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Territoires Audacieux participe à l’appel “Fabriquons une relance en Transitions !”

6 mai 2020 à 18:08

Préparons et démontrons la force de frappe des territoires pour sauver l’économie et la planète !

De multiples tribunes formalisent jour après jour une attente de transformation du monde de l’après-Covid19. Seront-elles entendues ?

Le moment est historique ! Territoires Audacieux sous l’égide de La Fabrique des Transitions soutient aujourd’hui l’appel “Fabriquons une relance en transitions” en lien avec la tribune #nouslespremiers.

Soyons acteurs et démontrons que nous disposons de véritables projets de transition, ancrés dans les territoires, au plus près des français, porteurs d’utilité sociale, générateurs d’emplois…. Des projets constitutifs d’une Transition puissante, inclusive et démocratique !

Quelle relance voulons-nous ?

« Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies et nous réinventer » conclut  Emmanuel Macron le 13 avril. On dit que rien ne sera comme avant mais les premières annonces concernent le sauvetage des poids lourds de l’industrie nationale, Air France, Renault. Que restera-t-il pour nous réinventer ? Et qui est capable de le faire ?

Nous sommes historiquement à un carrefour : d’un côté l’autoroute de la relance du modèle actuel (productiviste, carboné, dérégulé, financiarisé, hyper-concurrentiel et finalement vulnérable), de l’autre côté la route du changement profond de modèle de développement, une véritable bifurcation.

L’expérience de la crise de 2008 montre que ce sont les projets de l’économie “classique” qui ont bénéficié de fonds. Ce scénario semble se réitérer. Prendre cette autoroute revient à vouloir répondre à la crise à court terme tout en continuant à nourrir un contexte particulièrement propice à la venue de prochaines crises (sanitaires, alimentaires, climatiques, ….). Pire, on assèchera pour longtemps les capacités financières publiques, incapables de s’investir dans la transition.

Pour être entendus à tous les niveaux, il faut que les territoires apportent les preuves tangibles de leurs convictions et de leurs capacités à porter des projets en Transitions. Et ce, de façon concertée. Si les institutions régionales, nationales et européennes découvrent un foisonnement de projets déjà prêts à être mis en œuvre, alors nous aurons fait un formidable pas en avant.

Dire et attendre qu’un nouveau monde émerge ne suffit pas !

Un appel à être pro… actifs !

Après le carton rouge du Covid, sortons le carton vert de la Transition ! Soyons prêts, nous acteurs des territoires, à valoriser ensemble les projets portés par des collectivités territoriales ou tout autres acteurs territoriaux. Des projets qui ont vraiment valeur d’exemple, par leur contenu, par leurs processus d’élaboration, par leur capacité d’entraînement.

Ensemble, faisons converger le même jour tous ces projets exemplaires vers les préfectures et vers les exécutifs régionaux. Montrons qu’ils sont l’amorce de véritables fabriques territorialisées de transition. Les acteurs de la Fabrique des Transitions relaient aujourd’hui cet appel pour initier une remontée massive et coordonnée de projets à l’échelle nationale. En suivant ces étapes :

  • Étape 1 : Listez vos projets et précisez en quoi ils relèvent de la Transition
  • Étape 2 : Transmettez le 5 juin 2020 votre liste de projets aux Préfets et Présidents de Région.
  • Étape 3 : Confortez les dossiers de vos projets et bénéficiez en cas de besoin de l’appui des alliances régionales de la fabrique constituées pour vous soutenir

Cet appel vous concerne si ….

Vous partagez comme les membres de la Fabrique des Transitions ces convictions : les territoires sont des creusets de projets très fertiles – la résilience trouve sa source dans la mise en place d’écosystèmes coopératifs – la conscience forte des limites planétaires (plancher social et plafond environnemental) – la reconnaissance mutuelle des responsabilités – le sens de l’essentiel, des besoins fondamentaux – l’enjeu des modes de gestion des communs (eau, santé, air,….) – ….

Vous êtes un acteur engagé dans la transition : collectivités locales, collectifs d’habitants, associations, entreprises, ….

Vous aussi, vous croyez en :

  • la création de nouveaux modèles économiques (économie circulaire, économie sociale et solidaire, économie de la fonctionnalité et de la coopération…)
  • la prise en compte prioritaire des enjeux du changement climatique et en la nécessité de s’y adapter
  • la nécessité de concevoir des projets aux effets systémiques
  • l’enjeu de l’implication citoyenne et du renouveau des coopérations
  • ce rôle primordial de la biodiversité dans nos territoires
  • la nécessité de bâtir des coopérations réciproques entre la ville et la campagne, le centre et ses périphéries
  • ….

Alors rejoignez-nous !

Relayez l’appel #FabriqueTransitions et préparez vos dossiers en suivant les étapes.

>>> Téléchargez tous les documents explicatifs via le dossier partagé !

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Transitions et lutte contre le réchauffement climatique. Green tech, entreprises à impacts, projets des collectivités (…), et si tout cela n’était pas suffisant ? Et si seules, ces louables initiatives ne servaient même presqu’à rien ?

Cette quatrième publication marque la fin d’un cycle de recherche expérimentale organisée autour de cette question : quelle serait la forme et l’organisation d’un Web pensé comme une ressource mutualisée pour contribuer à la réussite des transitions socio-écologiques ? Dans un premier article introductif, j’ai présenté les bases sur lesquelles se fonde mon travail. Je les rappelle brièvement.

La première correspond à une observation de plus en plus partagée : le Web dominant d’aujourd’hui n’est pas disruptif. Il renforce au contraire les modèles du monde d’hier dont chacun mesure les impasses, notamment climatiques.

La seconde explore la piste ce que je nomme « une autre croissance », un processus à même de nous faire grandir en développant de façon progressive nos capacités pour concilier réduction d’environ 5% par an de nos émissions personnelles, réinvention des liens sociaux, et plaisir de vivre.

Pour y parvenir, la troisième postule qu’il sera difficile de réussir sans disposer de ressources en ligne performantes et non dépendantes de plateformes des champions du Web d’aujourd’hui. L’enjeu consiste bien à mettre la transition numérique au service de la transition écologique.

Une seconde publication a présenté les principaux résultats d’une expérimentation sur ce sujet ; expérimentation en cours depuis 2014. Elle confirme la faisabilité technique du projet et qualifie un modèle économique. Elle entrouvre ainsi une voie pour inventer un nouveau métier : celui de fournisseur de services en ligne dédiés transitions. Cette expérimentation pointe toutefois de véritables limites. Le bilan est par exemple peu probant en matière de réduction des émissions. Il s’avère même médiocre côté résilience ; nous ne sommes par exemple pas parvenus à intensifier les coopérations en mode pair à pair entre usagers.

Il existe pourtant nombre de technologies, de talents et de services qui utilisent le Web pour travailler les transitions. Greentech, Tech for good, low tech, entreprises à impact, ou encore initiatives publiques, leur nombre augmente chaque jour. L’impression qui domine reste toutefois celle d’initiatives trop isolées et finalement assez loin de constituer une réponse à la mesure des enjeux actuels. Une véritable plateforme dédiée transitions reste donc à inventer. Telle est tout au moins l’hypothèse que je défends. Pour la mettre en discussions, un troisième article a proposé une piste : transformer l’actuel service universel des communications électroniques en service universel des transitions avec pour chacun de nous une identité et des parcours personnalisés.

Pour tenir les impératifs et le calendrier de lutte contre le réchauffement climatique, l’action locale ou territoriale, publique ou privée, comme les initiatives du monde de la tech ne représentent seules que de sympathiques gesticulations !

Cette piste confère donc à l’État, et à l’Europe, un rôle clé. Plusieurs des membres de la petite communauté Numericuss ont été surpris qu’un défenseur comme moi de l’action locale, de la décentralisation et des réseaux de proximité prenne une telle position. Je les comprends. Je ne cache d’ailleurs pas mes doutes. Je m’interroge par exemple sur la capacité des pouvoirs publics centraux à se réinventer face à l’ampleur des changements à engager. En ce printemps 2023, ces doutes vont d’ailleurs grandissant face au spectacle d’une nation incapable de co-construire hors des simplifications populistes. Mais ces doutes ne changent rien sur le fond. Je voudrais donc expliquer comment plus de huit ans d’expérimentations sur ces sujets m’ont amené à une conclusion exprimée volontairement de manière provocante. L’action locale ou territoriale, publique ou privée, comme les initiatives du monde de la tech ne représentent seules que de sympathiques gesticulations ! Sans réinvention des rôles des pouvoirs publics centraux et plus encore des modalités de coopérations, elles ne permettent pas, et ne permettront sans doute jamais, d’avancer au rythme que les luttes contre le réchauffement climatique imposent : moins de dix ans pour tenter de rester à moins de 2°C. Pour y parvenir, je pourrai d’ailleurs adopter avec autant de facilité une position inverse : l’action de l’État seul relève pareillement de l’impasse.

Ce n’est pas en effet une logique jupitérienne qui sera le sésame, nationale comme locale d’ailleurs. Je défends au contraire la nécessité d’inventer une nouvelle gouvernance. Pour se situer dans la logique des travaux de Gilles Deleuze et de Félix Guattari, je la qualifie de « rhizomatique » pour désigner une organisation en réseaux réunis autour d’un grand projet commun : inventer la civilisation soutenable de demain.La proposition d’un service universel des transitions ne consiste donc pas à tout remettre dans les mains de l’État. Au contraire, elle tente d’esquisser l’un des leviers coopératifs pour avancer. C’est le récit de la genèse de cette idée qui organise les lignes qui suivent. Le but consiste à expliquer comment un farouche défenseur de l’action et des organisations de proximité en est arrivé à défendre une piste comme celle-ci.

Au départ était pourtant une intuition hyperlocale : inventer un immobilier « plug and play transitions »

Au départ était pourtant une intuition hyperlocale. Elle peut se résumer ainsi : pour réussir nos parcours transitions, l’un des leviers les plus efficaces ne consisterait-il pas à réinventer l’unité de base de notre vie, le foyer, la maison, l’habitation, notamment en enrichissant ses interactions avec son environnement social, économique et naturel proche ? Cette intuition se nourrit de nombre de travaux, dont ceux de Gaston Bachelard, qui montrent à quel point les lieux de vie sont profondément imprégnés de l’histoire comme des émotions des individus. Ils participent donc à la formation de notre identité. Elle s’inspire aussi d’Edward S. Casey sur l’enracinement. L’enracinement renvoie pour lui à la manière dont les individus sont liés à un lieu et à une communauté. Casey montre à quel point cela influence notre conception de la vie. Mon point de départ se fonde encore sur les thèses défendues par Martin Heidegger (1927 et 1951) sur l’habiter. Pour Heidegger, « l’habiter » désigne notre relation avec le monde qui nous entoure. Il s’agit d’une manière d’être au monde qui transcende donc la simple occupation d’un espace physique pour établir un lien profond avec l’environnement, les lieux et les objets. L’habiter d’Heidegger construit ainsi une expérience quasi spirituelle de la vie qui inciterait à reconstruire nos interactions sensibles avec les autres et avec la nature. Or, la réussite de la lutte contre le réchauffement climatique n’impose-t-elle pas de repenser nos formes et nos manières d’être-au-monde ? J’en suis persuadé ; c’est donc la construction de ce nouvel habiter qui a nourri mes premiers travaux sur un Web dédié transitions.

Lorsqu’on ouvre sa porte ou ses fenêtres ou lorsqu’on chemine autour de son lieu de vie ou de travail, on s’imprègne des odeurs, des bruits et des images qui s’offrent à nous ; on croise des gens ; on s’arrête sous un arbre ; on admire les oiseaux et les plantes ; on sent l’oxygène du printemps en forêt ; on contemple le spectacle du vivant. Comme le rappellent Bachelard, Casey ou Heidegger, ces sensations contribuent à construire notre identité, nos racines et notre être-au-monde. Elles déterminent ainsi une partie de notre rationalité et des facteurs qui nous font prendre au quotidien des décisions. Cela est également vrai lorsque nous découvrons d’autres mondes ; nos explorations se construisent aussi pour partie en fonction de nos racines. Permettez-moi une parenthèse personnelle pour tenter de m’expliquer. J’ai habité au Brésil au milieu de la décennie 1980, dans un univers où le cafezinho cousinait celui que l’on subit, si l’on n’y prend pas garde, par exemple en Californie. Un jour de novembre 1986, à de nombreuses dizaines d’heures de bus de mon Nordeste brésilien, j’ai franchi le Rio de la Plata pour aborder Buenos Aires en Argentine. Il était environ 10h du matin ; notre nuit avait été blanche ; les rues autour de la Plaza Libertad grouillaient d’un monde plus bavard encore que les espagnols que l’on croise dans nos cols communs d’Aspe et d’Ossau. Les filles ressemblaient davantage à mes copines de France qu’à celles des plages du Brésil. La lumière n’était plus celle du tropique du Capricorne ; il y avait comme un air des beaux cieux du piémont des Pyrénées. Nous sommes rentrés dans un bar. En une fraction de seconde, après plusieurs mois de vie pourtant fabuleuse au Brésil, je me suis soudainement senti chez moi. J’ouvrai presque la porte des troquets palois. Je retrouvais le bruit des machines expresso ; je sentais à nouveau l’odeur de mes cafés ; le comptoir était encombré de viennoiseries ; la posture des Argentins intrigués par notre sabir brésilien, comme la manière des femmes d’observer discrètement le beau morphotype indien amazonien d’Ivanildou, l’ami avec qui je voyageais, tout me ramenait à mes racines. À ce moment-là, Buenos Aires est devenue ma ville préférée et l’Argentine, plus que le Brésil, mon projet ; un projet plus tard vainement esquissé en Patagonie.

C’est ce shoot d’émotions et la force de cette géographicité, au sens d’Éric Dardel (1990), que je cherche à réinventer dans ce Web dédié transitions. Je rêve qu’en quelques clics et qu’en quelques rencontres, nous puissions désirer dégraisser nos existences pour en revenir à l’essentiel et trouver facilement comment y parvenir en ressentant du plaisir. Je rêve que ce Web contribue à enrichir les interactions entre les hommes et les liens entre les hommes et la nature. Utopies certes, mais motrices ; elles sont de plus en plus indispensables.

Le projet expérimenté pour cela explore la piste d’un Internet qui contribuerait à réinventer un urbanisme et un immobilier que l’on pourrait nommer « plug dans play transitions ». Ces lieux ne proposeraient donc plus seulement un habitat et un espace public pour répondre aux besoins des hommes ; ils leur fourniraient également plus de ressources pour adapter leurs modes de vie aux impératifs de lutte contre le réchauffement climatique.

Le début de solution mise en œuvre ces dernières années consiste à augmenter les fonctions offertes par les bâtiments dans lesquels on vit ou on travaille (protection, chaleur, fraîcheur, énergie, eau…) par un autre service désormais aussi important : décarboner, relocaliser, s’adapter, mutualiser… Telle est la finalité de la plateforme de services dont il est question dans cette série de publications. À l’instar des services postaux, téléphoniques, ou électriques par exemple, le but est que chacun de nous, indépendamment de notre lieu de résidence ou de notre situation socio-économique, puisse disposer du droit fondamental d’accéder à une plateforme de services et à une communauté pour des transitions simplifiées, ludiques et stimulées. Cette plateforme augmenterait les effets des techniques de construction ou d’isolation déjà utilisées pour les bâtiments performants et les puits de carbone associés.  

Fort des résultats encourageants de l’expérimentation lancée à ce sujet sur une zone d’activités, j’ai donc cherché à améliorer cette première version à la confrontant à d’autres partenaires et à d’autres preuves de concepts. Il restait en effet tant à faire. Mon parcours professionnel a orienté mes tests vers deux univers : les aménageurs ou promoteurs d’une part, les délégataires de Réseau d’Initiatives Publiques (RIP) très haut débit d’autre part.

Aménageurs et promoteurs : de l’habitat à l’habiter ?

L’immobilier n’échappe pas à la tendance servicielle que l’on observe depuis plusieurs années. Les solutions proposées se concentrent généralement sur des univers directement liés à la gestion du bâtiment (maintenance, pilotage fluides et énergies, sécurité…). Avec la fourniture d’un bouquet de services associé à l’occupation d’une surface, le métier des spécialistes de l’immobilier se rapproche alors un peu de l’hôtellerie ou des gestionnaires de centres commerciaux.

Pour tester la piste Web transitions, l’ambition des projets prototypés, et dans un cas en phase de lancement, consiste à aller plus loin en inventant cet habitat « plug and play transitions ». La solution correspond à celle esquissée précédemment : elle consiste à augmenter les fonctions offertes par les bâtiments dans lesquels on vit ou on travaille (protection, chaleur, fraîcheur, énergie, eau…) par un autre service désormais aussi important : décarboner, relocaliser, s’adapter, mutualiser… Le but est de fournir à chaque résident une solution simple pour qu’il dispose, dès le premier jour de la prise de possession des locaux, d’une plateforme de services comme celle synthétisée dans la figure qui suit.

Trois Sociétés d’Économie Mixte (SEM) et une Société Publique Locale (SPL) de l’Ouest et de l’Est de la France, toutes spécialistes de l’aménagement, de la gestion immobilière et de la promotion, ont été pendant environ quatre années partenaires de cette étape. Ce type de projet a été également examiné avec deux promoteurs privés. Un test a enfin été réalisé pendant quelques mois dans une école primaire du Sud-Ouest de la France.

Cette étape de codesign a été instructive. Elle a permis de qualifier à la fois les possibles points d’accroches et les situations dans lesquelles cette solution ne paraît pas adaptée. Il est ainsi possible de résumer ces enseignements en trois points clés principaux.

Le premier procure des informations sur la dimension minimale des périmètres à cibler. On peut dire schématiquement que quelques dizaines d’usagers ne permettent pas d’avancer. Quelques centaines, comme dans le cas de l’expérimentation en cours sur un parc d’activités, conviennent, mais seulement si ce nombre limité est compensé par une intense activité d’animations en présentiel et par un des efforts d’enrichissement des relations usagers ou clients. Sur le test de Pau, nous comptons ainsi plus de 200 actifs par semaine sur environ un millier d’inscrits. L’idéal serait toutefois de disposer d’un volume minimum de plusieurs milliers de participants et, plus intéressant encore, avec une mixité de publics (résidents, salariés au travail, offreurs de services…). C’est la dimension des projets élaborés avec l’une des SEM partenaires de la deuxième étape ; un projet qui devrait voir le jour dans quelques mois.

Le second enseignement tiré de cette étape démontre l’intérêt des convergences entre numérique et énergies. Il révèle que ce type de projet plateforme gagne grandement à être associé à une offre d’énergie nouvelle et renouvelable (ENR). Géothermie de surface, électricité photovoltaïque, valorisation d’énergie fatale d’un data centre ou d’un centre de calcul, ou encore interconnexion avec une unité de méthanisation proche par exemple, le tout associé à une solution de pilotage, ce mix ENR et services transitions en ligne est un véritable atout. Il augmente le taux d’engagement des participants et réduit, par cette mutualisation, les coûts de distribution et de pilotage de l’ensemble des services énergie et Web. Il consolide ainsi la valeur de la solution qui devient ainsi l’un des référentiels transitions du quotidien. 

La troisième des conclusions confirme l’importance d’être hybride et géographiquement agile. Hybride tout d’abord ; les tests réalisés confirment à quel point le fait de disposer d’un ou de lieux physiques augmente la performance de ces projets. Il peut s’agir d’un comptoir d’accueil d’un parc d’activités, d’une conciergerie de quartier, d’un tiers lieu ou encore d’un accord avec un professionnel proche (commerces, hôtels…). À chaque fois, nous avons pu mesurer la plus-value de cette hybridité ; plus-value sociale, plus-value en termes de simplicité et d’expériences utilisateurs ou encore, par exemple, plus-value en termes d’acceptabilité. Géographiquement agile ensuite puisque quasiment chaque type de services ou de solutions distribuées impose des partenariats spécifiques qui relèvent de périmètres différents : l’immeuble, les commerçants ou assimilés de la rue ou du quartier, la commune et l’intercommunalité, les agriculteurs du terroir par exemple, mais aussi des partenaires soit plus éloignés, soit en ligne.

Une promotion orientée transitions ? Les obstacles rencontrés pour inventer ce nouveau métier

Ces trois principales conclusions convergent vers une question clé : qui pourrait lancer et faire vivre ce type de plateforme ? La réponse n’est ni unique ni simple ; tout ce qui suit est donc à considérer avec beaucoup de prudence. J’ai toutefois testé plusieurs solutions, avec des succès divers, pour aboutir des enseignements encore à confronter avec d’autres opérations de ce type.

Le test école n’a pas été probant ; cela tient sans doute surtout à la petitesse de la population de participants : une seule classe de l’école, environ 30 parents d’élèves. Je reste pourtant convaincu de l’intérêt d’associer les lieux d’enseignements à ce type de plateforme.

Les discussions avec les promoteurs privés ont achoppé pour des raisons différentes. Pour l’un d’entre eux, pourtant entreprise à mission en plein essor, j’attends encore le retour promis ; sans doute n’étais-je pas le bon médiateur. Pour l’autre, l’obstacle était double : il fallait d’une part disposer d’opérations de grande dimension (voir enseignement 1 plus haut), ce n’était pas le cas, et trouver d’autre part comment intervenir hors du périmètre de l’opération. C’est en effet une véritable difficulté pour un promoteur.

Le cas des SEM et SPL s’est révélé proche de celui de ce second promoteur. Deux d’entre elles disposaient d’opérations à la bonne taille. Une seule a avancé. L’autre a principalement souffert je crois des réticences de son conseil d’administration pour faire évoluer les périmètres métiers de la SPL dans un contexte local très marqué par de nombreux contentieux et procès avec des promoteurs privés. Comment ne pas comprendre ces réticences ?

Au final, les discussions et le codesign de ce Web pour un habiter « plug and play transitions » révèlent l’ampleur des difficultés à surmonter. Dimensions d’opérations souvent trop réduites, mixité des solutions entre ENR et Web souvent impossible, évolutions métiers délicates, l’entrée par ces acteurs pourtant clés de la gestion ou de la promotion immobilières montrent ses limites. Je ne pense donc pas que cette entrée soit la bonne pour enclencher une dynamique à la mesure des calendriers de la lutte contre le réchauffement climatique. Dans un scénario idéal, je suggère plutôt d’examiner une piste du type extension du droit à la fibre ou volet spécifique des logiques du type Réglementation Environnementale 2020. Le droit à la fibre impose aujourd’hui aux promoteurs, via le Code de la construction et de l’habitation, d’équiper en fibre optique les bâtiments neufs. Si une stratégie nationale ou locale dédiée existait, ce droit pourrait être augmenté pour qu’il incite ou oblige les promoteurs à devenir partenaire de la plateforme de services dont il est question dans ces publications.

Parallèlement à cette piste promotion, j’ai d’ailleurs pu explorer un autre levier directement relié à ce droit à la fibre : celui d’une évolution des économies déléguées via les Réseaux d’Initiative Publique Très Haut Débit.

L’étape 2 des RIP : ne serait-ce pas le moment d’affirmer que le numérique est vraiment une affaire publique de première importance ?

Malgré leur périmètre centré seulement sur les zones non denses, les RIP représentaient en effet pour moi le levier idéal. La logique me semblait en effet naïvement imparable ; je la résume rapidement. Avec la fin programmée des travaux de déploiements optiques, la première étape de ces projets de délégation de service public (DSP), œuvrant donc pour des missions de services publics, devait s’achever dans la décennie 2020. Il était donc temps d’envisager une étape 2 dans laquelle le délégant et le délégataire associeraient leurs efforts pour donner plus de valeur ajoutée, notamment territoriale, à ces infrastructures. En une formule rapide, l’idée suggérait d’enrichir les modèles actuels d’opérateur d’opérateurs (vente de prises optiques à des fournisseurs d’accès Internet) via une mission neutre dédiée transitions. Cette mission, toujours opérée pour le compte de la collectivité délégante, consisterait à agréger et à distribuer, via l’infrastructure optique déployée ou via les data collectées à cette occasion, une plateforme de solutions en ligne pour décarboner, relocaliser et mutualiser. On ne se contenterait plus ainsi de déployer des infrastructures optiques dont la grande majorité de la bande passante est exploitée par des réseaux sociaux et par des plateformes de streaming dont l’intérêt local et la valeur transitions est pour moins réduite… Ces solutions émaneraient tant du monde la tech ou des entreprises que des univers associatifs. Elles seraient retenues sur l’initiative du délégant, par exemple après un appel à manifestation d’intérêt, pour être agrégées au sein d’une véritable plateforme, par exemple comme celle esquissée dans cet article.

Un premier modèle socio-économique a été testé avec succès à ce sujet : il relève de la logique des communs, tarifés par exemple sur le modèle des charges de type copropriétés. En parallèle des équipements réservés aux transactions avec les clients fournisseurs d’accès Internet, une partie de l’infrastructure des RIP serait ainsi un commun dont nous serions tous en partie propriétaires. Cela nous donnerait le droit de disposer, à des prix bas, d’un accès à un portail de solutions pour lutter contre le réchauffement climatique et pour enrichir les relations de proximité. Ces solutions seraient distribuées par un ou des fournisseurs de services transitions agissant pour le compte de la puissance publique.

Mes premières discussions à ce sujet, avec un opérateur d’opérateurs filiale d’un immense groupe de BTP, remontent à 2008. Le but consistait déjà à donner plus de valeurs locales et plus d’impacts transitions à ces DSP. Même si dans l’agglomération de Pau, dont je venais alors de démissionner, nous avions anticipé en déployant 2 fibres par abonné pour constituer un patrimoine réseau public à côté des câbles réservés au marché, c’était sans doute bien trop tôt. J’ai donc profité de ces années de recherche expérimentale pour avancer via les tests dont il a été question dans les précédentes publications.

Mon espoir était que les résultats de ces essais diffusent suffisamment pour attirer l’attention d’un opérateur de RIP ou d’une collectivité délégante. Côté collectivité, à ce jour, la lumière est toujours éteinte. En revanche, en 2020, un important groupe qui exploite un peu moins d’une trentaine de RIP a examiné les solutions esquissées. Comme expliqué dans cet article, malgré la qualité de mes contacts dans ce groupe, ces discussions sont restées sans lendemain. L’écoute a été intéressée et les échanges riches, mais l’orientation proposée posait de nombreux problèmes contractuels. Elle obligeait par exemple à revoir les contrats de DSP et l’économie déléguée. Cela ne représentait pas un obstacle rédhibitoire, au contraire, mais il aurait fallu un signal politique fort d’un délégant local par exemple, ou une vision « différente » de celles des traditionnels aménageurs numériques. J’attends encore l’un comme l’autre. Délégants comme délégataires se bornent donc toujours à déployer et à vendre des infrastructures optiques dont l’essentiel sert Meta, TikTok, OpenAi ou encore Netflix, des champions bien connus de la souveraineté numérique et de la transition écologique…

Est-ce que cela changera avec la mission « Environnement et Numérique » récemment confiée par Infranum à Éric Jammaron, Président d’Axione ? L’avenir le dira. Mais, à ce sujet, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt cet article du Monde en date du 27 mars 2023 sur le « grand vertige des télécoms » et l’indispensable changement de modèle. Il relate notamment les propos de la directrice générale d’Orange, Christel Heydemann, à l’occasion du congrès mondial de la téléphonie de Barcelone. Pour elle, « 46% des PDG du secteur des télécommunications pensent que leur entreprise ne passera pas la décennie suivanteJe me demande vraiment, ajoute-t-elle, ce que nous avions en tête il y a dix ans pour l’avenir de notre industrie européenne ». Nous sommes nombreux à nous poser la même question depuis même le milieu des années 2000.

Le même article du Monde de mars 2023 reprend les propos de Nicolas Teysseyre du cabinet Roland Berger. Il rappelle qu’en permettant la connexion et la circulation des données, les réseaux fixes et mobiles des opérateurs télécoms sont l’une des pièces centrales du numérique. « Et pourtant, dit-il, la très grande partie de la valeur de la chaîne est captée par d’autres » (Gafam et assimilés). Le constat est bien connu depuis des années. Il reste à inventer la ou les bonnes solutions pour remettre plus de symétrie dans cet univers. Je ne suis d’ailleurs pas sûr que les réclamations des opérateurs télécom pour que ces champions du Web participent financièrement à la construction de leurs réseaux aboutissent… Je ne suis pas même convaincu que cela soit la bonne réponse tant désormais le rôle de ces opérateurs, pour ces géants du Web, se réduisent de plus en plus au dernier kilomètre. Comment penser que l’on peut durablement créer de la vapeur en devenant une utility ?

Ce soir ou dans quelques années, les conflits sociaux risquent de se multiplier, notamment sous la pression grandissante des dérèglements climatiques. Les tensions internationales se tendront peut-être plus encore. Les questions liées à la dégradation du pouvoir d’achat et à l’insuffisance des ressources, notamment publiques, pour réussir à bifurquer resteront encore à résoudre. Les logiques de croissance du monde d’hier seront un souvenir ; il faudra inventer une autre croissance, j’espère comme celle esquissée dans mon premier article. Les divorces démocratiques et politiques grandiront. Un pouvoir populiste aura même peut-être été élu ; il échouera, car le simplisme et le repli sur soir sont tout sauf des solutions.

Dans quelques années alors, un ou élue, une ou un dirigeant des rares groupes qui exploitent les Rip prendra-t-il alors peut-être la parole dans une de ces nombreuses assisses qui ponctuent nos vies collectives pour interroger l’assistance : mais qu’avions en tête il y a dix ans au moment de bâtir les économies numériques déléguées ? Étions-nous à ce point aveugles pour ne pas comprendre que le numérique européen était surtout un sujet sociétal et un levier de transitions qui aurait permis à l’Europe d’ouvrir un nouveau chemin ? Rêve, cauchemar, fausse bonne idée, là encore, l’avenir nous dira.

Une conclusion provisoire en mode « et maintenant ? »

Dans l’attente, je termine provisoirement cette longue période d’expérimentations par une conclusion et une suggestion. Côté conclusion, il faut bien reconnaître que toutes mes hypothèses locales plus tech ont échoué. Je pensais que le local pouvait pourtant être le premier levier d’invention de ce Web dédié transitions. Je misais pour cela sur une coopération enrichie entre tech et territoires. Je ne le crois plus. Ce récit explique pourquoi. Bien sûr il y a, et il y aura, de formidables projets territoriaux ; bien sûr des startups et des entreprises vont continuer à proposer des solutions potentiellement à fort impact. Mais le rythme d’engagement et de diffusion de ces projets territoriaux et de ces innovations est trop lent, trop aléatoire, trop inégalitaire.

Côté suggestion, je plaide donc pour que l’État ou l’Europe ose un nouveau modèle et ouvre ce chantier via un signal fort, par exemple par la création d’un service universel dédié transitions. Sa fnalité première serait de poser la première pierre d’une nouvelle organisation en réseaux, d’un véritable partenariats publics – privés associant l’ensemble des organisations intéressées par ce projet commun.

Je rappelle l’existence de ce sondage en ligne à ce sujet.

Bibliographie

Bachelard G, 1957, La poétique de l’espace, PUF.

Edward S. Casey, 1993, Getting Back into Place: Toward a Renewed Understanding of the Place-World, Indiana University Press.

Deleuze G, Guattari F, 1980, Mille Plateaux. Les Éditions de Minuit.

Heidegger Être et Temps » (1927), ainsi que dans des textes ultérieurs tels que « Bâtir, habiter, penser » (1951).

Dardel E., 1990, L’homme et la terre, Paris, Colin, réédition, Paris, CTHS.

Et si l’on transformait le service universel actuel des communications électroniques en service universel des transitions ?

Comme précisé dans un premier article publié à ce sujet en janvier 2023, le projet de ce Web dédié transitions vise à augmenter nos ressources et nos capacités pour concilier décarbonation et invention des modes de vie qui vont avec. En s’inspirant de l’ouvrage de Timothée Parrique (2022), il s’agit donc d’un Web à même de contribuer à une redirection graduelle de l’économie dans laquelle une partie de nos ressources, de notre temps et de nos énergies pourrait être remobilisée partiellement au bénéfice de la société, notamment au profit de solutions à valeur ajoutée sociales et écologiques. Conformément à la Stratégie Bas-Carbone Nationale (SNBC), le but consiste à tendre progressivement vers 2 tonnes de CO2 par an et par personne.

Pour cela, l’une des premières fonctions de ce Web des transitions, consisterait, d’une part, à rendre visible l’invisible de nos émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) et, d’autre part, à simplifier nos parcours de contributeurs de la transition. Le prototype esquissé prend la forme d’une plateforme mutualisée de services et d’organisations dont la fonction pourrait ressembler à celle d’une boussole capable de faciliter la découverte des chemins de ce nouveau voyage. Elle permettrait par exemple de personnaliser les parcours de bifurcations en fonction de chaque situation sociale, géographique ou économique.

Il existe nombre de technologies, de talents, de services, de projets qui cherchent à utiliser le Web pour travailler les transitions. Greentech, Tech for good, low tech, ou encore initiatives publiques, leur nombre augmente chaque jour. L’impression qui domine reste toutefois celle d’initiatives trop isolées et finalement assez loin de constituer une réponse à la mesure des enjeux actuels. Une véritable plateforme dédiée transitions resterait donc à inventer. Telle est tout au moins l’hypothèse que je défends. Pour la mettre en discussions, ce troisième article tire les leçons de nos précédentes expérimentations dans ces domaines et esquisse une piste : transformer l’actuel service universel des communications électroniques en service universel des transitions avec pour chacun de nous une identité et parcours individuel personnalisé.

Des services, mais pas de plateforme

De nombreuses ressources en ligne existent déjà. Le site Agir pour la transition, lancé par l’ADEME, propose par exemple un portail de solutions pour un quotidien plus écologique, plus sobre et plus solidaire. Le monde de la Tech est également très productif dans ces domaines. J’ai ainsi bâti une base qui recense plus de 700 entreprises qui travaillent ces enjeux. Sans prétendre à l’exhaustivité, elle permet de qualifier les principaux types de solutions déjà proposées par le monde des technologies. Je n’en rappelle que les principales : réduction de la consommation d’énergie et de ressources carbonées, efficacité et pilotage énergétique, électrification et promotion des énergies renouvelables, mobilités douces, économies circulaires, relocalisation d’une partie de la production et de l’investissement, santé et qualité de vie, formations et, plus largement, capacités à agir collectivement. Ce recensement partiel confirme la vitalité de cette Tech dédiée transitions. La gamme des leviers déjà existants s’avère déjà très importante. Ces leviers sont-ils toutefois à la mesure des enjeux ? Six raisons au moins m’incitent à répondre par la négative.

Un objectif trop vague, insuffisamment quantifié et non personnalisé. L’offre actuelle ne nous donne tout d’abord pas une vision claire, quantifiée et personnalisée de l’ampleur des efforts que chacun doit consentir (personne morale ou physique). Même si nous sommes de plus en plus nombreux à nous déclarer favorable à la cause climatique, peu d’entre nous parviennent à vraiment aligner nos modes de vie à la réalité des ressources planétaires. Th. Libaert (2020) nomme cela un biais d’autocomplaisance ; il explique que ce phénomène a été notamment mis en lumière par les travaux de l’université suédoise de Göteborg. Ceux-ci révèlent notre tendance à survaloriser nos comportements. « En clair, chacun se sent plus respectueux de l’environnement que les autres », résume Th. Libaert. Résultat : la transition reste plus une (bonne) intention qu’un projet véritablement compris, partagé et personnellement engagé.

Une approche en mode silos. Le monde des innovations aborde ensuite ce projet en mode silos : par exemple énergie pour les uns, mobilité ou économie circulaire pour d’autres… Alors que la situation exige une transformation progressive, simple et convergente de l’ensemble de nos comportements, la Tech ne propose que des actions limitées à un volet. Leur impact s’en trouve réduit.

Pas de passerelles. Ce ne serait pas grave s’il existait suffisamment de passerelles entre ces silos pour simplifier et fluidifier nos parcours transitions. La technologie le permet, mais le marché, faute sans doute d’un opérateur global, ne s’en donne pas encore les moyens. Peut-on par exemple proposer pire expérience que celle imposée aujourd’hui aux internautes qui souhaitent écologiser leurs modes de vie ? Il leur faut trouver seuls leurs solutions, se donner les moyens de les tester et de les comparer, jongler avec presque autant de connecteurs que d’entreprises, attendre que les volumes usagers soient suffisants pour faire effet. Les moyens de mutualisation ou de valorisation, par exemple de données, demeurent en outre anecdotiques ; cela réduit grandement les moyens de personnalisation des services et le passage à la grande échelle. Bref, on ne s’y prendrait pas autrement si l’on voulait, une fois encore, laisser à d’autres, dans quelques valleys par-delà les mers, le soin d’agir à la place de l’Europe ou de la France.

Un taux élevé d’exclus. Plus pénalisant encore, nombre de personnes restent de fait exclues de ces dispositifs. Fractures sociales, analphabétisme numérique, zones non ou mal desservies en matière d’accès Internet, dénis des enjeux climatiques, si les raisons s’avèrent diverses, elles convergent toutes vers un constat récurrent à chaque tentative de réforme. Écotaxe comme mouvement des Gilets Jaunes démontrent l’impérieuse obligation d’inventer une solution qui permet facilement au plus grand nombre possible d’entre-nous de comprendre nos intérêts, de trouver notre place et de nous mouvoir facilement dans ce vaste chantier transition. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Pas encore assez d’incitations, de jeux, et de mise en valeur des citoyens engagés dans les transitions. Même si la gamification prend progressivement une place accrue, tout ou presque reste à faire pour rendre amusant les chalenges des bifurcations. Où est le Pokémon GO de la transition ? Où sont les défis pour nous transformer en compétiteurs, par exemple du plus grand réducteur d’énergies carbonées, du champion du covoiturage ou des sportives de haut niveau de la mutualisation de matériels ? Qui peut encore croire qu’il est possible d’avancer sans un peu de plaisir ?

L’inverse du Living Lab Web transitions dont nous aurions besoin. Dernier point, la situation actuelle ne permet guère de réduire le poids des barrières à l’entrée pour donner aux innovateurs les moyens d’accélérer leurs recherche-développement et d’augmenter l’impact de leurs offres. Dans mes expérimentations, j’ai par exemple toujours proposé d’ouvrir gratuitement nos plateformes, comme celle décrite à Pau, à toutes les organisations qui voulaient tester leurs solutions et les coconstruire avec de vrais usagers. Mais « mes » expérimentations ne concernent au mieux que quelques centaines de personnes… Imaginez la force de cette Start-up Nation, dont on nous a un temps vaguement parlé, fonctionnant comme un pays réuni autour de la mise au point de solutions transitions ! Je suis sûr de ne pas être le seul à croire aux immenses potentialités d’un pareil laboratoire vivant.

Au final, le paysage actuel des innovations numériques dédiées transitions socioécologiques présente un véritable potentiel ; en l’état il ne semble toutefois pas en mesure de transformer notre pays en inventeurs des droits de la transition, un volet pourtant à associer de plus en plus aux droits de l’homme dont nous serions la mère patrie. Gilles Babinet (2016) le rappelle : « la radicalité de la transformation digitale peut se résumer en un seul principe : les entreprises, quelles qu’elles soient, on vocation à devenir des plateformes. C’est-à-dire à être au cœur des interactions qui leur permettent de remplir leur mission au mieux ». Or ce sont justement ces interactions, ces nouveaux modes de coopérations ou encore, par exemple, ces alliances qui restent à inventer pour donner d’effets aux solutions en ligne dédiées transitions.

Une plateforme : un écosystème dont la valeur globale des services dépasse la somme de la valeur de chacun d’entre eux considérée individuellement

Schématiquement, on peut définir une plateforme de ce type à la manière d’un écosystème dont la valeur globale des services dépasse la somme de la valeur de chacun d’entre eux considérée individuellement. Les participants d’un groupe de travail CIGREF (2019) se sont interrogés sur les caractéristiques clés d’une plateforme. Ils en distinguent trois.

Le premier vise à simplifier le parcours client pour le rendre le plus fluide possible. Il s’agit de faire en sorte que la complexité soit gérée par la plateforme et non par l’usager. Pour cela, toute plateforme doit être en mesure non seulement d’agréger un certain nombre de services, mais aussi de permettre le passage sans couture de l’un à l’autre.

Le second facteur concerne la maîtrise de la technologie, de l’algorithme et de la gestion des données ; un levier désormais bien connu. Le CIGREF rappelle également les enjeux majeurs autour de la sécurité et la confiance.

La troisième caractéristique relève de que le CIGREF nomme « l’ambition » ; le succès de projet de ce type suppose que l’on atteigne rapidement une masse critique d’utilisateurs. Dans une logique inspirée de celle du « gagnant remporte tout », il ne s’agit donc pas de rechercher une rentabilité sur le court terme, mais d’impliquer le plus possible d’usagers. L’organisation de la solution dont il ici question fonctionnerait toutefois dans une logique à l’opposé de celles des dominants qui, comme Google et Meta, sont à juste titre menacés de démantèlement par l’autorité antitrust américaine.  « Google a eu recours à des méthodes anticoncurrentielles, excluantes et illégales afin d’éliminer ou de réduire considérablement toute menace à sa domination sur les technologies utilisées pour la publicité numérique« , a récemment déclaré Merrick Garland, procureur général des États-Unis.

Le service universel actuel des communications électroniques transformé en service universel des transitions ?

C’est cette plateforme ouverte et mutualisée, adressant les principaux leviers de transition réunis dans un parcours fluide et sans couture, que j’ai essayé d’esquisser sur la base des enseignements des expérimentations réalisées. Services associés à des offres immobilières, par exemple de bailleurs sociaux ou de promoteurs, service public intégré dans un Réseau d’Initiative Publique, rhizome de solutions locales mutualisées et organisées en mode plateforme, je reviendrai dans un prochain article sur les discussions exploratoires menées à ce sujet depuis 2016. Elles se sont toutes soldées par des échecs. Les raisons de ces déconvenues sont bien entendu diverses ; je crois toutefois que la principale provient, d’une part, de l’absence d’une véritable stratégie de notre pays, et de l’Europe, et, d’autre part, de la trop grande timidité des pouvoirs publics qui refuse toujours d’endosser un nouveau rôle pour nous entrainer dans ce chantier. Faute de tel signaux, le business as usual reste la norme pour la majorité des manageurs privés et publics.

Ce sont ces tentatives et ces échecs qui m’incitent à proposer une autre voie. Elle consiste à transformer l’actuel service universel des communications électroniques en service universel des transitions avec pour chacun de nous une identité et parcours individuel personnalisé. Je reviendrai plus en détail dans un quatrième article sur les scenarii pour lancer ce service ; je préfère ici me concentrer sur ce qu’il pourrait permettre, sur ses contenus et sur ses apports. Rappelons juste que le service universel des communications électroniques permet à toute personne de bénéficier d’un raccordement fixe à un réseau ouvert au public et de la fourniture d’un service téléphonique de qualité, à un tarif abordable. Rappelons également que, depuis le 3 décembre 2020, il n’y a plus d’opérateur en charge du service universel pour ce service téléphonique. Néanmoins, rappelle l’Arcep, Orange, anciennement désigné opérateur de service universel, s’est engagé à maintenir ses offres « abonnement principal » et « réduction sociale téléphonique » qui relevaient du périmètre du service universel jusqu’en 2023.

La piste explorée ici consiste donc à réinventer ce service universel pour en faire la base d’un Web souverain dédiée transitions. Dans cette version provisoire, il s’organiserait autour de quatre piliers principaux :

  • un accès pour tous et partout à une plateforme de services ouverte aux solutions privées comme publiques,
  • un référentiel et des parcours personnalisés, omnicanaux et géolocalisés,
  • des incitations en mode jeux et des solutions de mise en valeur sociale,
  • une nation « laboratoire vivant » pour transformer les pistes d’innovations d’aujourd’hui en solutions de nos quotidiens de demain, en France et ailleurs.

Un identifiant automatiquement créé pour chacun de nous

La première condition pour réussir consiste à garantir l’accès de tous et partout à ce service. En matière d’identité, la solution adoptée par le projet « Mon espace santé » semble être une des voies à suivre pour y parvenir. La loi dite « Santé » de juillet 2019 a permis la création automatique, sauf opposition formelle de l’intéressé, d’un Dossier Médical Patient et donc d’un compte personnel associé. Tout assuré social reçoit un courrier ou un e-mail de la part de l’Assurance Maladie lui demandant d’activer son Espace santé. L’assuré dispose alors d’un délai de six semaines pour s’opposer à sa création. Sans réponse de sa part, son Espace santé est automatiquement créé.

Les enjeux associés au service universel transitions me semblent pouvoir faire l’objet de décisions similaires. Un compte serait automatiquement créé pour chacun de nous. Il donnerait accès à un parcours transition comme celui esquissé plus bas. Il serait même possible d’aller plus loin en nous dotant enfin d’une véritable identité numérique unique, sur le modèle par exemple de l’Estonie, du projet d’identité numérique de La Poste et du label France Cybersécurité. Dans la plateforme transition, mais pas seulement dans celle-ci, cette identité permettrait de disposer d’un authentifiant unique, mutualisable non seulement pour l’accès à tous les services publics (impôts, santé, collectivités territoriales…), mais aussi pour interconnecter et personnaliser les solutions proposées par le secteur privé (par exemple « Edf et moi », « Geco Air » et solutions de type Greentech retenues).

Il faudra néanmoins associer cette identité numérique ou ce compte à une solution assurant un accès à l’Internet d’une qualité suffisante. Le prochain article reviendra sur les pistes envisagées à ce sujet. À ce jour, ces discussions exploratoires se sont soldées par des échecs.

Un score transition personnalisé et géolocalisé que l’on peut suivre et piloter.

Le second facteur clé passe par la proposition d’un ensemble d’informations personnalisées et géolocalisées à même de nous fournir un cadre.Score, objectifs, indicateurs ou quota d’émissions de Gaz à Effet de Serre (GES), quel que soit le nom que l’on retiendra, l’une des briques informatives essentielles de la plateforme suppose que chacun de nous dispose d’un référentiel adapté à sa situation. Le GIEC nous en donne les bases. Celles-ci sont d’ailleurs prises en compte par la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) publiée en mars 2022 par le ministère de la Transition écologique et des Solidarités de notre pays. Pour ne pas dépasser 2°C de réchauffement, le budget CO2 de chaque terrien (hors méthane CH4 et protoxyde d’azote N20) devrait être compris entre 1,6 t et 2,8 t par an entre aujourd’hui et 2100. Or, nous sommes actuellement autour de 8 tonnes. Passer schématiquement de 8 à 2 tonnes ne relève pas de la gageure. N’avons-nous jamais réussi une réduction d’une telle ampleur ?

Je serai d’ailleurs curieux de savoir quelle est la part des Français qui ont réellement conscience de l’immensité des défis à relever. J’ai la chance d’enseigner dans plusieurs formations de l’Université de Pau qui réunissent des jeunes gens de grande qualité nés au début de ce siècle. Depuis plusieurs années, l’ensemble de mes cours comprennent des volets dédiés transitions. L’immense majorité de mes 80 étudiantes et étudiants se révèlent très sensibles à ces enjeux ; ce sont donc des moments d’échanges particulièrement intéressants. Pourtant quasiment aucun d’entre eux n’a conscience de l’ampleur des objectifs quantitatifs à atteindre. La transition représente pour eux une puissante valeur cardinale, mais une valeur qui reste quasiment ésotérique ou tout au moins encore trop désincarnée pour impulser des changements de consommation et de modes de vie à la mesure des enjeux. Telle est selon moi l’une des priorités de toute plateforme Web transitions : doter chacun de nous d’une feuille de route fondée sur des indicateurs quantifiés de réduction des GES que l’on peut suivre quasiment au quotidien.

Mais, dans ces domaines, comme sans doute dans tous les autres, la moyenne n’a pas grand sens. La situation d’un couple à très hauts revenus résident en zone métropolitaine n’a par exemple rien de comparable avec celle d’un jeune défavorisé en zone rurale. La récente étude menée par le laboratoire World Inequality Lab de l’Université­ de Berkeley­, cité par Le Monde le 31 01 2022, rappelle à quel point la crise climatique est profondément une crise des inégalités. « Alors que l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre est généré par les plus aisés, les plus pauvres et moins responsables sont les plus touchés par les impacts grandissants du dérèglement climatique. »L’étude précise que le 1% le plus privilégié émet 101 tonnes d’équivalent CO2 par personne et par an. Comme le montre cette infographie tirée de l’article du Monde, « la moitié la plus pauvre de la population mondiale endure 75 % des pertes de revenus liées aux impacts du changement climatique, tout en ayant le moins la capacité financière pour agir : seulement 3 % des capacités de financement, alors que les trois quarts sont concentrés dans les mains des 10 % les plus aisés ».

Or l’un des immenses intérêts du Web et du suivi de nos historiques en ligne est justement de nous donner à la fois, d’une part, la possibilité de personnaliser nos feuilles de route en fonction de nos modes de vie, et, d’autre part, de caler les modèles de taxation comme de récompenses associées. Les auteurs de l’étude du World Inequality Lab, citée plus haut, proposent par exemple la création d’une taxe à hauteur de 1,5% le patrimoine de ceux qui gagnent plus de 100 millions de dollars par an. Ils estiment les recettes à 295 milliards de dollars par an, ce qui correspondrait selon eux aux besoins pour limiter les impacts du changement climatique. Taxations pour les uns, aides et incitations pour les autres, quelles que soient les mesures qui seront prises, la personnalisation est en tout cas l’une des clés ; elle impose de disposer d’indicateurs dynamiques et de moyens de réduction adaptés à nos situations comme ceux envisagés dans ce service universel de la transition.

Des incitations en mode jeux et des solutions de mise en valeur sociale

Si ce service universel des transitions existait, une minorité seulement d’entre-nous en ferait toutefois sans doute un usage à impacts. Une autre partie ne l’utiliserait que pour de rares solutions. La majorité soit ne connaîtrait pas vraiment son existence, soit dénoncerait un complot ourdi en mode Big Brother et atteinte aux libertés, soit réfuterait la réalité des problèmes climatiques, tout au moins pour eux. Sans le moindre doute, il faut donc ne pas croire que la magie du service en ligne, même personnalisé et géolocalisé, suffira.

L’urgence de l’action exige au contraire de se donner les moyens d’impliquer le plus vite possible la majorité d’entre nous. Dans mes expérimentations, j’ai timidement testé les leviers jeux pour y parvenir. Même si j’ai manqué d’ambition et de créativité dans ce domaine, les résultats ont été probants. Il semble qu’il y a là une piste fertile. Le principe consisterait schématiquement, par exemple via des défis, des communautés de gamers, et des récompenses, à développer ce service universel aussi comme ce que j’appelais plus haut le Pokémon GO de la transition. Chaque levier de transition serait associé à un chalenge personnel, à des concours et à des classements entre participants. Pour franchir des niveaux, la plateforme prodiguerait des conseils et proposerait des formations ludiques pour progresser. L’impact socioécologique de chaque décision serait simulé et les championnes et champions seraient mis en valeur. Des projets de ce type existent déjà ; c’est par exemple le cas à Lhati, ville finlandaise d’environ 120 000 habitants, capitale verte européenne en 2021, qui non seulement a attribué ce qui doit être le premier quota carbone individuel au monde, mais qui incite à réduire ses émissions via un système de récompenses.

Un laboratoire vivant pour une « transition Nation »

Un Living Lab, selon Wikipédia, « regroupe des acteurs publics, privés, des entreprises, des associations, des acteurs individuels, dans l’objectif de tester grandeur nature des services, des outils ou des usages nouveaux. Il s’agit de sortir la recherche des laboratoires pour la faire descendre dans la vie de tous les jours (…) et de favoriser l’innovation ouverte, de partager les réseaux et d’impliquer les utilisateurs dès le début de la conception ». Tests grandeur nature, innovations ouvertes, implications, coopérations, hormis le chantier transition, existe-t-il beaucoup de projets d’intérêt général, dont la réussite dépend à ce point de tels facteurs ? L’idée serait donc de considérer cet écosystème service universel des transitions comme le laboratoire ouvert de mise au point et de co-construction des leviers, des technologies, des réglementations, des formations, des incitations et des lieux dédiés transitions.

On le voit, cette piste de transformation de l’actuel service universel des communications électroniques en service universel des transitions coche nombre des cases pour augmenter nos ressources collectives et personnelles. Il fournirait notamment l’un des signaux forts pour enfin engager le chantier transitions, notamment via une communauté d’organisations publiques et privées réunies dans une plateforme de plateformes. Il procurerait également l’une des bases pour inventer le ou les modèles économiques associés. Cette idée pose toutefois bien entendu nombre de questions par exemple de droit, de positionnement concurrentiel du premier pays qui dégainerait cet outil, d’acceptabilité sociale ou encore de gouvernance.  Je souhaiterais pouvoir profiter de vos avis, critiques et suggestions à ce sujet. Pourriez-vous donc prendre quelques minutes pour répondre à ce questionnaire ?

Références des ouvrages cités

Babinet G. (2016), Transformation digitale : l’avènement des plateformes. Édition Le Passeur

Bohler S. (2019), Le Bug humain, Robert Lafont

CIGREF (2019), Nouvelles stratégies de plateforme, Cigref

Libaert Th. (2020), des vents porteurs. Comment mobiliser (enfin) pour la planète ? Éd. Le Pommier.

Ministère de la transition écologique et solidaire. (mars 2020), Stratégie Nationale bas-carbone. La transition écologique et solidaire vers la neutralité carbone. Lien de consultation

Parrique T (2022), Ralentir ou périr – L’économie de la décroissance – Ed Seuil 2022

Un Web des vrais changements ? Les principaux enseignements d’une expérimentation « ressources en lignes dédiées transitions ».

Peut-on inventer ce Web des vrais changements objet du premier article introductif ? Ce second volet présente la première expérimentation lancée à ce sujet en 2014 ; elle résume ses principaux résultats après 8 ans de fonctionnement. Elle confirme la faisabilité technique du projet ; elle qualifie un modèle économique et montre les bons retours des bénéficiaires. Ce premier test entrouvre ainsi une voie pour inventer un métier de fournisseur de services en ligne dédiés transitions. Mais elle pointe toutefois aussi de véritables limites. Le bilan est par exemple peu probant en matière de décarbonation et de réduction des émissions. Il s’avère même mauvais côté résilience ; nous ne sommes par exemple pas parvenus à intensifier les coopérations en mode pair à pair entre usagers. Ces enseignements contrastés incitent donc à aller plus loin pour tenter de contribuer à l’invention de ce Web des transitions. Ce sera l’objet du troisième article à venir.

Dans un premier article introductif, j’ai présenté les bases sur lesquelles se fonde mon travail consacré à l’expérimentation d’un Web dédié transitions. Je les rappelle brièvement.

La première correspond à une conviction de plus en plus partagée : le Web dominant d’aujourd’hui n’est pas disruptif. Il renforce au contraire les modèles du monde d’hier dont chacun mesure les impasses.

La seconde explore la piste d’une autre croissance à même de nous faire grandir en développant de façon progressive nos capacités pour concilier réduction d’au moins 5% par an de nos émissions personnelles, réinvention des liens sociaux, et plaisir de vivre.

Pour y parvenir, la troisième postule qu’il sera difficile de réussir sans disposer de ressources en ligne performantes et non dépendantes de plateformes des champions du Web d’aujourd’hui. L’enjeu consiste bien à mettre la transition numérique au service de la transition écologique.

Un prototype pour expérimenter un métier de fournisseurs d’accès à des services transitions

Loin donc de toute certitude dogmatique, et en reprenant la formule de Corinne Morel Darleux (2020), « à la manière de ce que l’on saisit par l’épreuve (…) ; l’épreuve qui permet de juger la valeur d’une idée, d’un paysage, d’une relation », j’ai choisi de mettre en expérimentations cet Internet des transitions au travers de quelques projets dont je suis l’un des co-auteurs. Le premier a été lancé en 2014. Son objectif consistait à qualifier la faisabilité technique ou socio-économique des développements préalablement prototypés et à mesurer à la fois les réactions des publics ciblés et les effets des solutions mises en tests.

Toutes expérimentations supposent des règles. Le protocole mis en place se fonde sur une série d’hypothèses et de choix méthodologiques.

La première de ces hypothèses postule que les transitions ne peuvent pas massivement réussir sur les seules bases de l’action d’organisations centrales, de la loi ou de la surveillance. Il faut impérativement parvenir à transformer le plus grand nombre possible d’entre nous en contributeurs actifs et en inventeurs de nos propres solutions.

La seconde estime que cette première condition ne peut être remplie en mode seulement contraintes. Elle incite au contraire à travailler des bifurcations heureuses perçues comme de véritables plus-values par le plus grand nombre d’entre nous. Ph Bihouix (2019) écrit juste quand il affirme que la transition doit créer immédiatement du bonheur pour un maximum de personnes.

La troisième brique relève de la méthode. Celle-ci a consisté à tester les précédentes hypothèses à travers une première série de réalisations lancées pour de véritables clients et de vrais bénéficiaires. En se positionnant sur les échelles et les temps du quotidien, il s’agissait de mesurer les performances de dispositifs numériques cherchant à nous transformer progressivement en acteurs engagés dans les transitions.

L’une de nos principales pistes de départ en 2014 défendait la nécessité d’inventer une nouvelle manière d’habiter en augmentant le lieu de vie et de travail, et son environnement physique et digital, d’une plateforme de services pour une transition choisie, ludique et stimulée. Comme il existe aujourd’hui des fournisseurs d’accès Internet, l’intuition initiale incitait à tenter de modéliser un métier de fournisseurs d’accès de services transitions.

La première éprouvette : une plateforme dédiée parcs d’activités

La première expérimentation a eu lieu dans le parc d’activités Pau Cité Multimédia (environ 1300 salariés résidants – 9 bâtiments tertiaires) géré par la Société d’Économie Mixte (SEM) Pau Pyrénées. Cette Société Anonyme, à capitaux majoritairement publics, est à la fois promoteur et gestionnaire immobilier. Dans ce parc d’activités, la SEM souhaitait faire évoluer ses offres et diversifier ses métiers pour enrichir la vie des usagers au travail et pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la zone. Le projet a été pensé et conçu en 2014, lancé en 2015 ; il fonctionne toujours en 2023.

Les lignes directrices de ce projet expérimental peuvent se résumer en quelques convergences que nous estimions alors indispensables pour réussir. Elles sont synthétisées dans la figure suivante et présentées plus avant.

Figure 1. Le dispositif Zone d’activités as a Services (ZaaS) expérimenté depuis 2015

Se doter de ressources réseaux dédiées transitions

Dans une logique proche de celle des communs, compris comme des ressources partagées, cogouvernées par leurs communautés d’utilisateurs selon des règles qu’ils ont déterminées, le premier de ces leviers consistait à se doter d’un patrimoine réseaux numériques dédié transitions. Il s’est tout d’abord organisé à partir d’un réseau fibre optique. Ce dernier a été simple à mettre en place : il a repris et étendu des infrastructures réseaux gardées en pleine propriété par la SEM dès l’aménagement de la zone en 2001. Cet ensemble de fourreaux, de câbles optiques et d’équipements actifs doublait les infrastructures réseaux dévolues aux opérateurs du marché. Ce LAN (Local Area Network) propriété de la SEM, interconnecté au projet de l’agglomération paloise, nous permettait ainsi de disposer de moyens maîtrisés, peu coûteux et évolutifs, pour à la fois interconnecter les 9 bâtiments, relier les capteurs dédiés gestion de l’immobilier (pilotage énergie notamment), et déployer les services en ligne proposés aux résidents (wifi mutualisé, plateforme de services WeekMeUp, interconnexion avec le data centre de la zone…).

Des ressources réseaux qui intègrent la collecte et la valorisation des données

Dès l’origine du projet, nous avions une vision étendue de ces communs et de ces ressources réseaux dédiées transitions. Pour l’équipe, elles devaient notamment s’étendre aux datas. Il a donc été décidé que les identifiants, les données, comme tous les indicateurs ou historiques de navigation en ligne devaient, tout d’abord, rester la propriété du projet pour des utilisations correspondant à ses finalités, et, ensuite, être mutualisés entre les partenaires. La plateforme a donc été développée dès 2015 en mode connecteur unique et API entre applications ou services proposés par des partenaires différents. Il s’agissait de simplifier l’expérience usager, de favoriser la valorisation des données collectées et de ne dépendre d’aucun algorithme pour afficher tel ou tel contenu. Ce second point, intégré dans l‘ensemble des contrats, n’a posé ni difficultés techniques ni problème particulier entre partenaires.

WeekMeUp, une plateforme de services dédiés relocalisation et qualité de vie au travail

Le troisième des leviers expérimentés s’adressait aux entreprises résidentes et, plus encore, à leurs collaborateurs. Il a pris la forme d’une application (et Web App), nommée WeekMeUp téléchargeable sur Android et IOS. Il s’agit d’une plateforme de services, réservée aux résidents, accessible via un identifiant et un mot de passe. Pour ce volet, nous avons décidé de ne pas développer une solution en partant de zéro, mais de collaborer avec LoungeUp, une jeune pousse qui lançait alors une première version de sa plateforme dédiée gestion de la relation client et offre de services hôteliers. Nous avons quasiment fait un tour de France pour trouver un partenaire à ce sujet. La solution LoungeUp est celle qui nous a séduit. Elle permettait en effet, sans compétences en code, de personnaliser les modules, les services comme les accès, selon nos besoins. Nous avons eu en outre la chance de collaborer les deux fondateurs de l’entreprise, Mathieu Pollet et Lionel Tressens, dont les qualités humaines, l’écoute et les compétences techniques ont été pour beaucoup dans le succès de cette étape. Il a bien sûr fallu compléter cette première brique par des développements spécifiques. Ils ont été réalisés par Nicolas Ader fondateur de l’agence Web  MiddleWeb. Ils ont porté par exemple sur le lancement d’une boutique E-commerce filières courtes, d’une plateforme dédiée organisation en mode pair à pair entre salariés de covoiturages domicile – travail, ou encore de moments sportifs, loisirs, culturels ou sportifs. L’ensemble a été codésigné avec plusieurs groupes de chefs d’entreprises et de salariés du parc d’activités.

La plateforme déployée est de type omnicanal. Les usagers peuvent indifféremment l’utiliser grâce à différents moyens, numériques comme physiques : mail, messagerie, Sms, application et web application, mais aussi téléphone et échanges en face à face avec le personnel de l’accueil du parc d’activités. L’hybridation de ce lieu a d’ailleurs été un facteur clé du projet. Progressivement, de quasiment simple comptoir de courrier, il est devenu à la fois conciergerie, point de livraison des commandes passées sur la boutique filière courtes ou encore, par exemple, centre d’informations et de relations entre résidents du parc d’activités. Les personnels de ce lieu ont été formés pour prendre directement en charge les opérations de E-mailing, la gestion des contenus des écrans interactifs déployés dans les entrées d’immeubles, les commandes et les relations avec les fournisseurs et partenaires locaux.

Le déploiement de la plateforme est effectif depuis 2015. Sur les 1300 résidents du parc d’activités, un millier l’utilise régulièrement. La gestion complète des contenus et des données est assurée directement par la SEM. Plus de 50 agriculteurs, producteurs locaux, commerçants voisins, prestataires de services ou encore par exemple associations proposent leurs services sur la plateforme. La crise sanitaire des années 2020 et 2021 n’a d’ailleurs pas significativement fait baisser ce taux d’utilisation. La majorité des salariés en télétravail ont continué à utiliser la plateforme depuis leur domicile.

Un dispositif de pilotage des consommations d’énergie des bâtiments

Le dernier levier expérimenté ciblait la performance énergétique des bâtiments via une solution de pilotage des consommations d’un panel de bâtiments du parc d’activités. Le but consistait également à tester les effets, sur les comportements des résidents, d’un dispositif d’affichage des consommations desdits bâtiments sur les écrans interactifs déployés pour partie à cet effet dans les espaces communs de chaque entrée.

Ce volet, contractualisé avec une startup toulousaine spécialisée, peut être qualifié d’échec. Les principales raisons sont de natures diverses.

Techniquement, l’ensemble des points de comptages (compteurs, compteurs sous-divisionnaires…) des immeubles sélectionnés ont pu être rendus communicants, y compris les plus anciens (2001). Toutefois, la mise en lien automatique entre tous les points de relevés et les données des fournisseurs d’énergie (gaz, électricité, eau…) a été particulièrement longue et fastidieuse. La solution de publication automatique des consommations d’énergie sur les écrans interactifs de chaque entrée d’immeuble n’a même jamais pu être mise en place.

Fonctionnellement, l’ergonomie de l’interface du portail de pilotage proposée semble plus destinée à des spécialistes qu’à des gestionnaires généralistes, comme ceux d’un gestionnaire de parc d’activités. Les formations organisées n’ont pas permis de résoudre ce problème. Même l’équipe de spécialistes prestataires de maintenance, présente sur site, a très peu utilisé la solution. Doublons des logiciels de GTB fournis par les constructeurs des matériels avec ceux de la solution, équipements du début des années 2000 non pilotables à distance, peut-être aussi incitations faibles pour les techniciens en charge à sortir de leur zone de confort, les raisons de cette faible utilisation sont diverses. 

Plus grave, les remontées d’alarmes, par exemple en cas de consommations anormales, ont mal fonctionné. Les promesses initiales d’économies de consommation de 10 à 13% sur les deux premières années n’ont pas été tenues. C’est donc l’ensemble du modèle économique de la solution qui a été mis à mal.

Ce volet énergétique, qui figure parmi les leviers clés de toute transition, reste donc en chantier.

Une plateforme propriété des résidents de la zone, un modèle en communs

La Sem Pau Pyrénées a habilement souhaité que l’ensemble du dispositif déployé reste sous le contrôle direct des usagers du parc d’activités. Elle a donc proposé au conseil de l’association syndicale dudit parc d’intégrer le volet plateforme de services et le volet Wifi dans son patrimoine et dans ses charges. Cette association réunit l’ensemble des entreprises résidentes. La période de test ayant montré l’excellent retour de leurs collaborateurs, la proposition a été facilement acceptée par le Conseil, puis validée par l’Assemblée Générale. Elle est depuis renouvelée annuellement par cette même assemblée générale. Ce modèle « communs » définit donc un modèle économique, simple et mutualisé, dans lequel les charges inhérentes à la plateforme sont refacturées à chaque entreprise résidente sur une base de tantièmes, classique en immobilier.

Le volet pilotage énergétique des bâtiments a lui été pris en charge par la SEM, es qualité propriétaire, sur la base de la promesse de la jeune pousse toulousaine qui commercialise la solution. Les investissements et l’abonnement au service devaient être couverts par les économies d’énergie générées par le pilotage. Comme rappelé plus haut, en plus de 5 ans d’exploitation, cela n’a jamais été le cas.

Le bilan à date : une solution à valeur ajoutée, mais pas encore un véritable levier de bifurcation

Le bilan de ces huit années de fonctionnement oscille donc entre résultats positifs et leçons à tirer sous la forme de points d’efforts à travailler pour les prochaines réalisations. Les uns comme les autres sont résumés dans les tableaux qui suivent.

Le premier ce ces tableaux montre le bon accueil réservé par les usagers du parc d’activités ainsi que la large adhésion de nombreux partenaires locaux. Il pointe toutefois les limites du périmètre projet.

Le millier d’usagers mobilisés reste faible pour développer un algorithme à même de personnaliser les services. Cela reste un projet bien plus small que big data. Et la qualité des personnels du lieu « accueil – conciergerie – lieu de livraison » ne permet pas de compenser suffisamment cette limite par des relations humaines pourtant incontestablement augmentées entre le gestionnaire du parc et les salariés de la zone. Tous les projets, que j’ai suivis depuis plusieurs années, entérinent cet enjeu de massification rapide des solutions.

Le second enseignement confirme la faisabilité à la fois technique et économique du projet. Il pointe en revanche l’échec des expériences de géolocalisation et de personnalisation des messages menées sur la base de balise beacons.

Le troisième enseignement issu de ce projet prouve l’intérêt de maîtriser les données collectées ou produites dans et par la plateforme. Il montre toutefois notre relative timidité en matière de valorisation.

La quatrième des conclusions issues de cette expérience pointe sans doute l’un des principaux points d’efforts à travailler. Il m’incite à penser que la solution que j’ai proposée relève plus d’une plateforme de relocalisation partielle des consommations que d’une plateforme véritablement de transitions.

Parmi les causes pour expliquer cette limite, l’une tient sans doute à la faiblesse des échanges directs entre salariés. Trois modules de services ont été pourtant désignés avec les panels d’utilisateurs mobilisés : le premier propose un site de type Leboncoin du parc d’activités qui permet de donner, échanger ou vendre des produits entre résidents dans une logique d’économie circulaire ; le second offre des solutions de covoiturage domicile travail ; le troisième facilite l’auto-organisation d’activités, par exemple sportives et culturelles, directement entre résidents. Tous trois ont fonctionné de manière correcte, mais ne représentent que relativement peu d’échanges, notamment en regard des offres plus commerciales. 

La performance « pair à pair » de la plateforme reste donc médiocre. Les usagers restent davantage des consommateurs que des contributeurs ou que des coopérateurs. Je n’ai pas trouvé les bons leviers pour qu’ils se dotent, via les liens sociaux simplifiés par la plateforme, de nouvelles ressources ou encore, par exemple, pour que le parc d’activités devienne collectivement plus agile. Ces conditions semblent pourtant indispensables pour augmenter nos capacités de résilience.

Entre enseignements positifs et limites avérées, cette première expérience constitue, avec d’autres, une première étape pour tenter de contribuer au développement de ce que je nomme un Web des transitions. Greentech, Tech For Good, projets à impact, ou encore, par exemple, initiatives publiques, de nombreuses solutions existent déjà dans ce domaine. Il me semble pourtant qu’elles ne proposent pas encore une réponse à la mesure des défis sociaux, climatiques et économiques. Il me semble même que, notamment faute de principe organisateur à même de leur donner plus d’effets, LE projet n’existe pas encore. C’est ce projet que nous explorons dans le troisième article de cette série.

Références des ouvrages cités

Bihouix Ph. (2019), Le Bonheur était pour demain, Rêveries d’un ingénieur solidaire, Ed. Seuil.

Morel-Darleux C. (2020), Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce – Réflexions sur l’effondrement. Ed. Libertalia.

Geco Air, une application fondatrice dédiée réduction des émissions

Geco Air est une solution gratuite, simple et automatique de conseils et de suivi des émissions liées à nos déplacements. Lancée par l’IFP Energies Nouvelles, anciennement Institut Français du Pétrole, cette application fait partie de celles qui ont retenu mon attention dans le travail en cours de qualification des innovations numériques à même de favoriser les transitions socio-écologiques. Dans une base qui compte plus de 600 entreprises, elle figure dans mon Top 10 personnel. Quelques mots pour expliquer pourquoi et pour vous inciter à l’utiliser.

La plupart des solutions de mesure de nos empreinte carbone sont fondées sur du déclaratif. Il nous faut qualifier de mémoire nos déplacements ou nos habitudes de consommation pour obtenir une estimation de nos émissions carbone souvent approximative. L’exercice est délicat et les moyens de personnaliser nos émissions demeurent souvent rudimentaires. On reste ainsi un peu frustré face aux résultats. J’arrive par exemple à une émission annuelle moyenne de 7 tonnes de Co2 par an mais je ne peux ni vraiment personnaliser ce calcul, ni intégrer mes nombreuses actions de compensation, par exemple les plantations d’arbres ou l’autoconsommation d’électricité photovoltaïque.

Pour le volet mobilité de ces émissions, Geco Air propose une solution différente : elle suit tous nos déplacements en temps réels et quantifie nos émissions en se basant sur l’expertise moteurs thermiques et mobilité de l’IFPEN. On peut soit rentrer sa plaque d’immatriculation (qui n’est pas stockée pour des raisons RGPD) pour vraiment s’adapter à notre véhicule, soit choisir son véhicule dans une liste déroulante, soit utiliser un véhicule moyen représentatif du parc automobile.

Expertise moteurs thermiques

L’application détecte et mesure ensuite automatiquement chaque déplacement pour construire notre véritable timeline mobilité. Les algorithmes détectent seuls le début et la fin de chaque trajet et enregistrent les données nécessaires à l’estimation des polluants. Ils détectent le type de mobilité (marche, course, vélo, bus, voiture, train…), avec encore quelques difficultés pour certains types de déplacements, le métro par exemple. L’utilisateur peut toutefois modifier manuellement le type de mobilité associé à chacun de ses déplacements à posteriori. Grâce à cette détection automatique, Geco Air est en mesure de nous aider à détecter nos mauvaises pratiques. L’application est aussi en mesurer d’estimer le gain apporté par nos éventuels changements de pratiques.

Encore faut-il que ces gains soient supérieurs aux dépenses énergétiques générées par cette détection automatique. L’IFPEN a anticipé sur ce point délicat. Des précautions particulières ont été prise pour réduire les consommations électriques des smartphones. La détection se base sur les antennes cellulaires et le GPS du téléphone. L’utilisation de celui-ci, très énergivore, n’est pas systématique. Le début potentiel d’un trajet est détecté par le changement d’antenne cellulaire. Le GPS est alors activé ponctuellement pour vérifier si la vitesse de déplacement est caractéristique d’un véritable déplacement. C’est seulement à cette condition que le GPS reste actif pour enregistrer la vitesse, la position et la pente à chaque seconde, données essentielles à l’estimation des polluants émis.

À chaque fin de trajet, les données nécessaires à l’estimation des polluants sont envoyées sur les serveurs Geco Air. Cela permet de réduire la charge mémoire de l’application sur le téléphone et de garantir la même performance de calcul quel que soit le modèle de smartphone. Si le smartphone ne dispose pas de donnée cellulaire à cet instant, le trajet est stocké localement et réémis ultérieurement. Les échanges de données sont également optimisés pour réduire la data consommée. A titre d’exemple, pour un usage classique de l’application (deux trajets en véhicule par jour, consultation de l’app régulière) la consommation de data, selon l’IFPEN, n’excède pas 5 Mo par mois.

Geco Air construit ainsi notre score mobilité qui est une note sur 100. Il nous propose également des conseils de conduite. Ces derniers se fondent sur trois facteurs clés : le véhicule, le trajet et le style de conduite. Geco air décompose l’impact de ces trois facteurs et propose des modifications de comportements associées.

Cette application est donc proposée gratuitement par l’IFPEN, un Établissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC), dont l’une des missions d’intérêt général consiste à proposer des solutions aux défis sociétaux de l’énergie et du climat, en favorisant la transition vers une mobilité durable et l’émergence d’un mix énergétique plus diversifié.

Un mois d’utilisation quotidienne de Geco Air m’a ainsi convaincu à marcher plus, je franchis désormais allègrement les 10000 pas quotidiens, et à pédaler davantage malgré les pentes délicates des coteaux pyrénéens. Pour tendre vers les 2 à 3 tonnes d’émissions de Co2 annuelle, j’espère ainsi réduire mes émissions actuelles, autour de 7 tonnes, d’une tonne environ.

Mais passer de 6 tonnes à moins de 3 sera une autre affaire. Cela imposera d’envisager d’autres coopérations sur lesquelles j’essaie d’avancer. Organisme de recherche d’intérêt public, algorithme et modèles maîtrisés, volonté finalement assez rare d’opérationnaliser des résultats de recherche, j’espère que l’IFPEN et Geco Air pourront faire partie de ces écosystèmes numériques. Je remercie en tout cas Guillaume Sabiron, Chef de Projet Solutions numériques pour la qualité de l’air IFPEN, de sa disponibilité.

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