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Nouvelle-Calédonie la recolonisation en marche

La situation proche de la guerre civile en Nouvelle-Calédonie est directement imputable au pouvoir macroniste, qui a multiplié les manœuvres pour garder l’île dans le giron français.

L’aéroport de Nouméa sera resté fermé pendant 3 semaines – si la date de réouverture prévue au 2 juin est maintenue. Les Français et les touristes étrangers présents en Nouvelle-Calédonie ont été évacués via des avions militaires affrétés par la France, l’Australie et la Nouvelle Zélande. Au 24 mai, le bilan était de sept morts, dont deux gendarmes et une personne tuée par un militaire. Le président Macron, qui s’est rendu sur place, a parlé d’un « mouvement d’insurrection absolument inédit », ajoutant que « personne ne l’avait vu venir avec ce niveau d’organisation et de violence ».

Des chercheurs spécialistes de la région avaient pourtant prévenu : les agissements du gouvernement vis-à-vis de ce territoire, depuis plusieurs années, risquaient de mettre le feu aux poudres. Mais ces mises en garde n’ont pas été écoutées. Jusque-là, l’État pouvait pourtant s’appuyer sur l’accord de Nouméa signé en 1998, sans doute imparfait mais surtout remarquable à bien des égards. Les signataires – État français et responsables politiques locaux – y affirment que « le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale » et posent les bases d’un respect mutuel, en rétablissant quelques vérités historiques. Extrait : « Lorsque la France prend possession de la Grande Terre, que James Cook avait dénommée “Nouvelle-Calédonie”, le 24 septembre 1853, elle s’approprie un territoire selon les conditions du droit international alors reconnu par les nations d’Europe et d’Amérique, elle n’établit pas des relations de droit avec la population autochtone. Les traités passés, au cours de l’année 1854 et les années suivantes, avec les autorités coutumières, ne constituent pas des accords équilibrés mais, de fait, des actes unilatéraux. Or, ce territoire n’était pas vide. La Grande Terre et les îles étaient habitées par des hommes et des femmes qui ont été dénommés kanak. »

UN SCORE DE 96,49 % DES VOIX…

Qu’en est-il une vingtaine d’années plus tard ? L’accord de Nouméa prévoyait jusqu’à trois référendums portant sur la question de l’indépendance de l’île. Le premier, organisé en 2018, marque la victoire des loyalistes (favorables au maintien dans le giron français) par 56,67 % des voix. En 2020, la question est de nouveau posée et l’écart se ressère : le « non » ne recueille plus que 53,26 %. Le score allait-il basculer lors de la troisième et dernière consultation prévue par l’accord de Nouméa ? Contre l’avis du FLNKS (principal mouvement indépendantiste), qui souhaite l’organiser en octobre 2022, le gouvernement décide d’accélérer le calendrier et fixe le rendez-vous en décembre 2021. L’île est alors fortement touchée par le Covid, de nombreux décès sont à déplorer. La période de deuil faisant partie intégrante de la culture kanak, les indépendantistes réclament le report du scrutin. N’étant pas écoutés, ils appellent au boycott. Résultat : le « non » l’emporte avec 96,49 % des voix ! Un résultat sur lequel va s’appuyer le gouvernement pour déclarer clos l’accord de Nouméa et tourner la page de la question de l’indépendance.

Mais les manoeuvres et manipulations ne s’arrêtent pas là. Car le dégel du corps électoral est encore une façon d’ôter du pouvoir aux kanaks. Michel Naepels, anthropologue et chercheur au CNRS, parle même de « recolonisation » : « Modifier les corps électoraux qui définissent l’Assemblée de Nouvelle Calédonie et collégialement le gouvernement de Nouvelle Calédonie, [revient à] modifier le poids des différentes communautés. […]. C’est effectivement s’assurer d’une majorité toujours renouvelée par l’arrivée de nouveaux métropolitains. Et ça, c’est effectivement une recolonisation. »* Aux dernières nouvelles, Macron a annoncé l’envoi de forces de l’ordre (dont le RAID et le GIGN), de blindés et d’hélicoptères, en prévenant : la France, « c’est pas le Far West ! »

Nicolas Bérard

* Sur France culture, dans l’émission Le temps du débat du 21 mai.

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La transition, très peu pour nous !

La transition énergétique est sur toutes les lèvres, figure dans quasiment tous les programmes politiques et est même plébiscitée par l’industrie. Telle qu’elle est menée, elle aurait pourtant plutôt tendance à accélérer la catastrophe. Explications.

Le 13 mai, le géant de l’informatique Microsoft annonçait un plan d’investissement de 4 milliards d’euros dans l’Hexagone, conduisant à l’implantation d’un nouveau centre de données près de Mulhouse. Cette annonce et le traitement médiatique qui en a été fait illustrent presque à la perfection le piège de la « Transition énergétique ». La firme, qui développe ainsi son infrastructure dans l’intelligence artificielle, s’est engagée à faire fonctionner tout ce tralala uniquement avec des énergies renouvelables. Emmanuel Macron a aussitôt fanfaronné, y voyant la preuve « qu’on peut faire de la croissance, de la décarbonation et de la digitalisation ».

Et si, finalement, il avait raison ? Si le capitalisme mondialisé était effectivement sur le point de nous sauver du péril climatique, grâce à son incroyable capacité d’adaptation et d’innovation ? Les chiffres semblent parler pour lui : Eurostat nous apprend que « les énergies renouvelables ont battu des records en Europe » en 2023, leur part de l’électricité produite dans l’Union Européenne (44 %) dépassant largement celle des fossiles (33 %). Au niveau mondial, les renouvelables atteignent près de 15 % du mix énergétique (1). On a envie d’y croire : encore cinq-six fois ça et on atteindra le 100 % renouvelables, non ?! Et ainsi se diffuse la petite berceuse de la croissance verte et du développement durable.

 

Un passé qui n’existe pas vers un futur qui reste fantomatique

Driiing ! L’historien Jean-Baptiste Fressoz fait sonner le réveil. Dans son livre Sans Transition (2), il raconte « une nouvelle histoire de l’énergie permettant de comprendre l’étrangeté radicale de la notion de transition. Au lieu de présenter la succession des systèmes énergétiques au cours du temps », il explique pourquoi « toutes les énergies primaires ont crû de concert et pourquoi elles se sont accumulées sans se remplacer ». Dans le grand gâteau de la production d’énergie, en effet, les renouvelables se taillent une portion de plus en plus importante. Le problème, c’est que dans le même temps, le gâteau ne cesse de grossir. Résultat : en 2023, nous n’avons certes jamais produit autant d’énergies renouvelables, mais nous n’avons jamais cramé autant de charbon non plus ! Idem pour le pétrole ! C’est une question de présentation : les malins transitionnistes mettent en avant le fait que les énergies fossiles baissent en valeur relative… pour mieux cacher qu’elles augmentent en valeur absolue !
Une idée largement répandue voudrait pourtant que la civilisation ait connu plusieurs chapitres énergétiques : après le muscle humain et animal puis le bois énergie, le charbon a fait le travail, jusqu’à ce que le pétrole prenne le relais. La transition du XXIe siècle consisterait à remplacer, cette fois-ci, le pétrole par des renouvelables.

Mais ces précédentes transitions n’ont jamais eu lieu ! Au fil de l’histoire industrielle, toutes les sources d’énergie ont au contraire évolué en symbiose, l’accroissement de l’une entraînant plutôt celui de l’autre. L’utilisation du charbon, par exemple, n’a jamais remplacé l’exploitation du bois-énergie. Les mines de charbon elles-mêmes consommaient des quantités extravagantes de bois pour fonctionner, principalement sous forme d’étais destinés à soutenir les galeries. « Certes, les étais sont rangés du côté du bois d’œuvre, mais il s’agit d’une convention discutable : leur fonction était bien de produire de l’énergie. »
Autre exemple : « Au XXe siècle, comme aujourd’hui, le pétrole est pompé par des machines en acier, il est transporté par des bateaux, des wagons-citernes ou des pipelines en acier, il est raffiné dans des usines en acier et finit brûlé par des moteurs en acier faisant avancer des engins en acier. Et pour l’essentiel cet acier est produit avec du charbon. » L’imaginaire de la transition énergétique projette donc « un passé qui n’existe pas sur un futur qui reste fantomatique ».
Ce à quoi nous assistons actuellement n’a rien d’une « transition » :il s’agit d’une « expansion symbiotique » du système énergétique.

 

Le solaire au service du capitalisme ?

Cette analyse nous fait voir l’annonce de Microsoft d’un autre œil. Quand bien même l’entreprise ouvrirait une ferme de panneaux solaires (3), ceux-ci alimenteraient un nouveau « besoin » au lieu de faire baisser la consommation de charbon, de pétrole, de gaz naturel ou de nucléaire. De plus, la construction de ces panneaux solaires exigera l’utilisation d’énergies fossiles pour extraire des matières premières, assembler le tout, puis acheminer les panneaux jusqu’à leur lieu d’implantation. Ils fourniront alors de l’électricité à un site comprenant espace de stockage de données et supercalculateur énergivores, dont on s’était très bien passé jusque-là. Au final, l’énergie de ces panneaux, toute renouvelable qu’elle soit, ne fera que renforcer un capitalisme destructeur. « La transition est l’idéologie du capital au XXIe siècle, tranche Fressoz. Grâce à elle, le mal devient remède, les industries polluantes, des industries vertes en devenir, et l’innovation, notre bouée de sauvetage. »
Puisque cette bouée est trouée, sommes-nous définitivement foutus ? Non. Car même si les renouvelables ont un rôle à y jouer, nous connaissons tous et toutes l’élément de base d’un réel changement. Il peut porter plusieurs noms mais désigne une même idée générale : décélération, décroissance, sobriété… Au travers d’exemples concrets, on a cherché à savoir ce que ça pourrait donner. Comme dirait Gébé : « Et c’est pas triste ! »

Nicolas Bérard

1 – Energy Institute’s statistical review 2023
2 – Sans transition, une nouvelle histoire de l’énergie, de Jean-Baptiste Fressoz, éd.Seuil, coll. écocène, 410 pages, 24 €.
3 – Ce qui, écologiquement, pose aussi de sérieuses questions : lire notre dossier « Pour un autre photovoltaïque », L’âdf n° 180.

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Covoiturage : une seule solution, la réquisition

Écoutez cet article lu à voix haute :

Un service qui met en relation des particuliers pour partager des frais souvent contraints ne devrait-il pas être gratuit ? Un service massivement utilisé qui s’intègre aujourd’hui à la politique des transports ne devrait-il pas être public ? À l’heure où il devient urgent de changer de cap, n’est-il pas absurde de compter sur la logique financière  ?
Et si le BlaBlaCar que nous connaissons aujourd’hui avait fait son temps ? BlaBlaCar s’est accaparé le covoiturage au nom des lois du marché ?
Accaparons nous BlaBlaCar, au nom de l’intérêt général !

Bien crédules, à coller nos autocollants BlaBlaCar en signe d’appartenance à la « communauté ». Bien naïfs, à croire que cette « économie du partage » allait changer le monde en mieux. À la fin des années 2000, nous étions les premiers inscrits sur la plateforme, les fameux pionniers. Nous découvrions un service gratuit et convivial pour partager les frais. C’était merveilleux… et nous rechignions à voir la réalité en face, aveuglés par le doux rêve écolo et partageux dans lequel nous faisait baigner la com’ de BlaBlaCar. La réalité, aujourd’hui, on la connaît tous : BlaBlacar est une multinationale comme une autre, seulement guidée par la recherche du profit. Sur la plateforme, il n’est plus question de convivialité, d’environnement ou de covoiturage. BlaBlaCar propose aux passagers « un vaste choix de trajets à petits prix », point barre. Nous avons été les pionniers pour publier des annonces, ainsi donner du trafic à la plateforme, lui permettant d’attirer toujours plus d’utilisateurs. Quand nous avons été suffisamment captifs, que la concurrence n’existait plus, la firme a pu imposer sa commission, tout simplement.

Aujourd’hui, la société Comuto, qui détient BlaBlaCar, est valorisée à 2 milliards de dollars (1). Elle est présente dans 21 pays. Nous sommes plus de 100 millions dans le monde à être inscrits sur la plateforme. En France, c’est le cas de plus de la moitié des 18-30 ans (2). Macron et tous les libéraux qui voient le salut dans la tech adorent BlaBlaCar. C’est le symbole de la France qui gagne. À l’inverse, si BlaBlaCar s’effondre, il emporte dans sa chute tout le mythe de la start-up Nation. Alors l’État soutient indirectement mais massivement la multinationale, en particulier avec la prime covoiturage, contre tout bon sens environnemental (voir p. 10 du journal). Et l’État macroniste voit plus loin : les plateformes de covoiturage en acteurs du service public, avec nous au volant. Dans de nombreuses agglomérations, nous sommes désormais subventionnés pour proposer nos sièges. En milieu rural, sous prétexte de « covoiturage solidaire », des particuliers se retrouvent à faire taxis, payés trois kopeks (3). Sur le site de réservation SNCF connect, on trouve désormais des annonces BlaBlaCar. Ou comment le covoitureur lambda concurrence le cheminot. Encore plus fort que l’ubérisation : la blablacardisation. Grèves ? « Pensez covoiturage », lit-on sur les panneaux autoroutiers. Les ultras libéraux des années 90 type Alain Madelin n’en rêvaient même pas. Macron et BlaBlaCar l’ont fait. En partie grâce à nous, les pionniers.

Voilà, les Bisounours que nous étions sont à présent lucides. Certains ont fait ce constat il y a quelques années, et ont créé la plateforme alternative Mobicoop. Elle assure des échanges sans commission, n’impose pas le paiement via la plateforme, est gérée par une coopérative… et vivote : là encore, arrêtons de nous voiler la face, Mobicoop ne concurrencera jamais BlaBlaCar. Il faut donc aller plus loin. BlaBlaCar s’est accaparé le covoiturage
au nom des lois du marché ? Accaparons-nous BlaBlaCar, au nom de l’intérêt général. Les temps sont trop incertains pour laisser un outil aussi précieux que le covoiturage aux mains de financiers. Il revient à la collectivité, à nous, de prendre la main. La seule solution, et la bonne, c’est la réquisition. Il suffit de le décider. Le plus tôt sera le mieux. Encore une fois, soyons pionniers !

Fabien Ginisty

1- « Blablacar est désormais valorisée deux milliards de dollars », Maddyness.com, 2021.
2- Ces chiffres sont donnés par BlaBlaCar.
3- Voir par exemple la plateforme Atchoum.eu

Enquête sur la face cachée du covoiturage.

Le covoiturage, c’est merveilleux : écologique, pas cher, convivial, et, grâce à BlaBlaCar, trouver un trajet ou des passagers est devenu aussi simple que de réserver un billet de train. La firme a ainsi rapidement construit un quasi-monopole sur ce mode de transport. Pourtant, derrière ce beau discours se cache une réalité moins flatteuse.

220 pages, couverture souple,
13 x 18 cm.
Coédition avec le Passager Clandestin.
16 €.

Numéro 194 – Avril 2024

Dossier – Covoiturage, reprenons la main !

Début 2000, nous étions les naïfs « pionniers» à poster des annonces de covoiturage. Une fois bien captifs, BlaBlaCar a pu imposer une commission. La multinationale gagne de l’argent à chaque fois qu’on prend notre voiture, contrairement à son discours écolo. Après une enquête fouillée, nous sommes arrivés à cette conclusion : le covoiturage doit être un bien commun. Puisque BlaBlaCar s’est accaparé le covoiturage au nom du marché, accaparons le au nom de l’intérêt général !

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« S’attaquer à l’ultra-libéralisation de l’agriculture »

Porte-parole de la Confédération paysanne, Laurence Marandola revient avec nous sur les mesures gouvernementales destinées à apaiser les professionnel·les du monde agricole. Selon elle, ces mesures ne répondent pas aux vrais problèmes et marquent un recul extrêmement important sur le plan environnemental.

L’âge de faire : Un mois après le mouvement de contestation du secteur agricole, quel regard portez-vous sur les solutions apportées par le gouvernement ?
Laurence Marandola : Il y a quelques mesures d’urgence pour des paysans qui avaient vécu des tempêtes, des inondations, la MHE (maladie hémorragique épizootique), etc. Tout n’est pas parfait, loin de là, mais disons que c’est une bonne chose. Pour le reste des 62 mesures, il y a tout et n’importe quoi, dont beaucoup de mesures qui vont affaiblir les dimensions environnementales, sociales, de droit du travail, et qui ne sont pas de nature à répondre à la crise. Ce qui nous fait dire que, probablement, le mouvement n’est pas terminé. La question principale est celle du revenu des agriculteurs et des prix, qui est le seul moyen d’aborder la transition écologique et l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Et ce problème n’est pas traité.

Mais il existe des modèles agricoles tellement différents que, concrètement, le gouvernement ne peut pas satisfaire à la fois la FNSEA et la Confédération paysanne…
Pendant le salon de l’Agriculture, Emmanuel Macron s’est engagé à recevoir tous les syndicats vers le 15 mars. Puis ça a été repoussé à aujourd’hui [le 19 mars, Ndlr], et finalement, seuls la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont été reçus. On voit bien pour qui ils roulent… Mais je pense qu’aujourd’hui, ça va encore plus loin : le gouvernement répond uniquement aux exigences des patrons de la FNSEA, mais pas celles des adhérents du syndicat, éleveurs, légumiers, petits céréaliers… C’est pour ça que ça a clashé au salon de l’Agriculture, alors qu’Arnaud Rousseau (le président de la FNSEA) ne le souhaitait pas. Il s’est fait totalement déborder par ses adhérents.
Le gouvernement est prisonnier du système qu’il a co-construit avec la FNSEA depuis des décennies, et on voit bien qu’il ne s’adresse qu’à Rousseau pour faire cesser le mouvement, mais peut-être que cette fois ça ne fonctionnera pas.

Il existe donc une véritable cassure entre les dirigeants de la FNSEA et la base du syndicat ?
Clairement. Il n’y a pas un agriculteur en France qui ne connaisse pas des gens de sa famille, des proches, des voisins, des collègues qui ont subi des maladies graves liées à l’utilisation de produits phytosanitaires. Être dans ce déni-là sur les questions de santé publique et de pollution de l’eau, c’est ahurissant. Une récente étude a montré que 85 % des agriculteurs étaient prêts à changer leurs pratiques. Ça ne veut pas dire qu’ils iront jusqu’à se convertir en bio, mais ça montre qu’il y a une conscience du problème. Or le recul en matière environnementale est extrêmement important. Il n’y a plus du tout de condition environnementale pour toucher les aides de la PAC, le plan écophyto a été mis sur pause, il n’y a plus de ZNT (zone de non traitement)… Ils envisagent de déréglementer la construction des gros ouvrages hydrauliques, autrement dit des méga-bassines, la création d’élevages industriels, on parle aussi du retour des OGM… Et les dirigeants de la FNSEA disent qu’il y a encore quelques points d’achoppement, sur des questions de produits phytosanitaires. Je ne sais pas ce qu’ils veulent de plus ! On pense qu’ils veulent obtenir la ré-autorisation de certains produits interdits.

Macron a aussi parlé d’instaurer des prix plancher. C’est quelque chose que vous réclamiez ?
Nous avions demandé d’instaurer un prix minimum pour l’ensemble des produits, afin d’interdire les prix qui ne couvrent pas nos charges, nos coûts de production, la rémunération de notre travail et la protection sociale. Ça doit s’appliquer à tout : fruits et légumes, lait, viande, miel… Mais cette mesure est inopérante si elle est prise seule. Il faut l’assortir de la régulation des volumes de production. D’ailleurs, tout allait mieux dans les filières betterave et lait quand il y avait des quotas. Il faut aussi l’assortir de l’application de la loi Egalim (1) concernant la restauration collective, qui représente de gros marchés. Et enfin, il faut des mesures pour affaiblir la concurrence intra-européenne. Ça veut dire s’attaquer à l’ultra-libéralisation de l’agriculture. On a besoin de régulation, et si on ne retire pas l’agriculture des accords de libre échange, ça va être impossible.

Justement, on en est où de ces accords ?
Pendant le salon de l’Agriculture, l’Europe en a encore signé deux, avec le Kenya et le Chili ! Un nouvel accord avec la Nouvelle-Zélande avait été signé en décembre. Là, il y a un accord en préparation entre l’UE et le Mercosur (2). La France continue de dire qu’elle ne le signera pas « en l’état », mais les négociations se poursuivent, donc elle ne ferme pas la porte… Si on continue à traiter l’agriculture et l’alimentation comme n’importe quelle marchandise, clairement, on n’y arrivera pas. À chercher toujours le meilleur prix, c’est le moins disant environnemental et social qui va gagner.

Recueilli par Nicolas Bérard

1- Loi « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable ».

2- Zone économique constituée de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay.

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Quizz : quel diffuseur pourriez-vous être ?

Sans peur ni reproche, ils achètent, chaque mois, 5 exemplaires ou plus de L’âge de faire, pour les distribuer autour d’eux. Sans cette centaine de lectrices et lecteurs engagés, notre modeste canard n’existerait pas. Le temps d’un quizz, mettez-vous dans la peau de ces héros modernes de la presse indépendante. Seriez-vous plutôt « changement de cap » comme Yann, « extension du domaine militant » comme Claudine… ou vous-même ?

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Moi presse papier

« Quoi, ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Quelque chose qui ne va pas ? Elle ne te revient pas ? »
Toi qui me zyeutes, rassure toi : ton regard sur mes lignes me flatte. Il se pourrait même que naisse entre nous une certaine complicité, nous verrons. Tu peux avoir confiance sur un point : tel que je suis je resterai, condamné à m’assumer tout entier et à jamais – y compris quand je débute par une citation de Johnny Halliday. Les mots qui défilent actuellement sous ton oeil curieux sont comme tatoués sur ma fibre, je ne peux les renier. Cette honnêteté ne fait pas de moi un ange : je peux véhiculer les phrases les plus sublimes comme les plus abjectes. Je ne suis finalement qu’un « médium » permettant de faire circuler des idées, et je bénéficie pour cela d’une souplesse absolue : d’Émile Zola dans L’Aurore à Pascal Praud dans Le Journal du Dimanche, peut-on trouver plus immense grand écart ?

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Une commune bannit l’ordiphone de l’espace public

Le maire d’une commune de Seine-et-Marne a organisé début février une consultation locale pour proposer à ses administré·s de réglementer l’usage de l’ordiphone dans l’espace public.

Vincent Paul-Petit est non seulement le maire (LR) de Seine-Port, une commune de 2 000 habitant·es en Seine-et-Marne, mais il est aussi grand-père. Et c’est d’abord en tant que tel qu’il a constaté, comme nombre de grands-parents, à quel point les relations avec ses petits-enfants étaient perturbées par les écrans. L’élu a ensuite pris le relais du papi, car le problème dépassait largement sa sphère familiale. « Des parents, des grands-parents, des enseignants me faisaient part d’histoires douloureuses à ce sujet. » Pour le maire, il s’agit bien d’une question politique. Car aujourd’hui, les professionnels de santé et de l’enfance s’accordent sur les effets néfastes qu’ont les écrans sur la santé mentale et physique des plus jeunes, ainsi que sur le développement de leurs capacités cognitives. En juin 2023, lors de la fête des écoles, l’édile a donc annoncé, de façon volontairement provocatrice, qu’il comptait tout bonnement interdire l’utilisation de l’ordiphone dans l’espace public. « Ça m’a laissé l’été pour savoir comment j’allais m’en sortir… »

 

« Lutte contre l’envahissement des écrans »

Ses réflexions aboutirent à un plan en trois étapes. Premièrement, la municipalité a organisé une conférence, peu après la rentrée, donnée par Anne-Lise Ducanda, médecin en PMI (protection maternelle et infantile) et co-créatrice du Collectif surexposition écran (Cose). L’occasion de rappeler aux habitant·es, par exemple, qu’en l’espace de huit ans, le nombre d’enfants âgés de 2 à 11 ans souffrant de troubles cognitifs et intellectuels a progressé de 24 %. Que le nombre de ceux qui sont atteints de troubles du psychisme a augmenté de 54 %. Que ceux qui présentent des troubles du langage sont 94 % plus nombreux. Deuxième étape : un groupe de volontaires (élus, (grands-)parents, professionnels de l’enfance) s’est constitué pour rédiger une Charte communale du bon usage des écrans, visant à la « lutte contre l’envahissement des écrans qui abîment la santé de nos enfants et qui détruisent progressivement notre vie familiale, sociale et même nos fondements démocratiques ». Les mesures prescrites par cette charte vont de l’interdiction de l’usage de l’ordiphone dans l’espace public (lire encadré) à l’engagement de limiter le temps d’écran des enfants – notamment en respectant la « règle des 4 pas » proposée par la pédopsychiatre Sabine Duflo, elle aussi membre du collectif Cose : pas d’écran dans la chambre, pas le matin, pas avant de se coucher, pas pendant les repas*.

 

Une charte approuvée par referendum

Troisième étape : la mise aux voix de cette charte. Un référendum local a été organisé le 3 février. 20 % de la population y a participé (à titre de comparaison, la consultation pari- sienne pour le triplement des tarifs de stationnement des SUV dans la capitale n’a attiré que 5 % des Parisien·nes) et c’est le « oui » qui l’a emporté, avec 54 % des voix ! Seine-Port est donc devenue la première commune française à se déclarer « commune sans smartphone » ! Quelles sanctions risquent les contrevenants ? Aucune. « Je n’ai pas le pouvoir de mettre en place des sanctions, explique l’édile. Et même si je l’avais eu, je ne l’aurais pas utilisé, car je crois à des règles qui s’appliquent à tout le monde et qui sont respectées parce qu’on les a choisies collectivement. » L’absence de sanction ne signifie pas, donc, que la charte est uniquement symbolique et qu’elle n’aura pas d’effet. « Je fais par exemple le pari qu’à l’avenir, les parents qui sortiront leur smartphone devant l’école seront un peu mal à l’aise et que les choses vont se réguler ainsi. » Une parole officielle, telle que celle du maire de la commune, peut aussi légitimer le discours de parents qui tentent de limiter le temps d’écran de leurs enfants. Pour Vincent Paul-Petit, « il ne faut pas laisser les parents et les enseignants seuls face à cette déferlante numérique ». Seine-Port sera-t- elle imitée par d’autres collectivités ? « J’ai l’impression d’avoir allumé une mèche, et que tout le monde attend un peu de voir ce que ça va donner… »

Nicolas Bérard

* Elle vient de publier une édition revue, corrigée et augmentée de son livre Il ne décroche pas des écrans ! Comment protéger nos enfants et nos adolescents, éd. L’échappée, 310 p., 14 €.

À LA RESCOUSSE DU LIEN SOCIAL

La charte de la commune de Seine-Port proscrit l’utilisation de l’ordiphone dans l’espace public, notamment devant les écoles et dans les commerces. Ces lieux n’ont évidemment pas été choisis au hasard. Les écolier·es doivent se sentir accueillis et attendus par la personne venue les récupérer. Or, si l’adulte accorde alors une partie de son attention à son ordiphone, le lien ne s’établit pas convenablement avec l’enfant. Ce n’est pas la seule « technoférence » provoquée par l’ordiphone à ces endroits : « Les enfants sortent de l’école, ils se parlent entre eux, donc les parents se parlent aussi… Résultat, tous les jeunes parents disent qu’ils tissent des liens sociaux devant les écoles, explique le maire Vincent Paul-Petit. De même, dans nos petites villes et nos villages, c’est souvent dans les commerces qu’on croise des voisins, qu’on prend des nouvelles des uns et des autres. » Autant de liens qui ne se font pas si tout le monde est absorbé par son ordiphone.

Or, « la solitude dans notre société, ce n’est pas un petit sujet, et elle se développe derrière un grand mur numérique ». Cette solitude accrue concerne aussi les plus jeunes : contrairement à ce que suppose le nom qui leur a été donné, les « réseaux sociaux » isolent leurs utilisateurs. Les jeunes ne se sont jamais aussi peu vus, pour de vrai, « en présentiel », que depuis que ces réseaux existent, portés par les ordiphones. Ces appareils, le maire souhaite donc les « ringardiser ». Pour cela, la commune offrira aux parents qui en font la demande et « en contrepartie d’un engagement à ne pas acheter de smartphone avant l’entrée au lycée », un téléphone portable à touches, à l’ancienne, sans internet. Christian Paul-Petit espère que ces jeunes garderont leurs téléphones à touches en intégrant le lycée et créeront ainsi un phénomène de mode. La desmartphonisation progresse !

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Le jeu de la presse pas pareille

Pour la Semaine de la presse à l’école, voici un petit jeu. Chaque expression en italique correspond au titre d’un média. Saurez-vous les retrouver sur notre Carte de la presse pas pareille, en pages centrales (et bientôt en ligne sur ce site)? Comme vous l’avez peut-être remarqué, notre feuille de chou est un peu spéciale ce mois-ci. Au risque de boucler en retard, ou d’oublier d’écrire la page que vous lisez, on a voulu vous faire le topo des journaux qui apportent d’autres regards sur le monde. Vous savez, ces chiffons qui mettent leur grain de sel partout, jouent les gratte-à-cul et n’hésitent pas à jeter une brique dans la mare !

Les reporterre qui, tous les jours, partent à la recherche des autres possibles et des alternatives économiques. Les fakirs qui n’ont pas peur de marcher sur une bogue de châtaigne… Et même ceux qui lèvent le poing, en organisant la contre-attaque pour faire dijoncter le système ! Dans ce pays où « racailles* » et moutons noirs sont sans arrêt pointés du doigt, les reflets de la réalité sont déformés par les médias de l’in-satiable capitalisme. Il est loin le temps des sans-culotte… Mazette* !
Ça vaut le coup de faire un arrêt sur image pour montrer comment, du lundi matin au dimanche soir, nos frustrations sont instrumen-talisées pour détruire le lien social. Buzz raciste. Mépris des pauvres. Compétition de tous contre tous. Voilà, plutôt, ce qu’il faut détruire. Écoutez : le vent se lève ! Un doux zéphyr ? Plutôt une bourrasque, qui dit « basta » à la pensée unique. Partout en France, des cen-taines de médias alternatifs plongent dans la popotte citoyenne et passent l’actualité au pressoir*. Leurs crieurs investissent les bancs publics pour faire vivre et connaître ces journaux qui ne dépendent ni de riches actionnaires, ni de la pub, ni d’organisations politiques ou religieuses. La presse libre est diverse. Certains titres aiment le noir&blanc, d’autres veulent tout voir en vert. Il y a les pacifiques qui revendiquent le silence, les énervés qui assument couacs, postil-lons et tapage, ou encore ceux qui préfèrent le chant de la hulotte. Les sédentaires qui ont jeté l’ancre, et les nomades qui vont voir là-bas si j’y suis – et pourquoi pas jusqu’au far-ouest !
Mouais, vous allez me dire. Elle est bien jolie votre presse alternative, mais elle touche pas grand-monde. C’est pas elle qui va s’afficher en grand format, inverser le rapport de force et impulser la décrois-sance ! Certes pour l’instant, mais ça ne nous empêche pas d’avoir de grandes ambitions ! Nos médias ont la particularité de s’entraider, non seulement pour survivre et faire la fête ensemble, mais aussi pour donner plus de visibilité aux idées, réalités et expériences que nous traitons dans nos pages. Notre Syndicat de la presse pas pa-reille construit peu à peu des moyens communs de diffusion.
À L’âge de faire, nous avons la chance de pouvoir compter sur des lectrices et lecteurs acharnés, toujours au taquet pour nous aider à nous faire connaître. Ce mois-ci, vous avez été 240 à nous commander des exemplaires spéciaux gratuits de ce numéro, à distribuer autour de vous. Merci ! On lâche rien, la suite au prochain numéro !

Lisa Giachino

*Les mots portant une * sont les noms d’anciens médias… Hommage !

Numéro 193 – Mars 2024

Dossier – Hissez haut la presse libre !

La presse indépendante, on tombe dessus généralement par hasard. C’est ce journal qu’on découvre dans les toilettes chez le voisin, celui qu’on nous tend pendant une manif, qu’on déniche dans les recoins d’un kiosque ou d’Internet. Il n’y a pas de pub à l’intérieur, ou très peu. Ce n’est pas non plus un tract politique. Non, c’est de l’info, mais différente, et différemment présentée. Cela ne ressemble pas à ce « machin » médiatique hyper formaté dans lequel on a l’impression de baigner continuellement. Parfois on trouve ça « trop politique », « militant ». Mais souvent, quand on s’intéresse un peu à l’actualité, on se dit que ça fait du bien de lire autre chose, de découvrir d’autres sujets, d’entendre un autre son de cloche. « Ça donne des idées », disent souvent nos lecteurs.
Qui sont les gens qui sont derrière ces journaux ? Comment travaillent-ils ? Comment se financent-ils ? Le journal que vous tenez entre les mains est un exemple, parmi d’autres, de cette presse qui existe indépendamment des milliardaires, de la pub et des partis. Aucun de ces canards ne se ressemble, mais en découvrant comment on fonctionne, à L’âge de faire, vous aurez quand même un aperçu des rouages de cette « autre presse ». « Indépendant » ne veut pas dire « coupé du monde » : l’information a un coût, et comme toutes les entreprises, nous payons des « charges ». Ces charges sont autant de recettes pour une imprimerie coopérative, de loyers pour un bâtiment qu’on a isolé en paille et qu’on partage avec une MJC et une association d’éducation à l’environnement… C’est aussi ça, l’arrière-boutique de L’âge de faire : votre argent « ruisselle » bien au-delà de la fabrication du
journal !
Car à la fin, écrivons-le sans détour, il y a toujours votre argent ! L’indépendance de la presse repose justement sur le fait qu’elle est financée par celles et ceux qui la lisent. Depuis 2005, on continue l’aventure grâce à vous. Le jour où vous ne serez plus assez nombreux, on arrêtera, tout simplement… et le jour, plus proche, où vous serez encore plus nombreux, on fera un journal encore mieux et pas plus cher ! Vive L’âge de faire ! Vive la presse libre !

Numéro 193 – Mars 2024 – PDF

Dossier – Hissez haut la presse libre !

La presse indépendante, on tombe dessus généralement par hasard. C’est ce journal qu’on découvre dans les toilettes chez le voisin, celui qu’on nous tend pendant une manif, qu’on déniche dans les recoins d’un kiosque ou d’Internet. Il n’y a pas de pub à l’intérieur, ou très peu. Ce n’est pas non plus un tract politique. Non, c’est de l’info, mais différente, et différemment présentée. Cela ne ressemble pas à ce « machin » médiatique hyper formaté dans lequel on a l’impression de baigner continuellement. Parfois on trouve ça « trop politique », « militant ». Mais souvent, quand on s’intéresse un peu à l’actualité, on se dit que ça fait du bien de lire autre chose, de découvrir d’autres sujets, d’entendre un autre son de cloche. « Ça donne des idées », disent souvent nos lecteurs.
Qui sont les gens qui sont derrière ces journaux ? Comment travaillent-ils ? Comment se financent-ils ? Le journal que vous tenez entre les mains est un exemple, parmi d’autres, de cette presse qui existe indépendamment des milliardaires, de la pub et des partis. Aucun de ces canards ne se ressemble, mais en découvrant comment on fonctionne, à L’âge de faire, vous aurez quand même un aperçu des rouages de cette « autre presse ». « Indépendant » ne veut pas dire « coupé du monde » : l’information a un coût, et comme toutes les entreprises, nous payons des « charges ». Ces charges sont autant de recettes pour une imprimerie coopérative, de loyers pour un bâtiment qu’on a isolé en paille et qu’on partage avec une MJC et une association d’éducation à l’environnement… C’est aussi ça, l’arrière-boutique de L’âge de faire : votre argent « ruisselle » bien au-delà de la fabrication du
journal !
Car à la fin, écrivons-le sans détour, il y a toujours votre argent ! L’indépendance de la presse repose justement sur le fait qu’elle est financée par celles et ceux qui la lisent. Depuis 2005, on continue l’aventure grâce à vous. Le jour où vous ne serez plus assez nombreux, on arrêtera, tout simplement… et le jour, plus proche, où vous serez encore plus nombreux, on fera un journal encore mieux et pas plus cher ! Vive L’âge de faire ! Vive la presse libre !

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