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Petit jeu entre amis

13 août 2019 à 15:00

Pendant un cours de philo, un prof montre à ses élèves un livre noir et dit : « Ce livre est rouge. »

Tout le monde dit : « Ben non, il est noir. »

Puis, il tourne le livre. Le verso est rouge.

Il poursuit : « Ne dites jamais à quelqu’un qu’il a tort jusqu’à ce que vous ayez vu les choses de son point de vue. »

Ne pas voir les deux couleurs du livre vient d’un problème de perception, d’attention à ce qui est. Et il est vrai que bien souvent, on ne prend pas le temps d’observer, de se questionner sur les choses dans leur réalité complète. On se laisse alors aller à une interprétation trop rapide, empreinte de nos conditionnements inconscients.

Mais étudions de plus près ce que dit le prof. Êtes-vous d’accord avec sa conclusion ?

Prenez le temps d’y réfléchir avant de lire la suite.

Il parle de « point de vue ». Fait-il allusion à la perception (physique) ou à l’interprétation (conséquence d’un mode de pensée) ? Son message appelle-t-il à l’analyse objective qui mène à une conclusion rationnelle, au plus près de la réalité (ce livre a deux couleurs) ? Ou bien prêche-t-il la tolérance de point de vue, c’est-à-dire l’acceptation de l’interprétation de chacun•e (l’autre le voit noir donc a, en quelque sorte, raison de penser et dire qu’il est noir) ?

Si l’on extrapole cette situation aux croyances, avis, opinions que nous rencontrons au quotidien, prendre en compte le fait qu’une personne ait un regard personnel issu de son éducation, ses expériences passées ou ses peurs permet certes de mieux la comprendre et de s’y adapter si besoin… Et c’est bien utile pour vivre en société ! Mais attention aux raccourcis ! Cela ne veut pas dire qu’il faille forcément considérer ce regard comme valable.

Lorsqu’une idée défendue est réfutable (c’est-à-dire lorsqu’elle peut être vérifiée, prouvée ou infirmée) et qu’elle est erronée, alors accepter cette idée parce que « c’est la vérité de l’autre », au nom de la tolérance ou de la paix sociale, ne règlera pas le problème de l’opposition des uns contre les autres, d’un avis contre un autre.

Mettre le jugement de l’autre (ce livre est noir) au même niveau qu’un fait avéré (ce livre est rouge et noir), ne mène pas à un monde sans conflit, mais à un monde de confusion. Et la confusion ne mène pas à la paix.

Un point de vue qui trouve son origine dans l’ignorance ou le dogmatisme ne peut mener le croyant (au sens large) qu’à une dissonance avec le réel, voire avec les autres. Il ne fait qu’entretenir des divergences, des oppositions, des divisions qui pourraient être évitées. Ce « point de vue » n’a pas à être encouragé ou respecté.

Une fois qu’on a dit ça concernant les autres, il ne nous reste plus qu’à l’appliquer à nous-mêmes !

Camarades du monde entier, faisons l’effort d’une réflexion méthodique et attachée à bien différencier nos perceptions de nos interprétations !

Disséquons allègrement nos idées préconçues et nos conditionnements mentaux !

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Ma profession de foi

27 janvier 2018 à 15:00

J’ai été éduquée dans un scepticisme roi qui servait en réalité à perpétuer les croyances familiales. Il était de bon ton de critiquer les choses qui nous semblaient farfelues, non-rationnelles, mais les hypothèses à l‘origine de nos propres opinions n’étaient jamais questionnées.

Sans que cela soit clairement établi, dans la pratique, notre système de pensée était intouchable. Toute information qui venait à remettre en cause l’une de nos croyances culturelles, religieuses ou politiques était écartée d’un revers de main, avec une moue sceptique ou une remarque savante en pied-de-nez. Voilà. La discussion s’arrêtait là. Sans aucune curiosité d’aller plus loin, d’explorer de nouveaux territoires.

J’ai mis des années à comprendre ce qu’est le vrai scepticisme : une réflexion hors des dogmes et des idées préconçues, où les hypothèses sont testées, mises à l’épreuve des faits pour être validées ou non.

Je ne parle pas ici du doute pour le doute qui est une pratique stérile, mais de la pensée critique : le questionnement et l’analyse qui permettent une compréhension de ce qui nous entoure, au plus près du réel. En dissociant bien les interprétations des faits ; ce que les choses pourraient être, ce que l’on voudrait qu’elles soient, de ce qu’elles sont réellement.

Il est si tentant de passer outre une information qui remettrait en cause notre système de pensée, nos principes…

De la naissance à l’âge adulte, j’ai été influencée par la religion puis par la spiritualité (suivant notamment la vague contemporaine de l’ésotérisme et des pseudosciences) jusqu’à ce que je comprenne que tout cela me dépossédait de ma propre capacité à penser.

Comme des millions d’autres personnes, inspirée par mon propre conditionnement et un désir de vérité ultime, j’ai accordé du crédit à un principe religieux, à une théorie du complot ou à un remède miracle proposé par la “médecine alternative“.

Non pas qu’aujourd’hui je croie aveuglément à tout ce que les études scientifiques nous disent (nous savons bien que nombre de résultats actuels seront bousculés un jour ou l’autre) mais je pense que la démarche scientifique (hypothèse / expérience / conclusion / nouvelle hypothèse) reste à ce jour le moyen le plus fiable d’observer et évaluer notre monde. Et surtout, de permettre une évolution constructive des idées.

La transcendance existe peut-être. Les fées et les anges peut-être aussi. Mais il n’est plus question pour moi que ma réflexion et mes processus de décision soient phagocytés par des suppositions dont je sais pourtant qu’elles pourraient satisfaire mes questions existentielles.

La diversion, l’endoctrinement et les fake news sont partout, et il est bien difficile d’échapper à leur emprise insidieuse. Aujourd’hui, par mon travail, je veux faire de la prévention sur ces sujets une priorité et inviter tout un chacun à s’éduquer soi-même à la reconnaissance de ses propres modes de fonctionnement mentaux pour éviter l’auto-manipulation.

Cessons de respecter nos idées ! D’où qu’elles viennent. Maltraitons-les, disséquons-les, provoquons-les ! Pour mieux nous respecter nous-mêmes.

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Peut-on vraiment changer ?

7 janvier 2017 à 15:00

Analyser ses propres dysfonctionnements est certes une tâche des plus ardues, car elle demande de les observer sans leur filtre-même.

Rien que le fait de prendre conscience de nos failles psychiques et de nos souffrances peut prendre du temps. Ensuite, lorsque l’on a décidé d’en sortir, donc de changer, les pièges sont nombreux qui nous font parfois aller et venir, hésiter, rebrousser chemin, essayer une chose ou une autre.

Mais ne soyons pas dupes ; ces atermoiements ne sont pas les signes d’un changement ; ils nous empêchent même d’y parvenir. Car si l’on pense avoir « compris une partie » d’un problème ou d’un schéma répétitif, c’est qu’on ne l’a tout simplement pas compris, et dans ce cas, effectivement, on peut essayer et se tromper longtemps. Rien n’y fera.

Je pense que l’on peut bel et bien changer ou plus précisément évoluer psychologiquement ; c’est-à-dire sortir définitivement de la reproduction d’un système de pensée personnel fallacieux et destructeur. Dans ce domaine, ce qui compte c’est la qualité de la réflexion, pas le temps passé ni le nombre d’essais.

Dès lors que l’on comprend la logique de la mécanique à l’œuvre, dans son entièreté, le changement émerge automatiquement.

Lorsqu’il y a évolution psychologique, il y a immédiatement et inévitablement changement de mode de pensée et d’attitude. Si ce n’est pas le cas, c’est sans doute que l’on est juste dans l’évitement, la recherche de solutions, l’imposition de règles, le contrôle ou l’aveuglement, donc dans une simple variante du schéma de départ.

Le changement ne vient pas du choix de telle idée ou telle autre, de tel mode de vie ou tel autre, de telle action ou telle autre ; il vient de la compréhension de ce qui se joue. Changer de symptôme ne soigne pas la maladie ; au mieux, cela la cache, mais plus probablement, cela la nourrit.

Changer peut prendre du temps ou se produire rapidement. Quoi qu’il en soit, la prise de responsabilité personnelle, la persistance, le courage et l’humour sont à mon sens les ingrédients indispensables à une évolution réelle.

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