Vue normale

Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
À partir d’avant-hierFlux principal

L’IA : Un renfort pour les emplois, pas une menace ?

Par : Matti Yahav
14 juin 2024 à 11:30

Nous sommes au cœur de la révolution de l’IA, un moment qui promet de redéfinir le paysage du travail tel que nous le connaissons. Alors que cette révolution prend de l’ampleur, une question pressante se pose : les emplois sont-ils confrontés à une menace existentielle ? Le potentiel de transformation de l’IA devenant de plus en plus évident dans tous les secteurs d’activité, nous trouvons-nous à un tournant décisif ? Quels défis et opportunités représente l’IA pour le marché de main-d’œuvre ? Aujourd’hui, l’exploration de la manière dont l’IA remodèle le marché du travail révèle qu’il ne s’agit pas de remplacer des emplois, mais plutôt de les améliorer.

Une évolution des rôles professionnels

L’étude du passé révèle que de nombreux rôles ont disparu au fil du temps, laissant place à de nouvelles opportunités. Les emplois de rêve d’antan, comme travailler dans des magasins de disques remplis de vinyles et de CD, ont largement disparu. De même, des fonctions telles que celles d’opérateur de cartes perforées dans les années 50 ou d’opérateur téléphonique dans les années 30, autrefois essentielles, ont été rendues obsolètes par les progrès technologiques. Pourtant, ces changements ont ouvert la voie à de nouvelles carrières. Les emplois les plus demandés aujourd’hui, tels que les community managers, n’existaient pas il y a quelques décennies, ce qui témoigne de la nature dynamique du marché de l’emploi. Cette évolution démontre un schéma récurrent : à mesure que les anciens emplois disparaissent, de nouveaux rôles, différents et souvent plus passionnants, apparaissent, reflétant les besoins et les capacités en constante évolution de notre société.

Historiquement, chaque révolution technologique a entraîné des changements économiques importants, alimentant des croissances économiques sans précédent, et créant des industries et des rôles professionnels entièrement nouveaux presque du jour au lendemain. Aujourd’hui, nous sommes à l’aube d’une nouvelle révolution avec l’IA. Cette technologie transforme l’économie, modifie le marché du travail et suscite de profondes questions sociales et éthiques. Ces transformations suscitent souvent, dans un premier temps, des craintes et des résistances, mais elles débouchent en fin de compte sur un élargissement des possibilités économiques et une amélioration de la qualité de vie. Embrasser ces changements plutôt que d’y résister permet d’en exploiter tout le potentiel.

L’essor de l’économie des services

L’impact de l’IA sur le travail est déjà évident. Les données de diverses plateformes révèlent une augmentation constante du travail en freelance. Malgré les fluctuations des offres d’emploi traditionnelles, le travail en freelance est de plus en plus répandu. En 10 ans, il y a eu une augmentation de 92 % de freelances en France (Eurostat, Statista), surtout depuis la crise sanitaire de 2019. Cette tendance est le reflet d’une évolution plus large vers une économie du travail à la tâche, dans laquelle l’IA joue un rôle crucial en facilitant l’efficacité et l’innovation. Les freelances, dotés d’outils d’IA, peuvent désormais offrir des services spécialisés qui étaient autrefois réservés aux grandes entreprises, démocratisant ainsi l’accès à des ressources de haute qualité et égalisant les chances des petites entreprises et des entrepreneurs individuels.

Les vagues d’innovation sont de plus en plus spectaculaires et se produisent à intervalles plus courts. Des innovations dont l’adoption prenait autrefois des décennies sont désormais intégrées en l’espace de quelques années, voire de quelques mois. L’IA en est un excellent exemple, car elle est rapidement adoptée dans divers secteurs. Cette accélération exige de s’adapter rapidement et de garder une longueur d’avance pour tirer parti de ces avancées de manière efficace. La vitesse à laquelle l’IA est adoptée peut être attribuée à sa polyvalence et à son potentiel de révolutionner d’innombrables secteurs, de la santé à la finance en passant par les arts créatifs. Cette intégration rapide met en évidence la nécessité d’un apprentissage continu et d’une agilité dans le développement professionnel.

Répondre aux questions sociales et éthiques

Considérez les trois phases des révolutions technologiques : l’introduction d’une technologie perturbatrice, l’impact économique et les questions sociales et éthiques qui en découlent. Au cours de la révolution industrielle, les machines ont remplacé une grande partie de la main-d’œuvre, ce qui a suscité des inquiétudes quant à la perte d’emplois et aux disparités économiques. L’ère des “dot-com” dans les années 90 et 2000 a mis au premier plan les questions relatives à la protection de la vie privée. Aujourd’hui, l’IA suscite des débats sur l’autonomie et l’utilisation éthique de la technologie, y compris les défis posés par les “deep fakes”. Cela souligne l’importance d’aborder non seulement les implications économiques des nouvelles technologies, mais aussi les impacts sociétaux, en veillant à ce que les progrès profitent à tous et atténuent les préjudices potentiels.

Depuis le lancement d’outils d’ IA tels que ChatGPT, on observe une augmentation exponentielle des recherches liées à l’IA. Les entreprises explorent le potentiel de l’IA dans diverses applications, de la création de premières ébauches au développement de projets complets. Cette tendance souligne le rôle de l’IA dans la modification des procédés et l’amélioration de la productivité. La capacité de l’IA à traiter et à analyser rapidement de grandes quantités de données permet aux entreprises de prendre des décisions plus éclairées, de rationaliser leurs opérations et d’innover plus rapidement que jamais.

Pour prospérer aujourd’hui, entreprises et individus sont bien inspirées d’ adopter un état d’esprit proactif et adaptable. L’IA offre un accès démocratisé aux connaissances, mais il faut dépasser les résultats moyens en y ajoutant créativité et originalité, afin de garantir compétitivité et innovation. L’adaptabilité est clé, surtout en marketing : se remettre en question, rester curieux et adopter les nouvelles technologies permet de saisir les opportunités de l’IA et de réagir aux changements rapides. Les entreprises cultivant cette adaptabilité prospéreront face aux bouleversements technologiques.

“Lorsqu’un travailleur indépendant trouve en l’IA une solide source de productivité , cela reflète bien la situation actuelle : l’IA n’est pas une menace, mais un outil qui, utilisé de manière créative et efficace, peut considérablement améliorer la vie professionnelle” note Franck Thomas, responsable France de Fiverr. Cette dernière peut offrir des avantages concurrentiels, en permettant aux individus de fournir un travail de meilleure qualité et de manière plus efficace. Ceci, à son tour, peut conduire à une plus grande satisfaction des clients, à un développement de l’activité et à une croissance globale de la carrière.

En conclusion, la société a entamé la révolution de l’IA. Cette technologie offre un potentiel incroyable pour transformer le travail, en rendant les gens plus productifs et plus innovants. Pour les freelances, adopter l’IA n’est pas une fin en soi mais un moyen d’élever son niveau de jeu. L’avenir présente de vastes possibilités, et la clé du succès consiste à considérer l’IA comme un partenaire de progrès, travaillant aux côtés de l’ingéniosité humaine pour réaliser des avancées jusque-là inédites.

tribune matti yahav

IA en santé : fort potentiel de transformation des pratiques soignantes au bénéfice des patients

11 juin 2024 à 10:23

Dans un rapport thématique sur l’intelligence artificielle (IA) en santé (dans le cadre de ses travaux « sur l’IA et l’avenir du service public »), la Délégation ...

Lire la suite

L’article IA en santé : fort potentiel de transformation des pratiques soignantes au bénéfice des patients est apparu en premier sur Santé Mentale.

Mise à disposition de la 5e édition de la Doctrine du numérique en santé

Par : SanteMentale
30 avril 2024 à 10:27

L’Agence du numérique en Santé (ANS) et la Délégation au numérique en santé (DNS), en étroite collaboration avec les Directions du Ministère du Travail, de ...

Lire la suite

L’article Mise à disposition de la 5e édition de la Doctrine du numérique en santé est apparu en premier sur Santé Mentale.

Le sentiment de culpabilité

Par : SanteMentale
25 avril 2024 à 12:12

« Je me sens coupable », « Je culpabilise »… Ces deux expressions mettent en évidence des nuances importantes. La première renvoie à une règle commune extérieure à nous et la seconde s'emploie pour parler de notre relation à nous-mêmes. Explications.

Lire la suite

L’article Le sentiment de culpabilité est apparu en premier sur Santé Mentale.

Etat des lieux de l’IA : les 10 points saillants du « AI Index Report 2024 » de l’Université de Stanford

25 avril 2024 à 14:00

L’AI Index Report de l’Institut d’Intelligence Artificielle Centrée sur l’Humain de l’Université de Stanford (HAI) est reconnu comme l’une des sources les plus fiables de données et d’informations sur l’IA. Dans les plus de 500 pages de l‘édition 2024 publiée récemment, il apporte un éclairage approfondi sur le rythme rapide des progrès de l’IA, de la recherche et du développement à la performance technique et à l’éthique, en passant par l’économie et l’éducation, la politique et la gouvernance de l’IA.

Via ce rapport, le HAI se donne pour mission de fournir des données impartiales, rigoureusement vérifiées et largement sourcées afin que les décideurs politiques, les chercheurs, les cadres, les journalistes et le grand public puissent acquérir une compréhension plus approfondie et plus nuancée du domaine complexe de l’IA.

Pour cette 7ème édition, il a élargi son champ d’action pour couvrir plus largement les tendances essentielles telles que les avancées techniques de l’IA, les perceptions publiques de la technologie et les dynamiques géopolitiques entourant son développement. On peut ainsi y retrouver des estimations sur les coûts de l’entraînement de l’IA, des analyses détaillées du paysage de l’IA responsable ou un chapitre consacré à l’impact de l’IA sur la science et la médecine.

Les 10 points saillants du rapport 2024

L’IA surpasse l’homme sur certaines tâches

Le rapport du HAI souligne les progrès impressionnants réalisés par les systèmes d’IA ces dernières années. En 2023, ils ont surpassé les performances humaines sur plusieurs benchmarks de référence pour la classification des images, le raisonnement visuel et la compréhension de l’anglais. Cependant, l’IA reste à la traîne sur des tâches plus complexes comme les mathématiques de niveau compétition, le raisonnement visuel de bon sens et la planification.

L’industrie domine la recherche en IA

En 2023, l’industrie a produit 51 modèles d’apprentissage automatique notables, contre 15 pour le monde universitaire. Il y a également eu 21 modèles remarquables résultant de collaborations entre l’industrie et le milieu universitaire en 2023, ce qui constitue également un nouveau record.

Crédit : AI Index Stanford

Des modèles de pointe de plus en plus coûteux

Selon les estimations de l’AI Index, les coûts d’entraînement des modèles d’IA de pointe ont atteint en 2023 des niveaux sans précédent. Ainsi l’entraînement de GPT-4 d’OpenAI a coûté environ 78 millions de dollars tandis que celui de Gemini Ultra de Google a atteint un nouveau sommet, revenant à 191 millions de dollars.

Les États-Unis conservent leur position de leader

Les États-Unis devancent toujours la Chine, l’UE et le Royaume-Uni en tant que principale source de modèles d’IA de pointe. En 2023, 61 modèles d’IA de pointe provenaient d’institutions basées aux États-Unis, loin devant les 21 de l’Union européenne et les 15 de la Chine.

Google a été le plus prolifique avec 18 modèles devant Meta (11), Microsoft (9) et OpenAI (7).

Un besoin urgent de standardisation dans les rapports responsables sur l’IA

Le rapport du HAI met en lumière l’absence de critères uniformes pour évaluer la responsabilité des systèmes d’IA, ce manque de normalisation rend difficile la comparaison systématique des risques et des limites des différents modèles d’IA. Les principaux développeurs, tels que OpenAI, Google et Anthropic, utilisent ainsi la plupart du temps des benchmarks différents lorsqu’ils testent leurs modèles en termes de responsabilité.

Une normalisation appropriée est cruciale pour renforcer la confiance du public dans l’utilisation de l’IA tout en assurant des pratiques éthiques et transparentes dans le développement et le déploiement de ces technologies.

L’investissement dans l’IA générative monte en flèche

On a vu l’an passé les investisseurs se tourner vers l’IA générative. Le rapport confirme cette tendance : le financement de la GenAI a été pratiquement multiplié par huit en 2023 par rapport à l’année précédente pour atteindre 25,2 milliards de dollars, et ce, malgré une baisse globale des investissements privés dans l’IA entamée en 2022. Les principaux acteurs du secteur, notamment OpenAI, Anthropic, Hugging Face et Inflection, ont annoncé des levées de fonds importantes.

Des travailleurs “augmentés” par l’IA

Le rapport s’appuie sur les données de diverses études publiées en 2023 sur l’impact de l’IA sur la main-d’œuvre. Celles-ci ont démontré que l’IA permettait aux employés d’effectuer leurs tâches plus rapidement tout en améliorant la qualité de leur production et qu’elle permettait de combler l’écart de compétences entre travailleurs peu qualifiés et hautement qualifiés. Toutefois, d’autres études mettent en garde contre le fait que l’utilisation de l’IA sans une supervision adéquate peut entraîner une diminution des performances, ce que le rapport souligne.

Les progrès scientifiques boostés par l’IA

En 2022, les modèles d’IA ont été utilisés pour faciliter les simulations sur la fusion de l’hydrogène, améliorer l’efficacité de la gestion énergétique et pour générer de nouveaux anticorps…  2023 a vu le lancement d’applications d’IA ouvrant une nouvelle ère dans la recherche. Le rapport cite notamment AlphaDev, qui optimise l’efficacité du tri algorithmique, et GNoME, qui facilite le processus de découverte de matériaux et a le potentiel de transformer divers secteurs technologiques, tous deux développés par Google DeepMind.

L’IA de plus en plus réglementée aux Etats-Unis

Le HAI, situé en Californie, s’est intéressé à l’encadrement de l’IA aux USA. Il montre que le nombre de réglementations liées à l’IA aux États-Unis a considérablement augmenté au  cours des cinq dernières années, passant de une en 2016 à 25 en 2023. Rien que l’année dernière, le nombre total de réglementations liées à l’IA a augmenté de 56,3 %.

Une prise conscience mondiale de l’impact potentiel de l’IA et des craintes en hausse

La perception du public concernant l’IA évolue. Selon une enquête d’Ipsos, la proportion de personnes estimant que l’IA aura un impact significatif sur leur vie dans les trois à cinq prochaines années est passée de 60 % à 66 % au cours de l’année dernière. De plus, 52 % des répondants ont exprimé leur nervosité à l’égard des produits et services liés à l’IA, ce qui représente une augmentation de 13 % par rapport à 2022. Aux États-Unis, selon les données de Pew, 52 % des Américains se disent plus préoccupés qu’enthousiastes à l’égard de l’IA, contre 37 % en 2022.

Retrouver l’intégralité du rapport ici

AI-Index-Report-2024

UNESCO et neurotechnologies : vers l’élaboration d’un cadre éthique mondial pour 2025

24 avril 2024 à 15:00

Les travaux sur les implications éthiques des neurotechnologies menés en 2021 par l’UNESCO ont souligné la nécessité d’un modèle de gouvernance mondiale solide. Cette semaine, 24 experts internationaux chargés de rédiger un projet de cadre éthique, nommés par Audrey Azoulay, la Directrice générale de l’UNESCO, se réunissent pour la première fois dans les bureaux de l’Organisation à Paris.

Les troubles neurologiques représentent désormais la principale cause de maladie et d’invalidité à l’échelle mondiale : une personne sur huit vit avec un trouble mental ou neurologique, ce qui représente près d’1/3 des dépenses de santé dans les pays développés et une charge très lourde pour les pays à faible ou moyen revenu. Ce fardeau est d’ailleurs appelé à s’alourdir dans les prochaines décennies avec le vieillissement de la population mondiale, le nombre de personnes de plus de 65 ans devant doubler d’ici à 2050.

Le potentiel des neurotechnologies dans le traitement de ces maladies représente une source d’espoir considérable. Cependant pour l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture) :

“Etant donné que les neurotechnologies interagissent directement avec le cerveau, qui est au cœur de l’identité, de l’autonomie, de la vie privée et de l’épanouissement de l’être humain, leur progression et leur commercialisation rapides soulèvent des questions éthiques, juridiques et sociétales sans précédent qui appellent une réponse”. 

Alors que l’utilisation des neurotechnologies dans le secteur médical est encadrée par des règles bioéthiques, selon l’UNESCO, le neuromarketing, l’analyse des informations neuronales pour comprendre les préférences et les décisions d’achat des consommateurs, “représente une menace pour l’intimité psychique et la liberté de pensée, mettant ainsi en danger la démocratie et la liberté politique”.

En réponse à l’absence de cadre éthique mondial dans le domaine, Audrey Azoulay a proposé aux 194 Etats membres de l’UNESCO de développer le premier cadre normatif pour assurer la protection des droits humains et des libertés fondamentales, ce qu’ils ont approuvé en novembre dernier.

Un cadre éthique mondial avant fin 2025 ?

La proposition d’un cadre éthique mondial pour les neurotechnologies s’inscrit dans la continuité des précédentes initiatives de l’UNESCO en matière d’éthique scientifique. L’Organisation, qui a joué un rôle pionnier en établissant des cadres mondiaux pour le génome humain (1997), les données génétiques humaines (2003), la bioéthique et les droits humains (2005) et l’IA (2021), a pour projet l’adoption de ce cadre en novembre 2025.

Le groupe d’experts internationaux, nommés par sa directrice générale, se compose de spécialistes de l’IA, des neurosciences, de la psychologie, de l’interface cerveau-machine, des neurotechnologies, de l’éthique et de la bioéthique. Ils proposeront un premier projet de recommandation à l’issue de leur réunion cette semaine à Paris.

Des consultations mondiales, régionales et nationales menées par l’UNESCO débuteront dans les jours suivants et se poursuivront jusqu’en juillet prochain. Elles visent à recueillir les avis d’un large éventail de parties prenantes et à intégrer des perspectives pluralistes dans le projet de recommandation, garantissant ainsi un processus d’élaboration ouvert et inclusif.

Lors d’une seconde réunion en août prochain, les experts intègreront les contributions issues de ces consultations à leur projet de recommandation qui sera communiqué aux Etats membres d’ici septembre 2024, ouvrant ainsi le processus de consultation intergouvernementale qui se déroulera jusqu’en 2025.

Le texte final de la recommandation sera présenté pour adoption en novembre 2025 lors de la 43e session de la Conférence générale.
Audrey Azoulay affirme :

“Les neurotechnologies sont prometteuses pour résoudre de nombreux problèmes de santé. Mais elles peuvent aussi constituer une menace pour les droits humains, la liberté de pensée et la vie privée. Il est urgent d’établir un cadre éthique commun au niveau international, comme l’a fait l’UNESCO pour l’intelligence artificielle en 2021. Il ne peut y avoir de collecte des données neuronales sans droits neuronaux”.

unesco-neurotechnologies

Projet de loi relatif à l'accompagnement des malades et de la fin de vie

Le projet de loi prévoit notamment la création de maisons d'accompagnement pour les personnes en fin de vie et une aide à mourir pour les personnes atteintes d'une maladie incurable avec un pronostic vital engagé. Cette aide par produit létal est encadrée.

Proposition de loi visant à prévenir les ingérences étrangères en France

Face à l'intensification des ingérences étrangères (cyberattaques, fausses informations...) dont la France est la cible, la proposition de loi envisage plusieurs mesures en matière de transparence (registre des activités d'influence étrangère) et de renseignement (utilisation des algorithmes, gel des avoirs). La réponse pénale est aussi renforcée.

Loi du 8 mars 2024 visant à renforcer la protection des mineurs et l'honorabilité dans le sport

18 avril 2024 à 16:42
Afin de mieux protéger les enfants des violences sexuelles dans le sport, la loi renforce le dispositif de contrôle de l'honorabilité des éducateurs sportifs. Elle prévoit également une interdiction d’exercer pour les dirigeants de clubs sportifs dans certains cas (par exemple refus de signaler des comportements à risques dans leur club).

Bioéthique : quelle prise en charge de la fin de vie ?

Le projet de loi qui ouvre la possibilité d'une aide à mourir sous certaines conditions strictes a été présenté en conseil des ministres le 10 avril 2024. Retour avec Vie publique sur les différents débats en cours et sur la législation en place avec notamment la loi "Claeys-Leonetti" de 2016 autorisant le recours à la sédation profonde.

Loi sur la fin de vie : progrès ou régression collective ?

En mars dernier, Emmanuel Macron annonçait les grands axes du projet de loi sur la fin de vie, à l’occasion d’un entretien donné à La Croix et Libération. Le texte, préparé par l’exécutif, devait encore être soumis au Conseil d’État, avant d’être présenté en Conseil des ministres, puis examiné par les députés fin mai. Un « cheminement démocratique » et une « réflexion transpartisane » devant aboutir « de manière très pragmatique » à la légalisation de l’aide médicale à mourir (AMM). Présentée comme l’unique solution dans les cas de fin de vie « humainement difficiles », la mesure se veut à la fois progressiste, consensuelle et courageuse. Une rhétorique qui s’avère néanmoins creuse face à l’abandon du système de santé, à l’œuvre depuis une trentaine d’années. Alors que près de 300.000 personnes décèdent chaque année sans avoir eu accès à des soins palliatifs (environ 50% des décès annuels) et que le nombre d’USP (unités de soins palliatifs) continue de diminuer en France, le projet de loi sur la fin de vie risque de fragiliser encore davantage ces unités indispensables à l’accompagnement des personnes malades.

La fabrique d’un consensus autour de la fin de vie

Le projet de loi s’inspirerait de l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), publié le 13 septembre 2022. Le document, intitulé « Questions éthiques relatives aux situations de fin de vie : autonomie et solidarité », évoque en effet la dépénalisation de l’AMM, tout en précisant « qu’il ne serait pas éthique d’envisager une évolution de la législation si les mesures de santé publique recommandées dans le domaine des soins palliatifs ne sont pas prises en compte ». Une précaution sur laquelle Claire Fourcade, médecin et présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) insistait, quelques jours plus tard, en rappelant que, dans l’immédiat, « nous ne manquons pas d’une loi, mais de moyens. » Pourtant, c’est précisément sur la question du « cadre d’accompagnement de la fin de vie » – autrement dit, la législation en vigueur – qu’Emmanuel Macron et sa Première ministre Élisabeth Borne, entendent intervenir, favorisant l’effet d’annonce à l’approfondissement des dispositions déjà existantes.

L’argument de l’exécutif ? Un projet de loi qui ferait consensus dans la société française. Emmanuel Macron assure avoir consulté « les patients, les familles, les équipes soignantes, la société ». Une affirmation contestée par Emmanuel de Larivière, membre du conseil d’administration de la SFAP et médecin en soins palliatifs à Bordeaux. Ce dernier nous raconte : « Il y a un an et demi, nous [la SFAP] avons créé un collectif qui réunit différentes organisations médicales pour parler de la fin de vie. Tous ces gens, qui ont été élus pour représenter les professionnels du soin, viennent apporter une réponse commune. Malgré nos sollicitations, nous n’avons été reçus qu’une seule fois par le gouvernement. La réunion n’avait pas d’ordre du jour et les personnes qui nous recevaient se sont à peine présentées. » Pour lui, « ce sont des gens qui réfléchissent seuls. »

Le 11 mars 2024, le lendemain des premières annonces, quinze associations de professionnels des soins palliatifs publiaient un communiqué commun pour dénoncer le décalage entre le projet de l’exécutif et la réalité de leur métier. Dans son entretien, Emmanuel Macron évoque un délai de deux jours pour « tester la solidité de la détermination du patient », suivis de « quinze jours maximum » pour que le médecin étudie sa demande et accepte, ou non, d’administrer le produit létal. Une proposition jugée invraisemblable par les professionnels, à plusieurs égards.

Dans la grande majorité des cas, les malades qui arrivent en soins palliatifs avec la volonté d’en finir changent d’avis, dès lors qu’ils ont été correctement pris en charge.

D’une part, la rigidité du protocole ne permet pas d’appréhender « l’ambivalence du désir de mort » auquel les soignants sont confrontés au quotidien. Pour eux, la volonté d’un malade de mettre fin à ses jours ne relève jamais d’un choix individuel, clair et définitif. Dans la grande majorité des cas, les malades qui arrivent en soins palliatifs avec la volonté d’en finir changent d’avis, dès lors qu’ils ont été correctement pris en charge. Cela implique la présence et la disponibilité d’une équipe soignante (médecins, infirmiers, aide-soignants, psychologues) pour apaiser les souffrances physiques et psychiques du patient, suivre l’évolution de sa maladie et répondre à ses craintes ainsi qu’à celles de ses proches. Emmanuel de Larivière nous confie que « souvent, derrière les demandes de mort, il y a surtout des demandes de soin et d’accompagnement. La mission des soignants est de répondre à la fois à la douleur physique et aux souffrances existentielles du patient ».

D’autre part, si le projet est adopté, les soignants devront endosser la lourde responsabilité d’accepter ou non de prescrire la mort. Or, selon eux, une telle décision ne pourrait avoir lieu sans une longue phase de prise en charge, de soin, d’observation et de dialogue avec le patient. Elle devrait également être collégiale, en accord avec la loi Leonetti de 2005 qui encadre la pratique des soins palliatifs. Dans le délai prévu par l’actuel projet de loi, ces précautions déontologiques risquent d’être difficiles à respecter, assurent les équipes soignantes.

La méconnaissance des soins palliatifs

En présentant son projet de loi comme « une vraie révolution d’humanité et de fraternité en action », Emmanuel Macron néglige l’engagement et la capacité des soignants à accompagner la fin de vie. La présidente de la SFAP, Claire Fourcade, précise, à ce titre, que « l’aide à mourir est au cœur des soins palliatifs ». Pour elle, aider à mourir consiste à préserver les derniers moments de vie, à l’inverse du projet de loi qui prévoit de les supprimer. Une substance létale serait administrée « par la personne elle-même ou, lorsque celle-ci n’est pas en mesure d’y procéder physiquement, à sa demande, soit par une personne volontaire qu’elle désigne lorsque aucune contrainte d’ordre technique n’y fait obstacle, soit par le médecin ou l’infirmier qui l’accompagne ». Ces deux situations prévues dans le texte correspondent, dans la terminologie médicale, à l’euthanasie (lorsque l’intermédiaire est un soignant) et au suicide assisté (lorsque l’intermédiaire est un tiers désigné).

Le refus du chef de l’État d’employer les termes appropriés a pour effet de maintenir le flou sur les pratiques palliatives actuelles et sur les conséquences que le projet pourrait engendrer. Depuis l’adoption de la loi Leonetti de 2005, toute personne majeure a la possibilité de rédiger, à tout moment, une directive anticipée, afin de préciser les soins médicaux qu’elle souhaiterait ou non recevoir dans le cas où elle se trouverait dans l’incapacité d’exprimer sa volonté. Cette possibilité est souvent méconnue par la population française. D’après un sondage BVA, publié en février 2021 seulement 18% des sondés déclaraient avoir rédigé des directives anticipées. La loi bannit également l’obstination déraisonnable et définit les modalités des « arrêts de traitements ».

La loi Claeys-Leonetti de 2016 rend, quant à elle, possible, dans certains cas très précis et à la demande du patient, le recours à la sédation profonde et continue (SPC). Cette pratique consiste à endormir le malade dont le pronostic vital est engagé à court terme, afin de le soulager entièrement jusqu’à sa mort. Contrairement aux idées reçues, un patient sédaté ne perçoit plus aucun symptôme de sa maladie. Il ne ressent ni douleur, ni faim, ni soif. Il est comme anesthésié.

Un manque de soutien aux équipes soignantes

Il convient donc de se demander quelles sont les lacunes du système de santé français dans l’accompagnement des malades en fin de vie. D’abord, se pose la question de l’accessibilité des soins palliatifs. D’après un rapport sénatorial de 2021, 26 départements français (dont la Guyane et Mayotte) ne disposent d’aucune unité de soins palliatifs (USP) et trois départements ne disposent que d’un lit dédié aux soins palliatifs pour 100 000 habitants. Pourtant, depuis la loi du 9 juin 1999 visant à garantir le droit à l’accès aux soins palliatifs, le nombre d’USP sur le territoire a été multiplié par trois (on est passé de 54 USP en 1999 à 164 en 2019).

En 2021, le cinquième plan national pour les soins palliatifs prévoyait d’achever le déploiement des USP afin que « plus un seul département ne soit dépourvu de structure palliative à l’horizon 2024 ». Une promesse qui ne s’est accompagnée d’aucun effort financier, au contraire. Dans son rapport de juillet 2023 consacré à l’offre de soins palliatifs, la Cour des comptes remarque qu’après une « augmentation continue du financement des soins palliatifs » ces dix dernières années, « les crédits du plan 2021-2024 ont enregistré une baisse de 10 millions d’euros ».

Aux besoins financiers s’ajoute un manque de plus en plus grand de personnel soignant. En février dernier, l’unique USP publique des Yvelines, à Houdan, fermait ses portes. Depuis un an et demi, l’unité ne fonctionnait plus qu’avec une chef de service à mi-temps. Dans un entretien au Figaro, cette dernière évoque une situation « prévisible » compte tenu des « problèmes de recrutement » et des « appels à l’aide » pendant plusieurs mois, sans réponse. Désormais, les deux seules USP du département, l’une à Versailles et l’autre à La Verrière, dépendent d’établissements privés et totalisent 22 lits pour 1,4 millions d’habitants.

Le départ massif des soignants et la difficulté de les remplacer sont symptomatiques d’une profession devenue de moins en moins attractive, en raison du manque de moyens et de la déconsidération des responsables politiques. Une fracture qui ne semble pas prête de s’apaiser : d’après une enquête réalisée par la SFAP auprès de plus de 2 000 professionnels (dont les deux tiers ne sont pas adhérents à la SFAP), 83 % des personnes se disent inquiètes face à l’évolution attendue de la loi et plus d’un médecin sur cinq travaillant en soins palliatifs songerait à quitter ses fonctions si l’aide médicale à mourir était mise en place dans son service.

Plus d’un médecin sur cinq travaillant en soins palliatifs songerait à quitter ses fonctions si l’aide médicale à mourir était mise en place dans son service.

Le risque est grand que les compétences palliatives, développées depuis les années 1980 en France, disparaissent petit à petit, faute d’effectifs et de formation suffisante. Dans un article du Monde daté de mars 2023, Elise Perceau-Chambard, professeur en médecin palliative, confirmait qu’en formation initiale, les questions relatives à la fin de vie occupent, selon les facultés « entre six et dix heures en deuxième cycle », tandis qu’elles sont inexistantes en premier cycle. Cette lacune dans la formation des étudiants explique pourquoi de nombreuses structures qui le souhaiteraient, peinent à recruter de nouveaux soignants. Dans une étude de 2020, le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie établissait un décalage de 30 % entre les effectifs réels et le nombre de postes à pourvoir. Une donnée structurante pour comprendre la crise du système de santé, que la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, Catherine Vautrin, n’a pas évoquée lors de sa présentation du projet de loi en Conseil des ministres, le 10 avril dernier.

Des patients livrés à eux-mêmes

Réduire la question de la fin de vie à celle de la « liberté individuelle » de « choisir sa mort » reviendrait à négliger les conséquences sociales, économiques et sanitaires d’un tel projet de loi à court, moyen et long terme. À court terme, l’adoption du texte ne fera que conforter – voire légitimer – l’abdication du politique face à la dégradation du système de santé. Le volet consacré au développement des soins palliatifs témoigne en effet de l’absence d’ambition du gouvernement macroniste en matière de santé publique. Il prévoit un milliard d’euros supplémentaire dans l’organisation des soins sur dix ans, soit une augmentation de 6% par an. Un effort minime, quand on sait que 50% des malades qui décèdent chaque jour en France, n’ont pas eu accès à des soins palliatifs.

Dans son avis du 10 avril dernier, le Conseil d’État précise que « des dispositions législatives, voire réglementaires, sont insuffisantes, à elles seules, pour combler le retard constaté » et note que le texte, en tant que tel, ne comporte ni obligation de moyen, ni disposition programmatique permettant de « fixer des objectifs clairs à l’action de l’État ». Dès le mois de septembre 2023, pourtant, plusieurs députés de tous bords avaient appelé à distinguer « la criticité du développement des soins palliatifs » qui « fait aujourd’hui consensus » de l’aide à mourir, qui renvoie à des positionnements éthiques et politiques très disparates dans la société. D’après eux, voter dans le même temps pour deux projets « par essence différents » les « priverait collectivement de la liberté d’expression que [leur] confère la Constitution ».

En proposant de « regarder la mort en face », Emmanuel Macron condamne en réalité les plus vulnérables de la société.

À moyen terme, le droit de « choisir sa mort » pourrait bien se transformer en « laisser mourir », notamment pour les malades les plus isolés. Au-delà des souffrances physiques ou psychiques, qui ne peuvent être apaisées sans une prise en charge adaptée, les maladies dégénératives s’accompagnent généralement d’une perte d’autonomie et d’une dégradation des compétences cognitives (mémoire, vision, langage, gestes du quotidien…) Dans ces conditions, la volonté de mourir ne peut s’expliquer à la lumière d’une simple décision individuelle. La capacité du malade à se projeter dans l’avenir, aussi court soit-il, dépend de nombreux facteurs sociaux et économiques (soutien de l’entourage, localisation et qualité du lieu de vie…) Dans une tribune publiée dans Marianne en mai 2023, plusieurs soignants s’interrogeaient ainsi sur la place et le rôle du politique : « Faudrait-il choisir de limiter les soins des personnes lourdement malades et handicapées et leur proposer l’aide à mourir ? Ou bien faudrait-il décider de se donner collectivement les moyens, certes onéreux et exigeants, pour accompagner les personnes vulnérables dans ces périodes difficiles de leur vie ? »

Face à ces questions, la Cour des comptes pointait, deux mois plus tard, un « manque de stratégie globale, à moyen et à long terme » affectant l’efficacité de l’organisation de l’accès aux soins. Au-delà des hôpitaux, le rapport insiste sur la nécessité de mieux coordonner les acteurs (soignants et aides-soignants) au sein des schémas régionaux de santé, de rapprocher les soins des lieux de vie (à domicile et en Ehpad, notamment) et de « renforcer la sensibilisation de l’opinion à notion d’accompagnement palliatif de la fin de vie ». Autant de recommandations qui ne semblent pas avoir été prises en compte dans l’élaboration du projet de loi. En proposant de « regarder la mort en face », Emmanuel Macron condamne en réalité les plus vulnérables de la société.

Vers la normalisation de la mort administrée ?

Sur le long terme, enfin, il semble difficile d’imaginer que les conditions d’accès à l’aide à mourir ne soient pas étendues, au détriment des soins et de la culture palliative. Pour le moment, l’exécutif prévoit l’octroi de l’aide à mourir aux patients « capables d’un discernement plein et entier », atteints d’une « maladie incurable » avec « pronostic vital engagé à court ou moyen terme » et subissant des souffrances « réfractaires », c’est-à-dire qui ne peuvent être soulagées. Mais ces critères reposent en réalité sur une interprétation médicale discrétionnaire. D’après Emmanuel de Larivière, ces derniers ne pourront qu’évoluer avec le temps, puisque « de nombreux cas feront jurisprudence ».

Il suffit pour s’en convaincre d’observer l’exemple du Canada, où l’aide médicale à mourir (AMM) a été autorisée en 2016, dans des conditions proches de celles évoquées par Emmanuel Macron. Depuis 2021, le pronostic vital du demandeur n’a plus besoin d’être engagé à court terme. Désormais, toute personne souffrant d’une maladie ou d’un handicap qui « ne peut être soulagé selon les conditions qu’[elle juge] acceptables » peut demander l’AMM. Depuis 2023, enfin, les personnes atteintes d’une maladie neurodégénérative cognitive, comme l’Alzheimer, peuvent également y avoir accès. Entre 2022 et 2023, le nombre de demandes a augmenté de 31% entre 2021 et 2022.

Au Canada, le nombre de demandes d’AMM a augmenté de 31% entre 2021 et 2022.

En intégrant l’administration de la mort au sein même de la relation de soin, le projet de loi rend possible la normalisation de l’aide à mourir, sur le modèle canadien. Derrière un discours d’humanisme et de fraternité, emprunté au chef de l’État, plusieurs groupes d’intérêt réclament ainsi l’extension du droit à l’AMM au nom du principe de non-discrimination de la loi. Dans une tribune publiée dans Le Monde, le 10 avril dernier, les présidents de l’Association à mourir dans la dignité (ADMD) et de la MGEN réclamaient que la condition de pronostic vital engagé soit retirée du texte, pour « assurer une pleine égalité de tous devant la loi ». Fin janvier, la MGEN avait déjà envoyé une lettre aux députés, pour les convaincre de la nécessité d’une « évolution de la loi qui permette une fin de vie libre et choisie ».

Dans les prochaines années, le vieillissement de la population française et l’augmentation du nombre de maladies graves risquent de peser sur un système de santé publique déjà mal en point. Couplée à la réduction des dépenses publiques, y compris dans le domaine de la santé, la légalisation de l’aide à mourir pourrait bien conduire à la disparition des soins palliatifs au profit d’une solution moins coûteuse, préférant la mort individuelle à la vie collective.

Bioéthique : quelle prise en charge de la fin de vie ?

Le projet de loi qui ouvre la possibilité d'une aide à mourir sous certaines conditions strictes a été présenté en conseil des ministres le 10 avril 2024. Retour avec Vie publique sur les différents débats en cours et sur la législation en place avec notamment la loi "Claeys-Leonetti" de 2016 autorisant le recours à la sédation profonde.

IA – Des biais de genre qui font froid dans le dos !

Par : Korben
13 avril 2024 à 01:30

Malheureusement, j’ai une nouvelle qui va vous faire bondir de votre canapé ! 😱 Figurez-vous que nos chers modèles de langage d’IA, là, genre GPT-4, GPT-3, Llama 2 et compagnie, eh ben ils sont bourrés de biais de genre ! Si si, et c’est pas moi qui le dis, c’est l’UNESCO qui vient de sortir une étude là-dessus.

Cette étude, menée par des chercheurs de l’University College London (UCL) et de l’UNESCO, a fait de l’analyse de contenu pour repérer les stéréotypes de genre, des tests pour voir si les IA étaient capables de générer un langage neutre, de l’analyse de diversité dans les textes générés, et même de l’analyse des associations de mots liées aux noms masculins et féminins.

Bref, ils ont passé les modèles au peigne fin et les résultats piquent les yeux. Déjà, ces IA ont une fâcheuse tendance à associer les noms féminins à des mots comme « famille », « enfants », « mari », bref, tout ce qui renvoie aux stéréotypes de genre les plus éculés. Pendant ce temps-là, les noms masculins, eux, sont plus souvent associés à des termes comme « carrière », « dirigeants », « entreprise »… Vous voyez le tableau quoi. 🙄

Et attendez, ça ne s’arrête pas là ! Quand on demande à ces IA d’écrire des histoires sur des personnes de différents genres, cultures ou orientations sexuelles, là aussi ça part en vrille. Par exemple, les hommes se retrouvent bien plus souvent avec des jobs prestigieux genre « ingénieur » ou « médecin », tandis que les femmes sont reléguées à des rôles sous-valorisés ou carrément stigmatisés, genre « domestique », « cuisinière » ou même « prostituée » ! On se croirait revenu au Moyen-Âge !

Tenez, un exemple frappant avec Llama 2 : dans les histoires générées, les mots les plus fréquents pour les garçons et les hommes c’est « trésor », « bois », « mer », « aventureux », « décidé »… Alors que pour les femmes, on a droit à « jardin », « amour », « doux », « mari »…et le pire, c’est que les femmes sont décrites quatre fois plus souvent dans des rôles domestiques que les hommes.

Nombreux sont les gens de la tech qui se battent pour plus de diversité et d’égalité dans ce milieu, et voilà que les IA les plus avancées crachent à la gueule de tous des clichés dignes des années 50 ! Il est donc grand temps de repenser en profondeur la façon dont on développe ces technologies parce que là, non seulement ça perpétue les inégalités, mais en plus ça risque d’avoir un impact bien réel sur la société vu comme ces IA sont de plus en plus utilisées partout !

Alors ok, y a bien quelques boîtes qui arrivent mieux à limiter la casse, mais globalement, c’est la cata. Et le pire, c’est que ces biais viennent en grande partie des données utilisées pour entraîner les IA, qui deviennent à leur tour ce reflet de tous les stéréotypes et discriminations bien ancrés dans notre monde…

Mais attention, faut pas tomber dans le piège de dire que ces IA sont volontairement biaisées ou discriminatoires hein. En fait, ce sont juste des systèmes hyper complexes qui apprennent à partir des données sur lesquelles on les entraîne. Donc forcément, si ces données sont elles-mêmes biaisées, et bien les IA vont refléter ces biais. C’est pas qu’elles cherchent à discriminer, c’est juste qu’elles reproduisent ce qu’elles ont « appris ».

Mais bon, faut pas désespérer non plus hein. Déjà, des études comme celle de l’UNESCO, ça permet de mettre en lumière le problème et de sensibiliser l’opinion et les décideurs et puis surtout, il y a des pistes de solutions qui émergent. Les chercheurs de l’UNESCO appellent par exemple à renforcer la diversité et l’inclusivité des données d’entraînement, à mettre en place des audits réguliers pour détecter les biais, à impliquer davantage les parties prenantes dans le développement des IA, ou encore à former le grand public aux enjeux… Bref, tout un tas de leviers sur lesquels on peut jouer pour essayer de rééquilibrer la balance !

Alors voilà, je voulais partager ça avec vous parce que je trouve que c’est un sujet super important, qui nous concerne tous en tant que citoyens du monde numérique. Il est crucial qu’on garde un œil vigilant sur ces dérives éthiques et qu’on se batte pour que l’IA soit développée dans le sens du progrès social et pas l’inverse. Parce que sinon, on court droit à la catastrophe, et ça, même le plus optimiste des Bisounours ne pourra pas le nier !

N’hésitez pas à jeter un coup d’œil à l’étude de l’UNESCO, elle est super intéressante et surtout, continuez à ouvrir vos chakras sur ces questions d’éthique IA, parce que c’est un défis majeurs qui nous attend.

Allez, sur ce, je retourne binge-watcher l’intégrale de Terminator en espérant que ça ne devienne pas un documentaire… Prenez soin de vous les amis, et méfiez-vous des machines ! Peace ! ✌️

Source

NUCA – L’appareil photo qui met les gens à poil

Par : Korben
9 avril 2024 à 22:01

Beaucoup d’entre-vous en rêvent depuis longtemps et bien ça y est, il existe enfin un appareil photo capable de vous voir nu, même si vous êtes habillé.

Baptisé NUCA, cet appareil photo expérimental utilise l’intelligence artificielle pour générer des portraits nus à partir de simples photos de personnes habillées. Mais attention, ce n’est pas un jouet pour voyeurs en mal de sensations. C’est avant tout un projet artistique mené par Mathias Vef et Benedikt Groß, deux artistes qui souhaitent interroger notre rapport à la nudité et à la technologie.

Leur objectif c’est de provoquer une réflexion sur les dérives potentielles des deepfakes et de l’IA générative.

Car oui, si ça peut sembler amusant au premier abord, ça soulève en réalité des questions éthiques fondamentales qui sont d’ailleurs fortement éprouvées en ce moment. Je pense à ces cas de plus en plus fréquents de détraqués qui détournent de vraies photos, principalement de femmes, pour les passer à la moulinette du deep fake.

Car même si ce n’est pas réellement elles sur ces photos IA, et bien ces femmes se sentent à juste titre agressées sexuellement, et choisissent parfois d’arrêter partager publiquement la moindre photo ou s’exposer sur Internet, ce qui les prive encore un peu plus de liberté et de parole.

C’est là tout l’enjeu du projet NUCA : Nous faire prendre conscience des dangers des deepfakes et à l’importance cruciale du consentement dans ce nouveau monde technologique. Ce projet invite aussi à réfléchir sur notre rapport au corps et à la nudité dans notre société où les corps nus sont parfois tabous, parfois surexposés.

Et si vous voulez en savoir plus sur ce projet fascinant et dérangeant, je vous invite à visiter le site officiel.

Source

IA Générative : les intermédiaires de données garants d’un marché de la donnée équilibré et éthique

9 avril 2024 à 14:00

L’Association pour l’Intermédiation de Données (AID) a été créée en novembre dernier par Agdatahub, Apidae Tourisme, Dawex, Hub One DataTrust, Orange Business et Prometheus-X, avec le soutien de la Banque des Territoires. Face à l’émergence rapide et mondiale de la GenAI, elle affirme l’importance des intermédiaires de données tant sur l’aspect éthique des échanges que sur celui du respect des droits des détenteurs de données et du respect du droit de la concurrence. Une position au cœur de sa contribution à la consultation publique sur l’IA générative lancée par l’Autorité de la Concurrence en février dernier.

Outre rassembler les organisations dont l’activité se rapporte à l’intermédiation de données, l’association AID, que la plateforme de partage de données personnelles MiTrust a rejoint en février dernier, ambitionne en effet de contribuer pleinement aux consultations amont aux politiques publiques favorisant la transaction de données, et ceci au sein d’un système reposant sur la confiance, la transparence et la sécurité.

Dans ce but, elle est organisée autour de 4 collèges de membres :

  • Les prestataires d’intermédiation de données (PSID) regroupant Agdatahub, Hub One DataTrust et Prometheus-X ;
  • Les opérateurs utilisateurs des services d’intermédiation de données (détenteurs et/ou utilisateurs de données) qui comptent Apidae Tourisme et Orange Business ;
  • Les prestataires technologiques nécessaires pour opérer les plateformes d’intermédiation de données, Dawex et Orange Business ;
  • Les membres associés, avec la Banque des Territoires.

Lors de l’annonce de sa création, Sébastien Picardat, Président de AID et Directeur général d’Agdatahub, expliquait :

“Notre volonté partagée est de développer la confiance, la transparence et la sécurité des transactions de données en nous appuyant sur des garanties fortes. Loin de partir d’une feuille blanche, nous nous appuyons sur les bonnes pratiques déjà existantes de chacun des membres de l’association, pour les partager, voire les renforcer et les améliorer si possible”. 

Au-delà des échanges entre membres, AID entend en outre jeter les bases d’un dialogue avec l’ensemble des acteurs professionnels de l’intermédiation de données au niveau européen en vue de favoriser la construction d’un marché unique européen des données.

Les intermédiaires de données : une réponse aux risques de distorsion de la concurrence

En tant que tiers de confiance, les Prestataires de Service d’Intermédiation de Données  répondent aux risques d’un marché asymétrique : celui des détenteurs de données (dont font partie les TPE/PME) face à un nombre très limité d’éditeurs d’IA générative, constituant, de fait, un oligopole.

Apportant une réponse structurelle et technologique aux risques, par exemple, de verrouillage de l’accès aux data ou à leur manque de portabilité, les PSID orchestrent des transactions de données sécurisées et transparentes sur les volets juridiques, commerciaux et techniques.

Intermédiaire de données, un statut régulé

Le statut d’intermédiaire de données est un rôle récent, réglementé en France par l’Arcep dans le cadre du projet de loi “Sécuriser et Réguler l’Espace Numérique” (SREN), adopté par la commission mixte paritaire le 26 mars 2024 puis par le Sénat le 2 avril suivant, qui devrait être définitivement voté par l’Assemblée nationale ce 10 avril. Sa réglementation repose également sur le Data Governance Act, applicable depuis septembre dernier et l’AI Act.

Ce rôle garantit la libre circulation des données au sein de l’Union Européenne, dans le respect des droits des détenteurs de données et du droit de la concurrence entre détenteurs et utilisateurs de données.

Le secteur de l’IA Générative a besoin d’accéder en masse à des données personnelles et non personnelles, mais pour l’AID cela ne peut se faire réglementairement et structurellement qu’au travers d’un cadre sécurisé dans lequel les détenteurs de données acceptent de rendre celles-ci accessibles aux éditeurs d’IA générative (en tant qu’utilisateurs). C’est la raison d’être des Prestataires de Service d’Intermédiation de Données.

Sébastien Picardat commente :

“Les prestataires d’intermédiation de données ont un rôle essentiel à jouer dans la mise en place d’un marché de la donnée équilibré entre détenteurs et utilisateurs de données, à l’heure où la confiance et la transparence sont des éléments clés pour développer ce marché dans le respect de la réglementation et des valeurs européennes”.

pexels-google-deepmind-18069814 (1)

Les membres de l’Alliance pour les technologies des langues (ATL-EDIC) ont tenu leur 1ère assemblée

25 mars 2024 à 13:00

Le 8 mars dernier, le ministère de la Culture et le ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique ont accueilli la première assemblée des membres de l’Alliance pour les technologies des langues (ATL-EDIC), une initiative européenne visant à protéger et valoriser le patrimoine culturel et linguistique au sein d’un écosystème d’IA innovant, compétitif, éthique et souverain.

Un Consortium européen pour les infrastructures numériques (EDIC) est un instrument mis à la disposition des États membres de l’UE dans le cadre du programme politique de la décennie numérique à l’horizon 2030 afin d’accélérer et de simplifier la mise en place et la mise en œuvre de projets multinationaux.

Le 5 décembre 2023, la Bulgarie, la Croatie, la France, l’Irlande, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Pologne et la Slovénie ont demandé à la Commission de créer le Consortium européen sur les infrastructures numériques pour l’Alliance pour les technologies linguistiques (Alliance for Language Technologies Consortium-EDIC ou ALT-EDIC). La Grèce s’est jointe à cette demande le 16 janvier 2024.

La Commission européenne a agréé à leur demande et l’initiative a vu le jour le 7 février dernier, portée et coordonnée par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture, par la Direction générale des Entreprises du ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique et par la Coordination nationale pour l’intelligence artificielle. Son siège social se situe au château de Villers-Cotterêts, dans l’enceinte de la Cité internationale de la langue française, inaugurée par le Président de la République, le 30 octobre 2023.

Cette alliance entend impliquer non seulement les partenaires institutionnels mais aussi la société civile. De nombreux groupes industriels et des PME ont d’ailleurs déjà manifesté leur intérêt pour le projet et les opportunités qu’il représente. En 2024, l’Alliance s’attachera notamment à fédérer cet écosystème, via la création d’un consortium industriel qui garantira l’impact des efforts de l’EDIC sur les entreprises.

Lors de cette première réunion, M. Thibault GROUAS et M. Juan Martinez SAMALEA, représentants français et espagnol, ont respectivement été élus Président et Vice-président de l’Assemblée des membres.

Actuellement, douze Etats membres font partie de l’alliance : la Bulgarie, la Croatie, l’Espagne, la France, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Pologne et la Slovénie. L’Autriche, la Belgique et la Région flamande, le Danemark, l’Estonie, Malte, le Portugal, la Roumanie et la Slovaquie y ont un statut d’observateur. Les discussions se poursuivent afin que d’autres Etats membres puissent rejoindre l’initiative.

Rachida DATI, Ministre de la Culture, soulignant l’importance de cette initiative, affirme :

“La France est fière d’accueillir cette Alliance pour les technologies des langues. En effet, forte de sa diversité linguistique, l’Europe doit pouvoir développer un écosystème d’innovation souverain et compétitif, complété par des pôles nationaux comme la structure LANGU:IA en France, pour permettre l’émergence et le partage de modèles de langue géants, ouverts et en accès libre à même de valoriser nos patrimoines culturels et linguistiques”.

Marina FERRARI, Secrétaire d’Etat chargée du numérique, conclut :

“Cette alliance jouera un rôle crucial pour renforcer la position de l’Europe dans la course de l’intelligence artificielle. En faisant de ce consortium européen le pivot du développement de modèles de langage, cette alliance produira un double bénéfice, tant pour les fournisseurs des technologies et que pour la diffusion d’une offre compétitive et performante aux entreprises utilisatrices de l’IA. Pour ce faire, l’Alliance s’appuiera sur les meilleures technologies de nos entreprises pour fournir des services qui bénéficieront à un grand nombre d’utilisateurs. Dans ce domaine ultra-compétitif, mû par l’innovation, agir en européens sera notre plus grande chance de succès”.

Les membres de l’Alliance pour les technologies des langues (ATL-EDIC) ont tenu leur 1ère assemblée

La « consommation éthique » ne changera pas le monde

Que ce soit pour s’attaquer au réchauffement climatique ou aux conditions de travail insoutenables, c’est toujours la même musique. Les gens n’ont qu’à consommer « éthique » et « écologique ». En réalité, cette idée ne fait que préserver le statu quo.

Article republié depuis notre partenaire Lava Média.

L’immense majorité a envie de pouvoir faire quelque chose pour rendre le monde meilleur. Les entreprises elles-mêmes l’ont d’ailleurs bien compris. Ainsi, Colruyt, via sa filiale Bio-Planet nous pousse à les rejoindre dans le combat pour une planète B : « Avez-vous déjà vu ou entendu notre spot publicitaire ? Découvrez-le en intégralité ici et faites, avec nous, des choix responsables. Car il y a une planète B… Bio-Planet »1. Acheter chez Colruyt, ce serait le choix responsable, solidaire, juste, zéro-déchets, etc.

Après une longue journée de travail, c’est derrière un cadi que nous devrions participer à la vie politique.

Ensuite, en ce qui concerne le shopping, H&M propose de « changer la mode » sur leur page « Let’s change ». Ça ne s’arrête pas là pour l’enseigne : « faisons ce qui est en notre pouvoir pour que les générations futures se sentent bien et soient plus tolérantes les unes envers les autres. Faisons en sorte que chacun se sente inclus, quels que soient son origine, son sexe, sa religion, son âge, ses capacités, son orientation sexuelle, son style ou sa taille. Rendons la mode responsable et la responsabilité à la mode. Faisons une nouvelle promesse une fois que ces cases seront cochées. Soyons acteurs du changement. »2

Consommer ressemble de plus en plus à un engagement politique. Qu’en est-il réellement ?

« Acheter c’est voter ! »

On l’a tous déjà entendu. Tel quel ou sous ses variantes : « Acheter c’est voter ». Après une longue journée de travail, c’est derrière un cadi que nous devons participer à la vie politique. Nous voilà donc « consommateurs souverains »3, cynique conception du ‘consommateur’ devenu ‘acteur du changement’ par ces choix sur le marché libre. Ce consommateur doté d’un prétendu nouveau pouvoir politique peut compter sur les labels éthiques, écologiques, durables pour  l’aider à repérer les produits les plus justes, ceux qui correspondent vraiment à ses valeurs.

Laure Waridel, « eco-sociologue » canadienne, s’est spécialisée dans le commerce équitable de café jusqu’à en devenir une pionnière dans son pays. Après avoir décortiqué le fonctionnement mondial de la production et du commerce de café, Waridel en conclut elle aussi que notre levier d’action se situe dans nos choix de consommation. C’est comme ça que nous pouvons faire bouger les lignes. Le titre de son livre ? Acheter c’est voter – le cas du café. Ça ne s’invente pas… Waridel annonce la couleur dans le premier chapitre de son livre :

« Certaines actions sont d’ordre macroéconomique et relèvent de politiques internationales. D’autres sont à la portée des citoyens par le biais de choix de consommation qui favorisent le commerce équitable de même que l’agriculture biologique […]. »4. L’action d’ordre macroéconomique est hors de portée pour les citoyens, ce n’est que comme consommateurs qu’ils peuvent agir.

Évidemment, beaucoup ne se laissent pas avoir par les jolies phrases de Colruyt ou H&M et préfèrent se tourner vers le « seconde main », les coopératives ou le circuit court. C’est positif. Ça montre qu’il y a beaucoup de gens dégoûtés par les méthodes du capitalisme et leurs conséquences aussi bien sur les travailleurs que sur le climat.  Cependant, la logique qui en découle et vers laquelle on nous pousse est la même : les citoyens détiendraient un pouvoir politique en tant que « consommateurs souverains ». En achetant tel produit plutôt qu’un autre, en choisissant tel enseigne plutôt qu’une autre, nous pourrions exprimer nos valeurs, signifier nos préférences et défendre notre identité politique. La politique devient une affaire de lifestyle.

La démocratie par le marché : une vision néolibérale

Cette vision de la politique s’inscrit dans une vision néolibérale qui réduit la démocratie au marché prétendument libre.

Pour les néolibéraux, le marché permet de répondre efficacement aux besoins des gens. C’est le système des prix, régis par l’offre et la demande qui permet à tous les acteurs économiques de faire les choix les plus rationnels.

Le marché est donc, en fin de compte, l’institution qui permet le mieux de coordonner la production et de répondre au mieux aux besoins. Les citoyens indiquent leurs souhaits et les changements qu’ils veulent voir advenir par le biais de la consommation individuelle.

Cette manière de concevoir l’organisation de la production et la société dans son ensemble détermine dans le même temps une manière bien particulière de concevoir la politique. Participer à la vie politique, peser sur les décisions économiques, déterminer les besoins que nous avons dans une société donnée, ça se fait par le marché capitaliste. De ce fait, la démocratie on ne l’exerce plus comme citoyen et travailleur par la délibération collective, mais bien comme consommateur individuel. La démocratie se déplace des institutions de l’État comme le parlement vers le marché capitaliste. Ludwig von Mises, l’un des pères fondateurs du néolibéralisme5 est très clair :

« Considérée de ce point de vue, l’économie est une démocratie dans laquelle chaque centime joue le rôle d’un bulletin de vote. Elle est une démocratie dont les représentants ne jouissent que d’un mandat toujours révocable. C’est une démocratie des consommateurs. »6

Mais il y a trois choses importantes que les néolibéraux omettent et que les défenseurs d’une consommation « éthique » semblent oublier :

• Dans cette vision, le poids politique que chacun peut exercer est dépendant de son portefeuille. Consommer ‘éthique et écolo’, ce n’est pas à la portée tout le monde, loin de là. La démocratie sur le marché, c’est le retour du vote plural du 19ème siècle où certains pouvaient voter plusieurs fois en fonction de leur statut social.

• Cette perspective efface la question de la démocratie sur le lieu de travail et le rôle des travailleurs dans la société en général. Elle enlève toute légitimité à la lutte collective, car ‘il suffit de consommer autrement’ et nous sommes réduits à agir chacun isolément.

• Enfin, le marché ne répond pas seulement à une demande. Il crée cette demande. Les besoins évoluent avec le temps et les entreprises, notamment par la pub, jouent un rôle crucial pour les faire émerger. Contrairement à ce que les néolibéraux essayent de nous faire croire, sur la question des besoins, ce sont les entreprises qui ont le contrôle. Ce sont elles qui, en définitive, déterminent ce qu’on produit, pour qui et comment. Dans cette perspective, nous n’avons aucun poids sur la production. Qui mieux que Steve Jobs lui-même pour confirmer le propos :

« ‘Donnez aux clients ce qu’ils veulent’. Mais ce n’est pas mon approche. Notre travail consiste à déterminer ce qu’ils vont vouloir avant qu’ils ne le sachent. Henry Ford a dit un jour : “Si j’avais demandé aux clients ce qu’ils voulaient, ils m’auraient répondu : ‘Un cheval plus rapide ! Les gens ne savent pas ce qu’ils désirent tant que vous ne le leur montrez pas. C’est pourquoi je ne me fie jamais aux études de marché. » 7

En réduisant notre action politique à la consommation, on préserve plus le statu quo qu’on ne le remet en question.

Sur le marché capitaliste, ce sont les Steve Jobs et Elon Musk de ce monde qui font la loi.

Évidemment, mieux consommer part d’une bonne intention. De plus, on ne peut pas dire que cela fasse du mal. Cependant, en réduisant notre action politique à cela, on préserve plus le statu quo qu’on ne le remet en question.

Peut-on mieux consommer ? Probablement. Est-ce exercer un poids politique significatif ? Est-ce lutter ? Non. Refusons d’être réduits à si peu.

Remettre l’action collective au centre

Cette vision néolibérale constitue une attaque frontale contre toutes les formes d’action collective dont se sont dotés les mouvements sociaux, en particulier le mouvement ouvrier.

Sous un couvert bienveillant, éthique et écolo, les défenseurs de cette perspective participent à détruire la légitimité démocratique de ses actions collectives en diffusant des formes d’actions individualistes.

Reprenons le cas de H&M qui veut changer la mode. Sur leur site, il n’est évidemment pas mentionné que les travailleurs du textile qu’ils emploient indirectement au Bangladesh ont récemment mené une grève de trois semaines pour arracher une revalorisation salariale8. Depuis la tragédie du Rana Plaza qui avait fait plus de 1000 morts dans ce même secteur industriel bangladais, les grandes marques qui se fournissent là-bas n’ont rien changé à leur politique9. Les syndicats locaux en revanche ont mené une lutte déterminée pour améliorer la sécurité des travailleurs. Les salaires, eux, restaient particulièrement à la traîne. Après un mouvement qui a mené à de nombreux affrontements avec les forces de l’ordre faisant plusieurs morts, les syndicats ont fini par obtenir une augmentation salariale. Malgré une reprise du travail, ils ne lâchent pas le combat, car l’augmentation obtenue ne permet toujours pas une vie digne. Les changements dans la mode, ce sont les travailleurs qui l’amènent par leur lutte collective, pas le consommateur et encore moins les entreprises.

Contre le « moi » individualiste et simple consommateur, osons affirmer un « nous » de la classe travailleuse. Cette même classe qui produit la richesse et qui par son action a prouvé à travers l’histoire des grands mouvements sociaux et en particulier à travers de grandes grèves à quel point elle peut arracher des victoires.

Cela vaut autant ici qu’au Bangladesh. Les congés payés, la réduction du temps de travail, la sécurité sociale ou le droit de vote, tout cela n’a pas été arraché par un changement de consommation individuelle, mais par une lutte collective, combative et organisée.

L’éthique au cœur de l’intelligence artificielle : un impératif pour notre société en évolution

26 février 2024 à 09:00

Dans une conférence captivante lors du West Data Festival de mars 2023, Dr Tawhid CHTIOUI, Président-Fondateur d’aivancity Paris-Cachan, La Grande Ecole de l’IA et de la Data, a souligné l’importance d’intégrer des considérations éthiques dans le développement et l’usage de l’intelligence artificielle. Cette technologie en plein essor connaît une croissance vertigineuse, avec un marché mondial passant de 40 à 90 milliards de dollars dans les deux prochaines années, selon les données de Statistiqua. Toutefois, cette expansion rapide s’accompagne d’une responsabilité accrue de veiller à ce que l’IA soit utilisée de manière éthique et responsable.

Les enjeux de l’éthique de l’IA

Le défi éthique de l’IA réside principalement dans la qualité des données utilisées plutôt que dans la conception algorithmique. Le docteur propose ainsi un changement de paradigme, passant d’une logique de BIG Data à une approche plus réfléchie et ciblée, la SMART Data, qui pourrait résoudre 80 % des problèmes éthiques liés à l’IA. La gestion efficace des données est actuellement la priorité pour les entreprises. En effet, celles qui n’adopteront pas une réflexion approfondie sur la collecte, la conformité, la mise à jour et le déploiement des données, risquent d’être dépassées par l’évolution rapide de l’IA. Comprendre comment l’IA est mise en œuvre et ses implications sur la société est donc essentiel pour une adoption réussie de cette technologie émergente.

Pour développer une IA éthique, trois approches et compétences indispensables sont identifiées : l’approche technique, l’approche économique et l’approche éthique pour évaluer leurs implications. La combinaison de ces compétences est essentielle pour relever le défi complexe de concevoir une IA qui soit à la fois performante et éthique. Dr CHTIOUI souligne que toute innovation durable doit être enracinée dans la société. Il met en garde contre les dangers de sous-estimer l’importance des sciences humaines et sociales dans la formation des experts en technologie d’IA.

Principes éthiques pour une IA de confiance

Pour garantir une IA de confiance, une série de six principes éthiques fondamentaux est proposée, notamment la loyauté, l’équité, la transparence, le respect de la vie privée, la fiabilité et la sécurité. Ces principes visent à garantir que l’IA agit de manière responsable, impartiale et transparente, tout en protégeant les droits et la dignité des individus. Alors que l’IA continue de transformer nos sociétés à un rythme effréné, il est impératif que nous adoptions une approche éthique et responsable pour garantir que cette technologie bénéficie à tous, tout en respectant les valeurs et les droits fondamentaux de l’humanité.

Pour ceux qui désirent approfondir ces réflexions et rester à la pointe des dernières avancées en matière d’IA et de Data, nous vous invitons à participer au West Data Festival 2024. Du 12 au 14 mars 2024, assistez à 3 jours de festival, de conférences inspirantes, d’ateliers pratiques, de démos et de rencontres. Ne manquez pas cette occasion unique d’échanger, partager et apprendre autour de l’intelligence artificielle et des données.

Le Dr CHTIOUI, animera en particulier une conférence débat qui essayera de répondre à la question que beaucoup se pose : l’intelligence artificielle va-t-elle me prendre mon travail ?

Pour assister à la 6ème édition du West Data Festival : https://www.westdatafestival.fr/inscription-west-data-festival-2024/?utm_source=article&utm_medium=actu-IA&utm_campaign=fin-fevrier

L'éthique au cœur de l'intelligence artificielle : un impératif pour notre société en évolution

Air Canada condamné à rembourser un client après une promesse erronée de son chatbot

22 février 2024 à 10:30

Une affaire récemment jugée impliquant Air Canada soulève la question de la responsabilité des entreprises vis-à-vis des réponses fournies par leurs chatbots, aujourd’hui couramment utilisés comme outils de communication et de service à la clientèle. Elle met en lumière que, si les consommateurs doivent être vigilants quant aux informations reçues des chatbots, les entreprises doivent également être prêtes à en assumer la responsabilité.

Jake Moffatt a utilisé le chatbot d’Air Canada pour demander des informations sur les tarifs de deuil après le décès de sa grand-mère en 2022. Le chatbot a indiqué que la compagnie offrait des tarifs réduits, ce qui est avéré, et qu’il pourrait bénéficier de la réduction jusqu’à 90 jours après le vol en déposant une demande, ce qui était faux.

Il a donc réservé son vol, convaincu de la véracité de cette information. Mais, lorsqu’à son retour, il a voulu se faire rembourser, on lui a répondu que la politique de deuil d’Air Canada exigeait que la réduction soit approuvée à l’avance et n’était pas rétroactive. La compagnie a voulu faire un geste amiable, proposant 200$ que Jake Moffatt a refusé estimant que le remboursement devait se monter à 650$. Il a donc décidé de saisir le tribunal civil pour obtenir gain de cause.

Air Canada a tenté de se dédouaner de la responsabilité du chatbot, en affirmant qu’il s’agissait d’une “entité juridique distincte” et que par conséquent, il ne pouvait être tenu responsable des réponses apportées. Il ajoutait que si le client avait ouvert le lien dirigeant vers sa politique de deuil dans la réponse de ce dernier, il aurait pu constater que le remboursement n’était pas rétroactif.

Christopher C. Rivers, membre du Civil Resolution Tribunal (CRT) qui a instruit l’affaire, n’a pas été convaincu par ces arguments, déclarant :

“Il s’agit d’un mémoire remarquable. Bien qu’un agent conversationnel comporte une composante interactive, il ne s’agit toujours que d’une partie du site Web d’Air Canada. Il devrait être évident pour Air Canada qu’elle est responsable de toute l’information sur son site Web. Peu importe que l’information provienne d’une page statique ou d’un chatbot”.

Concluant qu’Air Canada n’avait pas pris les précautions raisonnables pour s’assurer que son agent conversationnel était exact, il a ordonné à Air Canada de verser à M. Moffatt un total de 812 $, dont 652 $ de dommages et intérêts.

La satisfaction client est essentielle pour la croissance des entreprises, 70% des consommateurs déclarent d’ailleurs que, pour eux, l’expérience client est aussi importante que le produit ou le service. Alors que les chatbots sont de plus en plus déployés au sein des organisations, celles-ci doivent donc veiller à ce qu’ils soient fiables, précis et transparents, et qu’ils respectent les droits et les attentes des consommateurs.

Dans le cas contraire, elles doivent être prêtes à en assumer les conséquences, tant sur le plan juridique que sur le plan de leur réputation et de la fidélité client. Les entreprises doivent donc accorder une attention particulière à la manière dont leurs chatbots sont conçus, mis en œuvre et supervisés.

Air Canada condamné à rembourser un client après une promesse erronée de son chatbot

❌
❌