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Mais de quel vivant parlons-nous ?

11 décembre 2023 à 10:16

Après « agilité » ou « résilience » voici le mot « vivant » mis à toutes les sauces. Encore une notion reprise pour des raisons mercantiles et qui sera très vite saturée pour passer à autre chose et le vivant, lui, continuera d’être massacré, en silence.

Lorsqu’aux informations j’ai entendu que 32 millions de volailles avaient été tuées[1] à cause de la grippe aviaire ou 17,5 milliards d’arbres abattus chaque année[2] j’ai failli vomir, j’ai été aussi bouleversée que lorsque l’on a parlé de millions d’êtres humains tués ou exterminés dans les guerres, la Shoah ou toute forme de génocide de par le monde.
Si nous ne sommes pas pris de spasmes et chavirés jusque dans nos tréfonds c’est que ces informations sont juste des données sur un papier ou sur Internet.
Alors nous pouvons multiplier les citations, telle celle d’Elisée Reclus « l’homme est la nature prenant conscience d’elle-même », nous n’y sommes toujours pas.
Il y a les militants écologistes qui font bouger les choses et même là, parfois, on reste dans le monde des idées.

Il nous est nécessaire de ressentir dans notre chair ces différents génocides comme Valérie Cabanés le rappelle en évoquant l’écocide[3]. Ce n’est pas intellectuel, cela fait appel à la sensibilité dont parle Baptise Morizot, c’est-à-dire une empathie avec TOUT ce qui est vivant au point de pleurer et de se sentir meurtri profondément pour chaque être massacré pour l’unique motivation de répondre à nos désirs et besoins d’êtres humains.

Et par sensibilité au vivant, je n’entends pas une espèce de sensiblerie ni rien de gentillet. La sensibilité dont je parle doit s’entendre en lien avec le « partage du sensible » :  c’est ce qui occupe le champ de l’attention collective.
Baptiste Morizot

Il a fallu aller chercher les représentants des peuples premiers pour comprendre, du bout de l’intellect, cette communion absolue que les mystiques nous avaient également indiquée.

L’urgence est à incarner cette communion avec le vivant, écouter ses vibrations et pas juste aller embrasser les arbres, les écouter murmurer… Alors oui les peuples premiers et certaines pratiques anciennes savaient aller écouter ce que disait la forêt, planter un arbre après l’avoir abattu, faire une cérémonie pour l’esprit de celui-ci. Ce n’est pas juste de l’animisme que nous avons sacrifié sur l’autel des religions monothéistes, c’est le non-sens de se sentir vibrants et unis, tous en un filin bruissant.

Avec 13,4 millions d’entrées pour Avatar et les milliers de vues sur toutes les plateformes combien parmi nous communient discrètement avec TOUT ce qui est vivant, visible ou non visible ?

L’humain mène une guerre contre le vivant. S’il gagne il est perdu.
Hubert Reeves

Pour nous élever au rang d’être humain raisonnable et civilisé nous avons sacrifié notre biomanité et nous irons jusqu’au bout de sa destruction par appétit aveugle et déni dominant.
Osons saisir le réel par l’entièreté de notre être, des tripes, au cœur en passant par la pensée, sentons-nous vibrer comme les feuilles dans le vent, alors si nous incarnons véritablement cette union, nos actions seront modifiées. Nous n’aurons plus envie de sacrifier autant de vies juste pour préserver notre espèce, nous comprendrons au sens étymologique de « cum-prendre », prendre ensemble, la chose et le sujet.

Rêvons d’être tous en symbiose avec les autres êtres vivants et que chaque mort nous entache de deuil, nous serons tellement submergés par les rituels de pardon et de commémoration, que peut-être nous pourrons mettre notre énergie au service du vivant, « pour de vrai ». Chiche !

On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux. 
Mahtma Gandhi.


[1] https://www.leparisien.fr/societe/sante/grippe-aviaire-le-risque-en-france-releve-de-modere-a-eleve-les-volailles-vont-etre-confinees-05-12-2023-2FKXVA5BENHIDKQYBUMXEO5QEQ.php et 16 millions en 2022.

[2] https://www.geo.fr/environnement/pourquoi-lextinction-des-arbres-serait-elle-une-catastrophe-pour-lhumanite-la-reponse-en-7-chiffres-cles-211607

[3] Proposition de définition du crime d’écocide : Constitue un crime d’écocide, toute action ayant causé un dommage écologique grave en participant au dépassement manifeste et non négligeable des limites planétaires, commise en connaissance des conséquences qui allaient en résulter et qui ne pouvaient être ignorées. Et : « Crime d’écocide : actes illicites ou arbitraires commis en connaissance de la réelle probabilité que ces actes causent à l’environnement des dommages graves qui soient étendus ou durables.» Valérie Cabanés.

The Perversion of Resilience and Regenerating Degeneration.

1 octobre 2017 à 23:19

The concept of ‘resilience’ (Holling 2001, Walker and Salt 2006) has been appropriated by forces determined to pull it into the gravitational influence of industrial society on a globalised scale. Instead of helping us rebound into configurations of successful models of living after disturbance, we are now seeing ‘resilience’ being used to justify the ongoing existence of processes and activities that are driving humans to extinction. Coal, oil and gas- fracking industries now use their public relations departments to spin the message that their industries are not only sustainable, but resilient as well.

The ongoing resilience of technically non-sustainable and undesirable features of social systems can be termed “negative resilience” (Gallopín, 2006) or “perverse resilience” (Holling 2001, Ráez-Luna 2008). These forms of resilience occur where pathological social relationships that are oppressive and exploitative of humans and ecosystems are rendered resistant to change by economic and political subsidies (donations) and vested interests. There is a form of ‘corruption’ working here that destroys the foundations of life.

Indeed, I have had to create a new term to describe this process. ‘Corrumpalism’ (from the Latin corrumpere ‘to destroy’) I define as the ability to corrupt and destroy the integrity of a social system and its biophysical foundation by perverting all forms of development via the use of mis-information, falsehoods, money and/or violence to achieve self-interested outcomes that are the opposite of cultural and ecological interests. Resilience becomes perverse resilience under the influence of corrumpalism. A new example of such corrumpalism is the USA Trump administration insisting that the term ‘resilience’ be used instead of ‘climate change’ in all government policy. The corruption of resilience is now complete and new terms must be created that cannot so easily be usurped by those who are corrupt.

The term ‘regenerative’ must also be subject to the same criticism. Things that are undesirable can be “regenerated” or be part of a ‘regenerative’ process. The term can be easily appropriated by those who have absolutely no connection to the principles of the Symbiocene. For example, there are foresters in Australia who describe clear-felling old growth forest coups for logs, then totally burning what remains, as ‘regenerative forestry’. The millions of organisms, large and small, destroyed by such ecocidal practices experience degeneration, not regeneration. ‘Regenerative development’ has also become a new form of ‘greenwash’ where, for example, it can be applied to the concept of a ‘green port‘ in marine areas to justify and promote industry and tourism. There is even ‘regenerative capitalism’ on the buzz word list.

To regenerate, technically, means to put back in place, something that was there before it was lost. A bit like a lizard’s tail. Works well for lizards when they lose their tails. There is an inbuilt conservativism in ‘regen’ that implies stasis or resistance to change and innovation. “Regenerative” suffers from the same flaw as “resilience” when things that should change, just ‘go away’ or not be done at all, stick around like a bad smell.  Resilience becomes perverse, regenerative become degenerative. Sumbiosic development avoids this fate as it is a process that endlessly generates innovation and creativity in life (generation).

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