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82·Le prix de l’ignorance

Par : Marc HENRY
13 novembre 2023 à 19:40

De l’importance de la lecture

Cette chronique est consacrée à un sujet grave : l’ignorance. A priori le problème est insoluble. Car, si l’on ignore que l’on est ignorant, comment s’en sortir ? Une solution à cette question de fond sera apportée lors de l’invention de l’écriture. E,t donc du livre invitant à lire. Une autre solution s’appelle « l’éducation » impliquant un maître et ses élèves. Mais, là, c’est beaucoup plus dangereux, car, rien n’empêche le « maître » d’être lui-même un ignorant qui croit savoir. Pris au piège de l’ignorance, un bon orateur s’en tirera toujours par une pirouette. Ou bien par un trait d’humour qui fera oublier qu’en vérité, il ne sait pas grand-chose.

En revanche, quand on écrit un livre, l’humour passe très mal. Et, Il vaut mieux ne pas être pris en flagrant délit d’ignorance. Car, là, vous perdez toute crédibilité auprès d’un lecteur averti. Lire, relire et encore lire est un excellent moyen de lutter contre l’ignorance. Si, vous préférez, quand vous allez chez une personne, essayez d’entrevoir l’ampleur de sa bibliothèque.

Par exemple, chez moi, il y a des livres partout et sur tous les sujets. Depuis les romans policiers jusqu’à la série en 54 volumes des « Britannica Great Books ». Série achetée à crédit dès que j’ai touché mon premier salaire de chercheur. La Bible côtoie facilement l’ « Encyclopedia Universalis » ou l’ « Encyclopedia Britannica ». J’ai aussi une flopée de livres sur l’astrologie ou la numérologie. Mais, aussi, beaucoup de livres d’art et encore plus de livres de science, ainsi qu’une pléthore de traités mathématiques. Comme je l’ai dit, mes étagères débordent de tout ce que j’ai lu dans ma vie. Ceci pour dire que la probabilité que je sois en fin de compte ignorant est assez faible.

Un passé télévisuel

En vérité, je n’ai aucune gloire à tirer de cela puisqu’en j’ai démarré en sciences, internet n’existait pas. Or, aller en bibliothèque m’était pénible (j’aime la solitude). J’achetais donc livre sur livre, aussitôt dévorés une fois ramenés chez moi. Puis, soigneusement rangés par thèmes pour y avoir accès à tout moment. Lorsqu’il s’avérait nécessaire d’argumenter mon discours par une citation. Un jour, je partirai pour un monde dit « meilleur ». Ce sera donc à mes enfants et petits-enfants de gérer cet immense fond de livres. Livres traitant de tous les sujets possibles et imaginables. 

Pour les jeunes d’aujourd’hui qui liront cette chronique, ils doivent savoir que la télévision existait déjà. Elle était en noir et blanc, bien sûr, et je n’avais pas le droit de regarder les « actualités ». Mon royaume d’enfant, c’était le Petit Manège Enchanté avec les « tournicotis — tournicotons » de Zébulon et Saturnin le petit canard. La série d’action, c’était « Zorro » avec le tonitruant sergent Garcia et le toujours souriant Diego de la Vega. Pour le reste, c’était au lit en compagnie de Nicolas et Pimprenelle et Ulysse le marchand de sable…  Rien de bien méchant, et surtout, rien qui ne vous détourne de la lecture.

Ignorance et citations

Première illustration de la puissance de l’ignorance. Voici une citation très célèbre. Elle est généralement attribuée au philosophe musulman Abû’ Walid Muhammad Ibn Rushd. Philosophe plus connu en occident sous le nom d’Averroès (1126-1198) :

« L’ignorance mène à la peur.
La peur mène à la haine.
La haine conduit à la violence.
Voilà, l’équation. »

Cette citation est généralement reprise en boucle sur internet. Elle va être une bonne illustration du danger qu’il y a à cultiver l’ignorance. Car, il y a les très beaux discours égrenés par les uns et les autres sur l’atroce guerre israélo-palestinienne. Guerre qui déverse chaque jour sa dose d’horreur sur les réseaux sociaux. Or, le fond du problème est toujours et a toujours été l’ignorance.

Seulement voilà, la question qui tue : cette citation est-elle bien attribuable à Averroès ? Si oui, il suffit, pour la valider, de l’accompagner du titre de l’ouvrage d’où elle a été tirée. Avec, bien sûr, l’année de parution et la ville dans laquelle a été imprimé le livre. Or, impossible de trouver un quelconque écrit d’Averroès où cette belle et juste analyse est présentée. Et, c’est à ce point précis qu’une petite clochette doit se mettre à raisonner dans votre tête. Citer une sommité historique sans donner la source exacte de sa citation, c’est fabriquer de l’ignorance. Il vaut mieux le savoir afin de ne pas passer pour un idiot, ou bien un crétin fini. 

Emmanuel Macron, toujours lui…

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à notre actuel président de la République. Cet idiot a cru bon de répondre aux accusations d’islamophobie. Accusations lancées le même jour par le quotidien britannique “The Financial Times“. Ainsi, dans sa lettre de réponse du 4 novembre 2020, il conclut pensant démontrer toute l’étendue de son immense culture :

« Car comme l’écrivait Averroès : l’ignorance mène à la peur. La peur mène à la haine. Et, la haine conduit à la violence ». 

Là, cela devient vraiment sérieux. Car, je rappelle, pour ceux qui l’ignorent encore, que M. Emmanuel Macron détient un pouvoir meurtrier énorme. Celui de pouvoir de déclencher, quand il le veut, un enfer nucléaire grâce à un simple coup de fil. Il vaut mieux donc qu’une personne disposant d’une puissance aussi démesurée soit un « sachant » et non un « ignorant ». Or, un vrai « sachant », comme je le suis, aurait évidemment donné une source précise et vérifiable. Toutefois, un véritable « ignorant », comme M. Macron, croit tout savoir. Il se contente donc de reprendre la citation. Et, de citer juste un nom, le plus illustre possible, pour étayer sa position.

Eh bien, je vous le donne en mille. Comme des millions d’internautes, peut-être avez-vous repris cette phrase dans votre fil d’actualité. Ce faisant, M. Macron a seulement démontré qu’il était un ignare de première classe. Un être fabricant à tour de bras de l’ignorance, comme d’autres impriment de la fausse monnaie. Et, dire que cet individu gouverne la France, une puissance nucléaire de calibre mondial. Voilà donc comment arrive la guerre chez vous, même si vous la rejetez de toutes vos forces. L’ignorance a fait son travail et il faut maintenant en payer le prix.

Fabrique de l’ignorance via le bouton “Partager”

J’aimerais donc bien que tous ceux qui liront cette chronique, comprennent ceci. Tout relais d’une information non sourcée de manière précise, fabrique de l’ignorance. Ignorance qui génère de la peur. Et, peur qui conduit à la haine et alimente toute forme de violence. Le mécanisme est redoutablement efficace et imparable. Une fois atteint un niveau critique d’ignorance, il devient difficile d’éviter la guerre, les larmes et le sang qui coule. Il aurait fallu travailler bien plus en amont en évitant de relayer des choses dont l’origine est douteuse.

Le pire, c’est qu’avec les réseaux sociaux et le fameux bouton « Partager ». Ici, fabriquer de l’ignorance est devenu très facile en quelques mouvements de doigts. On croit ainsi bien faire, alors que l’on démontre simplement que l’on est ignorant. Et, surtout, on laboure le terrain pour les vrais manipulateurs pervers. Ceux qui utilisent l’information pour alimenter la haine et la guerre un peu partout dans le monde. Libre à vous de participer, en tant qu’ignorant de base, à ces efforts de guerre insidieux et pervers.

La solution ? Être un « sachant » et non un « ignorant » en recherchant la source dans laquelle l’information a été publiée la première fois. Car, si l’information est bonne et valable, la source existe. Il ne peut pas en être autrement. Dans les milieux universitaires et/ou savants, on appelle cela « l’hygiène intellectuelle ». Un truc de base qui vous ridiculise à jamais. Si, d’aventure, vous vous aventurez sur ce terrain extrêmement glissant de la citation non sourcée.

Rechercher la source

Dans le cas présent, on a un lien très intime entre ignorance et guerre. Il ne m’a pas été vraiment très difficile de trouver une source. Et, on est très loin d’Averroès, philosophe musulman du XIIe siècle. Il fut considéré, vers la fin de sa vie, comme un hérétique. Aussi bien par les musulmans que par les chrétiens. Car, à l’époque, c’était la chrétienté qui était en guerre ouverte contre l’islam. Ainsi, après une minute de recherche sur Google, je suis tombé sur cet article de la revue « Philosophie Magazine ». Article qui révèle pot aux roses. selon le spécialiste de philosophie arabe Jean-Baptiste Brenet, voici la citation la plus ancienne. Celle qui se rapproche le plus de ce que l’on voit sur internet. On la trouve dans une édition de 1947 de « The Living Church », un magazine anglican. J’ai reproduit l’extrait en question avec son véritable contexte ci-dessous.

Guerre froide

Car, en 1947, l’inquiétude, c’est de voir surgir dans l’avenir un conflit nucléaire dévastateur entre les USA et l’URSS. On appelait cela « La guerre froide » avec une course au développement de l’arme nucléaire par les deux vainqueurs du nazisme. Tout le monde était inquiet. Et, comme à leur habitude, les autorités religieuses des deux camps faisaient tout pour calmer le jeu. D’où cette analyse très juste de cet engrenage infernal. Engrenage qui démarre avec l’ignorance et se termine toujours par une guerre meurtrière.

Comme l’explique très bien Jean-Baptiste Brenet, on retrouve en 1999, une variante dans la bouche de Maître Yoda. Le célèbre personnage de la fiction « Star Wars »  : « L’ignorance mène à la peur. La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la colère mène à la souffrance. » Le musicien de blues Daryl Davis recompose la formule dans sa conférence TED de 2017 : « L’ignorance nourrit la peur. Si nous ne contrôlons pas cette peur, elle nourrira la haine, car nous haïssons ce dont nous avons peur. Si nous ne contrôlons pas cette haine, elle nourrira la destruction. » La même année, le cinéaste Michael Moore reprend lui aussi l’expression à propos de Donald Trump : « Telle est l’équation américaine : […] Rendez les gens ignorants. L’ignorance mène à la peur, la peur à la haine. Trump connait bien cette partie de l’équation. Et, la haine conduit à la violence. »

Guerre dans le monde occidental

Pendant ce temps, notre abruti de service qui dispose du feu nucléaire, continue à citer Averroès. Si j’étais vous, je serais inquiet d’avoir confié les manettes de la France à un être aussi inculte et ignorant. Car, il m’a fallu à peine une minute pour trouver une source crédible à cette citation. Alors que je suis simple professeur honoraire à la retraite. Évidemment, quelques secondes auraient suffi, à un être sérieux disposant de tout un staff de communication au Palais de l’Élysée. Mais, non, il a choisi d’étaler son ignorance au grand jour, ridiculisant ainsi la France sur le plan international. Pour nous, personnes adeptes de l’hygiène intellectuelle, c’est à se taper la tête contre un mur.

Comment peut-on être aussi bête et fainéant à ce niveau du pouvoir ? Je vous laisse juge du niveau d’ignorance dans lequel se complaît notre société moderne occidentale. D’où la guerre, pour l’instant hors des USA et plutôt en Europe et au Proche-Orient. Mais, l’engrenage est implacable et, tôt ou tard, les USA doivent s’attendre à des retours de manivelles sur leur sol. Reste à savoir quand cela arrivera, sachant qu’entre-temps l’Europe aura déjà été totalement réduite à néant. Si cet avenir vous effraye vraiment, faites alors tout pour qu’il y ait moins d’ignorants et plus de sachants. Désamorçons la bombe pendant qu’il en est encore temps. Certains appellent cela un « éveil de la conscience ». Et, œuvrent sans relâche, comme je le fais ici depuis 2020 avec ces chroniques.

Manipuler l’information

Maintenant, vous êtes bien chauds et bien rodés. Vous savez que tout ce qui vient des médias ou du pouvoir en place, doit être pris avec des pincettes. Car, l’autre arme de l’ignorance, c’est la manipulation de l’information. Ici, le sujet est tellement sérieux qu’il mérite qu’on s’y arrête un moment. Comme toujours, une question simple, mais qui dérange : « Qu’est-ce qui fait que l’univers nous apparaît tel qu’il est ? ». Si vous ignorez comment répondre, c’est que vous êtes, bien sûr, ignorants.

Maintenant, vous pouvez allumer la télévision ou surfer sur internet. Certains qui prétendent savoir, les « pseudo-sachants », vous diront que c’est l’énergie par exemple. En vérité, pour certains, tout ne serait qu’énergie et celui qui maîtrise l’énergie, maîtrise le monde. Grâce à l’énergie, n’importe quelle maladie pourrait être guérie. Et, en général, pour bien appuyer, on retrouve toujours la même photo de l’ingénieur Serbe Nikola Tesla (1856-1943). Et, si cela ne suffit pas, on rajoute celle d’Albert Einstein (1879-1955). Qui, comme chacun le sait, était meilleur apiculteur que physicien. Toujours cette même fabrique de l’ignorance à l’œuvre. Qui conduit inlassablement tout peuple rêvant de paix et d’amour vers la guerre. Vous voulez des preuves ? Allons-y…

Équivalence masse-énergie

Par exemple, savez-vous qui le premier a évoqué que la masse puisse être de l’énergie ? Si vous dites : « Albert Einstein », vous venez, une fois de plus, d’étaler votre incommensurable ignorance. Car, le premier à évoquer cette possibilité fut Sir Isaac Newton, dès 1704, dans son fameux traité « Opticks ». Newton évoquait la possibilité que la matière se convertisse en lumière et réciproquement. “Un corps grave et la lumière ne sont-ils pas convertibles l’un dans l’autre ?”. L’idée n’avait donc vraiment rien de révolutionnaire en ce début du XXᵉ siècle. Elle a d’ailleurs été reprise à la fin du XIXᵉ siècle. Ceci pour clarifier les mystères des processus radioactifs, qui défiaient toutes les énergies connues à l’époque.

Ainsi, dans son livre, « Physique de l’éther » de 1875, le physicien anglais S. Tolver Preston suppose que la matière puisse être convertie en énergie. En 1903, l’industriel italien Olinto de Pretto propose que cette transformation soit régit par la formule E=mc² (De Pretto, O. (1904), “ Ipotesi dell’etere nella vita dell’universo ”, Reale Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti, Feb. 1904, tomo LXIII, parte II, pp 439-500). Dans son livre, “L’Évolution de la matière“, paru en 1905, le physicien et sociologue français Gustave Lebon (1841-1931) reprend l’idée. Il suppose que la désintégration totale de la matière en lumière fournit l’énergie cinétique ½mc² selon la formulation classique. Il fut aussi le premier à imaginer une bombe basée sur une telle désintégration.

Poincaré versus Einstein

Nous sommes maintenant en 1898. Dans un cours professé à la Sorbonne, reformulé en 1900 dans un mémoire oublié aujourd’hui. Le cours est intitulé « La théorie de Lorentz et le principe de l’action et de la réaction ». Le grand mathématicien français, Henri Poincaré, y tente de sauver le principe d’inertie. Il part d’un élément de volume renfermant une énergie électromagnétique dE. Alors, il démontre que le fluide électromagnétique doit être considéré comme doté d’une masse dm = dE/c². C’est de nouveau, l’équivalence énergie/matière de Newton reformulée mathématiquement par un très grand mathématicien. Puis, la même année arrive Albert Einstein, qui dans son troisième papier arrive au même résultat que Poincaré.

Mais, via une démonstration reconnue comme fausse aujourd’hui (Ives H. (1952) : “ Derivation of the mass energy relation ”, J. Opt. Soc. Americ. 42, 8, 540-543). Et, qui retient-on pour la découverte de cette équivalence énergie/matière ? Albert Einstein, celui qui a bricolé un raisonnement tautologique mathématiquement faux. Seuls quelques « originaux » font valoir que c’est bien Henri Poincaré, celui qui a raisonné juste, qui devrait être célébré. Quand je vous dis que l’ignorance est à l’œuvre partout, je ne plaisante pas. D’autant plus, que ce n’est pas le concept d’énergie qui fait fonctionner l’univers, mais bien le concept d’entropie. Concrètement, l’on parle toujours d’énergie et très rarement d’entropie. Ceci est une nouvelle preuve du fait que l’on croit savoir des choses. Alors qu’à vrai dire, on est profondément ignorant.

Radio, télévision et internet

Inutile de culpabiliser. Il est tout à fait normal de penser que l’on sait une multitude de choses. Alors qu’en vérité, on est ignorant. Ce qui est anormal, c’est de rester dans cet état-là passé la soixantaine. Car, à cet âge, on aurait dû avoir lu un grand nombre de livres comme je l’ai fait. Seul moyen de lutter de manière efficace contre l’ignorance. Et, je dis bien : « lire », pas écouter la radio, regarder la télévision ou surfer sur internet. Parce que, l’ignorance est tenace. Seule la lecture lente et méticuleuse sur du papier permet à l’esprit de faire la part des choses. Car, il y a ce qui est écrit et ce que l’on a dans sa tête.

Avec l’audio ou la vidéo, cela va beaucoup trop vite. Tout ce que le cerveau peut faire, c’est stocker sans chercher à comprendre. Afin de pouvoir, éventuellement, traiter plus tard. Seulement voilà, vous en remettez une nouvelle couche via internet toutes les heures. Puis, une autre couche, tous les soirs, via la télévision. Ceci fait que tout ce fatras ne pourra jamais être analysé sereinement et intelligemment par le cerveau. Vous devenez progressivement, sans vous en rendre compte, une personne qui sait beaucoup de choses. Mais, qui reste, au fond, un parfait ignorant.

Apprendre à apprendre

Aucun risque de ce côté-là avec la lecture. On peut arrêter de lire à tout moment pour réfléchir, méditer, analyser ce qui vient d’être lu. Ou bien, ce qui avait déjà été lu, et que la nouvelle lecture ramène à la surface. Un livre reste là, même s’il n’y a plus de courant électrique disponible. Le seul truc qu’il craint vraiment : c’est le feu. Mais, s’il y a réellement le feu chez vous, là, agissez très vite pour sauver le maximum de livres.

Je pense que vous commencez à comprendre le danger qui guette nos enfants ou nos petits-enfants. Ce danger, c’est de ne plus lire suffisamment. Bien sûr, ils le font encore très bien à l’école. Mais, pour combien de temps encore ? Le tout numérique, véhicule privilégié de l’ignorance, s’impose de nos jours partout et dès le plus jeune âge. Pour Noël, offrez des livres et pas des outils numériques. Ou bien alors, ne soyez pas outre mesure surpris si, un jour, une bombe éclate dans votre salon. Ou bien, que votre belle maison soit réduite en poussière par un bombardement.

Car, certains payent, aujourd’hui, la révolution numérique qui a débuté dans les années 80. C’est peut-être injuste, mais lorsque l’ignorance s’accumule, il faut bien passer à la caisse quelque part dans le monde. Et, comme toujours, c’est le plus précaire et le plus fragile qui passe en premier à l’abattoir. Mais, si l’on ne réagit pas, le plus stable et plus nanti devra aussi y passer tôt ou tard. Cela a été pendant des siècles. Et, persistera encore durant des siècles tant que l’être humain n’aura pas appris à apprendre. Bref, lutter contre l’ignorance à tout prix. 

Qu’est-ce que l’entropie ?

Allez, le sujet est tellement grave que je vais en mettre une seconde couche. Au départ, toujours une question simple : qu’est-ce que l’entropie ? Mais, attention, avant de répondre, réfléchissez bien et commencez par vérifier que vous n’êtes pas un ignorant qui s’ignore. Sachez aussi qu’il y a deux réponses possibles. La première se place dans le cadre de la physique classique. Une forme sophistiquée d’ignorance, mais extraordinairement utile et efficace pour les choses qui relèvent de la matière. L’autre réponse implique la physique dite « quantique ». Et, pour l’instant, en attendant mieux, c’est celle qui est la moins ignorante de la réalité des choses. Prêts ? Ainsi, voici ce que j’ai pu relever sur un site intitulé « Connaissance des énergies » :

« L’entropie est la dernière et la plus mystérieuse des cinq grandeurs physiques (température, pression, volume, énergie interne, entropie) définissant l’état d’un système thermodynamique, c’est-à-dire d’un ensemble matériel délimité capable d’échanger de la chaleur et du travail avec le milieu extérieur. »

Chaleur et travail

Vous voyez, le truc qui fait tourner tout l’univers, l’entropie, apparaît en toute dernière position. Et, on la qualifie de « mystérieuse ». Autre manière d’avouer que l’on est totalement ignorant sur la vraie nature de sa réalité physique. En vérité, la première définition de l’entropie est tout à fait correcte. Elle a été énoncée en 1865, par son inventeur, le physicien et mathématicien allemand Rudolf Julius Emanuel Clausius (1822-1888). C’était l’époque des machines à vapeur. Et, là, à une pression P donnée, toute variation de volume ∆V, correspondait à un travail mécanique ∆W = -P·∆V.

On savait également, qu’une machine à vapeur, ça chauffe. Et, que lors de tout transfert de chaleur ∆Q on pouvait produire un travail mécanique ∆W = k×∆Q. Ici, le facteur k est une constante empirique appelée « équivalent mécanique de la chaleur ». Sa valeur dépend des unités de mesures utilisées pour quantifier la quantité de travail W et quantité de chaleur Q. Cette constante était connue dès 1843. Grâce au travail du physicien, mathématicien et brasseur de bière britannique James Prescott Joule (1818-1889). Pour une chaleur mesurée en calories (cal), le travail en joule (J) était tel que 1 cal ≈ 4,18 J.

D’où l’idée géniale de Rudolf. Car, on sait que pression P et volume V sont liés par un travail W. D’où l’idée que la chaleur Q à une température T donnée, permet de produire, elle aussi, un travail,. Il devait donc exister une fonction d’état S, qu’il baptisa « entropie », telle que : ∆W = S·∆T.

Les deux principes de la thermodynamique

Vous voyez, il n’y a absolument aucun mystère là-dedans. On produit du travail. Et, pour avoir un traitement théorique symétrique entre pression et température, on introduit, à côté du volume, la notion d’entropie. Un pas de géant est ainsi accompli. Il va signer le démarrage de toute la révolution industrielle du XIXᵉ siècle. Celle qui allait changer à jamais la face de notre planète. Car, l’entropie, c’est du lourd. Au XXᵉ siècle, s’aperçoit que cela fait fonctionner, non seulement, les machines à vapeur, mais également toute cellule vivante. Ainsi que l’univers dans son entier.

C’est tout le sens des deux fameux principes de la thermodynamique. Principes énoncés de manière très synthétique dès 1865 par le brave Rudolf : « Die Energie der Welt bleibt konstant. Die Entropie der Welt strebt einem Maximum zu ». Pour ceux qui ne comprennent pas l’allemand, voici une traduction possible : « L’énergie de l’univers est constante. L’entropie de l’univers tend vers un maximum. » Par conséquent, le truc qui fait de vous un être vivant et conscient, apparaît en seconde position. Ceci pour des raisons purement historiques, Et, ici, de nouveau, entre en jeu le mécanisme pervers de croissance de l’ignorance. Parce que l’entropie est définie après l’énergie. Tous les ignorants en déduisent vaillamment que l’énergie est primordiale. Alors que l’entropie est un concept dérivé, secondaire, et donc de peu d’importance.

Théorème de Noether

À vrai dire, ce qu’il faut retenir, c’est que chaleur et travail sont des choses bien concrètes. En revanche, l’énergie est une notion purement intellectuelle. De fait, une explication scientifique de la notion d’énergie a toujours été étroitement liée à la notion de conservation. Car, dans tout mouvement, il est évident que des configurations spatiales changent. Et, ce qui change constamment déconcentre l’esprit humain. Le cerveau a donc toujours tendance à rechercher dans tout ce qui bouge quelque chose qui reste invariant.

La grande idée arrive au bout d’une centaine d’années de tâtonnements. Grâce au théorème de Noether, on comprend que l’énergie est la quantité conservée associée à la symétrie de translation temporelle. Fondamentalement, cela signifie que l’énergie n’est pas liée à notre monde physique. Mais, qu’il s’agit d’une chose mathématique totalement abstraite qui ne pourra jamais être mesurée. La seule chose que l’on pourra expérimenter et mesurer, est toujours une différence d’énergie entre deux états. Et, cette différence d’énergie se manifeste, soit sous forme de chaleur, soit sous la forme d’un travail.

Conclusion

Alors, considérons ce genre de citation :

« Si vous voulez trouver les secrets de l’univers, pensez en termes d’énergie, de fréquence, d’information et de vibration ».

Elle est généralement attribuée à Nikola Tesla, et j’y vois surtout une profonde ignorance. Tout d’abord, évidemment, aucune source précise et fiable. Cela commence à sentir mauvais. Ensuite, on mélange tout. Des choses purement abstraites (l’énergie) avec des choses bien concrètes (la vibration, la fréquence). Et, aussi, de l’information, concept relié à la notion d’entropie, et non à la notion d’énergie. Un tel niveau d’ignorance se propage, bien sûr, de manière virale sur internet. Et, je me dis que l’on n’a pas fini de se faire la guerre un peu partout dans le monde…

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Énergie : une hausse du prix du gaz en juillet 2024

La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a annoncé une augmentation de 11,7% en moyenne du prix du gaz en juillet 2024 par rapport au mois de juin. La CRE invite les consommateurs à comparer les offres disponibles pour optimiser au mieux leurs factures d’énergie.

Stratégie énergie et climat :  la PPE et la SNBC, des outils pour atteindre la neutralité carbone

En mars 2024, le Premier ministre a annoncé une prochaine consultation publique sur la stratégie énergie et climat de la France. La Commission nationale du débat public sera en charge d'organiser la concertation. Programmation pluriannuelle de l'énergie, stratégie nationale bas-carbone... Quels sont les outils pour atteindre la neutralité carbone ?

The European Parliament votes in favor of the EU's withdrawal from the Energy Charter Treaty (ECT).

24 avril 2024 à 13:08

The European Parliament has adopted by a large majority the proposal from the European Commission for the EU and Euratom to withdraw from the Energy Charter Treaty. This withdrawal can be officially notified after the final adoption of the proposal by the Council, in the coming weeks. And it will still take another year for it to become effective.

This decision marks a significant new step following the wave of withdrawal announcements from EU member states (Poland, Spain, the Netherlands, France, Slovenia, Germany, Luxembourg, Denmark, and Portugal) and the United Kingdom.

In practical terms, exiting the treaty means that new investments made in the energy sector (especially fossil fuels) will no longer be protected, which is excellent news. For investments made before the withdrawal date, which remain protected for 20 years, the EU is already planning to adopt an intra-european instrument to clarify that the Energy Charter Treaty (ECT) cannot apply to intra-European disputes. However, it should also prepare a parallel agreement with third countries leaving the ECT to neutralize the ECT's 20-year survival clause and thereby mitigate the risks of disputes.

Notes:

(1) Among these countries, 5 have officially notified their withdrawal. This withdrawal became effective for France, Germany, and Poland in December 2023. This will also be the case for Luxembourg in June 2024, for Slovenia in October 2024, and for Portugal in February 2025.

(2) The British government announced in February 2024 its upcoming withdrawal from the ECT after the failure of modernization efforts to align the agreement with a carbon neutrality trajectory. The Swiss government also indicated in November 2023 that it would consider withdrawal if modernization could not take place or if many EU member states left the ECT.

Le Parlement européen vote en faveur d'une sortie de l'UE du TCE

24 avril 2024 à 13:05

Le Parlement européen a adopté à une large majorité la proposition de la Commission européenne de sortie de l'UE et d'Euratom du Traité sur la Charte de l'Energie. Ce retrait pourra être officiellement notifié après l'adoption définitive de la proposition par le Conseil, dans les prochaines semaines. Et il faudra encore attendre une année pour qu'il devienne effectif.

Cette décision marque une nouvelle étape décisive après la vague d'annonces de retraits de la part de pays membres de l'UE (Pologne, Espagne, Pays Bas, France, Slovénie, Allemagne, Luxembourg, Danemark et Portugal) (1) et du Royaume-Uni (2).

Concrètement, la sortie du traité signifie que les nouveaux investissements réalisés dans le secteur énergétique (et en particulier fossile ne seront plus protégés) et cela constitue une excellente nouvelle. Pour les investissements réalisés avant la date de sortie qui restent protégés pendant 20 ans, l'UE prévoit déjà d'adopter un instrument intra européen pour préciser que le TCE ne peut s'appliquer pour des différends intra européens. Mais elle devrait aussi préparer un accord parallèle avec les Etats tiers qui sortiront du TCE pour neutraliser la clause de survie du TCE de 20 ans et atténuer ainsi les risques de litiges.

Notes :
(1) Parmi ces pays, 5 ont officiellement notifié leur retrait. Ce retrait est devenu effectif pour la France, l'Allemagne et la Pologne en décembre 2023. Ce sera aussi le cas pour le Luxembourg en juin 2024, pour la Slovénie en octobre 2024 et le Portugal, en février 2025.

(2) Le gouvernement britannique a annoncé en février 2024 sa sortie prochaine du TCE après l'échec de la modernisation pour aligner l'accord avec une trajectoire de neutralité carbone. Le Gouvernement Suisse a aussi fait savoir en novembre 2023, qu'il envisagerait une sortie si l'adoption de la modernisation ne pouvait avoir lieu ou si beaucoup d'Etats membres de l'UE quittaient le TCE.

« Pourquoi nous avons opté pour le chauffage en biomasse », Josiane Lei (maire d’Evian)

22 avril 2024 à 18:00

A Evian, petite commune de Haute-Savoie (74) peuplée de 9000 habitants, la municipalité s’efforce de développer le chauffage en biomasse pour préserver la planète, mais elle fait face à la défiance d’une partie de la population qui craint une pollution aux nanoparticules. Explications de la maire, Josiane Lei.

L’article « Pourquoi nous avons opté pour le chauffage en biomasse », Josiane Lei (maire d’Evian) est apparu en premier sur TheGood.

Nucléaire : À Flamanville, la farce de l’EPR se poursuit

22 avril 2024 à 15:25
Lors d’une réunion de la commission locale d’information le 12 avril, l’Autorité de sûreté nucléaire (l’ASN) a assuré pouvoir donner son feu vert à la mise en route du réacteur d’ici début mai. Pourtant, tous les problèmes techniques ne sont pas résolus.…

Les mesures exceptionnelles de lutte contre la hausse des prix de l'énergie

À partir du second semestre 2021, les prix de l'énergie ont augmenté avec la reprise économique mondiale post-covid. La hausse s’est accélérée au printemps 2022 en Europe, après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Pour protéger les entreprises et le pouvoir d'achat des ménages, des mesures exceptionnelles ont été prises. La Cour identifie un total de 25 dispositifs : bouclier tarifaire, remises sur les carburants... Si ces mesures ont pu protéger les consommateurs, elles ont eu un coût élevé pour les finances publiques. Le soutien public à la consommation de gaz et de carburants ont contrarié les objectifs de décarbonation. Pour la Cour, cette crise a révélé l'incapacité de l'État à réguler les prix de l'énergie sans un coût excessif pour le budget de l'État.

Loi du 11 avril 2024 visant à protéger le groupe Électricité de France d’un démembrement

18 avril 2024 à 16:42
La loi acte formellement la détention à 100% du capital d'EDF par l'État. Elle étend aussi au 1er février 2025 les tarifs réglementés de vente d'électricité (TRVe) à l'ensemble des petites communes et des très petites entreprises (TPE).

Les mesures exceptionnelles de lutte contre la hausse des prix de l'énergie

À partir du second semestre 2021, les prix de l'énergie ont augmenté avec la reprise économique mondiale post-covid. La hausse s’est accélérée au printemps 2022 en Europe, après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Pour protéger les entreprises et le pouvoir d'achat des ménages, des mesures exceptionnelles ont été prises. La Cour identifie un total de 25 dispositifs : bouclier tarifaire, remises sur les carburants... Si ces mesures ont pu protéger les consommateurs, elles ont eu un coût élevé pour les finances publiques. Le soutien public à la consommation de gaz et de carburants ont contrarié les objectifs de décarbonation. Pour la Cour, cette crise a révélé l'incapacité de l'État à réguler les prix de l'énergie sans un coût excessif pour le budget de l'État.

Contribution de l'Institut Veblen au dialogue de Sharm el Sheikh de la CCNUCC

31 mars 2024 à 10:09

La CCNUCC a lancé un appel à soumission dans le cadre du dialogue de Charm el-Cheikh sur les sujets à discuter lors des prochains workshops sur le champ d'application de l'article 2.1(c) de l'Accord de Paris (1). Sur la base des soumissions reçues, les présidents du dialogue décideront des sujets à aborder dans les quatre prochains ateliers de 2024-2025.

La contribution de l'Institut Veblen se concentre sur la nécessité de mettre fin à la protection des investissements dans les combustibles fossiles pour mettre les flux financiers en conformité avec l'article 2.1.c de l'Accord de Paris. La contribution souligne que les accords internationaux d'investissement actuels et le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États constituent des obstacles importants à l'atténuation du changement climatique et à l'adaptation à celui-ci. L'une des mesures nécessaires pour atteindre l'objectif de l'article 2.1 (c) est de sortir les investissements dans les combustibles fossiles de la liste des activités couvertes par la protection des investissements. C'est pourquoi cette question essentielle devrait être abordée dans le cadre du dialogue sur la CCNUCC à Charm el-Cheikh.

Note :
(1) Accord de Paris, article 2.1. (c) : “ Le présent Accord, en contribuant à la mise en œuvre de la Convention, notamment de son objectif, vise à renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté, notamment en : (...) c) Rendant les flux financiers compatibles avec un profil d'évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques”.

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Veblen Institute's submission to the UNFCCC Sharm el Sheikh dialogue

31 mars 2024 à 09:57

The UNFCCC launched a call for submission in the framework of the Sharm el-Sheikh dialogue on topics to be discussed in upcoming workshops on the scope of Article 2.1(c) of the Paris Agreement (1). Based on submissions received, the chairs of the dialogue will decide which topics to address in the following four workshops over 2024-2025.

The Veblen Institute's contribution focuses on ending fossil fuel investments protection to bring financial flows in line with Article 2.1(c) of the Paris Agreement. The contribution points out that current international investment agreements and the investor-state dispute settlement mechanism are significant obstacles to climate change mitigation and adaptation. One of the measures needed to achieve the objective of Article 2.1 (c) is to remove fossil fuel investments from the list of activities covered by investment protection as soon as possible. This is why this key issue should be addressed as part of the UNFCCC dialogue in Sharm el-Sheikh.

Note
(1) Paris Agreement, Article 2.1(c) : "This Agreement, in enhancing the implementation of the Convention, including its objective, aims to strengthen the global response to the threat of climate change, in the context of sustainable development and efforts to eradicate poverty, including by: (...) (c) Making finance flows consistent with a pathway towards low greenhouse gas emissions and climate-resilient development".

La 15e édition du Concours Cleantech Open France est ouverte

11 mars 2024 à 12:30

Le Cleantech Open France, dans sa 15e édition, continue d’être un tremplin essentiel pour les innovations dans le secteur des technologies propres, soutenant activement les startups et PME. À l’occasion de la Journée internationale des startups, focus sur cet événement qui s’annonce prometteur cette année encore.

En mettant en lumière les solutions environnementales avancées, le Cleantech Open France événement joue un rôle crucial dans l’accélération du développement durable et de l’économie verte, avec un écosystème de 600 startups alumni et 100 partenaires publics et privés. Les participants bénéficient ainsi d’une visibilité exceptionnelle, d’un accès à un réseau étendu de partenaires industriels et financiers, ainsi que de la possibilité de présenter leurs innovations sur la scène mondiale.

L’appel à candidature cette édition 2024 est ouvert jusqu’au 17 mai 2024 (Inscriptions ICI). La sélection des participants sera ensuite faite courant mai-juin par les experts de l’écosystème du Cleantech Open France et les finalistes des neuf filières clés seront annoncés en juillet. Ils seront invités à présenter leur projet à des experts du domaine en septembre lors de la finale et le gagnant pourra participer en présentiel ou en ligne au Cleantech Open Global Forum aux USA.

Neuf filières clés pour le Cleantech Open France 2024

Le Cleantech Open France cible neuf filières clés pour encourager les innovations dans le domaine des technologies propres. Ces secteurs incluent l’énergie, l’eau, les matériaux, la chimie verte, la mobilité, l’agriculture, la gestion des déchets, l’air, et l’habitat durable. Cette diversité reflète l’engagement du concours à soutenir un large éventail de solutions durables face aux défis environnementaux actuels.

L’édition 2023 du Cleantech Open France avait permis de sélectionner plus de 200 projets pour plus de 1500 évaluations. 80 jurés avaient ensuite départagé les 45 finalistes.

15e-edition-Concours-Cleantech-Open-france

CONFÉRENCE – ÉLECTRICITÉ : DÉBRANCHER LE MARCHÉ (ANNE DEBRÉGEAS & GWENAËL PLAGNE)

Après deux ans de forte hausse des prix de l’électricité (+40 % pour les particuliers, doublement en moyenne pour les entreprises et les administrations), la France et l’Union européenne sont en train de réformer le marché de cette source d’énergie indispensable. Au-delà des factures, c’est aussi le financement des investissements nécessaires pour le parc de production et l’avenir d’EDF qui sont en jeu. Or, la réforme en cours est bien moins rassurante que ce qu’annonce le gouvernement. Les prix continueront à fluctuer en fonction de la spéculation et le risque d’une plainte pour “concurrence déloyale” devant la Commission européenne n’est pas exclu. Par ailleurs, les menaces sur EDF restent nombreuses : projets risqués à l’étranger dont les coûts s’envolent, absence de souveraineté sur les turbines Arabelle rachetées à General Electric, concurrence des acteurs privés dans les énergies renouvelables… Alors que le gouvernement s’obstine à vouloir transformer ce bien public en un marché, syndicalistes et politiques se battent pour un vrai monopole public de l’énergie et des tarifs corrects pour tous les usagers. Une loi votée le 29 février à l’Assemblée nationale est un premier pas en ce sens. Après cette première victoire, comment transformer l’essai ?

Pour comprendre ces enjeux, Le Vent Se Lève recevait le 11 mars dernier à la Bourse du Travail de Paris deux syndicalistes spécialistes de ces questions : Anne Debrégeas, syndicaliste SUD Energie et économiste spécialiste du marché de l’électricité et Gwenaël Plagne, syndicaliste FNME-CGT et secrétaire du CSE-C d’EDF. La conférence était animée par William Bouchardon, directeur de la rubrique économie.

Importations de gaz de schiste en Europe : nouvelle dépendance létale pour le climat

L’année 2023 s’est terminée avec la COP28 de Dubaï, dont l’une des lignes directrices principales était la sortie des énergies fossiles. Cet objectif est contrecarré les importations croissantes de gaz de schiste en Europe – sous la forme de Gaz naturel liquéfié (GNL) -, en pleine expansion depuis le conflit ukrainien. Sa nocivité climatique concurrence celle du charbon. Tandis qu’une série d’acteurs privés, notamment américains, s’enrichissent par ces ventes, l’Union européenne multiplie les renoncements en matière de transition énergétique.

Article originellement publié sur le site de notre partenaire Lava Media.

Il était une fois l’histoire d’une énergie fossile trop chère et jugée incompatible avec les objectifs climatiques mais qui, en l’espace de quelques années, est devenue une énergie d’avenir. À tel point qu’on signe des contrats d’importation sur trente ans à plusieurs milliards d’euros. Ce récit est celui du gaz de schiste des États-Unis – qui établit à quel leur hégémonie sur le Vieux continent constitue une menace pour le climat.

En réalité, ce pays est assez pauvre en gaz naturel « facile » à trouver dans le sol, celui qu’on appelle conventionnel. Par contre, il possède d’importantes réserves de gaz plus difficile à extraire, et donc beaucoup plus cher, que l’on nomme non conventionnel, et dont le plus connu est le gaz de schiste. Celui-ci nécessite l’utilisation de technologies lourdes comme la fracturation hydraulique pour fissurer les roches de schiste dans lesquelles le gaz est contenu.

Lors de la fracturation de la roche visant à extraire le gaz de schiste, des pertes de méthane – au pouvoir de réchauffement global 25 fois plus important que le CO2 – sont fréquentes.

À partir des années 70, le gaz de schiste a commencé à être extrait par quelques petites compagnies qui osaient investir dans cette exploitation risquée. Cette production, restée marginale aux États-Unis jusqu’au début des années 2000, a connu un véritable essor en 2008 grâce à Wall Street. Pour éteindre l’incendie de la crise des subprimes, une politique de quantitative easing consistant à inonder l’économie américaine de millier de milliards de dollars a été rapidement mise en place. Cet argent « gratuit » à disposition des entreprises a permis au privé d’investir massivement dans des technologies jugées risquées, comme celles de l’exploitation du gaz de schiste.

Choc des empires et crise climatique

Ainsi, les États-Unis sont passés de plus gros pays importateur de gaz à l’autosuffisance en la matière, grâce à une production de gaz de schiste qui a été multipliée par 12 entre les années 2000 et 2010. Sans cet argent facile octroyé par l’État, l’essor de cette exploitation fossile n’aurait sans doute pas eu lieu. Ayant produit du gaz en surplus par rapport à leurs besoins domestiques, les États-Unis ont cherché à l’exporter. Mais ils ont été confrontés à trois problèmes de taille. Le premier réside dans le prix plus élevé du gaz de schiste sur le marché par rapport au gaz conventionnel. Le deuxième, dans la mauvaise presse au plan climatique et environnemental qui accompagne cette énergie. Le troisième, les contraintes en termes de transport.

Acheminer du gaz depuis les puits du Texas jusqu’à nos logements : tel fut le premier défi à relever. Le moyen de transport le plus simple et donc le moins cher est de garder cette énergie sous forme de gaz et de la déplacer par d’immenses gazoducs. C’est de cette manière que le gaz russe était importé en Europe – notamment via Nord Stream, saboté en septembre 2022. Les gazoducs ne nécessitent pas d’infrastructure de transformation majeure entre la production et la consommation, le gaz naturel une fois importé pouvant être directement introduit dans le réseau.

L’autre technologie de transport est celle du Gaz naturel liquéfié (GNL) qui consiste à refroidir et compresser le gaz naturel pour le rendre liquide. Ensuite, il est embarqué dans des bateaux spécialisés – méthaniers – jusqu’au client pour y être décompressé et injecté dans le réseau de distribution. Contrairement aux gazoducs, le GNL peut donc être transporté dans le monde entier. La contrainte est de disposer de terminaux de compression et décompression du gaz aux points de départ et d’arrivée et de méthaniers. Ce qui ne compte pas pour rien dans la facture du GNL, puisqu’il n’existe pas de gazoduc qui traverse l’Atlantique ou encore le Pacifique. La solution était donc d’utiliser le GNL pour les exportations de gaz étasunien en développant des terminaux sur les côtes.

La deuxième épine dans les pieds pour vendre ce GNL est d’ordre environnemental et climatique : l’impact en la matière du gaz de schiste est bien documenté par de nombreuses recherches scientifiques et ONG. La fracturation hydraulique nécessite en effet l’utilisation d’une grande quantité d’eau ainsi que de produits chimiques. Elle cause des pollutions majeures au niveau des nappes phréatiques et des écosystèmes marins. L’exploitation de gaz de schiste va même jusqu’à provoquer des séismes. Ces phénomènes ont déjà des effets concrets sur la santé de milliers d’individus.

C’est par exemple le cas pour les 420.000 personnes exposées aux émissions toxiques des forages de gaz de schiste de TotalEnergies au Texas. Les habitants s’organisent depuis des années contre la mise en place de puits de forage à quelques mètres de crèches et d’écoles publiques qui provoquent de nombreux symptômes de vertiges, maux de têtes ou encore saignements de nez. En plus des impacts environnementaux, l’exploitation du gaz de schiste accroît le réchauffement climatique. Lors de la fracturation de la roche, des pertes de méthane – gaz à effet de serre au pouvoir de réchauffement global 25 fois plus important que le CO2 – sont fréquentes. Que l’on ajoute à cela la quantité d’énergie nécessaire à l’extraction de ce gaz, et l’on pourra estimer qu’il est jusqu’à deux fois plus néfaste que le gaz conventionnel. Au point d’avoir un impact climatique… plus mauvais encore que le charbon.

L’abandon de cette énergie fossile avait été érigée en priorité par la COP28. C’est une grande victoire des producteurs de gaz – et donc des États-Unis – d’avoir fait reconnaître le gaz comme une « énergie de transition » pour remplacer le charbon. « L’expert » en énergie de Bloomberg, Javier Blas, avait déclaré, euphorique : « Ne parlons plus de Gaz naturel liquifié mais bien de Carburant liquifié de transition ». Les mots sont fleuris, mais la réalité demeure : si le GNL est une énergie de transition, celle-ci nous achemine vers des énergies plus polluantes que les précédentes.

Malgré son impact climatique et environnemental désastreux, les profits gigantesques qu’engendre à présent le gaz de schiste pour les producteurs américains justifient son exploitation croissante. Une trajectoire en rupture complète avec les impératifs de transition climatique, qui nécessiterait de cesser net tout investissement dans les énergies fossiles, si l’on en croit l’Agence internationale de l’énergie (IEA). La même agence signale que dès 2030, les États-Unis à eux seuls seraient responsables du dépassement des volumes mondiaux de GNL estimés acceptables dans les scénarios permettant de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C…

Il restait aux producteurs à trouver un client fidèle pour ce gaz. Or, les acheteurs européens ne voulaient pas de cette énergie plus chère que le gaz issus de Norvège ou de Russie – à l’image environnementale désastreuse qui plus est. Ce, avant le 24 février 2022…

Nouvelle ruée vers l’or pour les géants du gaz

L’Europe est fortement dépendante pour son approvisionnement en gaz. En 2021, elle importait 83% de son gaz naturel. Jusqu’en 2021, ses importations étaient issues pour près de la moitié de Russie. Ce choix était notamment justifié par le faible coût de ce gaz abondant et acheminé par gazoduc. De son côté, Gazprom, la compagnie publique russe qui a le monopole sur les exportations de gaz, effectuait un lobbying intense auprès des autorités européennes. À titre d’exemple, l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder avait été engagé comme représentant de commerce par l’entreprise russe…

Le 24 février 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie devait brutalement mettre fin à cette configuration. Les Européens ont alors tenté de se passer au plus vite du gaz russe. Ainsi, en novembre 2022, la part d’importation de Russie du gaz européen n’était plus que de 12,9%, alors qu’elle était de 51,9% une année plus tôt. Si près de 40% de l’approvisionnement en gaz était manquant sans qu’aucune pénurie significative fasse son apparition, c’est qu’une autre source avait remplacé la précédente… Les États-Unis et leurs compagnies gazières sont les premiers profiteurs, et de loin. Comme l’explique un article du magazine Forbes, les exportations de gaz des États-Unis vers l’UE sont devenues une nouvelle ruée vers l’or. Ainsi, entre 2021 et 2022, les exportations de gaz des États-Unis vers l’Europe ont augmenté de 119%, faisant de l’Europe le premier marché d’exportation.

Cette hausse s’est poursuivie en 2023. Cette nouvelle donne constitue une victoire pour les géants du gaz américain. Depuis plusieurs années, les autorités américaines font pression pour ouvrir le marché européen à leurs exportations. D’abord en soutenant la libéralisation du marché du gaz européen pour casser les contrats d’approvisionnement à long terme avec la Russie ou la Norvège. Ensuite, sous Donald Trump puis Joe Biden, en sanctionnant les entreprises qui participaient à la construction de nouveaux gazoducs reliant la Russie à l’UE. La diplomatie américaine a été particulièrement active, notamment en Europe de l’Est, pour retourner la situation en sa faveur.

Autre manifestation de ce lobbying : lors du huitième Conseil de l’énergie entre les États-Unis et la Commission Européenne en 2018, son président Jean-Claude Juncker avait convenu avec Donald Trump de renforcer la coopération stratégique entre les deux parties en matière énergétique. L’objectif étant d’accroître les importations de GNL au nom de la sécurité énergétique européenne.

L’Europe, de son côté, encouragée par les géants du secteur et par les États-Unis, y a vu une échappatoire à la crise du gaz russe. En développant de nouveaux terminaux de GNL dans ses ports, elle escomptait réceptionner du gaz issu du reste du monde. Le plan REPowerEU, réponse de l’UE à la crise du gaz, prévoit un financement d’environ 10 milliards d’euros pour les infrastructures gazières. Alors qu’il existait 38 terminaux de GNL en Europe en 2021, huit nouveaux terminaux de gaz liquéfié sont aujourd’hui en cours de construction et 38 autres ont été proposés.

Le plan REPowerEU – réponse de l’UE à la crise du gaz – prévoit un financement d’environ 10 milliards d’euros pour les infrastructures gazières. Cela équivaut à doubler la capacité d’importation européenne. L’explosion de la demande de GNL alimente aussi les investissements du côté des producteurs. Les experts du secteur estiment que la demande de gaz européenne explique à elle seule l’ensemble de la croissance mondiale des investissements dans la production de GNL.

Volte-face anti-écologiste de l’Union européenne

Pour justifier ces investissements, l’Union européenne avance l’impératif de la sécurité des approvisionnements. Ces nouveaux terminaux seraient nécessaires pour ne pas manquer de gaz en cas de coupure complète des approvisionnements russes. On peut émettre des doutes sur ce récit. Tout d’abord, les terminaux européens actuels ne sont utilisés qu’à hauteur de 60% de leur capacité – il y a donc une marge très large pour accueillir de nouvelles cargaisons de gaz si nécessaires. Si l’Europe respecte ses engagements climatiques, les besoins gaziers, y compris en GNL, devraient commencer à baisser dès 2024, même en tenant compte d’une interruption complète des importations russes. Le risque est donc grand que ces infrastructures soient très au-dessus des capacités effectivement nécessaires.

Suite à la guerre en Ukraine, le prix du gaz a été multiplié par dix par rapport au niveau moyen des années précédentes. Vendre du gaz américain en Europe est ainsi devenu incroyablement rentable.

Les entreprises gazières profitent de la situation de crise pour faire approuver en urgence des investissements collectivement inutiles et qui risquent ensuite d’enfermer le continent dans une dépendance longue vis-à-vis d’une source d’énergie polluante. D’ailleurs, toujours au nom de cette crise, plusieurs pays européens ont signé des contrats d’approvisionnement en GNL américain sur 25, voire sur 30 ans. C’est donc au-delà de 2050, date à laquelle nous devrions être complètement sortis des énergies fossiles pour respecter les objectifs climatiques…

Tous les scrupules environnementaux sur le gaz de schiste semblent s’être évanouis. Le 28 février 2022, soit 4 jours après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Robert Habeck, Vice-chancelier de l’Allemagne déclarait encore fièrement dans la presse : « Il y a différents fournisseurs [de gaz], cela ne doit pas être les États-Unis […] L’UE va se fournir en gaz naturel ailleurs dans le monde, on ne veut pas du gaz issue de la fracturation hydraulique des États-Unis ». Les convictions du Vice-Chancelier n’auront pas survécu six mois. Le 16 août, il annonçait la signature d’un mémorandum pour maximiser l’utilisation des capacités d’importations de GNL du pays…

Les États-Unis récoltent les fruits de leur politique et se repeignent alors en sauveurs. Alors qu’il participait à un sommet de l’UE à Bruxelles en mars 2022, le président américain Joe Biden a annoncé que 15 milliards de mètres cubes de GNL étasunien, devenu entre-temps le Freedom gas, seraient livrés à l’UE pour l’aider à remplacer le gaz russe. Les États-Unis et l’Union européenne ont lancé une « task force commune sur la sécurité énergétique ». Un extrait des textes communs donne une idée des objectifs :

La Commission européenne « travaillera avec les États membres de l’UE pour garantir une demande stable de GNL américain supplémentaire jusqu’en 2030 au moins ». Pour s’assurer de la fidélité de ce nouveau client modèle, les États-Unis ont aussi lancé en novembre 2023 un nouveau train de sanctions, visant les exportations de GNL russe, qui représentent toujours 12% des importations de GNL de l’Europe. Ces sanctions seront même soutenues par l’Union européenne.

Ainsi, l’Union européenne substitue en catastrophe sa dépendance au gaz russe à une autre, aux conséquences environnementales et sociales dramatiques. Ce choix n’est pas le fruit du hasard, ou de la main invisible du marché, mais bien d’un lobbying intense, d’une stratégie en cours depuis une vingtaine d’années. Les États-Unis tirent profit de l’isolement de la Russie et du contexte de nouvelle guerre froide pour inonder le monde avec leur gaz de schiste. Cette nouvelle ruée vers l’or les pousse à développer de manière faramineuse leurs capacités de production de gaz de schiste. Au point qu’ils prévoient de tripler leurs capacités d’exportations d’2030 et ainsi d’écraser la concurrence mondiale…

Ces importations de gaz de schiste se font au prix fort, et ce sont les plus pauvres qui en paient la facture. Suite à la libéralisation du marché du gaz, son prix d’achat est maintenant fixé par les bourses. Or, la guerre en Ukraine en a fait exploser les cours. Le prix du gaz a été multiplié par dix par rapport au niveau moyen des années précédentes. Vendre du gaz américain en Europe est ainsi devenu incroyablement rentable. Au pic de la crise, chaque bateau rempli de gaz des États-Unis traversant l’Atlantique pour vendre sa cargaison en Europe rapportait entre 80 et 100 millions de dollars à son propriétaire. 850 bateaux ont fait cette traversée en 2022. De l’or en barre pour les vendeurs de gaz, dont les coûts de production n’ont pas augmenté, mais qui ont pu écouler leur GNL en Europe à un prix bien plus élevé qu’aux États-Unis. Début 2024, les prix européens du gaz restent quatre fois au-dessus du prix américain.

En Europe, la facture mensuelle des importations de gaz est passée d’environ 5 milliard d’euros par mois en 2019 à près de 27 milliards en 2022 au pic de la crise et 12 milliards aujourd’hui. Bien sûr, tous les fournisseurs de gaz à l’Europe en ont profité, de la Norvège au Qatar, en passant par la Russie. Mais avec le tarissement des exportations russes et la montée du GNL américain, les États-Unis se profilent comme le premier profiteur de cette hausse des prix.

Ces profits alimentent la machine du secteur pétrolier. Jusqu’il y a une dizaine d’années, de nombreux experts gaziers estimaient que cette technologie n’avait pas d’avenir, en raison de son bilan environnemental, mais aussi de son coût, plus élevé que celui des forages traditionnels. Ce n’est plus vrai aujourd’hui : la demande renouvelée alimente des prix élevés à l’exportation, tandis que les technologies se sont standardisées et améliorées, faisant baisser fortement les coûts de production du gaz de schiste. Par le jeu des fusions et acquisitions, les plus petites entreprises qui avaient commencé l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis et qui deviennent aujourd’hui très rentables se sont muées en nouveaux géants du secteur, comme ConocoPhillips. D’autres ont été rachetées par les géants « traditionnels » comme ExxonMobil ou Chevron. La production de gaz de schiste représente maintenant un lobby puissant, qui fait pression sur l’administration Biden pour accélérer les procédures d’autorisation de construction de nouveaux puits et de nouveaux terminaux de GNL pour exporter le gaz produit.

Gestion publique, paix et coopération internationale

L’histoire du gaz de schiste américain est une nouvelle démonstration de la contradiction profonde entre le mode de production dominant et les intérêts de la vaste majorité de la planète. Que ce soit l’on parle des travailleurs américains – qui financent par leurs impôts l’exploitation de cette énergie fossile à la place du renouvelable, et en subissent les conséquences environnementales – ou européens forcés de payer des factures hors de prix, les antagonismes d’intérêts sautent aux yeux. Tant que l’une des deux sources fondamentales de développement de nos économies, à savoir l’énergie, sera pilotée par logique de profit à court-terme d’une poignée de multinationales, toute transition énergétique et climatique digne de ce nom peut être renvoyée aux oubliettes. Comme ne cessent de le répéter les climatologues, chaque dixième de degré compte. Dès lors, chaque dixième de dépendance en moins aux énergies fossiles aussi.

De même, le défi climatique à relever est en contradiction directe avec l’évolution impérialiste des relations internationales. Les scénarios du GIEC qui permettent de limiter le plus possible le réchauffement climatique se basent sur des choix de société basés sur une très forte coopération internationale. Or la paix, condition nécessaire avant de pouvoir coopérer, est sans cesse mise à mal par les intérêts des grandes puissances. Les milliards qui vont dans la guerre ne vont pas dans le climat. Les conflits et leur renforcement sous couvert d’intérêts économiques ne font que retarder la transition climatique nécessaire et servent de prétexte pour les géants du gaz et du pétrole.

Amorcer une politique mondiale de lutte contre le changement climatique et ses conséquences implique de mettre fin à l’hypocrisie des classes dominantes des pays du Nord, sans cesse mise en lumière lors des différentes COP. Partage des technologies de transition sans brevets, vente d’éoliennes et de panneaux solaires et non d’énergies fossiles et d’armes : telle devrait être la nouvelle ligne directrice des relations internationales. L’Europe ne pourra porter un modèle de transitions qu’en remplaçant sa dépendance à l’agenda des États-Unis par une gestion publique de l’énergie qui planifie la transition – et par une diplomatie indépendante, qui promeut la coopération internationale.

5 applications innovantes des algues pour sauver notre planète !

Par : Danny
19 février 2024 à 13:42

Dans la lutte constante pour préserver notre planète, une ressource souvent négligée pourrait jouer un rôle crucial : les algues. Ces plantes marines, riches en nutriments essentiels et polyvalentes dans leur utilisation, offrent une multitude de possibilités pour aider à résoudre certains des plus grands défis auxquels notre monde est confronté. Voici cinq façons uniques dont les algues pourraient contribuer à sauver notre planète :

  1. Alimentation et Santé : Les algues ne sont pas seulement un ingrédient de sushi exquis. Leur richesse en antioxydants, en acides gras sains et en minéraux en fait un aliment précieux pour la santé. Des études montrent même qu’elles peuvent contribuer à la perte de poids en supprimant l’appétit. Intégrer les algues dans notre alimentation pourrait non seulement améliorer notre santé individuelle, mais aussi contribuer à réduire la pollution en changeant nos habitudes alimentaires. Se supplémenter en spiruline par exemple, est rentré dans les habitudes de certaines personnes.

  2. Engrais Naturel : En plus de leur valeur nutritive pour les humains, les algues servent également de fertilisants naturels. Leur utilisation peut revitaliser les terres épuisées par l’agriculture intensive ou l’industrie lourde. De plus, elles agissent comme des pesticides naturels et des répulsifs contre les insectes, offrant une alternative plus respectueuse de l’environnement aux produits chimiques agricoles nocifs.

  3. Produits de Beauté et de Bien-Être : Les bienfaits des algues ne se limitent pas à l’alimentation. Leur utilisation dans les produits de beauté et de bien-être est en plein essor en raison de leur capacité à purifier la peau, à réguler la production de sébum et à promouvoir une peau saine et éclatante. De plus, les algues peuvent être utilisées dans des traitements thérapeutiques pour leurs propriétés curatives et détoxifiantes.

  4. Médicaments Naturels : Les communautés autochtones du monde entier utilisent les algues depuis des siècles à des fins médicinales en raison de leurs propriétés antibiotiques, antivirales et antifongiques. Leur teneur élevée en iode peut également stimuler le métabolisme et offrir une protection potentielle contre des maladies telles que la maladie d’Alzheimer.  

  5. Carburant Alternatif : Les algues pourraient également jouer un rôle crucial dans la transition vers des sources d’énergie plus durables. Leur capacité à produire des biocarburants pourrait réduire la dépendance aux combustibles fossiles et aider à atténuer le changement climatique. Des recherches sont déjà en cours pour explorer cette possibilité, avec des entreprises en Californie qui produisent déjà du biocarburant à partir d’algues.

En conclusion, les algues offrent un potentiel inexploité pour aider à résoudre certains des défis les plus pressants auxquels notre monde est confronté. Que ce soit dans notre assiette, en complément alimentaire, dans nos jardins, sur notre peau ou dans nos réservoirs de carburant, leur utilisation créative et innovante pourrait contribuer à façonner un avenir plus durable pour tous.

Danny Marquis

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Le point aveugle de Jean-Marc Jancovici

Vulgarisateur de grand talent, Jean-Marc Jancovici dispose d’une expertise notable en matière d’énergie – quoique discutable sur certains points – dont on ne peut qu’apprécier la technicité. Sous couvert d’objectivité scientifique, il s’aventure sur le terrain politique, multipliant les affirmations toutes plus contestables les une que les autres. Dans le monde de Jean-Marc Jancovici, les rapports sociaux n’existent pas. C’est la pénurie énergétique – et non le néolibéralisme – qui explique la récession, la hausse des inégalités et de la pauvreté. Le mode de production capitaliste est un horizon indépassable. Refusant de l’incriminer pour expliquer le désastre environnemental, Jean-Marc Jancovici lui trouve un autre responsable : le striatum, cette partie de notre cerveau influencée par la dopamine et associée à la prise de décisions… Recension de sa bande dessinée Un monde sans fin et analyse de ses dernières prises de position médiatiques.

NDLR : Cette analyse est publiée en deux parties. Celle-ci traite des aspects socio-économiques et politiques, tandis que la précédente examinait les aspects purement techniques des interventions de Jean-Marc Jancovici – laissant volontairement de côté la question du nucléaire.

Jean-Marc Jancovici n’a pas tort lorsqu’il souligne l’importance de l’énergie, impensé majeur de la science économique néoclassique. Mais il tend à tomber dans le travers inverse en voulant tout expliquer par un prisme énergétique (fossile). Page 88 de sa bande dessinée, il fait intervenir un économiste pour énoncer, graphique à l’appui, que « les humains sont devenus secondaires dans l’Histoire aujourd’hui ! La production économique varie exactement comme l’énergie ».

Découplage des émissions et tropisme énergétique

Pourtant, corrélation ne veut pas dire causalité, en particulier en sciences sociales. Est-ce la variation de la consommation d’énergie qui explique la croissance du PIB, l’inverse, ou la relation est-elle plus complexe ? Sur cette question, la littérature économique est abondante et non conclusive.

Pour Jean-Marc Jancovici, les chocs pétroliers de 1973 et 1979 marquent « l’arrêt d’un monde en expansion rapide » (page 41), bien que le PIB mondial ait continué de s’accroître à un rythme soutenu. Depuis 1973, la consommation de pétrole mondial a augmenté de 70 %. Les chocs pétroliers, expliqués exclusivement par des données géologiques dans la bande dessinée, découlent également de choix géopolitiques.

En particulier, la montée en puissance de l’OPEP, qui s’inscrit dans la prolongation du mouvement de décolonisation, signe la fin progressive de la mainmise des investisseurs étrangers sur le niveau de production et les prix. Le premier choc résulte d’un embargo de l’OPEP contre les pays soutenant Israël dans la guerre avec l’Égypte et de la hausse du posted price du baril pour compenser dix ans d’érosion du prix par l’inflation et la dévaluation du dollar. Le second « choc » éclate avec la révolution iranienne qui provoque une chute modeste de la production (-4 %) et un doublement du prix. Les tensions vont se prolonger avec le début de la guerre Iran-Irak.

Le prisme énergétique n’explique pas tout. La mondialisation avec ses porte-conteneurs démarre réellement après les chocs pétroliers et ce que Jean-Marc Jancovici nomme « l’arrêt d’un monde en expansion rapide ».

Si ces chocs pétroliers et le pic de production de pétrole conventionnel états-unien survenu quelques années auparavant expliquent en partie la fin des Trente glorieuses, il ne faudrait pas faire l’impasse sur d’autres facteurs. La science économique classique et orthodoxe pointe du doigt la fin des accords de Bretton-Woods et la dévaluation du dollar suite à l’abandon de la convertibilité en or en 1971. Cette décision découle de l’effondrement de la balance commerciale américaine, en grande partie causé par la compétitivité accrue des économies européennes et asiatiques. Le changement de politique monétaire des banques centrales, dont la hausse brutale des taux d’intérêt de la FED, explique également la récession.

Plus fondamentalement, pour les économistes hétérodoxes, la fin des Trente glorieuses découle des contradictions internes du mode de gestion capitaliste hérité de l’après-guerre, qui a fini par provoquer une forte inflation et l’érosion des marges des entreprises. C’est pour restaurer le taux de profit du capital qu’on va voir apparaître le mode de gestion néolibéral de l’économie, avec une politique de compression des salaires, de délocalisation de la production, de la privatisation de pans entiers du secteur public, de la financiarisation de l’économie et de la dérégulation des marchés. Autrement dit, le prisme énergétique n’explique pas tout. La mondialisation avec ses porte-conteneurs de 400 mètres de long démarre réellement après les chocs pétroliers, et ce que Jean-Marc Jancovici identifie comme « l’arrêt d’un monde en expansion rapide ».

Le polytechnicien attribue la crise des subprimes à la chute de la consommation de pétrole par habitant survenue en 2006 (page 90). Mais cette année marque également le retournement du marché immobilier américain provoqué, en grande partie, par le relèvement brutal des taux d’intérêt de la FED. Les répercussions massives de cette crise s’expliquent avant tout par la titrisation de la finance et la dérégulation bancaire.

Son tropisme énergétique conduit le président du Shift Project à produire deux discours problématiques. Le premier consiste à affirmer l’impossibilité du découplage entre les émissions de gaz à effet de serre et le PIB. S’il estime que la croissance verte est une contradiction dans les termes, force est de constater que la consommation d’énergie n’est pas intégralement corrélée aux émissions de gaz à effets de serre. Réduire les émissions de méthane des champs de gaz serait par exemple bénéfique pour la croissance, mais mauvais pour les profits des exploitants.

Empiriquement, on observe un découplage significatif des émissions de gaz à effet de serre avec le PIB dans de nombreux pays développés, même en prenant en compte les émissions importées. C’est ce qu’affirme une étude de Carbone 4, le cabinet de conseil fondé par Jean-Marc Jancovici. Le problème est que ce découplage ne concerne que les émissions de gaz à effet de serre (pas les autres pressions sur la nature et l’environnement), qu’il reste partiel et s’effectue trop lentement.

Tenir un discours nuancé reconnaissant l’existence d’un découplage limité permet d’éviter d’entretenir un fatalisme décourageant. Avec ses simplifications (compréhensibles dans le cadre d’une bande dessinée de vulgarisation), Jancovici risque d’imposer l’idée que les ENR représentent une perte de temps et la décarbonation de l’économie une entreprise vaine. Or, en matière de climat, chaque tonne de CO2 évitée compte.

Seconde conséquence de son monodéterminisme énergétique : les autres facteurs permettant de comprendre – et résoudre – la crise climatique sont éludés. Parmi eux, les rapports sociaux.

Un monde sans rapports sociaux 

L’énergie permettrait de tout expliquer ou presque : de l’apparition de la démocratie à l’instauration de notre modèle social en passant par l’accroissement des divorces (page 75).

Page 48, on apprend « qu’au début de la révolution industrielle, en 1800, l’espérance de vie est d’un peu moins de trente ans ». Le chiffre est plus proche de quarante ans, la France ayant connu un premier gain de près dix ans entre 1780 et 1805, malgré les récoltes difficiles et les guerres, grâce à la généralisation de certains vaccins.

En 1801 « La Grande-Bretagne, avec une population presque trois fois inférieure, a une production trois fois supérieure à celle de la France » (page 85). Jancovici semble attribuer cette différence à des facteurs énergétiques. En réalité, la meilleure productivité britannique s’explique d’abord par un régime de propriété agraire différent – et ce depuis le XIIIe siècle. En Grande-Bretagne, les lords ne prélevaient pas directement l’impôt sur leurs domaines, mais louaient leurs parcelles aux paysans. Ce système incitait les agriculteurs à produire davantage de surplus qu’un régime à la française, puisque le loyer ne dépendait pas directement de la production. Les baux étaient fréquemment renouvelés et soumis aux offres sur un marché, ce qui contraignait les paysans à accroître sans cesse leur productivité. Le mouvement des enclosures élargit peu à peu le système de rente concurrentielle établi par les beaux, tandis que des lois comme le Vagrancy Act criminalisent le braconnage ou le fait de « refuser de travailler pour un salaire d’usage ».

Attribuer les congés payés à l’abondance énergétique constitue un raccourci curieux (…) Les États-Unis n’ont pas de congés payés obligatoires alors que le pays a baigné plus que tout autre dans le pétrole bon marché.

Ce capitalisme agraire, qui se développe principalement entre le XVe et XVIIIe siècle non sans de nombreuses violences et luttes sociales, va permettre des gains de productivité majeurs. Ce qui va générer un accroissement de la population et le développement d’une classe ouvrière susceptible de venir remplir les usines textiles qui vont apparaître dans les grandes villes avec le début de la révolution industrielle. L’exception anglaise découle des rapports sociaux et du régime de propriété, qui expliquent l’apparition du capitalisme et de la révolution industrielle en Angleterre plutôt qu’en Chine où en Europe continentale, comme le détaille l’historien Alain Bihr.

Jancovici aime rappeler que l’homme n’a pas transité des énergies renouvelables (bois, moulin à vent,…) vers les énergies fossiles par hasard, mais parce qu’elles sont stockables, transportables et très denses. Il faudrait nuancer cette affirmation : comme le montre l’ouvrage d’Andreas Malm Fossil Capital : the Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming, les détenteurs de capitaux ont abandonné l’énergie hydraulique alors abondante pour le charbon, plus cher et rare au XVIIIe siècle, parce qu’il permettait d’obtenir un meilleur rapport de force contre leurs travailleurs.

Implanter les usines en bord de rivière et à la campagne impliquait de recruter une main-d’œuvre rare (et qui ne dépendait pas des propriétaires d’usines pour survivre), en position de force pour négocier de bonnes conditions de travail. À l’inverse, le charbon permettait d’installer les usines en ville, où l’on trouvait une main-d’œuvre abondante et corvéable. De même, il est plus facile de privatiser une mine qu’une rivière, dont l’exploitation requiert une gestion en commun. Autrement dit, le charbon permettait d’extraire un profit supplémentaire – élément moteur du capitalisme.

Faisant l’impasse sur ces facteurs, Jean-Marc Jancovici attribue à l’abondance énergétique toute une série de développements historiques : les congés payés (page 76), la baisse des inégalités (page 77), la promesse de l’Université pour tous (page 82), un système de santé performant (page 82), la pérennisation du système de retraites (pages 77, 83, 87). Lorsque Christophe Blain lui fait remarquer « qu’il y a eu des luttes aussi », Jancovici balaye cette remarque d’un simple « elles ont débouché sur un gain de confort pour l’ensemble de la société lorsque l’énergie abondante est entrée dans la danse ». Pour lui, « pendant les Trente glorieuses, au moment où l’approvisionnement énergétique, surtout fossile, a explosé, tous les pays occidentaux ont mis en place un État-providence ». L’idée que les acquis sociaux ont été permis par l’abondance énergétique est répétée dans des interviews très récentes. Pour fastidieux que cela puisse paraître, revenir sur ces affirmations est nécessaire.

L’histoire humaine est scandée par des luttes plus ou moins victorieuses – des révoltes d’esclaves de l’Antiquité aux jacqueries paysannes du Moyen-Âge, des guerres de décolonisation modernes aux grèves contemporaines. Souvent, ces luttes ont cours en des temps de pénurie. C’est le cas de l’après-guerre : en Europe contrairement aux États-Unis, le mouvement ouvrier arrache des concessions majeures au patronat. En Angleterre, Churchill perd les élections et les travaillistes mettent en place le National Health System (NHS).

En France, le Parti communiste épaulé par la CGT met en place, contre le Général de Gaulle, les aspects les plus révolutionnaires du programme du Conseil National de la Résistance dès 1946. Parmi eux, on trouve la Sécurité sociale et ses caisses autogérées par les syndicats. Il y a loin du mythe du « compromis gaullien », entretenu par certains, à la réalité : le Général de Gaulle s’est empressé de supprimer l’aspect autogéré de la « sécu » dès 1958. Les ministres communistes n’ont tenu que dix-huit mois au gouvernement, profitant de cette courte fenêtre de tir pour réformer en profondeur le modèle social français. Contrairement à ce qu’écrit Jean-Marc Jancovici, la création « d’États-providence » précède donc les Trente glorieuses. 

De même, les inégalités n’ont pas constamment baissé avec la révolution industrielle et l’abondance énergétique. Pour Thomas Piketty, les principales causes de leur réduction au cours du XXe siècle sont les deux guerres mondiales (destructrices de patrimoines) et les politiques économiques (le fameux compromis social-démocrate hérité de l’après-guerre). Le graphique présenté page 77 ferait bondir des économistes comme Branco Milanovic (auteur de la fameuse courbe en éléphant qui établit un appauvrissement des classes moyennes et une explosion des très hauts revenus à partir de 1988). Si la France a mieux résisté à la hausse des inégalités, c’est grâce à son modèle social plus solide, hérité du gouvernement communiste de 1946-47. Malgré un moins bon accès à l’énergie que les États-Unis.

L’apparition du chômage et de la précarisation du travail, tout comme la baisse des emplois industriels et l’automatisation des tâches, sont présentées comme des conséquences naturelles à la raréfaction du pétrole (page 64). Ces phénomènes n’ont pourtant pas été de même ampleur partout et précèdent souvent le premier pic pétrolier. Ils découlent d’une volonté concertée de délocaliser la production dans les pays à bas coûts et faibles protections environnementales, dans le but de restaurer les marges des entreprises et la rentabilité du capital. Ils se sont principalement développés dans les années 1985-2000, période où le prix du pétrole était retombé à des niveaux historiquement bas.

Avec succès. Les marges sont passées de 25 % pendant les Trente glorieuses à 30 % après les années 2000, loin du creux de 15 % observé entre les deux chocs pétroliers. Le livre Le choix du chômage démontre bien, documents historiques à l’appui, que ce développement répondait à un choix conscient de sacrifier l’emploi pour préserver le rendement du capital. C’est également cet arbitrage, ainsi que le changement de politique monétaire et la priorité donnée à la lutte contre l’inflation, qui explique l’apparition d’une dette publique importante – mais pas nécessairement problématique. « Après les chocs pétroliers », cette dette ne vient pas « maintenir le niveau de la redistribution et de la protection sociale » (page 89) qui s’effondre en réalité un peu partout dans le monde, mais rétablir les marges des entreprises.

Attribuer les congés payés à l’abondance énergétique constitue un autre raccourci curieux. En France, ils ont été institués suite à un vaste mouvement de grève générale apparu suite à la victoire du Front populaire (1936), dont l’accès au pouvoir résulte de la crise économique de 1929. Les États-Unis, eux, n’ont pas de congés payés obligatoires (en moyenne, les entreprises accordent quinze jours de par an) alors que le pays a baigné plus que tout autre dans l’abondance énergétique et le pétrole bon marché. On pourrait bien sûr élargir la réflexion en notant que les sociétés de chasseurs-cueilleurs, entre autres civilisations égalitaires, jouissaient d’un temps d’oisiveté supérieur à celui des sociétés agricoles et féodales. Si l’abondance permet le temps libre, son partage découle des rapports sociaux. 

Pour expliquer l’incapacité à prendre en compte les limites planétaires, Jancovici se fonde sur l’ouvrage de vulgarisation Le bug humain. Selon ce dernier, notre cerveau ferait de nous des individus égoïstes et court-termistes, motivés par la réalisation de désirs primitifs. Ses hypothèses ont fait l’objet de réfutations détaillées.

Il en va de même pour la qualité du système de santé (que l’on songe simplement à l’écart entre le système américain et de nombreux pays moins riches, mais mieux lotis) et l’accès à l’Université. En France, l’instauration d’une sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur date de Parcoursup, mis en place explicitement dans ce but par le gouvernement d’Édouard Philippe, qui se vantait d’avoir brisé une vieille promesse socialiste. En parallèle, ce même gouvernement se privait de recettes fiscales en supprimant l’ISF et l’Exit Tax sans que celaaméliore l’emploi ou l’investissement.

Aux États-Unis, l’abandon de l’Université pour tous débute en 1966, en réaction à la contestation étudiante sur les campus américains, foyers de lutte contre la guerre du Viet Nam. L’économiste Roger Freeman, qui conseillera Reagan pendant des années, déclare textuellement « on risque de produire un prolétariat éduqué. C’est de la dynamite ! ». Sur ses conseils, Reagan coupera les subventions publiques dès 1970, lorsqu’il sera réélu gouverneur de Californie, avant de poursuivre cette politique une fois à la Maison-Blanche. Mais c’est avec l’austérité budgétaire qui suit la crise des subprimes que les États américains, qui ne bénéficient pas du Quantitative Easing de la Fed, sapent les budgets dédiés à l’enseignement supérieur et font exploser les frais d’inscriptions.

Sur la même période, les États-Unis augmentent leur budget militaire. Dire que l’accès à l’enseignement supérieur a été compromis par la fin de l’énergie abondante est faux. Jancovici estime que ce phénomène découle d’une prise de conscience de la pénurie de débouchés dans le secteur tertiaire qui serait, selon lui, plus énergivore que l’industrie – soit l’opposé du point de vue de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), qui explique précisément le découplage C02/PIB par la tertiarisation de l’économie.

À s’obstiner à ignorer les rapports sociaux, on en vient à dégager des conclusions particulièrement curieuses.

Si Jean-Marc Jancovici attribue très justement les problèmes d’EDF, de la SNCF et du marché de l’électricité en France au dogme concurrentiel et néolibéral de la Commission européenne, il ne semble pas comprendre que cette idéologie sert des intérêts bien précis et ne découle pas simplement de l’aveuglement de bureaucrates n’ayant pas été formés aux réalités de la Physique. Pourtant, du propre aveu de ses multiples architectes et défenseurs, la construction européenne s’est faite précisément dans le but de casser le modèle social hérité de l’après-guerre afin de servir des intérêts privés. 

Mentionnons simplement les mots de Bernard Arnault rapportés par Yves Messarovitch, journaliste au Figaro, à propos du Traité de Maastricht : « Là où la fiscalité pénalise l’économie, la concurrence intraeuropéenne exercera une pression telle que nos futurs gouvernements devront renoncer à quelques aberrations qui alimentent d’importantes sorties de capitaux. Citons-en trois : l’ISF, l’impôt sur les bénéfices des entreprises et les tranches supérieures de l’impôt sur le revenu ».

Cet angle mort conduit Jancovici à expliquer l’incapacité chronique à isoler les bâtiments comme un problème collectif « de compétence, de formation, de financement ». Il est muet quant à ses causes plus profondes : le fait que ces investissements sont peu rentables en système capitaliste, que l’État préfère verser 160 milliards par an de subvention sans condition aux entreprises et supprimer l’ISF plutôt que de subventionner et planifier correctement ces travaux – et que ce même prisme libéral l’empêche de former en masse la main-d’œuvre nécessaire pour les réaliser. Le gouvernement refuse de faire interdire la publicité pour les SUV (seconde cause d’augmentation des émissions en France), et préfère financer des campagnes publicitaires pour le SNU et l’armée de Terre que pour les métiers de la rénovation des bâtiments.

Démocratie et abondance énergétique 

La démocratie est-elle un système efficace pour résoudre la crise écologique ? Survivra-t-elle à la fin de l’abondance énergétique ? À ces questions qu’il évoque souvent, Jancovici tend à répondre par la négative, en s’appuyant sur un postulat problématique selon lequel la démocratie découlerait de l’abondance énergétique.

Ce pessimisme s’inscrit dans une vision négative de l’homme. Le Monde sans fin décrit systématiquement les sociétés préindustrielles comme misérables et violentes. Les hommes « s’effondrent sur une paillasse parmi leurs enfants après une journée de labeur à ramasser des patates » (page 45). Sans énergie « tu meurs de froid, de faim, tu t’entretues avec tes semblables » (page 26).

La vie en société n’a pourtant pas débuté avec la révolution industrielle. Et de nombreux travaux anthropologiques établissent que les comportements altruistes ou coopératifs la précèdent. Les effondrements soudains d’approvisionnement énergétique conduisent plus souvent à des comportements d’entraides que de scénarios à la Mad Max.

Si elle n’est pas une condition suffisante au maintien de la démocratie (les monarchies du Golfe sont là pour l’établir), l’abondance énergétique en est-elle une condition nécessaire ?

Face à cette question, un clivage majeur apparaît. Certains estiment que nous sommes collectivement fautifs et responsables ; d’autres, que les problèmes découlent du système économique et de la classe dirigeante. Jean-Marc Jancovici semble appartenir à la première catégorie. Pour lui, « nous sommes des animaux opportunistes et accumulatifs » incapables de renoncer à nos « 200 esclaves énergétiques par personne », car nous sommes mus par notre striatum.

Striatum vs capitalisme : quelles causes à la crise écologique ?

La bande dessinée ne fait aucune référence aux inégalités économiques et leur corollaire en matière d’empreinte carbone. De Bernard Arnault à l’auxiliaire de vie sociale, de Bill Gates à un ouvrier somalien, nous serions tous coupables. Les bureaucrates de la Commission européenne, un peu plus que nous, mais ils agiraient par incompétence et idéologie. Pas par intérêt.

Si Jean-Marci Jancovici critique fréquemment les responsables politiques et les médias, il le fait de manière très superficielle. La presse suivrait essentiellement des logiques commerciales en parlant de ce qui fait l’actualité et favorise l’audience, sous la contrainte imposée par les formats courts. On ne trouvera pas d’analyse sociologique de l’espace médiatique : les questions du champ social des journalistes, de l’identité des patrons de presse, du modèle économique (la nécessité de plaire aux annonceurs, par exemple) et des connivences entre cadres de l’audiovisuel public et pouvoir politique (et économique) ne sont pas traitées. Autrement dit, il n’y aurait aucun rapport social expliquant les choix éditoriaux de la presse. Et Vincent Bolloré serait en train de constituer un empire médiatique promouvant les discours climato-sceptiques par ignorance ou intérêt commercial, pas pour servir les intérêts financiers de sa classe et sa croisade idéologique.

Quant aux politiques, ils ne feraient que suivre l’opinion publique pour se faire élire en « promettant du rab de sucette ». Pour le polytechnicien, « un régime est démocratique à partir du moment où les gens votent », « la compétition électorale se ramène le plus souvent à une surenchère de promesses corporatistes ou sectorielles balayant aussi large que possible » et « la démocratie correspond de fait au système qui permet aux plus nombreux d’exiger la plus grosse part du gâteau, puisqu’ils prennent le pouvoir ». À croire que la Russie et l’Iran sont des démocraties, que le vote contre le traité constitutionnel européen de 2005 a été respecté et qu’on n’assiste pas, depuis les années 1980 et dans toutes les démocraties occidentales, à une concentration des richesses chez les 1 % les plus aisés et une paupérisation des classes moyennes et laborieuses. 

La question des retraites est éclairante : aucun président ayant réformé le système n’avait été élu sur cette promesse ou ne l’a réalisé avec le soutien de l’opinion. François Hollande a fait l’exact opposé de la politique pour laquelle il avait été élu (« mon ennemi, c’est la finance ») au point de ne pas pouvoir se représenter. Si les dirigeants politiques ne prennent pas la question écologique au sérieux, c’est parce qu’elle s’oppose aux intérêts financiers qu’ils représentent. Intérêts qui n’hésitent pas à leur demander des comptes, comme l’établit le recadrage des ministres Gabriel Attal et Clément Beaume par la famille Arnault – qui exerce une influence manifeste sur la classe politique française…

Jancovici n’explique pas l’inaction climatique par les armées de lobbyistes qui achètent les dirigeants et les médias, ni par une dynamique de lutte de classe qui expliquerait à la fois l’idéologie de la Commission européenne, le dogme des gouvernements néolibéraux qui se succèdent au pouvoir depuis les années 1980 et le refus des pays riches de dédommager les pays du Sud. À la place, il invoque le concept de Striatum, partie de notre cerveau associée à la prise de décision émotive influencée par des décharges de dopamine.

Jancovici reprend l’analyse du journaliste Sébastien Bohler, auteur de l’ouvrage de vulgarisation Le bug humain. Selon ce dernier, notre striatum ferait de nous des individus égoïstes et court-termistes, motivés par la réalisation de désirs primitifs en lien avec notre évolution, que Bohler analyse uniquement par le prisme de la compétition. Ses hypothèses, parfois contradictoires, ont fait l’objet de réfutations détaillées. En plus de partir d’un postulat ethnocentré qui ne cadre pas avec la réalité (nous serions tous incapables de prendre soin de notre environnement), les idées de Bohler font l’impasse sur des pans entiers de la théorie de l’évolution tout en reposant sur des interprétations erronées des études neurologiques citées. On doit au média Bon pote une critique détaillée de l’ouvrage Le bug humain, qui permet de mesurer le peu de fiabilité que l’on peut lui accorder.

Si Jean-Marc Jancovici affirme que la croissance verte est une contradiction dans les termes, il se refuse à dire la même chose du capitalisme vert.

On comprend pourquoi cette hypothèse conceptuelle, qui occupe les dix dernières pages de la bande dessinée, a séduit l’auteur d’Un monde sans fin. Elle cadre avec sa vision pessimiste – réactionnaire, diront certains – de l’homme, permet d’évacuer les approches sociologiques et évite de remettre en cause le système économique dominant.

Dépolitisation massive

Invité sur France Inter le 30/05/2023, Jean-Marc Jancovici a montré les limites de son approche dépolitisante. Avant de regretter que Total, poussé par son actionnariat, maintienne son projet climaticide d’exploitation pétrolière en Ouganda, il s’est retrouvé confronté à la question d’un auditeur :

Auditeur : « la lutte contre le réchauffement climatique est-elle compatible avec le capitalisme ? »

JMJ : « Il y a eu des sociétés qui n’étaient pas organisées de manière capitaliste, qui ont été très productivistes et ont exercé une très forte pression sur l’environnement, il y a au moins deux exemples intéressants à avoir en tête, c’est la Chine et l’URSS (…) je ne sais pas si le fait de transformer mon boulanger en fonctionnaire va supprimer les problèmes ».

Face à ce genre d’interrogation, Jancovici invoque systématiquement des arguments dignes du café du commerce pour caricaturer les alternatives au capitalisme ou insister sur son caractère immuable et naturel. Dans C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde (Seuil, 2009, p. 49), il écrivait : 

« Le capitalisme se définit comme la propriété privée des moyens de production. Historiquement, il existe depuis toujours : un agriculteur qui détenait ses terres ou tel commerçant qui détenait son commerce étaient des capitalistes. »

Comme pour la démocratie, il se base sur une définition extrêmement large reposant sur une condition nécessaire, mais pas suffisante. Si l’on définit le capitalisme par la propriété privée des moyens de production et leur utilisation dans une visée lucrative, il a en réalité débuté en Angleterre, au XVIe siècle (et non « depuis toujours »). Les historiens du capitalisme ajoutent un autre critère : l’organisation des échanges sur un marché soumis à la concurrence. 

Contrairement à ce que semble penser Jancovici, la propriété privée n’a pas toujours existé. Et inversement, elle a existé dans des sociétés qui n’étaient pas capitalistes. Le capitalisme lui-même peut être analysé comme un accident de l’histoire qui n’avait rien d’inéluctable ou de naturel.

Si Jean-Marc Jancovici affirme que la croissance verte est une contradiction dans les termes, il se refuse à dire la même chose du capitalisme vert. Or, il n’est pas nécessaire d’invoquer Marx pour comprendre que la recherche impérative du profit nécessite une croissance perpétuelle. Une entreprise capitaliste qui réduit son activité durablement finit par déposer le bilan, victime de ses concurrents et du poids de ses dettes. De même, lorsqu’une économie capitaliste connaît une période de décroissance, on parle bien de récession.

Le capitalisme ne peut pas organiser la décroissance que Jancovici appelle de ses vœux, mais il ne semble pas davantage capable de réaliser une transition vers les énergies propres dans les délais nécessaires. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les déclarations du patron de Shell, qui conditionnait l’investissement dans les ENR par un taux de rentabilité de 8 à 12 %. L’électricité renouvelable est désormais moins chère que le gaz et le charbon. Mais tant que les ENR ne produiront pas les gigantesques marges générées par les énergies fossiles, les grandes compagnies pétrolières qui se sont pourtant engagées à atteindre la neutralité carbone dès 2050 (émissions de leurs clients comprises) continueront de consacrer 95 % de leurs investissements dans le pétrole et le gaz. Et l’essentiel de leurs profits dans le rachat de leurs propres actions. 

Cet état de fait n’est pas propre aux pétroliers. Une étude de 2022 a montré que BlackRock et Vanguard, les deux premiers gestionnaires d’actif au monde, poursuivent la même stratégie (tout en s’engageant à respecter les accords de Paris). Dit autrement, même quand c’est rentable, le capitalisme refuse de se verdir si cela conduit à réduire son taux de profit. Le climatologue Jean Jouzel, qui côtoie Jean-Marc Jancovici au Haut Conseil pour le Climat, a tiré les conclusions qui s’imposaient suite à « l’accueil glacial » qu’il a reçu au MEDEF. Face aux acclamations de la salle qui ont suivi les propos du patron de Total assumant de se projeter dans un monde à 3 degré C de réchauffement, il a déclaré à France Inter :

« Je constate que cette transition nécessaire n’imprime pas suffisamment chez les patrons d’entreprise. On a un problème de capitalisme. Le capitalisme tel qu’on le vit actuellement n’est pas compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique. »

On pourrait multiplier les exemples. Un article candide du journal Le Monde liste les principales raisons derrière les difficultés rencontrées par le secteur ferroviaire pour concurrencer l’avion. Elles peuvent se résumer à une cause unique : la logique de mise en concurrence et l’exigence de rentabilité propre au régime capitaliste. Idem pour l’explosion des ventes de SUV, permise par le succès des lobbyistes qui ont empêché la convention citoyenne sur le climat d’obtenir l’interdiction de la publicité pour ces voitures. Les constructeurs pourraient vendre de petites voitures électriques, mais les marges sont plus élevées avec des 4×4 de deux tonnes cinq consommant 14 litres au cent.

Alors, faut-il transformer le boulanger de Jancovici en fonctionnaire ?

L’auteur américain Danny Katch définit le socialisme comme un système visant à garantir les besoins de base de tous les citoyens (santé, logement, nourriture, éducation, culture…), par opposition au capitalisme, qui le fait à condition que cela permette de dégager du profit.

La question de l’approvisionnement de l’électricité, à titre d’exemple, est passible de deux approches. Il est possible d’opter pour une organisation du secteur en marché concurrentiel, où le prix est défini par le coût marginal de production et fluctue chaque seconde en fonction des équilibres d’offre et de demande. C’est le système imposé par la Commission européenne que Jancovici dénonce très justement, mais qui permet à de nombreux acteurs de réaliser des profits faramineux.

Ou bien, on peut considérer que l’électricité est un service public et un bien commun, dont le prix doit être défini par le coût moyen de production. Dans ce système, il est concevable d’installer les panneaux solaires (un peu plus coûteux) sur le toit des maisons plutôt que de raser des forêts. Et de ne pas annuler le déploiement de gigantesques parcs d’éoliennes offshore à la dernière minute à cause de la fluctuation des prix. On notera par ailleurs que la baisse spectaculaire des coûts de production de l’éolien, des panneaux solaires et des batteries a été rendue possible par les investissements colossaux de la puissance publique (chinoise, en partie) et les subventions massives octroyées au secteur. La main invisible du marché n’y est pour rien.

Une définition plus complète du socialisme inclurait ainsi la démarchandisation des besoins essentiels (assurés par des services publics) et la propriété non lucrative des moyens de production détenus par les producteurs, gérés démocratiquement. Comme dans le modèle de la fédération des coopératives de type Mandragone (au Pays-Basque) qui emploie plus de 75 000 personnes et génère plus de 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Jean-Marc Jancovici a-t-il raison de mettre la question démographique sur la table et de postuler que nous serions trop nombreux sur terre ? (…) Selon l’AIE, les 1 % les plus riches émettent (directement) 1000 fois plus de gaz à effet de serre que les 1 % les moins riches. Les 10 % les plus riches causeraient quant à eux 52 % des émissions.

Contrairement aux forces de l’ordre, pompiers, corps médical et enseignant aujourd’hui, le boulanger de Jean-Marc Jancovici ne serait pas réduit au statut péjoratif de fonctionnaire, mais il profiterait d’un prix de l’électricité fixe au lieu d’être menacé de faillite par les fluctuations du marché. Et cela, sans retourner en URSS.

Si un système alternatif reste certainement à inventer, encore faut-il commencer par reconnaître que la transition écologique passe par la sortie du capitalisme – a minima dans les secteurs clés de l’énergie et des services publics.

Des solutions « conservatrices et réactionnaires » ?

Ainsi, les solutions proposées par Jean-Marc Jancovici doivent être examinées avec soin. Dans Le Monde sans fin, l’accent est mis sur le développement du nucléaire et la sobriété énergétique, aux dépens des énergies renouvelables et d’une meilleure répartition des richesses. Comment faire pour atteindre cette sobriété sans en passer par un système dictatorial ? Jancovici n’esquive pas la question : « un système de type chinois est-il un bon compromis ? Il n’est pas exclu que la réponse soit oui ».

Dans une interview accordée à Socialter en 2019, il explicitait davantage sa vision de la transition écologique.

« Le premier point est de limiter dès que nous pouvons la croissance démographique. Dans l’aide au développement, tout ce qui permet aux pays de maîtriser leur démographie est une bonne idée, car cela amortit les efforts à fournir sur tous les autres plans. Trois leviers : l’éducation des femmes, l’accès aux moyens de contraception, et les systèmes de retraite. Dans les pays occidentaux, il y a un premier moyen de réguler la population de façon raisonnablement indolore : ne pas mettre tout en œuvre pour faire survivre les personnes âgées malades, à l’image du système anglais qui ne pratique, par exemple, plus de greffe d’organes pour des personnes de plus de 65 ou 70 ans. (…) C’est un peu brutal, mais ça me paraît être un moindre mal par rapport aux autres modes de régulation que nous avons connu : la famine et la maladie. Après viennent les mesures techniques. Il faut d’abord supprimer le charbon dans l’électricité le plus vite possible… ».

Passons sur le fait qu’il n’y a, bien entendu, aucune limite d’âge pour recevoir des greffes d’organes en Angleterre. Les lecteurs du Monde sans fin seront surpris d’apprendre que la priorité du polytechnicien, avant les mesures techniques, demeure la réduction de la population. Solution qu’il évacue à regret dans la bande dessinée en la qualifiant de « sujet délicat », « bâton merdique » (page 123) car « tu te mets tous les courants religieux à dos » (page 125).

La question démographique, souvent introduite à l’aide de l’équation de Kaya (une tautologie critiquée par de nombreux experts), revient dans nombre de ses interventions. En mai 2022, Jancovici expliquait à France Info : « la planète n’acceptera pas d’avoir 10 milliards d’habitants sur Terre ad vitam æternam vivant comme aujourd’hui (…) La seule question c’est comment va se faire la régulation. Ou bien on essaie de la gérer au moins mal nous-mêmes, ou bien ça se fera de manière spontanée par des pandémies, des famines et des conflits ». En mars 2021, il tenait les mêmes propos pour Marianne. À chaque fois, Jancovici évoque « un débat difficile » qui toucherait à une forme de tabou (bien que cette question soit régulièrement évoquée par des personnalités de premier plan, relayées sans filtres dans les médias).

L’établissement d’un choix binaire (le contrôle des naissances ou la famine) évacue l’option de la sobriété et postule que nous serions déjà trop nombreux sur Terre, idée qui ne fait aucunement consensus chez les démographes. Pour autant, a-t-il raison de mettre ce sujet sur la table ? 

Il faut rappeler que la croissance de la population mondiale ralentit et que dans les pays ayant effectué leur transition démographique, la population diminue globalement. Surtout, chaque individu n’est pas égal aux autres face aux limites de la planète. Selon l’AIE, les 1 % les plus riches émettent (directement) 1000 fois plus de gaz à effet de serre que les 1 % les moins riches. Les 10 % les plus riches causeraient 52 % des émissions. Pour Oxfam, les 1 % les plus riches sont indirectement responsables de deux fois plus d’émission que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Or, c’est de cette moitié qu’on parle en priorité lorsqu’on évoque le contrôle des naissances. L’Afrique représente 3 % des émissions mondiales et 2.75 % des émissions passées. Tandis qu’à niveau de vie et population équivalents, les États-Unis émettent deux fois plus de GES que l’UE.

Du fait des effets-rebonds et des inégalités, réduire de moitié la population mondiale n’aurait pas nécessairement l’effet escompté sur les émissions, si tant est qu’une telle option soit envisageable. Par exemple – et dans le meilleur des cas – imposer la politique de l’enfant unique en Europe ne réduirait les émissions « que » de 18 %, soit l’équivalent de la fermeture des centrales à charbon du continent. Pour un adepte des ordres de grandeur, Jancovici vise à côté. À la question « faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète », l’auteur Emmanuel Pont répond par la négative, dans un ouvrage précis et documenté.

En conclusion, si l’on met la question démographique de côté (ainsi que l’arbitrage nucléaire vs renouvelables), les solutions techniques présentées par Jancovici font globalement consensus auprès des partisans de la transition écologique. La question plus importante porte sur leur mise en œuvre. Dans la dernière page de sa bande dessinée, Jancovici suggère que le succès de la transition nécessite de convaincre une masse suffisamment importante. Que cette masse intègre des analyses souvent inexactes serait déjà problématique. Une telle perspective est surtout illusoire. Nos dirigeants, qui ont apprécié le livre de Pablo Servigne sur « l’effondrement », savent très bien ce qu’ils font. Comme les lobbyistes d’Exxon, les membres du MEDEF et les PDG de Shell et Total. 

Le problème n’est pas technique mais politique. Et sur ce plan, Jancovici déploie une énergie surprenante pour nier (ou invisibiliser) les causes. Ce faisant, il fait perdre un temps précieux aux forces luttant pour accélérer la transition.

D’aucuns répondront que son discours « apolitique » lui permet de toucher le plus grand nombre. Il est indéniable que son apport a été considérable. Mais sa vision se limite à affirmer que la transition écologique nécessite nécessairement une baisse importante du niveau de vie et n’adviendra qu’en éduquant les individus les uns après les autres. Or, tandis que le premier point est loin de faire consensus, le second permet d’éviter une remise en cause du système économique, condition pourtant nécessaire à une transition écologique réussie dans le temps qui nous est imparti.

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