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À partir d’avant-hierMéta de Choc

Curiosité chérie

29 avril 2020 à 12:00

La plupart d’entre nous voulons nous soustraire à une souffrance, dès lors qu’elle nous devient consciente. C’est un réflexe bien naturel que de vouloir diminuer ou faire disparaître un tourment. Et en cela, on peut dire que nous voulons tous le changement.

Bien sûr, il est des situations sur lesquelles nous n’avons pas prise et qui nous feront mal, quoi qu’on fasse. Mais nous sommes aussi la proie de souffrances psychiques construites de toute pièce, alimentées par un système de croyance dont nous n’avons, le plus souvent, pas conscience, car faisant partie d’un cadre de pensée généralisé et non questionné : celui de la société à laquelle nous appartenons. À cela s’ajoutent notre éducation familiale et nos expériences passées. En surgiront une interprétation du réel toute tracée, un sentiment réflexe qui pourra prendre la forme d’une souffrance semblant légitime et inévitable.

Dans ces circonstances, réalisons-nous à quel point ce changement appelé de tous nos vœux ne peut advenir que si nos modes de pensée personnels changent ? Sans cette compréhension, aucune résolution profonde ne peut voir le jour, laissant le champ libre à la superficialité, l’intellectualisme ou l’idéalisme, c’est-à-dire à une forme ou une autre de diversion.

Mais pouvons-nous réfléchir à nos croyances (sur la vie, nous-mêmes, notre rôle dans la société… ou nos émotions) sans le filtre-même de ces croyances ? Je le pense, oui.

Nos émotions, même lorsqu’elles sont fortes ou difficiles à vivre, peuvent être observées en détail, au moment précis où nous les ressentons ; leur expression, leur origine, leur récurrence, l’attachement que nous leur portons. Questionnées, elles peuvent ainsi être comprises pour ce qu’elles sont réellement, au-delà de nos conditionnements mentaux, et démantelées.

Cela demande de les accepter (non de les combattre) mais aussi de les considérer comme l’intrigante manifestation d’une énigme personnelle à résoudre.

En dehors de ces moments d’impérieux désir de nous libérer d’une souffrance, certains d’entre nous sont profondément curieux, au jour le jour, de se connaître eux-mêmes ; de comprendre comment ils ou elles fonctionnent, réagissent et prennent des décisions.

Cette simple inclination au questionnement est en elle-même un magnifique moteur de changement.

Et vous ? Avez-vous cette curiosité ?

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Petit jeu entre amis

13 août 2019 à 15:00

Pendant un cours de philo, un prof montre à ses élèves un livre noir et dit : « Ce livre est rouge. »

Tout le monde dit : « Ben non, il est noir. »

Puis, il tourne le livre. Le verso est rouge.

Il poursuit : « Ne dites jamais à quelqu’un qu’il a tort jusqu’à ce que vous ayez vu les choses de son point de vue. »

Ne pas voir les deux couleurs du livre vient d’un problème de perception, d’attention à ce qui est. Et il est vrai que bien souvent, on ne prend pas le temps d’observer, de se questionner sur les choses dans leur réalité complète. On se laisse alors aller à une interprétation trop rapide, empreinte de nos conditionnements inconscients.

Mais étudions de plus près ce que dit le prof. Êtes-vous d’accord avec sa conclusion ?

Prenez le temps d’y réfléchir avant de lire la suite.

Il parle de « point de vue ». Fait-il allusion à la perception (physique) ou à l’interprétation (conséquence d’un mode de pensée) ? Son message appelle-t-il à l’analyse objective qui mène à une conclusion rationnelle, au plus près de la réalité (ce livre a deux couleurs) ? Ou bien prêche-t-il la tolérance de point de vue, c’est-à-dire l’acceptation de l’interprétation de chacun•e (l’autre le voit noir donc a, en quelque sorte, raison de penser et dire qu’il est noir) ?

Si l’on extrapole cette situation aux croyances, avis, opinions que nous rencontrons au quotidien, prendre en compte le fait qu’une personne ait un regard personnel issu de son éducation, ses expériences passées ou ses peurs permet certes de mieux la comprendre et de s’y adapter si besoin… Et c’est bien utile pour vivre en société ! Mais attention aux raccourcis ! Cela ne veut pas dire qu’il faille forcément considérer ce regard comme valable.

Lorsqu’une idée défendue est réfutable (c’est-à-dire lorsqu’elle peut être vérifiée, prouvée ou infirmée) et qu’elle est erronée, alors accepter cette idée parce que « c’est la vérité de l’autre », au nom de la tolérance ou de la paix sociale, ne règlera pas le problème de l’opposition des uns contre les autres, d’un avis contre un autre.

Mettre le jugement de l’autre (ce livre est noir) au même niveau qu’un fait avéré (ce livre est rouge et noir), ne mène pas à un monde sans conflit, mais à un monde de confusion. Et la confusion ne mène pas à la paix.

Un point de vue qui trouve son origine dans l’ignorance ou le dogmatisme ne peut mener le croyant (au sens large) qu’à une dissonance avec le réel, voire avec les autres. Il ne fait qu’entretenir des divergences, des oppositions, des divisions qui pourraient être évitées. Ce « point de vue » n’a pas à être encouragé ou respecté.

Une fois qu’on a dit ça concernant les autres, il ne nous reste plus qu’à l’appliquer à nous-mêmes !

Camarades du monde entier, faisons l’effort d’une réflexion méthodique et attachée à bien différencier nos perceptions de nos interprétations !

Disséquons allègrement nos idées préconçues et nos conditionnements mentaux !

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Ma profession de foi

27 janvier 2018 à 15:00

J’ai été éduquée dans un scepticisme roi qui servait en réalité à perpétuer les croyances familiales. Il était de bon ton de critiquer les choses qui nous semblaient farfelues, non-rationnelles, mais les hypothèses à l‘origine de nos propres opinions n’étaient jamais questionnées.

Sans que cela soit clairement établi, dans la pratique, notre système de pensée était intouchable. Toute information qui venait à remettre en cause l’une de nos croyances culturelles, religieuses ou politiques était écartée d’un revers de main, avec une moue sceptique ou une remarque savante en pied-de-nez. Voilà. La discussion s’arrêtait là. Sans aucune curiosité d’aller plus loin, d’explorer de nouveaux territoires.

J’ai mis des années à comprendre ce qu’est le vrai scepticisme : une réflexion hors des dogmes et des idées préconçues, où les hypothèses sont testées, mises à l’épreuve des faits pour être validées ou non.

Je ne parle pas ici du doute pour le doute qui est une pratique stérile, mais de la pensée critique : le questionnement et l’analyse qui permettent une compréhension de ce qui nous entoure, au plus près du réel. En dissociant bien les interprétations des faits ; ce que les choses pourraient être, ce que l’on voudrait qu’elles soient, de ce qu’elles sont réellement.

Il est si tentant de passer outre une information qui remettrait en cause notre système de pensée, nos principes…

De la naissance à l’âge adulte, j’ai été influencée par la religion puis par la spiritualité (suivant notamment la vague contemporaine de l’ésotérisme et des pseudosciences) jusqu’à ce que je comprenne que tout cela me dépossédait de ma propre capacité à penser.

Comme des millions d’autres personnes, inspirée par mon propre conditionnement et un désir de vérité ultime, j’ai accordé du crédit à un principe religieux, à une théorie du complot ou à un remède miracle proposé par la “médecine alternative“.

Non pas qu’aujourd’hui je croie aveuglément à tout ce que les études scientifiques nous disent (nous savons bien que nombre de résultats actuels seront bousculés un jour ou l’autre) mais je pense que la démarche scientifique (hypothèse / expérience / conclusion / nouvelle hypothèse) reste à ce jour le moyen le plus fiable d’observer et évaluer notre monde. Et surtout, de permettre une évolution constructive des idées.

La transcendance existe peut-être. Les fées et les anges peut-être aussi. Mais il n’est plus question pour moi que ma réflexion et mes processus de décision soient phagocytés par des suppositions dont je sais pourtant qu’elles pourraient satisfaire mes questions existentielles.

La diversion, l’endoctrinement et les fake news sont partout, et il est bien difficile d’échapper à leur emprise insidieuse. Aujourd’hui, par mon travail, je veux faire de la prévention sur ces sujets une priorité et inviter tout un chacun à s’éduquer soi-même à la reconnaissance de ses propres modes de fonctionnement mentaux pour éviter l’auto-manipulation.

Cessons de respecter nos idées ! D’où qu’elles viennent. Maltraitons-les, disséquons-les, provoquons-les ! Pour mieux nous respecter nous-mêmes.

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L’amour est-il une valeur sûre ?

20 avril 2017 à 15:00

X : Que pensez-vous des sentiments d’amour qui mènent à la souffrance ? Appelleriez-vous cela de l’amour ?

Y : Qu’est-ce que l’amour ?! Je ne saurais le définir…

En tout cas, je pense que l’amour est indissociable de la souffrance. Dès qu’il y a amour, il y a souffrance parce qu’il y a attachement ; une sorte de dépendance.

Ensuite évidemment, il y a des relations d’amour plus ou moins saines qui entrainent plus ou moins de souffrance ; en fonction de soi, de l’autre et de ce que l’on projette sur soi, l’autre et la relation.

X : Je trouve ça dure de me dire qu’amour va forcément avec souffrance… On a toujours envie que les choses se passent bien et puis je crois qu’au fond, on a tous cette idée que l’amour est ce qui peut nous arriver de meilleur, nous apporter l’équilibre, la complétude. Que c’est la réponse à notre solitude, à nos carences émotionnelles, voire à notre détresse.

Y : Oui… Cette image idéalisée de l’amour est très commune, mais je crois que c’est un fantasme dangereux. Pas uniquement parce qu’elle est fausse, mais aussi parce qu’elle nous fait nous perdre nous-mêmes.

Dans notre éducation et notre société, cette chose indéfinissable nous est présentée comme une clé essentielle : LA valeur ultime, LA chose à vivre. C’est sûr que ça en fait rêver plus d’un•e de trouver l’âme-sœur, la personne avec laquelle on filera le parfait amour !

Malheureusement, ce genre de rêve se transforme toujours en déception, en “plus jamais ça“ et quelquefois même en cauchemar. Étrange, non ? Où est donc passé le rêve, tout à coup ?

Il s’est évanoui dans le tumulte de sa confrontation au réel. Non pas tant que la réalité soit décevante en soi, même si elle peut évidemment être difficile. C’est surtout que la chute est proportionnelle à l’illusion de départ. Qu’avons-nous voulu que cette relation soit ? Au prix de quel aveuglement ? Quelle image avons-nous voulu montrer de nous-même ? Qu’est-ce que l’autre a voulu montrer de lui ou elle-même ?

Voilà des questions importantes qui déterminent dès le départ la qualité de ce que sera une relation. Car que peut-on attendre d’une relation fondée sur une idée déconnectée de la réalité ?

Je pense que lorsque l’on veut faire coller une personne ou une relation à un idéal, on va dans le mur. Tout simplement parce que tordre la réalité – en clair, mentir et se mentir – ça peut marcher un temps, mais on est vite rattrapé•e et ça peut devenir hideux.

X : Oui bon, on peut se tromper aussi. Se laisser embarquer.

Et puis, est-ce que ça veut dire qu’il faut baisser son niveau d’exigence pour éviter d’être déçu•e ?

Y : Bien sûr, qu’on peut se tromper. Et plus tôt on s’en rend compte, mieux c’est.

Baisser son niveau d’exigence ? Qui parle de ça ? Voir les choses en face, ça oui c’est de l’exigence !

Vouloir la personne parfaite et l’histoire parfaite, c’est au contraire brader sa vie pour une idée, pour des rôles pré-établis et des obligations plaquées ; c’est se donner à une superficialité crasse.

Plus on se raconte d’histoires, ce que nous avons tous tendance à faire au moment de la rencontre, plus on a de chances de courir à l’échec ; que la relation soit courte ou qu’elle dure toute la vie. Quoi de plus triste qu’un couple qui “tient bon“ mais où les gens n’ont plus rien à se dire et transpirent le ressentiment ?

X : Je comprends bien, mais alors n’est-on pas en train de signer l’arrêt de mort du romantisme ?

Y : Ah c’est sûr que quand on prend la peine de lever le voile sur les jeux de la séduction, sur les effets spéciaux du moment parfait avec la personne parfaite, de l’homme fort et galant, de la femme séduisante et sensible, quand on essaie d’y voir plus clair au moment-même de l’emballement amoureux, oui c’est vrai, le romantisme en prend un coup.

Mais on peut aussi en jouer, sans plus en faire un passage obligé qui définirait l’instant ou la relation à l’autre.

Je crois que la question de fond c’est surtout : qu’est-ce qu’une relation ? Et : qu’est-ce qui en détermine la qualité ?

X : Je dirais la bonne compagnie, le sexe, l’admiration, des valeurs communes ?…

Y : Et qu’est-ce que ces jolies idées deviennent quand l’image que l’on a de l’autre et de la relation est figée, idéalisée ? Quand tout est gravé dans le marbre en fonction d’une idée prédéfinie du bonheur et de l’amour, de ce que l’autre doit être ou doit donner ?… Sachant que bien souvent on ne se rend même pas compte qu’on a de telles idées sur l’amour ! Elles nous sont majoritairement inconscientes.

Sans évolution, toutes ces jolies idées passent du flamboyant au flétri en l’espace de quelques mois ou années. L’exaltation, l’ivresse et l’aveuglement joyeux laissent vite place à la misère de l’incompréhension et de la colère.

Qu’est-ce qu’une relation sans évolution des idées, des personnes, de la vision que l’on a de soi et de l’autre ? Qu’est-ce qu’une relation sans encouragement mutuel à la croissance et au changement ?

X : Avec le risque que l’autre se révèle différent de ce que l’on voudrait, qu’il ou elle grandisse dans une direction qui ne nous correspond plus…

Y : Oui.

X : C’est dur. Ça fait peur quand même.

Y : Oui, c’est une des choses les plus difficiles qui soient.

Mais au bout du compte, cela nous met face à deux options : l’idéalisation (sa momification mentale et sa prison émotionnelle), ou bien la prise en compte du réel (sur la voie du respect de soi et de l’autre).

Et croire qu’on peut saupoudrer notre vie d’un peu des deux, c’est juste enterrer la deuxième.

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Comparaison n’est pas raison

21 février 2017 à 15:00

X : Ce monde nous demande en permanence de nous comparer les uns aux autres. C’est un désastre, je le sais, mais je passe mon temps à regarder autour de moi pour me déterminer, me définir et réagir en fonction. Je pense que ça me fait vraiment souffrir en fait, mais je n’arrive pas à m’y soustraire.

En même temps, ne peut-il exister une saine compétition ? N’est-ce pas la comparaison qui nous fait progresser, après tout ?…

Y : Je crois qu’il faut bien faire la différence entre la comparaison de faits objectifs et celle liée à l’interprétation subjective. Dire que 9 est supérieur à 8 ou que les poissons nagent plus efficacement que les orang-outans n’enlève rien à personne et n’est pas problématique ; bien au contraire, la comparaison est ici un élément indispensable à un raisonnement construit.

Les soucis commencent lorsque l’on cède à la comparaison de critères subjectifs tels que la beauté, la valeur des choses ou la morale, suivant des règles qui fluctuent selon l’époque et le territoire (et qui sont donc dogmatiques). En particulier lorsque cette comparaison devient ce qui nous guide dans nos raisonnements et nos actes, jusqu’à façonner notre identité personnelle.

Force est de constater que notre éducation toute entière est fondée sur la comparaison de nos résultats et de notre apparence avec ceux de nos frères et sœurs (dès l’enfance et jusqu’à la mort), de nos camarades de classe, de nos voisins, de nos parents, de nos collègues de travail et de nos amis. Et depuis peu dans l’histoire humaine, la comparaison se fait avec des « modèles » inatteignables quoique quotidiens : l’acteur porno, le mannequin photoshopé, la célébrité planétaire, l’ultra-riche à qui tout est permis.

Ces nouveaux objets d’attention, certes issus à la surconsommation, de la surinformation et de la mondialisation, demeurent cependant en accord avec un phénomène social immémorial, présent à la source-même des religions monothéistes comme polythéistes : « si tu suis bien les commandements divins, tu auras droit à l’amour de ton dieu ». Dès lors, comment ne pas vouloir être celui qui ne faillit pas, le bon élève, l’enfant préféré ?

Surtout si l’on considère qu’un échec en la matière a pour conséquence colère et vengeance, voire le droit gratuit et illimité de rôtir en Enfer !

X : Oui, enfin, ce genre de considérations est un peu passé de mode, non ?

Y : Pour nombre de croyants, c’est tout à fait d’actualité, hélas pour eux et pour nous. Rappelons que toutes les religions, leurs lieux de culte et leurs écrits, servent encore aujourd’hui à justifier tout un tas d’actes de répression et de terreur, y compris le Bouddhisme et y compris en Europe.

Mais même pour celles et ceux d’entre nous qui ne se pensent pas lié•es à une religion ou à une idéologie, l’influence de ces structures reste insidieuse et d’un impact bien réel sur notre psyché.

Les traditions et les croyances ont la vie dure ; elles s’ancrent dans nos esprits et se transmettent un peu à la manière d’un virus, de proche en proche, de génération en génération… Trouvant leur expression chez le supporter de foot, le militant pour la paix, le patriote ou le « bon » père de famille. Le plus souvent, sans que nous n’en ayons même conscience.

Ces systèmes hiérarchiques, d’opposition entre ceux qui « font bien » et ceux qui sont exclus de fait, promeuvent un mérite non pas lié aux qualités intrinsèques des personnes, mais lié à la bonne observance de règles qui leur sont totalement extérieures et à la soumission à des signes d’appartenance au groupe tels que l’argent, la plastique, le vocabulaire ou les symboles. Ils furent établis pour asseoir le pouvoir d’une tribu sur une autre, ou d’un groupe minoritaire sur les masses. Personne sur Terre n’est épargné par leur omniprésence.

X : Bon… Je me dis qu’au lieu de me comparer aux autres, je devrais toujours me comparer à moi-même il y a 10 ou 20 ans, et voir si je suis toujours fidèle à moi-même, ou si j’ai totalement cédé au système.

Y : Tu penses vraiment que dans le passé tes raisonnements étaient plus libres de jugements dogmatiques ? Et puis, n’as-tu pas appris avec les années ? N’as-tu pas dépassé certains préjugés ou certaines illusions ? Si ton ambition est d’évoluer personnellement, quel sens cela aura-t-il dans 10 ans de te référer à ton fonctionnement actuel ?

X : Ok. Donc, si le fait de se comparer les uns aux autres suivant des critères dogmatiques est tellement présent en nous, de manière inconsciente et depuis la nuit des temps, comment peut-on espérer s’en libérer ?

Y : Je ne pense pas que l’on puisse totalement s’en libérer. Ce que l’on peut faire en revanche, c’est diminuer sa récurrence, son impact, et les souffrances qui en découlent.

Cela commence par le fait de prendre la comparaison subjective pour ce qu’elle est : un réflexe qui peut être utile pour se positionner en société mais qui ne doit pas servir de base à notre identité personnelle.

Ensuite, il est fondamental de comprendre la relation personnelle que nous entretenons avec chacune de ces comparaisons ; repérer au jour le jour ces moments de réflexe compulsif, les disséquer, en identifier la raison d’être (notre avantage à y céder), et en admettre la violence pour nous-mêmes et pour notre entourage, dès lors qu’ils induisent des décisions et des comportements spécifiques de notre part.

Comme on entreprendrait une désintoxication à une drogue dure, il doit s’agir d’une démarche intègre et sans concession, de mise au jour de nos projections maladives et de l’un de nos plus grands mensonges quotidiens : « Je me compare aux autres, mais je pense et j’agis librement ; je fais mes propres choix et ces choix sont intelligents et justifiés. »

Car toute comparaison répondant au diktat des dogmes contemporains ne permet pas le choix, elle ne permet pas la raison.

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Peut-on vraiment changer ?

7 janvier 2017 à 15:00

Analyser ses propres dysfonctionnements est certes une tâche des plus ardues, car elle demande de les observer sans leur filtre-même.

Rien que le fait de prendre conscience de nos failles psychiques et de nos souffrances peut prendre du temps. Ensuite, lorsque l’on a décidé d’en sortir, donc de changer, les pièges sont nombreux qui nous font parfois aller et venir, hésiter, rebrousser chemin, essayer une chose ou une autre.

Mais ne soyons pas dupes ; ces atermoiements ne sont pas les signes d’un changement ; ils nous empêchent même d’y parvenir. Car si l’on pense avoir « compris une partie » d’un problème ou d’un schéma répétitif, c’est qu’on ne l’a tout simplement pas compris, et dans ce cas, effectivement, on peut essayer et se tromper longtemps. Rien n’y fera.

Je pense que l’on peut bel et bien changer ou plus précisément évoluer psychologiquement ; c’est-à-dire sortir définitivement de la reproduction d’un système de pensée personnel fallacieux et destructeur. Dans ce domaine, ce qui compte c’est la qualité de la réflexion, pas le temps passé ni le nombre d’essais.

Dès lors que l’on comprend la logique de la mécanique à l’œuvre, dans son entièreté, le changement émerge automatiquement.

Lorsqu’il y a évolution psychologique, il y a immédiatement et inévitablement changement de mode de pensée et d’attitude. Si ce n’est pas le cas, c’est sans doute que l’on est juste dans l’évitement, la recherche de solutions, l’imposition de règles, le contrôle ou l’aveuglement, donc dans une simple variante du schéma de départ.

Le changement ne vient pas du choix de telle idée ou telle autre, de tel mode de vie ou tel autre, de telle action ou telle autre ; il vient de la compréhension de ce qui se joue. Changer de symptôme ne soigne pas la maladie ; au mieux, cela la cache, mais plus probablement, cela la nourrit.

Changer peut prendre du temps ou se produire rapidement. Quoi qu’il en soit, la prise de responsabilité personnelle, la persistance, le courage et l’humour sont à mon sens les ingrédients indispensables à une évolution réelle.

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Lettre à Je

2 janvier 2017 à 15:00

Si tu réalisais que le jeu de l’ignorance t’a mené à la bêtiseSi tu réalisais que tu te mens ; pensant bien faire, ayant tout fauxChangerais-tu ?

Si tu voyais que la quête de reconnaissance est un piègeSi tu voyais que ton désir d’appartenance t’a fait te nierChangerais-tu ?

Si tu pensais avoir rompu avec les codes mais ne faisais que répéterSi tout ce dont tu étais si sûr avait rendu ta vie vague et insupportableChangerais-tu ?

Si tu savais que ta quête de Vérité porte une souffrance impossible à apaiserEt si tu te savais tombé si bas que devenu banalement ton propre bourreauChangerais-tu ?

Combien de joie, combien de peineCombien de perte, combien de regretQuel événement, quelle cause, quel effetTe ferait te retournerTe donnerait envie de faire silenceTe ferait changer ?

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Votre ADN vous veut du bien

16 décembre 2016 à 15:00

Sommes-nous donc condamnés à être les spectateurs sidérés et impuissants de la destruction de l’Homme par l’Homme ?

Fonte des glaces, massacres de civils, disparition des girafes, pédophilie, dictature de la finance, viols de guerre, mafia, impunité des dirigeants… Que pouvons-nous face à l’annonce journalière de catastrophes plus scandaleuses les unes que les autres ? Et que pouvons-nous face à la banale bassesse de nos comportements quotidiens ? Haine du voisin, femmes battues, surconsommation, surendettement, dégoût du riche, stigmatisation du pauvre, rejet du migrant, mort anonyme du sans-abris…

Les informations s’enchaînent, les révélations, les dénonciations. Nous pensons peut-être encore qu’elles nous apporteront vérité et soulagement, changement. Tout ça est tellement gros ! Les exactions si évidentes et inouïes ! Mais non. Ce flot incessant ne fait qu’ajouter à notre peine, à notre désarroi, au poids informe et gluant de notre responsabilité personnelle et collective.

Alors, par vagues, nous sommes envahis par la peur. Comment ne pas l’être ? Car ce que nous vivons actuellement porte directement atteinte à ce que notre ADN permet : la survie de l’espèce. À cette peur animale de mourir, de disparaître, nos réactions varient de l’apathie à la révolte, du renoncement à la violence, en passant par le cynisme ou la fuite dans la consommation, le tiercé, la drogue, l’engagement idéologique et que sais-je encore. Et tout cela est bien compréhensible ; tout cela s’explique.

Mais force est de constater que de telles réactions n’ont jamais rien résolu.

Bien sûr, nous avons été bercés au doux refrain de « la connaissance sauvera l’humanité ». Mais où en sommes-nous aujourd’hui, au moment où Internet nous offre, gratuitement ou presque, toute la connaissance du monde ? Apprendre, connaître, savoir nous apporte-t-il la libération, la capacité de discernement ? Manifestement pas. Non, la connaissance ne suffit pas.

« C’est l’amour qui sauvera l’humanité » ! Mais l’amour d’une mère empêche-t-il les comportements à risque ? L’amour de son pays empêche-t-il la guerre ? L’amour d’un homme l’empêche-t-il de battre sa femme ? L’amour pour un dieu empêche-t-il l’intolérance ? Manifestement pas. Non, l’amour ne suffit pas.

Alors est-ce l’art qui sauvera le monde ? La philosophie ? La politique ? Le repère identitaire ? Les progrès de la science ? J’ai bien peur que tout cela ne suffise pas non plus. Car toutes ces choses, malgré leur beauté ou leur puissance, ne nous immunisent pas contre la bêtise et la négligence envers nous-mêmes et les autres. Elles ne sont tout simplement pas suffisantes à la compréhension de ce que nous vivons, de ce que nous reproduisons dans une course effrénée dont la fin n’a jamais semblé si proche.

Mais alors, d’où peut-elle donc émerger cette compréhension, cette clairvoyance qui nous permettra enfin d’arrêter de nous auto-détruire ? 

De ce lieu intime et propre à chacun, de cet espace mental où nous prenons le temps de réfléchir et observer nos insuffisances personnelles, nos raccourcis faciles, notre complaisance, notre manque de courage, notre impatience, et depuis lequel nous pouvons mettre fin à des schémas mentaux et comportementaux issus de traditions non-questionnées, d’habitudes et de superstitions.

Réfléchissons ! Non pas en terme de croyance politique ou religieuse, non pas en terme de morale dictée par la culture dont nous sommes issus. Réfléchissons plutôt AU SUJET de ces croyances et de cette morale prétendument universelle. Réfléchissons à notre si grande tolérance envers ces évidences et ces fausses bonnes idées. Questionnons et défaisons-nous de ces chimères qui ont justifié à travers les siècles et continuent de justifier tant de nos violences et de nos négligences.

L’auto-destruction ne nous est pas naturelle, elle n’est pas inscrite dans notre ADN ! L’auto-destruction individuelle et collective est une construction culturelle, un choix qu’il nous appartient de comprendre à sa source, chacun à notre niveau, et qu’il nous est possible de désosser, pièce par pièce, pour revenir à l’essence-même de la vie : l’évolution.

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La religion m’a tuer

30 juillet 2016 à 15:00

On nous parle de religions d’amour, de paix, de conscience…

Quand on prétend qu’un texte est « saint », « sacré » ou directement dicté par un être créateur (donc porteur de vérités ultimes, universelles et inaliénables), quand on dit qu’il est un guide utile pour vivre en harmonie, pour trouver ou exprimer le meilleur de soi, pour se comprendre et comprendre le monde… comment alors justifier une seconde qu’on en prenne uniquement ce qui nous plait au moment où ça nous arrange ? Un verset ici, mais pas celui-là plus loin.

Toutes les religions (toutes) demandent explicitement la soumission à leurs dogmes. C’est un fait. Qu’elles se présentent comme pacifiques ou non, qu’on se donne la liberté d’en analyser les textes, de les interpréter ou pas, elles sont toutes porteuses de la violence de l’obéissance et du prosélytisme (à un niveau familial, communautaire ou social) nécessaires à leur survie et sans lesquels l’appartenance religieuse n’existerait tout simplement pas.

Où sont donc l’honnêteté, la morale et le respect de soi et des autres dans tout ça ? Dès lors que nous suivons réellement les « enseignements » d’une religion, nous ne les trouverons jamais. Alors pourquoi faut-il encore et toujours, de près ou de loin, que nous nous accrochions à ces croyances, à ces textes, à ces identités communautaires ? Et de quelle « tolérance » parle-t-on au juste ?

Non. L’honnêteté, la morale, le respect sont à trouver ailleurs ; dans l’éducation et l’auto-éducation à l’observation du réel, au doute, au questionnement et à l’analyse de nos pensées individuelles et collectives, comme élémentaire (et difficile) chemin vers la compréhension de soi et des autres.

Étudier et connaître les textes religieux comme faisant partie de notre patrimoine est une chose tout à fait intéressante. Défendre la « liberté religieuse », c’est défendre directement ou indirectement la liberté de violence, d’ignorance et d’endoctrinement. Les « grands livres » et l’histoire des religions ne cessent de le prouver.

On arrête quand de se mentir ?

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Aaah, la méditation…

23 mai 2016 à 15:00

Tout le monde vous le dira : la méditation peut aider à calmer l’esprit. Et le corps. Ou pas. Du tout.

Ce que la méditation permet surtout c’est de nous confronter à nos pensées, à notre bavardage intérieur, à nos obsessions, à nos compulsifs camouflages mentaux, à nos réponses automatiques. Rapidement, elle nous fait réaliser notre très grande tendance à fuir la réalité ; les faits comme les pensées.

Oui, la méditation est un outil formidable pour aborder en conscience ce que nous avons dans la tête et aussi ce que notre corps exprime au travers de douleurs cycliques ou permanentes. En cultivant une attention soutenue à ce qui se présente, de manière systématique et chirurgicale, nous pouvons discerner et disséquer chaque mouvement mental, chaque répétition, chaque réflexe de fuite.

Mais mais mais, la méditation ne nous permet pas, et je dirais même ne nous autorise pas à réfléchir notre petit (grand) manège mental. Car la technique, toutes écoles confondues, nous demande très expressément de mettre de côté chacune de nos pensées ou sensations, dès qu’elle est identifiée… jusqu’à ce que la suivante prenne le relais.

En conséquence, une fois que nous avons aiguisé notre capacité d’attention – et si tant est que nous soyons intéressé•es par notre santé psychologique et par l’intelligence qui peut en émerger – il est important que l’analyse prenne le relais de la méditation/observation.

Sinon, comment comprendre ce qui se passe dans notre esprit ? Comment ne pas perpétuer sans fin et à notre corps défendant toutes ces pensées parasites et majoritairement insensées ? Précisons ici que certaines peuvent être très très (très) étranges, dérangeantes, voire même effrayantes…

De nombreux méditants, en réalisant la qualité de leurs pensées choisissent de méditer de manière soutenue, jusqu’à plusieurs heures par jour, afin d’évacuer ces circonvolutions problématiques (mais se rendent bien vite compte qu’elles reviennent toujours). Ou bien, ils sautent à pieds joints dans la pensée magique, l’adhésion à des croyances spirituelles pleines de vérités éthérées, voire se raccrochent à l’autorité rassurante d’un leader charismatique.

Voilà l’histoire. Voilà comment la méditation peut mener à des souffrances plus importantes que celles qu’elle était supposée « soigner » ; à un profond manque de compréhension, à de lourds malentendus, à des échappatoires farfelues… et même à des désordres mentaux.

La méditation est un outil puissant qui peut réellement affiner notre capacité d’attention et ainsi constituer un terreau favorable à une pensée de qualité. Ce n’est pas une voie magique vers la transcendance de notre corps ou de notre esprit, dans une dimension rêvée.

Dans le plus grand intérêt de notre santé mentale, gardons bien ça en tête.

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