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« La politique en France reste un sport de riches » – Entretien avec Niels Planel

La fracture territoriale française est revenue sur le devant de la scène ces dernières semaines. Alors que l’été fut marqué par des émeutes inédites dans les banlieues, le mouvement des agriculteurs, mais aussi les débats ouverts à gauche dans le cadre de la campagne des élections européennes, illustrent bien le malaise d’une société française au sein de laquelle l’égalité républicaine a été mise à mal par près d’un demi-siècle de politiques néolibérales. Crise des services publics, déserts médicaux, fermetures d’écoles, relégation des classes populaires dans des territoires en marge de la mondialisation sont autant de stigmates d’une France à deux vitesses, subissant de plein fouet la sécession de ses élites. Depuis plusieurs années, Niels Planel observe cette situation se dégrader d’un œil inquiet, l’autre optimiste. Auteur de Là où périt la République (Editions de l’Aube, 2022), il raconte de façon comparée son expérience de terrain en Seine-Saint-Denis et dans les territoires ruraux de la Haute-Côte-d’Or, où il est élu municipal depuis 2020. Appelant à une « convergence des désespérés », aussi bien des populations de la ruralité que des banlieues, il alerte également la gauche sur sa responsabilité de porter un nouveau projet de société réellement émancipateur.

LVSL – Dans cet ouvrage, vous rapportez votre expérience de terrain dans deux territoires très différents, Sevran en Seine-Saint-Denis d’une part, et la Haute-Côte-d’Or, en Bourgogne, d’autre part. Comment s’est passée votre rencontre avec ces territoires contrastés et leurs populations ? Dans quel cadre s’est-elle faite ?

Niels Planel – Cette expérience correspondait à l’origine à un manque. À l’aube de la trentaine, je travaillais pour de grandes organisations internationales et je ressentais le besoin d’aller sur le terrain. Or dans les médias, la ruralité et la banlieue étaient caricaturées, mais personne n’était interviewé sur place, et les personnes qui en parlaient n’y vivaient pas. À cette période, j’ai donc voulu, avec des amis, y monter des projets de réduction de la pauvreté, sachant que la pauvreté augmente graduellement depuis 2004 en France. L’idée était de faire une première expérience, de créer une sorte de laboratoire pour voir ce qui pouvait fonctionner sur place et être reproduit ailleurs.

J’y ai tôt observé que plus on s’éloigne des grands centres de pouvoir, plus on découvre des territoires précarisés où des élus mettent en place non pas des politiques de développement du territoire mais des politiques de contrôle du territoire, profitant du pourrissement de la situation. C’est souvent le fruit de petits arrangements, liés à la conquête et à la conservation du pouvoir.

Dès lors, les initiatives de jeunes pousses qui chercheraient à changer les choses sont interprétées comme des menaces pour le pouvoir local établi, qui va chercher à les neutraliser ou les écarter du territoire, qui se nécrose petit à petit faute d’investissements ou de projets.

LVSL – Les discours politiques, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, ont tendance à opposer ces deux types de territoires, que l’on a parfois d’ailleurs du mal à nommer. Sur quels points principaux la situation de leur population diffère-t-elle ?

N. P. – En termes de stratégie pour la conquête du pouvoir local, si je simplifie, on trouve effectivement dans la banlieue des logiques électoralistes qui font que le discours proposé est taillé sur mesure, susceptible de plaire aux populations en se complaisant dans une posture critique sans faire de proposition constructive. Pour autant, cela permet de se faire élire, de devenir maire, voire d’aller à l’Assemblée nationale, sans avoir trop à assumer les responsabilités à l’échelle locale auprès des populations des quartiers.

On peut formuler une politique commune, autour de la « convergence des désespérés », aussi bien des populations de la ruralité, comme de celles des banlieues, tout simplement parce qu’elles ont les mêmes besoins.

De son côté, l’extrême-droite divise artificiellement depuis son émergence deux types de populations qui ont des besoins semblables. Il y aurait des Français qui seraient plus français que les autres, ce qui justifierait de laisser de côté ces derniers. Au contraire, toute la philosophie du livre que j’ai écrit repose sur l’idée que l’on peut formuler une politique commune, autour de la « convergence des désespérés », aussi bien des populations de la ruralité, comme de celles des banlieues, tout simplement parce qu’elles ont les mêmes besoins.

Certes, leur situation n’est pas tout à fait identique. Dans les banlieues, la proximité avec la ville permet aussi de saisir des opportunités d’emploi qui existent dans les grands centres, à Paris, à Lyon ou à Bordeaux, mais pour autant, les défis sont nombreux pour ces populations. Il n’y a qu’à voir les dysfonctionnements structurels du RER B, sur lesquels je reviens dans les premières pages de mon livre, qui constituent un véritable obstacle pour les habitants de Seine-Saint-Denis. Plus généralement, on constate une mobilité très difficile pour les plus précaires.

Par ailleurs, du côté de la ruralité, on trouve certes les avantages de la nature, les poêlées de champignons qu’on est allé cueillir le dimanche, si l’on caricature, mais la vie n’est pas forcément plus facile là-bas. La principale différence à mes yeux est l’isolement qu’on subit dans la ruralité alors que dans la banlieue, certes il y a de la solitude, mais dans les barres HLM, dans les réseaux associatifs, il y a une solidarité et des sociabilités qui font qu’on souffre sans doute moins de l’isolement.

LVSL – Alors, au contraire, qu’est-ce qui les rapproche ?

N. P. – Tout, et c’est précisément ce qui me passionne dans ce travail que je mène depuis une dizaine d’années maintenant. Successivement, j’ai fait des projets à Sevran, au Blanc-Mesnil, dans des petits villages de la Haute-Côte-d’Or, ensuite en tant qu’élu local, dans une petite ville qui s’appelle Semur-en-Auxois. Lorsque je suis graduellement passé de la banlieue aux territoires ruraux, je m’attendais à ce que tout soit différent. Or en réalité, ce que j’appelle les incarnations de la République, c’est-à-dire non pas des figures de l’imaginaire comme Marianne mais bien plutôt les institutions, les services publics, la santé, l’éducation, les transports, les opportunités économiques ou de formation, y dépérissent autant.

Dans la ruralité comme dans la banlieue, par opposition aux grandes villes, il est aujourd’hui difficile, surtout si vous êtes né dans les couches populaires, de réaliser votre potentiel.

D’un côté, le RER B est là mais demeure dysfonctionnel, de l’autre, on compte au mieux trois ou quatre cars par jour. Il n’y a plus de service d’urgence ouvert aujourd’hui dans le 93, et bon courage aussi pour se soigner en Haute-Côte-d’Or, où vous avez plutôt intérêt à aller à Dijon. Les délais s’allongent tandis que dans des villages comme La Roche-en-Brenil, vers le Morvan, on a vu des classes à trois niveaux. Les institutions sont donc toujours en place, mais bénéficier de ce qu’elles offrent devient de plus en plus difficile. Je rattache ça à l’analyse que propose Amartya Sen de la pauvreté, estimant qu’elle n’est pas forcément monétaire, mais qu’elle s’exprime sous le prisme de la « capabilité », de la capacité des individus à réaliser ce qu’ils estiment être leur potentiel. Dans la ruralité comme dans la banlieue, par opposition aux grandes villes, il est aujourd’hui difficile, surtout si vous êtes né dans les couches populaires, de réaliser votre potentiel, comme le montrent des tas d’exemples dans le livre.

Aujourd’hui, le camp progressiste devrait pouvoir comprendre ces enjeux, s’en saisir et proposer un agenda. L’obstacle principal à cette prise de conscience et à cette volonté politique est selon moi d’ordre sociologique. Les gens se font élire sur place, mais sans vraiment y vivre et par conséquent sans s’imprégner des problématiques du quotidien. C’est sans doute ce qui me met le plus en colère, car on a des ambassadeurs qui reviennent peu sur le territoire qu’ils entendent représenter. Dès lors, il est difficilement envisageable de construire un agenda émancipateur digne de ce nom.

LVSL – Vous vous intéressez en particulier au rapport que ces populations entretiennent avec la République, parfois ambigus. Comment les qualifiez-vous et quelle est la part de responsabilité des pouvoirs publics dans ces rapports ?

N. P. – Il y a plusieurs manifestations de cette relation. Tout d’abord, on le mesure électoralement, car à chaque élection depuis les années 1980, il y a une baisse de la participation électorale, une hausse significative de l’abstention que l’on interroge rarement de façon pertinente et constructive. Des gens qui aimeraient bien faire République mais qui ne se sentent plus représentés se détournent progressivement d’un rituel au cœur de notre vie démocratique. Ce qui pose la question de savoir à partir de quel degré d’abstention un système représentatif ne l’est plus.

Un autre indicateur est en parallèle la montée de l’extrême droite. Aujourd’hui, à trois ans et demi de l’élection présidentielle, on ne se pose même plus la question de savoir si Marine Le Pen peut être présidente mais « quand ? ». La razzia des sièges faite par son mouvement à l’Assemblée nationale a été un événement important de ce processus. Sur ce point, cette construction de la défiance, toutes les forces politiques ont joué un rôle, mais ce que je regrette, c’est que celle qui est, par son logiciel, la plus à même d’incarner les aspirations des couches populaires d’où qu’elles viennent, c’est-à-dire la gauche, ne me semble pas avoir été à la hauteur pendant quarante ans.

Du tournant de la rigueur, il y a très exactement quatre décennies, à aujourd’hui, je n’ai pas suffisamment entendu la gauche défendre les classes moyennes qui se faisaient dévorer par la désindustrialisation. Au contraire, s’est imposée dans les esprits la fameuse expression « l’État ne peut pas tout » face aux fermetures d’usines, au dépérissement des classes moyennes, à l’explosion des familles monoparentales – les mères seules étant le noyau dur de la pauvreté en France – ou encore aux jeunes, sans emploi et sans formation dont regorge notre pays.

C’est précisément là que l’on aurait dû retrouver la gauche, pour investir dans l’école, pour rénover le RER B, pour remettre de la mobilité dans les territoires ruraux, etc. Un autre exemple : dans ma circonscription, la plus grande de France avec 342 communes, les violences intrafamiliales sont au sommet de la liste des crimes et délits. On n’en parle jamais, il y a un silence assourdissant sur cette question, alors que l’on y croise, au XXIe siècle, des jeunes femmes avec des bleus au visage ou au corps, et qui n’osent porter plainte, dans des logiques engendrées par ces violences. Les enfants ne sont pas épargnés. C’est un sujet primordial, et si vous avez passé plus de 30 minutes dans un commissariat de banlieue, vous savez que celle-ci est également concernée.

Nous sommes un pays qui aspire à plus d’égalité, qui est attaché à cette notion et qui refuse de voir la précarité exploser.

Alors, sincèrement, dans l’ordre des priorités des progressistes, faut-il d’abord saturer le débat avec les questions sociétales, par exemple liées à l’écriture inclusive, ou bien est-ce que l’on ne devrait pas se préoccuper d’abord de ce type de sujets ? C’est cela que les gens attendent, alors pourquoi a-t-on retrouvé la gauche sur des problématiques de déchéance de nationalité ? C’est là que se situe la rupture. Nous sommes pourtant un pays qui aspire à plus d’égalité, qui est attaché à cette notion et qui refuse de voir la précarité exploser.

Je pense qu’il y a un rendez-vous manqué avec un personnel politique qui est sociologiquement plus à l’aise que l’électorat moyen et qu’on ne retrouve pas sur place. En dix ans, j’ai croisé très peu de représentants du personnel de gauche, quand on ne se moquait carrément pas que j’aille « là-bas ». Pourtant, je peux témoigner qu’en tant que simple petit élu local, le travail que je fais a un impact sur ces questions. Alors, si on peut le faire en tant qu’élu local, il n’y a aucune raison de ne pas pouvoir le faire à l’échelle nationale. Seulement, être progressiste, c’est une exigence, et il y a comme une démission de ce point de vue.

LVSL – Vous montrez bien aussi, malgré la persistance d’un idéal égalitaire, la progression dans ces territoires de l’individualisme que vous mettez en lien avec le néolibéralisme. Sur quels aspects la percée de l’individualisme s’appuie-t-elle dans ces territoires, et en quoi participe-t-elle de la défiance vis-à-vis d’une République qui semble s’éloigner ?

N. P. – En 2022, l’IFOP avait fait une enquête qui montrait qu’un tiers des personnes en situation de précarité se sentent seules. Lorsque l’on croise cette solitude dans la précarité au développement depuis quinze ans de sociabilités virtuelles sur les « réseaux sociaux », qui polarisent fortement la société, cela ne favorise pas les projets collectifs ni la solidarité.

Mon collègue Achraf Ben Brahim montre dans plusieurs de ses ouvrages comment l’extrême droite domine la toile ou comment des groupuscules comme l’État islamique ont eu la capacité d’endoctriner en ligne. Le rôle des réseaux sociaux, aux coûts faibles, n’est pas à sous-estimer. Au demeurant, dans la ruralité, les gens qui toquent aux portes dans le contexte du militantisme ont également disparu. Ce qui reste, ce sont effectivement les réseaux sociaux, dont les algorithmes vous enferment dans des bulles idéologiques qui vous confirment dans vos opinions et ne vous invitent plus à discuter avec vos voisins.
On peut aussi partir des conditions matérielles qui font que les Français les plus précaires sont seuls : cela coûte cher d’aller boire un café, d’aller au restaurant. Le coût d’activités sociales qui peuvent sembler banales pour les catégories sociales plus aisées demeure un enjeu fondamental, dans la banlieue comme dans la ruralité, qui encourage des formes d’individualisme.

Certes, l’individualisme n’est pas un phénomène nouveau, mais il y a un mouvement moderne autour du cocon, lié à tout le confort qu’on installe chez soi, au rôle des plateformes comme Netflix ou Amazon. Ce renfermement dans la sphère privée a évidemment des répercussions politiques, participant d’un désinvestissement de la chose publique d’autant plus paradoxal que dans les enquêtes d’opinion, les relations sociales, et notamment amicales, restent très valorisées. On a donc le droit d’être optimiste, mais cela passe nécessairement selon moi par une réflexion en termes de politiques publiques qui visent à renverser cette tendance.

LVSL – Justement, vous avez parlé à plusieurs reprises de Territoires zéro chômeur de longue durée, expérimentation qui vise à recréer des formes collectives d’emploi pour permettre aux personnes qui en sont durablement éloignées de retrouver un travail. Pouvez-vous en rappeler les principes et nous dire le rôle qu’il peut avoir spécifiquement dans les territoires qui vous intéressent ?

N. P. – Cette expérimentation a été portée par Laurent Grandguillaume, ancien député socialiste de Côte-d’Or qui connaît particulièrement bien les questions de précarité et d’emploi. Elle concerne aujourd’hui une soixantaine de territoires en France, qui reposent concrètement sur des entreprises dites à but d’emploi (EBE). J’ai bâti ce projet sur ma commune. Le principe est simple : les demandeurs d’emploi de longue durée, un an ou plus, qui en font la demande, ont le droit d’accéder à un emploi, comme le garantit le préambule de la Constitution de 1946.

Le système est financé par un prélèvement chaque année sur les 40 milliards d’euros du budget national du chômage, ainsi que du RSA du côté des départements, pour proposer des activités sous la forme de CDI aux demandeurs d’emploi en fonction de ce qu’ils veulent faire et de ce qu’ils savent faire. Ce type de contrats leur permet de se projeter dans l’avenir, avec un salaire minimum qui leur permet de retrouver une place dans la société et une forme de dignité. C’est là où l’on rompt avec l’isolement que je décrivais : ce sont des personnes qui ont été marginalisées, dont on disait – ce qui me met également en colère – qu’elles n’étaient bonnes à rien, paresseuses voire « assistées », alors même que cette situation est trop souvent subie, pour des questions de mobilité, de santé, de handicap, de formation, d’âge, voire dans certains cas des discriminations de genre ou d’origine ethnique.

Ce projet permet donc de reconstruire la démocratie locale, en particulier à travers un Comité local de l’emploi, qui est en fait l’organe de gouvernance de ces territoires zéro chômeur : il associe l’État, le Département, la municipalité, des acteurs du tissu social et associatif, les entreprises, les employeurs, et bien sûr des demandeurs d’emploi de longue durée. Ainsi, des organismes qui d’habitude travaillent en silos, des collectivités qui en général ne se parlent pas entre elles, fluidifient leur travail en partant des besoins, des qualifications et des envies de ces demandeurs d’emploi.

À titre d’exemple, dans mon territoire, qui a véritablement été lancé l’été dernier, nous avons réussi à placer plusieurs personnes dans l’EBE, mais à peu près autant sur le marché du travail classique. Ce sont autant de victoires face aux drames humains provoqués par le chômage dans notre pays. Je conseille vivement à chacun d’aller voir comment cela change la vie des personnes qui reviennent à l’emploi après un an ou plus d’isolement. Voilà donc un projet qui devrait être prioritaire dans un agenda de justice sociale.

LVSL – Vous montrez également dans l’ouvrage que ces lieux dans lesquels « périt la République » sont aussi des territoires où elle peut se renouveler, trouver un terreau fertile pour se revivifier. Quels sont selon vous les axes prioritaires pour inverser cette tendance ?

N. P. – Le titre insiste en effet sur les territoires « où périt la République », ce qui ne veut pas dire que « la République périt ». Il restera toujours une unité qu’on appellera la République française. Mais on y trouve des poches de précarité qui vont s’en éloigner comme des îlots de manière durable, raison pour laquelle une volonté politiques et des efforts sont nécessaires pour ressouder ces territoires précarisés, marginalisés.

Martin Luther King, peu de temps avant sa mort, découvre que les populations blanches précarisées aux États-Unis souffrent finalement des mêmes problèmes, à des degrés divers, que les populations afro-américaines marginalisées. Sans les mettre sur le même plan, il affirme que sans créer une coalition de ces deux segments de la population, le combat pour la justice sociale ne mènera nulle part. De même, un sociologue de Harvard auprès duquel j’ai étudié, William Julius Wilson, démontre dans ses travaux qu’on peut recréer de l’interdépendance entre des groupes différents, pourvu qu’on leur fasse réaliser qu’ils ont besoin les uns des autres pour avancer.

L’agenda que je propose dans mon livre n’est donc pas révolutionnaire : il faut reconstruire une école qui fonctionne, remettre des hôpitaux là où il n’y en a plus et garantir la mobilité à toutes les échelles. Concrètement, cela nécessite un investissement sans précédent en navettes électriques, puisqu’il faut aussi s’engager dans la décarbonation des transports, et garantir des transports peu chers, quitte à les subventionner, quitte à ce que ce soit déficitaire pour la collectivité. De toute façon, au-delà de la défense de ce service public, en termes d’emplois et de capacité de générer de l’activité économique, cet investissement sera compensé.

Former et rémunérer correctement ces enseignants, leur donner les moyens de faire leur métier a certes un coût, mais là encore, n’est-ce pas un investissement rentable à long terme pour la société ?

Du point de vue de nos lycées, l’OCDE révèle que dans les quartiers privilégiés, près de 90 % du personnel est certifié ou agrégé, alors que dans les zones en difficulté, le chiffre chute à 58%. Former et rémunérer correctement ces enseignants, leur donner les moyens de faire leur métier a certes un coût, mais là encore, n’est-ce pas un investissement rentable à long terme pour la société ? Cela peut être également le point de départ d’une nouvelle fiscalité, plus progressive, notamment sur la question des héritages, de la taxation des successions et des donations. Et pourquoi pas trouver des instruments innovants comme la mise en place d’un capital de départ pour les jeunes, comme cela commence à être le cas dans certains États américains, à l’instar du Connecticut ?

Pour cela, il faut certes que des gens qui portent ces idées puissent arriver aux responsabilités, mais surtout que ces deux segments de la population se rendent compte qu’ils ont besoin l’un de l’autre, de trouver un représentant commun pour porter ces idées et de voter dans la même direction. Qu’on en finisse avec les idées nauséabondes de l’extrême droite qui ne cherche qu’à diviser sans apporter de solution concrète ou réaliste pour cette convergence des désespérés.

LVSL – Vous esquissez l’urgence de créer cette convergence des désespérés, que vous décrivez dans le livre comme « une alliance de cette France des RER et des TER ». Sur quels fondements et par quel biais cette alliance peut-elle, selon vous, être menée à bien ?

N. P. – Même si chaque situation nationale est différente, on en voit d’une certaine façon les prémices outre-Atlantique, avec une coalition au sein du Parti démocrate qui a tenu jusqu’ici, entre les électeurs blancs de la working class et les minorités afro-américaines ou hispaniques. Cela s’est fait en construisant des propositions parlant à ces deux électorats a priori très différents et ensuite en les mettant en œuvre. Lors de sa présidence, et malgré un Congrès qui n’y était pas forcément enclin, Joe Biden a investi des milliers de milliards de dollars sur des projets d’infrastructures, sur des projets liés au changement climatique, sur des projets de lutte contre la pauvreté chez les enfants qui ont réduit ce taux, en une mesure, de 12 à 6 %.

Il faut donc cette volonté politique, mais surtout, elle doit s’incarner dans des personnalités. Sur l’échiquier politique français, de la gauche de la gauche jusqu’au centre droit, on trouve des personnalités qui sont sensibles à ces problématiques. On parle beaucoup du rapport Borloo sur les quartiers prioritaires. De même, aujourd’hui, l’un des plus fervents défenseurs de la taxation des hauts revenus est Jean-Paul Mattei, du MoDem. On dirait une proposition de Piketty, et cela lui vaut de se faire taper sur les doigts dans son propre camp. Pour autant, c’est un notaire de province, il sait exactement de quoi il parle et c’est là où l’on revient selon moi à une question sociologique décisive.

L’enjeu est de ramener aux urnes, et déjà sur les listes électorales, des gens issus des milieux populaires, et de ne pas se complaire dans une élite électorale qui croit savoir ce que veulent les plus précaires mais qui en est le plus souvent totalement coupée.

Au sein de la NUPES, on trouve une surreprésentation parisienne, en particulier du Nord et de l’Est de Paris, avec une ligne droite qui va de la place de la République jusqu’à Montreuil. Les idées portées par la NUPES sont logiquement déterminées par cette sociologie urbaine et diplômée, de classes intellectuelles et artistiques, parfois en voie de précarisation. Mon propos n’est pas de dire que ces idées et ces intérêts ne doivent pas être portés, au contraire, mais qu’ils ne doivent pas pour autant devenir prédominants.
L’enjeu est de ramener aux urnes, et déjà sur les listes électorales, des gens issus des milieux populaires, et de ne pas se complaire dans une élite électorale qui croit savoir ce que veulent les plus précaires mais qui en est le plus souvent totalement coupée. La banlieue, c’est à peu près 5 millions de personnes et la ruralité, c’est 30 millions de personnes. Il y a quand même, à mon sens, une majorité électorale qui pourrait se dégager de cet univers.

Je parlais de Jean-Paul Mattei, de Jean-Louis Borloo, mais on peut aussi parler à mon sens de François Ruffin, qui arrive à parler avec les classes populaires, notamment périurbaines, mais qui semble encore un peu moins connu dans les banlieues, où l’on me dit « il n’est pas sur nos réseaux sociaux, il n’est pas sur les chaînes qu’on regarde », ou encore « il n’est pas sensible aux enjeux de la banlieue », tandis qu’un chauffeur de taxi originaire du 93 me disait quant à lui : « il est trop à gauche ».

Lorsque l’on arrivera à parler au chauffeur de taxi du 93 comme à l’ouvrier de la ruralité, alors on aura trouvé une piste.

Là aussi, on se confronte à une sociologie loin de l’idéalisation que l’on se fait parfois des classes moyennes et populaires lorsque l’on est militant de gauche : un chauffeur de taxi de la banlieue, c’est quelqu’un qui veut vivre une vie normale, qui ne veut pas être surtaxé, qui aime juste pouvoir faire son boulot convenablement, et qui n’a pas forcément des rêves révolutionnaires. Lorsque l’on aura trouvé ce point d’équilibre, lorsque l’on arrivera à parler au chauffeur de taxi du 93 comme à l’ouvrier de la ruralité, alors on aura trouvé une piste.

LVSL – Au-delà de ces questions électorales, en termes de formation comme de participation directe à la politique, comment les populations de ces territoires pourraient-elles s’engager davantage dans la vie politique ?

N. P. – Je viens de publier dans la revue Esprit un article sur l’impératif d’une réforme du statut de l’élu local. Tout le monde politique a un train de retard sur la société. Aujourd’hui, lorsque vous êtes jeune, lorsque vous travaillez avec des horaires difficiles, lorsque vous avez une famille, vous n’avez pas forcément de temps à consacrer à cette activité si chronophage qu’est la politiques, débattre pendant des heures de projets d’aménagements ou d’infrastructures, sans que cela aboutisse forcément d’ailleurs. La société a évolué, c’est chose heureuse : au sein d’un couple, tout le monde travaille ; la politique traditionnelle, elle, fait comme si une personne pouvait encore s’appuyer sur la ou le partenaire pour s’occuper du « back office » pendant que l’autre s’occupe de politique. Ces choses-là sont dépassées. Les jeunes élus sont souvent célibataires ou alors s’éloignent rapidement de la politique pour pouvoir s’occuper de leur métier et de leur famille.

Par ailleurs, les politiques de contrôle du territoire que j’ai décrites empêchent trop souvent des jeunes d’arriver aux responsabilités à l’échelle locale. Les conseils municipaux sont souvent surreprésentés par des retraités. Il faudrait davantage d’équilibre. C’est très bien qu’il y ait des retraités, mais une meilleure représentation de la société, et notamment des jeunes, favoriserait sans doute le desserrement de l’étau mis en place par des barons locaux ainsi que l’innovation.

D’autres perspectives sont ouvertes par la révolution numérique, dont je ne connaissais à peu près rien avant d’être élu en charge de ce dossier. J’ai supervisé le déploiement de la fibre dans mon territoire, mis du wifi public, nous avons noué un partenariat avec le lycée local et une start-up parisienne pour faire des initiations au no-code et bientôt à l’intelligence artificielle. Une valorisation professionnelle de ce type d’initiatives ou de compétences sur le CV pourrait inciter des jeunes à s’engager pour la communauté.

Par ailleurs, la France compte 34 945 communes. Les regroupements déjà engagés pourraient permettre à chacune de disposer de davantage de moyens, et aussi, il ne faut pas avoir peur de le dire, de meilleures indemnités pour les élus. Cela peut sembler amusant, mais au titre de ces activités, je gagne 70 € par mois. C’est symbolique, et à ce stade autant les reverser à des associations caritatives qui en font un meilleur usage, mais plus sérieusement, cela signifie que la politique en France reste un sport de riches. Les publics les plus éloignés de la politique doivent donc avoir aussi une raison économique de dégager du temps pour en faire.

Je tiens à conclure en disant que je suis à la fois pessimiste pour la capacité du camp du progrès à rebondir à court terme en France, alors même que réémerge une société d’héritiers figée, ce qui laisse un boulevard à l’extrême-droite pour user des classes moyennes comme d’un marchepied vers le pouvoir, et optimiste comme je l’ai rarement été : Des révolutions encore méconnues mais profondément progressistes comme « Territoires zéro chômeur », mais aussi « Harlem Children’s Zone », que j’ai vu à New York en juin, ou les « baby bonds », ce capital de départ que le Connecticut a mis en place en 2023 le tout avec un coût très raisonnable pour les finances publiques – peuvent, prises ensemble et portées à échelle, permettre, quand il faudra défaire cette société du privilège et reconstruire, de redessiner les trajectoires de vie des plus fragiles et de grandement contribuer à ce que la naissance ne détermine pas la destinée d’un individu – ce qui est, ce me semble, le combat fondamental du camp du progrès.

Transformer la violence en force de créativité

17 juillet 2023 à 12:07

Des visions clivantes approchent le problème des violences, les énergies s’épuisent, les individus ne se rencontrent plus et de nombreux facteurs participent au délitement de la société.
Nous ne pourrons pas résoudre des problématiques complexes avec des solutions simplistes.
Cherchons à avoir un regard pluriel qui dépasse les clivages.
Nous pouvons, nous mobiliser ensemble pour refaire société, revitaliser le rapport à l’altérité, incarner nos valeurs républicaines et retrouver les dénominateurs communs qui fédèreront nos actions.

Les risques du déni

Tirons notre courage de notre désespoir même.
Sénèque

Les flambées de violence sont régulières en France et tout comme les processus d’éruption d’un volcan, il y a d’abord plusieurs étapes d’éruptions magmatiques pour évacuer le trop plein ou dégazage du magma. Ce phénomène produit une décompression et baisse la densité des gaz volcaniques jusqu’au jour où la poussée est trop forte et survient alors une éruption dévastatrice dite éruption effusive, le magma sort et provoque des ravages comme celui de Pompéi.
Précisément par crainte d’une révolution excessive et dévastatrice (car 1789 reste prégnant dans notre imaginaire français) recherchant la paix sociale, la tentation de l’État consiste à étouffer les flammèches éruptives en reportant sur autrui, en l’occurrence les jeunes des banlieues, la violence endémique d’un système social global. C’est alors une stigmatisation et une ostracisation qui accentuent le problème et conduisent vers un risque d’affrontement des extrêmes. Ce que les médias affectionnent car cela va permettre de faire des actus brûlantes !

Pourtant, les facteurs cumulés d’ostracisation[1] sont indéniables, le rapport Borloo en reprend quelques éléments : « La situation est facile à résumer : près de 6 millions d’habitants vivent dans une forme de relégation voire parfois, d’amnésie de la Nation réveillée de temps à autres par quelques faits divers. (…) Les causes sont connues : des grands ensembles impossibles construits (…) enfermés sur eux-mêmes et enclavés, ne bénéficiant pas toujours des fonctions d’une ville, parfois même hors ville, mais toujours de véritables cicatrices urbaines. Construits rapidement, tous sur le même modèle, pour résorber la crise du logement, ils ont accueilli une immigration de travail transformée en immigration familiale, sans que les moyens d’accueil et d’intégration n’aient été au rendez-vous. »[2] Vivant en semi-autarcie, forcée, stigmatisés par une bonne partie de l’opinion, il devient difficile de se trouver une place dans une société qui exclue et rejette, alors il reste la violence pour exprimer son existence et tenter d’alerter sur la détresse de milliers de personnes.

Le sentiment d’’impuissance des pouvoirs publics

Le sentiment d’impuissance des pouvoirs publics face aux plans successifs et à l’argent dépensé[3]. La colère des contribuables face, d’une part, à ces dépenses sans résultat significatifs[4] ou suffisants et, d’autre part, à la désagrégation régulière du matériel urbain et collectif et des centaines de commerces et ou lieux de travail. Ce qui exacerbe les oppositions entre ceux qui travaillent et ceux qui sont au chômage, les points de vue politiques se clivent.

Le traitement inégal des zones sensibles

Le traitement inégal de différentes zones sensibles, comme le mentionne Christophe Guilly dans La France périphérique[5] accentue les frustrations. Cette distinction de zones géographiques conduit à mettre en évidence la fragilité de certaines selon leur proximité/éloignement des grandes villes et de la répartition inégale des ressources en regard des besoins. C’est également l’allocation arbitraire des subventions[6] qui pose question, sur les critères de sélection comme sur des arbitrages politiques ignorant les réelles nécessités.
Le traitement inégal conduit au sentiment d’injustice qui exacerbe les autres facteurs de frustration et peuvent conduire à la violence, surtout lorsque le modèle dominant est basé sur la consommation infinie, créatrice de désirs et donc de rage lorsque ces biens s’avèrent inaccessibles par manque de ressources financières.
C’est là que le modèle libéral peut être revisité comme vecteur principal d’inégalités conduisant inexorablement à des manifestations de violence. 
Comment tenir ensemble une société lorsqu’une partie des plus grandes fortunes de France sont liées à l’économie du luxe, de la consommation ou du numérique ? Celui-ci s’enrichit de l’incitation permanente à la consommation via la gestion des Data et des algorithmes chaque jour plus performants dans les réseaux sociaux.[7]

Le sacre de la consommation

« Dans une société où la consommation est érigée comme un horizon d’émancipation, la frustration consommatoire agit comme un puissant vecteur de colère politique », démontre le communicant Raphaël Llorca. »[8]
Du rap au Hip-Hop à TikTok, une partie de la population trouve un moyen d’exister, de prendre une place grâce aux réseaux sociaux. En effet, sur YouTube, puis Instagram et maintenant TiKTok, en quelques heures, il est possible de poster une vidéo de qualité (ou pas) qui en devenant virale procure à son auteur la possibilité de devenir un influenceur. C’est-à-dire avoir une place reconnue et désirée qui, par le nombre de followeurs, se transforme en moyen de gagner de l’argent grâce aux marques qui subventionnent les performances de reconnaissance numérique. 
Par ailleurs, les algorithmes ne récompensent pas uniquement le nombre de likes et de commentaires mais incitent aussi au communautarisme en renforçant les centres d’intérêt et donc ceux communs de chaque communauté, les rendant également autarciques. Les algorithmes de FaceBook[9] ayant largement participé avec les années à passer du « tout ouvert » au « tout communautaire. Ce qui renforce le sentiment d’appartenance et augmente de facto les oppositions avec les autres que l’on ne fréquente plus.
Le sacre de la consommation et de la visibilité narcissique vient supplanter le sacré et la quête de sens. Comme consommer pour consommer n’est en rien une finalité transcendante, les désillusions rendent les individus amers et renforcent, là aussi les insatisfactions et les frustrations.

Violence institutionnelle contre violences des rues

Face aux « explosions de violence » les réactions institutionnelles ont aggravé la situation avec par exemple l’utilisation du mot « racaille » par Nicolas Sarkozy. Pour intégrer les minorités il est important que l’État soit exemplaire. C’est cette faillite d’incarnation des valeurs que dépeint régulièrement Amin Maalouf au travers de ses ouvrages : « La civilisation occidentale a été, plus que tout autre, créatrice des valeurs universelles ; mais elle s’est montrée incapable de les transmettre convenablement.[10] » La violence institutionnelle vécue également lors des « dérapages » de certains policiers[11] accentue le problème car cela fragilise la confiance que l’on porte à un État protecteur et censé incarner les valeurs républicaines : Liberté – Égalité – Fraternité. 
Et bien entendu la sauvagerie des meurtres de Samuel Patty, du prêtre Jacques Hammel, pour ne parler que de quelques-uns ou des différents policiers blessés ou tués est inacceptable. Chaque acte mérite une réparation exemplaire. La demande des citoyens est que chacun soit traité de manière équivalente et qu’il n’y ait pas de favoritisme ou de mise à l’index systématique.

Tant que l’ensemble de l’humanité ne sera pas parvenu à un niveau de conscience permettant la constitution d’une éthique individuelle favorisant la prise en considération et le soin porté au collectif, l’État fait figure de Parent structurant. Si ce dernier est défaillant alors, en reflet, ses « enfants » le sont aussi. Et comme il est plus facile d’imputer aux plus faibles nos propres manquements, la stigmatisation des jeunes des banlieues qui détruisent les centres villes est plus aisée. Les frustrations cumulées se reportent des banlieues aux centres villes, là où sont concentrées les richesses et le luxe.

Par ailleurs, pour être entendus les représentants des minorités et/ou des banlieues ont besoin d’être rassemblées en un collectif audible et représentatif : « Une des difficultés reste la coordination de ces collectifs. Mais nous ne sommes plus en 2005. Les révoltes sont sorties des quartiers populaires, pour aller vers les centres-villes. Elles succèdent à des mouvements sociaux importants comme les « gilets jaunes » ou le mouvement contre la réforme de la retraite, qui se sont heurtés à la même logique répressive. Ce contexte donne peut-être la possibilité d’alliances ou de convergences.[12] »

La désagrégation de la classe ouvrière a eu un impact systémique

La désindustrialisation de l’économie française dans les années 1980 mettant les ouvriers au chômage a fragilisé les cités, dites, ouvrières, économiquement et aussi socialement. L’autorité paternelle se réduisant car le père n’était plus exemplaire et crédible, n’allant pas travailler, ne faisant plus entrer le salaire dans le ménage, perdant la face, ce sont les fils qui ont pris le pouvoir, complexe œdipien placé dans une perspective sociétale[13]. La désillusion est grande face à l’incapacité de l’État à apporter une réponse à ces personnes en perte de repères.
Alors se crée des zones de flous en termes de responsabilité, de rôles, flous immédiatement exploités. « Les conflits liés aux prises de pouvoir sont identifiés par les sociologues des organisations (Crozier, Friedberg) comme le fait de laisser des flous volontairement ou non au sein d’un système. C’est-à-dire ces zones non prévues, des limites non clarifiées qui conduisent les acteurs à prendre position dans ces espaces mal définis et créant ainsi des conflits de rôles et plus largement de territoire et des conflits de pouvoir. Car il s’agit de savoir qui sera le premier à déployer sa stratégie de conquête sur l’espace et sur ses concurrents.[14] »  

Eric Marlière attire notre attention sur le fait que la mise au chômage massive des ouvriers a également eu une conséquence sur le maillage social et les tissus associatifs : « Les solidarités populaires sont moins fortes qu’elles ne l’étaient dans les années 1980 en raison des processus d’individuation qui se sont matérialisés dans différentes compétitions, dans la poursuite des études pour certains, le business pour d’autres, sans oublier la volonté de quitter le « quartier » lorsque les personnes s’en sortent.[15] » Ce qui a au notamment pour conséquence les replis communautaires et à nouveau l’instrumentalisation institutionnelle du phénomène : « Aujourd’hui, la revendication d’égalité des associations antiracistes est majoritairement disqualifiée comme « communautariste » par les pouvoirs publics, le simple fait de mettre en évidence des inégalités de traitement venant entacher l’universalisme républicain… En 2021, le terme de « communautarisme » a été remplacé par celui de « séparatisme » avec la loi « confortant le respect des principes de la République », dite loi « séparatisme » qui institutionnalise tout un ensemble de pratiques jusque-là informelles.[16] »

C’est dans ces zones de flou qu’émergent celles de non droit avec la prolifération de la drogue et des dealers, apportant des réponses aux besoins d’exister, d’avoir un rôle, d’être utile, d’être reconnu et de gagner sa vie. Ce sont les critères qui changent d’une catégorie sociale à l’autre, mais les fondamentaux sont les mêmes.

Ainsi, pour solutionner le problème, c’est en fait une institutionnalisation de la stigmatisation qui accroît le sentiment d’injustice et les frustrations. La demande essentielle de ces personnes est d’être traitée de la même manière que le reste de la population et donc d’incarner la valeur d’égalité puis celle de fraternité. Inégalité de traitement désormais clairement identifiée par la position prise par certains policiers : « Deux grands syndicats, Alliance et Unsa-Police, qui représentent plus de la moitié des policiers, publient, dans un contexte de désordres urbains consécutifs à l’homicide perpétré par l’un des leurs, un communiqué dans lequel ils se déclarent « en guerre » contre des jeunes qu’ils appellent des « nuisibles » qu’il faut « mettre hors d’état de nuire » et annoncent qu’ils vont entrer « en résistance » si le gouvernement ne met pas en œuvre des « mesures concrètes » consistant à élargir encore leurs prérogatives, à leur assurer une protection judiciaire plus étendue et à exiger de la justice plus de sévérité à l’encontre des fauteurs de troubles.[17] » Si la position des policiers peut être comprise : être blessé et tué, gratuitement est insupportable, il apparait que celle violence en miroir s’est engouffrée dans un cercle vicieux. Toutefois, c’est à l’institution et à l’État de montrer l’exemple. Idem pour les médias, la couverture massive d’un jeune de banlieue tué par un policier et minorer d’autres sujets comme les agressions régulières d’acteurs de l’État dans certains quartiers renforce les positions de certains et radicalisent les autres. 

Ce qui ouvre le débat de la couverture médiatique et du traitement de l’information. De plus en plus de journalistes sont désormais free lance et auxquels on demande un papier de 5000 signes pour le lendemain sur des problématiques complexes qui nécessitent des explorations et de longues investigations[18]. Alors, il ne reste plus, pour beaucoup, que l’option de relayer des opinions clivantes car les algorithmes encouragent ce qui fait débat et crée le plus de commentaires haineux. Les rédactions de grands journaux ou magazines privilégient également l’audimat qui se traduit par des ventes.

Une autre construction de l’altérité

Nous n’assumons plus que l’homme puisse et doive s’humaniser en cultivant sa capacité de fraternité.
Abdennour Bidar

Rejetés par la majorité des Français, reste alors une construction de l’altérité dans une diversité ghettoïsée, sans dialogue avec la majorité de la population nationale, ce qui accentue les ruptures par méconnaissance, ignorance et rejet. Pour Marie-Hélène Bacqué les plus jeunes sont intéressés par la politique mais autrement : « Notre enquête Pop-Part auprès de jeunes de quartiers populaires en Île-de-France de 2017 à 2021 montre la force des expériences communes à ces jeunes. Ces expériences sont marquées par la stigmatisation territoriale, la discrimination raciale et la force des inégalités sociales.

Ces jeunes ont aussi en commun une expérience de l’altérité ; ils habitent dans des quartiers aux populations très diverses de par leurs origines et trajectoires migratoires. La religion a aussi joué un rôle important dans leur socialisation, qu’ils soient comme la plupart musulmans ou bien évangélistes.

Le rapport distendu avec la politique institutionnelle peut s’accompagner d’un réel intérêt pour le politique, que ce soit au niveau local, national ou international. Cette distance s’explique par le sentiment de ne pas être entendu, de ne pas être représenté. Les jeunes trouvent donc d’autres voix pour se faire entendre.[19] »

Ce qui accentue le clivage de compréhension et de représentativité de ce qui devrait être un socle commun.

La culture narcissique de masse

La cuture narcissique présentée largement par Christopher Lasch[20] nous alerte sur plusieurs éléments, une réduction du sujet au profit de l’objet, tout et tout le monde deviennent objet de consommation. Le culte de soi et le désintérêt du collectif, autrement dit, se prendre soi-même comme finalité. « Le narcissisme se développe à travers une conception de la réussite sociale vidée de sa substance. Les idoles, personnalités vivant pleinement le fantasme narcissique à travers la célébrité, jouent un rôle éminent dans nos sociétés en donnant le ton tant dans la vie publique que privée. Elles sont admirées sans limite ou critiquées pour elles-mêmes et non pour ce qu’elles font. Les actes, les raisons de l’accomplissement personnel n’importent plus. Ce qui compte (…) c’est le succès, la célébrité, la popularité pour eux-mêmes. On ne cherche pas l’approbation pour ce que l’on fait mais pour ce que l’on paraît, pour l’image plaisante que l’on projette, pour l’attention que l’on a réussi à attirer sur soi, tout ceci devant être sans cesse renouvelé et ratifié par la publicité » et/ou l’autopromotion apportée désormais par les réseaux sociaux. 

L’immédiateté a pour conséquence de couper de la notion de continuité de générations, notamment : « Lasch constate également un déclin du sens de la « continuité historique ». « Vivre dans l’instant est la passion dominante », écrit-il et nous perdons la notion d’appartenir à une « succession de générations qui, nées dans le passé, s’étendent vers le futur ».[21] » Ce qui va poser problème pour la transmission culturelle, historique comme des ancrages des valeurs républicaines et de ce qui fait société.

Lasch mentionne également le délitement de l’autorité et de la fonction paternelle qui se transforme, dans son aspect universel, dans le capitalisme qui a une facette structurante, sans père : « Les modèles familiaux et personnels ont été dépassés au profit d’une dépendance bureaucratique où l’individu est déresponsabilisé et considéré comme une victime des conditions sociales. » On comprend mieux le rejet des figures incarnant le père comme un Président de la République[22], par exemple, auquel on privilégie le cadre de consommation que propose le libéralisme.

Un changement de paradigme aux couleurs explosives

Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. 
Antonio Gramsci

Post-modernité et dérapage, régrés

La déconstruction du modèle dominant dit moderne (privilégiant les valeurs scientistes comme facteur de progrès) conduit à un changement radical de notre civilisation qui connaît une phase intermédiaire, la post-modernité. Ce moment où les repères se déconstruisent et où le risque est de vivre un chaos, au sens premier du terme, lié aux régressions et aux affrontements des différents modèles de société et communautés.
Nous y sommes.
Depuis une vingtaine d’années, en mode bricolage, des milliers de personnes s’essaient à co-construire le monde en émergence, là aussi avec des tonalités très différentes entre ceux qui poussent le transhumanisme, ceux qui imaginent demain sur les bases de la décroissance et du retour à la nature et ceux qui revisitent le pouvoir et proposent des gouvernances matures et des organisations libérées.
Et dans le même temps, les régressions mentionnées semblent s’être radicalisées et les élections de dirigeants populistes partout sur la planète désespèrent les acteurs de la démocratie.
Aux phases de progrès succèdent celles de régrés.

L’instrumentalisation de la violence, des manipulations dangereuses

Nous mettons en perspective quelques études qui expliquent des tendances souterraines qui nous agissent et/ou nous manipulent. Avec Jérôme Fourquet, L’archipel français, nous pouvons comprendre les modalités d’une société plurielle et divisée avec le délitement des composantes des référents culturels qui ont constitué la France. La restructuration des composantes de la famille (IVG, divorces, naissance hors mariage, homosexualité, PACS, PMA…) autant d’évolutions sociétales qui s’opposent au dogme religieux, ce qui participe à une déchristianisation avec un désengagement massif de la religion catholique. En parallèle une immigration en hausse avec des valeurs et des pratiques fortes d’un Islam parfois vécu comme conquérant conduisant là encore à des positions duelles : islamophobie contre islamo gauchisme[23], clivant une nouvelle fois la société et empêchant les débats. 

Un Islam conquérant que décrit Florence Bergeaud-Blackler avec ses ouvrages notamment sur Le frérisme et ses réseaux. « Ils (les frères musulmans) ne s’arrêteront pas, parce que nous sommes un des rares peules au monde à être porteur d’un universalisme qui s’oppose au leur.[24] » Ainsi, une utopie de société religieuse conquérante prenant l’Europe comme terrain d’expansion prend en otage aussi bien les musulmans modérés que les autres citoyens, pratiquants ou non en inversant les codes sémantiques (Jean-François Le Drian). Même si des philosophes comme Abdennour Bidar[25] invite à la modération et au réveil des musulmans à redéfinir leur religion et se rappeler des origines pacifiques du dogme.

Influences souterraines que met également en lumière Giuliano da Empoli avec les Ingénieurs du chaos, démontrant, sources à la clé, les mécanismes manipulatoires des réseaux sociaux pour orienter les personnes à voter pour des candidats populistes, s’appuyant principalement sur les opinions les plus clivantes possibles. Il explique comment les élections en Italie, aux USA, au Brésil, en Israël et désormais en France ont pu être “trafiquées” et comment la rage et la haine sont instrumentalisées. Pour ces ingénieurs du chaos, la politique est considérée comme un produit, les êtres humains comme des fourmis, notamment dans le cas du Mouvement 5 étoiles, en Italie. 

L’utilisation des données maximise les commentaires les plus revendicatifs, qui sont alors le fait des extrêmes politiques qui se rejoignent dans leur véhémence et sont alors utilisés pour créer des tendances politiques. Celles-ci n’ont plus aucun lien avec un réel projet politique, mais uniquement comme des tendances labiles, des effets de mode qui cristallisent leur incarnation au travers de personnages populistes. Ce qui explique comment un Donald Trump odieux, insultant, vociférant, manipulant les informations, fervent adepte des fake news et du complotisme et détestant une bonne part de la population américaine a pu être élu. La majorité des personnes de classes populaires avaient réussi à s’identifier à lui. Désormais ces ingénieurs du chaos jouent sur les pulsions, activent les points de vue des extrêmes. Celles-ci devenant le centre des expressions de vote, incitant à désunir et à « libérer les animal spiritset les pulsions les plus secrètes et violentes du public[26] ».

Ainsi, d’une “déconstruction naturelle” d’un modèle de civilisation (changement de paradigme) qui évolue, en passant par une étape de pertes de repères avant d’en créer de nouveaux, s’ajoute une volonté délibérée de pousser les personnes dans leur archaïsme en valorisant la haine et la violence. Cette désinhibition sociale généralisée a plusieurs impacts, celui de faire régresser psychologiquement les individus vers des comportements que chaque société, à sa manière, s’était ingéniée à endiguer, car la violence « brute » ne permet pas de tisser les liens sociaux de qualité et à une société de tenir ensemble. Et aussi, cette « libération des instincts » dans le champ politique participe à désagréger les démocraties. Les élans populistes invitent davantage à un retour aux dictatures qu’à encourager les évolutions de gouvernance. « Une fois les tabous brisés, il n’est pas possible de les recoller : quand les leaders actuels passeront de mode, il est peu probable que les électeurs, accoutumés aux drogues fortes du national-populisme, réclament à nouveau la camomille des partis traditionnels. Ils demanderont quelque chose de nouveau et de peut-être encore plus fort. »

Voilà bien le « drame » de ces phénomènes souterrains à savoir que le fruit des Lumières, les valeurs universalistes et les Droits de l’Homme et du Citoyen, obtenus à la suite de moments sanglants de notre histoire, ayant conduit aux plus belles élaborations démocratiques, aux expressions de tolérance et à l’accueil de la diversité qui ont ensemencé le monde comme horizon souhaitable se transforment en un chaos qui pourrait engloutir chacun.

Pour qu’un nouveau paradigme s’installe il faut un temps long pouvant aller jusqu’à 250 ans[27] ce qui nous fait oublier la cyclicité des sociétés. Nous avons toujours besoin de toucher les pires abysses humains comme avec la Seconde Guerre mondiale – les camps de concentration et la bombe atomique – pour accoucher des plus belles utopies pour notre monde. Aujourd’hui, il semble que nous soyons à nouveau plongés dans un abysse équivalent afin d’émerger de la suite. Pourtant ce nouveau paradigme est en construction[28].

Du narcissisme à l’addiction

En développant une culture narcissique de masse, se développe une addiction multiforme au culte de soi primant sur le collectif, aux dirigeants narcissiques et populistes, à la violence, à la rage, activant l’adrénaline qui permet des regroupements festifs déliant les pulsions jusqu’ici retenues. L’augmentation significative de l’usage des drogues qui à la fois diminuent les capacités cognitives et encouragent la dépendance participe à la croissance du business des narcotrafiquants. Activité illicite dont les acteurs sont connus pour être violents et dont leur nombre est croissant en France et utilisent quartiers et banlieues comme terrain privilégié de leurs trafics.

Narcissisme et addiction constituent un cocktail explosif qui touche une grande partie de la population et qui vient se manifester au travers des populations les plus stigmatisées. Mais elles sont la forme d’éruption visible, celle magmatique qui montre la tension sous-jacente et qui pourrait se traduire par des affrontements de parties de la population, les extrêmes politiques[29], qui n’hésitent pas à s’affronter dans la rue, théâtre Dyonésien[30] permanent d’orgies barbares. 

La post-modernité a forgé, en suivant Michel Maffesoli, son paradigme sur le fait que le désordre ritualisé vient s’opposer à la modernité et apporter une alternative à la violence, elle l’endigue. Rappelons-nous l’analogie mythologique grecque. Le calme de la Cité était représenté par l’archétype Appolon, « tout est parfait » auquel Dyonisos et ses bacchanales amenaient le désordre, la perturbation dans la routine du quotidien pour revitaliser le social. Le problème réside dans le fait d’analyse ce que nous vivons aujourd’hui, avec des lunettes inappropriées. Car les utilisations délibérées de nos fonctionnements archaïques viennent nous faire régresser de ce moment de névrose où l’ordre établi structure la société, il est la norme sociale. Carnaval étant son inversion vivifiante, ponctuelle, afin de revitaliser un nouveau cycle social d’un an. 
Ce que nous votons dans les rues, ne sont plus ces moments codifiés de carnaval. Il est question d’une régression à des stades plus psychopathiques, d’avant la construction identitaire de la névrose. Et c’est là que cette sauvagerie non domestiquée pourrait emporter tout sur son passage, notre démocratie, notre civilisation, etc. Et bien entendu, là aussi les acteurs comme les causes des violences sont pluriels. Il est impossible de plaquer une seule lecture à un phénomène complexe.

C’est à ces différentes strates de resurgissement de la violence que nous voulons rendre attentifs, car en se méprenant sur les causes, les réponses peuvent être inadaptées. Il est essentiel d’avoir en tête ce millefeuille qui interagit dans diverses dimensions et de manière simultanée pour participer à l’établissement d’un diagnostic solide, pluridisciplinaire et multifactoriel et identifier par nature de causes des réponses qui pourraient être plus solides et pérennes.

Du constat aux propositions

Que vos choix soit le reflet de vos espoirs et non de vos peurs.
Nelson Mandela

Notre objectif est de dépasser les clivages et de proposer une tierce voie aux oppositions systématiques afin de réapprendre à faire société et tisser ensemble la civilisation en capacité de faire face aux défis de notre monde.
Afin de passer des constats aux propositions nous suggérons de partager un décodeur de complexité.
Pour ce faire nous proposons d’utiliser un référentiel qui fait office de boussole pour cartographier les différents facteurs de violence. En les catégorisant, cela permet d’identifier ce qui manque pour comprendre et également catégoriser les réponses et co-élaborer, avec les acteurs du terrain, les chemins d’évolution et de sortie du schéma de violence.
Ceci facilitera l’articulation de nombreuses initiatives en fonction de leur efficacité versus l’endroit où elles peuvent opérer (maturité des collectifs et spécificités culturelles). 
Nous avons évoqué le rapport Borloo en début d’article, si nous pouvons apporter notre pierre c’est sur l’objectif 19 : A la rencontre de l’autre. Nous mettons au service des associations et des acteurs privés et publics nos 30 ans d’expérience dans le champ de la gestion des conflits et des violences et de la construction de l’altérité, de la coopération et de l’intelligence collective.
Il est question de retisser des liens pérennes, sortir des enfermements, des ostracisations et stigmatisations pour co-créer ensemble, des solutions à des besoins communs. Alors, nous pourrons mobiliser l’énergie de vie des citoyens vers une co-construction républicaine et non une destruction démocratique.

Des pistes de réponse

Christine Marsan, 14 juillet 2023


[1] Facteurs d’ostracisation des “jeunes des banlieues” largement renseignés par des auteurs comme Jean-Marc Stébé, la crise des banlieues, Annie Fourcaut, Banlieue rouge ou Xavier de Jarcy, Les abandonnés. Les critères sont multiples et le manque de futur pour certains, le rejet, le racisme vécu (contrôle au faciès) sont autant de facteurs explosifs qui sont faciles à instrumentaliser.

[2] Vivre ensemble, vivre en grand, Rapport Borloo sur les banlieues : https://fr.scribd.com/document/657252187/Plan-Borloo-pour-les-banlieues

[3] https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/banlieues-nous-avons-tout-essaye-sauf-le-prive-801482.html ; https://www.francetvinfo.fr/vrai-ou-fake/emeutes-apres-la-mort-de-nahel-quatre-questions-sur-le-budget-de-l-etat-dedie-aux-banlieues_5933927.html

[4] https://www.tf1info.fr/societe/plan-marshall-pour-les-banlieues-ou-est-passe-l-argent-1534654.html

[5] Christophe Guilluy, La France périphérique, Flammarion, 2014.

[6] https://www.publicsenat.fr/actualites/societe/fonds-marianne-marlene-schiappa-a-refuse-une-subvention-de-100-000-euros-a-sos-racisme

[7] https://www.capital.fr/economie-politique/le-top-50-des-plus-grosses-fortunes-de-france-858220

[8] https://www.lopinion.fr/politique/emeutes-urbaines-et-frustration-consommatoire-la-chronique-de-raphael-llorca

[9] https://www.philomag.com/articles/pacome-thiellement-les-reseaux-sociaux-sont-un-piege-absolu-pour-ceux-qui-veulent?amp

[10] Amin Maalouf, Le déréglément du monde, Le Livre de Poche, 2009.

[11] https://www.scienceshumaines.com/un-reservoir-de-colere-se-remplit-peu-a-peu-entretien-avec-jacques-de-maillard_fr_46246.html?utm_source=brevo&utm_campaign=NL230710&utm_medium=email

[12] https://theconversation.com/quartiers-populaires-40-ans-de-deni-209008

[13] https://www.cairn.info/violences-en-entreprise–9782804150143.htm

[14] https://blogs.mediapart.fr/christine-marsan/blog/100723/violence-et-interstices (Adapté).

[15] https://theconversation.com/quartiers-populaires-40-ans-de-deni-209008

[16] https://theconversation.com/quartiers-populaires-40-ans-de-deni-209008

[17] https://aoc.media/opinion/2023/07/09/la-police-contre-la-republique/

[18] https://www.etui.org/fr/themes/sante-et-securite-conditions-de-travail/hesamag/journaliste-un-metier-en-voie-de-precarisation/le-burn-out-des-journalistes-symptome-d-un-malaise-dans-les-redactions

[19] https://theconversation.com/quartiers-populaires-40-ans-de-deni-209008

[20] Christopher Lasch, La cuture du narcissisme, Flammarion, 2008. https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Culture_du_narcissisme

[21] https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Culture_du_narcissisme

[22] Ce qui repose la question de son exemplarité ou tout du moins de sa posture.

[23] Philippe Fabry, Léo Portal, Islamogauchisme, populisme et nouveau clivage gauche-droite, VA Editions, 2021.

[24] Florence Bergeaud-Blackler, Le frérisme et ses réseaux, Odile Jacob, 2023.

[25] Abdenour Bidar, Lettre ouverte au monde musulman, Les Liens qui Libèrent, 2015 ; Les tisserands, Les Liens qui Libèrent, 2016 ; Génie de la France, le vrai sens de la laïcité, Albin Michel, 2021.

[26] Guiliano da Empoli, Les ingénieurs du chaos, Folio actuel, Gallimard, 2019.

[27] Ce qui tend à se réduire en ce moment avec les accélérations numériques de partage de l’information. Pour un plus long développement voir, https://www.acatl.fr/la-delicate-transition/

[28] Marc Luyckx Ghisi, 2 milliards de réenchanteurs, Actes Sud, 2023

[29] https://www.liberation.fr/politique/mort-de-nahel-les-milices-dextreme-droite-en-action-dans-les-emeutes-20230705_JJXU4ZXQPFGK3JJ65PZH3F4T5Y/

[30] Michel Maffesoli, L’ombre de Dyonisos, LGF, Livre de Poche, 1991. 

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