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« 2050NOW veut être un catalyseur de connaissances et de solutions », Corinne Mrejen (2050NOW, Les Echos-Le Parisien)

(contenu abonné) Dans le prolongement de sa stratégie RSE, déployée depuis cinq ans, le Groupe Les Echos – Le Parisien vient de lancer 2050NOW le 11 avril. Dotée du statut d’entreprise à mission et d’un modèle hybride, cette nouvelle activité est positionnée à côté des autres marques médias du Groupe.

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2023 : une année de consolidation, de diversification et d’innovations

2023 : une année de consolidation, de diversification et d’innovations

Numéricité est un studio des transformations, pour un numérique au service de l’impact et de l’intérêt général. Choisir Numéricité, c’est opter pour une méthode originale qui transforme la transformation (et les organisations).

L’année 2023 a été marquée par une consolidation et une diversification de nos activités.

Nous avons affirmé notre expertise dans la formation et le coaching des équipes projets, l’élaboration de stratégies data, la conception d’ateliers innovants et stimulants, ainsi que le développement de services numériques performants, toujours en conformité avec le RGPD.

Retour sur les moments phares qui ont rythmé cette année.

Numéricité a poursuivi sa croissance et s’est affirmé comme un acteur de la transformation numérique. Pour continuer d’accompagner au mieux les projets de nos clients, huit nouvelles personnes ont rejoint la famille Numéricité. Par ordre d’arrivée :

  • Romain Tales, Digital Transformation Specialist
  • Alexandre Le Borgne, Juriste en droit du numérique public
  • Daniel Manéa, Apprenti développeur full-stack
  • Mathilde Bras, Strategy & Innovation Manager
  • Maxime Lubrano, Responsable communication multimédia et stratégie éditoriale
  • Sarah Pilhan, Chargée de communication multimédia et stratégie éditoriale
  • Antoine Lelong, Développeur full-stack, apprenti recruté en CDI
  • Sam Khouma, Chef de projet & Product owner

Notre réseau d’experts s’est renforcé. Mathilde Hoang, Experte en transformation numérique, nous a rejoint en février. Cette collaboration nous permet d’avoir une deuxième implantation internationale, à Hanoï au Vietnam. Nous avons également renouvelé notre collaboration avec Vincent Motte, Chef de projet, et maintenons ainsi notre présence à Abidjan en Côte-d’Ivoire.

Afin d’œuvrer à la réussite des projets de nos clients, nous mettons nos expertises en commun. Celles-ci sont de plus en plus reconnues et demandées. Certains de nos experts sont d’ailleurs référencés par de grandes institutions internationales telles que le FMI ou la Banque Mondiale, et sélectionnés par ailleurs dans le cadre du Collège Numérique France 2030 du Secrétariat général pour l’investissement.

Un pôle communication s’est structuré au sein de Numéricité. Le défi ? Traduire et transmettre les expertises de l’équipe et mieux faire connaitre l’accompagnement 360° que l’on peut proposer qu’il s’agisse de conformité juridique, de développement produit en mode agile ou d’accompagnement en transformation numérique.

Cette année a également été marquée par la poursuite de nos partenariats avec d’autres acteurs de la transformation numérique tels qu’Octo, Nextmap, La Javaness, Hubvisory, Bearing Point, Malt et Opteamis.

Au sein de cet écosystème, nous faisons de notre connaissance fine du numérique public français une force. Plusieurs membres de l’équipe en ont été les forgerons dans une précédente vie professionnelle. En conciliant cela aux méthodes et techniques issues de la culture numérique, nous proposons une approche originale en mesure de donner de nouvelles capacités aux organisations que nous accompagnons.

Ensemble, transformons la transformation numérique pour en faire un levier d’amélioration de vos organisations : 

Les entreprises et administrations publiques sont convaincues de la valeur de la donnée qui est un actif stratégique pour l’ensemble de l’organisation et pas seulement pour un seul service ou une direction métier. C’est pourquoi les entreprises et les administrations publiques se transforment afin de mieux valoriser ces données et investissent dans la construction et la mise en place d’une stratégie data au service de leur stratégie globale.

Nous appuyons cette transformation à travers la co-construction de stratégies data portant sur l’ouverture des données, la modernisation des SI afin de les orienter vers une meilleure circulation de la donnée, et construisons des produits data à destination des métiers. Nous intervenons ainsi dans des secteurs à l’impact quotidien : les mobilités, la santé, le logement, le travail, l’inclusion, l’environnement, la fiscalité, les douanes, etc.

Nous réinterrogeons et transformons les organisations à travers une meilleure prise en compte des données au service de l’impact : c’est une des traductions concrètes de notre offre Transfo-soft.

Afin de faciliter la vie des usagers, citoyens comme entreprises, notre pôle Intelligence juridique et conformité a appuyé l’ouverture des données, comme celles produites par France Chaleur Urbaine ou MaCantine.

Moderniser les SI est un prérequis pour faciliter la circulation de la donnée. Pour cela, nous proposons une expertise d’audit nous permettant de formuler des recommandations d’actions concrètes. L’objectif est d’engager la transformation par les métiers, en améliorant leur process internes ou leur organisation produit par exemple.

Nous avons accompagné de nombreux acteurs, territoires et gouvernements dans la concertation, la construction et la priorisation de leurs stratégies data. Un seul impératif : mettre l’humain, que ce soit les métiers, les acteurs économiques et/ou les usagers au cœur de la réflexion.

Pour embarquer ces différents collectifs, qu’ils soient spécialistes ou non de la data, nous disposons d’un large éventail de formats : open-lab, ateliers, entretiens, expérimentations, cas d’usage, datadays, hackathons. Il s’agit là d’une première brique de notre approche produit des stratégies data, visant ensuite à s’interroger sur les données à mobiliser, la gouvernance à constituer, les compétences à renforcer, avant de réaliser des expérimentations à petite échelle pour confirmer les orientations.

Ces missions ont largement ponctué notre activité en 2023. Voici quelques exemples emblématiques :

  • Réaliser le bilan de la feuille de route du numérique 2021-2023 du Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse et des Académies et identifier les actions du futur plan relatif aux données et codes sources pour la période 2024-2027 à travers un open-lab.
  • Mobiliser le potentiel des datas pour améliorer les mobilités à l’échelle régionale lors d’un hackathon au cours duquel les participants pouvaient répondre aux quatre défis pensés en lien avec la stratégie open data d’Île-de-France Mobilités.
  • Aligner les différentes parties prenantes du Groupe Vyv sur une position ambitieuse autour de l’ouverture des données assurantielles, qui permette de mettre l’usager au centre de l’utilisation de ces données, en organisant une série d’open-lab.
  • Accompagner la rédaction de la feuille de route de la Direction du Numérique et de la Modernisation de Nouvelle-Calédonie, en organisant en partenariat avec Atlas Management une série d’ateliers, en proposant un parangonnage des exemples internationaux et en coachant des prototypes (POC) data appuyés sur la donnée.

Nous suivons la même méthode produit dans la conception de services numériques appuyés sur des données. 2023 a été marquée par la conception de 10 produits numériques par notre Pôle design et technologies.

Par exemple, avec La Fabrique des ministères sociaux et l’ARS Île-de-France, nous avons conçu et développé un outil de datavisualisation des causes médicales de décès, s’appuyant sur quelques 315K certificats de décès franciliens émis depuis 2020 et l’industrialisation d’un flux de données de l’INSERM.

Nous avons également accompagné l’Agence Nationale d’Information sur le Logement (ANIL) dans l’élaboration d’une base de données partagée avec ses relais départementaux, afin de faciliter le partage d’informations au sein du réseau. AdilStatWeb2 a été consulté 815 000 fois et une interface de croisement des données a été créée.

 

La démocratisation des intelligences artificielle génératives (IAG) est en train de bousculer nos pratiques à une vitesse fulgurante. Avec ces avancées, viennent des défis complexes en matière de sécurité, de responsabilité et de protection des droits fondamentaux.

Pour en savoir plus sur l’encadrement législatif de l’intelligence artificielle, (re)découvrez nos derniers articles de décryptage :

Écoutez notre podcast sur la régulation du numérique par le législateur avec Éric Bothorel, député de la 5e circonscription des Côtes-d’Armor : 

En interne, nous mobilisons plusieurs outils d’IAG (ChatGPT, MidJourney et Copilot) pour gagner en maîtrise et en efficacité tout en explorant les fonctionnalités pour de futures missions. Nous sommes d’ailleurs en train d’entraîner un NuméricitéGPT, connecté à OpenAI et basé sur le scraping des contenus de notre site, pour répondre à des besoins de communication et de partage des savoirs en interne.

Dans le cadre de nos missions, nous nous sommes particulièrement intéressés au domaine des agents conversationnels appuyés sur de grands modèles de langage (Large Language Model ou LLM). Ces innovations nous ont permis de développer des solutions adaptables, qui garantissent la protection des données exploitées.

Nous avons entraîné un modèle basé sur le LLM Mistral pour expérimenter l’usage d’un agent conversationnel sur des questions de santé sexuelle. Pour répondre, l’agent s’appuie sur des contenus web scrapés sur différents sites officiels.

Nous avons prototypé deux agents conversationnels connectés à OpenAI grâce à une clé d’API. L’hébergement de ces bots sur nos serveurs garanti la souveraineté en assurant qu’aucune données fiscales sensibles ne soient transmises à OpenAI. Grâce à ces bots, les agents de la Direction Générale des Impôts (DGI) de Mauritanie acquièrent de l’autonomie dans leurs tâches quotidiennes en pouvant générer de manière automatisée des rapports d’analyse des indicateurs issus de leur tableau de bord (bot Reporter) et interroger directement leurs jeux de données (FileBot).

Notre pôle Intelligence juridique et conformité participe à déterminer et maîtriser les impacts de l’IA dans l’administration. Cela l’a conduit à élaborer différents guides de bonnes pratiques. Avec La Javaness, nous avons accompagné Pôle Emploi afin de confronter l’offre de service de la plateforme IA aux différents usages, afin d’en adapter le contenu et inscrire ce produit et les services associés dans un processus d’amélioration. L’enjeu était de créer un socle IA du service public de l’emploi qui soit un gage de souveraineté et d’efficacité pour la puissance publique.

Numéricité prône une approche 360° de la conformité : nos missions s’articulent entre la protection de la vie privée et la circulation des données. Nous intervenons tant à l’échelle d’un projet qu’à l’échelle d’une organisation et proposons pour cela une conception agile de la conformité. Pour cela, nous travaillons au plus près des équipes, en leur proposant de nombreux formats adaptés à leurs besoins, que ce soit des cliniques, des formations, des stands ou du question/réponse via messagerie instantanée.

Nous avons accompagné la conformité d’acteurs de toutes tailles, publics comme privés, dont plus d’une centaine de Startups d’État.

Nous avons pu également administrer un premier audit “blanc” à l’Unédic, inspiré des audits de certification appliqués par la CNIL, afin de formuler des recommandations et des corrections.

Chez Numéricité, nous avons l’open source chevillé au corps (et au cœur). Dans l’ensemble de nos projets, nous nous efforçons de mettre en place ou orienter nos clients vers des solutions open source.

Par exemple, nous avons déployé Onyxia afin de permettre aux agents de quatre pays d’Afrique de l’Ouest partenaires du projet DATAFID de se former et s’entraîner à la datascience avec pour objectif d’améliorer les recettes fiscales et douanières. Pour en savoir plus sur Onyxia, et plus largement sur le projet DATAFID. 

Nos convictions dans les communs se sont aussi traduites par notre participation à la sixième édition de Numérique en Commun[s]. À cette occasion, nous avons pu proposer deux ateliers sur la conception de produits data avec et pour des utilisateurs non spécialistes de la donnée, et sur le RGPD comme accélérateur des projets. Nous avons également accompagné l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), partenaire de l’évènement, dans la conception et l’éditorialisation de ses formats.

Vivez notre aventure à Numérique en Commun[s] et découvrez les cinq principes d’action pour développer des produits data avec et pour des utilisateurs non spécialistes de la donnée issus de l’atelier :

Cette rétrospective de nos activités en 2023 serait incomplète sans parler nos interventions à l’international et notre expertise e-gov. Nous intervenons actuellement dans 15 pays.

Carte des pays d'intervention de Numéricité en 2023

Nos interventions e-gov sont au croisement de l’ensemble de nos expertises.

  • Accompagnement dans l’élaboration de stratégies data
    • Au Rwanda, nous avons poursuivi notre mission afin d’évaluer la maturité numérique des administrations, mettre en place et animer la gouvernance du réseau interministériel des “chiefs digital officers”.
    • À Madagascar, nous sommes intervenus sur les enjeux du partage des données entre administration et la nécessaire rationalisation des architectures du SI en vue de la numérisation de l’État-civil, afin d’Insuffler la dynamique et la culture de l’interopérabilité au sein d’administrations fonctionnant en silo.
    • Au Botswana, nous avons formulé un cadrage stratégique des activités de l’opérationnalisation de la stratégie SmartBots, visant à stimuler la transformation numérique dans l’économie, le gouvernement et la société.

Nos experts référencés par le Fonds Monétaire International (FMI) ont par ailleurs appuyé la réalisation d’études préparatoires au Cameroun et en Tunisie.

    • En juillet 2023, nous avons été sollicités afin de construire et faciliter un séminaire de partage d’expérience organisé par le FMI pour 8 administrations fiscales d’Afrique centrale à Yaoundé : Burundi, Cameroun, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République du Congo, République Démocratique du Congo, Sao Tomé-et-Principe, et Tchad.
    • En octobre 2023, nous avons évaluer la gestion de la conformité et l’analyse des données de la DGI tunisienne afin de formuler des recommandations techniques, et sensibiliser les agents et les cadres au lien avec le Compliance Risk Management.

  • Ingénierie juridique et conformité :
    • En Libye, au Bénin, en Mauritanie, au Cameroun et au Vietnam, nous avons réalisé une cartographie du droit applicable, et formulé des guides des bonnes pratiques afin d’orienter les édifices juridiques de ces pays.
    • Pour Ho Chi Minh Ville, nous avons analysé les textes prévus dans le cadre du déploiement d’une plateforme de services publics en lignes afin d’identifier les manques pour la mise en application opérationnelle (gouvernance des données, régulation, responsabilité, interopérabilité, etc.). Nous avons également formulé une série de recommandations en nous appuyant sur les meilleurs pratiques issues des standards internationaux en la matière.

Pour en savoir plus sur notre accompagnement de la Libye dans l’appréhension des enjeux de la transformation numérique

  • Ruptures et expérimentations technologiques :
    • Mobiliser des modèles d’intelligence artificielle pour améliorer l’efficacité du contrôle douanier ? Nous l’avons rendu possible en expérimentant RandomForestClassifier, un algorithme d’apprentissage supervisé, avec les douanes nigériennes.
    • Automatiser la génération de rapports de données grâce à l’intelligence artificielle ? Nous avons prototypé deux bots pour la Direction Générale des Impôts mauritanienne. Le bot “Reporter” et le “FileBot” sont des Proof of concept servant de base à une étude préalable avant de développer un modèle d’intelligence artificielle générative.

  • Formations et transmission d’expertise :
    • Nous avons rédigé un guide à destination des cadres de l’administration vietnamienne, sur les bonnes pratiques françaises en matière de dématérialisation de l’administration.
    • En Côte-d’Ivoire, au Togo et en Mauritanie, 180 agents des administrations fiscales et douanières ont été formés aux techniques de datascience, à travers plus de 80 sessions de formations, donnant lieu à la création d’une quarantaine de tableaux de bord.
    • Les agents des impôts du Sénégal ont suivi nos formations aux techniques de webscraping et datamining.

2023 a été une année de succès, d’innovation et d’impact pour Numéricité. Nous nous imposons comme un acteur de l’écosystème de la transformation numérique, tout en y apportant notre touche d’originalité.

Nous continuons de transformer la transformation numérique avec une équipe talentueuse d’experts et des projets ambitieux, en portant une attention particulière à l’impact et à l’éthique. 

Pour en découvrir davantage sur notre méthode et envisager de nouveaux projets ensemble, contactez-nous : contact@numericite.eu

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Interrogations sur le syndrome des autruches à très haut débit. Que restera-t-il des stratégies numériques publiques et des opérateurs d’infrastructures optiques dans un monde à + 3°C ?

Le Lab Numericus et ce blog, c’est un peu l’histoire d’une utopie restée utopie ; l’histoire de la quête impossible d’un Web vraiment disruptif car pensé comme l’un des moyens de développer nos capacités de réduire d’environ 5% par an de nos émissions personnelles et de réinventer joyeusement nos politiques, nos liens sociaux et nos altérités. J’ai failli écrire nos fraternités, y compris d’ailleurs avec notre environnement, c’est dire à quel point je ne suis plus de ce monde hyper-individualiste et centré sur l’égo.

Numericus, c’est aussi l’histoire de la défense de stratégies publiques et de coopérations publics – privés différentes et plus créatives car procurant de nouvelles ressources politiques pour agir et pour exister. Loin donc des industries de ces concessions, de ces AMEL et de tous ces contrats où le politique renonce de fait à nombre de ses moyens d’action au service de pilotage de contrats souvent mal négociés.

Cette utopie Numéricus importe peu. C’est évident. La question qu’elle pose reste toutefois encore sans véritable réponse. Nous sommes, tout au moins je l’espère, encore quelques-uns à attendre des lumières de la part de ceux qui décident ou qui pilotent.

Qui peut nous dire quel est le sens de la prétendue révolution numérique et, plus territorialement parlant, des projets très haut débit tels qu’ils sont mis en œuvre depuis des années, notamment pour éviter un monde à +3 ou 4°C ?

Vous, élues et élus, qui avez opté pour la délégation de presque tous vos moyens numériques pour intervenir sur vos territoires et auprès de vos administrés, pourriez-vous nous éclairer ?

Vous dirigeants des grandes entreprises opérateurs d’infrastructures, comme Altitude, Axione, Orange concessions ou XDPfibre, pourriez-vous nous le dire ?

Vous, directrices et directeurs de RIP, de cabinet d’étude ou d’entreprises prestataires, réunies ou pas dans Infranum, pourriez-vous nous dire quel est le sens de vos efforts au quotidien ?

Nous permettre de mieux recevoir Netflix en 4K ?

Nous encourager à profiter des errements de ce nouveau X made in Musk ou des addictions des plateformes sociales comme celle des lascars Tik et Tok ?

Nous inciter à passer plus de temps devant des écrans pour devenir l’autre patrie du surpoids ?

Acheter plus facilement encore plus de produits souvent inutiles qui viennent de toujours plus loin ?

Se distinguer par quelques projets intelligents ou initiatives low-tech qui restent malheureusement des exceptions sans impact à la hauteur des enjeux ?

Impacts ? Qui a vraiment mis en œuvre un véritable pilotage ex-post de tous ces objectifs brillamment greenwachés dans les rapports RSE ou dans les missions des entreprises éponymes ?

Frugalité ? Co-bénéfices ? Scope 3 ? Compensations et autres gros mots de ce type… Qui a osé ?

David, Éric, Elodie, Laurent, Stéphane, Hervé, Cyril ? Je ne suis pas sûr que vous lirez ce post mais qui sait… Je suis admiratif de vos réussites mais pourriez-vous nous expliquer ? S’il vous plaît, sans nous resservir encore et encore vos si vieilles histoires made in le monde d’hier et en parlant à vos enfants. Tu sais Juliette je vais te raconter pourquoi ce que j’ai fais sera vraiment décisif pour l’avenir.

C’est chaud non ? De plus en plus et ce n’est visiblement que le début.

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Et si l’on transformait le service universel actuel des communications électroniques en service universel des transitions ?

Comme précisé dans un premier article publié à ce sujet en janvier 2023, le projet de ce Web dédié transitions vise à augmenter nos ressources et nos capacités pour concilier décarbonation et invention des modes de vie qui vont avec. En s’inspirant de l’ouvrage de Timothée Parrique (2022), il s’agit donc d’un Web à même de contribuer à une redirection graduelle de l’économie dans laquelle une partie de nos ressources, de notre temps et de nos énergies pourrait être remobilisée partiellement au bénéfice de la société, notamment au profit de solutions à valeur ajoutée sociales et écologiques. Conformément à la Stratégie Bas-Carbone Nationale (SNBC), le but consiste à tendre progressivement vers 2 tonnes de CO2 par an et par personne.

Pour cela, l’une des premières fonctions de ce Web des transitions, consisterait, d’une part, à rendre visible l’invisible de nos émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) et, d’autre part, à simplifier nos parcours de contributeurs de la transition. Le prototype esquissé prend la forme d’une plateforme mutualisée de services et d’organisations dont la fonction pourrait ressembler à celle d’une boussole capable de faciliter la découverte des chemins de ce nouveau voyage. Elle permettrait par exemple de personnaliser les parcours de bifurcations en fonction de chaque situation sociale, géographique ou économique.

Il existe nombre de technologies, de talents, de services, de projets qui cherchent à utiliser le Web pour travailler les transitions. Greentech, Tech for good, low tech, ou encore initiatives publiques, leur nombre augmente chaque jour. L’impression qui domine reste toutefois celle d’initiatives trop isolées et finalement assez loin de constituer une réponse à la mesure des enjeux actuels. Une véritable plateforme dédiée transitions resterait donc à inventer. Telle est tout au moins l’hypothèse que je défends. Pour la mettre en discussions, ce troisième article tire les leçons de nos précédentes expérimentations dans ces domaines et esquisse une piste : transformer l’actuel service universel des communications électroniques en service universel des transitions avec pour chacun de nous une identité et parcours individuel personnalisé.

Des services, mais pas de plateforme

De nombreuses ressources en ligne existent déjà. Le site Agir pour la transition, lancé par l’ADEME, propose par exemple un portail de solutions pour un quotidien plus écologique, plus sobre et plus solidaire. Le monde de la Tech est également très productif dans ces domaines. J’ai ainsi bâti une base qui recense plus de 700 entreprises qui travaillent ces enjeux. Sans prétendre à l’exhaustivité, elle permet de qualifier les principaux types de solutions déjà proposées par le monde des technologies. Je n’en rappelle que les principales : réduction de la consommation d’énergie et de ressources carbonées, efficacité et pilotage énergétique, électrification et promotion des énergies renouvelables, mobilités douces, économies circulaires, relocalisation d’une partie de la production et de l’investissement, santé et qualité de vie, formations et, plus largement, capacités à agir collectivement. Ce recensement partiel confirme la vitalité de cette Tech dédiée transitions. La gamme des leviers déjà existants s’avère déjà très importante. Ces leviers sont-ils toutefois à la mesure des enjeux ? Six raisons au moins m’incitent à répondre par la négative.

Un objectif trop vague, insuffisamment quantifié et non personnalisé. L’offre actuelle ne nous donne tout d’abord pas une vision claire, quantifiée et personnalisée de l’ampleur des efforts que chacun doit consentir (personne morale ou physique). Même si nous sommes de plus en plus nombreux à nous déclarer favorable à la cause climatique, peu d’entre nous parviennent à vraiment aligner nos modes de vie à la réalité des ressources planétaires. Th. Libaert (2020) nomme cela un biais d’autocomplaisance ; il explique que ce phénomène a été notamment mis en lumière par les travaux de l’université suédoise de Göteborg. Ceux-ci révèlent notre tendance à survaloriser nos comportements. « En clair, chacun se sent plus respectueux de l’environnement que les autres », résume Th. Libaert. Résultat : la transition reste plus une (bonne) intention qu’un projet véritablement compris, partagé et personnellement engagé.

Une approche en mode silos. Le monde des innovations aborde ensuite ce projet en mode silos : par exemple énergie pour les uns, mobilité ou économie circulaire pour d’autres… Alors que la situation exige une transformation progressive, simple et convergente de l’ensemble de nos comportements, la Tech ne propose que des actions limitées à un volet. Leur impact s’en trouve réduit.

Pas de passerelles. Ce ne serait pas grave s’il existait suffisamment de passerelles entre ces silos pour simplifier et fluidifier nos parcours transitions. La technologie le permet, mais le marché, faute sans doute d’un opérateur global, ne s’en donne pas encore les moyens. Peut-on par exemple proposer pire expérience que celle imposée aujourd’hui aux internautes qui souhaitent écologiser leurs modes de vie ? Il leur faut trouver seuls leurs solutions, se donner les moyens de les tester et de les comparer, jongler avec presque autant de connecteurs que d’entreprises, attendre que les volumes usagers soient suffisants pour faire effet. Les moyens de mutualisation ou de valorisation, par exemple de données, demeurent en outre anecdotiques ; cela réduit grandement les moyens de personnalisation des services et le passage à la grande échelle. Bref, on ne s’y prendrait pas autrement si l’on voulait, une fois encore, laisser à d’autres, dans quelques valleys par-delà les mers, le soin d’agir à la place de l’Europe ou de la France.

Un taux élevé d’exclus. Plus pénalisant encore, nombre de personnes restent de fait exclues de ces dispositifs. Fractures sociales, analphabétisme numérique, zones non ou mal desservies en matière d’accès Internet, dénis des enjeux climatiques, si les raisons s’avèrent diverses, elles convergent toutes vers un constat récurrent à chaque tentative de réforme. Écotaxe comme mouvement des Gilets Jaunes démontrent l’impérieuse obligation d’inventer une solution qui permet facilement au plus grand nombre possible d’entre-nous de comprendre nos intérêts, de trouver notre place et de nous mouvoir facilement dans ce vaste chantier transition. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Pas encore assez d’incitations, de jeux, et de mise en valeur des citoyens engagés dans les transitions. Même si la gamification prend progressivement une place accrue, tout ou presque reste à faire pour rendre amusant les chalenges des bifurcations. Où est le Pokémon GO de la transition ? Où sont les défis pour nous transformer en compétiteurs, par exemple du plus grand réducteur d’énergies carbonées, du champion du covoiturage ou des sportives de haut niveau de la mutualisation de matériels ? Qui peut encore croire qu’il est possible d’avancer sans un peu de plaisir ?

L’inverse du Living Lab Web transitions dont nous aurions besoin. Dernier point, la situation actuelle ne permet guère de réduire le poids des barrières à l’entrée pour donner aux innovateurs les moyens d’accélérer leurs recherche-développement et d’augmenter l’impact de leurs offres. Dans mes expérimentations, j’ai par exemple toujours proposé d’ouvrir gratuitement nos plateformes, comme celle décrite à Pau, à toutes les organisations qui voulaient tester leurs solutions et les coconstruire avec de vrais usagers. Mais « mes » expérimentations ne concernent au mieux que quelques centaines de personnes… Imaginez la force de cette Start-up Nation, dont on nous a un temps vaguement parlé, fonctionnant comme un pays réuni autour de la mise au point de solutions transitions ! Je suis sûr de ne pas être le seul à croire aux immenses potentialités d’un pareil laboratoire vivant.

Au final, le paysage actuel des innovations numériques dédiées transitions socioécologiques présente un véritable potentiel ; en l’état il ne semble toutefois pas en mesure de transformer notre pays en inventeurs des droits de la transition, un volet pourtant à associer de plus en plus aux droits de l’homme dont nous serions la mère patrie. Gilles Babinet (2016) le rappelle : « la radicalité de la transformation digitale peut se résumer en un seul principe : les entreprises, quelles qu’elles soient, on vocation à devenir des plateformes. C’est-à-dire à être au cœur des interactions qui leur permettent de remplir leur mission au mieux ». Or ce sont justement ces interactions, ces nouveaux modes de coopérations ou encore, par exemple, ces alliances qui restent à inventer pour donner d’effets aux solutions en ligne dédiées transitions.

Une plateforme : un écosystème dont la valeur globale des services dépasse la somme de la valeur de chacun d’entre eux considérée individuellement

Schématiquement, on peut définir une plateforme de ce type à la manière d’un écosystème dont la valeur globale des services dépasse la somme de la valeur de chacun d’entre eux considérée individuellement. Les participants d’un groupe de travail CIGREF (2019) se sont interrogés sur les caractéristiques clés d’une plateforme. Ils en distinguent trois.

Le premier vise à simplifier le parcours client pour le rendre le plus fluide possible. Il s’agit de faire en sorte que la complexité soit gérée par la plateforme et non par l’usager. Pour cela, toute plateforme doit être en mesure non seulement d’agréger un certain nombre de services, mais aussi de permettre le passage sans couture de l’un à l’autre.

Le second facteur concerne la maîtrise de la technologie, de l’algorithme et de la gestion des données ; un levier désormais bien connu. Le CIGREF rappelle également les enjeux majeurs autour de la sécurité et la confiance.

La troisième caractéristique relève de que le CIGREF nomme « l’ambition » ; le succès de projet de ce type suppose que l’on atteigne rapidement une masse critique d’utilisateurs. Dans une logique inspirée de celle du « gagnant remporte tout », il ne s’agit donc pas de rechercher une rentabilité sur le court terme, mais d’impliquer le plus possible d’usagers. L’organisation de la solution dont il ici question fonctionnerait toutefois dans une logique à l’opposé de celles des dominants qui, comme Google et Meta, sont à juste titre menacés de démantèlement par l’autorité antitrust américaine.  « Google a eu recours à des méthodes anticoncurrentielles, excluantes et illégales afin d’éliminer ou de réduire considérablement toute menace à sa domination sur les technologies utilisées pour la publicité numérique« , a récemment déclaré Merrick Garland, procureur général des États-Unis.

Le service universel actuel des communications électroniques transformé en service universel des transitions ?

C’est cette plateforme ouverte et mutualisée, adressant les principaux leviers de transition réunis dans un parcours fluide et sans couture, que j’ai essayé d’esquisser sur la base des enseignements des expérimentations réalisées. Services associés à des offres immobilières, par exemple de bailleurs sociaux ou de promoteurs, service public intégré dans un Réseau d’Initiative Publique, rhizome de solutions locales mutualisées et organisées en mode plateforme, je reviendrai dans un prochain article sur les discussions exploratoires menées à ce sujet depuis 2016. Elles se sont toutes soldées par des échecs. Les raisons de ces déconvenues sont bien entendu diverses ; je crois toutefois que la principale provient, d’une part, de l’absence d’une véritable stratégie de notre pays, et de l’Europe, et, d’autre part, de la trop grande timidité des pouvoirs publics qui refuse toujours d’endosser un nouveau rôle pour nous entrainer dans ce chantier. Faute de tel signaux, le business as usual reste la norme pour la majorité des manageurs privés et publics.

Ce sont ces tentatives et ces échecs qui m’incitent à proposer une autre voie. Elle consiste à transformer l’actuel service universel des communications électroniques en service universel des transitions avec pour chacun de nous une identité et parcours individuel personnalisé. Je reviendrai plus en détail dans un quatrième article sur les scenarii pour lancer ce service ; je préfère ici me concentrer sur ce qu’il pourrait permettre, sur ses contenus et sur ses apports. Rappelons juste que le service universel des communications électroniques permet à toute personne de bénéficier d’un raccordement fixe à un réseau ouvert au public et de la fourniture d’un service téléphonique de qualité, à un tarif abordable. Rappelons également que, depuis le 3 décembre 2020, il n’y a plus d’opérateur en charge du service universel pour ce service téléphonique. Néanmoins, rappelle l’Arcep, Orange, anciennement désigné opérateur de service universel, s’est engagé à maintenir ses offres « abonnement principal » et « réduction sociale téléphonique » qui relevaient du périmètre du service universel jusqu’en 2023.

La piste explorée ici consiste donc à réinventer ce service universel pour en faire la base d’un Web souverain dédiée transitions. Dans cette version provisoire, il s’organiserait autour de quatre piliers principaux :

  • un accès pour tous et partout à une plateforme de services ouverte aux solutions privées comme publiques,
  • un référentiel et des parcours personnalisés, omnicanaux et géolocalisés,
  • des incitations en mode jeux et des solutions de mise en valeur sociale,
  • une nation « laboratoire vivant » pour transformer les pistes d’innovations d’aujourd’hui en solutions de nos quotidiens de demain, en France et ailleurs.

Un identifiant automatiquement créé pour chacun de nous

La première condition pour réussir consiste à garantir l’accès de tous et partout à ce service. En matière d’identité, la solution adoptée par le projet « Mon espace santé » semble être une des voies à suivre pour y parvenir. La loi dite « Santé » de juillet 2019 a permis la création automatique, sauf opposition formelle de l’intéressé, d’un Dossier Médical Patient et donc d’un compte personnel associé. Tout assuré social reçoit un courrier ou un e-mail de la part de l’Assurance Maladie lui demandant d’activer son Espace santé. L’assuré dispose alors d’un délai de six semaines pour s’opposer à sa création. Sans réponse de sa part, son Espace santé est automatiquement créé.

Les enjeux associés au service universel transitions me semblent pouvoir faire l’objet de décisions similaires. Un compte serait automatiquement créé pour chacun de nous. Il donnerait accès à un parcours transition comme celui esquissé plus bas. Il serait même possible d’aller plus loin en nous dotant enfin d’une véritable identité numérique unique, sur le modèle par exemple de l’Estonie, du projet d’identité numérique de La Poste et du label France Cybersécurité. Dans la plateforme transition, mais pas seulement dans celle-ci, cette identité permettrait de disposer d’un authentifiant unique, mutualisable non seulement pour l’accès à tous les services publics (impôts, santé, collectivités territoriales…), mais aussi pour interconnecter et personnaliser les solutions proposées par le secteur privé (par exemple « Edf et moi », « Geco Air » et solutions de type Greentech retenues).

Il faudra néanmoins associer cette identité numérique ou ce compte à une solution assurant un accès à l’Internet d’une qualité suffisante. Le prochain article reviendra sur les pistes envisagées à ce sujet. À ce jour, ces discussions exploratoires se sont soldées par des échecs.

Un score transition personnalisé et géolocalisé que l’on peut suivre et piloter.

Le second facteur clé passe par la proposition d’un ensemble d’informations personnalisées et géolocalisées à même de nous fournir un cadre.Score, objectifs, indicateurs ou quota d’émissions de Gaz à Effet de Serre (GES), quel que soit le nom que l’on retiendra, l’une des briques informatives essentielles de la plateforme suppose que chacun de nous dispose d’un référentiel adapté à sa situation. Le GIEC nous en donne les bases. Celles-ci sont d’ailleurs prises en compte par la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) publiée en mars 2022 par le ministère de la Transition écologique et des Solidarités de notre pays. Pour ne pas dépasser 2°C de réchauffement, le budget CO2 de chaque terrien (hors méthane CH4 et protoxyde d’azote N20) devrait être compris entre 1,6 t et 2,8 t par an entre aujourd’hui et 2100. Or, nous sommes actuellement autour de 8 tonnes. Passer schématiquement de 8 à 2 tonnes ne relève pas de la gageure. N’avons-nous jamais réussi une réduction d’une telle ampleur ?

Je serai d’ailleurs curieux de savoir quelle est la part des Français qui ont réellement conscience de l’immensité des défis à relever. J’ai la chance d’enseigner dans plusieurs formations de l’Université de Pau qui réunissent des jeunes gens de grande qualité nés au début de ce siècle. Depuis plusieurs années, l’ensemble de mes cours comprennent des volets dédiés transitions. L’immense majorité de mes 80 étudiantes et étudiants se révèlent très sensibles à ces enjeux ; ce sont donc des moments d’échanges particulièrement intéressants. Pourtant quasiment aucun d’entre eux n’a conscience de l’ampleur des objectifs quantitatifs à atteindre. La transition représente pour eux une puissante valeur cardinale, mais une valeur qui reste quasiment ésotérique ou tout au moins encore trop désincarnée pour impulser des changements de consommation et de modes de vie à la mesure des enjeux. Telle est selon moi l’une des priorités de toute plateforme Web transitions : doter chacun de nous d’une feuille de route fondée sur des indicateurs quantifiés de réduction des GES que l’on peut suivre quasiment au quotidien.

Mais, dans ces domaines, comme sans doute dans tous les autres, la moyenne n’a pas grand sens. La situation d’un couple à très hauts revenus résident en zone métropolitaine n’a par exemple rien de comparable avec celle d’un jeune défavorisé en zone rurale. La récente étude menée par le laboratoire World Inequality Lab de l’Université­ de Berkeley­, cité par Le Monde le 31 01 2022, rappelle à quel point la crise climatique est profondément une crise des inégalités. « Alors que l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre est généré par les plus aisés, les plus pauvres et moins responsables sont les plus touchés par les impacts grandissants du dérèglement climatique. »L’étude précise que le 1% le plus privilégié émet 101 tonnes d’équivalent CO2 par personne et par an. Comme le montre cette infographie tirée de l’article du Monde, « la moitié la plus pauvre de la population mondiale endure 75 % des pertes de revenus liées aux impacts du changement climatique, tout en ayant le moins la capacité financière pour agir : seulement 3 % des capacités de financement, alors que les trois quarts sont concentrés dans les mains des 10 % les plus aisés ».

Or l’un des immenses intérêts du Web et du suivi de nos historiques en ligne est justement de nous donner à la fois, d’une part, la possibilité de personnaliser nos feuilles de route en fonction de nos modes de vie, et, d’autre part, de caler les modèles de taxation comme de récompenses associées. Les auteurs de l’étude du World Inequality Lab, citée plus haut, proposent par exemple la création d’une taxe à hauteur de 1,5% le patrimoine de ceux qui gagnent plus de 100 millions de dollars par an. Ils estiment les recettes à 295 milliards de dollars par an, ce qui correspondrait selon eux aux besoins pour limiter les impacts du changement climatique. Taxations pour les uns, aides et incitations pour les autres, quelles que soient les mesures qui seront prises, la personnalisation est en tout cas l’une des clés ; elle impose de disposer d’indicateurs dynamiques et de moyens de réduction adaptés à nos situations comme ceux envisagés dans ce service universel de la transition.

Des incitations en mode jeux et des solutions de mise en valeur sociale

Si ce service universel des transitions existait, une minorité seulement d’entre-nous en ferait toutefois sans doute un usage à impacts. Une autre partie ne l’utiliserait que pour de rares solutions. La majorité soit ne connaîtrait pas vraiment son existence, soit dénoncerait un complot ourdi en mode Big Brother et atteinte aux libertés, soit réfuterait la réalité des problèmes climatiques, tout au moins pour eux. Sans le moindre doute, il faut donc ne pas croire que la magie du service en ligne, même personnalisé et géolocalisé, suffira.

L’urgence de l’action exige au contraire de se donner les moyens d’impliquer le plus vite possible la majorité d’entre nous. Dans mes expérimentations, j’ai timidement testé les leviers jeux pour y parvenir. Même si j’ai manqué d’ambition et de créativité dans ce domaine, les résultats ont été probants. Il semble qu’il y a là une piste fertile. Le principe consisterait schématiquement, par exemple via des défis, des communautés de gamers, et des récompenses, à développer ce service universel aussi comme ce que j’appelais plus haut le Pokémon GO de la transition. Chaque levier de transition serait associé à un chalenge personnel, à des concours et à des classements entre participants. Pour franchir des niveaux, la plateforme prodiguerait des conseils et proposerait des formations ludiques pour progresser. L’impact socioécologique de chaque décision serait simulé et les championnes et champions seraient mis en valeur. Des projets de ce type existent déjà ; c’est par exemple le cas à Lhati, ville finlandaise d’environ 120 000 habitants, capitale verte européenne en 2021, qui non seulement a attribué ce qui doit être le premier quota carbone individuel au monde, mais qui incite à réduire ses émissions via un système de récompenses.

Un laboratoire vivant pour une « transition Nation »

Un Living Lab, selon Wikipédia, « regroupe des acteurs publics, privés, des entreprises, des associations, des acteurs individuels, dans l’objectif de tester grandeur nature des services, des outils ou des usages nouveaux. Il s’agit de sortir la recherche des laboratoires pour la faire descendre dans la vie de tous les jours (…) et de favoriser l’innovation ouverte, de partager les réseaux et d’impliquer les utilisateurs dès le début de la conception ». Tests grandeur nature, innovations ouvertes, implications, coopérations, hormis le chantier transition, existe-t-il beaucoup de projets d’intérêt général, dont la réussite dépend à ce point de tels facteurs ? L’idée serait donc de considérer cet écosystème service universel des transitions comme le laboratoire ouvert de mise au point et de co-construction des leviers, des technologies, des réglementations, des formations, des incitations et des lieux dédiés transitions.

On le voit, cette piste de transformation de l’actuel service universel des communications électroniques en service universel des transitions coche nombre des cases pour augmenter nos ressources collectives et personnelles. Il fournirait notamment l’un des signaux forts pour enfin engager le chantier transitions, notamment via une communauté d’organisations publiques et privées réunies dans une plateforme de plateformes. Il procurerait également l’une des bases pour inventer le ou les modèles économiques associés. Cette idée pose toutefois bien entendu nombre de questions par exemple de droit, de positionnement concurrentiel du premier pays qui dégainerait cet outil, d’acceptabilité sociale ou encore de gouvernance.  Je souhaiterais pouvoir profiter de vos avis, critiques et suggestions à ce sujet. Pourriez-vous donc prendre quelques minutes pour répondre à ce questionnaire ?

Références des ouvrages cités

Babinet G. (2016), Transformation digitale : l’avènement des plateformes. Édition Le Passeur

Bohler S. (2019), Le Bug humain, Robert Lafont

CIGREF (2019), Nouvelles stratégies de plateforme, Cigref

Libaert Th. (2020), des vents porteurs. Comment mobiliser (enfin) pour la planète ? Éd. Le Pommier.

Ministère de la transition écologique et solidaire. (mars 2020), Stratégie Nationale bas-carbone. La transition écologique et solidaire vers la neutralité carbone. Lien de consultation

Parrique T (2022), Ralentir ou périr – L’économie de la décroissance – Ed Seuil 2022

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Un Web des vrais changements ? Les principaux enseignements d’une expérimentation « ressources en lignes dédiées transitions ».

Peut-on inventer ce Web des vrais changements objet du premier article introductif ? Ce second volet présente la première expérimentation lancée à ce sujet en 2014 ; elle résume ses principaux résultats après 8 ans de fonctionnement. Elle confirme la faisabilité technique du projet ; elle qualifie un modèle économique et montre les bons retours des bénéficiaires. Ce premier test entrouvre ainsi une voie pour inventer un métier de fournisseur de services en ligne dédiés transitions. Mais elle pointe toutefois aussi de véritables limites. Le bilan est par exemple peu probant en matière de décarbonation et de réduction des émissions. Il s’avère même mauvais côté résilience ; nous ne sommes par exemple pas parvenus à intensifier les coopérations en mode pair à pair entre usagers. Ces enseignements contrastés incitent donc à aller plus loin pour tenter de contribuer à l’invention de ce Web des transitions. Ce sera l’objet du troisième article à venir.

Dans un premier article introductif, j’ai présenté les bases sur lesquelles se fonde mon travail consacré à l’expérimentation d’un Web dédié transitions. Je les rappelle brièvement.

La première correspond à une conviction de plus en plus partagée : le Web dominant d’aujourd’hui n’est pas disruptif. Il renforce au contraire les modèles du monde d’hier dont chacun mesure les impasses.

La seconde explore la piste d’une autre croissance à même de nous faire grandir en développant de façon progressive nos capacités pour concilier réduction d’au moins 5% par an de nos émissions personnelles, réinvention des liens sociaux, et plaisir de vivre.

Pour y parvenir, la troisième postule qu’il sera difficile de réussir sans disposer de ressources en ligne performantes et non dépendantes de plateformes des champions du Web d’aujourd’hui. L’enjeu consiste bien à mettre la transition numérique au service de la transition écologique.

Un prototype pour expérimenter un métier de fournisseurs d’accès à des services transitions

Loin donc de toute certitude dogmatique, et en reprenant la formule de Corinne Morel Darleux (2020), « à la manière de ce que l’on saisit par l’épreuve (…) ; l’épreuve qui permet de juger la valeur d’une idée, d’un paysage, d’une relation », j’ai choisi de mettre en expérimentations cet Internet des transitions au travers de quelques projets dont je suis l’un des co-auteurs. Le premier a été lancé en 2014. Son objectif consistait à qualifier la faisabilité technique ou socio-économique des développements préalablement prototypés et à mesurer à la fois les réactions des publics ciblés et les effets des solutions mises en tests.

Toutes expérimentations supposent des règles. Le protocole mis en place se fonde sur une série d’hypothèses et de choix méthodologiques.

La première de ces hypothèses postule que les transitions ne peuvent pas massivement réussir sur les seules bases de l’action d’organisations centrales, de la loi ou de la surveillance. Il faut impérativement parvenir à transformer le plus grand nombre possible d’entre nous en contributeurs actifs et en inventeurs de nos propres solutions.

La seconde estime que cette première condition ne peut être remplie en mode seulement contraintes. Elle incite au contraire à travailler des bifurcations heureuses perçues comme de véritables plus-values par le plus grand nombre d’entre nous. Ph Bihouix (2019) écrit juste quand il affirme que la transition doit créer immédiatement du bonheur pour un maximum de personnes.

La troisième brique relève de la méthode. Celle-ci a consisté à tester les précédentes hypothèses à travers une première série de réalisations lancées pour de véritables clients et de vrais bénéficiaires. En se positionnant sur les échelles et les temps du quotidien, il s’agissait de mesurer les performances de dispositifs numériques cherchant à nous transformer progressivement en acteurs engagés dans les transitions.

L’une de nos principales pistes de départ en 2014 défendait la nécessité d’inventer une nouvelle manière d’habiter en augmentant le lieu de vie et de travail, et son environnement physique et digital, d’une plateforme de services pour une transition choisie, ludique et stimulée. Comme il existe aujourd’hui des fournisseurs d’accès Internet, l’intuition initiale incitait à tenter de modéliser un métier de fournisseurs d’accès de services transitions.

La première éprouvette : une plateforme dédiée parcs d’activités

La première expérimentation a eu lieu dans le parc d’activités Pau Cité Multimédia (environ 1300 salariés résidants – 9 bâtiments tertiaires) géré par la Société d’Économie Mixte (SEM) Pau Pyrénées. Cette Société Anonyme, à capitaux majoritairement publics, est à la fois promoteur et gestionnaire immobilier. Dans ce parc d’activités, la SEM souhaitait faire évoluer ses offres et diversifier ses métiers pour enrichir la vie des usagers au travail et pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la zone. Le projet a été pensé et conçu en 2014, lancé en 2015 ; il fonctionne toujours en 2023.

Les lignes directrices de ce projet expérimental peuvent se résumer en quelques convergences que nous estimions alors indispensables pour réussir. Elles sont synthétisées dans la figure suivante et présentées plus avant.

Figure 1. Le dispositif Zone d’activités as a Services (ZaaS) expérimenté depuis 2015

Se doter de ressources réseaux dédiées transitions

Dans une logique proche de celle des communs, compris comme des ressources partagées, cogouvernées par leurs communautés d’utilisateurs selon des règles qu’ils ont déterminées, le premier de ces leviers consistait à se doter d’un patrimoine réseaux numériques dédié transitions. Il s’est tout d’abord organisé à partir d’un réseau fibre optique. Ce dernier a été simple à mettre en place : il a repris et étendu des infrastructures réseaux gardées en pleine propriété par la SEM dès l’aménagement de la zone en 2001. Cet ensemble de fourreaux, de câbles optiques et d’équipements actifs doublait les infrastructures réseaux dévolues aux opérateurs du marché. Ce LAN (Local Area Network) propriété de la SEM, interconnecté au projet de l’agglomération paloise, nous permettait ainsi de disposer de moyens maîtrisés, peu coûteux et évolutifs, pour à la fois interconnecter les 9 bâtiments, relier les capteurs dédiés gestion de l’immobilier (pilotage énergie notamment), et déployer les services en ligne proposés aux résidents (wifi mutualisé, plateforme de services WeekMeUp, interconnexion avec le data centre de la zone…).

Des ressources réseaux qui intègrent la collecte et la valorisation des données

Dès l’origine du projet, nous avions une vision étendue de ces communs et de ces ressources réseaux dédiées transitions. Pour l’équipe, elles devaient notamment s’étendre aux datas. Il a donc été décidé que les identifiants, les données, comme tous les indicateurs ou historiques de navigation en ligne devaient, tout d’abord, rester la propriété du projet pour des utilisations correspondant à ses finalités, et, ensuite, être mutualisés entre les partenaires. La plateforme a donc été développée dès 2015 en mode connecteur unique et API entre applications ou services proposés par des partenaires différents. Il s’agissait de simplifier l’expérience usager, de favoriser la valorisation des données collectées et de ne dépendre d’aucun algorithme pour afficher tel ou tel contenu. Ce second point, intégré dans l‘ensemble des contrats, n’a posé ni difficultés techniques ni problème particulier entre partenaires.

WeekMeUp, une plateforme de services dédiés relocalisation et qualité de vie au travail

Le troisième des leviers expérimentés s’adressait aux entreprises résidentes et, plus encore, à leurs collaborateurs. Il a pris la forme d’une application (et Web App), nommée WeekMeUp téléchargeable sur Android et IOS. Il s’agit d’une plateforme de services, réservée aux résidents, accessible via un identifiant et un mot de passe. Pour ce volet, nous avons décidé de ne pas développer une solution en partant de zéro, mais de collaborer avec LoungeUp, une jeune pousse qui lançait alors une première version de sa plateforme dédiée gestion de la relation client et offre de services hôteliers. Nous avons quasiment fait un tour de France pour trouver un partenaire à ce sujet. La solution LoungeUp est celle qui nous a séduit. Elle permettait en effet, sans compétences en code, de personnaliser les modules, les services comme les accès, selon nos besoins. Nous avons eu en outre la chance de collaborer les deux fondateurs de l’entreprise, Mathieu Pollet et Lionel Tressens, dont les qualités humaines, l’écoute et les compétences techniques ont été pour beaucoup dans le succès de cette étape. Il a bien sûr fallu compléter cette première brique par des développements spécifiques. Ils ont été réalisés par Nicolas Ader fondateur de l’agence Web  MiddleWeb. Ils ont porté par exemple sur le lancement d’une boutique E-commerce filières courtes, d’une plateforme dédiée organisation en mode pair à pair entre salariés de covoiturages domicile – travail, ou encore de moments sportifs, loisirs, culturels ou sportifs. L’ensemble a été codésigné avec plusieurs groupes de chefs d’entreprises et de salariés du parc d’activités.

La plateforme déployée est de type omnicanal. Les usagers peuvent indifféremment l’utiliser grâce à différents moyens, numériques comme physiques : mail, messagerie, Sms, application et web application, mais aussi téléphone et échanges en face à face avec le personnel de l’accueil du parc d’activités. L’hybridation de ce lieu a d’ailleurs été un facteur clé du projet. Progressivement, de quasiment simple comptoir de courrier, il est devenu à la fois conciergerie, point de livraison des commandes passées sur la boutique filière courtes ou encore, par exemple, centre d’informations et de relations entre résidents du parc d’activités. Les personnels de ce lieu ont été formés pour prendre directement en charge les opérations de E-mailing, la gestion des contenus des écrans interactifs déployés dans les entrées d’immeubles, les commandes et les relations avec les fournisseurs et partenaires locaux.

Le déploiement de la plateforme est effectif depuis 2015. Sur les 1300 résidents du parc d’activités, un millier l’utilise régulièrement. La gestion complète des contenus et des données est assurée directement par la SEM. Plus de 50 agriculteurs, producteurs locaux, commerçants voisins, prestataires de services ou encore par exemple associations proposent leurs services sur la plateforme. La crise sanitaire des années 2020 et 2021 n’a d’ailleurs pas significativement fait baisser ce taux d’utilisation. La majorité des salariés en télétravail ont continué à utiliser la plateforme depuis leur domicile.

Un dispositif de pilotage des consommations d’énergie des bâtiments

Le dernier levier expérimenté ciblait la performance énergétique des bâtiments via une solution de pilotage des consommations d’un panel de bâtiments du parc d’activités. Le but consistait également à tester les effets, sur les comportements des résidents, d’un dispositif d’affichage des consommations desdits bâtiments sur les écrans interactifs déployés pour partie à cet effet dans les espaces communs de chaque entrée.

Ce volet, contractualisé avec une startup toulousaine spécialisée, peut être qualifié d’échec. Les principales raisons sont de natures diverses.

Techniquement, l’ensemble des points de comptages (compteurs, compteurs sous-divisionnaires…) des immeubles sélectionnés ont pu être rendus communicants, y compris les plus anciens (2001). Toutefois, la mise en lien automatique entre tous les points de relevés et les données des fournisseurs d’énergie (gaz, électricité, eau…) a été particulièrement longue et fastidieuse. La solution de publication automatique des consommations d’énergie sur les écrans interactifs de chaque entrée d’immeuble n’a même jamais pu être mise en place.

Fonctionnellement, l’ergonomie de l’interface du portail de pilotage proposée semble plus destinée à des spécialistes qu’à des gestionnaires généralistes, comme ceux d’un gestionnaire de parc d’activités. Les formations organisées n’ont pas permis de résoudre ce problème. Même l’équipe de spécialistes prestataires de maintenance, présente sur site, a très peu utilisé la solution. Doublons des logiciels de GTB fournis par les constructeurs des matériels avec ceux de la solution, équipements du début des années 2000 non pilotables à distance, peut-être aussi incitations faibles pour les techniciens en charge à sortir de leur zone de confort, les raisons de cette faible utilisation sont diverses. 

Plus grave, les remontées d’alarmes, par exemple en cas de consommations anormales, ont mal fonctionné. Les promesses initiales d’économies de consommation de 10 à 13% sur les deux premières années n’ont pas été tenues. C’est donc l’ensemble du modèle économique de la solution qui a été mis à mal.

Ce volet énergétique, qui figure parmi les leviers clés de toute transition, reste donc en chantier.

Une plateforme propriété des résidents de la zone, un modèle en communs

La Sem Pau Pyrénées a habilement souhaité que l’ensemble du dispositif déployé reste sous le contrôle direct des usagers du parc d’activités. Elle a donc proposé au conseil de l’association syndicale dudit parc d’intégrer le volet plateforme de services et le volet Wifi dans son patrimoine et dans ses charges. Cette association réunit l’ensemble des entreprises résidentes. La période de test ayant montré l’excellent retour de leurs collaborateurs, la proposition a été facilement acceptée par le Conseil, puis validée par l’Assemblée Générale. Elle est depuis renouvelée annuellement par cette même assemblée générale. Ce modèle « communs » définit donc un modèle économique, simple et mutualisé, dans lequel les charges inhérentes à la plateforme sont refacturées à chaque entreprise résidente sur une base de tantièmes, classique en immobilier.

Le volet pilotage énergétique des bâtiments a lui été pris en charge par la SEM, es qualité propriétaire, sur la base de la promesse de la jeune pousse toulousaine qui commercialise la solution. Les investissements et l’abonnement au service devaient être couverts par les économies d’énergie générées par le pilotage. Comme rappelé plus haut, en plus de 5 ans d’exploitation, cela n’a jamais été le cas.

Le bilan à date : une solution à valeur ajoutée, mais pas encore un véritable levier de bifurcation

Le bilan de ces huit années de fonctionnement oscille donc entre résultats positifs et leçons à tirer sous la forme de points d’efforts à travailler pour les prochaines réalisations. Les uns comme les autres sont résumés dans les tableaux qui suivent.

Le premier ce ces tableaux montre le bon accueil réservé par les usagers du parc d’activités ainsi que la large adhésion de nombreux partenaires locaux. Il pointe toutefois les limites du périmètre projet.

Le millier d’usagers mobilisés reste faible pour développer un algorithme à même de personnaliser les services. Cela reste un projet bien plus small que big data. Et la qualité des personnels du lieu « accueil – conciergerie – lieu de livraison » ne permet pas de compenser suffisamment cette limite par des relations humaines pourtant incontestablement augmentées entre le gestionnaire du parc et les salariés de la zone. Tous les projets, que j’ai suivis depuis plusieurs années, entérinent cet enjeu de massification rapide des solutions.

Le second enseignement confirme la faisabilité à la fois technique et économique du projet. Il pointe en revanche l’échec des expériences de géolocalisation et de personnalisation des messages menées sur la base de balise beacons.

Le troisième enseignement issu de ce projet prouve l’intérêt de maîtriser les données collectées ou produites dans et par la plateforme. Il montre toutefois notre relative timidité en matière de valorisation.

La quatrième des conclusions issues de cette expérience pointe sans doute l’un des principaux points d’efforts à travailler. Il m’incite à penser que la solution que j’ai proposée relève plus d’une plateforme de relocalisation partielle des consommations que d’une plateforme véritablement de transitions.

Parmi les causes pour expliquer cette limite, l’une tient sans doute à la faiblesse des échanges directs entre salariés. Trois modules de services ont été pourtant désignés avec les panels d’utilisateurs mobilisés : le premier propose un site de type Leboncoin du parc d’activités qui permet de donner, échanger ou vendre des produits entre résidents dans une logique d’économie circulaire ; le second offre des solutions de covoiturage domicile travail ; le troisième facilite l’auto-organisation d’activités, par exemple sportives et culturelles, directement entre résidents. Tous trois ont fonctionné de manière correcte, mais ne représentent que relativement peu d’échanges, notamment en regard des offres plus commerciales. 

La performance « pair à pair » de la plateforme reste donc médiocre. Les usagers restent davantage des consommateurs que des contributeurs ou que des coopérateurs. Je n’ai pas trouvé les bons leviers pour qu’ils se dotent, via les liens sociaux simplifiés par la plateforme, de nouvelles ressources ou encore, par exemple, pour que le parc d’activités devienne collectivement plus agile. Ces conditions semblent pourtant indispensables pour augmenter nos capacités de résilience.

Entre enseignements positifs et limites avérées, cette première expérience constitue, avec d’autres, une première étape pour tenter de contribuer au développement de ce que je nomme un Web des transitions. Greentech, Tech For Good, projets à impact, ou encore, par exemple, initiatives publiques, de nombreuses solutions existent déjà dans ce domaine. Il me semble pourtant qu’elles ne proposent pas encore une réponse à la mesure des défis sociaux, climatiques et économiques. Il me semble même que, notamment faute de principe organisateur à même de leur donner plus d’effets, LE projet n’existe pas encore. C’est ce projet que nous explorons dans le troisième article de cette série.

Références des ouvrages cités

Bihouix Ph. (2019), Le Bonheur était pour demain, Rêveries d’un ingénieur solidaire, Ed. Seuil.

Morel-Darleux C. (2020), Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce – Réflexions sur l’effondrement. Ed. Libertalia.

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Numericus obtient son agrément Crédit Impôt Recherche au titre de ses travaux de RD urbanisme, immobilier et nouvelles manières d’habiter

Pour contribuer à redonner du sens à la transition numérique, Numericus vient d’obtenir son agrément Crédit Impôt Recherche (CIR). C’est une reconnaissance de nos compétences à mener des travaux de recherche et développement pour autrui. C’est surtout la possibilité de soutenir l’innovation dans les sciences sociales appliquées à nos domaines de travail en donnant la possibilité à nos clients de récupérer 30% du montant de leurs investissements Recherche Développement à condition que les travaux réalisés soient éligibles au CIR.

Pour rappel, les travaux éligibles au crédit d’impôt recherche correspondent soit à de la recherche, soit à du développement expérimental. La recherche concerne des travaux qui visent l’acquisition de connaissances nouvelles dans le but de les mettre en pratique ou non. Le développement expérimental désigne, quant à lui, le développement de nouveaux produits ou procédés en s’appuyant sur les connaissances générées par la recherche. Dans notre cas, les projets lancés et les solutions en développement conçoivent et expérimentent de nouvelles manières d’habiter et de cohabiter en enrichissant les offres immobilières de services en ligne et en présentiel dédiés transitions. Depuis plusieurs années en effet, Numericus accompagne plusieurs professionnels de l’immobilier, de l’urbanisme, ou encore par exemple de l’aménagement, pour inventer leurs stratégies et leurs plans d’actions Web afin de permettre à leurs usagers de devenir plus acteurs de leur transition au quotidien. Ces ressources ciblent les principaux leviers d’émissions (énergie, transports, consommations, loisirs…).

Le programme de RD se fonde notamment sur une hypothèse selon laquelle, pour avoir un impact transition fort, ces ressources doivent être à la fois maîtrisées (souveraineté numérique, data protégées…), largement distribuées (E-inclusion, qualité expériences, prix d’accès…) mutualisées, ouvertes et interopérables. Cette hypothèse a été construite au fil de programmes de recherche et d’expérimentations lancés dès 2014.

Numericus et ses partenaires cherchent ainsi à démontrer la faisabilité et l’intérêt d’une stratégie numérique qui augmentent les ressources pour adapter l’organisation des hommes et de leurs activités aux enjeux de planification écologique. Cette approche invite notamment non seulement à réinventer l’urbanisme à l’aune des ressources dédiées résilience mais aussi à mettre au point les modèles économiques, juridiques et sociaux à même de renforcer les ressources dédiées transitions des professionnels de l’immobilier et de l’aménagement.

Plusieurs des opérations supports pour y parvenir sont désormais lancées. Les premiers bâtiments seront livrés courant 2023. Il sera ainsi possible de présenter les solutions mises au point et surtout de suivre leurs impacts.

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La fin de l’aménagement numérique des territoires

Numericus pivote. Pendant de longues années, ce blog a été consacré aux enjeux d’aménagement numérique des territoires. Déploiement du Très Haut Débit, Réseaux d’Initiatives Publiques ou encore, par exemple, patrimoine optique des Collectivités Territoriales, nous sommes de plus en plus nombreux à constater que ce type de levier n’est plus à la mesure des enjeux sociaux, climatiques, culturels et économiques à relever. Je suis même personnellement convaincu que ces projets relèvent d’un Internet du monde d’avant ; un Internet qui, à grand renfort de valorisation des données en publicités personnalisées, tente de maintenir un modèle économique que la planète ne peut plus supporter.

J’ai cru, une fois encore, que l’on pouvait réussir de l’intérieur à faire évoluer les stratégies des opérateurs de Délégations de Services Publics optiques. Je les connais assez bien ; nombre de leurs dirigeants sont des amis. On pourrait presque dire que j’ai grandi avec plusieurs d’entre eux.  Mes premières tentatives pour leur suggérer d’enrichir leurs projets vers plus de services à valeur ajoutée et vers d’autres modèles plus micro remontent à 2008 ; les dernières à quelques mois. Malgré la qualité de mes contacts dans ces groupes, soit filiales de BTP, soit indépendants, je ne crois plus à ce scénario. Leurs enjeux capitalistiques et les pressions de leurs actionnaires sont trop forts. Les acteurs de l’aménagement numérique des territoires ont perdu de leur vitalité ; ils se bornent à déployer des infrastructures optiques dont la grande majorité de la bande passante est exploitée par des réseaux sociaux et des plateformes de streaming. La transition numérique à valeur ajoutée française et européenne ne viendra pas de ce côté-là. De ce point de vue-là, l’aménagement numérique des territoires est bien mort dans notre pays. J’espère sincèrement me tromper.

Dans une Europe devenue numériquement marginale, ces constats font en tout cas de plus en plus consensus. Le temps de l’innocence numérique publique serait-elle enfin révolue ? Quelques premières pistes de réaction se dessinent : régulation des plateformes, Digital Service Act du futur règlement européen, révisions fiscales, lutte contre les harcèlements sur les réseaux sociaux, soutiens aux innovations à valeur ajoutée socio-écologique… Une dynamique nouvelle pourrait-elle émerger ?

Depuis plus d’un an, j’explore cette autre entrée : celle d’une convergence entre transitions numériques et transformations socio-écologiques. À date, le doute l’emporte encore. Le nombre d’ouvrages, d’articles et de rapports sur cette question a explosé. J’en ai lu beaucoup. Beaucoup redoutent une nouvelle tentative de greenwhing des vieux modèles. Comment ne pas partager leurs craintes ? D’autres esquissent un chemin enthousiasmant, celui d’un numérique repensé comme un moyen d’inventer un modèle plus soutenable. Mais ils butent encore sur le comment. Comment s’y prendre ? Est-ce même possible ? Qui peut être le ou les pilotes ? De quelles expériences peut-on s’inspirer ?

Entre doutes et pistes, le chemin reste donc à tracer. C’est à ce chantier que j’essaie désormais de contribuer. Numericus va donc reprendre ses publications pour tenter de mettre en discussion quelques cairns pour esquisser de possibles directions.

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Promouvoir de nouvelles formes de collectifs locaux : une des clés pour réussir les transitions numériques territoriales ?

La Fondation Jean Jaurès vient de publier un rapport intitulé « Pour travailler à l’âge du numérique défendons la coopérative ! ». Ce document s’applique aux domaines des transports ; des domaines singulièrement transformés par l’émergence des VTC. Ses auteurs, Jérôme Giusti et Thomas Thévenoud, défendent l’intérêt d’une régulation fondée sur le recours au statut hybride d’entrepreneur salarié associé (ESA) de coopérative d’activités et d’emploi (CAE).  La démonstration est brillante ! Elle invite d’ailleurs à étendre les pistes proposées par-delà le monde des transports, par exemple en fondant les politiques numériques territoriales autour de nouveaux collectifs d’acteurs publics et privés.

Les bouleversements numériques en cours transforment non seulement nos usages, nos modes de vie, nos rapports aux autres et à nos espaces de vie mais ils modifient aussi notre rapport au travail et au pouvoir. « Pour le meilleur comme pour le pire », rappellent Jérôme Giusti et Thomas Thévenoud avant de s’interroger sur le sens de cette révolution numérique : « que voulons-nous vraiment ? Un numérique qui libère ou un numérique qui aliène ? (…) Le monde qui se construit sous nos yeux n’est peut-être pas celui que nous aurions souhaité. Essayons de l’améliorer. C’est encore possible. »

Réguler l’ubérisation des VTC par les Coopératives d’Activités et d’Emplois (CAE)

Le rapport de la Fondation Jean Jaurès aborde cet immense défi au travers du secteur des VTC, l’un des domaines dans lequel l’ubérisation de nos sociétés trouve sa source. Selon Le Robert, cité par les auteurs du rapport, ubériser revient à « déstabiliser et transformer avec un modèle économique innovant en tirant parti des nouvelles technologies ». Fin du salariat, développement de l’autoentreprise, Uber a en effet inspiré quasiment tous les secteurs de l’économie.

Le rapport de la Fondation Jean Jaurès recherche des solutions non pas pour dénoncer l’ubérisation mais pour l’améliorer. Ses auteurs préconisent pour cela de passer par la régulation et non pas par le droit. Selon eux, les solutions existent en effet déjà pour concilier « innovation numérique et protection du travailleur, volonté d’être indépendant et modèle social français, ubérisation et sécurité juridique. Elle porte le nom de coopérative d’activités et d’emploi (CAE). »

Ces dernières ont été créés par une loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire. Précisé par un décret du 27 Octobre 2014, le statut d’ESA est entré en vigueur le 1er janvier 2016. « Son originalité est qu’il constitue une forme hybride entre les deux statuts de salarié et de travailleur indépendant. Il est novateur en ce sens qu’il offre les avantages des deux » rappelle la Fondation.

Les atouts du statut d’ESA ont été soulignées dans plusieurs rapports récents cités par Jérôme Giusti et Thomas Thévenoud. En janvier 2016, un rapport du Conseil national du numérique (1) concluait que le modèle coopératif était particulièrement adapté à l’univers numérique. En mai 2016, un rapport de l’Inspection des affaires sociales (IGAS -2) recommandait de « créer un statut spécifique d’entreprise porteuse collaborative réservé aux contributeurs des plateformes coopératives » inspiré des modèles suédois (egenanställning) et britannique (umbrella company). Ce statut permettrait de négocier des accords avec les plateformes au bénéfice des travailleurs collaboratifs pour offrir à ces derniers des services, par exemple comptables et administratifs, sur la base d’une relation contractuelle entre le salarié et le porteur qui serait « de même nature que celui des contrats d’entrepreneur salarié des coopératives d’emploi et d’activités ».

Cette « piste ESA » reste toutefois à ce jour peu ou pas utilisée par les acteurs de plateformes de VTC. Le rapport rappelle à quel point par exemple « les plateformes de mise en relation estiment que la CAE risque de remettre en cause leur modèle opérationnel et économique actuel en raison, d’une part, de l’importance des mutualisations des fonctions et des charges des conducteurs qu’elle induit possiblement et, d’autre part, de l’incitation à se regrouper et à s’organiser qu’elle constitue pour les conducteurs, voire à négocier leurs conditions de travail et le prix de la mise en relation. » Pour dépasser ces oppositions, la Fondation fait donc œuvre de pédagogie et formalise ses propositions.

Transitions numériques territoriales et coopératives

L’esprit du rapport de la Fondation Jean Jaurès converge avec nombre de projets numériques locaux dans lequel ces doubles enjeux d’indépendance et de coopérations se retrouvent quasi systématiquement. Quelques exemples parmi les opérations que nous expérimentons illustrent ces défis. Dans un projet d’agence touristique, comment associer des prestataires, par exemple des guides, des organisateurs de parcours eaux-vives, des hébergeurs, dans un véritable projet commun où chacun se sentira acteurs et à même de mutualiser des solutions d’intérêt communs ? Dans un programme d’aménagement, en mode quartier intelligent, comment réunir promoteurs, aménageurs, commerçants locaux, prestataires de services de proximité notamment autour de plateformes de services en ligne et de lieux associés à valeur-ajouté locale ?

A chaque fois, la question de l’organisation des coopérations se pose. A chaque fois, les conditions d’organisation des liens entre organisations ou travailleurs collaboratifs font soucis. A chaque fois, nous recherchons des formes d’hybridation à même de concilier des impératifs économiques, contractuels, sociaux, territoriaux et de plus en plus écologiques et numériques.

Les pistes proposées par la Fondation Jean Jaurès permettraient-elles de réduire les charges d’exploitation de chaque membre du collectif, de sécuriser les propriétés et les revenus, voire même d’intéresser chaque contributeur aux résultats tout en le laissant libre d’organiser son activité et de partager des temps de formation et de développement ? La piste mérite d’être examinée.

Nous partageons en tout cas la conviction de Jérôme Giusti et Thomas Thévenoud : l’enjeu consiste bien, dans les stratégies numériques, de retrouver l’idée de progrès social en inventant un coopérativisme digital capable de doter ses membres de nouveaux moyens pour relocaliser de la valeur ajoutée, pour réduire leurs dépendances aux GAFA, et pour mutualiser des solutions.

 

(1) Conseil national du numérique, Travail, emploi, numérique. Les nouvelles trajectoires, rapport remis à la ministre du Travail et de l’Emploi, janvier 2016.

(2). IGAS, Les Plateformes collaboratives, l’emploi et la protection sociale, mai 2016, p. 59.

 

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Démétropolisation et stratégies numériques territoriales

La note du Conseil d’Analyse Économique de janvier 2020 (1) apporte une pierre de plus à tous ceux qui militent pour la transformation des politiques territoriales. Ses auteurs, Yann Algana, Clément Malgouyresb et Claudia Senikc, analysent une partie des fondements des mouvements sociaux qui agitent le pays depuis de longs mois, notamment celui des gilets jaunes. Ils montrent de quelles manières ces mouvements trouvent une partie de leurs origines dans une géographie du mécontentement et dans un ensemble de réactions face à des politiques de concentration métropolitaine qui font disparaître équipements et services public, ou d’intérêt public, dans les territoires les moins denses. Cette « revanche des lieux qui ne comptent pas » interpelle encore une fois les politiques numériques publiques.

La note du Conseil d’Analyse Économique intitulée « Territoire, bien-être et politiques publiques » s’organise autour d’une analyse statistique qui cherche à identifier les déterminants locaux du mécontentement d’une partie de la population. Cinq facteurs sont étudiés à l’échelle de la commune entre 2012 et 2017 : l’emploi, la fiscalité locale, les équipements privés et publics, l’immobilier et le lien associatif.

La revanche des lieux qui ne comptent pas

L’analyse montre que c’est la disparition des lieux de socialisation qui participe au mal-être des territoires mobilisés dans le mouvement des Gilets jaunes. Déclin des commerces, fermeture des bureaux de poste, des écoles, des tribunaux, ou des lieux de santé, l’hypothèse défendue estime que les endroits où la mobilisation gilet jaune a été la plus forte correspond aux communes dont les conditions de vie locales se sont le plus dégradées ces dernières années.

Le déclin de l’emploi local joue un rôle premier. La disparition du dernier commerce local, la fermeture d’un lieu d’enseignement comme d’un équipement de santé, la lente dégradation de la vie associative locale nourrissent également ces mouvements sociaux. « Le facteur géographique du mécontentement plongerait ainsi ses racines dans la concentration des activités au sein des métropoles.» Un rapport d’Octobre 2019 du Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques confirme ce recul de l’accès aux services publics – écoles primaires, bureaux de poste, maternités et gares – dans les petites communes et les territoires ruraux sur la période 1983-2013 (2).

Changer de méthode ? Quatre recommandations

Le modèle métropolitain, l’hyper concentration française autour de la région parisienne confirment ainsi l’ampleur des dysfonctionnements qu’ils génèrent. Les auteurs de la note du Conseil d’Analyse Économique plaident pour une révision complète des stratégies publiques. Ils suggèrent pour cela quatre inflexions.

  • La première vise à « redéfinir les objectifs d’aides aux territoires en prenant en compte toutes les dimensions du bien-être et non les seuls critères économiques ».
  • La seconde consiste à rénover l’approche de l’État central vis-à-vis des politiques de soutien aux territoires. Ils conseillent pour cela de privilégier l’accompagnement technique et financier à des projets initiés localement et portés par l’ensemble des acteurs concernés.
  • La troisième passe par la suppression des politiques d’exonérations fiscales, de type Zone de Revitalisation Rurale, pour utiliser ce budget pour les projets locaux destinés aux territoires ruraux, dont l’allocation doit étroitement impliquer les élus au niveau local.
  • La dernière a trait au réseau France Services. Pour ces maisons de services publics, les auteurs suggèrent de cibler des lieux de passage et surtout d’inclure aussi des services de proximité, y compris privés, en fonction des besoins locaux des usagers, et en évitant le tout numérique.

Inventer une transition numérique des territoires les moins denses pour ne plus subir une nouvelle vague de concentration urbaine

Les impasses du tout numérique sont celles que nous dénonçons depuis de longues années. Les projets que le Lab Numericus déploient se construisent ainsi dans une optique diamétralement opposée. Il ne s’agit pas de supplanter les équipements de proximité par des solutions en ligne mais au contraire de consolider et de diversifier les lieux comme les services du territoire par des solutions numériques maîtrisées localement. Il est ainsi possible de générer notamment plus de liens entre habitants et équipements locaux et plus de la capacité à agir. Ainsi peut se résumer ce concept de proximité augmentée proposé voici plusieurs années et que nous expérimentons au travers notamment de projets distribués de la Loire-Atlantique à la Haute-Savoie en passant notamment par le Doubs, le Pays de Gex et les Pyrénées-Atlantiques.

 

  1. Yann Algana , Clément Malgouyresb et Claudia Senikc – Territoires, bien-être et politiques publiques, Les notes du conseil d’analyse économique, n° 55, Janvier 2020 – http://www.cae-eco.fr/IMG/pdf/cae-note055.pdf
  2. Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques (Dufrègne J-P. et J-P. Mattei, rap.) (2019) : « Évaluation de l’accès aux services publics dans les territoires », Rapport d’information de l’Assemblée nationale, n° 2297, 10 octobre.
  3. Voir Oliveira Martins J. et K. Maguire (2019) : Regions in Industrial Transitions: Policies for People and Places, OCDE et Oliveira Martins J. et K. Maguire (2015) : « Vers un nouveau paradigme des stratégies de développement régional dans l’OCDE », Revue de l’OFCE, n° 143, juillet.

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Comment allons-nous sortir de l’âge du cuivre ? Montée en compétences ou montée en dépendances ?

Le 29 novembre 2019, d’abord à Pau à 13h puis à Bayonne à 17h30, l’agence d’urbanisme Atlantique et Pyrénées (AUDAP) organise une rencontre sur l’immense sujet de la transition numérique des territoires. A cette occasion, je jouerai le rôle passionnant de grand témoin sur la base d’une conférence intitulée « Comment allons-nous sortir de l’âge du cuivre ? Montée en compétences ou montée en dépendances ? ». Les réseaux Très Haut Débit se déploient. Tous les foyers disposeront sous peu d’une connexion performante. Le dossier numérique territorial est-il pour autant terminé ? Ne faut-il pas plutôt convenir que le véritable projet, celui d’un web à valeur-ajoutée locale, peut enfin commencer ? Sans cela, nous pourrions bien nous réveiller avec des réseaux optiques préemptés par les plateformes mondiales et avec le sentiment d’avoir oublié les vrais enjeux territoriaux. Heureusement, nombre d’exemples montrent qu’il peut en être autrement !

Il s’avère en effet possible d’enrichir les indispensables opérations de type Réseaux d’Initiatives Publics (RIP), comme celle par exemple en cours sur l’initiative du Conseil Département des Pyrénées-Atlantiques, par des projets numériques locaux créateurs de plus-value territoriale. Solidarités, tourisme, soutien des filières courtes et des entreprises locales, services de proximité enrichis, immobilier plus performant, convergence entre numérique et énergie, formations, industrie 4.0, et même économies de fonctionnement pour les Collectivités… Les projets sont nombreux qui prouvent qu’il n’y a pas de fatalité à subir le seul web des plateformes. Pour que les retours sur investissements des politiques publiques ne profitent pas qu’à Amazon ou à Netflix, ces projets montrent à quel point la puissance publique a un rôle clé à jouer. Tel sera aussi sans doute un sujet des débats de cette journée du 29 Novembre.

Les conférences sont publiques. Les informations et le lien pour examiner le programme et s’inscrire se trouve ici.

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Transitions touristiques : Xplorer, un campus pour réapprendre à apprendre ?

Transitions écologiques, numériques ou encore sociales, comme tous les domaines, le tourisme va devoir inventer d’autres modèles pour concilier socio-économie et environnement. Le chantier se révèle complexe ; il demandera plusieurs décennies avec des probabilités d’échecs élevées ! La manière la plus sûre d’échouer dés aujourd’hui consisterait d’ailleurs à se limiter à pâlement verdir, en mode greenwaching, quelques actions pensées sur de timides gesticulations court-termistes orientées par exemple communication. Le défi se révèle d’une toute autre dimension : complexité, temps long, modèles à réinventer, acceptabilité sociale à repenser… Et s’il fallait commencer par revoir les processus de formations initiales et tout au long de la vie ? C’est en effet à la prochaine génération qu’il appartiendra de transformer nos fragiles esquisses. Encore faut-il amorcer le processus en étroite collaboration avec eux. C’est l’une des finalités du nouveau campus Xplorer, un projet qui démarre.

Territoires touristiques apprenants, ou la défense d’un autre paradigme du développement territorial

Au tournant des années 1990-2000, alors en situation de responsabilités à la fois universitaires et techniques (1), j’avais tenté, au travers de l’ouvrage Territoires apprenants (2), de théoriser un modèle d’organisation locale plus à même de réussir les transitions dont l’impératif ne faisait déjà guère de doutes. Pour y parvenir, les pistes explorées postulaient que l’action politique devait faire l’apprentissage de la fluidité spatiale, de la coopération et de la complexité. Cet enjeu était alors abordé sous l’angle de l’organisation « apprenante », c’est-à-dire capable d’apprendre en permanence de son action et de celle des autres.

L’expérimentation de cette hypothèse, au cours de plus de deux années d’intenses exercices prospectifs pour un espace de vie au pied des Pyrénées, en Béarn, s’est révélée passionnante. Elle a largement démontré la fertilité des liens ainsi tissés via une démarche associant plusieurs centaines de chercheurs, manageurs publics et privés, citoyens, élus, syndicalistes… Or cette opération, nommée Béarn XXI, fonctionnait de fait comme un vaste campus ouvert à tous ceux qui avait librement décider de renforcer leurs rôles d’acteurs via une forme d’intelligence collective dans laquelle chacun apprenait des autres.

La qualité de ces processus ouverts s’est largement confirmée, avant et après, dans d’autres contextes. On retrouve d’ailleurs une partie de l’esprit de ce type de méthode dans nombre de processus modernes : design thinking, entreprise libérée ou sprint design par exemple… A chaque fois, il s’agit bien de manager des processus de conduite du changement fondés sur des démarches cognitives collaboratives organisées en mode projets.

Un campus pour réapprendre à apprendre

Le projet campus Xplorer relève de ces logiques. Il postule que l’une des réponses pour réussir les transitions écologiques, numériques, sociales ou démocratiques suppose de profondes évolutions de nos processus de formation à toutes les étapes de la vie. Déjà, dès 1977, dans La Nature de la Nature, Edgard Morin affirmait que le problème crucial « est celui du principe organisateur de la connaissance, (…) ce qui est vital aujourd’hui, ce n’est pas seulement d’apprendre, pas seulement de réapprendre, mais de réorganiser notre système mental pour réapprendre à apprendre… Ce qui apprend à apprendre, c’est cela la méthode ». Le campus Xplorer s’inscrit dans cette famille méthodologique.

Ce pôle d’enseignement, très récemment ouvert dans l’agglomération Pau Béarn Pyrénées abrite le Master tourisme de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), l’école Sports Performance Santé (SPS) et l’École de Commerce du sport CNPC. Il réunira environ 650 étudiants début 2020 au sein d’une friche industrielle en reconquête au centre de l’agglomération.

Quatre principales lignes de bifurcations, mises en œuvre de manière simultanée, organisent ce campus :

  • La première consiste à replacer les cours au centre de la cité et non pas, comme cela est souvent le cas, dans un « quartier campus ».
  • La seconde cherche à encourager un écosystème de formations basé sur la stimulation de liens forts avec la société plus que sur un entre-soi universitaire.
  • La troisième passe par le développement d’une pédagogie qui associe davantage les étudiants aux projets de la cité.
  • La quatrième vise enfin à se doter de leviers dédiés campus intelligent en mode slow web.

Ces bifurcations sont rapidement présentées dans les lignes qui suivent.

Un campus dans la cité et non pas un quartier campus

Le premier levier peut être qualifié de géographique. Il consiste non seulement à replacer les lieux d’enseignement au centre de la cité mais aussi à ouvrir les locaux en les partageant avec la société locale.

Les bâtiments du campus, construits par la SEM Pau Pyrénées, constituent tout d’abord les premières constructions du futur parc d’activités Xplorer Point dédié sports, tourisme et santé. Ils lancent également la reconquête opérationnelle d’une vaste friche urbaine qui, de la Gare SNCF aux anciennes usines DEHOUSSE en passant par les berges du Gave de Pau, augurent de l’un des futurs quartiers centraux de l’agglomération paloise. Cette décision publique de démarrer un tel programme urbain par un volet formation permet ainsi aux écoles présentes de prendre toute leur place dans ces dispositifs, par exemple en facilitant la participation des étudiants aux projets territoriaux associés.

Ce repositionnement des lieux de formation dans la cité va de pair avec la mise en place de nouvelles mixités immobilières. Le Master tourisme de l’UPPA utilise par exemple des locaux ouverts à d’autres acteurs du développement local. Une salle de cours constitue désormais un lieu mutualisé entre plusieurs partenaires. Ces salles ont été ainsi conçues pour accueillir, dès qu’elles ne sont pas occupées, entreprises, collectivités ou encore associations. L’objectif consiste bien à faire d’une partie du campus une maison ouverte dédiée transitions touristiques et sportives.

Un écosystème producteur de liens plus que de murs

Le second des principes autour desquels s’est construit Xplorer est managérial. Il vise à décloisonner les périmètres de formation en les adossant, d’une part, à de grandes questions de société, dans notre cas comment réussir les transitions touristiques et sportives, et, d’autre part, en les animant via des démarches exploratoires. Le master tourisme de l’Uppa procède, par exemple, via des ateliers fondés sur de véritables commandes. Cette année, l’une émane d’une entreprise privée et vise à concevoir un modèle de produits séjours tourisme plus slow. L’autre vient d’une Collectivité Territoriale qui s’interroge sur ses stratégies transitions des économies touristiques de moyenne montagne. Toutes les deux organisent ainsi non seulement un levier d’application des cours mais aussi un processus d’apprentissage collectif entre formateurs, étudiants et professionnels. L’école SPS place ses étudiants en vraies situations d’application face à des clients, des usagers ou des partenaires. Le CNPC procède de manière comparable. En ouvrant les murs universitaires, la méthode Xplorer cherche ainsi à intensifier les liens entre moments de formation et moments professionnels.

Plusieurs dispositifs publics territoriaux en préparation complèteront ces solutions : soutiens techniques et financiers en faveur de l’entrepreunariat étudiants ; réseau de sites d’expérimentations montés en partenariat avec les clubs, grands et petits, de la région ; groupes de coachs…Il s’agit ainsi de soutenir la conversion des projets étudiants, et plus largement de tous ceux nés des coopérations Xplorer, en solutions opérationnelles à valeur ajoutée transition touristique ou sportive.

Des étudiants plus associés et plus acteurs de leurs parcours de formation

La troisième bifurcation testée par Xplorer concerne la place des étudiants dans le design de la formation. Elle vise à personnaliser les cours via une mise quasi immédiate en expérimentation critique au sein des projets développés dans et autour du campus. C’est d’ailleurs un levier de plus en plus courant dans nombre de processus. Il se décline sous une sémantique plurielle : mobilisation, implication, citoyenneté, ou encore responsabilisation. A travers cette diversité sémantique, émerge un principe commun qui participe de l’essence même de la méthode Xplorer : encourager chaque étudiant à bâtir son propre parcours de formation en prenant le risque de participer à la production, au pilotage et au développement des solutions expérimentées ; au risque d’ailleurs assumé de l’échec et de nouveaux départs.

Nous faisons l’hypothèse que ce principe de méthode constitue l’un des mécanismes indispensables à la réussite de toutes formes de transition. L’actualité démontre clairement que, pour avoir une chance d’être durablement acceptées, les décisions indispensables à prendre, par exemple en matière de défense de l’environnement, doivent être co-construites avec le plus grand nombre possible des publics concernés. Le campus Xplorer cherche à vérifier cette hypothèse.

Un écosystème Slow Web et campus intelligent

La dernière bifurcation testée sur Xplorer exploite des solutions web pour, d’une part, décloisonner les cours et, d’autre part, renforcer le confort de vie au travail dans et autour du site. Elle opérationnalise pour cela une série de solutions dédiées campus intelligent développée en mode slow web.

Xplorer cherche à opérationnaliser pour un campus cette piste slow web, déjà expérimentée par une partie de l’équipe de recherche dans d’autres situations (parc d’activités, quartiers…). Elle se fonde notamment sur :

  • Une relative reprise de contrôle de nos vies numériques en incitant notamment les usagers, via des solutions alternatives, soit à ne pas céder sans réflexion à la facilité des algorithmes des grandes plateformes, soit à privilégier les conversions vers des solutions maîtrisées (un site web par exemple) ;
  • Des services et des commerces de proximité valorisés par une Application (WeekMeUp);
  • Des solutions réseaux et services mutualisés via un connecteur et une API unique ;
  • Des infrastructures réseaux optiques et radio allumées par des opérateurs locaux ;
  • Des logiciels de contrôle ouverts et non-propriétaires ;
  • Des solutions constructives basse consommation ;
  • Une complémentarité ressources en lignes / solutions en présentiel.

Rendez-vous dans ?

Le projet Campus Xplorer démarre à peine. Et même si les premiers indicateurs comme les premiers retours paraissent intéressants, il faudra du temps pour en tirer des enseignements sérieux. 10 ans pour que les étudiants d’aujourd’hui puissent déployer leurs solutions ? 20 ans pour que les graines que nous aurons tous tenté de planter germent pour inventer autre chose ? A suivre donc.

 

(1), En 1997, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour s’était vu confiée par deux leaders politiques de sensibilité différente François Bayrou (Modem, alors Président du département des Pyrénées-Atlantiques) et André Labarrère, (PS, alors Maire de Pau) une mission d’animation d’une opération de prospective territoriale nommée Béarn XXI. Le Président de l’Uppa et ces deux élus m’avaient chargé de diriger techniquement cette mission comme délégué général de l’association support. J’ai tenu ce rôle pendant environ 2 ans avec notamment une équipe de collègues et d’étudiants.

(2) – 2001, JAMBES (JP) Territoires apprenants, Esquisses pour le Développement local du XXIè siècle, L’Harmattan, Paris.

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Les liens villes – campagnes revisitées par le think tank Démocratie Vivante.

L’association Démocratie vivante vient de publier un ouvrage collectif intitulé « Villes-campagnes pour une cohésion des territoires de la République ». Chacun pourra le télécharger en Pdf ici avant de trouver aussi une version papier achetable en ligne dans quelques jours. Ce livre réunit une vingtaine de contributions d’élus, d’experts et d’acteurs de terrain qui revisitent les sujets, en profonde mutation, des relations complexes entre métropoles, villes et espaces ruraux. Nous y proposons une approche enrichie des programmes numériques.

Sortir des approches binaires

Pour clarifier la finalité de l’ouvrage, reprenons les mots signés par Quentin Jagorel, qui a dirigé ce chantier collectif. « On ne compte plus, dans le débat public, les contributions sur l’avenir – le plus souvent présenté comme forcément sombre ! – des campagnes, des quartiers, des villes petites et moyennes. La plupart de ces travaux abordent la complexité des dynamiques territoriales de façon binaire : déclin des périphéries, renforcement progressif des centres métropolitains. Si cette réalité ne peut être niée, il semble urgent d’aller plus loin et de réfléchir ensemble aux moyens de lutter contre ce qui éloigne les différents espaces de la République. »

Quentin Jagorel a raison : il semble en effet urgent de sortir des approches souvent trop mécaniques et de se donner les moyens d’inventer d’autres approches, puis d’autres solutions. Par-delà les grands discours, l’heure désormais est aux grandes décisions. Et elles demanderont sans le moindre doute que l’on prenne enfin le risque de sortir des approches classiques, notamment en repensant le rôle de l’Etat ou de l’Europe et les coopérations entre Collectivités Territoriales.

Le rural, ou comment se donner plus de moyens pour réussir la transition numérique des territoires ?

C’est ce que nous essayons de proposer, dans cet ouvrage, au sujet des stratégies numériques en signant une contribution nommée « Le rural, ou comment se donner plus de moyens pour réussir la transition numérique des territoires ? ». Nous proposerons sans doute ici un résumé détaillé ou une reprise de ce texte. Dans cette attente, le paragraphe ci-dessous esquisse le sens du contre-pied digital suggéré.

Dans notre monde dopé au paradigme métropolitain quasi unique, où presque tous les rapports sur les smarts cities se fondent mécaniquement sur le constat d’une urbanisation croissante de la planète pour auto-légitimer des politiques en passe d’oublier le contrat républicain territorial, il pourrait sembler quelque peu baroque de défendre un principe au titre duquel on devrait procéder quasiment à l’inverse. Un principe qui consisterait, en utilisant une formule provocante, à aborder les transitions plus par le vide que par le plein, plus par les carences que par les piliers du marché, plus par la relocalisation choisie que par la mondialisation subie. C’est pourtant ce principe que nous privilégions dans nos approches des transitions numériques. Elles proposent en effet de considérer les espaces non- métropolitains, les « vides » évoqués plus haut, comme les priorités des stratégies publiques menées dans ces domaines.

La suite est à lire à la page 117 de l’ouvrage « Villes-campagnes pour une cohésion des territoires de la République » publié en Octobre 2018 par Démocratie Vivante.

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Retour sur le modèle affermage Très Haut Débit. Comment l’exemple de Pau Broadband Country confirme que les Collectivités Territoriales peuvent être des investisseurs efficaces et avisés.

La Communauté d’Agglomération Pau Béarn Pyrénées et Axione viennent de signer le second contrat de délégation de services publics Très Haut Débit. Le premier datait de 2003. Je dirigeais alors techniquement ce projet, avec mon ami Gérard Fauveau et une équipe vraiment formidable, le tout sous la houlette éclairée du Président André Labarrère et de sa DGS Evelyne Lalanne-Courrèges. Il s’agissait, je crois, du premier contrat d’affermage FttH – FttO du pays. Ce choix mûrement réfléchi d’un modèle juridique affermage dans lequel la Collectivité construisait directement son propre réseau, au contraire des solutions concessives, avait pu alors surprendre. Celui d’un réseau tout fibre optique n’allait d’ailleurs pas de soi non plus dans une époque d’ADSL triomphant. Il est donc intéressant 15 ans après de juger de l’efficacité de ces décisions à la lumière du second contrat de DSP récemment signé sur l’initiative de l’exécutif et des équipes techniques actuelles de l’agglomération de Pau.

Côté quantitatif, mission plus qu’accomplie

Le contrat de 2003 engageait les parties sur la construction d’environ 50000 prises optiques FttH – FttO. Ce seront finalement environ 63000 qui auront été déployées sur la base d’une division des tâches simples. L’agglomération investit pour la construction du réseau dans l’espace public. Axione assure le déploiement en parties privées et l’allumage des câbles pour exploiter une infrastructure vendue auprès des opérateurs sous la forme aussi de prises activées. Bilan positif sur ce volet donc.

Côté retours sur investissements publics, rentabilité au rendez-vous !

L’Agglomération a investi environ 35 millions d’euros (dont 8 millions d’aides régionales, nationales et européennes) dans cette première DSP. Elle s’est ainsi dotée d’un patrimoine THD à longue durée de vie loué au délégataire pendant toute la première DSP. Les recettes locatives pour la Collectivité pendant cette période de 15 ans se montent à environ 4 Millions d’euros, clause de bonne fortune comprise. Le rendement de l’argent public investi a donc déjà été efficace.

Mais c’est la seconde DSP qui va constituer, comme prévu, la vraie période de valorisation des investissements publics très haut débit. Succès commercial du réseau aidant, le contrat 2018 – 2033 se traduit en effet pour l’agglomération par une recette locative annuelle de 3,2 millions d’euros, soit 48 millions sur 15 ans. A cette recette fixe, il faut en outre ajouter :

  • Une part variable liée à une redevance de performance. Elle est estimée, dans le dossier de presse publié par Axione, à environ 2 millions d‘euros par an, soit 26,5 millions d’euros sur les 15 ans à venir ;
  • Une redevance dite « de contrôle » d’environ 0,1 M euros par an.

En bref donc :

  • 35 millions d’euros d’investissements publics d’un côté, auxquels et malgré le caractère désormais affermo-concessif du contrat, il faudra ajouter quelques millions pour la période 2018 – 2033 et la clôture de la première DSP.
  • Une recette de 76 Millions d’euros pour la Collectivité de l’autre côté.

Pas si mal non ? Mieux encore d’ailleurs si l’on analyse le modèle économique du réseau PBC sur la durée de vie de ces patrimoines télécom, une cinquantaine d’années, soit l’équivalent de trois périodes DSP successives. Comme quoi, la meilleure façon d’économiser de l’argent public consiste parfois, notamment pour les Collectivités, à investir sur des infrastructures et des usages d’avenir.

L’erreur historique du plan THD France et des décisions en mode zones AMI

Notre chance à Pau aura été en fait de lancer le projet avant tout plan national ou avant toutes décisions, toujours incompréhensibles pour moi, de réserver des zones entières du territoire, les plus rentables et les plus simples en termes déploiement, aux seuls opérateurs du marché.

En procédant de la sorte, on a durablement amputé les budgets publics de considérables sources potentielles de revenus et de puissants moyens d’action. On s’est aussi privé d’importants leviers de péréquation. Sans parler des sources d’économies de fonctionnement ou d’inventions services publics facilités par l’exploitation raisonnable de solutions THD en mode Groupement Fermé d’Utilisateurs (GFU) maîtrisées par la puissance publique.

Bref, le plan national THD pourrait bien rester dans la petite histoire numérique du pays comme un agrégat sans ambition publique, sans vision prospective face à des GAFAM triomphants et, plus grave peut-être comme une mauvaise affaire pour les finances publiques. On risque de mesurer longtemps ses conséquences négatives.

Les faiblesses de Pau en matière de services qui préfigurent de possibles échecs nationaux

Si la Communauté d’agglomération peut donc se réjouir techniquement comme financièrement de ses décisions passées et de sa capacité actuelle à avoir bien négocié un contrat de DSP n°2, la vie est-elle pour autant complètement rose le long du gave de Pau ?

Pas tout à fait ! Un point d’effort capital reste notamment en déficit d’invention : celui des services et des usages créateurs de valeur ajoutée locale. Dans les choix techniques retenus en 2003 figurait par exemple celui de déployer deux fibres FttH dans chaque résidence. Le pari était simple : faire cohabiter un réseau destiné aux clients opérateurs et une infrastructure optique à usage plutôt orientée services publics et solutions locales. C’est ce nous expliquions dans ce précédent article.

Ces choix restent toujours aujourd’hui ceux d’Axione et de Pau. Et comme eux, je continue à penser que cette option est d’avenir. C’est peut-être même en effet l’un des dossiers THD parmi les plus structurants. Il joue en effet un rôle de levier pour toutes les problématiques publiques numériques du moment : smart territoire, E-inclusion, transition écologique, services à valeur ajoutée locale, simplification d’accès aux services publics, valorisation des données… Dans d’autres opérations, souvent loin de Pau, nous sommes d’ailleurs en train de démontrer l’intérêt de ces solutions réseaux parallèles. Nous en reparlerons le moment venu. Aucun de ces projets n’a toutefois la dimension paloise où, à court terme, 100% des entreprises et plus de 150000 résidents seront connectés de cette manière. Je formule donc des vœux pour que Pau puisse, avec d’autres, retrouver une place constructive pour inventer le modèle THD pour les territoires et leurs résidents. Son nouveau slogan « Pau capitale humaine » ne l’y oblige-t-il pas ?

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