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Malgré des progrès, la situation des khwaaja sira pakistanais reste sombre

26 avril 2024 à 13:14
Depuis l’adoption d’une loi de protection des droits des personnes trans en 2018, les partis islamistes pakistanais tentent d’en faire abroger certains passages. Les parties prenantes concernées ont déposé un recours auprès de la Cour suprême, qui n’a pas encore statué.

L’amour est-il une valeur sûre ?

20 avril 2017 à 15:00

X : Que pensez-vous des sentiments d’amour qui mènent à la souffrance ? Appelleriez-vous cela de l’amour ?

Y : Qu’est-ce que l’amour ?! Je ne saurais le définir…

En tout cas, je pense que l’amour est indissociable de la souffrance. Dès qu’il y a amour, il y a souffrance parce qu’il y a attachement ; une sorte de dépendance.

Ensuite évidemment, il y a des relations d’amour plus ou moins saines qui entrainent plus ou moins de souffrance ; en fonction de soi, de l’autre et de ce que l’on projette sur soi, l’autre et la relation.

X : Je trouve ça dure de me dire qu’amour va forcément avec souffrance… On a toujours envie que les choses se passent bien et puis je crois qu’au fond, on a tous cette idée que l’amour est ce qui peut nous arriver de meilleur, nous apporter l’équilibre, la complétude. Que c’est la réponse à notre solitude, à nos carences émotionnelles, voire à notre détresse.

Y : Oui… Cette image idéalisée de l’amour est très commune, mais je crois que c’est un fantasme dangereux. Pas uniquement parce qu’elle est fausse, mais aussi parce qu’elle nous fait nous perdre nous-mêmes.

Dans notre éducation et notre société, cette chose indéfinissable nous est présentée comme une clé essentielle : LA valeur ultime, LA chose à vivre. C’est sûr que ça en fait rêver plus d’un•e de trouver l’âme-sœur, la personne avec laquelle on filera le parfait amour !

Malheureusement, ce genre de rêve se transforme toujours en déception, en “plus jamais ça“ et quelquefois même en cauchemar. Étrange, non ? Où est donc passé le rêve, tout à coup ?

Il s’est évanoui dans le tumulte de sa confrontation au réel. Non pas tant que la réalité soit décevante en soi, même si elle peut évidemment être difficile. C’est surtout que la chute est proportionnelle à l’illusion de départ. Qu’avons-nous voulu que cette relation soit ? Au prix de quel aveuglement ? Quelle image avons-nous voulu montrer de nous-même ? Qu’est-ce que l’autre a voulu montrer de lui ou elle-même ?

Voilà des questions importantes qui déterminent dès le départ la qualité de ce que sera une relation. Car que peut-on attendre d’une relation fondée sur une idée déconnectée de la réalité ?

Je pense que lorsque l’on veut faire coller une personne ou une relation à un idéal, on va dans le mur. Tout simplement parce que tordre la réalité – en clair, mentir et se mentir – ça peut marcher un temps, mais on est vite rattrapé•e et ça peut devenir hideux.

X : Oui bon, on peut se tromper aussi. Se laisser embarquer.

Et puis, est-ce que ça veut dire qu’il faut baisser son niveau d’exigence pour éviter d’être déçu•e ?

Y : Bien sûr, qu’on peut se tromper. Et plus tôt on s’en rend compte, mieux c’est.

Baisser son niveau d’exigence ? Qui parle de ça ? Voir les choses en face, ça oui c’est de l’exigence !

Vouloir la personne parfaite et l’histoire parfaite, c’est au contraire brader sa vie pour une idée, pour des rôles pré-établis et des obligations plaquées ; c’est se donner à une superficialité crasse.

Plus on se raconte d’histoires, ce que nous avons tous tendance à faire au moment de la rencontre, plus on a de chances de courir à l’échec ; que la relation soit courte ou qu’elle dure toute la vie. Quoi de plus triste qu’un couple qui “tient bon“ mais où les gens n’ont plus rien à se dire et transpirent le ressentiment ?

X : Je comprends bien, mais alors n’est-on pas en train de signer l’arrêt de mort du romantisme ?

Y : Ah c’est sûr que quand on prend la peine de lever le voile sur les jeux de la séduction, sur les effets spéciaux du moment parfait avec la personne parfaite, de l’homme fort et galant, de la femme séduisante et sensible, quand on essaie d’y voir plus clair au moment-même de l’emballement amoureux, oui c’est vrai, le romantisme en prend un coup.

Mais on peut aussi en jouer, sans plus en faire un passage obligé qui définirait l’instant ou la relation à l’autre.

Je crois que la question de fond c’est surtout : qu’est-ce qu’une relation ? Et : qu’est-ce qui en détermine la qualité ?

X : Je dirais la bonne compagnie, le sexe, l’admiration, des valeurs communes ?…

Y : Et qu’est-ce que ces jolies idées deviennent quand l’image que l’on a de l’autre et de la relation est figée, idéalisée ? Quand tout est gravé dans le marbre en fonction d’une idée prédéfinie du bonheur et de l’amour, de ce que l’autre doit être ou doit donner ?… Sachant que bien souvent on ne se rend même pas compte qu’on a de telles idées sur l’amour ! Elles nous sont majoritairement inconscientes.

Sans évolution, toutes ces jolies idées passent du flamboyant au flétri en l’espace de quelques mois ou années. L’exaltation, l’ivresse et l’aveuglement joyeux laissent vite place à la misère de l’incompréhension et de la colère.

Qu’est-ce qu’une relation sans évolution des idées, des personnes, de la vision que l’on a de soi et de l’autre ? Qu’est-ce qu’une relation sans encouragement mutuel à la croissance et au changement ?

X : Avec le risque que l’autre se révèle différent de ce que l’on voudrait, qu’il ou elle grandisse dans une direction qui ne nous correspond plus…

Y : Oui.

X : C’est dur. Ça fait peur quand même.

Y : Oui, c’est une des choses les plus difficiles qui soient.

Mais au bout du compte, cela nous met face à deux options : l’idéalisation (sa momification mentale et sa prison émotionnelle), ou bien la prise en compte du réel (sur la voie du respect de soi et de l’autre).

Et croire qu’on peut saupoudrer notre vie d’un peu des deux, c’est juste enterrer la deuxième.

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Comparaison n’est pas raison

21 février 2017 à 15:00

X : Ce monde nous demande en permanence de nous comparer les uns aux autres. C’est un désastre, je le sais, mais je passe mon temps à regarder autour de moi pour me déterminer, me définir et réagir en fonction. Je pense que ça me fait vraiment souffrir en fait, mais je n’arrive pas à m’y soustraire.

En même temps, ne peut-il exister une saine compétition ? N’est-ce pas la comparaison qui nous fait progresser, après tout ?…

Y : Je crois qu’il faut bien faire la différence entre la comparaison de faits objectifs et celle liée à l’interprétation subjective. Dire que 9 est supérieur à 8 ou que les poissons nagent plus efficacement que les orang-outans n’enlève rien à personne et n’est pas problématique ; bien au contraire, la comparaison est ici un élément indispensable à un raisonnement construit.

Les soucis commencent lorsque l’on cède à la comparaison de critères subjectifs tels que la beauté, la valeur des choses ou la morale, suivant des règles qui fluctuent selon l’époque et le territoire (et qui sont donc dogmatiques). En particulier lorsque cette comparaison devient ce qui nous guide dans nos raisonnements et nos actes, jusqu’à façonner notre identité personnelle.

Force est de constater que notre éducation toute entière est fondée sur la comparaison de nos résultats et de notre apparence avec ceux de nos frères et sœurs (dès l’enfance et jusqu’à la mort), de nos camarades de classe, de nos voisins, de nos parents, de nos collègues de travail et de nos amis. Et depuis peu dans l’histoire humaine, la comparaison se fait avec des « modèles » inatteignables quoique quotidiens : l’acteur porno, le mannequin photoshopé, la célébrité planétaire, l’ultra-riche à qui tout est permis.

Ces nouveaux objets d’attention, certes issus à la surconsommation, de la surinformation et de la mondialisation, demeurent cependant en accord avec un phénomène social immémorial, présent à la source-même des religions monothéistes comme polythéistes : « si tu suis bien les commandements divins, tu auras droit à l’amour de ton dieu ». Dès lors, comment ne pas vouloir être celui qui ne faillit pas, le bon élève, l’enfant préféré ?

Surtout si l’on considère qu’un échec en la matière a pour conséquence colère et vengeance, voire le droit gratuit et illimité de rôtir en Enfer !

X : Oui, enfin, ce genre de considérations est un peu passé de mode, non ?

Y : Pour nombre de croyants, c’est tout à fait d’actualité, hélas pour eux et pour nous. Rappelons que toutes les religions, leurs lieux de culte et leurs écrits, servent encore aujourd’hui à justifier tout un tas d’actes de répression et de terreur, y compris le Bouddhisme et y compris en Europe.

Mais même pour celles et ceux d’entre nous qui ne se pensent pas lié•es à une religion ou à une idéologie, l’influence de ces structures reste insidieuse et d’un impact bien réel sur notre psyché.

Les traditions et les croyances ont la vie dure ; elles s’ancrent dans nos esprits et se transmettent un peu à la manière d’un virus, de proche en proche, de génération en génération… Trouvant leur expression chez le supporter de foot, le militant pour la paix, le patriote ou le « bon » père de famille. Le plus souvent, sans que nous n’en ayons même conscience.

Ces systèmes hiérarchiques, d’opposition entre ceux qui « font bien » et ceux qui sont exclus de fait, promeuvent un mérite non pas lié aux qualités intrinsèques des personnes, mais lié à la bonne observance de règles qui leur sont totalement extérieures et à la soumission à des signes d’appartenance au groupe tels que l’argent, la plastique, le vocabulaire ou les symboles. Ils furent établis pour asseoir le pouvoir d’une tribu sur une autre, ou d’un groupe minoritaire sur les masses. Personne sur Terre n’est épargné par leur omniprésence.

X : Bon… Je me dis qu’au lieu de me comparer aux autres, je devrais toujours me comparer à moi-même il y a 10 ou 20 ans, et voir si je suis toujours fidèle à moi-même, ou si j’ai totalement cédé au système.

Y : Tu penses vraiment que dans le passé tes raisonnements étaient plus libres de jugements dogmatiques ? Et puis, n’as-tu pas appris avec les années ? N’as-tu pas dépassé certains préjugés ou certaines illusions ? Si ton ambition est d’évoluer personnellement, quel sens cela aura-t-il dans 10 ans de te référer à ton fonctionnement actuel ?

X : Ok. Donc, si le fait de se comparer les uns aux autres suivant des critères dogmatiques est tellement présent en nous, de manière inconsciente et depuis la nuit des temps, comment peut-on espérer s’en libérer ?

Y : Je ne pense pas que l’on puisse totalement s’en libérer. Ce que l’on peut faire en revanche, c’est diminuer sa récurrence, son impact, et les souffrances qui en découlent.

Cela commence par le fait de prendre la comparaison subjective pour ce qu’elle est : un réflexe qui peut être utile pour se positionner en société mais qui ne doit pas servir de base à notre identité personnelle.

Ensuite, il est fondamental de comprendre la relation personnelle que nous entretenons avec chacune de ces comparaisons ; repérer au jour le jour ces moments de réflexe compulsif, les disséquer, en identifier la raison d’être (notre avantage à y céder), et en admettre la violence pour nous-mêmes et pour notre entourage, dès lors qu’ils induisent des décisions et des comportements spécifiques de notre part.

Comme on entreprendrait une désintoxication à une drogue dure, il doit s’agir d’une démarche intègre et sans concession, de mise au jour de nos projections maladives et de l’un de nos plus grands mensonges quotidiens : « Je me compare aux autres, mais je pense et j’agis librement ; je fais mes propres choix et ces choix sont intelligents et justifiés. »

Car toute comparaison répondant au diktat des dogmes contemporains ne permet pas le choix, elle ne permet pas la raison.

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Peut-on vraiment changer ?

7 janvier 2017 à 15:00

Analyser ses propres dysfonctionnements est certes une tâche des plus ardues, car elle demande de les observer sans leur filtre-même.

Rien que le fait de prendre conscience de nos failles psychiques et de nos souffrances peut prendre du temps. Ensuite, lorsque l’on a décidé d’en sortir, donc de changer, les pièges sont nombreux qui nous font parfois aller et venir, hésiter, rebrousser chemin, essayer une chose ou une autre.

Mais ne soyons pas dupes ; ces atermoiements ne sont pas les signes d’un changement ; ils nous empêchent même d’y parvenir. Car si l’on pense avoir « compris une partie » d’un problème ou d’un schéma répétitif, c’est qu’on ne l’a tout simplement pas compris, et dans ce cas, effectivement, on peut essayer et se tromper longtemps. Rien n’y fera.

Je pense que l’on peut bel et bien changer ou plus précisément évoluer psychologiquement ; c’est-à-dire sortir définitivement de la reproduction d’un système de pensée personnel fallacieux et destructeur. Dans ce domaine, ce qui compte c’est la qualité de la réflexion, pas le temps passé ni le nombre d’essais.

Dès lors que l’on comprend la logique de la mécanique à l’œuvre, dans son entièreté, le changement émerge automatiquement.

Lorsqu’il y a évolution psychologique, il y a immédiatement et inévitablement changement de mode de pensée et d’attitude. Si ce n’est pas le cas, c’est sans doute que l’on est juste dans l’évitement, la recherche de solutions, l’imposition de règles, le contrôle ou l’aveuglement, donc dans une simple variante du schéma de départ.

Le changement ne vient pas du choix de telle idée ou telle autre, de tel mode de vie ou tel autre, de telle action ou telle autre ; il vient de la compréhension de ce qui se joue. Changer de symptôme ne soigne pas la maladie ; au mieux, cela la cache, mais plus probablement, cela la nourrit.

Changer peut prendre du temps ou se produire rapidement. Quoi qu’il en soit, la prise de responsabilité personnelle, la persistance, le courage et l’humour sont à mon sens les ingrédients indispensables à une évolution réelle.

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