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Aujourd’hui — 16 septembre 2026Flux principal

Est-ce à l’État de prescrire le soin juste ?

Quand la HAS se veut tentaculaire…

Une scientificité à géométrie variable

Dans sa lettre ouverte du 17 avril 20261, la Haute Autorité de Santé tenait à rappeler quelques principes face aux pressions de certains industriels. Tout d’abord son « rôle précis », à savoir « évaluer, en toute indépendance […] à partir des données disponibles ». Nous pourrions nous en réjouir, mais nous en sommes surtout étonnés. Dans le champ de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, l’impartialité revendiquée semble écartée. Toutes les données disponibles ne semblent pas avoir été étudiées, ou alors différemment. Comment sont examinés les dossiers ? A partir de quelles études scientifiques et avec quelles vérifications ? Rappelons à ce titre le guide de pratique clinique sur le diagnostic et le traitement des troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez les enfants et les adolescents2, dont les biais et le manque d’objectivité ont été soulignés dans un article de la revue « Prescrire »3. Dans cet article, ces recommandations constituent un « guide à écarter ».

Une absence d’ouverture et un refus de la contradiction

Plus loin dans sa lettre, le collège de la HAS précise : « les usagers sont membres de toutes nos commissions et contribuent aux évaluations ». Nous serions très intéressé.es de connaître ces usagers et leurs nominations dans les commissions, quand nous connaissons les nominations de certains membres décisionnaires dont les conflits dintérêts ont été maintes fois soulevés.

Plus loin encore, il nous est expliqué le fonctionnement de la HAS : « Collégialement, nous analysons, nous débattons, nous entendons les points de vue dissonants, toujours guidés par l’exigence scientifique. Une fois publiés, nos avis peuvent légitimement être discutés. C’est le propre de la science. »

Là encore, nous nous étonnons de cette revendication de la HAS qui ne semble pas s’appliquer cette « recommandation de bonnes pratiques » dans tous ses champs d’exercice, et notamment pas en psychiatrie et pédopsychiatrie. Des décisions sont prises en lieu et place des professionnel.les qui se voient dépossédé.es de leurs compétences, avec maintenant le risque dune opposabilité des RBPP, en complète contradiction avec leur code de déontologie professionnelle. La HAS déclare entendre les points dissonants, mais quand a-t-elle entendu l’appel récurrent d’une grande partie des professionnel.les sur la question de l’autisme, des troubles de l’attention et de l’hyperactivité et des « troubles neuro-développementaux » ?

Ce problème du manque de contradictoire est clairement relevé dans le rapport annuel 20254 du déontologue de la HAS, M. Robert Gelli. Celui-ci pense en effet « utile de mettre en place un groupe de travail interne pour essayer de définir une doctrine » sur les potentiels liens intellectuels des experts auxquels la HAS fait appel. Il estime que le lien intellectuel « peut être susceptible de constituer un conflit d’intérêts lorsqu’il est de nature, par son intensité, sa rigidité ou son lien précis des travaux à compromettre l’impartialité réelle de la personne ».

Une neutralité poreuse aux intérêts idéologiques et financiers

La HAS récolte ce quelle sème: des lobbyings. En se voulant à toutes les places, elle ne peut qu’attiser les convoitises marchandes et perd sa place de tiers, son autonomie de pensée.

Dans notre secteur du soin psychique, elle pêche par son médico-centrisme, finalement loin des directives de l’OMS qui prônent la prise en compte de contexte de vie des populations dans les questions de santé publique. Même en santé somatique, les professionnel.les soignent des patient.es et non une maladie. Les médecins le savent bien, il y a des personnes dont le traitement ne pourra être que médical, et pour d’autres il ne sera que chirurgical, d’où la nécessité de leur autonomie, de leur liberté de prescrire. La HAS l’a elle-même écrit5 : « Les recommandations de bonne pratique sont des synthèses rigoureuses de l’état de l’art et des données de la science à un temps donné. Elles ne sauraient dispenser le professionnel de santé de faire preuve de discernement dans sa prise en charge du patient qui doit être celle qu’il estime la plus appropriée, en fonction de ses propres constatations. » Et le Conseil d’État dans une décision du 7 juillet 2021 (438712)6 rappelle : « une recommandation de bonne pratique […] ne dispense [pas] le professionnel de santé de rechercher pour chaque patient la prise en charge qui lui parait la plus appropriée ».

Comment alors ces recommandations, rédigées pour aider le praticien à exercer son art, tendent-elles à la création d’un modèle unique, qui serait le seul reconnu par les autorités de contrôle et de tarification ?

Parce que la HAS, organe de l’État, fait surtout des choix politiques, et non des choix scientifiques. Elle le dit elle-même dans sa lettre ouverte : « L’impartialité de la HAS permet de concilier le « mieux soigner » et le « mieux dépenser », avec le souci permanent d’assurer la pérennité de notre système de santé ». Le « mieux dépenser » n’a rien à voir avec la science. En revanche le « mieux dépenser » pourrait clairement être contrôlé par les ARS à travers des recommandations devenues « opposables ».

Peu à peu, la HAS cherche à étendre son influence : après avoir récupéré les missions de l’ANESM, elle s’invente juriste avec l’opposabilité de ses recommandations, et voudrait maintenant récupérer les missions de formation « scientifique » des professionnels de santé7. Nous dénonçons cette centralisation des pouvoirs qui détruit la richesse du soin et va à l’encontre de pratiques éthiques.

Une éthique flexible

Pour rappel, la HAS écrit elle-même dans ses recommandations8 que la réflexion éthique est une « réflexion collective associant une pluralité de points de vue […] déclenchée pas des situations concrètes singulières ». « C’est un processus de va-et-vient du singulier au général […] qui requiert du temps », « implique l’ouverture » et « nécessite la recherche d’apports extérieurs ». Elle précise même : « La réflexion éthique ne dispense pas les professionnels de leur responsabilité. Les décisions en situation appartiennent aux acteurs de terrain, qui ont intégré les questions et conclusions de l’instance éthique dans leur réflexion ». Et pourtant elle s’obstine à vouloir imposer des protocoles uniformes et généralisés dans les établissements de soin ! Alors que les RBPP, faut-il le rappeler, se font sur « l’état actuel des connaissances scientifiques » qui par définition évoluent constamment.

La HAS, via ses recommandations éthiques, alerte sur un risque d’infantilisation de l’autre (« c’est pour son bien ») et un risque d’indifférence à son égard (« c’est son choix ») concernant les usagers. Qu’en est-il pour les professionnels de terrain qu’elle ne cesse de mépriser?

La psyché humaine est tellement complexe qu’elle n’obéit à aucune causalité, simple et univoque, et se moque des réductions idéologiques. Toute approche privilégiant une réponse unidimensionnelle est nécessairement à côté. La psychiatrie de précision, c’est la psychiatrie du singulier dans un environnement familial, social et sur un territoire donné ! Seul l’empirisme des praticiens détermine la validité des pratiques.

Nous dénonçons les positions doctrinales de la HAS qui, derrière un discours de neutralité et d’ouverture, a en réalité perdu son obligation de démocratie, son éthique et son exigence de pluralisme dans l’orientation des pratiques.

Le Printemps de la psychiatrie

Le 4 mai 2026

1 https://www.has-sante.fr/jcms/p_3947208/en/lettre-ouverte-du-college-de-la-has-defendre-l-independance-scientifique-face-aux-pressions

2 https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2024-09/tdah_enfant_recommandations_mel.pdf

3 https://www.prescrire.org/avis-sur-des-guides-de-la-has/505-troubles-deficitaires-de-l-attention-chez-les-enfants-et-adolescents-des-recommandations-biaisees

4 https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2026-04/dir1/rapport_annuel_du_deontologue_de_la_has_-_2025.pdf

5 https://www.has-sante.fr/jcms/c_418716/fr/methodes-d-elaboration-des-recommandations-de-bonne-pratique

6 https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000043799746

7 Proposition de loi de la droite et du centre en ce sens : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b2186_proposition-loi

8 https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-03/reco_ethique_anesm.pdf

Invitation : Meeting le 28 mars 2026 !

Le Printemps de la psychiatrie organise un meeting le samedi 28 mars 2026 sous le titre : « Expertiser » n’est pas soigner – Quelle(s) psychiatrie(s) pour demain ? afin de mobiliser contre le vote de la Proposition de Loi N° 2249, déjà passée au Sénat.

Il se tiendra à la Bourse du travail de Paris, en accès libre. Save the date !

Le meeting a été annoncé hier aux députés, avec le message suivant : 

« Mesdames et messieurs les députés,

En décembre 2025, la proposition de loi N°385 visant à intégrer les centres experts dans le code de la santé publique a été votée au sénat. Elle est maintenant en attente de débats à la commission des affaires sociales de l’assemblée nationale, sous le N°2249.

Cette PPL, si elle devait être votée à l’assemblée nationale, entraînerait d’importants remaniements dans l’organisation des soins psychiatriques.

Elle instaure notamment trois niveaux d’accès aux soins.

Un premier niveau avec les médecins généralistes, les psychiatres, psychologues et infirmiers libéraux ; un deuxième niveau avec les structures publiques généralistes (Centres médico-psychologiques, hôpitaux de jour, centres d’accueil et de crise) ; un troisième niveau avec les centres universitaires, les centres experts et centres spécialisés (traumatisme par exemple).

Cette nouvelle organisation des soins psychiatriques suscite un certain nombre de questions et d’inquiétudes auprès des professionnels du soin psychique et de plus en plus de personnes concernées, patients et familles.

Le Printemps de la psychiatrie organise une journée d’échanges et de débats à ce sujet le samedi 28 mars 2026 à la bourse du travail, 3 rue du château d’eau, Paris 10e, de 9h à 17h.

Nous comptons vivement sur votre présence afin de vous sensibiliser aux questions que pose cette proposition de loi et afin d’échanger avec vous qui allez voter prochainement pour ou contre cette PPL.

Delphine Glachant, pour Le Printemps de la psychiatrie »

Plusieurs tables rondes seront au programme (encore en cours d’élaboration), autour des thématiques « Scientificité », « Soins », « Financement » et « Démocratie ».

Pour avoir le choix du visuel dans vos partages, voici une deuxième version de L’INVITATION !

À partir d’avant-hierFlux principal

L’image du notariat encore entachée: deux notaires impliqués dans des affaires douteuses avec des gens du voyage

Deux notaires de Caen sont soupçonnés de fraudes immobilières au profit de la communauté des gens du voyage. Ils auraient permis l'acquisition illégale de terrains protégés à travers la France via des montages juridiques contestables, entraînant installations sauvages et pollutions. Une enquête pour blanchiment est en cours suite à des plaintes. Leurs bureaux ont été perquisitionnés et des dizaines de dossiers saisis pour analyse. Ces pratiques avaient déjà alerté des maires ruraux.

Baromètre 2024 • Élus locaux et tiers-lieux

27 mai 2024 à 09:28

Les résultats du premier Baromètre • Élus locaux et tiers-lieux démontrent que les élus locaux sont déjà nombreux à participer activement au développement des tiers-lieux. Les propos et les réponses recueillis auprès de 204 élus locaux viennent confirmer le rôle central des élus locaux aux côtés des tiers-lieux, pour développer des activités d’intérêt général et répondre aux besoins des territoires.

Communiqué de presse

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Jeunes journalistes : L’IA est déjà là

À entendre la dominante des débats sur le journalisme et l’IA, la question majeure serait celle de la substitution des emplois de journalistes par des robots, « demain », le « fantasme du robot journalisme » pour reprendre la formule de Nicolas Becquet – « Les 7 défis des médias face à l’intelligence artificielle ». L’écoute des jeunes journalistes à…

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Droits voisins: Mediapart lance la bataille de la transparence contre Google

28 avril 2024 à 17:59
En raison des clauses de confidentialité imposées par Google, Mediapart n’encaissera pas l’argent que lui doit l’entreprise au titre de la propriété intellectuelle. Une question de confiance avec notre lectorat. Contre l’opacité des Gafam, un front uni du secteur est plus que jamais nécessaire.

Distribution de la presse quotidienne nationale : quel modèle économique ?

La vente au numéro de la presse quotidienne nationale d’information politique et générale pourrait baisser de 62% entre 2022 et 2030. Dans cette perspective, quel peut être le modèle économique du secteur de la distribution de la presse ? Un rapport de deux inspections générales (finances et affaires culturelles) présente des pistes d'évolution.
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