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Projet de loi, soins d'accompagnement et aide à mourir. Épisode 6

Projet de loi, soins d'accompagnement et aide à mourir. Épisode 6

En guise d’introduction…

Le mois de janvier 2024 s’était achevé sur un avant-projet de loi qui avait eu le mérite de fixer les grandes orientations de la future loi : les soins d’accompagnement et l’aide active à mourir. S’ouvrait alors une période au cours de laquelle les instances gouvernementales furent confrontées aux réactions des différents acteurs agissant dans la mise en place du « modèle français » de la fin de vie : les soignants et les médecins, mais aussi les autorités religieuses tout comme l’ADMD.

Février puis mars 2024, point de départ de cette sixième synthèse, auront été marqués par trois changements importants dans l’équipe gouvernementale : l’arrivée de Gabriel Attal comme premier ministre et celle de Catherine Vautrin, ministre de la santé et de Frédéric Valletoux, ministre délégué à la santé.

Tout commence avec le discours de politique générale du premier ministre sur la partie relative à la fin de vie. Un discours entre des préoccupations humanistes
«face à l’insupportable, l’irréversible et l’irréparable » - les mots parlent d’eux-mêmes – et la nécessité d’une action politique concrète pour « répondre à la demande de nos compatriotes » avec « prudence » et équilibre dans le respect des convictions de chacun. Cette dernière précaution, Catherine Vautrin l’exprimera (Le Figaro, 10/2/24) en précisant qu’on doit « légiférer d’une main tremblante ».

À ce stade du débat qui va s’engager, notons que l’existence d’un seul texte est posée. C’est d’autant plus important à souligner que dissocier les soins palliatifs de l’aide à mourir – donc deux textes – restera l’argument fondateur des adversaires, soignants ou religieux. Pour terminer notons que ces changements laissent planer des doutes quant aux risques d’influer sur le choix opérés en privilégiant les soins palliatifs sur l’aide à mourir. Ainsi, l’ADMD ne cache-t-elle pas ses inquiétudes concernant la nomination de Frédéric Valletoux : « on ne sait pas encore si cette nomination est une mauvaise nouvelle, mais on est sûr que ça n’en est pas une bonne. Il reste à espérer que ce n’est pas un revirement, voire une sorte de trahison des engagements pris par Emmanuel Macron ». Quand on sait que Frédéric Valletoux, favorable à la priorité à donner aux soins palliatifs, devra porter le projet de loi ! Le remaniement n’aura pas été sans conséquences sur la tenue des débats qui suivront.

Dans la sphère parlementaire : un sentiment d’appréhension

Dans ce climat où tout concourt à entretenir les doutes des députés, l’appréhension règne au sein de la représentation nationale. Entre attente et urgence à se saisir de la question dans un contexte où les religieux font régulièrement savoir leur opposition et l’indécision de certains parlementaires que le vote d’un seul texte trouble, les réactions sont très diverses. « Cela demande beaucoup de réflexions et de conviction, je ne veux pas me tromper de vote » assure Mathieu Lefèvre. « Je ne sais pas encore quelle est ma position […] j’attends de voir le texte, car c’est un chemin de crête pour ne pas froisser un camp ou un autre » explique Caroline Abadie.

Une situation pour la moins préoccupante à laquelle Agnès Firmin Le Bodo, revenue sur les bancs de l’hémicycle, répond ainsi : « Faire deux textes, c’est ouvrir deux fronts alors que les débats ont jusqu’ici été apaisés. Il faut surtout éviter le débat qui les oppose. On n’enlève rien à l’autre, l’aide active à mourir doit être un continuum de la prise en charge de soins palliatifs. »

Un moment charnière : l’entretien du Président de la République à Libération et La Croix (11 mars 2024)

Moment important s’il en fût car c’est celui au cours duquel l’Élysée dévoile la stratégie et le calendrier son « modèle français de la fin de vie ». « Emmanuel Macron déclenche le projet de loi sur la fin de vie » titre Les Échos. L’article sera repris et commenté par l’ensemble de la presse nationale. Dans la lettre et dans l’esprit la loi ne crée « ni nouveau droit ni une liberté mais elle trace un chemin qui n’existait pas jusqu’alors et qui ouvre la possibilité de demander une aide à mourir sous certaines conditions strictes. » C’est ainsi que le texte du projet de loi introduit, en lieu et place de l’expression « aide active à mourir » celle « d’aide à mourir » que le Président justifie ainsi : « Le terme que nous avons retenu est celui d’aide à mourir parce qu’il est simple et humain et qu’il définit bien ce dont il s’agit. » Un euphémisme qui ne dissimule pas moins, en arrière-plan, des réalités plus clivantes et anxiogènes : l’euthanasie et le suicide assisté. (L’Humanité, 12/3/24)

Par ailleurs, aux dires du Président, le geste de l’aide à mourir est un geste de «fraternité » dont de nombreux opposants ne manqueront pas de dénoncer l’abus sémantique. « Loi de fraternité : les religions fustigent la tromperie » titre le Figaro du 12 mars 2024. Claire Fourcade, quant à elle, voit dans l’utilisation du mot « fraternité » du mépris pour le travail qu’effectuent les soignants. Pour Jean Léonetti (Le Figaro, 16/3/24), « l’aide à mourir, c’est le contraire d’un projet de fraternité ». « Il rompt l’équilibre fragile entre autonomie et solidarité ». C’est « la tactique des mots contre l’éthique des actes. » Au bout du compte, pour terminer ce chapitre « linguistique » - qui aura fait couler beaucoup d’encre – laissons à Laurence de Charrette, éditorialiste au Figaro (13/3/24), le soin de qualifier l’esprit de « fraternité » de la loi : « mots falsifiés et usurpation sémantique » qui dissimulent, derrière un simple changement législatif, un basculement culturel, sociétal et anthropologique.

Un projet de loi en équilibre précaire

Les critiques, les insuffisances et les non-dits ne se sont pas fait attendre sur un texte qui ne fait pas l’unanimité et réveille les oppositions frontales du monde des soignants et, surtout, des religieux que l’avant-projet avait suscitées.

Commençons par les religieux

Pour l’Église, comme pour les soignants d’ailleurs, « une ligne rouge » est franchie, celle de l’interdiction de tuer. (Le Figaro, 12/3/24). L’argument déjà utilisé précédemment, reprend force et vigueur à la faveur du mot « fraternité ». Sous le titre « Inquiétude », La Croix, (12/3/24) publie l’éditorial d’Anne Ponce qui se demande si l’aide à mourir peut être un geste de fraternité. Pourtant, et pour être tout à fait complet et nuancé, la vois des religieux n’est pas unanime. L’article de La Croix précise que les responsables catholiques et musulmans voient dans la possibilité d’une aide à mourir un tournant dangereux quand juifs et protestants jugent qu’elle ne relève ni de l’euthanasie ni du suicide assisté. Enfin, Pascale Morinière, présidente des Associations Familiales Catholiques (AFC) fait entendre une voix plus nuancée : « Les gens n’ont plus envie d’entendre les catholiques leur expliquer comment ils doivent vivre ». Ou mourir.

Poursuivons avec les soignants

Le contexte de la fermeture de l’unité des soins palliatifs (USP) des Yvelines met en lumière l’absolue nécessité de développer prioritairement les soins palliatifs. La réponse du gouvernement est la mise en place de la stratégie décennale : 1,6 milliards d’euros actuellement auxquels s’ajouteront d’ici dix ans un milliard supplémentaire ainsi que la couverture des 21 départements dépourvus d’USP. Claire Fourcade, présidente de la Spap, doute de l’efficacité de la stratégie décennale, notamment parce que le milliard d’euros supplémentaire ne correspond qu’à un « rattrapage du coût de l’inflation ».

François Braun, précédent ministre de la santé, dont on connaît l’opposition à l’aide à mourir, maintient sa position et pointe à ce titre les risques de dérives. L’enjeu se situant sur la question des soins palliatifs, « il y aurait un vrai risque de dérive, en effet, de se décharger du développement ces soins parce qu’on autoriserait le suicide assisté. ». L’analyse de Jean Léonetti rejoint le point de vue de François Braun. Il voudrait que « les soins palliatifs deviennent un véritable enjeu national. » (Le Figaro, 16/3/24).

Les revendications des soignants n’ont rien de révolutionnaires (JDD, 12/3/24), il ne s’agit que d’appliquer la loi. « Donnez-nous les moyens de former les équipes soignantes, engagez-vous à doter les 21 départements manquant d’USP ; évaluez et, dans quelques années, on pourra en reparler. » François Blot, en réponse au malaise des soignants, reconnaît l’inexistence d’un consensus : « On voit bien que ceux qui s’occupent de la fin de vie sont quasiment tous contre. Leur souffrance m’attriste et pourtant, je continue à considérer cela [l’aide à mourir] comme une réelle avancée sociétale. Au bout du compte, le Professeur Régis Aubry voit dans le projet de loi l’occasion de « libérer » la parole des patients aujourd’hui contrainte. Et Patricia Lefebure, médecin installée dans les Yvelines, d’ajouter : « Si nous devons nous impliquer, nous devons savoir de quoi on parle, connaître la réglementation pour éviter les dérives, être compétents sur l’utilisation des produits létaux et se poser les bonnes questions éthiques et personnelles pour savoir si en est prêt à participer à un tel geste. »

En guise de conclusion

Les oppositions au projet de loi sont globalement restées constantes et l’on observe qu’elles ont tendance à s’étendre à de nouveaux aspects de la loi. D’une constatation concrète des insuffisances des propositions, on est passé à une extrapolation éthique touchant aussi bien au vocabulaire employé – le terme de « loi de fraternité » en particulier – qu’aux valeurs morales en jeu dans le débat. Une façon de constater que l’intime prenait le pas sur le collectif. « Un basculement culturel, sociétal et anthropologique » ?

 Jean Bouhours, le 6 avril 2024

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La convention citoyenne sur la fin de vie : quatre participants témoignent à Angers le 21 mai 2024

La convention citoyenne sur la fin de vie : quatre participants témoignent à Angers le 21 mai 2024

A l'invitation de l'association angevine "Paroles croisées autour de la mort", Julian, Soline, Isabelle et Laure viennent témoigner de cette expérience forte de participation citoyenne dans laquelle ils se sont retrouvés.

L’appropriation de nombreuses informations, l'écoute d'avis divers et parfois divergents, les échanges et les débats dans le respect de chacun furent les préalables aux propositions finales. Comment ont-ils travaillé ? Comment ont-ils abouti à des points d'accord, et des points de vigilance, que soulève cette délicate question ? Ils présenteront leur travail et répondront aux questions.

Le mardi 21 mai 2024 à 19 heures

Le Trois-Mâts, place des Justices, à Angers

Bus 5A – 5B, 1 et 10, arrêt Les Justices pour toutes les lignes

Accueil et table de presse à partir de 18h30

Plus d'information : https://parolescroisees-asso.fr/

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Un an après… Un scénario en trois actes. Le témoignage de Jean

Un an après… Un scénario en trois actes. Le témoignage de  Jean

Acte I
La Convention, un espace de travail démocratique.

Avoir été conventionnel, acteur devrais-je dire, d’un événement dont le temps a décuplé l’importance au fil des mois, n’est ni simple ni anecdotique tant il a marqué les cœurs et les esprits, jusqu’à la vie quotidienne. Un voyage dans l’inconnu d’un pays, celui de la Connaissance, celle du monde qui nous entoure, celle de nous-mêmes au fur et à mesure que se construisait ce que nous avions appelé notre « intelligence collective ».
En bref, un voyage dans lequel, le chemin compta plus que la destination. Chemin fait de rencontres inattendues tant les êtres singuliers que nous étions individuellement ne pouvaient soupçonner la richesse des relations qui donna naissance à une création, notre rapport, dont nous pouvons aujourd’hui dire que nous en fûmes le seul « auteur ».
Il y eut d’abord l’enjeu. Certes, nous avions une « mission », claire, précise, sous forme d’une question. Une question qui dissimulait la complexité de la réponse que nous y donnerions. Et pourtant, derrière cette complexité se cachaient le sentiment, la volonté et l’intuition que quelque chose était possible. L’enjeu ? La seule certitude que nous avions était que nous ne « faisions pas la loi » mais que nous en serions les prémices en « éclairant de nos avis » une question sociétale importante sur les aspects de la fin de vie : tout ce qui touche au social, à l’éthique médicale, à la philosophie, au monde des idées et des croyances …
Tout ce qui nous aura permis de dépasser, l’espace d’un moment privilégié, les contingences de notre humaine condition et les questions ontologiques qu’elle pose : « d’où venons-nous, qui sommes-nous, où allons-nous ? », questions que le débat sur notre finitude aura initiées.
C’est tout ce dont nous disposions alors. Alors l’enjeu ? La conscience de cet enjeu s’est construite petit à petit en même temps que se développait le sentiment, de plus en plus prégnant de la responsabilité et de la lucidité dont nous fîmes finalement preuve, de manière individuelle comme collective, afin d’éclairer le législateur sur une question, la fin de vie, dans le cadre d’une loi future à destination de tous les citoyens, de l’être humain et du progrès de l’humanité.

Un moment symbolique
Il y eut ensuite ce 3 avril 2023, quand, reçus à l’Élysée, comme un point d’orgue annonciateur de nouvelles « aventures » et de nouveaux espoirs, nous avons présenté notre « livrable » au président de la République. Le chemin s’ouvrait alors loin de l’endogamie rassurante de l’hémicycle du CESE. D’autres acteurs, les politiques, le monde médical et paramédical, la presse, les sociologues, les philosophes, les religions ou les courants de pensée adogmatiques et les associations s’emparaient alors de la question, chacun selon ses opinions, ses certitudes, ses polémiques, ses doutes, ses peurs se faisant l’écho d’une « Vérité » inébranlable, souvent réfractaire à la controverse. Pendant plus d’un an …


Acte II
La confrontation des opinions

Je ne voulais pas en rédigeant ce texte, faire état des écrits que j’ai produits (les synthèses des revues de presse reçues quotidiennement) et me mettre ainsi d’une quelconque façon en valeur – loin de moi cette intention. Pourtant, ce qui ressort des opinions exprimées relevait plus du débat polémique et partisan. Débat polémique mais surtout dogmatique fondé souvent sur des croyances, des impressions non vérifiables, sur des craintes, voire des peurs, élevées au rang de certitudes, en un mot, des arguties. Quelques organes de presse ont pourtant « élevé le débat » en produisant une information la plus objective possible, faisant état de la complexité qu’une telle démarche revêtait et se cantonnant à leur devoir d’information.
Au bout du compte, le débat n’aura finalement pas brillé par son objectivité. On aurait pu s’en douter parlant d’une question aussi sensible ! Cette remarque concernant le fonctionnement de la société civile au sens large, même si elle renvoie une image attendue de la diversité des modes de pensée et des opinions, n’en n’aura pas moins été exacerbée par des postures relevant plus de la passion que de la raison.

Fin de l’acte II
Malgré toutes les vicissitudes qui ont émaillé le débat sociétal, nous sommes maintenant arrivés à un nouveau point d’orgue : l’écriture de la loi, l’examen par le Conseil d'État et le passage du texte au Conseil des ministres préludent à sa présentation sur le bureau de l’Assemblée nationale.

Acte III
Après les actes I et II conclus avec la présentation du 3 avril 2023 et l’état [succinct] des réactions qui s’ensuivirent, nous voilà désormais dans l’acte III qui s’inaugure avec toutes les incertitudes qui naissaient déjà d’une question convoquant tout à la fois « l’intime et le sociétal ». La discussion à l’Assemblée nationale permettra-t-elle, dans un débat apaisé, de «rassembler ce qui est
épars ?».
Les risques de confrontations idéologiques ne sont pas à exclure et les pressions émanant des différents courants d’opinions laissent à penser que le débat parlementaire, prévu pour au moins un an, sera, pour le moins, rude à l’instar de ceux qui ont émaillé les réformes de grande envergure telles que la loi sur l’IVG ou celle du mariage pour tous.
À ce titre, quelques organes de presse le craignent et souhaitent au contraire un climat d’apaisement.
Quoi qu’il en soit, la vigilance demeure …

En guise de conclusion
Mon travail de conventionnel et celui de tous les membres de la Convention, tout comme celui que j’ai personnellement mené en suivant de près l’actualité de la fin de vie, me laissent une impression tout à la fois d’une grande satisfaction – et j’ose l’écrire de fierté – quant à l’avenir d’une loi qui servira de jalon pour marquer notre XXIème siècle.
Mais, dans le même temps, cette impression positive ne saurait faire l’économie de l’inquiétude et du doute inhérents à l’incertitude que l’espoir fait fatalement naître en toile de fonds.

J’emprunterai donc à Guillaume d’Orange, dit le taciturne, sa maxime :
« Il n’est point nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer »
Ce sera ma conclusion.
Jean Bouhours, le 17 avril 2024

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Henri et Jean-Michel, conventionnels chrétiens nous livrent leurs témoignages sur cette expérience

Henri et Jean-Michel, conventionnels chrétiens nous livrent leurs témoignages sur cette expérience

Notre Convention a été une grande expérience de partage pendant, et après. Au cours des séances en amphi, en groupes de travail, aux pauses café, nos antennes respectives émettaient des signaux et créaient de fines connexions. Elle a dit une chose qui m’a surpris, il est bien informé, elle a posé une bonne question, je me retrouve dans ce qu’elle-il a dit, mais j’aimerais creuser. Beaucoup d’échanges croisés, y compris depuis, par les Whatsapp, mails, téléphones. C’est ainsi que j’ai eu plusieurs échanges avec Jean-Michel P., pendant et depuis, et que nous avons parlé de nos ressentis comme de nos choix, et de nos engagements spirituels respectifs.

Il se trouve qu'avec des chrétiens de Rouen et de Caen, universitaires et assimilés comme moi, nous avons créé il y a quelques années un Bulletin Théologique, d’un solide niveau de réflexion. Ma première idée a été : si je racontais pour notre BT mon vécu de la Convention, ma réflexion, les choix que j’ai faits, mes votes ? Et aussitôt : puisque nous avons pas mal discuté, si je demandais à Jean-Michel de faire le même travail de relecture ? Et alors notre BT publierait les deux, côte à côte et différents ! Accord de principe de la rédaction du BT, accord de Jean-Michel, nous avons écrit chacun notre témoignage qui est paru dans le dernier numéro. Mais, nous pensons, Jean-Michel et moi, qu’il vaudrait la peine de sortir de notre entre-deux pour diffuser vers les amis du whatsapp Presse 184, et pourquoi pas le site des 184.com.

Voici donc ces deux textes, livrés à votre lecture, votre réflexion, à de possibles échanges…

Henri et Jean-Michel

Mon Expérience d’une Convention Citoyenne :
pour un débat si peu « conventionnel » : Aider à mourir ?

Henri Couturier

Quand un coup de téléphone en octobre 2022 m’a proposé, ayant été tiré au sort, de participer à la Convention citoyenne sur la fin de vie, j’ai répondu aussitôt que j’avais rêvé de participer à cet événement et j’ai bientôt donné mon accord, conscient tout de même que mon âge me rendrait moins aisés les déplacements à Paris, et l’active participation à deux jours de travaux pour chacune des neuf sessions, de décembre 2022 à mars 2023. En arrivant au Cese à Paris, je me suis découvert à 87 ans comme le doyen d’âge des 184 citoyens, réunis pour répondre à la question qu’est venue nous poser la Première Ministre : « Le cadre d’accompagnement de la fin de vie est-il adapté aux différentes situations rencontrées ou d’éventuels changements devraient-ils être introduits ? » Il est apparu d’emblée que la question posée en ces termes impliquait, et presque appelait, la possibilité d’une nouvelle loi sur la fin de vie et que si le développement des soins palliatifs allait faire l’unanimité des participants, la question de l’ouverture à une « aide à mourir » sous forme de suicide assisté ou d’euthanasie ferait l’objet d’âpres débats, d’autant plus que les sondages d’opinion indiquaient une très forte adhésion des Français à cette possibilité, « surtout pour ne pas souffrir ».

J’arrivais, l’esprit ouvert et bien disposé à découvrir les enjeux médicaux, sociaux, éthiques, spirituels de ces questions. Les quelques amis chrétiens à qui j’en parlais étaient catégoriques et à les entendre j’étais comme « missionné » pour lutter d’arrache-pied contre cette possibilité, un engagement qui découlait du « Tu ne tueras pas », le meurtre comme l’inceste étant deux interdits fondateurs de notre société humaine, ce qu’expriment les Dix Commandements ainsi que le Serment d’Hippocrate pour les médecins. Un refus qui sera très clairement affirmé quand les représentants des religions, juifs, chrétiens, musulmans et bouddhistes viendront nous dire dans l’hémicycle leur opposition à toute forme d’aide à mourir, tout en s’affirmant prêts à accompagner spirituellement les personnes qui prendraient pareille décision. Accompagner, c’est le moins qu’on puisse dire et surtout faire !

J’avais le souvenir de la mort de mes parents. Dans les années 1990 les soins palliatifs étaient mal connus dans cet hôpital et il arrivait assez fréquemment que les médecins après avoir consulté la famille perfusaient un « cocktail lytique », mélange de produits qui apaisent les douleurs et à plus fortes doses entraînent bientôt la mort. Ce qui fut fait pour mon père dont le corps était saisi de mouvements frénétiques. Une pratique que beaucoup considèrent aujourd’hui comme une euthanasie déguisée. Et j’arrivais à la Convention avec la question : n’y-a-t-il pas des situations d’extrême douleur ou souffrance, durables, insupportables et incurables dans l’état actuel de la médecine qui appelleraient un processus d’euthanasie et/ou de suicide légalisé ? On citait souvent le cas des personnes atteintes de la maladie de Charcot mais plus près de nous, une autre affection, la maladie de Crohn a pris un visage : Stan B, l’un d'entre nous, un homme de trente quatre ans, qui a témoigné devant nous des lourdes conséquences de cette maladie, et souhaitait une loi qui lui permette un jour d’accéder à une aide à mourir.

Tout au long de nos neuf (1) rencontres à Paris, revenu chez moi, je n’ai cessé de lire et réfléchir à cette question: le suicide est-il condamné par la foi chrétienne ? Un article accessible en ligne, « Le suicide dans l’histoire de la théologie, d’Augustin à Bonhoeffer » m’a donné de bons repères d’ordre historique et théologique. Les Pères de l’Eglise, au temps des premières persécutions estimaient que certains martyrs, se jetant dans la mort, auraient agi sous l’influence d’un commandement direct de Dieu. Thomas d’Aquin, qui a beaucoup fait autorité, part de la loi naturelle pour affirmer l’interdit du suicide « Tout être s’aime naturellement soi-même ; de là vient qu’il s’efforce, selon cet amour inné, de se conserver dans l’existence… C’est pourquoi le suicide va contre cette tendance de la nature et contre la charité dont chacun doit s’aimer soi-même »(2). Et il ajoute deux arguments : le suicide est une injustice vis-à-vis de la société, car « chaque homme est dans la société comme une partie dans un tout » et qu’il ne doit pas, disait Socrate, « quitter sa place dans la vie ». Et j’ai cité au cours d’une de nos réunions le fameux poème de l’anglais John Donne : "No man is an island : Nul homme n’est une île, entière en elle-même ; La mort de tout homme me diminue…N’envoie jamais demander pour qui sonne "le glas", il sonne pour toi" (3). 

Enfin « la vie est un don de Dieu accordé à l’homme, qui demeure toujours soumis au pouvoir divin » (selon l’article précité de Karsten Lehmkühler), on songe ici au Deutéronome (32, 39) : « C’est moi qui fais mourir et qui fais vivre », et ainsi « il pêche contre Dieu », cet homme qui se coupe de la communauté humaine. Mais du côté de la Réforme ? Il y a Luther qui aborde la question surtout sous l’aspect pastoral, où il s’agit d’accompagner les personnes dans la « cure d’âme » ; il se montre donc compréhensif pour des situations de désespoir total. Au 20e siècle, le grand théologien protestant Dietrich Bonhoeffer voit la possibilité de terminer sa vie comme un signe d’humanité : contrairement à celle des animaux, la vie de l’homme n’est pas une contrainte dont il ne peut se débarrasser ; il est libre de la vivre ou de l’anéantir. Il peut faire ce dont aucune bête n’est capable : se donner volontairement la mort. Et l’auteur de l’article de commenter : « Cette liberté proprement humaine est donc, pour Bonhoeffer, une condition essen-tielle d’humanité : seul celui qui est capable d’accepter sa vie volontairement et sans contrainte, sera aussi en mesure de donner sa vie pour un but supérieur, par exemple pour sauver une autre personne. »

Quand sont venus pour nous, les 184 citoyens de la Convention, après la phase d’appropriation du sujet, les temps de la délibération, différentes positions se sont manifestées. Pour ma part, j’étais convaincu que des soins adaptés, une présence, un accompagnement médical et humain, devraient permettre de soulager les douleurs sans passer par une aide à mourir. Vint alors la « Phase d’harmonisation et de restitution des travaux » où il a fallu voter à la question claire et décisive : L’accès à l’aide active à mourir devrait-il être ouvert ? Pour ma part, j’avais rencontré l’équipe des soins palliatifs du CHU de Rouen. A Paris, nous avons été éclairés par le témoignage de Claire Fourcade, présidente de la Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs (S.F.A.P.), par des témoignages de soignants qui ont accompagné beaucoup de malades vers une mort apaisée ; nous avons aussi entendu des témoignages de médecins - ils seraient en France une majorité - qui se refusent à poser ou accompagner le geste létal.

Finalement, 75,6 % des votants ont répondu Oui, à une aide à mourir sous la forme d’un suicide assisté « avec exception d’euthanasie » 23,2% ont dit Non, et 1,2 % se sont abstenus. Mais après les votes, même si j’avais voté non, j’ai souhaité me joindre aux groupes des « pour » afin de baliser le parcours des personnes qui souhaitent cette aide à mourir : poser des contrôles et des garde-fous (une demande clairement identifiée, répétée, passage par un parcours de soins, procédure collégiale etc.) ; définir dans quelles situations (incurabilité, souffrance réfractaire, pronostic vital engagé, et que faire pour des mineurs ?). Mais qu’en sera-t-il sur le terrain et dans la pratique à venir ? 

Voter une loi, qui permettra aux citoyens d’accéder à une aide à mourir, euthanasie ou suicide assisté ? Ne sommes-nous pas ici devant un « saut anthropologique majeur » ? Il y a beaucoup de pudeurs de vocabulaire ici ; pour éviter «euthanasie», on dit « aide à mourir » ou encore « mort choisie ». A l’argument de la liberté de choisir, les promoteurs de la future loi insistent aussi sur la question de la «dignité», comme l’ADMD (4), A quoi répondait l’article d’Elodie Maurot dans La Croix, au début de notre Convention, qui avait bien posé les termes : « Beaucoup de difficultés viennent du fait que notre époque hésite entre une dignité au sens ontologique, liée au simple fait d’être humain, et une dignité au sens postural, liée au maintien, à la tenue, à la décence, à la pudeur. Au sens postural, on est digne à proportion que l’on maîtrise sa conduite et l’animalité qui est en nous, qu’on est maître de soi. Cette dignité posturale possède des degrés, elle peut se mesurer et elle peut se perdre. » Aujourd’hui, ce deuxième sens de la dignité a tendance à l’emporter, et la conviction s’effrite que la dignité de l’homme resterait intacte en toutes circonstances, notamment quand la fin de vie fait perdre des caractères essentiels à l’humanité : le langage, la raison, l’autonomie…

Je dois avouer que mon vote contre l’aide à mourir n’a pas aboli un questionnement jamais éteint. Des situations d’intolérables, durables, non-guérissables souffrances, d’insupportable souffrances psychologiques, qui conduisent à une demande de mort. La position des religions peut sembler dogmatique et, tout au long de la Convention, et depuis, elle se heurte à l’opinion majoritaire : tout faire pour ne pas ou ne plus souffrir. Hâter la mort : un ultime geste de fraternité ? Enfin, je nourrissais in petto et garde encore une question audacieuse : puisque le Créateur a donné à l’homme cette liberté de raisonner, choisir et décider en conscience, ne pourrait-il pas aussi pour de très graves raisons choisir aussi sa mort ?

Mais parfois aussi, rechoisir la vie ? Le poète Louis Aragon a dit admirablement cette expérience, la tentation du suicide, mais tentation dépassée quand vient la chaleur, la lumière d’une présence fraternelle, dans un poème, qui m’est revenu pendant la Convention ; une confidence chantée bien des fois depuis, par Léo Ferré, d’autres :

Il n’aurait fallu qu’un moment de plus

Pour que la mort vienne

Mais une main nue

Alors est venue

Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu

Leurs couleurs perdues

Aux jours aux semaines

Sa réalité à l'immense été

Des choses humaines.

 

Petit sourire en coin, pour finir, si je l’ose : chaque fois qu’au cours de nos sessions nous nous retrouvions en petits groupes de dix à trente personnes, il me revenait l’image du Synode à Rome en octobre 2023 où pour la première fois des tables rondes ont réuni côte à côte pour un échange fraternel et sans supériorité évêques ou cardinaux, prêtres, diacres, laïcs femmes et hommes, religieuses et religieuses. Signe qu’une once de démocratie n’est donc pas contraire à la saine doctrine… A vin nouveau, outres neuves ?

Henri Couturier

1- En fait, j’ai manqué la 9e et dernière session, mais les votes décisifs avaient été posés dès la 8ème.
2- Somme théologique, Secunda secundae, question 64 article 5.
3- https://allpoetry.com/No-man-is-an-island
4- ADMD : Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. (https://admd.france-assos-sante.org/)

« UN BEAU DÉBAT, MA FOI ! »Témoignage sur la Convention Citoyenne sur la fin de vie

(Déc. 2022 / Avril 2023)Par Jean-Michel P.


Voici la relecture d'un participant, croyant, pratiquant, engagé dans l'Eglise
depuis des décennies (à titre d’exemples, ma participation pendant dix ans
aux Entretiens de Valpré avec Mgr Barbarin à Lyon, Président d’une équipe
EDC - Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens - mais aussi les END - 12 ans -,
le CLER etc.)
Tout démarra lors d'un appel téléphonique fin octobre 2022, alors que depuis
septembre, j'avais commencé à faire du vide dans mon agenda pour entamer
une retraite progressive. Pourquoi ai-je décroché cette fois-là et surtout
pourquoi ai-je été si patient avec une téléopératrice ? Je comprends en
général dès les trois premières secondes quand il s'agit d'un appel
intempestif à des fins commerciales. Dans ce cas, les mots "Convention
citoyenne" et "Fin de vie" m'ont accroché. Et deux minutes plus tard, je
m'entendais lui dire "pourquoi pas" à la question de ma participation. Je crois
que dans la vie il y a des moments, et ce fut le bon moment !


Après la surprise d'être contacté parmi des millions de français, j'ai ressenti
de la gratitude pour cette chance qui m'a fait rejoindre le panel. Sur les 6
critères sociaux-professionnels - pour la sélection par Harris Interactive -
j'aurais pu être de trop, donc refusé deux semaines après l'appel initial.
Si les termes "Convention Citoyenne nationale" m'ont accroché, c'est parce
que j'avais entendu parler de la Convention sur le climat, la première du
genre en France ; en participant à la seconde, nous avons rejoint les 15
premières de ce genre dans le monde démocratique. J'ai fait mon service
militaire, un mandat électif dans ma commune alors que je n'avais guère plus
de 30 ans. Je suis une personne qui a l’habitude de s’engager
professionnellement et socialement. La "fin de vie", autre accroche initiale,
c'est évidemment un sujet qui nous touche tous. Pour ma part, je venais
d'accompagner mon père jusqu'à son décès en soins palliatifs (cancer) et
j'épaulais ma mère, elle aussi avec un cancer, seul aidant de mes parents.
J'avais ainsi "emmagasiné" plus de trois années de "vécu" sur le sujet.
Dépendance, souffrance, parcours médical… ces mots « raisonnaient » en
moi. J'ai ainsi passé un week-end sur deux au Palais d'Iéna, pendant plus de
4 mois, et terminé à l'Elysée, sous les feux des caméras (Co rapporteur tiré au
sort). Neuf week-end de travail intenses (27 jours au total au CESE Paris)
pour nous, les 184 citoyens tirés au sort, "échantillon miroir" de la société
française, pendant lesquels avons vécu cette expérience démocratique avec
un grand sérieux, dans une controverse argumentée enrichissante et
respectueuse. Notre rapport est le reflet d’un "arc en ciel d’opinions". Ceci est
une vraie fierté.


Nos conditions de travail de membres de la CCFV furent excellentes,
heureusement, tant les journées étaient denses, y compris la charge
émotionnelle liée au sujet. Pour rejoindre le Palais d'Iéna pour 2 jours, mes
déplacements depuis mon domicile correspondaient à une journée
supplémentaire. Les moyens à notre disposition étaient à la hauteur : une
équipe d'animation avec des coaches, des garants, fact-checkers, facilitateurs
graphiques, vestiaires, buffets, psy... Un environnement professionnel
comme je le connaissais dans les grandes entreprises. Ainsi je ne me sentais
pas trop perdu dans cette organisation, impressionnante à certains égards.
Au début de la convention, je redoutais la pression politique et médiatique, je
me suis ainsi fondu dans le "flow" d'un processus bien animé. Ensuite, j'ai
tenté de préserver mon libre arbitre des tentatives de manipulation de
certains participants par des journalistes orientés et des lobbies. J'ai stressé
certains jours imaginant une manifestation devant le Palais d'Iéna
d'irréductibles anti-euthanasie ; mais ce n'est pas arrivé, même devant
l'Elysée. Je suis entré, courageusement je crois, dans le vif du sujet, bien
avant le 1er week-end en lisant l'Avis 139 du CCNE, des articles de La Croix et
en écoutant des conférences. Je me souviens de Jonathan Denis de
l'Association au droit à mourir dans la dignité, d’Erwan Le Morhedec,
bénévole en soins palliatifs ou de Mgr Pierre d’Ornellas en charge d’éthique
(CEF).
Je crois qu’il est plus sain d’aborder ce sujet difficile, dans toutes ses
dimensions, en tentant de rester à minima objectif ; une Convention
Citoyenne s’y prête. Parce que la fin de vie de nombre de nos contemporains
est un véritable chemin de croix (dépendance, solitudes familiales, pluripathologies, etc.), je trouve important de pouvoir en parler. Ce thème sous-tend celui de la douleur et plus largement de la souffrance, dans un contexte
de révolution de la longévité, historique. Un débat sur un tel sujet mérite de
la nuance car il relève à la fois des dimensions sanitaires et médicales (avec
leurs progrès techniques), mais aussi des croyances (religieuses, non religieuses,
philosophiques), de l’éthique et enfin des droits et devoirs des
citoyens, dans le cadre d'une République démocratique comme la France,
dont je rappelle la devise : "Liberté, Egalité, Fraternité".


J'ai vraiment été déçu de l'audition des instances religieuses qui,
unanimement et uniquement dogmatiques, n'ont pas avancé d'argumentation
structurée. Un commandement ancestral, "Tu ne tueras point" a été jeté en
pâture aux pauvres bougres qui souffrent (alors que les chrétiens devraient
s’élever massivement contre la perversion du discours évangélique de Poutine
qui a mis à feu et à sang l’Ukraine) ? Bref, une seule litanie de peurs et de
craintes. Pour les organisations non-religieuses, un peu en miroir, elles
étaient dans la caricature du "c’est mon droit !" Les propos des philosophes,
eux, m’ont aidé à avancer dans ma réflexion.


Nos pauses café nous permettaient d’échanger nos ressentis entre
Conventionnels sur les auditions (plus d’une soixantaine). Nombre d’entre
nous partageaient, comme moi, leurs expériences personnelles, sans parler
des soignants parmi nos rangs. Professionnellement, je suis aussi intervenu
ces dernières années en milieu hospitalier dans ma région. Les difficultés des
personnels de tous métiers ne m’étaient pas inconnues (nous avons tenu à
rédiger un Manifeste sur l’urgence de défendre notre système de santé à la
Française.) Je les aidais à gérer leur stress, communiquer de façon moins
violente et manager de manière assertive. Une Convention Citoyenne, c’est
pour que les citoyens s’emparent de cette question ! C’est l’Etat qui nous
demande de réfléchir pour amender la loi ; ainsi la vie privée s’invite dans le
débat de notre société. Pouvoir parler de la mort et des différents types de
souffrances est une chance. Avoir le courage de s'y confronter alors que la
société semble vouloir cacher ces réalités est crucial. De nos jours, nos
concitoyens demandent massivement à ne pas souffrir et à avoir la possibilité
de choix, c’est à dire de soulager in fine une vie humaine qui ne serait plus
vivable.
Laborieusement, nœuds éthiques explorés les uns après les autres, j'ai
questionné mes croyances, revisité mes expériences, cherché à comprendre
dans la complexité, notamment des techniques médicales et de l'organisation
de notre système de santé. J'ai été souvent remué, voire secoué. Je n'ai pas
lâché pour en arriver à une intime conviction : la réponse à Mme La Première
Ministre est que la situation actuelle n'est pas satisfaisante ; la loi (mal
connue), les moyens financiers (insuffisants) et la culture (gériatrique)
doivent évoluer (NB : notre démographie nous amène à +30% de décès dans
les 10 ans qui viennent).
Je suis arrivé dans la Convention sans avis arrêté sur l'aide à mourir, sans
être un chantre de l'euthanasie. J'en suis sorti avec la certitude que les
chrétiens (ou une autre minorité) n’ont pas à chercher à imposer leurs vues à
l'ensemble d’une société démocratique. Je ne reviendrai pas sur le triste
témoignage, incongruent, de notre Eglise sur bien des aspects (son autorité
est notamment entachée par les scandales d’abus). J'ai eu droit pour ma
part, au sein de mon propre doyenné et de mon diocèse à des réactions
négatives, très certainement liées à des peurs et à un manque de maturité
sur le sujet et ses différentes dimensions. Le problème ressenti étant surtout
une carence de dialogue sincère : ainsi mon curé qui n’a pas voulu un
témoignage de la CCFV alors que des paroissiens me le demandaient ; tout
comme mon évêque, disant que la convention n'est pas "démocratique" ! Et
puis, surtout en fait, qui est-on nous laïcs, pour questionner de tels sujets ?
(je me suis cru sous l'Ancien Régime…) Dans nos communautés, il est des
gens qui veulent avant tout imposer ; ils ne témoignent de rien, ils récitent ce
qu’on leur a mis dans le crâne. La réalité ordinaire de notre société se
retrouve de moins en moins présente dans notre institution. 75,6% des
Conventionnels ont voté pour l'AAM, n’est-ce pas clair et net ? Ce
cléricalisme, et ce paternalisme, cachent en réalité une volonté pernicieuse
d'emprise chez certains représentants d'une Eglise dans laquelle j'ai de plus
en plus de mal à me reconnaitre (moi, enfant de Vatican II). Non, l'Eglise -
même si des efforts sont parfois faits - ne tire pas suffisamment les leçons de
l'évolution historique de nos sociétés contemporaines. Elle ne représente plus
qu'une infime portion dans la société et ne semble pas vouloir le constater.
Elle ressemble aux "300", piégés dans leur bastion. J'ai nommé certains
soignants et le lobby des soins palliatifs qui sont devenus virulents.
Une approche empathique permet de comprendre que vouloir mettre fin à sa
vie n’arrive que dans des situations de souffrance vécues et ressenties
comme étant insupportables. Dans ce cas, la société a le devoir de venir en
aide, d’autant plus que les souffrances en question sont incomparables à ce
que leur entourage pourrait subir du fait d’un deuil anticipé. Il est égoïste et
cruel d’obliger de telles personnes à continuer de souffrir le martyre contre
leur gré. Le Dieu auquel je crois est miséricordieux, et il sait pourquoi celui
qui abrège sa vie le fait ! Osons regarder en face ces frères qui décident pour
eux. Ma dignité est de considérer que, même si je ne ferai pas ce choix, je
respecte leur dernière volonté. Je sais qu'il a même accueilli mon cousin
Dominique qui s'est suicidé à 60 ans en 2020.
Et maintenant, un an plus tard, j’attends un Président de la République,
hésitant, qui ne tient pas son calendrier, a de plus changé les deux Ministres
concernés… Il ne veut pas heurter, mais il ne faut pas faire les choses à
moitié !


"Le Christ n'a pas jugé qu'il fallait fuir la mort comme inutile. Dieu n'a pas
créé la mort, il nous l'a donné comme un remède".

Saint-Ambroise (Mort en 397)


Jean-Michel P.
Ce récit a été rédigé le 10 février 2024.

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Coachs et vérificateurs de faits : des acteurs clés de la convention

Coachs et vérificateurs de faits : des acteurs clés de la convention

[PARTICIPATION CITOYENNE]

Notre convention citoyenne a appréhendé un sujet complexe, celui de la fin de vie, qui se situe à la croisée de l’intime et du collectif. Un sujet où se mêlent des représentations et des expériences vécues, parfois douloureuses et difficiles à partager.

Pour nous accompagner dans notre cheminement, d’importants moyens humains ont été dédiés à l’animation. Ils ont contribué à la tenue d’un cadre de réflexion serein et respectueux tout au long de la convention.

Revenons sur deux acteurs-clés de cet écosystème :

Les coachs : compte tenu du sujet traité de la fin de vie, des coachs psychologues, « accompagnants de la charge mentale », ont été mobilisés. Répartis dans les groupes d’échanges, ils ont effectué des entretiens individuels, à la demande des citoyens ou des animateurs, lors de difficultés vécues par les participants.

Les vérificateurs de faits : ils ont été essentiels pour objectiver les propos et maintenir un cadre de discussion serein et constructif. Appréhender la fin de vie, nous a de temps en temps amené à partager des témoignages personnels, à faire part de situations vécues. Les médias qui suivaient attentivement nos travaux ont relayé de nombreux points de vue sur le sujet. Dans ce contexte, les vérificateurs de fait nous ont permis, d’une part, de vérifier la véracité des faits avancés et l'exactitude des chiffres présentés notamment dans les médias, et par des personnalités et des experts, et, d'autre part, d’évaluer le niveau d'objectivité.

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Annonce d'E. Macron sur le projet de loi sur la fin de vie : le communiqué de presse des 184

Annonce d'E. Macron sur le projet de loi sur la fin de vie : le communiqué de presse des 184

COMMUNIQUÉ DE PRESSE - ANNONCES PRÉSIDENTIELLES SUR LA FIN DE VIE

A la suite de l’entretien du Président Macron aux quotidiens Libération et La Croix, l’association Les 184, qui rassemble la majorité des membres de la Convention citoyenne sur la fin de vie, souhaite réagir et exprimer à la fois sa satisfaction et ses attentes vis-à-vis du projet de loi.

Après les nombreux reports, nous nous réjouissons d’avoir un calendrier clair et des échéances proches concernant le projet de loi sur la fin de vie. Nous attendons avec impatience le texte qui sera transmis au Parlement en mai.
Nous nous réjouissons que le Président ait également annoncé la publication de la stratégie décennale d’ici fin mars. Il est essentiel d’associer le projet de loi sur la fin de vie à une stratégie à long terme de renforcement des soins palliatifs et d’accompagnement, prévoyant une augmentation significative des budgets alloués.
L’annonce de dimanche confirme que le Président promet une ouverture de l’aide à mourir restreinte et dans des conditions strictes. Les modèles d’aide active à mourir préconisant un accès au choix de la personne au suicide assisté et à l’euthanasie ont reçu le soutien le plus fort au sein de la Convention.

Nous sommes évidemment en attente du détail sur les critères d’accès, comme le pronostic vital engagé à court ou moyen terme : les plus de 60 auditions que nous avons réalisées nous ont convaincus qu’il est très difficile de déterminer un pronostic au-delà de quelques semaines.

Les Conventionnels rappellent aussi l’importance de garantir le droit du patient. Nous serons donc vigilants quant au pouvoir de l’équipe médicale et de l’avis collégial qu’elle rend, ainsi qu’aux possibilités de recours de la personne en demande d’aide active à mourir.

Enfin, comme exprimé en décembre dernier par notre association, nous rappelons que les orientations présidentielles ne sauraient être l’unique boussole en la matière et qu’elles doivent désormais être confrontées au débat parlementaire transpartisan. Notre association Les 184 va redoubler d’efforts pour promouvoir le rapport de la convention citoyenne auprès des Parlementaires, en engageant la discussion avec tous les groupes qui le souhaitent.

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Annonce d'E. Macron sur le projet de loi sur la fin de vie : le communiqué de presse des 184

Annonce d'E. Macron sur le projet de loi sur la fin de vie : le communiqué de presse des 184

COMMUNIQUÉ DE PRESSE - ANNONCES PRÉSIDENTIELLES SUR LA FIN DE VIE

A la suite de l’entretien du Président Macron aux quotidiens Libération et La Croix, l’association Les 184, qui rassemble la majorité des membres de la Convention citoyenne sur la fin de vie, souhaite réagir et exprimer à la fois sa satisfaction et ses attentes vis-à-vis du projet de loi.

Après les nombreux reports, nous nous réjouissons d’avoir un calendrier clair et des échéances proches concernant le projet de loi sur la fin de vie. Nous attendons avec impatience le texte qui sera transmis au Parlement en mai.
Nous nous réjouissons que le Président ait également annoncé la publication de la stratégie décennale d’ici fin mars. Il est essentiel d’associer le projet de loi sur la fin de vie à une stratégie à long terme de renforcement des soins palliatifs et d’accompagnement, prévoyant une augmentation significative des budgets alloués.
L’annonce de dimanche confirme que le Président promet une ouverture de l’aide à mourir restreinte et dans des conditions strictes. Les modèles d’aide active à mourir préconisant un accès au choix de la personne au suicide assisté et à l’euthanasie ont reçu le soutien le plus fort au sein de la Convention.

Nous sommes évidemment en attente du détail sur les critères d’accès, comme le pronostic vital engagé à court ou moyen terme : les plus de 60 auditions que nous avons réalisées nous ont convaincus qu’il est très difficile de déterminer un pronostic au-delà de quelques semaines.


Les Conventionnels rappellent aussi l’importance de garantir le droit du patient. Nous serons donc vigilants quant au pouvoir de l’équipe médicale et de l’avis collégial qu’elle rend, ainsi qu’aux possibilités de recours de la personne en demande d’aide active à mourir.


Enfin, comme exprimé en décembre dernier par notre association, nous rappelons que les orientations présidentielles ne sauraient être l’unique boussole en la matière et qu’elles doivent désormais être confrontées au débat parlementaire transpartisan. Notre association Les 184 va redoubler d’effort pour promouvoir le rapport de la convention citoyenne auprès des Parlementaires, en engageant la discussion avec tous les groupes qui le souhaitent.

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Les garants de la convention

Les garants de la convention

La convention citoyenne a mobilisé de nombreux acteurs, qu'il s'agisse des membres du comité de gouvernance, des animateurs, des facilitateurs graphiques, des intervenants, des équipes du CESE...

🔍 Zoom sur les garants : 4 garants ont été nommés par le Président du CESE. Ils étaient chargés de veiller au respect des principes essentiels de la convention : sincérité, égalité, transparence et respect de la parole citoyenne.

Les garants avaient notamment pour mission :
◼ Se prononcer sur le respect des modalités de participation établies par le Comité de Gouvernance ; 
◼ Formuler des avis et préconisations sur la mise en œuvre de la concertation ; 
◼ Analyser le corpus de données issu des différentes modalités de concertation et établir un rapport final de restitution de la concertation ;
◼ Veiller à la représentation de la pluralité des points de vue parmi les auditions réalisées et les experts reçus par la convention, ainsi qu’à l’accessibilité des contenus par le grand public ; 
◼ Certifier les résultats des votes.

Les avis et préconisations du collège des garants ainsi que leur rapport final ont été rendus publics. Ils sont accessibles sur le site de la convention citoyenne.

Dans un récent article, les 4 garants ont partagé leurs points de vue sur certains détails délibératifs de la convention et leurs implications, ainsi que des recommandations pour les expériences futures.

Ils ont en tiré cinq leçons pratiques :

1️⃣ Les Conventions Citoyennes peuvent inclure des participants qui ne sont pas ouverts à la délibération et à ses exigences. Les procédures peuvent corriger certaines dérives.
2️⃣ Les rapports finaux doivent trouver un juste équilibre entre la complexité des problèmes abordés, des nuances d’opinions et la clarté de la communication vers l’extérieur.
3️⃣ Le moment et la raison des votes au cours d’une délibération sont importants et ces implications doivent être réfléchies. 
4️⃣ La formulation des votes au cours du processus devrait également faire l’objet d’une délibération.
5️⃣ Il doit y avoir une division claire du travail et des responsabilités entre les différents organisateurs.

Pour consulter cet article ▶ https://www.publicdeliberation.net/cinq-lecons-du-college-des-garants-de-la-convention-citoyenne-francaise-sur-la-fin-de-vie/

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L'égalité d'accès aux soins palliatifs : un enjeu central relayé par notre convention

L'égalité d'accès aux soins palliatifs : un enjeu central relayé par notre convention

🔍 [Soins palliatifs]

L'accès aux soins palliatifs est enjeu majeur relayé par notre convention citoyenne. Alors que le droit à l'accès aux soins palliatifs est inscrit dans la loi, des disparités territoriales persistent sur le territoire français : 21 départements n’ont pas d’Unités de Soins Palliatifs (USP) : Ardennes, Cher, Corrèze, Creuse, Eure-et-Loir, Gers, Indre, Jura, Lot, Lozère, Haute Marne, Mayenne, Meuse, Orne, Pyrénées-Orientales, Haute-Saône, Sarthe, Tarn et Garonne, Vosges, Guyane, Mayotte.

Pour rappel, les unités de soins palliatifs (USP) sont constituées de lits totalement dédiés à la pratique des soins palliatifs et à l’accompagnement de la fin de vie. Elles se consacrent uniquement aux situations les plus complexes.

Dans ces départements, l'absence d'USP ne signifie pas que les patients n'ont pas accès aux soins palliatifs car l'offre en soins palliatifs peut se déployer également en dehors des USP (notamment à domicile via des équipes mobiles de soins palliatifs ou à l'hôpital dans le cadre des lits identifiés de soins palliatifs). L'offre en soins palliatifs est graduée pour s'adapter aux personnes malades.

L'absence d'USP est problématique lorsque l’état de santé est complexe et qu'il requiert une approche plus experte nécessitant un transfert dans une unité de soins palliatifs (USP).

📃 Dans notre rapport, nous avons pointé cet enjeu en soulignant les inégalités d'accès aux soins palliatifs :

🔵 Des inégalités territoriales : tout le territoire métropolitain et ultra-marin
n’est pas couvert en unités d’accueil ou en équipes mobiles d’intervention
en établissements ou à domicile. Les moyens dédiés sont disparates selon
l’endroit ; les pratiques et les modes d’accompagnement diffèrent suivant là
où l’on se trouve. C’est le reflet des inégalités territoriales de notre système de
santé (déserts médicaux, différence de traitement entre territoires urbains et ruraux, etc.).

🔵 Des inégalités sociales : certains types de public n’ont pas, ou difficilement,
accès aux soins palliatifs par manque de connaissance et d’information
(personnes isolées âgées, en situation de grande précarité ou plus simplement
avec des difficultés administratives, personnes en EHPAD, etc.).

🔵 Des inégalités générationnelles ou financières : l’APA (aide personnalisée
d’autonomie) est cumulable avec l’AAH (allocation adulte handicapé) mais
pas avec toutes les ressources. Il faut s’assurer qu’il n’y ait pas de différence
de traitement entre les départements. Les citoyens n’ont pas non plus un égal
accès au financement des aides à domicile.

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En direct de l'association les 184

#1 - février 2024

“Vivre en soins palliatifs le plus paisiblement possible comme chez soi ” à la maison l’Ostalet à Agen
Compte-rendu d’un entretien avec la Docteure Sylvie Schoonberg, Présidente de l’association « Palliadol47», à l’origine du projet. Propos recueillis par Jean-Louis BOURZEIX le 23/01/2024 En bref La maison de répit « l’Ostalet » est un projet innovant qui répond à un réel besoin : améliorer la prise en
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Notre association “Les 184” citée dans un média national
📺 Édito de Patrick Cohen dans C l’hebdo ce jour qui fait référence à notre lettre ouverte au Président de la République : https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=GHQj2DKqAxY CE PROJET DE LOI QUI SE FAIT TANT ATTENDRE ! 💬 “Monsieur le Président de la République, votre avis sur les soins
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En attendant une loi… ou le temps des incertitudes. Episode 5
Cette synthèse de presse reprend les principales annonces jusqu’à la démission d’Elisabeth Borne. Le prochain épisode traitera de l’actualité post nomination gouvernementale : annonce de Catherine Vautrin sur le projet fin de vie 2 jours après sa nomination et discours de politique générale au cours duquel Gabriel Attal à présenté un
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Regards internationaux sur la fin de vie
🌍 Dans sa réflexion, la convention citoyenne s’est intéressée aux différents regards internationaux sur la fin de vie et aux lois en vigueur dans certains pays étrangers. A travers le monde, les législations qui encadrent la fin de vie sont en effet très différentes et ont évolué ces dernières années. La
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Informez-vous avec les entretiens des 184
Les Entretiens des 184 visent à mettre à jour ou approfondir les connaissances sur la fin de vie des membres de la convention citoyenne sur la fin de vie. Nous avons décidé de rendre accessibles ces échanges riches et qui peuvent intéresser au-delà de notre cercle restreint. 1 session vidéo
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"Vivre en soins palliatifs le plus paisiblement possible comme chez soi " à la maison l’Ostalet à Agen

"Vivre en soins palliatifs le plus paisiblement possible comme chez soi " à la maison l’Ostalet à Agen

Compte-rendu d’un entretien avec la Docteure Sylvie Schoonberg, Présidente de l’association « Palliadol47», à l’origine du projet. Propos recueillis par Jean-Louis BOURZEIX le 23/01/2024

En bref

"Vivre en soins palliatifs le plus paisiblement possible comme chez soi " à la maison l’Ostalet à Agen
Figure 1 : implantation du projet

La maison de répit « l’Ostalet » est un projet innovant qui répond à un réel besoin : améliorer la prise en charge des patients en fin de vie et à soulager les aidants. Si le financement du projet est assuré, la maison de répit « l’Ostalet » pourrait ouvrir ses portes en 2026. Elle pourrait servir de modèle pour la création d’autres maisons de répit en France.


« Vivre en soins palliatifs le plus paisiblement possible, comme chez soi, dans la vie, une maison à taille humaine, ouverte sur la nature, propice à la sérénité »

Au sein de la Conférence Régionale de la Santé et de l’Autonomie (CRSA) de la Nouvelle-Aquitaine, le Conseil d’Orientation pour un « meilleur accompagnement des Fins de Vie en Nouvelle-Aquitaine / Vers la constitution d’un plan régional sur les Fins de Vie » souhaite mettre en perspective le projet de la maison de répit « l’Ostalet » située à Agen.

Présentation de la Docteure Schoonberg

La Docteure Sylvie Schoonberg a consacré toute sa carrière aux soins palliatifs. Elle est membre du conseil d’administration de la Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs (SFAP) (https://sfap.org).

Elle a débuté, dans le Nord-Pas-de-Calais, comme responsable d’une Unité de Soins Palliatifs (USP) et d’une Équipe Mobile de Soins Palliatifs intra-hospitalière (EMSP) pour ensuite s’installer dans le Lot-et-Garonne. Cela lui a permis d’ouvrir, en 2003, l’EMSP d’Agen qui a été l'une des premières équipes mobiles en France à sortir de l’hôpital pour apporter les soins palliatifs jusqu’au domicile des patients en fin vie.

L'organisation des soins palliatifs en Lot-et-Garonne

En 2016, Sylvie Schoonberg a participé à la mise en place l’USP de l’hôpital d’Agen. En Lot-et-Garonne, 3 EMSP dépendent des hôpitaux d’Agen-Nerac, Villeneuve-sur-Lot et Marmande, et assurent les suivis à la maison. Quand un patient doit être hospitalisé, les lits identifiés de soins palliatifs (LISP) pour les hôpitaux de Nérac, Villeneuve, Fumel et Marmande ainsi que dans le privé à clinique St Hilaire à Agen, et l’USP d’Agen permettent d’apporter une réponse aux demandes.

Personne ne pratique les soins palliatifs dans son coin. Ainsi, chaque patient, qu’il soit à domicile, en EHPAD ou à l’hôpital, a accès à des soins palliatifs de qualité et coordonnés.

Le recrutement de jeunes médecins spécialisés en soins palliatifs est primordial pour obtenir une validation de nouveaux projets. Le recrutement est favorisé en particulier par l’accueil et l’accompagnement d’internes au sein des EMSP. Cependant comme il n’y a actuellement que 2 médecins dédiés à l’USP, malgré 12 lits valorisés seuls 6 sont ouverts (multiple de 6). En 2024, un congé maternité sera remplacé par le recrutement d’un jeune médecin ; en 2025, on peut espérer que les recrutements supplémentaires permettent de repasser à 12 lits.

Les patients en fin de vie sont suivis de manière variable dans les EHPAD du Lot-et-Garonne. Cela dépend, de la motivation du personnel à pratiquer des soins palliatifs et s’il demande ou pas une assistance de la part des EMSP. Le médecin coordonnateur, l’infirmier, mais aussi le patient ou sa famille, peuvent demander cette assistance.

L'origine du projet Ostalet : assurer une transition entre l’USP et le retour au domicile

A l’origine, c’était l’association « Palliadol47» qui gérait le réseau de soins palliatifs du Lot-et-Garonne. Son but était d’améliorer la prise en charge des patients à domicile. Cette association regroupe des professionnels du monde hospitalier, du monde libéral et des bénévoles.

Les intervenants en soins palliatifs ont constaté qu’il manquait quelque chose entre l’hôpital et le domicile. En effet, certains patients n’ont plus besoin du plateau technique de l’hôpital mais pour autant, ne sont pas en capacité de rentrer directement chez eux. Il faut parfois un peu de temps pour mettre en place des aides à la maison ou réhabiliter un logement. Dans d’autres cas, les familles épuisées ont besoin de se reposer. D’autres patients, face à l’épuisement de leurs proches, doivent changer d’atmosphère. Enfin, certaines personnes en fin de vie, ont besoin qu’on les accompagne jusqu’au bout.

L’idée a germé de créer une maison d’accompagnement et de vie sur des modèles de maisons qui existent à l’étranger, notamment celui de la Maison de Tara à Genève ou en France, celle de Besançon (actuellement fermée) et celle de Gardanne (structure importante qui intègre une USP). Les membres de l’association ont commencé à donner forme au projet en formulant des besoins à satisfaire : La maison souhaitée devait rester à taille humaine.

Autre objectif de l'Ostalet : Faciliter le retour à domicile pour désengorger les USP

Après un séjour à l’hôpital, beaucoup de familles ont peur du retour de leurs proches à la maison. En montrant aux patients et à leur famille qu’ils arrivent à vivre comme à la maison, le passage par cette maison, à la sortie de l’USP, facilitera le retour à domicile des patients. La Maison participera ainsi au désengorgement des USP dont certains séjours sont prolongés inutilement : cela libérera des places pour des patients souffrants de problèmes plus aigus.


D'autres références de maisons

Laure Hubidos est à l’origine du projet de la maison de Besançon avec le soutien et l’appui du Professeur Régis Aubry, membre du Comité National Consultatif National d’Éthique (CCNE).  Elle a créé le Collectif National des Maisons de Vie (CNDMV). Dans ce cadre, Laure Hubidos est régulièrement en contact avec le ministère pour créer et accompagner des maisons d’accompagnement.

La maison de répit de la Métropole de Lyon est située à Tassin-la-Demi-Lune. Il s’agit d’une très belle maison située dans un parc. Elle a été financée par un laboratoire. L’exemple de cette maison est inspirant mais il ne correspond cependant pas tout à fait au modèle choisi pour l’Ostalet en raison de sa grande taille et qu’elle s’adresse en majorité aux personnes handicapées (seulement environ 20% des patients sont en fin de vie).


Pourquoi 8 lits ?

La Maison de l’Ostalet accueillera jusqu’à 8 patients tout en conservant la taille d’une maison. Les concepteurs du projet ne veulent pas que cela devienne une institution.Comme la population va vieillir, la taille de la maison ne permettra pas de faire face à la demande. Si c’était le cas, plutôt que de créer des structures trop grandes, il serait préférable de construire de nouvelles maisons, réparties sur le département. Cela permettra de rester à proximité de la famille des patients.

Quels critères d’admission ?

Les professionnels de santé se réunissent régulièrement pour aiguiller au mieux les patients vers l’entité la plus appropriée à leurs besoins : maintien à domicile, USP, LISP, HAD et/ou EMSP selon les situations. Cela en sera de même pour les admissions dans la maison.

Quelle organisation des soins ?

Les soins seront articulés entre des interventions d’infirmiers, de kinésithérapeutes libéraux et de personnels hospitaliers. Très impliqués dans le projet, deux cabinets de soins libéraux, formés aux soins palliatifs, se sont déclarés pour soigner les patients présents dans la maison. Un infirmier sera présent en journée, 7 sur 7. Il coordonnera les différentes interventions, gérera les demandes d’admission et recevra les familles. Le roulement sera assuré par une équipe d’infirmiers libéraux ou de l’EMSP. L’EMSP sera présent une demi-journée par semaine pour coordonner les actions à mener.

Le coût d’un séjour dans cette maison sera environ 5 fois moins élevé qu’en USP. Le projet comporte également un projet sociétal. La fin de vie est un sujet tabou. Une grande part des demandes d’euthanasie est liée à la crainte de souffrir, d’être dégradé physiquement ou de perdre sa dignité. Les soins palliatifs sont souvent cachés car ils sont pratiqués à l’hôpital ou à domicile sans que grand monde ne rende visite aux patients. Tout le contraire d’une Maison vivante comme l’Ostalet.

Une maison vivante

Un habitat partagé avec des étudiants

Dans le cadre d’un habitat partagé (convention avec l’institut de formation en soins infirmiers), deux chambres seront réservées à des étudiants et des internes de l’hôpital. Un logement leur sera proposé gracieusement ainsi qu’une rémunération mensuelle de 400 €. En contrepartie, ces étudiants assureront une surveillance de nuit et donneront, si besoin, l’alarme à l’astreinte infirmière. En second niveau, le médecin d’astreinte de l’USP pourra être également appelé. L’HAD est d’accord pour prendre en charge les patients qui en relèveront. Cette méthode économisera le paiement d’un gardiennage nocturne et apportera de la jeunesse dans la maison.

Des bénévoles au service des patients

Une équipe de bénévoles participera au projet, à la fois, pour accompagner les patients mais également leur rendre des services : aller chercher des courses, cuisiner, entretenir le jardin, …. « Ce n’est pas parce que l’on est en soins palliatifs que l’on n’est pas en vie. Quelqu’un de mourant est autant en vie que nous-même. »

Une préparation des repas sur place

Un traiteur amènera une base pour la préparation des repas. Les entrées et desserts seront confectionnés sur place par des bénévoles ou lors d’ateliers cuisine.

Des animations et un accueil de la parole

On partagera et on fera des activités ensemble pour revenir progressivement à une vie un peu plus normale. Des jeunes en service civique participeront aux animations de la maison. Les activités envisagées tourneront autour de la cuisine, de jeux, balades et sorties au cinéma. Un salon accueillant sera partagé par les familles et patients pour leur permettre de parler de leur vécu, et d’y trouver du soutien.

Un financement diversifié

En 2023, en réponse à un appel à projet, l’ARS a accepté de financer la préparation d’un dossier. Ancien directeur des services de la ville d’Agen, M. Denis Soliveres, est aguerri au fonctionnement des institutions. Cette aide facilite la mobilisation des acteurs publics. Le projet comprend 8 chambres permettant de recevoir 6 patients et 2 proches ou 7 patients et 1 proche. Les patients seront essentiellement accueillis pour des séjours courts (2 à 3 semaines). Cependant, parfois 1 patient sera gardé « jusqu’au bout » si son retour à domicile est difficile. L’objectif de l'Ostalet est de s’occuper de ces patients comme on sait le faire à la maison.

Le budget annuel de fonctionnement est évalué à 350 k€. Le but est de trouver 2 M€ pour ne pas avoir de loyer à payer à Habitalys (bailleur social porteur de la maison) et limiter ainsi le budget annuel de fonctionnement.

Le directeur l’Agence Régionale de Santé (ARS) accepte d’appuyer ce projet à condition qu’il respecte les critères définis dans le plan décennal des soins palliatifs. Le rapport Chauvin prévoit un financement territorial, qui ne sera pas uniquement issu de l’ARS. L’association Palliadol47 a demandé à l’agglomération d’Agen de participer à la hauteur de 200 k€ à la construction de cette maison. Une demande de financement a été présentée également au Conseil Départemental. Palliadol47 a calculé, en fonction du profil des patients, l’économie apportée par la maison au budget affecté aux aides à domicile des personnes. L’association demande au département de verser l’équivalent de 7 heures par jour d’auxiliaire de vie. Une fondation abritée par les petits frères des pauvres https://www.petitsfreresdespauvres.fr donnera 250 k€. Des entreprises affiliées à la Chambre de Commerce et d’Inductrice du Lot-et-Garonne (CCI) https://www.cci47.fr participeront également au financement du projet. Un fabricant de portes et fenêtres et un cimentier de la région sont prêt à participer à la construction de la maison.

Le territoire comprend l’Agglomération, le Département mais aussi la Région. C’est pourquoi, Palliadol47 est en attente d’une rencontre avec des responsables de la Région Nouvelle-Aquitaine pour une participation au financement de la construction mais aussi du fonctionnement.

Un bailleur social a été trouvé : il s’agit d’Habitalys  https://www.habitalys.com. La maison appartiendra à Habitalys. Le bailleur social sera en charge de l’entretien de la maison et des travaux. L'architecte a été retenu : il s’agit d’un architecte toulousain qui avait fait son projet de fin d’étude sur les maisons d’accompagnement.

L'implantation de la Maison

"Vivre en soins palliatifs le plus paisiblement possible comme chez soi " à la maison l’Ostalet à Agen
figure 3 : implantation de la maison

La maison sera implantée sur la commune de Foulayronnes https://www.ville-foulayronnes.fr  qui est la plus proche du centre hospitalier d’Agen-Nérac https://www.ch-agen-nerac.fr. Cette commune dispose une crèche qui va déménager en fin d’année.

"Vivre en soins palliatifs le plus paisiblement possible comme chez soi " à la maison l’Ostalet à Agen
Figure 4 : Pièces graphiques de la maison

Le projet prévoit la réhabilitation de cette crèche et la construction d’un plateau d’une surface de 500 m2.

Le planning prévisionnel est sur trois ans :

·      2024 : clôture du financement du projet et appels d’offres

·      2025 : construction du bâtiment

·      2026 : ouverture de la maison l’Ostalet

Au sein de la SFAP, Sylvie Schoonberg co-anime un groupe travail sur les maisons d’accompagnement et de répit. Une enquête a été lancée auprès des EMSP et USP pour identifier leurs attentes vis-à-vis de ces maisons et le profil de patients pouvant y être admis. Il s’agit également de partager les expériences des personnes qui se lancent dans des projets similaires et ainsi s’enrichir mutuellement. Les résultats de cette enquête pourraient être prochainement publiés dans le journal Le Monde. Le résultat complet de cette enquête devrait être communiqué, en juin 2024, lors du prochain congrès de la SFAP à Poitiers.

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Les ressources mobilisables : le socle documentaire

Les ressources mobilisables : le socle documentaire

Afin de nourrir notre réflexion dans le cadre de la convention citoyenne et de nous permettre de nous approprier le sujet, un corpus documentaire a été élaboré par le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie.

📃 Ce corpus documentaire a été mis à notre disposition afin que nous puissions disposer d’informations fiables, accessibles et non partisanes. La fin de vie fait en effet l'objet de prises de positions souvent clivantes et de points de vue divergents, parfois farouchement opposés. Dans ce contexte, ce corpus documentaire fiable, neutre, accessible et aussi exhaustif que possible a représenté une ressource importante pour notre réflexion collective.

↪ S'il a été élaboré en premier lieu pour les membres de la convention citoyenne, il s’adresse plus globalement à l'ensemble du public, selon ses besoins et son niveau de connaissance. Ce socle documentaire gagne a être connu et diffusé car il favorise un meilleur accès à la connaissance sur la fin de vie en France pour tous les citoyens.

Il est structuré en 4️⃣ rubriques : 
◻ « Histoires de patients » 
◻« Les essentiels »
◻« Pour aller plus loin »
◻« Bibliographie ».

Ces 4 rubriques permettent de se familiariser à des notions essentielles et de disposer d'éléments d’approfondissements ainsi que des textes fondateurs.

Pour le consulter : lien

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En attendant une loi… ou le temps des incertitudes. Episode 5

En attendant une loi… ou le temps des incertitudes. Episode 5

Cette synthèse de presse reprend les principales annonces jusqu'à la démission d'Elisabeth Borne. Le prochain épisode traitera de l'actualité post nomination gouvernementale : annonce de Catherine Vautrin sur le projet fin de vie 2 jours après sa nomination et discours de politique générale au cours duquel Gabriel Attal à présenté un nouveau calendrier. A noter également que le 9 décembre, notre association a publié une lettre ouverte à l'adresse d'Emmanuel Macron publiée par le Monde et reprise par certains médias.

décembre 2023 –15 janvier 2024
rédigé par
Jean Bouhours le 27 janvier 2024

Filer la métaphore théâtrale[1] était très tentant pour évoquer les incertitudes et les atermoiements qui ont rythmé les débats autour d’une loi espérée par les uns tout autant que redoutée par les autres.

Un calendrier qui se fait attendre…

Entre hésitations gouvernementales et aspirations à légiférer rapidement, le débat s’éternise, alimenté de surcroît par les dissensions idéologiques entre ses différents acteurs. Il y a d’abord la conception attentiste du Président de la République qui s’interroge sur la pertinence à lancer dans le débat public « un sujet aussi anxiogène ». Opinion reprise par un membre du gouvernement qui déclare « Rien ne serait pire que de se mettre la pression, nous ne sommes pas à la minute. » Avec, comme le pointe L’Opinion (1/12/23), une crainte que le débat ne se déroule pas de façon aussi apaisée qu’espérée.

Toutefois, Agnès Firmin Le Bodo, dans un entretien au Figaro, brièvement relayé par Les Échos (11/12/23), réfute toute « hésitation » sur le sujet et annonce que le projet de loi sur le modèle français de la fin de vie sera présenté « courant février ». « Je comprends l’impatience mais, sur un sujet aussi complexe, il faut prendre le temps nécessaire, peser les mots. » ajoute-t-elle. Dans ce contexte, des voix s’élèvent pour promouvoir la nécessité d’agir vite. Olivier Falorni L’opinion (1/12/23) dit « parfaitement comprendre les doutes » d’Emmanuel Macron, mais déclare que « nous n’avons pas le temps d’attendre » et que ne pas voter le texte « serait une faute sociétale et une erreur politique ».

Dans un « Confidentiel » de Challenges (14/12/23), il revient sur les conclusions de la Convention Citoyenne, ajoutant que « c’est une question de crédibilité de la parole citoyenne ». Et comme pour conclure : « On ne saurait se moquer d’un vœu démocratique largement exprimé pour une liberté qui ne prive personne » « C’est la seule grande réforme de l’agenda du gouvernement ; il est contre-productif de la retarder ».

D’autres voix se joignent à celle d’Olivier Falorni. Thierry Beaudet, le président du CESE qui a accueilli la Convention Citoyenne, manifeste ainsi, dans L’Obs (7/12/23), son impatience : « Il y avait un temps nécessaire pour mûrir ce sujet difficile mais, maintenant ce doit être le temps de la décision. Il ne faut pas que la précaution devienne procrastination. ». Jean-Luc Romero, quant à lui, explique l’absence d’empressement du Président de la République par le peu d’intérêt que celui-ci porte aux sujets de société : « Ce qui est clair, c’est que ce n’est pas le président des sujets de société. Il a beau être un jeune président, ce n’est pas son truc. » Pourtant, selon Le Figaro (9/12/23), Emmanuel Macron, obligé par la Convention Citoyenne et pressé par sa majorité, n’a plus vraiment le choix : il doit passer à l’acte.

Un avant-projet de loi et un débat qui ne satisfont personne

Cet avant-projet de loi, qualifié de « version provisoire », propose un texte en trois parties : les soins d’accompagnement, les droits des patients et l’« aide active à mourir ». On notera au passage que les soins palliatifs sont devenus « soins d’accompagnement » selon la préconisation du rapport de Franck Chauvin remis au gouvernement dans le cadre du « modèle français des soins d’accompagnement ». (Le Figaro 9/12/23). Il devrait être « présenté courant février 2024 ». Le Figaro, (9/12/23)

Sur les soins d’accompagnement tout d’abord

La ministre annonce « une petite révolution dans la manière de considérer les soins palliatifs », « Leur champ doit s’élargir pour anticiper cette prise en charge en amont, dès l’annonce d’une maladie grave. ». La création de « maisons d’accompagnement » (100 d’ici 10 ans dont 20 dès 2025), l’augmentation du nombre d’équipes mobiles de soins à domicile (création de 230 équipes) tout comme le développement d’une filière universitaire figurent parmi les mesures de « rénovation et de renforcement de la filière palliative ». En janvier, c’est donc la stratégie décennale qui sera présentée, en février, l’avant-projet de loi sur la fin de vie dans la globalité des trois piliers qui la soutiennent.

Sur l’Aide Active à Mourir enfin

Si la structuration générale de l’avant-projet – les trois piliers – était déjà connue, c’est dans les modalités d’application de l’Aide Active à Mourir que le texte envisage des choix nouveaux et plus précis. Ainsi, en est-il de l’expression de l’enjeu d’une telle mesure : « le droit d’avoir une fin de vie digne et accompagnée du meilleur apaisement possible de la souffrance. » L’Aide Active à Mourir serait mise en œuvre par les professionnels de santé, même si, « par principe », elle serait effectuée « par la personne elle-même » avec intervention « d’un médecin ou d’un infirmier » si le malade « n’est pas en mesure physiquement d’y procéder ». L’avant-projet suggère même que ce rôle peut être assuré par un proche sachant toutefois que les soignants seraient présents à toutes les étapes de l’aide à mourir, à commencer par le médecin traitant chargé de réaliser une évaluation de toutes les demandes de « mort choisie » et de vérifier que le patient correspond, avant de donner son feu vert, aux critères d’accès.

Voilà pour ce qui concerne les propositions actuellement envisagées par le gouvernement relativement au « modèle français » de la fin de vie, mesures qui font encore débat dans les milieux associatifs, médicaux, religieux et non religieux essentiellement et dont la presse s’est largement fait l’écho.

Pour les associations de soignants

Dès le 15 décembre 2022, l’annonce selon laquelle « l’exécutif ouvre la voie à l’exception d’euthanasie » (Le Figaro, 15/12/2023) ne laisse indifférents ni les partisans ni les opposants à l’aide active à mourir. Ainsi, pour l’ADMD, une simple exception d’euthanasie n’irait pas assez loin. A contrario, Jean-Louis Samzun, président de l’association Claromed a signé un communiqué pour dire la « consternation », « l’inquiétude » et la « colère » des soignants que cette association représente.

Claire Fourcade, présidente de la SFAP, quant à elle déplore que les soignants se retrouvent « impliqués d’un bout à l’autre de la chaîne » alors que ce collectif informel – une quinzaine d’organisations - avait « demandé l’inverse depuis deux ans ». Elle ajoute par ailleurs : « On a l’impression d’avoir été niés. Le gouvernement a franchi toutes nos lignes rouges ». Sur le contenu de l’avant-projet, (JDD, 17/12/2023) elle réagit à l’expression « secourisme à l’envers » : « le premier sentiment a été l’effarement. À la première lecture, je n’ai même pas réussi à passer le concept de secourisme à l’envers ». Et elle poursuit « depuis le début, nous contestons la continuité entre le soin et le fait de donner la mort et là, en parlant de secourisme « à l’envers », elle reconnaît que ce qu’on nous demande est « à l’envers de ce qu’est le soin » ! C’est, en effet, de la médecine à l’envers. » En guise de conclusion, elle rappelle que « donner la mort n’est pas un soin », qu’inclure un proche « est une folie » et que subordonner l’acte d’euthanasie à la décision d’un médecin reviendrait à confirmer la toute-puissance médicale. « Pour euthanasier, il suffirait la décision d’un médecin ? C’est le retour de la toute-puissance médicale alors que nous tentons au contraire d’équilibrer la relation de soin. »

Pour les milieux religieux et non religieux

Le Figaro (15/12/2022) publie la tribune de Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tour qui s’inquiète du bouleversement que l’aide active à mourir représenterait pour notre civilisation. « L’euthanasie, ultime avatar de la décivilisation ». Pour lui, des annonces et une méthodologie discutables laissent à penser que « les dés » étaient « pipés » sinon « jetés ». « Le droit à mourir dans la dignité sera un progrès majeur. » titre La Tribune Dimanche (9/12/2023) qui publie le point de vue de Guillaume Trichard, Grand Maître du Grand Orient de France. Il appelle solennellement le chef de l’État à accélérer la mise en place du projet de loi.

Un texte ou deux textes ?

La question est déclenchée dès le 10 janvier 2024 par La Croix qui rend compte de la présentation des vœux présidentiels aux responsables des cultes le lundi 8 janvier. « Macron annonce aux cultes deux textes distincts sur la fin de vie ». À la demande des responsables chrétiens et juifs, il s’agissait de séparer, en deux parties distinctes, le développement des soins palliatifs et le texte portant sur l’aide à mourir, conformément à la suggestion portée par la SFAP et celle de douze députés qui avaient alerté sur la différence fondamentale sur les deux sujets. Cette annonce, qui avait été saluée, sur le moment, par les responsables des cultes, ne semblait pas tenir compte que le président comptait intégrer à la loi sur la fin de vie un volet sur les soins palliatifs. Aussi, toujours selon La Croix (12/12024), l’Élysée met fin au malentendu, conformément aux précisions de la présidence, distinguant la présentation de la stratégie décennale de développement des soins palliatifs – fin janvier-début février – du projet de loi lui-même – développé plus tard – pas avant mars ou avril. En effet, certaines des mesures de la stratégie décennale nécessitent une traduction législative dont la création de « maisons d’accompagnement ». Voilà qui justifie, selon La Croix, le décalage entre les deux textes mettant un terme à l’imbroglio avec les représentants des cultes. « Projet de loi sur la fin de vie, l’Élysée met fin au malentendu », titre le quotidien. Une confusion qui tient sans doute à un effet de calendrier.


[1] Samuel Beckett : « En attendant Godot ».

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Regards internationaux sur la fin de vie

Regards internationaux sur la fin de vie

🌍 Dans sa réflexion, la convention citoyenne s'est intéressée aux différents regards internationaux sur la fin de vie et aux lois en vigueur dans certains pays étrangers. A travers le monde, les législations qui encadrent la fin de vie sont en effet très différentes et ont évolué ces dernières années.

La quatrième session de la convention y a été consacrée avec une table-ronde réunissant des représentants des Pays-Bas, d'Italie, des Etats-Unis (Oregon) et du Canada (Québec) :
-   Théo BOER (Pays-Bas), professeur et ancien membre du comité de contrôle de l’euthanasie du gouvernement néerlandais 
-   Michel BUREAU (Québec), président de la Commission des soins de fin de vie au Québec
-   Joelle OSTERHAUS (Oregon), encadrage des services psychosociaux d’une unité de soins palliatifs à Portland
-   Francesca RE (Italie), avocate au sein de l’association Luca Coscion

📺 Pour voir ou revoir cette table-ronde :
https://lnkd.in/eBwnERmj

↪ Retrouvez également plusieurs articles sur ce sujet, notamment :

◼ Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie => Aide active à mourir : panorama des législations dans le monde

◼ Courrier international => Fin de vie et euthanasie : où en est-on ailleurs dans le monde ?

◼ Toute l'Europe => Quels pays autorisent l'euthanasie en Europe ?

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Notre association "Les 184" citée dans un média national

Notre association "Les 184" citée dans un média national

📺 Édito de Patrick Cohen dans C l'hebdo ce jour qui fait référence à notre lettre ouverte au Président de la République :

https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=GHQj2DKqAxY

CE PROJET DE LOI QUI SE FAIT TANT ATTENDRE !

💬 "Monsieur le Président de la République, votre avis sur les soins palliatifs et l'aide active à mourir ne saurait être l'unique boussole".

Retrouver notre lettre ouverte sur notre site.

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Aide active à mourir : pourquoi oui ? pourquoi non ?

Aide active à mourir : pourquoi oui ? pourquoi non ?

🔍 Retour sur les principaux arguments avancés au sein de la convention citoyenne en faveur ou contre de l'ouverture de l'aide active à mourir.

✅ L’aide active à mourir : pourquoi oui ?

Nous retenons sept principaux arguments qui nous ont fait converger majoritairement vers l’ouverture de l’accès à l’aide active à mourir :

1. L’aide active à mourir répond à des situations de souffrances mal couvertes par le cadre d’accompagnement actuel,
2. L’aide active à mourir est complémentaire des soins palliatifs,
3. L’aide active à mourir vient combler les limites de la sédation profonde et continue jusqu’au décès,
4. L’aide active à mourir respecte la liberté de choix des individus,
5. L’aide active à mourir met fin aux situations d’hypocrisie,
6. L’aide active à mourir contribue à rassurer les personnes en fin de vie,
7. L’aide active à mourir permet une fin de vie accompagnée.

❌ L’aide active à mourir : pourquoi non ?

Cinq arguments principaux étayent le refus de l’ouverture à tout accès à l’aide active à mourir. Ces arguments constituent, pour certains, des points de vigilance particuliers, si l’accès à l’aide active à mourir devait être ouvert :

1. La loi actuelle Claeys-Leonetti n’est pas pleinement connue ni appliquée.
2. L’aide active à mourir représente un risque pour les personnes vulnérables.
3. La légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie représente un danger pour
notre système de santé.
4. L’aide active à mourir porte atteinte à notre modèle de société et à l’esprit de
solidarité.
5. Le cadre d’une éventuelle loi sur l’aide active à mourir sera difficile à respecter.

Le détail des arguments avancés est à retrouver dans notre rapport.

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Tu te souviens Papa, ...

Lors de la dernière session de la CCFV, Vanessa C. nous avait particulièrement ému.es en lisant un texte qu'elle avait rédigé à l'intention de son père décédé pendant le confinement. Elle a bien voulu nous donner son texte que nous publions après la vidéo :

Tu te souviens Papa, ce sont les quelques lignes que j’avais écrites lors de la CCFV. Oui, juste quelques lignes relatant ta fin de vie. Aujourd’hui, voilà un an déjà que la convention se tenait au CESE. Un an s'est écoulé depuis le début de cette belle aventure humaine, collective et citoyenne. Et si aujourd’hui nous commencions par le jour où ton long combat contre la maladie a débuté ? Il aura duré 4 ans. Tu es entré dans le labyrinthe d’une vie de soins, où la seule sortie pour toi a été le décès, la mort. Oui, La mort, ce sujet qui reste encore aujourd’hui un sujet tabou et qui touche à notre intime. Cet intime j’ai décidé de le partager. Toi tu étais pour cette évolution d’une loi qui soit tournée vers une aide active à mourir en France.

Le 21 janvier 2016, tu nous as annoncé ton cancer de la prostate. Tu as accusé le coup avant de nous le dire. Tu as voulu être rassurant avec nous. Tu nous as dit « ne vous inquiétez pas, ça va aller, c’est courant de nos jours, je suis pris à temps, on va me retirer la prostate, je peux vivre sans ».

 Je me souviens encore de cette vague d’émotions qui m’a envahie, de la peur, de la tristesse, de l’angoisse mais aussi de la colère à cette idée que toi mon papa, mon roc, mon pilier dans la vie tu puisses un jour être emporté par la maladie. Tu as été opéré en avril 2016, tu as passé ton anniversaire à la clinique, je m’en souviens, je t’avais apporté un joli fraisier avec ta bougie à souffler. Tout s’est bien passé et je suis venu te chercher le vendredi pour te ramener chez toi. C’était un vendredi, je me rappelle du jour car le lendemain, samedi, Maman t’a ramené à la clinique. Il y avait une odeur très forte qui émanait de ta plaie. Ce jour-là, l’équipe soignante t’a dit simplement qu’il y avait probablement une petite infection, rien d’inquiétant, tu pourrais attendre le lundi car ici, le week-end il n’y a pas de médecin. Ce sont tes deux infirmières à domicile qui ont doublé leur passage et qui ont œuvré à te soigner. Tout est rentré dans l’ordre et nous avons pu reprendre le cours de notre vie, pour nous le pire était passé.

Ce répit face à la maladie a été de courte durée. Les fêtes de fin d’année 2016 approchaient. Tu avais des difficultés à manger, tu n’arrivais pas à ingurgiter les aliments, et souvent, ton repas repartait directement dans les toilettes. Tu commençais à perdre du poids. Ton médecin t’a fait hospitaliser, tu devais faire une série d’examens. Cette année-là, tu as passé tes fêtes de noël tout seul à l’hôpital. Mon premier noël sans toi. Nous n’étions qu’à 500m l’un de l’autre pourtant. Toi tu voyais mon immeuble et moi je voyais l’hôpital. Cette année nous avons eu un bien triste noël, et le cadeau a été très moche. Et oui, le cancer était revenu. Tu avais des métastases à l’estomac et à l’œsophage. Tu te souviens des paroles que je t’ai dites ? « Tu vas te battre hein !!! ». Tu m’as répondu : « Ben oui, on va faire ce qu’il faut ! Je vais suivre le protocole ». Au programme étaient prévues opération et chimiothérapie. Tu as été opéré quelques jours après ton anniversaire, à croire que les évènements festifs étaient prédestinés à être célébrés dans les hôpitaux, cela deviendra d’ailleurs presque une tradition. Tu as passé onze heures sur la table d’opération. Onze heures d’une attente interminable et insupportable a attendre ce coup de fil de l’hôpital qui nous dirait que tout s’était bien passé. Après de la peur et une terrible attente angoissante, le coup de fil est enfin arrivé, tu revenais de loin nous a-t-on dit et tu étais remonté au service réanimation. Tu y es resté un mois. Tu as repris des forces et tu as pu commencer tes séances de chimiothérapie. Tu étais fatigué par le traitement mais tu n’as jamais baissé les bras, tu avais cette envie de te battre et de continuer à partager ta vie avec nous. Tu ne voulais pas laisser le cancer gagner. Les cicatrices internes rétrécissaient les parois de ton œsophage, ton alimentation se faisait encore difficilement. Tu as dû faire 2 ou 3 séjours à l’hôpital pour subir des dilatations de l’œsophage pour augmenter son diamètre. Et ce noël 2017, tu te rappelles ? Comme à votre habitude, maman et toi, vous nous aviez préparé un délicieux repas. Tu n’as pas pu y gouter à ce repas. Toi, tu as pris ton repas de noël en « poche de gavage d’oie » comme tu disais, tu avais une sonde naso-gastrique car tu devais reprendre du poids. Pour toi, le plus important c’était être là, entouré de ta famille, le reste tu le supportais courageusement, tu gardais ce moral incroyable qui te caractérisait bien. Dans la vie, "il ne faut jamais baisser les bras", c’était une de tes devises.

De fin 2017 à juillet 2018, ton état de santé est resté stable. Tu as passé des examens régulièrement pour surveiller l’évolution de la maladie. Les séances de chimiothérapie te fatiguaient. Tu as eu cette chance de ne pas perdre ton épaisse chevelure avec les traitements chimiothérapiques. Par contre, la chimiothérapie t’a offert de l’ostéoporose. Cela t’a valu, je pense, la suite de tes déboires. Journée mémorable pour toute la famille et une fois n’est pas coutume, tu es tombé le jour de l’anniversaire de Maman.  Le 22 juillet 2018, ton col du fémur a cassé, tu es tombé de tout ton long sous nos yeux. Nous avons voulu te retenir dans ta chute et toi tu nous as dit « laissez-moi, je ne tiendrais pas debout, c’est le col du fémur qui vient de péter, je le sens ». Et tu ne t’es pas trompé ce jour-là ! Nous avons appelé les pompiers, et je suis partie avec toi dans le camion, direction les urgences de l’hôpital, nous n’avons eu que 500m à faire. Ce jour-là, pendant ton transport, j’ai entendu, j’ai vu, et j’ai compris que c’était la fois de trop qui ébranlait ton moral. Tu m’as dit « je suis tellement désolé de gâcher toutes les fêtes de famille », tu t’es senti comme étant un fardeau pour nous tous. J’ai retenu ma tristesse de te voir aussi abattu. Je devais te soutenir. T'encourager à ne pas baisser les bras. Ton regard je ne l’oublierai jamais, il était rempli d’une telle désolation. Tu as été pris en charge et ils t’ont opéré, une fois de plus. Une cicatrice de plus est venue scarifier ton corps.

Ton passage à l’hôpital a été marqué aussi par le fait que l’équipe de soins n’ayant pas sécurisé ton lit, tu es tombé dans la nuit. Tu as ensuite été transféré dans une clinique pour commencer ta rééducation. Ta convalescence a été compliqué. Tu n’étais pas du genre à te plaindre de la douleur, pourtant là, tu l’as exprimé mais elle n’a pas été entendu. Tu disais avoir mal et ressentir une gêne pour marcher. Cette gêne t’a causé une chute un jour que tu faisais ta toilette. Cette nouvelle chute t’a causé une douleur supplémentaire dans le dos ce jour-là. Tu avais beau le dire, cette nouvelle douleur, n’était pas entendue non plus. Maman a dû faire des pieds et des mains pour que ton chirurgien qui t’avait opéré te fasse faire des examens. Résultat des courses, tu t’étais bien déplacé deux vertèbres dans ta chute et la gêne dont tu te plaignais était bien réelle, les vis qu’on t’avait mises pour ta fracture du col du fémur appuyaient sur deux muscles. Les équipes médicales n’avaient pas voulu donner crédit à tes douleurs, pourtant tu disais vrai, tu connaissais ton corps et tes limites à la douleur. Si les médecins avaient pris la peine de t’écouter mais aussi de t’entendre, peut-être aurais-tu évité quelques complications. Tu as été à nouveau opéré afin de te faire retirer les vis qui te blessaient à l’intérieur et tu as pu continuer ta rééducation, à la maison. Tu ne pouvais plus conduire, tu devenais de plus en plus dépendant et ça tu ne le supportais pas, être assisté et dépendant d’autrui.

Toi qui avais toujours été là pour aider les autres, tu ne supportais pas d’être diminué dans tes actes de la vie courante. Je me souviens de tes appels téléphoniques qui disaient, « Allo ! c’est Papa, j’ai besoin de toi, j’ai un service à te demander ! ». Nos rôles se sont inversés, c’était à mon tour de prendre soin de toi. De juillet 2018 à fin 2019, tu as cumulé les soins pour ta fracture et les séances de chimiothérapie, car oui, le cancer n’avait pas dit son dernier mot. Tu savais qu’il ne te laisserait pas reprendre ta vie d’avant. Tu savais vers quoi tu allais. Noël 2019 est arrivé, notre dernier noël tous ensemble. De 120 kg tu étais passé à 50 kg. Tu ne supportais plus cette image que ton corps reflétait dans le miroir, ce n’était plus toi, l’homme fort, robuste, sportif, battant. Le moral n’était plus là, ton regard était souvent perdu dans tes pensées. Parfois tu étais déjà ailleurs. J’aurai tellement voulu savoir quelles étaient tes pensées à ce moment-là. Je pouvais juste les deviner, mais au fond de moi, je les connaissais tes pensées, je te connaissais que trop bien… En janvier 2020, tu as fait une séance de chimiothérapie, ce sera la dernière. Quelques jours après, le 23 janvier exactement, le jour de l’anniversaire de ta petite fille C tu as été transporté en urgence à l’hôpital, tu étais en détresse respiratoire. L’oncologue nous a demandé de venir en urgence, elle craignait au pire. Seules Maman et M ont pu te rejoindre, moi j’étais bloquée par mon travail. Ce jour-là, tu étais en toute conscience, et tu as dû donner tes directives quant à une éventuelle réanimation. Tes paroles ont été claires et nettes « vous me foutez la paix et vous me laissez partir ! ». Les directives étaient posées, mais elles n’ont pas eu besoin d’être appliquées. Tu as finalement pu être stabilisé et tu as été monté en chambre pour avoir des soins. Tu as eu plusieurs traitements antibiotiques avant de voir ton infection pulmonaire disparaître, nous nous demandons encore si le covid n’y était pas déjà pour quelques choses compte tenu de l’hôpital que tu fréquentais et des informations que nous avons maintenant sur cette pandémie. Tes soins ont été compliqués, tu n’avais plus de capital veineux, les aiguilles passaient au travers de tes veines, tu souffrais à chaque prise de sang et pour tes perfusions. Ta résistance à la douleur avait disparu. Nous savions déjà que tu ne finirais pas cette année 2020, l’oncologue nous l’avait bien fait comprendre, « c’est une question de mois, de semaines, de jours, je ne saurais être plus précise avec vous. » nous avait-elle dit.

Maman venait tout juste d’être officiellement à la retraite. Depuis le début de la maladie, elle s’occupait de toi tout en travaillant. Elle était épuisée, et savait déjà que vous ne profiteriez pas de votre retraite ensemble. Elle est venue te voir à l’hôpital tous les jours. L, la deuxième de tes petites filles venait aussi tous les jours après ses cours à la fac, parfois, elle s’endormait sur le fauteuil à côté de toi, elle voulait profiter au maximum de son grand-père qu’elle considérait plus comme un père. Elle savait, la mort je leur en parlais, à elle et son frère, ce n’est pas un sujet tabou chez nous. Je venais aussi quasiment tous les soirs après le travail. Je venais te masser les pieds pour éviter les escarres, et je t’amenais de la bonne soupe faite maison, tu ne voulais plus manger les repas de l’hôpital « c’est dégueulasse, ils me dérangent tous les 5 min, le repas est froid ! » disais-tu. Alors je m’occupais de toi, je prenais soin de toi. Tu te souviens de notre complicité ? Tu te souviens de ce jour où nous avons fait des signaux de lumières, toi de ta chambre et moi de mon appartement, afin de se repérer chacun de notre côté. C’était notre façon de rester connectés l’un à l’autre. Tu as finalement pu rentrer à la maison, chez toi, dans ton cocon, ton environnement, avec maman. Tu ne lui as pas facilité la tâche au cancer, tu as été très combatif et courageux. Tu as fini par y entrer dans ce programme de soins palliatifs, même si au fond, nous l’avions plus ou moins mis en place depuis un moment déjà. Je venais te couper les cheveux, et M te faisait ta manucure aux pieds pour que tu te sentes bien. C’est nous, tes proches, qui nous sommes occupés de tes soins. J’ai fait la demande pour ton lit médicalisé, je venais te voir en faisant les attestations, et oui, la covid19 avait fait sa grande entrée en scène. Elle nous a volé tellement d’instants précieux. J’avais tellement peur de ne pas avoir le temps de te dire tout ce que j’avais envie et besoin de te dire avant ta mort que je t’ai écrit une lettre. Tu te souviens des paroles que tu m’as dit alors ? J’en souris encore aujourd’hui, « je ne suis pas encore mort, mais merci pour ta lettre, je t’aime aussi ! », j’ai eu besoin de ça pour arriver à te dire au revoir. Tu n’as plus eu de visite de tes copains, et amis. J’arrive à les comprendre aujourd’hui même si je pense qu’à l’époque, toi tu t’es senti abandonné. Ils voulaient avant tout garder le souvenir de toi en pleine santé, ils n’acceptaient pas l’image de toi que la maladie rongeait. Même toi, tu n’arrivais plus à supporter ton reflet dans le miroir. Pour nous, tu incarnais tellement la vie.

Fin février, nous sommes allés tous les 4, toi, Maman, M et moi, à ton rendez-vous chez l’oncologue, le dernier, elle avait voulu t’en fixer un autre, le jour de mon anniversaire. Tu lui as répondu certainement pas le jour de l’anniversaire de ma fille, et tu lui as posé cette question, avec tes propres mots « bon, le ver est dans la pomme ? », tu connaissais la réponse, « oui Monsieur C., on ne peut plus rien faire, le cancer a gagné, votre combat est terminé ». L’oncologue t’a proposé de mettre en place les soins palliatifs. Nous les avions déjà mis en place à notre façon, c’était un peu trop tard de nous les proposer juste à ce moment-là. Nous savions déjà où en était l’avancée de ton cancer. Je ne saurai l’expliquer, mais on les sent ces choses-là. Tu lui as répondu, non rien, plus rien. Tu voulais juste que tout ça se finisse, tu aurais voulu qu’on te propose un autre choix. Tu voulais juste rentrer chez toi, là où tu te sentais le mieux, dans ton cocon familial. Tu as dit adieu à l’hôpital ce jour-là. Une semaine avant que tu ne décèdes, tu m’as téléphoné. Ce coup de téléphone, je m’en souviendrai toujours, je n’oublierai jamais ta voix, presque éteinte. J’ai fait un sac et je suis venue chez Maman et toi dans l’heure qui suivait. Maman m’as dit en ouvrant la porte « ben qu’est-ce que tu fais là ? Papa, ça va, il dort ! ». Je suis restée, j’ai passé cette semaine de confinement avec toi, j’ai repris tes soins avec Maman. Ta toilette, c’est nous qui te l’avons faite, tu n’arrivais plus à ingurgiter tes médicaments, par perfusion c’était devenu impossible, nous avons mis en place les patchs de morphines avec le médecin. Nous t’avons fait écrire tes directives anticipées pendant que tu pouvais encore le faire. Tous les jours, on se parlait, tu nous préparais à ton départ. Tu as été bienveillant envers nous. Nous avons fait venir tes petits-enfants pour qu’ils te disent au revoir, le moment de ta mort approchait, on sent ce moment approcher. J’avais cette sensation que la mort jouait avec nos nerfs. Je dormais dans la salle à côté de toi, sur le canapé, j’écoutais ta respiration, je ne voulais pas qu’elle s’arrête. J’ai fini par être épuisée. Tu venais de fêter tes 68 ans.  Je revis souvent ce soir du 24 avril 2020, j’allais renter à la maison pour voir les enfants. Je suis restée à tes côtés jusqu’à 23h00, l’heure où je devais te poser ton patch de morphine. Ce sera le dernier. Je me souviens te l’avoir posé sur le cœur ce soir-là, tu étais apaisé, les patchs précédents avaient déjà fait effet et avaient fait disparaître tes douleurs. Je t’ai embrassé, je t’ai dit au revoir et je t’ai murmuré à l’oreille ces quelques mots « Papa si tu veux partir, pars, je t’aime Papa ». Et je t’ai dit à demain. Il n’y a plus jamais eu de demain pour toi et moi. Il n’y a plus eu que moi, sans toi. Tu t’es éteint avant que je puisse être revenue.

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