de crainte que tu n’égares ton peuple ! Ne fuis pas le divin et l’enseignement qui sont en toi ; car celui qui t’enseigne t’aime beaucoup : il ne t’imposera en effet que ce qu’il faut d’austérité.


La nature animale qui est en toi, rejette-la loin de toi, et le raisonnement pervers, ne le laisse pas entrer en toi. Car c’est (déjà) beau si tu arrives à savoir de la façon que je t’enseigne. S’il est bon de gouverner le vi[sible], comme tu le vois, [combien] vaut-il mieux que tu gouvernes toutes choses, en étant chef de toute assemblée et tout peuple, et que |tu t’|élèves de toute manière par un verbe divin, en ayant dominé toute puissance tueuse d’âme.


Mon fils, est-ce qu’on désire habituellement devenir esclave ? Mais toi, comment (peux-tu) te troubler si cruellement ? Mon fils, ne crains personne, sinon Dieu seul, le Très-Haut ! La fourberie du Diable, rejette-la loin de toi ! Reçois la lumière dans tes yeux, et bannis de toi les ténèbres ! Conduis-toi dans le Christ et tu acquerras un trésor dans le ciel. Ne sois pas farci d’un tas de choses inutiles, et ne te fais pas, en toi, le guide de l’ignorance aveugle.


Mon fils, écoute mon enseignement, qui est bon, qui est utile, et mets fin au sommeil qui pèse sur toi ! Sors de l’oubli qui t’emplit de ténèbres ! Car si tu étais incapable de faire quoi (que) ce soit, je ne te dirais pas cela.


Mais le Christ est venu te faire ce don. Pourquoi poursuis-tu les ténèbres, alors que la lumière est à ta disposition ? Pourquoi bois-tu de l’eau trouble, alors que l’(eau) fraîche est à ta dispo[sition] ?


La Sagesse [t’]invite et tu veux la folie. Ce n’est pas par ta volonté que tu fais cela, mais c’est la nature animale qui est en toi qui le fait. La Sagesse t’invite dans sa bonté, en disant : « Ô insensés ! venez à moi, vous tous, recevez en don l’intelligence, bonne (et) excellente ! Je te donne un habit de grand-prêtre, tissé de toute sagesse ».


Qu’est-ce que la male mort, sinon l’ignorance ? Qu’est-ce que les ténèbres pernicieuses, sinon de connaître l’oubli ? Rejette ton souci sur Dieu seul ! Ne deviens pas épris de l’or et de l’argent, qui n’ont pas d’utilité, mais revêts-toi de la Sagesse comme d’une robe ; et coiffe-toi de la science comme d’une couronne ; siège sur un trône de perception ! Car ces (trois vertus) sont à toi : tu les récupéreras encore une autre fois.


Car un homme insensé revêt habituellement la folie comme robe — et comme vêtement de deuil, il revêt la honte — puis il se couronne d’ignorance ; et il siège sur un trône de stu[pidité]. Étant en effet [privé de rai]son, il s’égare lui-même, car il est guidé par l’ignorance, et il suit les chemins du désir de toute passion. Il nage dans les désirs de la vie, et il a (même) sombré, pensant gagner à faire toutes les ouvres qui n’ont pas d’utilité ! Le malheureux qui passe par tout cela mourra parce qu’il ne possède pas l’Intellect, le pilote ; mais il est semblable à un bateau que le vent ballotte de côté et d’autre, et (il est) comme un cheval qui s’est échappé sans cocher. Car cet (homme) aurait eu besoin du cocher qu’est le verbe. En effet, il s’est égaré, le malheureux, parce qu’il n’a pas voulu d’avis. Il a été ballotté de côté et d’autre par ces trois misères : il a acquis la mort pour père, l’ignorance pour mère, et les mauvais avis, il les a pris pour amis et pour frères : (c’est) pour que toi, insensé, tu pleures sur toi !


Désormais donc, mon fils, retourne à ta (part de) divinité. Ces mauvais amis [ru]sés, rejette-les loin de [toi, reçois en toi] le Christ, [l’]a[mi vrai], comme bon maître ! Rejette loin de toi la mort qui est devenue pour toi un père ; car la mort n’existait pas, ni n’existera à la fin. Mais puisque tu as rejeté loin de toi Dieu, le Père saint, la vie véritable, la source de la vie, à cause de cela, t’est échue la mort pour père, et l’ignorance, tu l’as acquise comme mère (et) tu as été privé de la vraie gnose. Mais retourne, mon fils, à ton premier Père, Dieu, et (à) la Sagesse, ta Mère, de qui tu es issu depuis le commencement, afin de lutter contre tous tes ennemis, les Puissances de l’Adversaire.


Écoute mon avis, mon fils : ne deviens pas arrogant contre tout bon sens, mais reçois en toi le maî|tre| de la piété, le Verbe ! Observe les commandements saints de Jésus Christ et tu règneras sur tout lieu de la terre ! Et tu seras honoré des anges et des archanges : alors tu les acquerras pour amis et co-serviteurs, et tu acquerras des lieux dans le [ciel, là-haut. Le divin [qui] est en toi, ne lui cause ni chagrin ni peine ; mais tu le choieras et le supplieras pour que tu restes saint et que tu deviennes continent en ton âme et ton corps ; et tu deviendras trône de la Sagesse, et familier de Dieu. Par elle, il te donnera une grande lumière.


Mais avant toutes choses, connais ta naissance. Connais de quelle essence tu es issu : de quel genre, de quelle tribu ? Sache que tu es issu de trois genres : de la terre, du modelé et du créé. C’est de la terre que le corps est issu, à partir d’une essence terrestre. Quant au modelé, il est issu en vue de l’âme, du souvenir du divin. Mais le créé, c’est l’intellect qui est venu à l’être selon l’image de Dieu. Tandis que l’intellect divin possède une essence issue du divin, au contraire, l’âme est ce qui a été modelé en eux-mêmes. Car je pense qu’elle est (la) femme de ce qui est né selon l’image. Le corps, enfin, qui est né de la terre, son essence est la matière.


[Si] tu te mélanges, tu acquerras, (tour à tour), [les] trois parties, en tombant de la vertu en un état inférieur.


Conduis-toi selon l’intellect ! Ne pense pas au charnel ! Acquiers la force ! Car l’Intellect est fort !

Si tu déchois de cette (force), tu es devenu mâle-femelle. Et l’essence de l’intellect, c’est-à-dire l’intellection, si tu la rejettes loin de toi, tu as retranché le mâle, tu t’es tourné vers la femelle seule. Tu es devenu psychique, (n’)ayant pris (que) l’essence du modelé. Si tu rejettes encore le peu (qu’il) en (reste), en sorte que tu n’aies plus une part humaine, mais que tu (n’)aies pris (que) la pensée et la ressemblance de l’animal, tu es devenu charnel, ayant pris une nature animale. Car il est difficile de trouver un psychique, combien plus (difficile encore) de trouver le Seigneur ! Et comme je (le) prétends, Dieu est le (seul) spirituel.


C’est de l’essence de Dieu que l’homme a pris forme. L’âme divine participe par un côté de lui ; mais en outre, par un autre côté, l’âme participe de la chair. L’âme médiocre penche habituellement de part et d’autre. [Qu’est-c]e qu’il en semble à la Vérité ? [Il vaut] mieux pour toi, ô hom[me], que tu penches vers l’homme plutôt que vers la nature animale, je (veux) dire la charnelle. Ce vers quoi tu pencheras tu en prendras la ressemblance.


Je te dirai encore un mot : une fois de plus, en quoi te complairas-tu ?


As-tu voulus, (ô âme), devenir animale quand tu fus dans une nature de cette sorte ? Bien plutôt, (tu voulais) participer à une vraie nature de la vie !


L’animalité t’emmènera dans le genre de la terre, tandis que la nature intelligible te mènera à des formes intelligibles. Penche vers la nature intelligible et rejette loin de toi la nature de provenance terrestre.


Ô âme persistante, abstiens-toi et écarte-toi de ton ivresse, c’est-à-dire de l’œuvre de l’ignorance. Si tu persistes à te conduire selon le corps, tu restes dans la rusticité. Lorsque tu es entré dans une génération corporelle, tu es née. |Quand| tu fus dans la chambre nuptiale, tu resplendis par l’intellect.


Mon fils, ne te mets pas à nager dans n’importe quelle eau, et ne te laisse pas souiller par des gnoses étrangères ! Est-ce que tu ne sais pas [que] les inventions de l’Adversaire ne sont pas peu nombreuses, et (que) les sortilèges qu’il possède sont variés ? L’homme |in|intelligent, particulièrement, a été privé du discernement du serpent. Il faut en effet que tu allies {l’astuce des} (les) deux : le discernement du serpent et l’innocence de la colombe, de peur qu’il n’entre chez toi sous la forme du flatteur, comme s’il était un vrai ami, en disant : « Je te donne de bons conseils », et que toi, tu n’aies pas compris sa fourberie, si tu l’as reçu chez toi comme un vrai ami.


Car les pensées mauvaises, il les jette dans ton cœur comme si (elles étaient) bonnes. Ainsi : l’hypocrisie sous l’apparence du discernement assuré ; la cupidité sous l’apparence de l’économie salutaire ; l’ambition sous l’apparence du beau ; la vantardise et la vanité sous l’apparence d’une grande austérité, et l’impiété comme u[ne gran]de piété. Car celui qui dit : « J’ai beaucoup de dieux » est sans dieu, et la gnose sans assises, il te l’injecte dans le cœur sous l’apparence de paroles secrètes. Qui pourra saisir ses pensées et ses manœuvres variées ? Il est (le) Grand Intellect pour ceux qui veulent le prendre comme roi.


Mon fils, comment pourras-tu saisir les intentions de celui-ci ou son dessein tueur d’âmes ? Nombreuses sont en effet ses manœuvres et les inventions de sa méchanceté. Et (comment pourras-tu) reconnaître ses portes, c’est-à-dire comment il va pénétrer dans ton âme, et sous quel vêtement il va entrer chez toi ?


Reçois en toi le Christ, qui a le pouvoir de te délivrer, (et) qui a adopté les manœuvres de celui-là, afin de s’en servir pour le renverser par ruse. Car c’est lui le roi que tu tiens (pour tel), qui est invincible en tout temps. Lui à qui nul ne pourra s’opposer, ni même adresser la parole, c’est lui qui est ton roi et ton père : car nul ne lui ressemble ! Le m[]tre divin est avec [toi en] tout temps : il est (un) secours. Mais il (ne) vient à ta rencontre (que)pour le bien qui est en toi.


Ne mets pas de parole méchante dans ton jugement : car tout homme méchant se nuit à lui-même.


En effet, seul un insensé marche vers sa propre ruine, tandis qu’un sage connaît sa voie.


Alors qu’un insensé ne s’abstient pas de répéter (les) secrets, un sage ne divulgue pas toute parole, mais il observera ceux qui écoutent. Ne divulgue pas toute parole en présence de gens que tu ne connais pas !


Fais-toi une foule d’amis mais non de conseillers ! Examine d’abord ton conseiller.


N’estime pas, en effet, tous les flatteurs : leur parole, il est vrai, est douce comme le miel, mais leur cœur est plein d’ellébore.


Car chaque fois qu’ils penseront qu’ils sont devenus (pour toi) un ami solide, alors, avec ruse, ils se retourneront contre toi et te précipiteront dans le Bourbier.


Ne te fie à aucun ami ! Car ce monde entier, c’est dans la ruse qu’il a versé, et tous les [homm]es s’agi[tent] [en vain].


Les choses [du] monde sont toutes inutiles et c’est en vain qu’elles se produisent.


Il n’y a pas |d’ami| ni même de frère, car chacun (ne) cherche (que) son profit. Mon fils, ne prends pas n’importe qui pour ami ; et si tu t’en fais un, ne te livre pas à lui : livre-toi à Dieu seul comme père et comme ami, car tous les hommes cheminent dans la ruse.

La terre entière est pleine de peine et de souffrance qui ne servent à rien. Si tu veux passer ta vie tranquillement, ne chemine avec personne ; et si tu chemines avec eux, sois comme ne cheminant pas.

Sois agréable à Dieu et tu n’auras besoin de rien. Conduis-toi avec le Christ et il te sauvera.


C’est lui, en effet, qui est la lumière véritable et le soleil de la vie. Car de même que le soleil visible illumine les yeux de la chair, ainsi le Christ illumine tout intellect et le cœur.


En effet, quelqu’un d’accablé dans (son) corps a une mort misérable, combien plus celui dont l’intellect est aveugle ! Car tout aveugle demeure incapable de voir ; [de même] celui qui n’a pas l’intellect sain, ne se réjouit pas d’acquérir la lumière du Christ, c’est-à-dire le Verbe.


En effet, toute chose visible est une empreinte de ce qui est caché. Car de même qu’un feu qui brûle en un lieu n’est pas confiné au lieu, ainsi en est-il du soleil qui est dans le ciel : tous ses rayons atteignent les lieux qui sont sur la terre. De même le Christ n’a qu’une seule substance, et il illumine tout lieu.


C’est ainsi aussi qu’il parle de notre intellect comme d’une lampe, qui brûle (et) qui illumine le lieu : étant dans une partie de l’âme, il en éclaire toutes les parties.


Je dirai en outre quelque chose de plus élevé que cela : l’intellect, selon la substance, est dans un lieu, c’est-à-dire dans le corps ; mais selon la pensée, l’intellect n’est pas en (un) lieu. Car comment serait-il en un lieu, alors qu’il contemple tous les lieux ?


Mais nous pouvons dire encore plus élevé que cela ! Ne pense pas, en effet, dans ton cœur, que Dieu est [en un l]ieu : si tu mets le S[eigneur du T]out dans un lieu, alors il faut que tu dises que le lieu est supérieur à celui qui habite dans le lieu. Car le contenant est supérieur au contenu. En effet, il n’y a pas de lieu que l’on appelle incorporel. Or, il ne serait pas juste que nous disions que Dieu est un corps. Car la conséquence, c’est que nous attribuerions croissance et décroissance à ce corps. Mais, celui qui subit cela ne continuera pas à être incorruptible.


Le Créateur de toute créature, il n’est pas difficile de le connaître ; mais il est impossible de saisir à quoi il ressemble. Car les hommes ne sont pas les seuls pour qui il est difficile de saisir Dieu : c’est aussi difficile pour toute nature divine, les anges et les archanges.


Il est nécessaire de connaître Dieu tel qu’il est ; (mais) il ne t’est possible de connaître Dieu par personne sinon le Christ, qui possède l’image du Père. Cette image manifeste en effet la ressemblance véritable, selon ce qui est manifesté. On ne connaît généralement pas (un) roi sans image.


Considère (bien) ceci, que Dieu est en tout lieu, et aussi qu’il [n’est en aucun] lieu. Selon [sa puissance], il est en tout lieu, mais selon sa divinité, il n’est en aucun lieu. C’est ainsi, en effet, qu’il est possible de connaître Dieu un peu : selon sa puissance, il est vrai, il emplit tout lieu ; mais selon la sublimité de sa divinité, rien ne le contient. Tout est en Dieu, et Dieu n’est en rien. Qu’est-ce donc que connaître Dieu ? Tout ce qui est dans la Vérité est Dieu.


Mais il est aussi impossible de contempler le Christ que le soleil. Dieu voit tout le monde : personne ne le contemple. Mais le Christ, sans envie, reçoit et donne, et c’est lui qui est la lumière du Père. C’est sans envie qu’il illumine : ainsi éclaire-t-il tout lieu.

Et le Christ est le Tout, lui à qui est échu le Tout de (la part de) Celui qui est. Car le Tout est le Christ sans l’incorruptibilité — en effet, si tu conçois le péché, (ce) n’est pas une essence — Car le concept de l’incorruptibilité, c’est le Christ. Et il est la Lumière qui brille sans être souillée.

Le soleil, en effet, (brille) en tout lieu impur, et n’en est pas souillé. Ainsi en est-il du Christ : certes, il est dans la déficience, mais il est sans déficience. Et même s’il a [été engendré], il est pourtant inengendré. Pareillement du Christ : si d’une part il est saisissable, d’autre part, selon sa substance, il est insaisissable. Le Christ est le Tout ; qui ne possède pas le Tout ne peut connaître le Christ.

Mon fils, n’aie pas l’audace de dire un mot de lui ! Et le Dieu du Tout, ne le limite pas à tes représentations intellectuelles. Car celui qui condamne ne sera-t-il pas |con|damné par celui qui condamne ? Certes il est bon de chercher et d’apprendre qui est Dieu. Le Verbe et l’Intellect sont des noms masculins. Celui qui veut (vraiment) apprendre à ce sujet, qu’il cherche sans agitation et avec crainte. Car le risque n’est pas mince de parler de ces sujets, puisque tu sais qu’on te jugera sur tout ce que tu dis.


Apprends aussi en cela, que celui qui est dans les ténèbres ne pourra rien voir, s’il ne reçoit pas la lumière et ne recouvre la vue grâce à elle. Examine-toi : as-tu, en général, la lumière, afin que, si tu cherches à ce sujet, tu saches comment en sortir ? Car beaucoup cherchent dans les ténèbres et ils tâtonnent en voulant connaître, alors que la lumière n’est pas à leur disposition.


Mon fils, ne permets pas à ton intellect de regarder fixement vers le bas, mais plutôt, grâce à la lumière, qu’il considère les choses d’en haut ; car la lumière vient toujours d’en haut. Même si (l’intellect) est sur terre, qu’il cherche à poursuivre les choses d’en haut. Illumine ton intellect de la lumière céleste, afin de te convertir à la lumière céleste.


Ne te lasse pas de frapper à la porte du Verbe et ne te décourage pas de marcher sur la voie du Christ. Chemines-y afin de recevoir le repos de tes labeurs. Si tu chemines par un autre chemin, tu n’en tireras aucun profit. Aussi bien ceux qui cheminent par la voie large, descendront finalement vers la corruption du Bourbier. Car l’Hadès est largement ouvert à l’âme, et le lieu de la corruption est large. Prends pour toi le Christ, la voie étroite : car il est accablé et supporte (une) souffrance à cause de ton péché.


Ô âme persistante, dans quelle ignorance es-tu ? Qui donc est le guide (qui t’entraîne) dans les ténèbres ? Combien de formes le Christ a-t-il prises pour toi ? Lui qui était Dieu, on le [trou]va comme homme parmi les hommes. Il est descendu dans l’Hadès, il a délivré les enfants de la mort. |Elle|les avait enfantés dans la douleur, comme l’a dit l’Écriture de Dieu et il (leur) scella le cour au fond de l’(Hadès). Et ses porches puissants, il les a brisés complètement. Et toutes les puissances, s’enfuirent quand elles le virent. C’était afin, malheureux que tu es, de t’arracher à l’abîme et de mourir pour toi en rançon de ton péché. Il t’a sauvé de la main puissante de l’Hadès.


Mais toi-même, prends la peine de lui marquer ton adhésion par un (simple) signe afin qu’il te fasse remonter avec joie. Or l’adhésion est le don au Christ, et c’est l’humilité du cœur. Le sacrifice acceptable est un cœur contrit.


Si tu t’humilies, tu seras élevé davantage ; Et si tu t’élèves, tu seras fortement humilié.

Mon fils, garde-toi de la méchanceté et ne laisse pas l’Esprit de la méchanceté te précipiter au fond de l’abîme. Car il est fou et amer ; il est une terreur et précipite tout le monde au fond de (la) fosse du Bourbier.


C’est une grande (et) bonne chose de ne pas aimer la fornication et de ne pas même penser du tout à cette misérable. Car penser à elle, c’est la mort. Or il n’est bon pour nul homme de tomber dans la mort. Car une âme qui a été trouvée dans la mort sera privée du Verbe. Mieux vaut, en effet, ne pas vivre plutôt que d’acquérir une vie animale.


Surveille-toi, de crainte de brûler des feux de la fornication ! Car elle a beaucoup d’archers à son service. Ceux-là, que tu ne connais pas, sont tes ennemis.


Ô mon fils, le vieux vêtement de la fornication, dépouille-le et revêts-toi de l’habit propre, brillant dans lequel tu seras beau. Mais quand tu portes ce vêtement, veilles-y bien. Détache-toi de tout lien afin d’acquérir la liberté. Si tu rejettes loin de toi le désir dont les manœuvres sont nombreuses, et que tu te débarrasses des péchés de la volupté, |alors tu.|.


Écoute, âme, mon conseil : ne deviens pas repaire de renards et de serpents, ni trou à dragons et aspics, ni tanière des lions, ou refuge des basilics ! Si cela t’arrive, ô âme, que feras-tu ? Car ce sont là les puissances de l’Adversaire. C’est par elles que tout ce qui est mort entrera en toi ; car leur nourriture, c’est tout ce qui est mort et toute impureté. En effet, si elles sont en toi, quoi de vivant entrera jusqu’à toi ? Les anges vivants t’exécreront. Tu étais temple : tu t’es faite tombeau ; cesse d’être tombeau et redeviens temple, afin que la droiture et la piété demeurent en toi. La lumière qui est en toi, (r)allume-la, ne l’éteins plus. Car personne n’allume une lampe pour (des) bêtes ni pour leurs petits.


(Mon fils), tes morts qui sont morts, relève-les ; car ils étaient vivants et sont morts à cause de toi. Rends-leur la vie, (et) à nouveau ils vivront ! Car l’arbre de la vie, c’est le Christ : il est la Sagesse.


Il est en effet la Sagesse, et aussi le Verbe ; Il est la Vie et la Puissance et la Porte ; Il est la Lumière et l’Ange et le Bon Pasteur.

Livre-toi à celui qui est devenu tout (cela) pour toi. Frappe en toi-même comme à une porte et chemine en toi comme (sur une) voie droite ! Car si tu chemines sur la vo[ie], il n’est pas possible que tu t’égares. Et si tu frappes chez celle-ci (la Sagesse), c’est à des trésors cachés que tu frappes. Car, étant Sagesse, il (le Christ) rend l’insensé sage. Elle (la Sagesse) est un royaume saint, et une robe brillante. En effet elle abonde d’un or qui te donne une grande gloire.

Pour toi, la Sagesse de Dieu est devenue une réplique de fou ; Pour t’élever, insensé, afin de te rendre sage. Et pour toi, la Vie est morte, lorsqu’elle était impuissante, Afin que, par sa mort, à toi qui étais mort, elle rendît la vie.

Livre-toi au Verbe, éloigne-toi de l’animalité ! Car l’animal se reconnaît (ainsi) : c’est celui qui n’a pas de verbe. Beaucoup en effet croient posséder le Verbe ; mais si tu les observes, leur parole est de l’animalité.


Jouis de la vraie vigne du Christ, rassasie-toi du vin véritable, qui ne comporte ni ivresse ni lie. Car en lui est la fin de la boisson, puisqu’il y a en lui de quoi réjouir l’âme et l’intellect par l’Esprit de Dieu. Mais pais d’abord (le troupeau de) tes raisonnements, avant d’en boire !


Ne te transperce pas avec le glaive du péché. Ne te brûle pas, ô malheureux, dans le feu de la volupté. Ne te livre pas aux mains des barbares comme un prisonnier, ni aux bêtes sauvages ! Ce qu’elles veulent, c’est te piétiner. Car elles sont comme des lions qui rugissent fort. Ne sois pas mort, de peur qu’elles ne te piétinent. Sois homme : il t’est possible, par le raisonnement, de l’emporter sur elles.


Mais l’homme qui ne fait rien qui soit digne de |Dieu, n’est| pas |digne de| l’homme raisonnable : l’homme raisonnable est celui qui craint Dieu. Or celui qui craint Dieu ne fait rien d’audacieux. Et celui qui se garde de rien faire d’audacieux est celui qui garde son guide intérieur : alors qu’il est un homme demeurant sur la terre, il se rend ressemblant à Dieu. Et celui qui se rend ressemblant à Dieu ne fait rien qui soit |in|digne de Dieu. Selon la voix de Paul, (c’est) celui qui est devenu ressemblant au Christ. Qui, en effet, vénère Dieu en ne voulant pas faire ce qui est agréable à Dieu ? Le culte de Dieu est en effet celui qui vient du cœur. Mais le culte de Dieu venant du cœur est (celui de) toute âme qui est proche de Dieu.


Et l’âme qui est familière de Dieu est celle qui est gardée pure. Or l’âme qui revêt le Christ, c’est elle qui est pure, et (dont) il est impossible qu’elle commette le péché. Et là où est le Christ, le péché est anéanti.


Que le Christ seul entre dans ton monde et qu’il anéantisse toutes les puissances qui sont venues sur toi ! Qu’il entre dans le temple qui est en toi, pour en expulser tous les marchands. Qu’il s’installe dans le temple qui est en toi, et puisses-tu devenir pour lui (un) prêtre et un lévite entré avec pureté ! Bienheureuse es-tu, âme, si tu le trouves dans ton temple ! Mais plus bienheureuse es-tu encore, si tu célèbres son culte !


Quant à « celui qui profanera le temple de Dieu, Dieu le détruira ». Car tu es manifestement (coupable), ô homme, si tu rejettes celui-là, (le Christ), de ton temple. En effet, chaque fois que les ennemis ne verront pas le Christ en toi, alors ils entreront armés en toi pour t’écraser.


Ô mon fils, je t’ai exhorté bien des fois à ce sujet, afin que tu gardes ton âme à tout instant. Ce n’est pas toi qui le rejetteras de toi, mais c’est lui qui te (re)jettera. Car si toi tu fuis devant lui, tu tomberas dans un grand péché. De plus, si tu le fuis, tu deviendras (la) pâture de tes ennemis. Car tous les êtres vils fuient leur seigneur, et celui qui est vil dans la vertu et la sagesse fuit généralement le Christ. En effet tout homme qui est séparé tombe dans les griffes des bêtes.


Qui est le Christ ? Connais-le et fais de lui ton ami. Car c’est lui, l’ami fidèle, lui encore, qui est Dieu et maître,

C’est lui qui, étant Dieu, est devenu homme pour toi. C’est lui qui a brisé les bâcles de fer de l’Hadès, et les verrous de bronze ; C’est lui qui a attaqué (et) renversé tous les tyrans superbes ;

Lui qui s’est libéré des liens |dont il| était attaché ; Il fit sortir les pauvres de l’abîme, Et les affligés de l’Hadès.

Lui qui humilia les puissances orgueilleuses ; Lui qui fit honte au présomptueux par son humilité ; Lui qui renversa le fort et le mépriseur d’hommes par sa faiblesse ; Lui qui dédaigna, dans son dédain, ce qu’on tient à honneur, Afin que l’humilité pour Dieu fût d’autant plus grandie.

Lui qui revêtit l’homme, et qui est Dieu, le Verbe divin ; Lui qui porte l’homme en tout temps, Et qui a voulu produire l’humilité chez l’orgueilleux. Celui qui a exalté l’homme et devint semblable à Dieu : Non de telle sorte qu’il abaissât Dieu jusqu’à l’homme, Mais pour que l’homme devînt ressemblant à Dieu.

Ô la grande bonté de Dieu ! Ô Christ, roi qui a manifesté aux hommes la grande piété ! Roi de toute vertu et roi de la vie ! Roi des éons et souverain des cieux, Écoute mes paroles et pardonne-moi !

Et encore : il (Paul) manifesta un grand zèle de piété : « Où y a-t-il (un) homme intelligent, sage ou puissant, ou un homme aux multiples tours qui connaisse la sagesse ? Qu’il parle de la sagesse, qu’il fasse montre d’une grande vanité ! Car tout homme est devenu fou », a-t-il dit dans sa science. « En effet il (le Christ) a déjoué les desseins des gens rusés, et il a attrapé les sages à leur propre intelligence. Qui pourra découvrir le dessein du Tout-puissant ou parler de la divinité ou l’exprimer convenablement ? » Si nous n’avons même pas été capables de saisir les desseins les uns des autres, qui pourra connaître la divinité ou les divinités des cieux ? Si les (êtres) qui sont sur la terre, à peine nous les trouvons, qui scrutera les (êtres) du ciel ?


Au monde est apparue une grande puissance et une grande gloire, et la vie du ciel veut tout renouveler pour rejeter ce qui est faible et toute forme noire, pour que chacun resplendisse dans des vêtements célestes, afin de manifester combien l’ordre du Père resplendit. Et pour couronner ceux qui veulent lutter noblement, le Christ est arbitre, lui qui a couronné chacun. Il enseigne à chacun à lutter, lui qui lutta le premier, reçut la couronne, domina en vainqueur, se manifesta en illuminant chacun. Et c’est par l’Esprit Saint et l’Intellect que tout a été renouvelé.


Seigneur tout-puissant, combien je te rendrai gloire ! Mais personne ne peut rendre gloire à Dieu tel qu’il est !

C’est toi qui as glorifié ton Verbe pour sauver chacun, ô Dieu miséricordieux !

Celui qui est sorti de ta bouche, et qui est monté de ton cœur, le Premier-né,

La Sagesse, le Prototype, la première Lumière !

Car il est Lumière issue de la puissance de Dieu, Et il est une pure émanation de la gloire du Tout-puissant, Et il est le miroir sans tache de l’activité de Dieu, Et il est l’image de sa bonté.

Car il est aussi la lumière de la Lumiè[re] éternelle, Il est la vue qui contemple le Père invisible, Il accomplit son service en tout temps et crée par la volonté du Père, Lui qui fut seul engendré par le bon plaisir du Père.

Car il est un Verbe insaisissable, et il est la Sagesse et la Vie. Tous les êtres vivants et les puissances, il les vivifie et les nourrit, Comme l’âme vivifie tous les membres.

Il gouverne le Tout par la puissance et le vivifie, Car c’est lui le commencement et la fin de toutes choses, Il veille sur le Tout et le contient.

Et il se donne de la peine pour toutes choses, et se réjouit, puis s’afflige à nouveau : il s’afflige d’une part pour ceux à qui est échu le lieu du châtiment ; il se donne de la peine d’autre part pour ceux qu’il mène laborieusement à la sagesse ; mais il se réjouit pour tous ceux qui sont dans la pureté.


Prends donc garde à toi de crainte que tu ne tombes aux mains des brigands. Et n’accorde pas de sommeil à tes yeux, ni même d’assoupissement à tes paupières, afin d’échapper comme une gazelle à des filets, et comme un oiseau à un piège. Livre le grand combat tant que le combat dure, alors que toutes les puissances ont le regard fixé sur toi, et non seulement celles qui sont saintes, mais aussi toutes les puissances de l’Adversaire. Malheur à toi si tu es vaincu au milieu de tous ceux qui t’observent ! Si tu livres le combat et que tu triomphes des puissances qui luttent contre toi, tu causeras une grande joie à tous les saints, et tu causeras une grande affliction à tes ennemis. Ton arbitre t’aide pleinement, voulant que tu sois vainqueur.


Écoute, mon fils, et ne sois pas dur d’oreilles ! Élève-toi comme un aigle, ayant laissé derrière toi ton vieil homme. Crains Dieu dans toutes tes actions, et, par l’ouvre bonne, rends gloire à Dieu, sachant que tout homme qui n’est pas agréable à Dieu est le fils de la perdition : il descendra dans l’abîme de l’Hadès !


Ô patience de Dieu qui supportes chacun ! Toi qui veux que soient sauvés Tous ceux qui ont succombé au péché !

Mais personne ne l’empêche de faire ce qu’il veut. Qui donc serait plus fort que lui pour l’en empêcher ? Certes, c’est lui qui (n’a qu’à) toucher la terre pour la faire trembler, et aussi pour faire fumer les montagnes ! Lui qui a rassemblé la mer, si grande, comme dans une outre, et en a jaugé toute l’eau dans sa paume.


Or c’est la main du Seigneur, à elle seule, qui a créé tout cela. Car celle-ci est le Christ, la main du Père, et elle façonne le Tout. C’est par elle que le Tout est venu à l’existence, tandis qu’elle est devenue la mère du Tout. Voilà ce qu’il est en tout temps, puisqu’il est Fils du Père.


Réfléchis à Dieu, le Tout-puissant, qui existe en tout temps : n’était-il pas roi en tout temps, de crainte, (s’il ne l’eût pas été), qu’il ne fût dépourvu du Fils divin ? Tout habite en effet en Dieu : ce (tout) qui est né par le Verbe, c’est-à-dire (par) le Fils, l’image du Père ! Car Dieu est proche, et non pas éloigné. Qui est sa limite ? Ce sont les êtres divins, familiers de Dieu.


O, si ce Divin s’accorde avec toi sur une chose (ne fût-ce qu’)en partie, sache que le Divin tout entier est d’accord avec toi. Mais ce Divin ne se plaît en rien de méchant ; car c’est lui qui enseigne à tout homme le bien. C’est lui que Dieu a donné au genre humain, afin que, grâce à lui, tous les hommes deviennent supérieurs à tous les anges et archanges.


Dieu, en effet, n’a besoin d’examiner aucun homme. Il connaît toutes choses avant qu’elles ne se produisent et il connaît les secrets du cœur. Or, tous sont dévoilés et défaillants devant lui. Que nul ne dise jama[is qu]e Dieu est ignorant. Car il n’est pas juste de jeter dans l’ignorance l’Artisan de toute créature. En effet, même ce qui est dans les ténèbres est devant lui comme (dans) la lumière.


D’ailleurs rien d’autre n’est caché sinon Dieu lui-même. Or il est apparent en toutes choses et il est fort caché ; mais il est apparent parce que Dieu |est| connu grâce au Tout. Même s’ils ne veulent pas le dire, ils seront confondus par leur cœur. Mais il est (aussi) caché parce que nul ne comprend les (mystères) de Dieu. Car il est (trop) intraçable et insondable pour (qu’on puisse) connaître le dessein de Dieu.


Et encore : il est difficile de suivre ses traces, et il est difficile de trouver le Christ. Car il (Dieu) est celui qui habite en tout lieu, et d’autre part il n’est pas dans un lieu. Car nul, même s’il le voulait, ne pourrait connaître Dieu tel qu’Il est, non plus que le Christ, ni l’Esprit, ni le chœur des anges, ni encore les archanges, ainsi que les Trônes des Esprits et les Dominations élevées, et le Grand Intellect. Si tu ne te conn[a]is pas [toi]-même, tu ne pourras (a fortiori) pas connaître tous ceux-là.


Ouvre-toi la porte, a[fi]n de connaître Celui-qui-est. Frappe en toi-même, afin que le Verbe t’ouvre. Car il est la porte de la foi et le glaive affilé, s’étant fait tout à tous, parce qu’il veut avoir pitié de chacun.


Mon fils, prépare-toi à échapper aux Cosmocrators des ténèbres, et (à) cet air-ci, fait de sorte qu’il est plein de puissances. Mais si tu possèdes le Christ, tu vaincras ce monde tout entier. Ce que tu ouvriras pour toi, tu l’ouvriras ; là où tu frapperas pour toi, tu frapperas en étant utile à toi-même. Aide-toi, mon fils, en ne cheminant pas avec ce qui n’a pas d’utilité.


Mon fils, purifie-toi d’abord en vue du comportement extérieur, afin de pouvoir purifier celui de l’intérieur. Et ne deviens pas comme un marchand de la parole de Dieu. Examine d’abord toutes les paroles avant de les exprimer. Ne désire pas acquérir les gloires qui n’ont aucune consistance, ni la fanfaronnade qui te mène à la corruption. Reçois en toi la sagesse du Christ patient et aimable, et garde-la, ô mon fils, en sachant que la voie de Dieu est un profit en tout temps.


J(ésus) C(hrist), F(ils de) D(ieu), S(auveur), merveille extraordinaire.

Le Livre du secret de la création par le pseudo-Apollonios de Tyane

17 novembre 2020 à 15:24



C'est sous le nom Apollonios de Tyane qui a été arabisé en Balînoûs (Bélinous du traité), qu'apparaît pour la première fois la courte et très célèbre Table d'émeraude d'Hermès Trismégiste, dans le Livre du secret de la Création (Kitâb sirr-al-Khalîqa). Le texte arabe date du IXe siècle ; il sera traduit en latin vers 1140 par Hugues de Santalla sous le titre Secretum Secretorum.


Le Kitâb sirr al-Khalîqa wa san’a al-tab'a (« Livre du secret de la création et de l'efficacité de la nature ») est donc un traité alchimique supposer avoir été rédigé par le célèbre mage-philosophe grec Apollonius de Tyane, qui n’aurait lui-même fait que recopier un livre d’Hermès Trismégiste découvert par ses soins dans une crypte, comme l’expose le prologue de l’ouvrage. Des deux rédactions - longue et courte - du texte arabe, seule la courte a fait l’objet d’une traduction latine, effectuée dans la première moitié du XIIe siècle par Hugues de Santalla, et cette traduction ne subsiste que dans deux manuscrits, toutes deux conservés à la Bibliothèque Nationale de France : Lat. 13951 (première moitié du XIIe s., anciennement à l’abbaye de Saint-Germain-des- Prés) et Lat. 13952 (XVIIe s.), copie de sauvegarde du précédent.


On reconnaît dans cette version latine, qui est plutôt une adaptation qu’une traduction fidèle, les six parties du texte arabe - (1) le créateur et ses créatures, (2) les corps célestes et la météorologie, (3) les minéraux, (4) les plantes, (5) les animaux, (6) les êtres humains -, mais la structure d’ensemble est différente : le volumen primum, inti­tulé De causa materiali, part du créateur pour arriver aux plantes ; le volumen secundum, intitulé De secretis creature formam recipientis, regroupe les êtres pourvus d’âme (forma). L’ouvrage comprend en outre un prologue et un épilogue narratifs, où Apollo­nius - ego Apollonius, in prestigiis admirandus - raconte son entrée, à la suite de diverses péripéties, dans la crypte située aux pieds d’une lapidea effigies d’Hermès, multiplici colorum varietate prefulgens, quam eiusdem opifex illustris supra vitream columpnam invacillanter atque firmius locaverat. Il y découvre, dans les mains d’un senex in aureo scabello residens qui n’est autre qu’Hermès, un livre - le De secretis naturœ - portant ces mots : Hic sunt geniture archana et principales omnium rerum cause, et une tabula viridissimi smaragdinis surmontée de l’inscription : Hic expressa nature inscribitur efficacia. C’est la très célèbre Table d’émeraude, qui constitue en quelque sorte le complément pratique du livre des « secrets de la nature ». Le texte de la Table, aussi court qu’énigmatique, figure à la toute fin de l’épilogue. (source: Françoise Hudry, Chrysopoeia, Revue publiée par la Société d'Étude de l'Histoire de l'Alchimie, VI (1997-1999) : Cinq traités alchimiques médiévaux, Paris-Milan, Archè, 2000, p. 1-154).


Le texte introductif et la Table d'émeraude

C'est ici le livre du sage Bélinous, qui possède l'art des talismans: voici ce que dit Bélinous. Je vais exposer et développer dans ce livre la science qui m'a été donnée, afin que vous l'entendiez, qu'elle pénètre dans vos esprits, et qu'elle s'insinue jusqu'aux principes de votre être. Si mes paroles en pénétrant dans une âme, mettent en action ses facultés et communiquent le mouvement à ses ressorts naturels, l'homme en qui elles produiront cet effet, jouit de toute la perfection de son être; sa nature n'est altérée par aucun accident, son âme est exempte des ténèbres qui pourraient former un voile entre elle et la recherche de la science: elle recueillera le fruit de mes paroles à proportion de son degré de force. Les instructions plus faciles qu'elle aura d'abord reçues, la fortifieront et la rendront capable d'acquérir la science, et de porter ses regards sur les variétés infinies de la composition des êtres, et sur les causes de toutes choses. Mais si un homme entendant mes paroles n'en ressent aucune impression, si elles ne mettent pas en mouvement les principes de son être, c'est une marque que ses yeux sont enveloppés de ténèbres ; alors le chaos immense qui sépare ces premières et plus simples instructions des degrés les plus sublimes de la science, sera pour lui un obstacle insurmontable, tel qu'un nuage épais, qui par son ombre obscure intercepte aux yeux même les plus sains, la vue des astres et l'éclat de leur lumière.


Je vous ferai connaître quel est mon nom, afin que vous soyez épris d'amour pour ma science, que vous méditiez mes paroles, que vous les ayez devant les yeux le jour et la nuit, et qu'en en faisant une étude assidue, vous parveniez à connaître le secret de la nature.


Je suis le sage Bélinous, qui possède l'art des talismans et des choses merveilleuses. J'ai reçu du maître de l'univers une science toute particulière, supérieure à la nature, si subtile qu'elle échappe aux accidents de la matière, forte et pénétrante. Par les sens intérieurs qui sont la pensée, la réflexion, l'intelligence, l'esprit et le jugement, j'ai saisi tout ce qui est insensible aux sens extérieurs, et j'ai connu par l'organe des sens extérieurs, tout ce qui tombe sous leur action, les couleurs, les saveurs, les odeurs, les sons et les sensations du toucher. Il n'est aucune créature, soit du nombre des substances spirituelles et subtiles, soit parmi les êtres grossiers et corporels, rien de ce qui peut être saisi par l'organe des sens extérieurs ou intérieurs, dont je ne sois parvenu à connaître la nature, la cause et la formation. Ce livre les pénètre toutes; semblable à une lance fine et inflexible, il triomphe de tous les obstacles que lui oppose la matière grossière et corporelle.


Maintenant prêtez l'oreille aux instructions que je vais vous donner. Toutes choses sont composées de quatre principes élémentaires, le chaud, le froid, l'humide et le sec. Ce sont là les éléments de tout ce qui existe; c'est par leur combinaison que toutes choses sont formées; ils sont combinés les uns avec les autres, de telle manière qu'ils sont tous emportés par le même mouvement de rotation, et ne forment qu'un seul assemblage. Une seule sphère les entraîne dans son mouvement orbiculaire; la partie la plus élevée de son orbite est semblable à la partie inférieure, et les extrémités, quoique éloignées, n'ont entre elles aucune différence; car le tout est d'une même substance, d'une même goutte, et ne forme qu'un même corps sans aucune distinction ou différence, jusqu'à ce que les accidents venant à influer sur cette substance, ils la modifient, ses parties se séparent, et il s'en forme des êtres diversifiés entre eux, à raison des différentes combinaisons des principes élémentaires qui concourent à leur formation; et ces êtres prennent des noms différents, suivant la variété de leur substance et de leurs formes.

De ces différences de combinaisons, il en résulte des rapports de sympathie et d'antipathie entre la substance des différents êtres; les uns se recherchent, les autres se repoussent réciproquement. Ils se tournent et se portent les uns vers les autres à raison des affinités qui existent entre eux; ils semblent inviter les êtres qui leur sont semblables, à s'unir à eux, et repousser ceux qui leur sont contraires par l'opposition qu'ils leur témoignent. C'est là le principe fondamental de la science; c'est en cela que consiste la connaissance de la cause primitive de la variété des êtres.


J'ai exposé ici cette doctrine des rapports de sympathie et d'antipathie des quatre principes élémentaires, afin que cette instruction serve à former et à exercer l'esprit de ceux qui la liront, qu'ils connaissent comment on peut détourner les êtres de leur nature primitive, et qu'ils saisissent les affinités et les oppositions que ces principes ont entre eux. Par là ils seront en état d'entrer dans la connaissance des causes de toutes choses. Cette matière étant ainsi placée à la tête de cet ouvrage, celui qui l'aura une fois bien comprise, connaîtra l'abrégé de toute la science: cette connaissance lui servira de guide pour parvenir à celle de tous les êtres, et il comprendra de quelle manière a été fait tout ce qui existe, et comment la nature a été formée. Je vais maintenant vous apprendre ce qui me concerne en particulier.


J'étais orphelin du peuple de Tuaya [lire: Tuana (Tyane)], dans une entière indigence et dénué de tout. Il y avait dans le lieu que j'habitais une statue de pierre élevée sur une colonne de bois; sur la colonne on lisait ces mots: Je suis Hermès à qui la science a été donnée; j'ai fait cet ouvrage merveilleux en public, mais ensuite je l'ai caché par les secrets de mon art, en sorte qu'il ne puisse être découvert que par un homme aussi savant que moi. Sur la poitrine de la statue on lisait pareillement ces mots écrits en ancien langage: Si quelqu'un désire connaître le secret de la création des êtres, et de quelle manière a été formée la nature, qu'il regarde sous mes pieds. On venait en foule voir cette statue, et chacun regardait sous ses pieds sans y rien voir. Pour moi, je n'étais encore qu'un faible enfant; mais lorsque je fus devenu plus fort, et que j'eus atteint un âge plus avancé, ayant lu les paroles qui étaient sur la poitrine de la statue, j'en compris le sens, et j'entrepris de creuser la terre sous le pied de la colonne. Je découvris un souterrain où régnait une épaisse obscurité, et dans lequel la lumière du soleil ne pouvait pénétrer. Si l'on voulait y porter la lumière d'un flambeau, il était aussitôt éteint par l'agitation des vents qui y soufflent sans interruption. Je ne trouvais aucun moyen de suivre le sentier que j'avais découvert, à cause des ténèbres qui remplissaient ce souterrain; et la force des vents qui y soufflaient, ne me permettait pas d'y entrer à le lueur du flambeau. Ne pouvant donc vaincre ces obstacles, je tombai dans la tristesse, et le sommeil s'empara de mes yeux. Tandis que je dormais d'un sommeil inquiet et agité, l'esprit occupé du sujet de ma peine, un vieillard dont la figure ressemblait à la mienne, se présenta devant moi et me dit: Lève-toi, Bélinous, et entre dans cette route souterraine; elle te conduira à la science des secrets de la créature [lire: de la création], et tu parviendras à connaitre comment la nature a été formée. Les ténèbres, lui répondis-je, m'empêchent de rien discerner dans ce lieu, et la lumière ne peut résister au souffle des vents qui y règnent. Alors ce vieillard me dit: Bélinous, place ta lumière sous un vase transparent, elle sera ainsi à l'abri des vents qui ne pourront l'atteindre, et elle t'éclairera dans ce lieu ténébreux. Ces paroles firent renaitre la joie dans mon âme, ej sentis que j'allais jouir de l'objet de mes yeux, et lui adressant la parole: Qui êtes-vous, lui dis-je, vous à qui je suis redevable d'un si grand bienfait? Je suis, me répondit-il, ton créateur, l'être parfait. En ce moment je me réveillai rempli de joie, et ayant placé une lumière sous un vase transparent, comme il m'avait été ordonné de le faire, j'entrai dans ce souterrain. J'y vis un vieillard assis sur un trône d'or, et qui tenait d'une main une tablette d'émeraude, sur laquelle était écrit: C'est ici la formation de la nature; devant lui était un livre sur lequel on lisait: C'est ici le secret de la création des êtres, et la science des causes de toutes choses. Je pris ce livre hardiment et sans crainte, et je suis sortis de ce lieu. J'appris ce qui était écrit dans ce livre du Secret de la création des êtres; je compris comment la nature avait été formée, et j'acquis la connaissance des causes de toutes choses. Ma science rendit mon nom célèbre; je connus l'art des talismans et des choses merveilleuses, et je pénétrai les combinaisons des quatre principes élémentaires, leurs différentes compositions, leurs antipathies et leurs affinités.


I. Vrai, vrai, indiscutable, certain, authentique (1) !

II. Voici, le plus haut vient du plus bas, et le plus bas du plus haut; une oeuvre des miracles par une chose unique.

IIIa. Comme les choses ont toutes pris naissance de cette matière par un procédé unique.

IIId. [Comme son oeuvre est merveilleuse ! Il est le principe du monde et celui qui le dirige.] (2)

IV. Son père est le soleil, sa mère la lune; le vent l'a porté dans son ventre, la terre l'a nourri.

V. Il est le père des enchantements, il veille sur les miracles, parfait en forces; l'éveilleur des lumières.

VI. Un feu qui devient terre...

VII. Ôte la terre du feu, le subtil du grossier, avec prudence et art.

VIIIa. Il monte de la terre au ciel et s'empare des lumières d'en haut, puis il redescend sur la terre.

VIIIb. Et en lui est la force du plus haut et du plus bas.

VIIIc. Tu deviendras ainsi le maître du plus haut et du plus bas.

VIIId. Car avec toi est la lumière des lumières, aussi les ténèbres fuiront-elles devant toi.

IX. Avec la force des forces tu surmonteras toute chose subtile, tu pénétreras toute chose grossière.

X. Conformément à l'origine du grand monde

[l'oeuvre prend son origine, et c'est ma gloire] (1).

XII. Aussi ai-je été appelé Hermès triple en sagesse.


1. La numérotation des versets, introduite par Julius Ruska àpartir de la version latine de la Table d'émeraude dans son livre Tabula smaragdina et suivie par Martin Plessner (voir la bibliographie en tête de ce volume), permet d'établir des comparaisons serrées entre les différentes versions existantes de la Table d'émeraude.

2. Les versets numérotés 3b et 3c par Ruska ne sont que des variantes du verset 3a, plus ou moins redondantes: c'est pourquoi nous ne les donnons pas. Quant au verset 3d, il ne figure que dans deux des cinq manuscrits utilisés par Ruska. Plessner le commente ainsi: « Nous voyons déjà là à l'oeuvre l'interprétation monothéiste de la Table d'émeraude, qui apparaît de façon particulièrement marquante dans la traduction latine du Secret des secrets, à laquelle il faut sans doute également imputer le meditatione unius ».



Source:

Titre: Hermès Trismégiste, la Table d'émeraude

Édition: Les Belles Lettres

Voir, percevoir, comprendre. Vers un univers de sens

7 mai 2020 à 14:49

Stéréogramme

1/ Stéréogramme

Image fixe qui semble bouger au regard

Exercice : fixé les deux points au-dessus de l'image durant 1 minute

puis observer l'image par la suite.

Perceptions


Nous avons deux yeux séparés par une distance d’environ six à sept centimètres. Ces deux yeux ne perçoivent pas exactement la même image que nous regardons. Chacun de nos yeux transmet des informations légèrement différentes aux régions de notre cortex visuel. Pourtant, nous ne percevons pas deux images mais une seule, et c’est dans d’autres régions du cortex que les informations de nos deux yeux sont recomposées en une seule image. Notre vision binoculaire, le fait de perce-voir l’Univers simultanément par l’intermédiaire de nos deux yeux, fait émerger dans notre conscience une épaisseur du réel, des niveaux dimensionnels que la perception à partir d’un seul œil ne peut nous révéler. Ce que nous percevons consciemment ne correspond pas simplement à la somme que nos yeux envoient à notre cerveau. La vision binoculaire fait naître en nous la sensation de relief, la sensation de perce-voir le monde en trois dimensions. Les illusions d’optique ou la perspective en peinture sont rendues possibles grâce à notre perception binoculaire. Présenter deux images différentes pour chaque œil séparé par une cloison va créer une altération des deux images sans qu’elles ne fusionnent. Cette découverte fit la gloire des stéréogrammes, une image ou information cachée que la vision stéréoscopique (celle qui reproduit la vision binoculaire) ne peut perce-voir. La vision stéréo est une superposition de deux images similaires mais pas identiques, créant une image fusionnée donnant la sensation de solidité et de profondeur. Dans le cerveau humain, la vision binoculaire forme une image tridimensionnelle en faisant coïncider chaque point (ou ensemble de points) perçu par un œil avec le point correspondant (ou ensemble de points) perçu par l’autre œil.


Qu’est-ce que percevoir pour le vivant ?


Selon la position des deux yeux sur l’animal, il ne perçoit pas le même monde extérieur. Il y en a qui le perçoivent plat et sans profondeur. Décidément, la nature du réel nous échappe encore et encore. Pas tout à fait ! En physique, la matière est paradoxalement immatérielle, elle n’a pas de masse, pas d’étendue et son origine même se situe par-delà l'espace-temps. L’Univers vibre et change d’organisation selon notre état d’être, et notre constitution biologique. Perce-voir, c’est avoir des sensations. L’organisme humain est le résultat d’une co-évolution avec son environnement et donc sa perception ne peut qu’estimer ce pourquoi son organisme est apparu.


Les stéréogrammes nous apprennent que ce que l’on perçoit n’est que le résultat d’une élaboration de notre cerveau qui dépend de la position faciale des yeux (binoculaire pour les hommes). Afin qu’une image plane puisse faire ressortir une image sous-jacente en relief, c’est-à- dire en trois dimensions, il faut pour cela une position particulière des yeux. Selon cette position oculaire, le relief de l’Univers émerge plus ou moins clairement. À travers le processus évolutif, chaque organisme vivant possède ses propres acuités de perception, si bien que la vision de l’Univers dépend entièrement du positionnement des globes oculaires. Mais, puisque nous sommes capables par des exercices de perce-voir l’image cachée, c’est donc que notre façon de regarder l’Univers influe beaucoup sur la construction consciente de celle-ci. Notre façon de regarder crée les différences. De même, en physique, l’espace dans ses trois dimensions de hauteur, largeur et longueur, les formes qui y apparaissent sont des constructions de la conscience. La façon de regarder les choses est une concentration sur des points donnés faisant jaillir une image. Changeons les points et voilà que jaillit une autre image. On comprend alors pourquoi les physiciens parlent d’un Univers informe, autrement dit, le Cosmos organisé est dû à une conscience qui regarde à travers une bande de fréquences qui stabilise les images. De cette analyse, nous pouvons dégager deux points importants:


a/ La matière est une sorte de « soupe photonique » dont la conscience agence l'information, les données perçues dépendent entièrement de la constitution biologique et psychologique de la personne qui observe l'image en question.


b/ L’information est le sens que l’on reconnaît, ce par quoi nous sommes organisés biologiquement, et ceci nous donne la possibilité de lire le champ informationnel de l'Univers d’une certaine façon, celle pour laquelle nous sommes structurés.


Le physicien Satoshi Watanabe, par son théorème du « vilain petit canard » nous dit que la capacité à discriminer des objets ne relève pas d’un monde posé là objectivement, mais relève d’une subjectivité entière. Pour perce-voir des objets, il faut en avoir au préalable une image déjà présente en nous. Chaque être dans l’Univers possède sa « grille » de lecture sur laquelle l’organisme se construit. Conséquemment, l'être qui vit au sein d'un environnement co-évolue avec lui et ne s'adapte pas à lui comme un objet qui s'élance sur une autre tangente de la réalité. Il est le fruit de cette co-évolution tout comme lui-même modifie à chaque instant la réalité vécue. La conscience est co-émergente à l'Univers lui-même.


« Comme l’a montré Eggers, ces animaux (papillons de nuit) ne possèdent que deux bandes tendues dans leur organe auditif en guise de fils de résonance. Grâce à ce dispositif, ils parviennent à réagir à des vibrations de l’air qui re-présentent pour l’oreille humaine la limite de l’aigu. Ces sons correspondent au cri de la chauve-souris, principal ennemi des papillons. Les papillons ne captent donc que les sons émis par leur ennemie. Pour le reste le monde est muet pour eux. » (Jakob von Uexküll)


L’organisme du sujet constitue en lui-même le sens de son apparition à l’Univers, lui-même est information, tout ce qui est dans l’Univers est signifiance. Lors d’une co-évolution entre un organisme et son environnement, un lien intime les réunit. Cette information ne doit pas être entendue en un sens réducteur et uniquement mathématique, elle contient ce qui sort de la Matrice. C'est-à-dire toute l'intériorité d'un être vivant. Ce qui signifie que l’information développe en degrés des pensées, des émotions et des passions (des désirs) chez tous les êtres vivants. C’est grâce à la « soupe photonique », autre nom pour désigner la Matrice, et son champ informationnel, que l’Univers arrive à s’organiser. Dans une autre tournure du langage, il existe une Présence qui organise l’Univers par son intention (information) laquelle structure chaque conscience qui l'observe.


« Partout les organes destinés à courir, à sauter, à grimper, à voleter, à voler ou à planer sont constitués de façon contrapuntique par rapport aux caractères de chaque milieu. » (Jakob von Uexküll)


La durée de vie d’une espèce, le nombre de la population, le camouflage, la spécialisation, la reproduction sexuelle, etc., tout participe au jeu de la stabilité universelle. Tout est mesuré. Si une espèce est trop résistante, trop prolifique ou pas assez, voilà que la stabilité globale se déséquilibre si le seuil limite est atteint. Aucune propriété de la matière ne reste constante avec elle-même. Lorsque nous parcourons les différents milieux, ce n’est pas seulement la signification d’un objet qui change mais aussi toute la structuration des perceptions qui changent. L'adaptation au sens darwinien est à revoir puisque être au monde revient à dire qu'il y a du sens à ma propre constitution organique, tout comme ma conscience elle-même et sa psyché.


« Si nous examinons la couleur jaune d’une fleur sur laquelle se pose une abeille, nous pouvons dire actuellement en toute assurance que, dans le milieu de l’abeille, la fleur n’est pas jaune (elle est sans doute rouge), parce que l’échelle chromatique de l’œil d’abeille correspond à une autre échelle d’ondes que l’échelle chromatique de notre œil. De même, nous savons que la gamme sonore du papillon de nuit, la gamme olfactive de la tique, la gamme gustative d’un ver de terre, la gamme formelle de la plupart des invertébrés sont entièrement différentes des nôtres. Même la gamme des résistances doit être entièrement différente chez l’ichneumon qui transperce comme du beurre le bois du sapin le plus dur. » (Jakob von Uexküll)


Revenons à la perception visuelle, mais cette fois-ci nous l’aborderons par le biais des expériences accomplies sous LSD. Le LSD fut synthétisé par Albert Hofmann, un chimiste, au sein des laboratoires Sandoz à Bâle. Lorsqu’en 1943, il en absorbe par accident, il devient temporairement psychotique. C’est le début des recherches sur la nature de la schizophrénie, et plus largement des psychoses. Il travaillait sur un champignon qui pousse sur les céréales, un parasite appelé l’ergot de seigle. Ce champignon broyé dans la farine, par exemple, peut être très toxique. Ses effets pouvaient être très variés : migraine, saignement post-partum, etc. Albert Hofmann, alors, cherchant à analyser les composants de ce champignon, est tombé sur la structure moléculaire de l’acide lysergique. En s’automédiquant, il ne savait pas encore qu’il prenait une molécule ayant des effets psychotropiques. Il en tira par la suite des conclusions importantes. Il comprit que la Nature formait un tout comme une unité plurielle en interrelation :


« Les sciences naturelles ont démontré que l’image de la terre toute colorée, telle qu’on la voit, n’existe pas dehors. Dehors, il n’y a que de la matière sombre et de l’énergie. L’écran est en nous, dans notre conscience. Chaque être humain porte en lui sa propre image du monde, créée par lui-même. » (Albert Hofmann)


Il continue :


« Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas, lorsqu’on dit que la couleur n’existe pas, mais qu’elle se forme en nous. Lorsqu’on commence à réfléchir à ce mécanisme, quels merveilleux outils sont nos yeux. Qu’à partir de quelques ondes, nous puissions créer de la couleur, que nous pouvons ensuite ressentir. Ce sont des choses qui nous poussent à… à une religiosité inouïe. » (Albert Hofmann)


Sérialité et synchronicité


Pour le biologiste Paul Kammerer, les lois de la sérialité sont aussi fondamentales queles lois de la physique, les « coïncidences » isolées ou en série n’étant que les parties visibles d’une chose inconnue. C’est une image des manifestations d’un principe universel de la Nature qui opère « indépendamment de la causalité physique », des événements reliés par analogie. Les séries seraient des processus cycliques se propageant comme des ondes sur l’axe du continuum extensif spatio-temporel. C’est à cause de notre regard partiel et isolé que nous ne pouvons pas voir les connexions globales qui lient les événements entre eux.


« Nous avons établi que la somme des faits exclut tout “hasard” ou fait si bien du hasard une règle que cette notion même disparaît. En cela nous arrivons au cœur de notre pensée : en même temps que la causalité, un principe acausal agit dans l’Univers. Ce principe influe sélectivement sur la forme et sur la fonction pour joindre dans l’espace et dans le temps les configurations apparentées ; et cela dépend de la parenté et de la ressemblance. » (Paul Kammerer)

Nous ne pouvons pas imaginer le nombre de millions, voire de milliards de concours de circonstances qu’il a fallu produire pour que nous soyons ici présents. Ce principe de sérialité est similaire à la synchronicité découvert par C.G.Jung. Ce qui la sous-tend est une remise en coordination du monde intérieur et du monde extérieur en un moment précis, laquelle retrouve un axe présentiel qui fait apparaître l'instant présent. Nous avons l'impression de vivre sur un espace-temps qui s'étale devant nous, avec un passé et un futur, alors qu'il n'y a que le présent qui est finalement. C'est à partir de lui que l'Univers se meut, et nous-mêmes également. Lorsque nous retrouvons cet axe de conjonction des opposées alors explose l'évidence devant notre regard, soit l'Univers de sens. Nous avons capté une information contenue dans la Matrice laquelle répond à une de nos attentes. Si je suis ici présent maintenant, c’est parce que dans l’Univers existe un principe qui agit par cette synchronicité, c’est le principe anthropique. Conséquemment, il y a au préalable le présent qui active la « soupe photonique » et met en marche l'espace-temps, soit la flèche du temps.


Cependant, il nous faut savoir qu’il y existe deux principes anthropiques en physique, l’un dit fort et l’autre dit faible. Le premier considère que l’évolution de l’Univers a débuté dans l’indétermination et le hasard « cumulatif » cherchant une orientation à travers le temps. Il serait dû à des concours judicieux de circonstances, une structure atomique prête à subir des changements complexes formant les molécules et les étoiles. Le second suppose des Univers multiples, dans lesquels chacun a ses propres lois physiques. Mais, dans tous les cas, ces environnements sont hostiles et n’ont pas les éléments nécessaires à l’apparition de la vie. Freeman Dyson disait que « tout semble s’être passé comme si l’Univers devait, en quelque sorte, savoir que nous avions à apparaître ». Ainsi, certains physiciens se demandent si l’Univers a été créé en fonction de l’Homme. Je proposerais un troisième principe anthropique : l’Univers est structuré de façon à ce que la conscience jaillisse partout dans l’Univers. Nul besoin de multiples Univers pour cela, car nous sommes en présence d’un Univers de sens et de signifiance. Le troisième principe se pose donc comme un Univers de sens, chaque chose est là où elle doit être et co-évolue avec un ensemble d’éléments qui apparaissent simultanément. L’ensemble tend vers plus de complexité, afin qu’une conscience puisse apparaître. Si l’Univers est tel qu’il est, c’est justement qu’il existe une constante de couplage qui mesure l’influence des différentes interactions qui ont été ajustées avec une immense précision. La moindre déviance des constantes de couplage aurait provoqué l’instabilité des nucléons et aurait condamné l’évolution cosmique. Néanmoins, il est bien dommageable d’avoir une physique de l’après-coup, et non une physique axée au centre du réel expliquant l’Univers tel qu’il est. Sérialité, synchronicité et principe anthropique ne font qu’exposer un même phénomène, celui de la Matrice qui structure les divers éléments entre eux.

Être conscient, c'est déjà posséder le sens en soi

Au-delà du regard, du « voir » et du perce-voir, c’est de conscience dont il s’agit vraiment. Être conscient, c’est être « conscient de ». Comment est apparue la conscience? Elle découle des stimuli qui ont permis de constituer un être organique et psychologique conscient de son propre environnement. L'organisme primaire est attiré par quelque chose, il s'éveille à son existence et plus le stimulus est répété plus il est engrammé dans sa conscience laquelle le fait exister désormais.


Un stimulus nous attire vers la chose que nous regardons, une attention se dégage et nous rend conscients de celle-ci. Alors, il n’y a pas l’Univers d’un côté et ma conscience de l’autre mais bien interrelation et interpénétration.

Ils ne sont pas en cohabitation en entrant en contact occasionnellement, en « rapport » ou en « liaison ». L'adaptation doit être remplacé par une dynamique co-évolutive entre l'être vivant et son environnement.


« La conscience et le monde des choses forment alors un tout lié, résumé dans ces unités psychophysiques individuelles que nous nommons êtres animés (animalia) pour former au sommet l’unité réelle du monde total. » (Edmond Husserl)

Il est, à présent, important de retenir un point capital. Tout ce qui forme l’être est une apparition à l’Univers qui fut éveillé, émergé par des stimuli. L’Univers est tel qu’on le voit et nous sommes tels que nous sommes par un processus de sens graduel. Ma conscience est une réponse et participe à un système d’émergence commun à tout ce qui est. Son apparition devait arriver et sa présence révèle un Univers empli de sens. Nous ne sommes pas dans l’Univers mais avec l’Univers.

Où se situe le Vrai ? La vérité ultime ? Le Vrai ne se situe pas à l’extérieur de nous, mais il émerge depuis notre intériorité et ceci simultanément à notre capacité à assimiler le réel. D’où l’existence de différents degrés du réel en rapport avec celui qui les regarde. Ceci amène l’homme à un certain niveau qui fonde sa propre réalité. Le Vrai est en accointance avec celui qui le vit, d’où l’existence de degrés du Vrai qui fondent sa propre vérité. Cela signifie que celui qui désire atteindre le Vrai par-delà les apparences doit saisir que sa propre réalité n’est qu’un point de vue. Il doit comprendre que pour l’atteindre, il doit se libérer de lui-même et de ses représentations. Autrement dit, la science essaie d'atteindre le Vrai, et les hommes se fondent sur elle pour cette quête du Vrai, alors qu'elle ne peut émerger que depuis notre intériorité. Ensuite, nous utilisons les outils à notre disposition pour rendre compte de ce réel-Vrai. C'est la conscience qui témoigne de sa propre existence à travers des instruments de mesure afin qu'elle puisse présenter aux autres sa propre existence.


Comment observer une chose qui n’est pas fixe
mais bien au contraire dynamique ?

Nous savons que tout, dans l’Univers, est en mouvement et en relation multiple, jamais isolé mais vivant et en réseau. Alors, il apparaît clairement que l’analyse ne peut réellement saisir une chose que par ses apparitions et ses formes changeantes. Il est impossible pour elle de saisir l’essence même des choses, d’ailleurs elle nous fait miroiter beaucoup de ses « compréhensions » par de simples descriptions et n’explique absolument rien du phénomène en question.


Est-ce « comprendre » que de décrire l’évolution de l’homme sur terre par des descriptions comme « il se redressa », « il libéra sa main grâce à son pouce », « il y eut des bouleversements climatiques transformant l’environnement, et ceci permit à l’hominidé d’apparaître » ? Ces descriptions des phénomènes n’expliquent aucunement le sens de l’apparition de l’hominidé. Nous confondons la description et l’explication. La première nous parle de l’apparence et de son fonctionnement, la seconde du sens et de l’essence. Par exemple, décrire un texte de poésie reviendrait à nous parler de sa grammaire, de sa syntaxe, de l’époque où il fut écrit et de son environnement, de la biographie même de l’auteur, mais tout ceci ne me dirait rien de la poésie elle-même et de son contenu, de sa profondeur, de la richesse intérieure de l’auteur, des sens et des multiples lectures possibles. Le philosophe Bertrand Russell exposa brillamment dans ses écrits cette différence fondamentale dans l’expérimentation, en nommant l’une « science descriptive » et l’autre « science explicative ».


Les théories scientifiques ne s’intéressent qu’au « comment » et n’observent que des objets à analyser. Demander « pourquoi » serait aux yeux des scientifiques pire que le châtiment du bannissement, puisque le fondement de la science est le rejet même du sens. La question du sens, quant à elle, est laissée à une métaphysique, d’origine philosophique ou religieuse. Ce « pourquoi » pose la question du sens, de la signifiance. Il permet de regarder l’objet non plus en tant qu’objet d’analyse, mais en tant que signifiance au monde des phénomènes. Un sujet est vivant et dynamique mais dès qu’il devient objet d’analyse, il se fige. La science n’a donc rien à nous enseigner concernant notre signifiance à l’Univers, notre raison d’être. Dire qu’un sujet existe par hasard et par chance, que l’homme est un merveilleux hasard, c’est confondre la description et l’explication. Dire « comment » les choses sont apparues ne signifie pas « pourquoi » elles sont apparues. Dire « comment » un organisme se met en relation avec son environnement n’est pas dire « pourquoi » il se met en relation avec son environnement. L’embarras dans lequel nous nous trouvons dans notre société face à divers phénomènes apparemment contradictoires découle de cette assertion fallacieuse : la séparation du sujet et de l’objet. Nous appartenons aux phénomènes, puisque je suis déjà par ma présence à l’Univers un être amené à l’existence. Or, toute existence est déjà en soi une signifiance apparue par divers stimuli et qui permit l’éveil d’une conscience. Voir les choses de cette manière, c’est éviter et oublier qu’une question sur le sens se réfère à l’être. En effet, derrière la description il y a l’avoir, et derrière l’explication il y a l’être. Conséquemment, notre science est celle d'une description déployant une argumentation à ce qui se rajoute à notre existence, autrement dit c'est une science de l'avoir.

Mythologie Scandinave - La Völuspá

7 mars 2020 à 10:00

Codex Regius [R] or Konungsbók, The King's Book  [K] / Völuspá

Codex Regius [R] or Konungsbók, The King's Book [K]

Völuspá strophe 1 à 15


La Völuspá, "Prédiction de la voyante" ou "Dit de la voyante" est un chant scandé par une poétesse-devineresse, la völva, dont la teneur évoque les premiers temps du monde et sa fin. La völva explique alors, lors de visions, l'histoire des dieux et des hommes depuis l'origine du monde jusqu'à son effondrement, le Ragnarök, qui verra l'avènement d'une terre nouvelle.


1. Silence je réclame de tous les êtres sacrés, humbles et grands,

Enfants de Heimdall.

Selon ta volonté, Valfadr, je proclamerai

Les antiques traditions des hommes,

Les plus anciennes dont je me souvienne.


2. Je me rappelle les géants de ces temps primordiaux

Qui me donnèrent naissance autrefois :

Je me rappelle les neufs mondes, neuf étendues immenses,

Et le Glorieux Arbre du Monde

Profondément planté en terre.


3. Au commencement des siècles, quand Ymir s'établit,

Il n'y avait rien, ni sable, ni mer, ni froides ondes ;

De terre point n'y avait, ni de ciel au-dessus,

Seul le vide béant et d'herbe nulle part.


4. Et puis les fils de Burr haussèrent la terre ferme,

Eux qui créèrent la Glorieuse Midgard,

Sol brilla du sud sur les dalles de la salle,

Alors la terre fit croître le vert poireau.


5. Sol du sud, compagne de Mâni,

Etendit son bras droit vers le rebord du ciel ;

Sol ne savait où se trouvait sa demeure,

Mani ignorait quelle puissance il avait,

Les étoiles ne connaissaient pas leur place.


6. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement,

Les divinités suprêmes se consultèrent ;

A la nuit et à la nouvelle lune, ils donnèrent un nom,

Ils nommèrent le matin, le midi, la fraîche et la brune,

Et comptèrent le temps par années.

7. Les Ases s'assemblèrent dans la plaine d'Idi

Erigèrent tertres et temples, y placèrent une forge,

Forgèrent des bijoux, façonnèrent des tenailles,

Fabriquèrent des outils.

8. Joyeux, ils jouèrent aux tables dans l'enceinte,

Rien ne manquait en fait d'or ;

Jusqu'au jour où vinrent trois jeunes filles géantes

Toutes puissantes, de Jötunheim.


9. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement,

Les divinités suprêmes se consultèrent

Pour savoir qui donnerait forme au peuple des nains,

Issu du sang de Brimir et des os de Blain.

10. Etaient présents Modsognir, devenu le plus grand de tous les nains,

Et Durinn, le second ; ils façonnèrent un grand nombre

D'êtres à forme humaine, les nains dans la terre,

Comme Durinn le prescrivit.

11. Nýi et Nidi, Nordri et Sudri,

Austri et Vestri, Althjóf, Dvalinn,

Nár et Náinn, Níping, Dáinn,

Bívurr, Bávurr, Bömburr, Nóri,

Ánn et Ónarr, Ái, Mjódvitnir.

12. Vigg et Gandalf, Vindalf, Thraínn,

Thekk et Thórinn, Thrór, Vitr, Litr,

Nýr et Nýrá ; voici les nains

Reginn et Rádsvinn- Justement dénombrés.


13. Fíli, Kíli, Fundinn, Nali

Heptifíli, Hannar, Svíurr,

Frár, Hornbori ; Fraegr et Lóni,

Aurvangr, Jari, Eikinskjaldi.


14. Il est temps d'énumérer aux humains

La lignée des nains de Dvalinn

Qui de Lofar descend

Eux qui allèrent à Jöruvellir et à Aurvangar

Depuis leurs gîtes sous la pierre.


15. S'y trouvaient Draupnir et Dolgthrasir,

Hár, Haugspori, Hlévang, Glóinn,

Dóri, Óri, Dúf, Andvari,

Heptifili, Har, Sviar.

Skirfir, Virfir, Skáfid, Ái,


16. Alf et Yngvi, Eikinskjaldi,

Fjalar, Frosti, Finn et Ginnar

Toujours remonteront, tant que les hommes s'en souviendront,

Les générations jusqu'à Lofar.


17. Alors trois Ases sortirent de la troupe,

Puissants et bienveillants : revenant à la demeure des dieux.

Ils trouvèrent sur la terre, sans force, sans destinée

Ask et Embla.


18. Ils n'avaient ni souffle, ni sens, ni sang, ni voix,

Ni couleurs de la vie.

Odin leur donna l'esprit, Hœnir leur donna le sens,

Lódur donna le sang et les couleurs de la vie.


19. Je sais que se dresse le frêne qu'on nomme Yggdrasil,

L'arbre élevé, aspergé de blanche boue :

De là vient la rosée tombant dans les vallées,

Toujours vert, il s'élève au dessus du Puits d'Urdr.


20. Là résident les vierges, savantes en maintes choses,

Trois, issues du lac situé sous l'arbre.

L'une s'appelle Urdr, l'autre, Verdandi,

Elles gravaient le bois, et Skuld la troisième.

Elles édictèrent les lois, elles fixèrent la vie

Des fils des hommes et la destinée des mortels.


21. Elle se rappelle la première guerre du monde

Lorsqu'ils percèrent Gullveig de lances

Et la brûlèrent dans la halle de Har

Trois fois la brûlèrent, trois fois elle naquit à nouveau,

Brûlée encore, elle vit toujours.


22. On l'appelait Heidur, quelque maison qu'elle visitât,

La Völva, habile prophétesse, maniant aisément la baguette ;

Elle pratiquait la magie autant qu'elle pouvait,

Ensorcelait les esprits charmés,

Par les mauvaises femmes toujours bien accueillie.

23. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement,

Les divinités suprêmes se consultèrent :

Les Ases paieraient-il le tribut,

Ou tous les dieux recevraient-il offrande ?


24. Odin jeta sa lance sur le peuple,

Et ce fut la première bataille du monde ;

L'enceinte de la forteresse des Ases fut rompue,

Les Vanes restèrent vainqueurs du champ de bataille.


25. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement,

Les divinités suprêmes se consultèrent :

Qui avait empli l'air de venin

Et promis aux géants l'épouse d'Odr ?

26. Seul Thor combattit, gonflé de colère

-Il reste rarement assis quand il apprend de telles choses-

Rompues furent les promesses, brisés les vœux et les serments,

Les solennels accords conclus entre eux.

27. Elle sait aussi que le cor de Heimdall

Est caché sous l'arbre sacré, familier du ciel clair ;

Il est éclaboussé par la cascade boueuse du gage de Valfadr.

En savez-vous d'avantage ? Ou quoi ?


28. Elle était assise dehors, solitaire, quand arriva l'Ancien,

L'Ase très farouche, et le regarda dans les yeux :

''Que me demandes-tu ? Pourquoi me mettre à l'épreuve ?

Je sais fort bien, Odin, où tu as caché ton œil,

Dans le puits de Mimir. Mimir boit l'hydromel,

Chaque matin, dans le gage de Valfadr.''

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?


29. Mais le Père des guerriers lui donna anneaux et colliers,

Lui fit don de sagesse, clairvoyance et art de la magie ;

Elle voit toujours plus loin dans l'étendue des mondes.


30. Elle vit les Valkyries arriver de loin,

Prêtes à chevaucher jusqu'à la maison des dieux,

Skuld portait le bouclier, Skögull en tenait un autre,

Suivaient Gunn, Hild, Göndul et Geirskögul;

Voici énumérées les servantes du Seigneur-des-Armées,

Prêtes à chevaucher par la plaine, les Valkyries.


31. Je pus prévoir de Balder, le dieu ensanglanté,

Le fils d'Odin, la destinée secrète ;

Poussait, bien au-dessus de la plaine,

Mince et très beau, le rameau de gui.


32. Fut tiré de cet arbuste d'apparence si grêle

L'amer et funeste trait que lança Hödr ;

Né trop tôt, le frèrea de Balder n'avait qu'une nuit

Lorsque fut tué le fils d'Odin.

33. Il ne se lava plus les mains, ni ne peigna sa chevelure,

Tant qu'au bûcher ne fut déposé le meurtrier de Balder ;

Mais Frigg pleura dans Fensalir le malheur de la Valhöll.

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?


34. Alors Vali sut comment tresser les chaînes de la bataille,

Les forts et rêches liens faits d'entrailles.


35. Elle vit, enchaîné dans Hveralund,

Une forme aux traits fourbes semblable à Loki ;

Là Sigyn est assise auprès de son époux,

Bien que de son destin elle ne soit pas réjouie.

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?


36. Depuis l'est, un fleuve déverse à travers les vallons venimeux

Epées et Saxes : son nom est Slidr.


37. Vers le Nord, à Nidavellir, se dressait la halle d'or

Des enfants de Sindri ; une autre se tenait à Okolnir,

La halle à bière du lote dont le nom est Brimir.

38. Elle en vit se dresser une autre loin du soleil, à Naströnd,

Les portes tournées vers le nord ;

Le poison s'écoule par ses lucarnes,

Cette halle est charpentée d'échines de serpents.


39. Elle y vit patauger dans d'épais courants

Les hommes parjures, les loups meurtriers,

Le suborneur de la femme d'autrui.

Là Nidhogg suçait les cadavres des défunts,

Que le loup dépeçait.

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?


40. La vieille était assise à l'orient, dans la Forêt de Fer,

Et y nourrissait l'engeance de Fenrir ;

Parmi eux, il y a celui qui détruira le soleil

Sous la forme d'un monstre.

41. Il se goinfre des chairs des hommes promis à la mort,

Empourpre la demeure des dieux de sang rouge ;

Noir deviendra l'éclat du soleil les étés suivants,

Epouvantables toutes les tempêtes.

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?


42. Assis là sur une hauteur, jouant de la harpe,

Se tenait le joyeux Eggther, gardien des sorcières ;

Non loin de lui, dans la forêt aux oiseaux,

Chantait un beau coq vermeil du nom de Fjalar.


43. Chez les Ases chante Gullinkambi.

Il éveille les hommes du Père des Guerriers ;

Mais un autre chante loin sous terre,

Un coq rouge de suie, dans les halles de Hel.


44. Garm aboie rageusement devant Gnipahellir,

Sa chaîne va se rompre, le Vorace bondira.

Je connais de nombreux charmes

Au loin dans l'avenir je vois l'amer destin

Des dieux de la victoire.


45. Les frères se combattront et s'entretueront,

Les parents souilleront leur propre descendance ;

Une rude époque d'adultère universel,

Temps des haches, temps des épées, des boucliers fendus,

Temps des tempêtes, temps des loups,

Avant que ne s'effondre le monde,

Nul n'aura pitié de son prochain.


46. Les fils de Mimir s'agitent, mais le destin s'embrase

Dans l'explosion sonore de Gjallarhorn.

Heimdall souffle fort, cor dressé ;

Odin interroge la tête de Mimir.


47. Yggdrasil frissonne, le frêne vertical,

Le vieux tronc gémit, le lote se libère ;

Tous tremblent sur la route de Hel

Avant que le parent de Surt ne consume l'arbre.


48. Qu'en est-il des Ases ? Qu'en est-il des Alfes ?

Tout Jötunheim résonne, les Ases tiennent conseil ;

Les nains grommellent devant leurs portes de pierre,

Les maîtres des falaises.

En savez-vous davantage, ou quoi ?


49. Garm aboie rageusement devant Gnipahellir,

Sa chaîne va se rompre, le Vorace bondira.

Je connais de nombreux charmes

Au loin dans l'avenir je vois l'amer destin

Des dieux de la victoire.


50. Hrym vient de l'orient, tenant haut son bouclier,

Jormungand se tord, pris de la fureur des géants ;

Le Serpent hérisse les vagues, l'aigle glatit,

Nidfölr déchiquète les cadavres, Naglfari est libéré.


51. Le bateau vient de l'orient, amenant de la mer

La progéniture de Muspell, Loki à la barre.

Les enfants des monstres, alliés du Loup, voyagent,

A leur tête s'avance le frère de Byleist.


52. Surtur vient du sud avec la mort des branches,

Le soleil luit de l'épée de Hel ;

Les falaises s'écroulent, les monstres s'agitent,

Les hommes foulent le chemin de Hel

Et le ciel se lézarde.


53. Un nouveau malheur fond sur Hlin

Quand Odin s'avance contre le Loup,

Tandis que le brillant vainqueur de Beli fait face à Surtur.

Alors périt le bien-aimé de Frigg.

54. Garm aboie rageusement devant Gnipahellir,

Sa chaîne va se rompre, le Vorace bondira.

Je connais de nombreux charmes

Au loin dans l'avenir je vois l'amer destin

Des dieux de la victoire.


55. A présent arrive le vaillant fils de Sigfödr,

Vidar, pour tuer le charognard ;

Il laisse dans la gueule du rejeton de Hverdrung

L'acier plongé jusqu'au cœur.

Ainsi, le père est vengé.


55b. Gueule ouverte dans l'air, la ceinture du monde,

Le ver des hauteurs ouvre ses effrayantes mâchoires.

Le fils d'Óðinn rencontrera le poison,

Il tuera le monstre.


56. A présent arrive le glorieux fils de Hlodyn,

Le fils d'Odin va combattre le serpent,

En colère, le Gardien de Midgard l'occit ;

Tous les hommes désertent leurs demeures ;

Sans craindre la honte, le fils de Fjorgyn, agonisant,

Recule de neuf pas devant la vipère.


57. Le soleil s'assombrit, la terre s'affaisse dans l'océan,

Les brillantes étoiles vacillent dans le ciel ;

Les fumées tourbillonnent, les flammes ronflent,

L'immense incendie joue jusqu'au ciel.


58. Garm aboie rageusement devant Gnipahellir,

Sa chaîne va se rompre, le Vorace bondira.

Je connais de nombreux charmes

Au loin dans l'avenir je vois l'amer destin

Des dieux de la victoire.


59. Elle voit une seconde fois une terre

Pour toujours verte émerger de l'onde ;

Y courent des cascades, et au-dessus plane l'aigle

Qui depuis les falaises pourchasse les poissons.


60. Les Ases se rassemblent sur les plaines d'Idi,

Parlent du puissant serpent,

Se rappellent les grands événements

Et les antiques runes de Fimbultyr.


61. Là, ils vont retrouver dans l'herbe verte

Les merveilleuses tables d'or

Qu'autrefois possédaient les peuples.


62. Les champs non ensemencés porteront récoltes,

Tous maux disparaîtront, Balder reviendra,

Lui et Hodr résideront dans la halle de la victoire de Hroptr,

Seigneur du séjour des morts.

En savez-vous davantage ? - ou quoi ?


63. Hœnir sait comment choisir la baguette du destin,

Et les fils des deux frères bâtissent leur demeure

Dans le vaste séjour des vents.

En savez-vous davantage ? - ou quoi ?


64. Elle voit se dresser une halle plus brillante que le soleil

Couverte d'or, à Gimlé :

Ici, à jamais, habiteront dans la joie les peuples fidèles,

Et pour l'éternité jouiront du bonheur.


65. Alors en chevauchant arrive d'en haut

Pour le dernier jugement,

Le puissant, le magnifique

Celui qui tout gouverne.

Maximes de Ptah-Hotep

3 septembre 2019 à 16:15

L'enseignement d'un sage de l'Egypte antique

au temps des Pyramides.


Cet Enseignement se donne pour but d'être conforme à la Maât. Ptah-Hotep incite son auditoire à vivre selon l'Harmonie cosmique (Maât) laquelle suppose régir l'ensemble de l'univers. Reprises au cours des millénaires, les Maximes de Ptah-Hotep sont un des piliers de la Sagesse de l'Egypte antique. Elles datent probablement de l'Ancien Empire. La version la plus complète que nous connaissons nous a été transmise par le papyrus de Prisse d'Avennes.

Ptah-Hotep, papyrus de Prisse d'Avennes.

1. Papyrus de Prisse d'Avennes - Enseignement de Ptah-Hotep

Prologue

Enseignement du directeur de la ville, le vizir Ptah-Hotep,

sous la majesté de celui du jonc et de l'abeille, Isesi,

qu'il vive selon l'éternité des cycles et l'éternité de l'instant,

le directeur de la ville, le vizir Ptah-Hotep il dit :


Souverain, mon maître, la vieillesse est advenue, le grand âge s'est abattu, l'épuisement est arrivé, la faiblesse se renouvelle. Il passe chaque jour à dormir, comme retombé en enfance. La vue baisse, il devient dur d'oreilles, la force vient à manquer, le coeur est las, la bouche est silencieuse, elle ne parle plus, le coeur n'est plus, il ne se souvient plus d'hier, toute l'Ossature fait souffrir, le bon se transforme en mauvais. Chaque goût disparaît. l'action de la vieillesse sur le genre humain est mauvaise sous tous rapports. Le nez est bouché, il ne respire plus, il est aussi pénible de se lever que de s'asseoir. Qu'il soit décrété que le serviteur ici présent façonne un bâton de vieillesse, puissé-je lui dire les paroles de ceux qui écoutent, les directives de ceux qui sont devant et qui, jadis, écoutèrent les paroles divines. Puisse l'agir être semblable pour toi, que les conflits soient repoussés à l'écart des gens simples, que les deux rives travaillent pour toi. La majesté de ce dieu a dit : Quant à toi, enseigne lui la parole de la tradition. Puisse-t-il agir comme un modèle pour les enfants des grands, que pénètrent en lui l'entendement et la justesse de chaque coeur, de qui lui parle, car il n'existe pas de sage de naissance.


Les maximes de la parole accomplie

Début des maximes de la parole accomplie, qu'a prononcée le noble, le chef, le père divin, l'aimé du dieu, le fils aîné de pharaon, de son corps, le chef de la ville, le vizir Ptah-Hotep, en enseignant la connaissance à l'ignorant, et la loi de la parole accomplie, voilà ce qui est lumineux pour qui entendra, mais nuisible pour qui passera outre.


MAXIME 1

De l'humilité et la découverte des paroles parfaites.

Il dit à son fils : Que ton coeur ne soit pas vaniteux à cause de ce que tu connais, prends conseil auprès de l'ignorant comme auprès du savant, car on n'atteint pas les limites de l'art, et il n'existe pas d'artisan qui ait acquis la perfection. Une parole parfaite est plus cachée que la pierre verte, on la trouve pourtant auprès des servantes qui travaillent sur la meule.


MAXIME 2

De l'art du débat avec un supérieur.

Si tu rencontres un débatteur en action, qui dirige son coeur et qui est plus habile que toi, plie tes bras et courbe ton dos, ne sais pas ton coeur contre lui car tu ne l'égaleras pas. Puisses-tu abaisser celui qui s'exprime mal en ne t'opposant pas à lui lorsqu'il agit, c'est ainsi qu'il sera désigné comme un ignorant dès que ton coeur aura supprimé sa surabondance.


MAXIME 3

De l'art du débat avec un égal.

Si tu rencontres un débatteur en action, ton égal, celui qui est à ton côté, agis en sorte que ta supériorité sur lui se manifeste par le silence, alors même qu'il parle mal. Ceux qui l'écoutent penseront beaucoup de mal de lui, alors que ton renom sera parfait dans l'esprit des grands.

MAXIME 4

De l'art du débat avec un inférieur.

Si tu rencontres un débatteur en action, un homme de peu qui n'est certes pas ton égal, que ton coeur ne soit pas agressif contre lui à cause de ta faiblesse. Place le à terre, et il se punira lui-même. Ne lui réponds pas pour soulager ton coeur, ne lave pas ton coeur à cause de celui qui s'oppose à toi. Misérable est celui qui fait du mal à un homme de peu. On désire agir conformément à ce que tu désires et tu le frapperas de la désapprobation des grands.


MAXIME 5

De l'art d'être un chef en respectant la règle.

Si tu es un guide, chargé de donner des directives à un grand nombre, cherche, pour toi, chaque occasion d'être efficient, de sorte que ta manière de gouverner soit sans faute. Grande est la règle, durable son efficacité. Elle n'a pas été perturbée depuis le temps d'Osiris. On châtie celui qui transgresse les lois, même si cette transgression est le fait de celui au coeur rapace. l'iniquité est capable de s'emparer de la quantité, mais jamais le mal ne mènera son entreprise à bon port. Celui qui agit mal dit : j'acquiers pour moi-même, il ne dit pas : j'acquiers au bénéfice de ma fonction. Quand vient la fin, la règle demeure. C'est ce que dit un homme juste : tel est le domaine de mon père spirituel.


MAXIME 6

De la vanité des manoeuvres humaines.

Ne te livre pas à une machination contre l'espèce humaine, car dieu châtie pareil agissement. Qu'un homme dise « je vivrai ainsi », et il sera privé de pain pour la bouche. Qu'un homme dise « je serai riche », et il dira ensuite « mes perceptions m'ont piégé » . Qu'un homme dise « je vais voler autrui » et, en fin de compte, il fait un don à celui qui ne connaît pas ! Les manoeuvres du genre humain ne s'accomplissent pas, c'est ce que dieu ordonne qui s'accomplit. Pense à vivre en paix avec ce que tu as et ce qu'ils donnent viendra de soi-même.


MAXIME 7

Des manières de tables.

Si tu es un homme qui fait partie de ceux qui sont assis à table d'un plus grand que toi, accepte ce qu'il donne, de la manière dont cela sera placé devant ton nez. Regarde ce qui est devant toi, ne te disperse pas par quantité de regards, c'est l'abomination du ka que d'être harcelé. Ne lui adresse pas la parole avant qu'il ne t'appelle, on ne sait pas s'il est en mauvaise disposition du coeur. Parle lorsqu'il s'adresse à toi, et que ton discours rende le coeur heureux. Quant au grand, assis derrière les pains, que son comportement se conforme à la directive de son ka. Il fera un don à celui qu'il distingue, c'est la coutume à la tombée de la nuit. C'est le ka qui étend ses bras. Le grand fait un don à celui qui a atteint la condition d'homme de qualité. Les pains sont mangés conformément à la volonté de dieu, c'est l'ignorant qui s'en plaindrait.


MAXIME 8

Du respect de la mission confiée.

Si tu es un homme de confiance, qu'un grand envoie à un grand, sois tout à fait scrupuleux quand il t'envoie, transmets pour lui le message comme il l'a formulé, garde toi de forcer sur les mots, de peur de brouiller un grand avec un grand. Tiens t'en fermement à la règle, ne l'Outrepasse pas, le lavement du coeur ne doit certes pas être répété. Ne parle contre personne, grand ou petit, c'est l'abomination du ka.


MAXIME 9

Du nécessaire silence du riche
et de l'heureuse destinée de qui n'a pas d'enfants.

Si tu laboures, et si la croissance s'effectue dans le champ, parce que dieu la donne en abondance dans ta main, n'en aie pas plein la bouche auprès de ton voisinage, car l'on éprouve un grand respect pour le silencieux. Si un homme de caractère est possesseur de biens, il accomplit l'acte de posséder comme un crocodile, même dans la cour de justice. Ne pose pas de réclamation pour qui est sans enfants, ne critique pas le fait de ne pas en avoir, n'émets pas de vantardises sur le fait d'en avoir, il y a maint père dans l'affliction, de même que mainte mère qui a enfanté, alors qu'une autre sans enfant est plus sereine qu'elle. C'est celui qui est seul dont dieu permet la mutation, alors que le patron d'un clan familial prie avec anxiété pour qu'on prenne sa suite.


MAXIME 10

De la nécessité de placer sa confiance en un être de qualité.

Si tu es un faible, suis un homme de qualité, digne de confiance, toute ta conduite s'en trouvera bien vis-à-vis de dieu. Si tu apprends que cet homme était auparavant d'humble condition, n'aie pas le coeur arrogant à son égard, à cause de ce que tu sais de sa condition antérieure. Crains le avec respect conformément à ce qui est advenu de lui, car les choses ne viennent certes pas d'elles mêmes. Quant à l'opulence, que l'homme de qualité l'obtienne lui-même. C'est dieu qui fait qu'il soit un être de qualité et qui le protège, même quand il dort.


MAXIME 11

De la nécessité de suivre le coeur
et de ne pas gaspiller son énergie dans les tâches matérielles.

Suis ton coeur le temps de ton existence, ne commets pas d'excès par rapport à ce qui a été prescrit, n'abrège pas le temps de suivre le coeur. Gaspiller son moment d'action est l'abomination du ka. Ne détourne pas ton action quotidienne de manière excessive pour l'entretien de ta maison. Adviennent les choses, suis le coeur, les choses ne profiteront pas au négligent.


MAXIME 12

Du comportement envers un fils spirituel.

Si tu es un homme de qualité en qui on peut avoir confiance, puisses tu façonner un fils spirituel avec la faveur de dieu. S'il est en rectitude s'il se conforme à ta manière d'être, et s'il prend soin de tes biens en bon ordre, accomplis pour lui toute sorte de bonté. C'est ton fils, il appartient à la semence de ton ka. Ne sépare pas ton coeur de lui. Mais la semence d'un homme peut engendrer le conflit. S'il va dans la mauvaise direction, s'il transgresse tes recommandations, et désobéit de manière insolente à tout ce qui est dit, si sa bouche débite des paroles méprisables, chasse-le, il n'est pas ton fils. Mets le au travail pour la totalité de son discours. Lui qui s'est montré hostile envers toi subira leur défaveur, une entrave lui fut infligée alors qu'il se trouvait dans le ventre. Celui qu'ils guident ne peut pas s'égarer, celui qu'ils privent de barque n'aura pas la possibilité de traverser.


MAXIME 13

De l'attitude à la cour de justice.

Si tu te trouves dans le porche où l'on rend la justice, soit debout ou assis, conformément à la procédure, qui te fut ordonnée le premier jour. Ne force pas le passage, tu seras repoussé. Perçante doit être la vue de celui qui entre après avoir été annoncé, large est le siège de celui qui fut appelé. Le porche où l'on rend la justice est conforme à la rectitude, toute conduite doit être conforme au fil à plomb, c'est dieu qui avance le siège. Ne seront pas installés ceux à qui on prête trop l'épaule.


MAXIME 14

Du coeur qui rend heureux et du ventre qui condamne au malheur.

Si tu es en compagnie de gens, procure toi des alliés en tant qu'homme digne de confiance qui atteint le coeur, celui qui atteint le coeur est celui qui ne contourne pas le langage dans son ventre. Il deviendra un homme qui commande lui-même, un possesseur de bien grâce à son comportement. Que ton renom soit bon sans que tu en parles. Ton corps sera nourri, ton visage se tournera vers tes proches, et l'on t'offrira ce que tu ignorais. Le coeur de celui qui écoute son ventre disparaît, il suscitera à son égard, le dédain au lieu de l'amour. Le coeur sera dénudé et son corps ne sera pas oint. Celui au grand coeur est un don de dieu, celui qui obéit à son ventre obéit à l'ennemi.


MAXIME 15

De l'art de communiquer.

Transmets tes directives sans avaler le coeur, et donne ton avis dans le conseil de ton maître. S'il s'exprime d'abondance, il ne sera pas difficile au messager de faire son rapport, et il ne lui sera pas répondu : « qui est donc celui qui est informé ? ». En ce qui concerne le grand, ses biens péricliteront s'il pense à le punir à cause de cela, aussi se taira-t-il en concluant « j'ai dit ».


MAXIME 16

De l'art de gouverner.

Si tu es un guide, que ta manière de gouverner voyage librement au moyen de ce que tu as ordonné. Tu dois accomplir des choses élevées. Songe aux jours à venir ensuite, qu'un malheur ne survienne pas au milieu des faveurs, comme un crocodile émerge, la défaveur se produit.


MAXIME 17

De la nécessité d'écouter les requêtes.

Si tu es un guide, écoute sereinement le discours de celui qui t'adresse une requête, ne le repousse pas, jusqu'à ce qu'il ait purgé son ventre de ce qu'il songeait à dire. Celui qui est accablé d'injustice désire que son coeur soit lavé, plus que la réalisation de ce pourquoi il est venu. Quant à qui repousse celui qui adresse des requêtes, on dira « pour quelle raison les rejette-t-il ? » Il n'est pas possible que toutes les requêtes aboutissent, mais une bonne écoute aplanit le coeur.


MAXIME 18

Du danger de la séduction.

Si tu désires faire durer l'amitié, dans une demeure où tu as tes entrées, comme maître, comme frère ou comme ami, ou en tout lieu où tu as tes entrées, garde-toi de t'approcher des femmes. Ce n'est pas bon là où le fait se produit. La vue n'est jamais assez aiguisée lorsqu'elle les repère. Des milliers d'hommes se sont détournés de ce qui leur est profitable. Un court instant de plaisir, semblable à un rêve, et le mort t'atteindra pour les avoirs connues. C'est une mauvaise maxime que : « lance un trait contre l'adversaire », quand on s'apprête à agir ainsi, que le coeur écarte cette intention. Quant à celui qui échoue continuellement en les convoitant, aucun de ses dessins ne réussira.


MAXIME 19

De l'avidité : mal incurable.

Si tu désires que ta conduite soit bonne, délivre toi de tout mal, combats toute occasion d'avidité de coeur. l'avidité est la maladie grave d'un incurable. Y pénétrer est impossible. l'avidité sème le malheur parmi pères et mères, et parmi les frères de la mère, elle sépare l'épouse du mari. L'avidité est la réunion de toutes les sortes de mal, c'est un sac qui contient tout ce qui est haïssable. L'homme est posé s'il applique correctement la règle, et va son chemin conformément à la marche à suivre. Aussi fera-t-il l'état de ses biens, alors que l'avide de coeur n'aura pas de tombe.


MAXIME 20

De la juste attitude envers l'avoir.

Ne sois pas avide de coeur en ce qui concerne le partage des biens, ne sois vorace que de tes biens personnels. Ne sois pas avide de coeur envers tes proches, plus ample est la juste revendication de l'homme doux que celle injuste de l'homme rude. Ce dernier, bien peu échoit de ses proches, car il est privé de ce qu'apporte la parole. Un peu d'avidité suffit à faire naître l'esprit de querelle chez l'homme au ventre froid.


MAXIME 21

De l'amour et du respect dus à l'épouse.

Si tu es un homme de qualité, fonde ta demeure, aime ton épouse avec ardeur, remplis son ventre, habille son dos, l'huile est un remède pour son corps. Allonge son coeur le temps de ton existence. Elle est une terre fertile, utile pour son maître. Ne décide pas pour elle, éloigne la du puissant qui la spolierait. Son oeil est le vent, regarde la, et tu la feras rester dans ta maison. Si tu la repousses, voici les larmes ! Le vagin est l'une de ses formes d'action, ce qu'elle impose, c'est que soit fait pour elle un canal.


MAXIME 22

De la nécessité de satisfaire ses familiers.

Satisfais tes familiers en qui tu as confiance, au moyen de ce qui t'advient : tel est le destin de celui que dieu favorise. De celui qui faillit sans cesse à satisfaire ses familiers en qui il a confiance, on dira « c'est un ka trop satisfait de lui même ». L'avenir est inconnu, même si on a l'intuition de demain. C'est une puissance créatrice, la juste puissance créatrice qui s'en satisfait. Si sont accomplis des actes dignes de louange, les familiers dignes de confiance disent : « bienvenue ! » Lorsqu'on ne procure pas la paix à la ville, on devra amener des familiers si se produit une calamité.


MAXIME 23

Du refus de la rumeur.

Ne répète pas une rumeur médisante, ne l'écoute pas. C'est la manière de s'exprimer de celui qui a le ventre brûlant. Si nécessaire, répète la mauvaise affaire que tu as vue et pas seulement entendue. Que la rumeur médisante soit jetée à terre, n'en parle absolument pas. Vois celui qui te fait face reconnaîtra ta qualité. Qu'il soit ordonné de se saisir des conséquences de la rumeur médisante, ne naîtra que la haine, conformément à la loi, contre qui s'en emparerait pour l'utiliser. Vois il s'agit de détruire une sorte de mauvais rêve, protège t'en.


MAXIME 24

Du bon usage de la parole.

Si tu es un homme de qualité en qui on a confiance, qui siège au conseil de son maître, rassemble tout coeur vers la perfection. Sois silencieux, c'est plus utile que le bavardage. Parle seulement quand tu sais que tu apporteras une solution, il doit être un artisan, celui qui parle dans le conseil, parler est plus difficile que tout autre travail. C'est celui qui interprète cette maxime qui donne autorité à la parole.


MAXIME 25

De la vraie puissance et de la maîtrise de soi.

Si tu es puissant, agis en sorte que l'on te respecte, en fonction de la connaissance et du calme du langage. Ne donne d'ordres que lorsque les circonstances l'exigent. Celui qui provoque de manière belliqueuse s'engage dans une mauvaise action. Ne sois pas vaniteux, tu ne seras pas abaissé. Ne sois pas vaniteux, mais garde toi de fouler aux pieds, et de répondre à une parole avec flamme. Détourne ton visage, contrôle toi, les flammes d'un individu au coeur bouillant le déprécient. Pour l'être rayonnant qui avance, le chemin est construit. Celui qui est triste de coeur, la journée durant, n'accomplira aucun mouvement heureux. Celui qui est frivole de coeur ne fondera pas de demeure. Celui qui atteindra une plénitude est comme celui qui tient le gouvernail, au moment de toucher terre. L'autre est fait prisonnier. Celui qui obéit à son coeur sera en ordre.


MAXIME 26

De la juste utilisation de l'énergie.

Ne t'oppose pas à l'action d'un grand, ne rends pas furieux le coeur de celui qui est lourdement chargé, car son hostilité se manifestera contre celui qui le combat. Libère l'énergie créatrice, toi qui est celui qui l'aime sans cesse. Celui qui donne de la puissance est en compagnie de dieu, ce qu'il aime sera accompli pour lui. Quant à toi, apaise le visage après l'explosion de rage, la paix provient de sa puissance créatrice, l'hostilité de l'ennemi. C'est la puissance qui fait croître l'amour.


MAXIME 27

De l'énergie d'un grand.

Enseigne à un grand ce qui lui est utile, suscite son accueil parmi l'espèce humaine, fais en sorte que sa sagesse retombe sur son maître. C'est de son énergie que proviennent les aliments qui te sont attribués, le ventre de celui qui est aimé est comblé. Ton dos sera habillé grâce à lui. Ces conditions réalisées, préoccupe toi de la vie de ta maison, dépendant du noble que tu aimes. Il vit grâce à cela, et, bien plus, il t'accordera une protection. Bien plus, c'est l'amour que tu inspires qui durera dans le ventre de ceux qui t'aiment. Vois, c'est le ka qui aime continuellement entendre.


MAXIME 28

De la nécessité de l'impartialité.

Si tu agis, fils d'un homme de la cour de justice, messager chargé de l'apaisement de la multitude, ôte les inutilités du document écrit. Quand tu parles, ne penche pas d'un côté, prends garde que soit formulée cette accusation : « juges, il place sa parole sur le côté qui lui convient ! », alors ton action se retournerait en procès contre toi.


MAXIME 29

De l'indulgence.

Si tu es indulgent à propos d'une affaire qui s'est produite, ne favorise un homme qu'à cause de sa rectitude. Passe sur son ancienne faute, ne te souviens pas d'elle, dès lors qu'il est silencieux envers toi le premier jour.


MAXIME 30

Du nécessaire détachement des biens matériels.

Si tu es un grand après avoir été un petit, et si tu fais fortune après avoir subi la misère auparavant, dans la ville que tu connais, n'évoque pas en gémissant ce qui t'est arrivé auparavant. Ne place pas la confiance de ton coeur dans l'accumulation de tes biens matériels, car ce qui t'a été octroyé est un don de dieu. Tu ne seras pas derrière un autre ton semblable, qui aura vécu semblable événement.


MAXIME 31

De la bonne attitude envers un supérieur et le voisinage.

Courbe le dos devant ton supérieur, ton chef du palais royal, ainsi, ta demeure, avec ses biens, sera durable, et ta récompense sera à ta juste place. Malheureux est celui qui s'oppose à un supérieur, car l'on ne vit que pendant la période où il exerce sa clémence. Malheureux celui dont le bras ne se courbe pas, lorsqu'il est dénudé. Ne dévalise pas la maison de tes voisins, et ne t'approprie pas les biens de celui qui est proche de toi, de sorte qu'il ne te dénonce pas, avant que tu ne l'apprennes de toute façon. L'agressif est un sans coeur. Si ton voisin sait cela , il attaquera en justice, car c'est mal de s'attaquer au voisinage.


MAXIME 32

De la nécessité d'éviter la femme-enfant.

Ne fais pas l'amour avec une femme-enfant, car tu sais qu'on lutte contre l'eau qui est sur son coeur. Ce qui se trouve dans son ventre ne sera pas rafraîchi, qu'elle ne passe pas la nuit à faire ce qui doit être repoussé, qu'elle soit calmée après avoir mis un terme à son désir.


MAXIME 33

Comment éprouver un ami et connaître sa véritable femme.

Si tu cherches à sonder la vraie nature d'un ami, ne te pose pas de question, mais approche toi près de lui. Ne traite cette affaire qu'avec lui seul, jusqu'à ce que tu ne sois plus inquiet de son attitude. Discute avec lui le temps qu'il faudra. Eprouve son coeur à l'occasion d'un entretien. Si ce qu'il a vu lui échappe et s'il accomplit un acte qui t'irrite, sois amical avec lui ou sois silencieux, mais ne détourne pas le visage. Rassemble tes énergies quand tu éclaires l'affaire pour lui, ne réponds pas par un acte d'hostilité, ne va pas contre lui, ne le foule pas aux pieds, son moment de vérité n'a jamais manqué de se produire, et l'on ne peut échapper à celui qui l'a déterminé.


MAXIME 34

De la nécessité de la bienveillance.

Que ton visage soit lumineux le temps de ton existence. Ce qui sort de l'entrepôt n'y entre pas de nouveau. C'est le pain destiné à la distribution dont on est vorace. Celui dont le ventre est vide est un accusateur, et celui qui est mis continuellement en état de manque est un agresseur. N'en fais pas l'un de tes proches. La bienveillance est le mémorial d'un homme, pour les années qui viennent après l'exercice du pouvoir.


MAXIME 35

De la nécessité d'un caractère lucide, ferme et accompli.

Connais ceux qui sont à tes côtés et tes biens dureront, ne sois pas faible de caractère envers tes amis, Ils sont une rive cultivable qui reçoit l'inondation, elle est plus importante que ses richesses. Car les biens de l'un peuvent échoir à l'autre. La vertu du fils de l'homme lui sera utile, une nature accomplie sera un mémorial.


MAXIME 36

De la nécessité de punir et de combattre le mal.

Punis principalement, enseigne complètement, l'acte de stopper le mal sera l'établissement durable de la vertu. Quant à un méfait, exception faite du malheur, c'est ce qui transforme le geignard en agresseur.


MAXIME 37

Du bonheur d'épouser une femme joyeuse.

Si tu épouses une femme qui soit nantie, joyeuse de coeur et connue des habitants de sa ville, qu'elle se conforme à la double loi. Sois agréable pour elle au bon moment, ne te sépare pas d'elle, et agis en sorte qu'elle soit nourrie. Une femme au coeur joyeux apporte l'équilibre.


MAXIME 38

De la transmission de la sagesse, de la connaissance et de la rectitude.

Si tu as écouté les maximes que je viens de te dire, chacun de tes desseins ira de l'avant. Leur rectitude, c'est leur richesse, leur souvenir chemine dans la bouche des hommes à cause du caractère accompli de leur discours cohérent. On doit transmettre chaque parole afin qu'elle ne périsse jamais dans ce pays. Qu'une maxime soit formulée pour le bien de sorte que les notables en parlent. C'est enseigner à un homme ce qu'il doit dire à la postérité. Celui qui écoute, cela devient un artisan en écoutant. Il est bon de formuler pour la postérité, c'est elle qui entendra cela. Si le bon exemple est donné par celui qui est un chef, il sera efficace pour l'éternité. c'est le connaissant qui se préoccupe de sa capacité de sublimation, en assurant sa substance au moyen de ce qui fait durer. Grâce à elle il est heureux sur terre. Le connaissant est sage à cause de ce qu'il connaît, et le noble à cause de sa manière d'agir. Que son coeur régule sa langue, que ses lèvres soient justes lorsqu'il s'exprime, que ses yeux voient, que ses oreilles se plaisent à entendre ce qui est utile à son fils. Celui qui agit en rectitude est exempt de mensonge.


MAXIME 39

De la nécessité de l'écoute et de l'entendement.

Il est utile d'écouter pour le fils qui écoute. Si l'acte d'écouter sans cesse pénètre celui qui écoute, celui qui écoute devient celui qui entend. Quand l'écoute est bonne, la parole est bonne . Celui qui écoute est le maître de ce qui est profitable, écouter est profitable à celui qui écoute. Ecouter est meilleur que tout, ainsi naît l'amour parfait. Comme il est bon qu'un fils accepte ce que dit son père. Porteur de ce message, il atteindra un grand âge. Celui que dieu aime, c'est celui qui entend, celui qui n'entend pas est haï de dieu. C'est le coeur qui fait naître son maître comme celui qui entend ou celui qui n'entend pas. Pour un homme, son coeur est vie, prospérité, santé. C'est celui qui écoute qui entend ce qui es dit, c'est celui qui aime entendre qui accomplit ce qui est dit. Comme c'est bon un fils qui obéit à son père ! Comme c'est heureux pour celui à qui il est dit : « un fils, il est bienveillant, en tant que possesseur de la capacité d'écoute ». Celui qui écoute celui qui lui dit cela, il sera bien ajusté en son for intérieur et bienheureux auprès de son père. Son souvenir subsistera dans la bouche des vivants qui sont sur terre et qui y seront.


MAXIME 40

Du fils spirituel.

Si le fils de l'homme accepte ce que dit son père, aucun des ses plans n'échouera . Eduque, dans ton fils, celui qui écoute, dans le coeur des nobles, il sera un homme de qualité , digne de confiance, lui qui guidera sa bouche conformément à ce qui a été dit, lui qui sera vu comme celui qui entend. Les démarches d'un fils, qui est un homme de qualité digne de confiance, sont remarquables. L'égarement pénètre dans celui qui n'écoute pas. Le connaissant se lève au matin pour maintenir son équilibre, tandis que l'ignorant est aux abois.


MAXIME 41

De l'ignorant.

Quant à l'ignorant qui n'écoute pas, il n'accomplira rien. Il considère la connaissance comme l'ignorance, l'utile comme le nuisible. Il fait tout ce qui est détestable , de sorte que l'on s'irrite contre lui chaque jour. Il vit de ce qui fait mourir, sa nourriture est le discours tordu. C'est là sa caractéristique qu'ont bien reconnue les nobles, à savoir un mort vivant chaque jour. On omettra ses actes à cause des nombreux malheurs qui lui sont advenus chaque jour.


MAXIME 42

Des devoirs et du destin du fils spirituel.

Un fils qui entend est un suivant d'horus et c'est bon pour lui après ce qu'il a entendu. Lorsqu'il est âgé il atteint l'état de bienheureux. Qu'il transmette le même message à ses enfants en renouvelant l'enseignement de son père. Tout homme reçoit l'enseignement conforme à son action, puisse-t-il effectuer un acte de transmission envers ses enfants, de sorte qu'ils puissent parler à leurs enfants. Façonne le caractère, ne donne pas libre cours à la destruction, consolide la rectitude et ta descendance vivra. Quant au premier qui viendrait porteur de désordre, puissent les hommes dirent ce qu'ils verront : « voilà ce qui est conforme à ce misérable ! ». Qu'il soit dit à ceux qui écouteront : « voilà qui est bien conforme à ce misérable ! » Que tout le monde les voie et la multitude sera apaisée. Sans eux, la richesse ne sera pas accomplie.


MAXIME 43

De la parole juste.

Ne dérobe pas une parole et ne l'apporte pas, ne mets pas une chose à la place d'une autre, prends garde à rompre les entraves en toi, prends garde à ce que dit celui qui connaît les choses : « écoute si tu désires durer dans la bouche de ceux qui entendent, parle seulement lorsque tu auras atteint la maîtrise du métier, si tu parles de manière accomplie, ta manière de vivre sera en rectitude.»


MAXIME 44

De la parole juste.

Immerge de ton coeur, contrôle ta bouche, et ta condition sera d'être parmi les nobles. Que ton témoignage soit complet, en présence de ton maître. Agis de sorte qu'il dise : « celui-là est un fils », et que ceux qui écouteront cela disent : « heureux celui pour lequel il est né ! ». Pose ton coeur au moment où tu parles, prononce des paroles élevées, de sorte que les nobles qui écouteront disent : « comme c'est beau ce qui sort de ta bouche ! »


MAXIME 45

De la nécessaire rectitude d'un fils.

Agis en sorte que ton maître dise de toi : « combien est accompli celui qui a reçu l'enseignement de son père, quand il sortit de lui, de son corps, il lui avait parlé alors qu'il se trouvait entièrement dans le ventre, ce qu'il a accompli est plus grand que ce qui lui avait été dit ». Vois, un bon fils est un don de dieu, un être qui accomplit davantage que ce qui lui fut prescrit par son maître, qu'il agisse en rectitude, que son coeur agisse conformément à sa démarche, comme tu me rejoins, avec un corps en bonne santé.


Conclusion

Pharaon est satisfait de tout ce qui s'est produit, puisses-tu acquérir des années de vie. Ce n'est pas petit ce que j'ai accompli sur terre. J'ai acquis 110 années de vie que pharaon m'a accordées. Les louanges doivent être prééminentes pour les ancêtres, parce qu'agir en rectitude pour pharaon aboutit au lieu où se réalise l'état de bienheureux. C'est aller d'un commencement jusqu'à un terme, conformément à ce qui fut trouvé et écrit.

Lecture audio des Maximes de Ptah-Hotep

Le Fama Fraternitatis (1614), la fraternité rosicrucienne

17 mai 2019 à 17:20

Le Fama Fraternitatis (1614), la fraternité rosicrucienne

En 1614, paraît à Cassel, à l'imprimerie de Wilhelm Wessel, un ouvrage anonyme en allemand : Réforme générale et commune de l'univers entier, suivie de la Fama Fraternitatis de la Très Louable Confrérie de la Rose-Croix, à l'adresse de tous les savants et souverains d'Europe, accompagnée d'une brève réponse du Seigneur Haselmeyer qui pour ce motif a été jeté en prison par les Jésuites et mis aux fers dans une galère. Aujourd'hui donnée à imprimer et portée à la connaissance de tous les cœurs sincères.


L'ensemble du FAMA est retranscrite dans les lignes qui suivent depuis une édition de 1921.

AU LECTEUR QUI COMPREND LA SAGESSE


La Sagesse (dit Salomon) est pour les hommes un trésor infini car elle est le souflle de la puissance divine et un rayon de la magnificence du Tout-Puissant. Elle est un reflet dela lumiére éternelle, un miroir vierge de la puissance divine et une image de sa bonté. Elle enseigne la discipline, l'intelligence, la justice et la force. Elle comprend, les formules cachées et sait le mot des énigmes. Elle connait par avance signes et miracles et ce qui se passera dans l'avenir. Ce trésor, notre père Adam le possédait complètement avant la chute d'où il apparait que, Dieu le Seigneur ayant porté devant lui tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, il put donner a chacun d'entre eux le nom lui appartenant selon sa nature. La triste chute dans le péché a écorné ce joyau magnifique de la Sagesse, répandu l'orgueilleuse obscurité et l'incompréhension sur le monde ; pourtant Dieu le Seigneur l'a dévoilée par instants a ses amis car le sage roi Salomon témoigne de lui-même de ce fait : avoir obtenu, sur sa prière appliquée et son aspiration, semblable sagesse de façon à connaitre comment le Monde fut créé, la force des éléments, le commencement, le milieu et la fin du temps, comment le jour commence et finit, comment les saisons se transforment, comment l'année évolue, comment les étoiles se maintiennent et de façon aussi à comprendre l'instinct des animaux domestiques et sauvages, les tempêtes la pensée des hommes, la nature de toutes les plantes, la force des racines et autres choses.


Bien que je ne veuille pas croire que l'on puisse trouver quelqu'un qui ne veuille partager ce trésor, qui ne veuille le désirer de tout coeur, celui-ci pourtant ne peut rencontrer personne a moins que Dieu ne donne lui-même la sagesse et n'envoie son Saint-Esprit des hauteurs - donc nous avons fait imprimer ouvertement ce petit traité du Fama et des confessions de l'aimable fraternité des Rose-Croix dans lequel est clairement désigné et découvert ce qui doit être espéré pour l'avenir du monde dans ce cas.

Bien que certes ces choses puissent paraitre un peu étranges et que plus d'un désire croire qu'il n'y a qu'un aveugle essai de philosophie au lieu d'une histoire vrai e dans ce qui a été publié concernant la fraternité des Rose-Croix, cependant il paraitra amplement à travers les Confessions qu'il y a plus que l'on croit IN RECESSU et celui qui n'est point un ignorant pourra facilement remarquer et comprendre le sens se rapportant au jour d'aujourd'hui et au temps présent. Pour ce qui est de véritables disciples de la Sagesse et héritiers de la science cachée, ceux-la prendront les choses en meilleure attention ; ils sauront aussi laisser tomber là-dessus un plus vaste LUDICIUM, en partie donc de la part des gens nobles, particulièrement d'Adam Haselmeyer Notario pub. chez S.D. l'archiduc Maximiliano qui a aussi fait un extrait EX SCRIPTIS THEOLOGICIS THEOPHRASTl et écrit un tract sous le titre de Jésuite, en ce sens que chaque chrétien doit être un vrai Jésuite c'est-à-dire cheminer, vivre, être demeurer en Jésus, comme quoi les Jésuites lui ont donné semblable récompense que parce qu'il a nommé dans sa réponse au Fama, les frères rosicruciens, les hommes hautement éclairés et les Jésuites impossibles à tromper et que ceux là ne peuvent supporter chose semblable ils l'ont saisi a la tête et forgé sur la galère et eux à cause de cela recevront aussi leur dû.


La céleste aurore va jaillir qui apportera avec ses purs rayons le jour sacré vers lequel de nombreux coeurs pieux ont un désir maladif après la fin de la sombre nuit saturnale, du reflet de la lune ou des maigres étincelles de la Sagesse céleste qui se rencontre encore parmi les hommes avec son éclat bien terni, et qui est un messager du soleil aimable. A la clarté de ce jour tous les trésors célestes. aussi tous les objets invisibles et cachés dans les secrets du monde, pourront être reconnus pour vrais et vus suivant la doctrine des premiers pères et anciens sages.


La, sera le véritable rubis royal, la noble, brillante pierre rouge à propos de laquelle on a enseigné qu'elle donne dans les ténèbres un éclat lumineux, qu'elle est un médicament accompli pour tous les corps. qu'elle transforme les métaux en or pur, qu'elle emporte au loin toutes les maladies, angoisses, peines, mélancolies des hommes. Donc que le lecteur favorable soit sollicité de soupirer avec moi vers Dieu pour que les coeurs et les oreilles de tous les durs de l'ouïe s'ouvrent, qu'il veuille bien leur donner sa bénédiction, qu'ils veuillent le reconnaitre dans sa toute puissance avec une vue merveilleuse de la nature pour sa louange, son honneur et son estime, amour, aide, consolation et force du prochain et rendre la santé à tous les pauvres hommes. Amen.


Ici se termine la préface, nous abordons dès lors le Fama lui-mêrne.




Fama Fraternitatis

Ou Découverte du hautement aimable ordre des R.C.



Aux chefs, classes et savants en Europe.


Nous, frères de la Fraternité des R. C., présentons a chacun, lisant notre Fama d'opinion chrétienne, salut, amour et prière. Après que le Dieu seul sage et généreux eut versé durant les derniers jours sa grâce et sa bonté si large pour pouvoir accomplir une si grande oeuvre. Bien qu'en THEOLOGIA, PHYSICA et MATHEMATICA la vérité s'oppose a l'erreur, cependant le vieil ennemi laisse voir sa malice, sa colère ; grâce a ses rêveurs mécontents, batteurs de campagne il s'oppose a ce cours des événements et le rend haïssable.


Le but d'une réforme générale a été poursuivi pendant un long temps par feu remarquable notre spirituel et hautement éclairé Père Fr. C.R., un Allemand, chef et fondateur de notre Fraternité. A l'âge de cinq ans, sa pauvreté (bien que ses parents fussent nobles) le fit cacher dans un cloitre où il apprit assez bien les deux langues, la grecque et la latine. Il entreprit dans sa jeunesse avec un frère P.A.L. un voyage au Saint-Sépulcre (ses pressantes supplications et prières firent prendre la décision). Bien que ce frère soit mort a Chypre et par suite n'ait pas vu Jérusalem, notre Fr. C.R. ne s'en retourna pas mais s'embarqua pour l'autre côté et se dirigea sur DAMASCUS, voulant ensuite visiter Jérusalem, mais a cause de maladies du corps il s'arrête et grâce aux drogues (auxquelles il n'était pas derneuré étranger) se conserve la faveur des Turcs, entre en rapport avec les Sages de DAMASCO (DAMCAR) en Arabie, connait les miracles accomplis par ces derniers et comment la nature entière leur était dévoilée. Par là, le haut et noble INGENlUM de Fr. C. R.C., est éveillée en sorte que Jérusalem n'occupe plus son esprit autant que Damcar. II ne peut plus contenir son impatience mais se met d'accord avec les Arabes pour qu'ils le mènent a Damcar, moyennant une certaine somme d'argent. Il n'a que seize ans lorsqu'il arrive là-bas mais possède cependant une forte nature germanique. Alors les Sages le reçurent, comme il en témoigne lui-même, non comme un étranger mais comme celui qu'ils avaient attendu longtemps. Ils le nomment par son nom et lui décrivent des particularités de son cloitre ce dont, il ne peut assez s'émerveiller. Là il apprend plus a fond la langue arabe. L'année suivante il traduit en bon latin le livre LlBRUM M pour l'emporter par la suite. C'est l'endroit où il est allé chercher ses connaissances de physique et de mathématique, ce dont le monde aurait pu se réjouir s'il contenait plus d'amour et moins d'envie. Trois ans après il s'en retourne avec autorisation régulière, s'embarque lui-même partant du SINU ARABICO pour l'AEGYPTE où il ne reste pas longtemps mais donne plus d'attention aux plantes et aux créatures. Il traverse toute la MARE MEDlTERRANEUM et arrive vers Fez, ville que les Arabes lui ont désignée. C'est une honte pour nous que ces Sages, si éloignés les uns des autres, soient non seulement d'une seule opinion et adversaires des controverses mais encore si disposés à livrer avec confiance leurs mystères.


Tous les ans les Arabes et les Africains réunissent des députés au sujet des Arts et savoir si quelque chose de mieux n'a pas été découvert ou si l'expérience n'a pas affaibli leurs RATIONES. Ainsi chaque année voit quelque nouveauté qui améliore MATHEMATICA, PHYSICA, MAGIA. Aujourd'hui l'Allemagne ne manque pas de savants MAGIS, CABALISTIS, MEDICIS, PHILOSOPHIS mais on voudrait les faire entre eux meilleurs si presque tous ne voulaient : pas dévorer seuls I'Isatis Tinctoria (la plante dont les feuilles donnent le bleu). A Fez il entre en relations avec les habitants dits Elémentaires (comme on a coutume de les nommer) qui lui révélerent beaucoup de leurs secrets, ensuite comment aussi nous autres Allemands pourrions réunir maintes choses semblables s'il y avait une même unité parmi nous et un désir sérieux de la recherche. A propos de ces Fessaner (les habitants de Fez) il reconnait que leur MAGIA n'est pas tout a fait pure, aussi que leur CABALA est tachée par l'ombre projetée de leur religion. Il n'en sait pas moins faire bon emploi ; trouve un meilleur fondement à sa croyance comme adaptée a l'HARMONIA du monde entier, aussi étonnamment IMPRIMIRT à toutes les PERIODlS SECULORUM. De là découle la belle union ; chaque noyau contient un bon arbre entier ou un fruit ; de même le grand monde total serait contenu dans un homme, dont la religion, police, santé, les membres, la nature, langue, parole, oeuvreront en un même CONO et mélodie avec Dieu, ciel, terre. Ce qui est contraire serait l'erreur, le faux et viendrait du diable qui chercherait seul le début, le milieu, la fin dernière cause de la dissonance, de l'aveuglement, de la noirceur mondiale. Donc qu'on examine un chacun sur la terre, on trouvera que le bien et le vrai est toujours un avec soi-même, que le reste est taché par mille opinions fausses.


Deux années étant écoulées, notre Fr. R.C. quitta FESSAM partit avec beaucoup d'objets précieux pour accoster en HISPANIAM, espérant, puisque ce voyage avait été si fructueux, que les savants en EUROPA se réjouiraient a cause de lui et mettraient leurs STUDIA en harmonie avec ces fondements certains. Il eut a ce sujet des conférences avec les savants d'Espagne, montrant les lacunes de nos arts, comment il faut les aider, où prendre la véritable INDlCIA des prochains SECULORUM, en quoi ils devraient CONCORDIREN avec ceux du passé, les faiblesses de l'ECCLESlAE, comment améliorer toute la PHILOSOPHIA MORALIS. Il leur montra de nouvelles plantes, de nouveaux fruits, de nouveaux animaux qui ne s'accordaient pas avec l'ancienne PHILOSOPHIA, leur donna de nouveaux AXIOMATA pour rétablir toutes choses. Mais tout cela leur paraissait risible ; comme c'était encore nouveau parmi eux ils craignirent que leur grand nom ne fut diminué s'ils se mettaient seulement à étudier, s'ils reconnaissaient leur erreur de plusieurs années à laquelle ils étaient habitués ; elle leur avait suffisamment rapporté. Qui aimetant le tracas, laissez-le être réformé.


D'autres nations lui chantèrent cette même chanson ; cela le toucha d'autant plus qu'il ne s'y était point préparé, étant prêt a communiquer sans restriction ses connaissances aux gens instruits s'ils voulaient se soumettre au labeur suivant : reconnaitre certains infaillibles AXIOMATA hors de toutes les facultés, des sciences, des arts et de toute la nature sachant que semblables a un GLOBO ils se dirigeraient vers l'unique CENTRO et - comme c'est l'usage parmi les Arabes - que cela serve seulement de règle aux savants pour que l'on ait aussi en EUROPA une SOCIETET suffisamment pourvue en or, argent, pierres précieuses pour les partager avec les rois, pour servir leurs acceptables PROPOSITlS et par laquelle les régents seraient amenés à connaitre ce que Dieu a laissé pour être connu de l'homme et en cas de danger puissent étre interrogés (comme les faux dieux des païens). En vérité nous devons reconnaitre que le monde était alors déjà gros de toutes ces grandes commotions, possédé par le travail de l'enfantement ; il avait aussi apporté des héros célèbres qui percèrent de toute leur force a travers l'obscurité et la barbarie et nous laissèrent nous autres faibles pour les suivre. Ils furent certes la pointe IN TRIGONO IGNEO dont la flamme doit à présent éclairer plus clair et certainement allumera dans le monde le dernier feu. Par sa vocation, Theophrastus était un être semblable bien qu'il ne soit pas entré dans notre fraternité mais pourtant il lut avec assiduité le LlBRUM M, alluma ainsi son aigu INGENIUM mais la multitude des savants et faux sages a empêche cet homme dans sa meilleure course de discuter pacifiquement avec d'autres sur ses vues de la nature. C'est pourquoi dans ses écrits il s'est moqué d'eux plutôt que de se laisser voir complètement. Cependant on trouve en entier chez lui l'HARMONIA visée; il l'aurait sans aucun doute communiquée aux savants s'il les avait tenu pour méritant une plus grande connaissance plutôt que des vexations subtiles. Ainsi ensuite il perdit son temps, vivant une vie libre et sans ménagements, laissant au monde sa folle joie.


Mais n'oublions pas notre cher père Fr. C.R. ; après beaucoup de pénibles voyages, avec ses véridiques informations mal accueillies, il revint en Allemagne, pays qu'il aimait de tout cœur (à cause des transformations prochaines ; des combats merveilleux et dangereux). Là il aurait pu se pavaner grâce à sa science, spécialement DE TRANSMUTATIONE METALLORUM ; il plaçait bien plus haut que toute pompe le ciel et l'homrne, son citoyen. Cependant il construisit une habitation pratique et propre où il rumina ses voyages avec sa PHILOSOPHIA et en fit un certain MEMORIAL. Dans cette maison il passa un long temps avec la mathématique et fabriqua maint bel instrument EX OMNIBUS HUIUS ARTIS PARTIBUS. De tout cela il nous est resté que peu de choses comme on le comprendra bientôt.


Cinq ans après, la réforme désirée lui revint à l'esprit; il renonçait à l'aide et au soutien des autres, mais à côté de cela il était de sa personne travailleur, diligent et non irritable, aussi il entreprit de tenter la méême chose avec quelques adjudants et collaborateurs. Pour cela il voulait tirer hors de son premier cloitre (auquel il portait une affection spéciale) trois de ses confrères Fr. G.V., Fr. I.A., Fr. I.O., comme ayant vu dans les arts un peu plus qu'il n'était commun alors. Il unit au plus haut point sous ces ordres ces trois pour qu'ils soient fidèles assidus, empressés, sobres de paroles, aussi pour qu'ils mettent sur le papier avec la plus grande application les directives qu'il leur donnerait pour qu'à l'avenir ceux qui seraient admis grâce à une révélation spéciale ne soient pas trompés par une seule syllabe ou une seule lettre.


Ainsi la fraternité de la R.C. commença tout d'abord seulement entre quatre personnes. Par ceux-là fut créé la langue et l'écriture magique avec un VOCABULARIO étendu que nous autres aujourd'hui employons encore pour l'honneur et la gloire de Dieu. Ils firent également la première partie du livre M mais, comme le travail devenait trop considérable pour eux, qu'un incroyable concours de malades les distrayait, que le nouveau bâtiment appelé SANCTI SPIRITUS était achevé, ils décidèrent d'attirer encore d'autres dans leur compagnonnage et fraternité. Pour cela furent choisis Fr. R.C., fils du frère de son père mort ; Fr. B., un peintre habile ; G.G. et P.D., leurs secrétaires, tous Allemands, excepté I.A., en tout donc huit, tous d'un rang convenable et fiancés a la virginité. Pour ceux-ci fut assemblé dans un VOLUMEN tout ce que l'homme peut souhaiter, désirer ou espérer.


Nous reconnaissons bien maintenant volontiers que dans l'espace de cent années le monde s'est très amélioré ; soyons cependant assurés que nos AXIOMATA resteront inchangés jusqu'au jour du Jugement dernier et le monde n'assistera à rien de semblable dans son âge noble et dernier. Ensuite nos ROTAE commencent au jour où Dieu dit FIAT et se termineront lorsqu'il dira PEREAT ; pourtant l'horloge de Dieu sonne pour chaque minute alors que la nôtre le fait à peine pour les heures. Nous croyons aussi fermement que si nos pères et frères avaient vécu notre pure lumière ils auraient mieux agrippé le Pape, Mahomet, scribes, artistes, sophistes et traduit leur nature, riche en ressources, autrement qu'en soupirs et voeux destructeurs.


Lorsque ces huit frères eurent tout arrangé de telle sorte qu'aucun travail spécial ne fut plus nécessaire qu'aussi chacun d'entre eux posséda un DISCURS parfait sur la philosophie ésotérique et exotérique, ils ne voulurent pas demeurer plus longtemps ensemble. Mais, comme ils l'avaient décidé des le début, ils se partagèrent entre tous les pays afin que non seulement leurs AXIOMATA soient en secret examinés de plus près par les savants mais aussi afin qu'ils se renseignent entre eux au sujet des connaissances ou des erreurs des divers pays.


Leurs dispositions furent les suivantes :

I - Ils doivent avoir une seule profession : soigner les malades et cela gratis.

II - Leur fraternité ne doit pas les obliger a porter un habit spécial mais ils doivent obéir à la coutume. III - Les frères doivent se réunir au jour C. à S. Spiritus ou faire counaitre la cause de leur absence.

IV - Chaque frère doit s'assurer d'une personne convenable qui puisse lui succéder à l'occasion. V - Le mot R. C. sera leur sceau, mot de passe, caractère.

VI - La fraternité restera secrète cent ans.


Par les six articles ils se fiancèrent les uns aux autres. Cinq frères partirent. Seuls les frères B. et D. restèrent un an avec le père Fr. R.C. Lorsque ceux-ci partirent à leur tour son cousin et Fr. I.O. demeura avec celui-ci pour que durant toute sa vie il ait deux de ses frères avec lui. Et bien que l'Eglise ne fut pas alors nettoyée, nous savons pourtant ce qu'ils pensaient à son sujet et ce qu'ils désiraient ardemment. Chaque année ils se réunissaient avec joie, faisant un rapport complet. On devait entendre avec amour exposer sans fard toutes les merveilles que Dieu a semées ça et là dans le monde. On peut tenir pour certain que ces personnes, dirigées par Dieu et toute la céleste Machina, choisies parmi les hommes les plus sages de nombreux SECULlS ont vécu entre elles et avec les autres dans la plus haute union, le plus grand mutisme, la bienfaisance extreme.


Leur vie s'écoula ainsi en voyages bienfaisants. Bien que leurs corps fussent libérés de toute maladie et douleur, les âmes ne pouvaient franchir le point déterminé pour la libération. Le premier qui mourut fut I.O. Cela se passa en Angleterre comme Fr. C. le lui avait dit longtemps avant. Il connaissait bien la CABALA comme son petit livre appelé H le prouve. En Angleterre on parle aussi beaueoup de lui surtout parce qu'il délivra de la lèpre un jeune comte de Norfolk.


Ils avaient décidé que leurs enterrements resteraient autant que possible cachés. Aujourd'hui nous ignorons ce qu'il est advenu de certains d'entre eux bien qu'un SUCCESSORE capable les ait remplacé. Nous voulons rendre public par les présentes, à la Gloire de Dieu, le fait suivant : malgré ce que nous avons appris secrètement dans le livre M (comme nous avions les yeux sur I'IMAGINEM du monde entier et sa CONTRAFACTUR) nous ne connaissons ni nos malheurs ni la petite heure de notre mort que le Dieu Grand a conservée pour lui, nous ayant constamment prêt Des choses plus complètes là-dessus dans notre confession où nous montrons aussi trente-sept raisons d'ouvrir notre fraternité, proposons librement, sans contrainte , sans récompenses de tels hauts MYSTERIA, aussi promettons plus d'or que le roi en Espagne en fait apporter des deux Indes ; alors EUROPA est enceinte et mettra au monde un puissant enfant qui devra avoir beaucoup d'argent (de ses parrains).


Après la mort de Fr. O., le Fr. R.C. ne reste pas mais, des qu'il le peut, appelle les autres et, comme nous le pensons, son tombeau fut seulement fait alors. Bien que nous autres (les plus jeunes) n'ayons pas su jusqu'alors quand notre cher père R. C. est mort et n'ayons pas autre chose que les simples noms des commençants et de tous les successeurs jusqu'à nous, nous pouvions cependant encore nous souvenir d'une particularité qu'ainsi nous confia A le SUCCESSOR de D (qui était le dernier de l'autre ronde et avait vécu parmi beaucoup d'entre nous) à travers des discours cachés des cent années à nous de la troisième ronde ; d'autre part nous devons reconnaitre qu'après la mort de A aucun d'entre nous ne savait la moindre chose concernant Fr. R.C. et ses premiers confrères en dehors de ce qui était exposé dans notre BIBLIOTHECA philosophique ; parmi ces ouvrages notre AXIOMATA est tenu pour le premier, ROTAE MUNDI pour le plus artificiel et PROTHEUS pour le plus utile ; nous ne savons donc pas sûrement si ceux des autres rondes ont eu la même sagesse que ceux de la première et s'ils ont été admis a tout.


Mais il doit être rappelé une fois encore au généreux lecteur que nous faisons connaitre non seulement ce que nous avons appris de l'enterrement du Fr. R.C., mais aussi que nous publions par les présentes, aidé de Dieu, autorisé par lui et INIUNGlRET - nous lui obéissons avec fidélité - que là où l'on nous accueillera avec modestie, suivant les coutumes chrétiennes, nous n'aurons aucune honte a faire connaitre ouvertement notre nom de baptème et notre surnom, nos réunions et toutes choses semblables pouvant être désirées de nous.


Eh bien voici la vérité et relation complète de la découverte du hautement illuminé homme de Dieu Fr. C.R.C. A. étant mort en GALLIA NARBONENSI, notre cher frère N.N. le remplaça. Celui-ci après s'être installé parmi nous et avoir dû SOLEMNE FIDEI ET SlLENTIJ LUTAMENTUM PRAESTIREN, il nous fit savoir en particulier ce qui suit. A. l'aurait consolé et lui aurait dit que cette fraternité ne serait bientôt plus si cachée mais au contraire serait utile, nécessaire au bien et à la gloire de la commune patrie des nations allemandes, ce qui ne lui faisait pas honte. L'année suivante, il avait terminé son étude, étant muni d'un si puissant VIATICO ou sac FORTUNATUS pour voyager qu'il pensa (étant un bon architecte) transformer ce bâtiment et le rendre plus commode. Etant dans cette RENOUATUR, il arriva jusqu'à la table de mémoire coulée en cuivre jaune qui contenait le nom de chaque membre de la fraternité avec quelques autres. Il voulut les transférer sous une voûte mieux adaptée. Où et quand était mort Fr. R.C. et dans quel pays il était enterré fut conservé par les anciens et nous resta inconnu. Sur ce tableau était un clou un peu gros ; lorsqu'il était tiré avec force il entrainait avec lui une pierre de la mince paroi ou Incrustation et découvrait d'une manière inattendue la porte cachée. Nous jettâmes bas avec joie et désir le reste du mur, nous nettoyâmss la porte sur laquelle était écrit en grosses lettres :


Post CXX. Annos Patebo.

avec en-dessous le vieux chiffre de l'année. Nous remerciâmes Dieu et nous laissâmes tout pour ce soir-là (car nous voulions d'abord consulter notre Rota). Mais nous nous en référons à la confession car pour ce qui est divulgué ici cela profitera à ceux qui en sont dignes ; les indignes, si Dieu le veut, y trouveront peu de profit. Comme notre porte, après tant d'années s'est ouverte, ainsi une porte doit être ouverte à EUROPAE (quand le mur aura été enlevé) qui se laisse déjà voir et cela n'est pas attendu par peu de gens avec désir.

Au matin nous ouvrîmes la porte, nous trouvâmes une voûte avec sept côtés et angles, chaque côté de cinq souliers, la hauteur de huit souliers. Bien que le soleil ne l'ait jamais éclairée, elle brille pourtant à cause d'un autre soleil qui a appris cela du soleil et se tient en haut au CENTRO. Au milieu au lieu d'une pierre tombale, il y avait un autel circulaire recouvert d'une petite feuille de cuivre jaune sur laquelle était cette inscription :


A. C. R. C. Hoc universi compendium ninus mihi sepulchrum feci.


Il y avait autour du premier cercle au bord :


Jesus mihi omnia.


Au milieu il y avait quatre figures enfermées dans le cercle avec les inscriptions :


1. Nequaquam Vacuum (le vide n'existe pas).

2. Legis Iugum (joug de la Loi).

3. Libertas Evangelij (liberté de l'Evangile).

4. Dei gloria intacta (la Gloire de Dieu est intacte).


Tout cela est clair comme aussi les sept cótés et les deux HEPTAGONS.


Alors nous nous agenouillâmes tous ensemble et nous remerciâmes le Dieu seul Sage, seul Puissant, seul Eternel qui nous avait enseigné plus de choses que toute connaissance humaine aurait pu inventer ; loué soit Son Nom.

Nous partageâmes cette voûte en trois parties : le ciel, la paroi ou les cotés le sol ou plancher. Du ciel vous ne saurez rien de plus pour cette fois, si ce n'est qu'il était d'après les sept côtés divisé en triangle au CENTRO. Mais ce qu'il y avait à l'intérieur (si Dieu veut) vous (qui attendez le salut) devez le voir avec vos propres yeux. Chaque côté était divisé en dix SPACIA, chacune portant ses figures et SENTENTIEN telles qu'elles sont présentées avec application et fidélité dans notre petit livre CONCENTRATUM. Le sol est à nouveau divisé en triangles mais comme la sont décrites la souveraineté et la puissance de l'autre régent cela ne peut être laissé prostitué par le malin monde sans Dieu. Mais qui est muni du céleste ANTIDOTO, marche sans peur ni mal sur la tête du vieux mauvais serpent ; pour cela notre SECULUM s'y entend. Chaque côté avait une porte allant a une boite dans laquelle se trouvaient diverses choses, en particulier tous nos livres, avec eux le Vocabulaire Theop. P. ab Ho (Vocabulario Theophrastus Paracelsus ab Hohenheim) que nous partageons journellement sans faux. Là-dedans nous trouvâmes aussi son Itinerarium et Vitam dont ce récit est en grande partie tiré.



FAMA FRATERNITATIS, Rose-croix

Essaie de reconstruction de la voûte



Dans un autre coffre étaient des miroirs de diverses vertus, aussi ailleurs des clochettes, des lampes allumées, d'étranges chants artificiels. En général tout était organisé là-dedans de telle sorte que si après de nombreux siècles l'ordre entier ou fraternité vint a périr celui-ci put être RESTITUIRT par ce seul dôme. Nous n'avions pas encore vu le cadavre de notre attentionné, intelligent père C'est pourquoi nous poussâmes de côté l'autel. Là, une forte plaque de cuivre jaune se laissa soulever et là se trouvait un beau corps célèbre entier et sans décomposition, comme on le voit reproduit ici fidèlement avec tous ses ornements et attributs, tenant dans la main un petit livre en parchemin écrit avec de l'or, intitulé T., qui est après la Bible notre plus haut trésor et qui ne doit pas être facilement soumis a la CENSUR du monde. A la fin de ce petit livre on lit l'ELOGIUM suivant :


Granum pectori Jesu insitum.

C.R.C. est issu d’une noble et illustre famille allemande ; il eut le privilège, durant tout un siècle, d’être instruit par révélation divine ; grâce à son intuition très subtile et sans égale et à un labeur inlassable il atteignit la compréhension des mystères divins et humains les plus secrets. Il fut admis à l’enseignement des mystères au cours de ses voyages en Arabie et en Afrique. Cette science ne convenait pas à son siècle ; mais il eut la charge de la conserver pour la postérité. Pour la transmission de cet art, il choisit des héritiers à grand coeur, fidèles et dévoués, pour leur léguer sa science des choses passées, présentes et futures et il décida que cette science, le résumé de toutes ses connaissances acquises, serait retrouvée après un intervalle de 120 années qui suivraient sa mort et son ensevelissement secret.


Ex Deo nascimur, in Jesu morimur, per spiritum Sanctum reviviscimus.

Si donc Fr. I.O. et Fr. D. étaient déjà morts à ce moment, où se trouvent leurs tombeaux ? Nous n'hésitons pas à croire que notre frère Senior a mis en terre, comme quelque chose de rare, ou peut être aussi caché. Nous espérons aussi que notre exemple amènera d'autres à questionner au sujet de leurs noms, qu'à cause de cela nous avons fait connaitre, et à rechercher leur tombeau. Le plus grand nombre est à cause de la médecine connue et appréciée des personnes très âgées. Ainsi notre GAZA pourra être multipliée ou au moins étre approfondie.


En ce qui concerne le MINUTUM MUNDUM nous l'avons trouvé conservé dans un autre petit autel certes plus beau qu'un homme raisonnable l'imaginerait ; nous ne le dévoilons pas tant qu'il n'aura pas été répondu fidèlement à notre bien-aimé FAMA. Alors nous l'avons recouvert avee les dalles, placé l'autel par-dessus, refermé la porte, abritée derrière tous nos sceaux. En plus sur les indications et l'ordre de notre ROTAE quelques petits livres parmi lesquels aussi le M (composé par le cher M.P. à la place de l'entretien de l'intérieur) furent EVULGIRT. Enfin, comme c'est notre habitude, nous nous séparâmes de nouveau et nous laissâmes les héritiers naturels en POSSESSIONE de nos joyaux. Nous attendons ainsi l'opinion, la réponse ou JUDIClUM des savants et des ignorants.


Comme nous le savons il y aura une réforme générale DlVINI ET HUMANI c'est notre désir et l'espoir d'autres aussi ; ce n'est pourtant pas extraordinaire que, avant le lever du soleil, celui-ci apporte dans le ciel une lueur claire ou sombre. Pendant ce temps quelques-uns qui se désignerons se sont réunis, ont augmenté notre fraternité par le nombre et la considération, font un heureux début aux canons philosophiques donnés par Fr. R.C., partageant avec nous dans l'humilité et l'amour tous nos trésors (qui ne peuvent plus nous échapper), ayant les travaux de ce monde facilités, ne marchant plus en aveugles au milieu des merveilles créées par Dieu.


Mais afin que chaque chrétien sache quel est notre croyance nous reconnaissons avoir la connaissance de Jésus-Christ dans les termes où est devenue brillante et claire ces derniers temps spécialement en Allemagne et comme encore aujourd'hui (à l'exclusion de tout rêveur, hérétique et faux prophètes) elle est dans certains pays conservée, discutée et PROPAGIRT - nous jouissons aussi de deux sacrements comme ils ont tété établis avec toutes les PHRASIBUS et CEREMONIJS de l'église primitive rénovée. En POLICIA nous reconnaissons l'empire romain et QUARTAM MONARCHlAM comme notre chef et celui des chrétiens. Certes nous savons quels changements sont en vue et nous désirons de tout coeur les faire connaitre à d'autres savants de Dieu, pourtant il y a notre manuscrit, que nous avons en main, aucun homme (sans le Dieu unique) ne nous rendra vo-GELFREY et ne le fera dérober par un indigne. Mais nous apporterons une aide cachée à la BONAE CAUSAE suivant que Dieu nous autorisera ou non. Notre Dieu n'est pas aveugle comme la FORTUNA des païens mais il est l'ornement de l'église. Aussi notre PHILOSOPHlA n'est pas nouvelle mais telle qu'Adam la reçut après la chute et que Moïse et Salomon l'ont mise en pratique Donc elle ne doit pas être très mise en doute ou opposée a d'autres opinions. Mais la vérité est une, courte, toujours semblable à elle-même, mais surtout en harmonie avec JESU EX OMNI PARTE et tous MEMBRIS, comme il est l'image même du Père ainsi elle est sa répliqué, ainsi il ne doit pas être dit : Hoc per Philosophiam verum est, sed per Theologiam falsum mais là où PLATO, ARlSTOTÉLES, PYTHAGORAS et d'autres ont touché juste, là où Enoch, Abraham, Moïse, Salomon donnent le ton, en particulier où le grand livre de miracles la BIBLIA CONCORDIRET, cela aboutit au même point, fait une SPHAERA ou GLOBUS dont les OMNES PARTES sont équidistantes du CENTRO comme il sera approfondi dans des conférences chrétiennes.


Mais à notre époque la fabrication athéiste et damnée de l'or a tellement pris la première place que beaucoup de créatures perdues, bonnes pour le bourreau font à ce propos de grandes vilainies et abusent de la crédulité publique ; mais aussi des personnes modestes ont cette façon de voir comme si la MUTATlO METALLORUM était le plus haut APEX ET FASTIGlUM de la PHILOSOPHIA. Ils font tout pour cela. Ce Dieu serait particulièrement aimé s'il faisait de grandes masses d'or et de lingots ; ils espèrent convaincre par des priéres inconsidérées et maladives le Dieu Tout-Puissant connaisseur des Coeurs. Nous témoignons ouvertement par les présentes de ce que ceci est faux, loin des véritables PHILOSOPHIS, que la fabrication de l'or leur est peu de chose mais seulement un PARERGON, ayant mille petites choses meilleures. Nous disons avec notre cher Père C.R.C. Pfuh. aurum, nisi quantum aurum, alors toute la nature lui est ouverte ; il ne se réjouit pas de pouvoir faire ou, comme dit le Christ, de pouvoir commander aux démons mais bien de voir le ciel ouvert et monter et descendre les anges de Dieu et son nom écrit dans le livre de la vie.


Nous faisons savoir aussi que sous le nom chimique existent des livres et figures in Contumeliam gloriae Dei comme nous nommerons ceux-ci en leurs temps et en donnerons aux cceurs purs un CATALOGUMN. Nous prions toutes les personnes instruites de faire attention a cette sorte de livre car l'ennemi ne manque pas d'y semer sa mauvaise herbe jusqu'à ce qu'un plus fort l'arrache.


Ainsi nous cherchons, d'après les dires de Fr. C.R.C., nous ses frères à obtenir de tous les savants en EUROPAE qui liront notre FAMA (envoyée au loin en cinq langues) ainsi que la confession qu'ils veuillent peser, avec un esprit pondéré, notre offre ; aussi qu'ils examinent exactement de près leurs arts ; aussi qu'ils emploient le temps présent avec fruit ; ensuite qu'ils fassent connaitre leur pensée en donnant à l'impression soit COMMUNICATO CONSILIO soit SINGULATIM. Ensuite bien que nous ne fassions connaitre actuellement ni nos noms ni le lieu de nos réunions cependant certainement le LUDICIUM de chacun (en quelque langue qu'il soit) viendra jusqu'à nous. Celui qui donnera son nom ne manquera pas non plus d'entrer en rapport avec l'un d'entre nous soit par, la parole soit par l'écrit. Mais nous tenons pour certain que celui qui a de nous une opinion raisonnée et cordiale celui-là éprouvera du bonheur par ses biens, son corps, son âme mais que celui qui a le coeur faux ou aimant seulement l'argent celui-là ne nous portera aucun préjudice mais il se précipitera dans le plus grand et le plus extreme péril. Aussi notre construction, bien que cent mille personnes l'ait vue de près demeurera pour l'éternité non touchée, non détruite, non vue, cachée - en ce qui concerne le monde sans Dieu.


SUB UMBRA ALARUM TUARUM JEHOVA.

Ici finit le FAMA FRATERNITATIS

Sagesse oubliée de Plutarque

17 mai 2019 à 12:58


Plutarque

Plutarque


Né peu avant 50 ap. J-C. à Chéronée, en Béotie, il y vécut la plupart de sa vie, et y mourut. La Grèce était alors une province romaine. Il vécut sous les empereurs Néron (54-68), Vespasien (69-79), Titus (79-81), Domitien (81-96), Nerva (98-98), Trajan (98-117) et vit le début du règne d’Hadrien (117-138). Si nous connaissons Plutarque pour ses ouvrages phares tel que Isis et Osiris et l'E de Delphes, il nous est moins connu pour son oeuvre de médiation sur le monde et les hommes. A l'image des grandes sagesses asiatiques, les hommes de l'Antiquité qui vécurent sur le pourtour méditerranéen ont également observé le monde, les hommes et les causes de la souffrance. Le philosophe Plutarque nous a légué de belles réflexions à ce sujet, et nous allons partager quelques unes de ses pensées. L'ensemble de cette réflexion provient de son ouvrage De la tranquillité de l'âme.


"J'ai reçu trop tard votre lettre pour vous envoyer quelques unes de mes idées sur la tranquillité de l'âme, que vous me demandez, et pour vous donner les éclaircissements que certains endroits du Timée rendent nécessaires. Elle m'est parvenue dans le temps qu'Éros, notre ami commun, a été obligé de partir précipitamment pour Rome où il était appelé par Fundanus, qui, comme vous savez, est toujours fort pressant. Je n'ai donc pu m'occuper à loisir de ce que vous me demandiez ; mais ne voulant pas qu'Éros, en me quittant, parût devant vous les mains vides, je vous envoie quelques réflexions générales sur la tranquillité de l'âme, qui ne sont qu'un extrait de ce que j'avais autrefois rassemblé sur cette matière pour mon propre usage. Je pense que vous y chercherez bien moins la beauté et les grâces du style, que l'instruction et l'utilité. Je sais d'ailleurs que quoique vous soyez admis dans la société des grands, et que vous jouissiez au barreau de la réputation la plus brillante, vous n'êtes pas comme ce Mérope de la tragédie, qui s'enivra des applaudissements du peuple jusqu'à en perdre la raison. Vous vous souvenez de ce que je vous ai souvent répété, qu'une riche chaussure ne guérit pas de la goutte, ni un anneau précieux des panaris, ni le diadème des maux de tête."


"Ceux donc qui attachent la tranquillité à tel genre de vie particulier, comme à l'agriculture, au célibat, à la royauté, peuvent être détrompés parce passage de Ménandre :


Je croyais, Phania, qu'au sein de l'abondance,

A l'abri des besoins de la triste indigence,

Les riches sans chagrin étaient vraiment heureux,

Et que le doux sommeil fermait toujours leurs yeux.


Mais quand, après les avoir fréquentés, il eut vu ces hommes si riches sujets aux mêmes peines que les pauvres, il reconnut alors


Que de tous les humains redoutable fléau,

Le chagrin constamment les suit dès le berceau ;

II vit dans les honneurs, il vit dans l'opulence,

II vieillit avec eux au sein de l'indigence.


Ceux que la mer incommode, ou qui craignent les dangers de la navigation, s'imaginent qu'ils se trouveront mieux en passant d'une chaloupe dans une barque, et d'une barque dans un grand vaisseau ; mais que gagnent-ils à ces changements ? Ils portent partout avec eux ou les humeurs que met en mouvement l'agitation de la mer, ou la timidité qui leur est naturelle. De même, nous avons beau changer d'état, nous ne sommes pas délivrés pour cela des affections de l'âme, qui nous affligent et nous troublent ; de l'inexpérience, du défaut de jugement, et surtout de cette inquiétude d'esprit qui fait que nous ne sommes jamais contents de notre condition présente. Voilà ce qui agite également les riches et les pauvres, les gens mariés et les célibataires ; voilà ce qui les éloigne de l'administration des affaires, et qui leur rend bientôt le repos insupportable ; voilà enfin ce qui les porte à se produire dans les cours, et qui les dégoûte ensuite de l'état de courtisans.


On ne peut aisément contenter un malade.

Sa femme l'importune, il accuse son médecin, il s'en prend à son lit :


Il se plaint d'un ami qui vient le visiter ;

Il ne s'en plaint pas moins quand il veut le quitter,


a dit le poète Ion. Mais quand la maladie a cessé, et que les humeurs ont repris leur équilibre, alors la santé revenue lui fait trouver tout bon et agréable. Hier, il rejetait avec aversion les œufs, le biscuit et le pain mollet ; aujourd'hui il mange avec délices du pain bis, des olives et du cresson."


"La chaussure prend la forme du pied, et non le pied celle de la chaussure ; de même la vie des hommes se forme sur les dispositions de leur âme. Ce n'est pas l'habitude qui rend bon et agréable le genre de vie qu'on a choisi, comme quelqu'un l'a dit ; c'est la sagesse seule qui fait l'honnêteté et la douceur de la vie. Puis donc que nous avons en nous-mêmes la source de la tranquillité, travaillons à l'épurer de plus en plus ; par là, familiarisés d'avance avec les accidents du dehors, nous les supporterons sans aigreur.


Contre les coups du sort votre colère est vaine,

Il est sourd à vos cris : il faut pour être heureux

Que dans tous les états la vertu vous soutienne."


"C'est donc un moyen bien puissant, pour conserver la tranquillité de l'âme, que de se considérer principalement soi-même, et ce qui convient à son état, ou même de jeter les yeux sur ceux qui sont au-dessous de nous. Mais presque tous les hommes font le contraire ; ils portent leurs regards sur ceux qui sont plus élevés qu'eux. Les esclaves se comparent avec les affranchis, les affranchis avec les personnes libres, les personnes libres avec les citoyens, les citoyens avec les gens riches, les gens riches avec les gouverneurs de province, ceux-ci avec les rois, et les rois avec les dieux, dont ils voudraient pouvoir lancer la foudre ; ainsi, toujours privés de ce qu'ils voient au-dessus d'eux, ils ne jouissent jamais de ce qu'ils ont (...)."


"Les richesses, les honneurs, la royauté même sont en proie à mille chagrins de cette espèce que le vulgaire n'aperçoit pas, séduit par le faste qui les environne."


"La principale cause de cet aveuglement est notre amour-propre, qui nous porte à vouloir primer en tout, qui nous rend opiniâtres dans nos prétentions et nourrit en nous une insatiable cupidité. On veut être tout à la fois riche, savant, robuste, convive agréable et homme du bon ton. On recherche la faveur des rois et les premières places dans les villes. Que dis-je? On désire même les plus beaux chiens, les meilleurs chevaux, les cailles et les coqs les plus hardis au combat ; et dans ces choses mêmes l'infériorité nous désespère."


"Nous ne demandons pas que la vigne porte des figues, ni l'olivier des raisins. Plus inconséquents par rapport à nous-mêmes, si nous ne réunissons les avantages des riches, des savants, des guerriers, des philosophes, des flatteurs, des hommes vrais et sincères, des économes et des prodigues, calomniateurs ingrats de notre vie, nous la méprisons, nous l'accusons d'impuissance et de pauvreté. Considérons la marche de la nature ; elle est un reproche de notre injustice ; elle a destiné aux divers animaux une pâture différente: ils ne se nourrissent pas tous de chair, de fruits ou de racines. De même, elle fournit aux hommes divers moyens de subsistance : l'un vit de son troupeau, et l'autre de sa culture; celui-ci de la chasse, celui-là de la pêche. Choisissons l'état qui nous convient, et travaillons à le faire valoir, sans envier le partage des autres, et ne prouvons point, par notre conduite, qu'Hésiode est encore resté au-dessous du vrai, quand il a dit :


On voit que le potier au potier porte envie,

Que le maçon toujours jalouse le maçon.


En effet, ce n'est pas seulement entre les hommes d'une même profession qu'on voit régner cette jalousie. Les riches portent envie aux savants, les nobles aux riches, les orateurs aux philosophes, et, le croirait-on? Des hommes libres, des gens d'une haute naissance, ne rougissent pas de regarder avec une stupide admiration des comédiens qu'on applaudit sur les théâtres, des histrions et des esclaves parvenus dans les cours. Le bonheur qu'ils attachent à de pareils succès les jette dans le trouble et dans le découragement."


"La vie déplaît, et l'on craint de la quitter. Celui donc qui connaît la nature de son âme, qui sait que la mort n'est pour lui qu'un passage à une condition meilleure, ou du moins aussi bonne, trouve dans ce mépris de la mort un des plus sûrs moyens d'avoir l'âme tranquille. Quand la vertu, quand la portion la plus noble de nous-mêmes domine sur la fortune, le sage vit content de sa condition ; mais si des passions étrangères à sa nature viennent l'assaillir et prennent le dessus, il s'en dégage sans crainte, en disant :


Un dieu, quand je voudrai, saura m'en affranchir."


"Mais quand nous voyons notre propre vie livrée à une sombre tristesse qui la consume, sans cesse déchirée par des passions affligeantes, par des soins et des sollicitudes qui n'ont point de bornes, nous ne voulons ni chercher en nous-mêmes un soulagement à nos peines, ni recevoir les consolations que d'autres nous présentent. Si nous savions en faire usage, elles nous feraient jouir du présent d'une manière irréprochable ; elles nous rappelleraient avec joie le souvenir du passé, et nous conduiraient à l'avenir avec cette douce espérance que la crainte et les soupçons ne nous enlèveraient jamais."


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