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Le tétralemme révolutionnaire et la tentation autoritaire

Par : dev
10 juin 2024 à 11:37

Hier soir, Michalis Lianos nous envoie un laconique « comme prévu » accompagné du lien de son article de septembre 2022. Il nous paraît essentiel de le rééditer aujourd'hui pour comprendre le schéma général dans lequel s'inscrit le devenir de la situation politique actuelle. Il s'agit d'une sociologie des quatre solutions ou issues d'une séquence à fond révolutionnaire : il se trouve que la solution choisie par le problème présent semble être « la voie communautaire » - populiste et fasciste. La finesse de son analyse permet de sentir ce qui s'est inversé et perdu depuis les Gilets Jaunes.

Le centre politique se contracte. Citoyen.ne.s et analystes n'avaient pas compris que le supposé triomphe de la « République en Marche » en 2017 était en effet la conséquence d'une réalité pourtant évidente : même la magie omnipotente d'un système ‘majoritaire' ne pouvait plus entretenir deux partis politiques centristes qui pourraient prétendre au pouvoir. Le centre s'effondrait sous les applaudissements des centristes de droite et de gauche, enivrés par leur vision modernisatrice, supposée performante, autant sur le plan social que sur le plan gestionnaire.

Sans surprise, les augures de grands changements dynamisants ont été démentis sur le plan social. Mais cela a ajouté aux attentes déçues d'une couche de population qui observait cette fois les évolutions avec un vrai espoir et un instinct de survie activé. Porteurs de l'identité du « peuple », les Gilets jaunes ont démontré par leur présence que la partie populaire des consentants à l'alternance partisane au gouvernement, mettait désormais fin à sa tolérance. Les classes modestes qui tenaient à ‘vivre dignement de leur travail', sans assistance et avec la fierté de pouvoir influencer sensiblement le sort du pays, comprenaient maintenant qu'elles n'étaient plus indispensables à cette nouvelle recomposition bourgeoise. Comme les couches prolétaires, précaires et ségréguées, les ‘inclus' populaires devenaient désormais périphériques pour le nouveau pacte politique des classes urbaines aisées, et ceux qui aspiraient à y appartenir. La scission entre « le peuple » et « les individus » s'est confirmée. L'histoire s'est accélérée.

Elle s'est accélérée de façon parfaitement attendue, car il faut penser que le tétralemme [1] auquel fait face chaque mouvement sociopolitique radical est clair. On peut le représenter par ce schéma :

Cette représentation [2] condense l'évolution possible des mouvements sociaux à visée structurelle, c'est-à-dire, demandant un changement politique structurel plutôt que s'opposant à une mesure ou un domaine sociopolitique précis (par exemple, à un amendement du code du travail ou à un type de discrimination). Aussi, ce schéma s'applique seulement à des pays connaissant une gouvernance politique plus ou moins démocratique. Il permet de décrire rapidement où ces pays se trouvent aujourd'hui en termes de potentiel sociopolitique et quels sont les espoirs et les risques qui les entourent.

Révolution et violence

Notre point de départ doit être inévitablement le point le plus improbable, à savoir la réussite directe d'un mouvement social conduisant à un « changement structurel ». Le terme est choisi pour signifier un changement qui dépasse les bornes d'une « crise gouvernementale », en ce sens qu'il s'agit d'une modification de l'architecture institutionnelle, donc du mode de gouvernance politique d'une société. S'il est impossible de prévoir les formes d'une telle modification, il est aisé de la définir par une seule caractéristique, à savoir qu'un mouvement social à visée structurelle parvienne à inaugurer une nouvelle organisation du pouvoir dans une société. Dans le cas des Gilets jaunes, cela signifierait, par exemple, la fin des représentants politiques de carrière et le recours systématique à des formes de démocratie directe (le fameux « RIC »).

Nous ne nous occuperons pas ici des probabilités de chaque issue, mais il est facile de comprendre qu'un changement de cet ordre n'est pas très probable. Cependant, l'impossibilité d'y accéder prend plusieurs formes, notamment du point de vue de la perception des participant.e.s au mouvement social concerné. Un des aspects très intéressants de l'échec à aboutir au changement structurel est l'interprétation des faits par les parties impliquées. Il s'agit d'un angle mort en ce qui concerne à la fois la politique et la recherche. La concentration sur « le résultat » du conflit produit une représentation binaire dans laquelle les vainqueurs conservent le pouvoir et le mouvement perdant occupe sa place précédente. Ce ‘résultisme' est en vérité un puissant effet du pouvoir lui-même, qui focalise les regards sur la victoire en faisant ainsi penser que la question est tranchée, résolue.

Or, contrairement à la victoire, la défaite, oblige à une posture de discontinuité. On doit interpréter le conflit d'une façon qui explique pourquoi les porteurs du pouvoir établi sont parvenus à le conserver. En le faisant, on réaménage la compréhension politique de soi et des autres, à savoir, on réinterprète la société et son fonctionnement politique. Ici, la vision de tunnel conflictuelle se transforme en considération à 360 degrés. Chaque participant.e évolue ainsi vers une perception de la nature du pouvoir et des moyens qui ont permis sa continuité. Et parmi ces moyens, rien ne domine la perception autant que la violence, outil ultime de négociation. Son utilisation-même fait penser naturellement que si cet ultime moyen n'était pas utilisé, le mouvement aurait pu parvenir à ses objectifs, donc au changement structurel.

Deux conclusions peuvent être tirées à cette étape. Premièrement, un mouvement à visée structurelle quand il considère le cadre de son échec, ne ressemble pas du tout à un autre type de mouvement, à visée spécifique. Pour résumer cette particularité, nous pouvons dire que les mouvements à visée spécifique se focaliseront sur les aspects tactiques et conjoncturels de leur échec, car la lutte autour d'une mesure ou une condition spécifique, concerne par définition la relativité d'un « rapport des forces favorable », comme on le dit souvent dans les rangs des organisations qui animent ce genre de mouvement. Les participant.e.s savent que leurs adversaires ne luttent pas pour leur survie, et placent ainsi leur compréhension de l'échec dans le cadre d'une lutte continue dont ils ont perdu une étape. Dans ce cadre, l'issue normale est de persévérer à défier les pouvoirs établis en rassemblant plus de soutien et en améliorant sa tactique.
Il en va autrement pour un mouvement à visée structurelle. Ses participant.e.s ont conscience que répéter leur approche n'est ni possible ni souhaitable. Non seulement les traces de l'échec sont indélébiles et rendent une nouvelle mobilisation d'ampleur structurelle improbable, mais il est impossible de développer une capacité de violence comparable à celle de l'adversaire.

Deuxièmement, un tel mouvement confronté à la violence, ne dispose pas d'issue idéologique évidente. Car, justement en émergeant, il aura nécessairement rassemblé, de façon explicite ou implicite, le soutien de tous ceux qui souhaitent un changement structurel [3], et se composera par définition des tendances qui n'adhérent pas à un positionnement idéologique précédent. Si tel était le cas, il aurait par là-même été intégré dans la configuration politique établie en devenant ainsi un mouvement à visée partisane spécifique. Il existe donc un vacuum dans lequel les participant.e.s d'un mouvement à visée structurelle pensent, et se pensent, après leur échec. Dans ce cadre ils et elles devront considérer la suite.

Obstination et retrait

La suite peut comprendre un certain degré de persévérance, notamment pour la minorité des participant.e.s ayant pensé le mouvement non pas simplement comme une force de renversement du statu quo, mais comme un levier pour l'émergence d'une réalité sociopolitique précise. De ce fait, ces participant.e.s peuvent difficilement adhérer à des voies appartenant au spectre politique établi ; par conséquent, la persévérance est leur seule voie pour absorber l'échec sans avoir le sentiment de trahir leur propre engagement. Hormis la survenance d'un changement aléatoire favorable, il s'agira ici d'une impasse exprimée par l'obstination. Plus le mouvement est original, donc étranger à la configuration établie, et plus la fréquence et la durée de l'obstination seront importantes ; car, il sera difficile pour les participant.e.s attaché.e.s aux valeurs spécifiques du mouvement de trouver un refuge idéologique auprès des acteurs déjà présents [4].Cette obstination peut bien faire émerger des postures oppositionnelles qui restent marginales sans s'associer à des courants de pensée ou d'action identifiés. In fine, elles se joindront à la masse des postures qui parcourront leur environnement afin de trouver une condition plus ou moins compatible avec la transformation individuelle subie en conséquence de la participation au mouvement.

Notons ici que la posture de l'obstination, malheureusement ignorée par la recherche en sciences sociales, est une condition des plus fréquentes dans une société où l'individuation s'approfondit à vue d'œil [5]. L'individu se considérant comme une force politique en soi, affranchi des cadres prédéterminés et capable de choisir ses préférences à la carte, procède de façon indépendante à l'ajustement de son intégration sociopolitique. Ainsi, il ou elle se trouve guidé.e par la conjoncture qui l'entoure en explorant la compatibilité de ses choix individuels avec les courants socioculturels qui traversent son environnement. Cela ne signifie pas que chaque participant.e en retrait du mouvement, fluctue de façon aléatoire sur les diverses vagues postindustrielles, mais i.elle navigue dans ces eaux en gardant un cap plus ou moins déterminé et en rapport avec la conjoncture. Il s'agit ici d'un processus de normalisation progressive qui rebat les cartes des postures politiques en influençant aussi bien celles et ceux qui ont éprouvé l'échec du mouvement, mais aussi les environnements qu'ils et elles peuvent influencer par l'expression de leurs avis. La normalisation conjoncturelle est donc une réserve de contestation, capable aussi bien d'alimenter des oppositions à visée spécifique que de verser à terme dans les deux autres grands courants auquel l'échec du mouvement donne lieu.

Mise à jour idéologique

Pour la majorité des acteurs, toujours et partout, les voies ouvertes déterminent les directions possibles. Si un mouvement a produit un certain impact public, les forces politiques et les acteurs qui les portent adaptent leurs discours et pratiques. La sphère politique postindustrielle est structurellement orientée vers la démocratie représentative, fortement frelatée par des systèmes électoraux non proportionnels, capables de produire des gouvernements jouissant d'une majorité parlementaire. Transformer une minorité en majorité absolue, implique presque toujours un avantage pour des positionnements relativement conservateurs. Car, l'existence même d'un système où les citoyens ont leur mot à dire, signifie souvent qu'une majorité souhaite sa continuité, ou du moins la tolère. Dans le cas contraire, il s'agit de ce que l'on appelle une « crise », à savoir une mise à nue de la non représentativité gouvernementale, ou du moins, une critique du pacte qui conduit à sa tolérance.

Pour les participants d'un mouvement à visée horizontale qui a réussi à générer une crise mais échoué à provoquer un changement structurel, les forces critiques déjà établies représentent un véritable salut. Lors du mouvement, et à l'aune de son influence, ces forces auront ajusté leur discours afin de bénéficier de sa dynamique critique et, dans la mesure du possible, l'instrumentaliser en augmentant leur propre influence. On peut aisément séparer ces forces critiques en deux camps, déterminés respectivement par leur priorité idéologique ou communautaire. Pour nos besoins ici, donnons une définition lapidaire de ces caractéristiques. La caractéristique idéologique concerne un cadre normatif qui devrait s'appliquer à la vie collective humaine, toujours et partout ; donc, un ensemble de projections, y compris politiques, prétendant à une validité externe à la collectivité concernée. En revanche, la caractéristique communautaire puise son cadre normatif à l'intérieur du lien collectif, qui devient la raison d'être de ce cadre et le socle de sa projection politique. Les deux camps possèdent bien sûr les deux caractéristiques, idéologiques et communautaires, mais ce qui les distinguent est la priorité donnée à l'une de ces deux caractéristiques.

La voie idéologique est donc ouverte après l'échec, à deux conditions. Premièrement, l'existence d'un acteur établi, par exemple un mouvement ou un parti politique, assez critique envers le gouvernement pour accepter tacitement qu'un changement structurel serait légitime. Ceci implique donc que cette critique traverse plusieurs domaines ; par exemple, les domaines économique, social, environnemental, etc. Deuxièmement, il est nécessaire que cet acteur établi n'ait pas exprimé d'opposition au mouvement ou qu'il ait montré une sympathie pour sa cause, voire un certain soutien. La rencontre est ainsi mutuellement souhaitable. Pour l'acteur établi, le bénéfice est majeur et multiple. S'il s'agit d'un parti politique, l'avantage électoral est évident. Mais en tout état de cause, le fait que les participants d'un mouvement majeur s'y intègrent en grand nombre renouvelle les lettres de noblesse de radicalité de l'acteur établi en le consacrant en tant que porteur authentique des demandes critiques venant spontanément de la société. Pour les participants du mouvement ayant échoué, le rapprochement constitue un compromis salutaire, en ce qu'il permet de « continuer la lutte » et ne pas être obligé de faire face à l'échec. En s'appropriant cette continuité comme une mise à jour idéologique, on transforme un échec net en réussite relative, puisque la critique du système se trouve augmentée. De plus, cela permet de conserver l'identité symbolique du mouvement. Cette posture est représentée dans notre exemple par l'entrée croissante des membres de la France Insoumise et du Nouveau Parti Anticapitaliste dans le mouvement des Gilets Jaunes quand ce dernier commençait à s'affaiblir, et le refuge idéologique et électoral que plusieurs membres des Gilets Jaunes ont trouvé auprès de la France Insoumise. Il est important de noter ici que ce choix – qui écarte des acteurs au discours plus historique ou théorisé, et moins spécifiquement anti-gouvernemental, tels que le NPA ou le PCF – marque la préférence pour maintenir l'espoir déçu d'un changement structurel imminent, d'un renversement rapide qui constituerait non seulement une mutation profonde mais aussi une démonstration de force ; autrement dit, une victoire qui laverait l'affront des sacrifices non récompensés lors du mouvement.

La voie communautaire

La priorité donnée au lien collectif est profondément significative en général, et cruciale dans les dynamiques du conflit [6]. Elle présente l'attrait d'une posture fondée sur une opposition bien plus ‘personnelle' que la voie idéologique, car au lieu de diluer les participants du mouvement dans des catégories sociopolitiques abstraites et durables dans le temps (par exemple, la « classe »), elle leur permet de lutter ‘en tant qu'eux-mêmes' en maintenant le lien qui les identifie. Ainsi, ils et elles évitent la perte de leur identité, donc la perte de leur rapport à la lutte qui les a constitué.e.s en collectivité. Préserver ce lien est important à plusieurs titres.
Premièrement, on circonscrit la collectivité du mouvement en le situant dans le cadre exclusif de son action, et on garantit ainsi la continuité de sa visée horizontale et de son ambition révolutionnaire.
Deuxièmement, le principe identitaire de la collectivité permet aux participants qui ont rejoint le mouvement en tant que « révolutionnaires », sans appartenance idéologique ou politique précédente, ou en dépassant cette appartenance, à maintenir cette position et à se passer de tout examen réflexif de leur opposition au pouvoir établi.
Troisièmement, il permet l'intégration « en ses propres termes » tout en permettant le soutien à un acteur établi, notamment tout acteur politique dont le lien fondateur est aussi communautaire. Car, l'avantage des collectivités à fondement identitaire, c'est-à-dire des communautés, est à la fois d'être animées par définition d'une volonté de renversement de tout ordre ne priorisant pas l'appartenance identitaire, et de pouvoir associer à leur action toute communauté qui se reconnaît dans ce projet de renversement. Du moment où cette communauté est en conflit avec l'ordre établi et ne suit pas de cadre idéologique mettant en péril la priorité du lien communautaire, l'association est possible.

En même temps, cette association se fait au prix de la radicalisation communautaire, c'est-à-dire de la ligne de faille entre « nous » et « eux ». Cela implique une redéfinition continue des ‘autres', qui s'opposent au projet communautaire, ou l'entravent en suivant des voies alternatives ou en étant inertes. L'avantage structurel de la dimension communautaire est de ne jamais se pencher de façon critique sur soi-même, car le sens du lien communautaire est l'appartenance, qui se suffit à elle-même.

La voie communautaire est donc la seule voie qui permet la poursuite ‘pure' du projet révolutionnaire. Elle ne le frelate pas pour renforcer une quête de pouvoir existante, et elle n'élimine pas son identité fondatrice. Elle est aussi compatible en parallèle avec la posture d'obstination, car un mouvement identitaire plus large n'entrave pas les protestations des groupes autonomes. Son attrait est ainsi particulièrement fort pour un.e participante.e ayant certaines caractéristiques, tels que les suivantes :

1- Cherche une rupture structurelle nette.
2- Souhaite que cette rupture soit attribuable sur le plan de l'identité du mouvement et du pouvoir établi, c'est-à-dire à « nous » dans notre lutte contre « eux ».
3 - Identifie politiquement les autres par leur degré de soutien au projet de changement structurel.

La combinaison de telles caractéristiques, oriente inévitablement vers les forces qui se réclament de la discontinuité sociopolitique en justifiant leur projet sur le plan des droits d'une communauté, plus que sur une critique sociale civique. Il est facile de comprendre que cette voie rencontre de façon croissante depuis la seconde guerre mondiale l'accusation de « populisme », voire de « fascisme ». Les forces associées au fonctionnement de la démocratie capitaliste postindustrielle, le fameux « front républicain », sont obligées de constituer leur présence sur la nécessité de la gouvernance efficace, fut-elle toujours minoritaire. En transformant ainsi le sens de la démocratie, elles ne disposent plus de la légitimation démocratique évidente, irréfragablement liée à la majorité. Par conséquent, leur critique face aux forces qui se présentent comme une communauté légitime (le « peuple ») ne peut être qu'une défense sur la nature de la démocratie, par un discours qui exclue ces outsiders en tant qu'antidémocrates ! [7] La dynamique peu logique mais bien politique ainsi enclenchée, conduit à la validation de la démocratie sur la sphère publique non pas par la participation mais par la médiation des institutions – contre lesquelles le mouvement se dresse – en ne laissant à ce dernier que la possibilité de se penser en tant que « peuple » luttant contre l'oligarchie, et d'expliciter en conséquence de plus en plus cette position dans ses représentations publiques. C'est un glissement légitime, mais fatal sur le plan tactique, car il donne aux forces établies la possibilité de porter l'accusation de « populisme », c'est-à-dire de représenter la communauté des participant.e.s, et par extension le mouvement entier, en tant qu'usurpateur ; usurpateur du corps civique, de la politie dans sa totalité, et – par conséquent – menace directe pour toutes les catégories sociales de cette politie qui n'appartiennent pas au mouvement. A partir de ce point, la voie communautaire entre dans le piège de sa propre radicalisation. Plus elle se tourne vers son lien communautaire et son identité de « peuple » et plus elle se soumet à la délégitimation par ses adversaires en s'auto-suffocant.

Nous sommes ici à l'origine de la dynamique autoritaire issue des mouvements fermement démocratiques et anti-autoritaires. La voie communautaire représente en effet l'asphyxie politique de ceux qui, en refusant d'intégrer l'organisation politique qu'ils combattent, sont poussés à la marge. Ils et elles, ou du moins une bonne partie d'entre eux, enfermés dans leur impasse et accusé.e.s de vouloir subvertir ce qu'ils chérissent, percevront le jeu politique de la démocratie capitaliste comme rien d'autre qu'un instrument dissimulant la force brutale des élites. Par analogie avec leurs adversaires, ils pensent donc que seule la force brutale du « peuple » pourra y faire face, pour assainir le système et le tourner vers la vraie mission, naturellement fondée sur le ‘vrai' lien communautaire.

Nous sommes ici en pleine vision autoritaire, et à un pas du fascisme. Etre en communauté peut devenir désormais le projet politique en soi, ce qui dépend du nombre des participant.e.s frustré.e.s et des aléas politiques. Une humiliation ethnique, un scandale, un gouvernement ‘arrogant', un parti politique rompu à ces thèses de longue date, une crise économique, sociale ou sanitaire [8], un événement violent… peuvent contribuer de façon substantielle à l'évolution autoritaire, puis totalitaire sur le plan culturel et symbolique. L'utilisation de la force devient un droit de défense populaire et le pluralisme devient suspect.

Nous avons tracé ici très sommairement les conséquences d'une démocratie capitaliste trop bien organisée pour supporter des « intrus » d'origine populaire, et capable de les conduire à la marge en les radicalisant. Cette configuration ressemble beaucoup à ce que prétendent les études sur le déclenchement des carrières déviantes violentes à partir d'une quête de justice [9] et cette ressemblance est due à la même dynamique, produite par l'indignation suffoquée. Les résultats des récentes élections françaises et les tensions qui traversent l'Europe et les Etats-Unis actuellement, devraient convaincre les classes supérieures qu'ouvrir le système politique en général, et électoral en particulier, est nécessaire, y compris pour leur propre survie à long terme. Sinon, un vent d'autoritarisme réussira là où des mouvements démocratiques ont échoué. La contraction du lien social parmi ceux qui ne peuvent devenir les individus concurrentiels et ouverts au changement mondialisé n'augure rien de positif, ni pour la démocratie capitaliste ni pour ceux qui cherchent à la remplacer par des régimes plus libres et égalitaires. Si la voie communautaire l'emporte, une opportunité sera remplacée par une tragédie au centre de laquelle se trouvera l'oppression violente.

Michalis Lianos


[1] Problème à quatre solutions, qualitativement différentes.

[2] Une première présentation de cette « jonction en T » a été proposée dans la série d'entretiens de l'auteur sur la Politique expérientielle .

[3] En restant à l'exemple des Gilets jaunes, les minorités ethnoraciales étaient favorables au mouvement sans s'y impliquer de façon explicite et en grand nombre.

[4] Toujours dans notre exemple, les Gilets jaunes, en prônant la déprofessionnalisation de la politique et l'utilisation fréquente des formes de démocratie directe pour la prise des décisions collectives, avaient développé très tôt une vision opposée non seulement au gouvernement, mais aussi aux partis politiques en général. Cela explique dans une grande mesure la longue persévérance de leurs « actes » pendant très longtemps, en dépit de l'attrition flagrante et croissante subie par le mouvement.

[5] V. par exemple ici comment cette posture d'obstination refoulée peut contribuer de façon critique à des changements de grande échelle.

[6] Pour une analyse approfondie, v. ici.

[7] Les Gilets jaunes sont tombés sous cette critique en dépit de leur refus de déléguer leurs décisions collectives, de leurs assemblées constantes, et de leur demande d'un mode de décision référendaire ; en somme, de leur attachement ardant au principe de la majorité absolue.

[8] L'exemple du comté de Shasta, enclave rurale en Californie progressiste et mondialisée, montre comment des dynamiques de conflit peuvent s'enclencher à partir d'une cause aléatoire.

[9] Pour une analyse très convaincante sur ce plan, v. les travaux de Donald Black sur la structure sociale d'avoir raison ou tort et de Mark Cooney sur le côté sombre de la communauté.

Le tétralemme révolutionnaire et la tentation autoritaire

Par : dev
10 juin 2024 à 11:37

Hier soir, Michalis Lianos nous envoie un laconique « comme prévu » accompagné du lien de son article de septembre 2022. Il nous paraît essentiel de le rééditer aujourd'hui pour comprendre le schéma général dans lequel s'inscrit le devenir de la situation politique actuelle. Il s'agit d'une sociologie des quatre solutions ou issues d'une séquence à fond révolutionnaire : il se trouve que la solution choisie par le problème présent semble être « la voie communautaire » - populiste et fasciste. La finesse de son analyse permet de sentir ce qui s'est inversé et perdu depuis les Gilets Jaunes.

Le centre politique se contracte. Citoyen.ne.s et analystes n'avaient pas compris que le supposé triomphe de la « République en Marche » en 2017 était en effet la conséquence d'une réalité pourtant évidente : même la magie omnipotente d'un système ‘majoritaire' ne pouvait plus entretenir deux partis politiques centristes qui pourraient prétendre au pouvoir. Le centre s'effondrait sous les applaudissements des centristes de droite et de gauche, enivrés par leur vision modernisatrice, supposée performante, autant sur le plan social que sur le plan gestionnaire.

Sans surprise, les augures de grands changements dynamisants ont été démentis sur le plan social. Mais cela a ajouté aux attentes déçues d'une couche de population qui observait cette fois les évolutions avec un vrai espoir et un instinct de survie activé. Porteurs de l'identité du « peuple », les Gilets jaunes ont démontré par leur présence que la partie populaire des consentants à l'alternance partisane au gouvernement, mettait désormais fin à sa tolérance. Les classes modestes qui tenaient à ‘vivre dignement de leur travail', sans assistance et avec la fierté de pouvoir influencer sensiblement le sort du pays, comprenaient maintenant qu'elles n'étaient plus indispensables à cette nouvelle recomposition bourgeoise. Comme les couches prolétaires, précaires et ségréguées, les ‘inclus' populaires devenaient désormais périphériques pour le nouveau pacte politique des classes urbaines aisées, et ceux qui aspiraient à y appartenir. La scission entre « le peuple » et « les individus » s'est confirmée. L'histoire s'est accélérée.

Elle s'est accélérée de façon parfaitement attendue, car il faut penser que le tétralemme [1] auquel fait face chaque mouvement sociopolitique radical est clair. On peut le représenter par ce schéma :

Cette représentation [2] condense l'évolution possible des mouvements sociaux à visée structurelle, c'est-à-dire, demandant un changement politique structurel plutôt que s'opposant à une mesure ou un domaine sociopolitique précis (par exemple, à un amendement du code du travail ou à un type de discrimination). Aussi, ce schéma s'applique seulement à des pays connaissant une gouvernance politique plus ou moins démocratique. Il permet de décrire rapidement où ces pays se trouvent aujourd'hui en termes de potentiel sociopolitique et quels sont les espoirs et les risques qui les entourent.

Révolution et violence

Notre point de départ doit être inévitablement le point le plus improbable, à savoir la réussite directe d'un mouvement social conduisant à un « changement structurel ». Le terme est choisi pour signifier un changement qui dépasse les bornes d'une « crise gouvernementale », en ce sens qu'il s'agit d'une modification de l'architecture institutionnelle, donc du mode de gouvernance politique d'une société. S'il est impossible de prévoir les formes d'une telle modification, il est aisé de la définir par une seule caractéristique, à savoir qu'un mouvement social à visée structurelle parvienne à inaugurer une nouvelle organisation du pouvoir dans une société. Dans le cas des Gilets jaunes, cela signifierait, par exemple, la fin des représentants politiques de carrière et le recours systématique à des formes de démocratie directe (le fameux « RIC »).

Nous ne nous occuperons pas ici des probabilités de chaque issue, mais il est facile de comprendre qu'un changement de cet ordre n'est pas très probable. Cependant, l'impossibilité d'y accéder prend plusieurs formes, notamment du point de vue de la perception des participant.e.s au mouvement social concerné. Un des aspects très intéressants de l'échec à aboutir au changement structurel est l'interprétation des faits par les parties impliquées. Il s'agit d'un angle mort en ce qui concerne à la fois la politique et la recherche. La concentration sur « le résultat » du conflit produit une représentation binaire dans laquelle les vainqueurs conservent le pouvoir et le mouvement perdant occupe sa place précédente. Ce ‘résultisme' est en vérité un puissant effet du pouvoir lui-même, qui focalise les regards sur la victoire en faisant ainsi penser que la question est tranchée, résolue.

Or, contrairement à la victoire, la défaite, oblige à une posture de discontinuité. On doit interpréter le conflit d'une façon qui explique pourquoi les porteurs du pouvoir établi sont parvenus à le conserver. En le faisant, on réaménage la compréhension politique de soi et des autres, à savoir, on réinterprète la société et son fonctionnement politique. Ici, la vision de tunnel conflictuelle se transforme en considération à 360 degrés. Chaque participant.e évolue ainsi vers une perception de la nature du pouvoir et des moyens qui ont permis sa continuité. Et parmi ces moyens, rien ne domine la perception autant que la violence, outil ultime de négociation. Son utilisation-même fait penser naturellement que si cet ultime moyen n'était pas utilisé, le mouvement aurait pu parvenir à ses objectifs, donc au changement structurel.

Deux conclusions peuvent être tirées à cette étape. Premièrement, un mouvement à visée structurelle quand il considère le cadre de son échec, ne ressemble pas du tout à un autre type de mouvement, à visée spécifique. Pour résumer cette particularité, nous pouvons dire que les mouvements à visée spécifique se focaliseront sur les aspects tactiques et conjoncturels de leur échec, car la lutte autour d'une mesure ou une condition spécifique, concerne par définition la relativité d'un « rapport des forces favorable », comme on le dit souvent dans les rangs des organisations qui animent ce genre de mouvement. Les participant.e.s savent que leurs adversaires ne luttent pas pour leur survie, et placent ainsi leur compréhension de l'échec dans le cadre d'une lutte continue dont ils ont perdu une étape. Dans ce cadre, l'issue normale est de persévérer à défier les pouvoirs établis en rassemblant plus de soutien et en améliorant sa tactique.
Il en va autrement pour un mouvement à visée structurelle. Ses participant.e.s ont conscience que répéter leur approche n'est ni possible ni souhaitable. Non seulement les traces de l'échec sont indélébiles et rendent une nouvelle mobilisation d'ampleur structurelle improbable, mais il est impossible de développer une capacité de violence comparable à celle de l'adversaire.

Deuxièmement, un tel mouvement confronté à la violence, ne dispose pas d'issue idéologique évidente. Car, justement en émergeant, il aura nécessairement rassemblé, de façon explicite ou implicite, le soutien de tous ceux qui souhaitent un changement structurel [3], et se composera par définition des tendances qui n'adhérent pas à un positionnement idéologique précédent. Si tel était le cas, il aurait par là-même été intégré dans la configuration politique établie en devenant ainsi un mouvement à visée partisane spécifique. Il existe donc un vacuum dans lequel les participant.e.s d'un mouvement à visée structurelle pensent, et se pensent, après leur échec. Dans ce cadre ils et elles devront considérer la suite.

Obstination et retrait

La suite peut comprendre un certain degré de persévérance, notamment pour la minorité des participant.e.s ayant pensé le mouvement non pas simplement comme une force de renversement du statu quo, mais comme un levier pour l'émergence d'une réalité sociopolitique précise. De ce fait, ces participant.e.s peuvent difficilement adhérer à des voies appartenant au spectre politique établi ; par conséquent, la persévérance est leur seule voie pour absorber l'échec sans avoir le sentiment de trahir leur propre engagement. Hormis la survenance d'un changement aléatoire favorable, il s'agira ici d'une impasse exprimée par l'obstination. Plus le mouvement est original, donc étranger à la configuration établie, et plus la fréquence et la durée de l'obstination seront importantes ; car, il sera difficile pour les participant.e.s attaché.e.s aux valeurs spécifiques du mouvement de trouver un refuge idéologique auprès des acteurs déjà présents [4].Cette obstination peut bien faire émerger des postures oppositionnelles qui restent marginales sans s'associer à des courants de pensée ou d'action identifiés. In fine, elles se joindront à la masse des postures qui parcourront leur environnement afin de trouver une condition plus ou moins compatible avec la transformation individuelle subie en conséquence de la participation au mouvement.

Notons ici que la posture de l'obstination, malheureusement ignorée par la recherche en sciences sociales, est une condition des plus fréquentes dans une société où l'individuation s'approfondit à vue d'œil [5]. L'individu se considérant comme une force politique en soi, affranchi des cadres prédéterminés et capable de choisir ses préférences à la carte, procède de façon indépendante à l'ajustement de son intégration sociopolitique. Ainsi, il ou elle se trouve guidé.e par la conjoncture qui l'entoure en explorant la compatibilité de ses choix individuels avec les courants socioculturels qui traversent son environnement. Cela ne signifie pas que chaque participant.e en retrait du mouvement, fluctue de façon aléatoire sur les diverses vagues postindustrielles, mais i.elle navigue dans ces eaux en gardant un cap plus ou moins déterminé et en rapport avec la conjoncture. Il s'agit ici d'un processus de normalisation progressive qui rebat les cartes des postures politiques en influençant aussi bien celles et ceux qui ont éprouvé l'échec du mouvement, mais aussi les environnements qu'ils et elles peuvent influencer par l'expression de leurs avis. La normalisation conjoncturelle est donc une réserve de contestation, capable aussi bien d'alimenter des oppositions à visée spécifique que de verser à terme dans les deux autres grands courants auquel l'échec du mouvement donne lieu.

Mise à jour idéologique

Pour la majorité des acteurs, toujours et partout, les voies ouvertes déterminent les directions possibles. Si un mouvement a produit un certain impact public, les forces politiques et les acteurs qui les portent adaptent leurs discours et pratiques. La sphère politique postindustrielle est structurellement orientée vers la démocratie représentative, fortement frelatée par des systèmes électoraux non proportionnels, capables de produire des gouvernements jouissant d'une majorité parlementaire. Transformer une minorité en majorité absolue, implique presque toujours un avantage pour des positionnements relativement conservateurs. Car, l'existence même d'un système où les citoyens ont leur mot à dire, signifie souvent qu'une majorité souhaite sa continuité, ou du moins la tolère. Dans le cas contraire, il s'agit de ce que l'on appelle une « crise », à savoir une mise à nue de la non représentativité gouvernementale, ou du moins, une critique du pacte qui conduit à sa tolérance.

Pour les participants d'un mouvement à visée horizontale qui a réussi à générer une crise mais échoué à provoquer un changement structurel, les forces critiques déjà établies représentent un véritable salut. Lors du mouvement, et à l'aune de son influence, ces forces auront ajusté leur discours afin de bénéficier de sa dynamique critique et, dans la mesure du possible, l'instrumentaliser en augmentant leur propre influence. On peut aisément séparer ces forces critiques en deux camps, déterminés respectivement par leur priorité idéologique ou communautaire. Pour nos besoins ici, donnons une définition lapidaire de ces caractéristiques. La caractéristique idéologique concerne un cadre normatif qui devrait s'appliquer à la vie collective humaine, toujours et partout ; donc, un ensemble de projections, y compris politiques, prétendant à une validité externe à la collectivité concernée. En revanche, la caractéristique communautaire puise son cadre normatif à l'intérieur du lien collectif, qui devient la raison d'être de ce cadre et le socle de sa projection politique. Les deux camps possèdent bien sûr les deux caractéristiques, idéologiques et communautaires, mais ce qui les distinguent est la priorité donnée à l'une de ces deux caractéristiques.

La voie idéologique est donc ouverte après l'échec, à deux conditions. Premièrement, l'existence d'un acteur établi, par exemple un mouvement ou un parti politique, assez critique envers le gouvernement pour accepter tacitement qu'un changement structurel serait légitime. Ceci implique donc que cette critique traverse plusieurs domaines ; par exemple, les domaines économique, social, environnemental, etc. Deuxièmement, il est nécessaire que cet acteur établi n'ait pas exprimé d'opposition au mouvement ou qu'il ait montré une sympathie pour sa cause, voire un certain soutien. La rencontre est ainsi mutuellement souhaitable. Pour l'acteur établi, le bénéfice est majeur et multiple. S'il s'agit d'un parti politique, l'avantage électoral est évident. Mais en tout état de cause, le fait que les participants d'un mouvement majeur s'y intègrent en grand nombre renouvelle les lettres de noblesse de radicalité de l'acteur établi en le consacrant en tant que porteur authentique des demandes critiques venant spontanément de la société. Pour les participants du mouvement ayant échoué, le rapprochement constitue un compromis salutaire, en ce qu'il permet de « continuer la lutte » et ne pas être obligé de faire face à l'échec. En s'appropriant cette continuité comme une mise à jour idéologique, on transforme un échec net en réussite relative, puisque la critique du système se trouve augmentée. De plus, cela permet de conserver l'identité symbolique du mouvement. Cette posture est représentée dans notre exemple par l'entrée croissante des membres de la France Insoumise et du Nouveau Parti Anticapitaliste dans le mouvement des Gilets Jaunes quand ce dernier commençait à s'affaiblir, et le refuge idéologique et électoral que plusieurs membres des Gilets Jaunes ont trouvé auprès de la France Insoumise. Il est important de noter ici que ce choix – qui écarte des acteurs au discours plus historique ou théorisé, et moins spécifiquement anti-gouvernemental, tels que le NPA ou le PCF – marque la préférence pour maintenir l'espoir déçu d'un changement structurel imminent, d'un renversement rapide qui constituerait non seulement une mutation profonde mais aussi une démonstration de force ; autrement dit, une victoire qui laverait l'affront des sacrifices non récompensés lors du mouvement.

La voie communautaire

La priorité donnée au lien collectif est profondément significative en général, et cruciale dans les dynamiques du conflit [6]. Elle présente l'attrait d'une posture fondée sur une opposition bien plus ‘personnelle' que la voie idéologique, car au lieu de diluer les participants du mouvement dans des catégories sociopolitiques abstraites et durables dans le temps (par exemple, la « classe »), elle leur permet de lutter ‘en tant qu'eux-mêmes' en maintenant le lien qui les identifie. Ainsi, ils et elles évitent la perte de leur identité, donc la perte de leur rapport à la lutte qui les a constitué.e.s en collectivité. Préserver ce lien est important à plusieurs titres.
Premièrement, on circonscrit la collectivité du mouvement en le situant dans le cadre exclusif de son action, et on garantit ainsi la continuité de sa visée horizontale et de son ambition révolutionnaire.
Deuxièmement, le principe identitaire de la collectivité permet aux participants qui ont rejoint le mouvement en tant que « révolutionnaires », sans appartenance idéologique ou politique précédente, ou en dépassant cette appartenance, à maintenir cette position et à se passer de tout examen réflexif de leur opposition au pouvoir établi.
Troisièmement, il permet l'intégration « en ses propres termes » tout en permettant le soutien à un acteur établi, notamment tout acteur politique dont le lien fondateur est aussi communautaire. Car, l'avantage des collectivités à fondement identitaire, c'est-à-dire des communautés, est à la fois d'être animées par définition d'une volonté de renversement de tout ordre ne priorisant pas l'appartenance identitaire, et de pouvoir associer à leur action toute communauté qui se reconnaît dans ce projet de renversement. Du moment où cette communauté est en conflit avec l'ordre établi et ne suit pas de cadre idéologique mettant en péril la priorité du lien communautaire, l'association est possible.

En même temps, cette association se fait au prix de la radicalisation communautaire, c'est-à-dire de la ligne de faille entre « nous » et « eux ». Cela implique une redéfinition continue des ‘autres', qui s'opposent au projet communautaire, ou l'entravent en suivant des voies alternatives ou en étant inertes. L'avantage structurel de la dimension communautaire est de ne jamais se pencher de façon critique sur soi-même, car le sens du lien communautaire est l'appartenance, qui se suffit à elle-même.

La voie communautaire est donc la seule voie qui permet la poursuite ‘pure' du projet révolutionnaire. Elle ne le frelate pas pour renforcer une quête de pouvoir existante, et elle n'élimine pas son identité fondatrice. Elle est aussi compatible en parallèle avec la posture d'obstination, car un mouvement identitaire plus large n'entrave pas les protestations des groupes autonomes. Son attrait est ainsi particulièrement fort pour un.e participante.e ayant certaines caractéristiques, tels que les suivantes :

1- Cherche une rupture structurelle nette.
2- Souhaite que cette rupture soit attribuable sur le plan de l'identité du mouvement et du pouvoir établi, c'est-à-dire à « nous » dans notre lutte contre « eux ».
3 - Identifie politiquement les autres par leur degré de soutien au projet de changement structurel.

La combinaison de telles caractéristiques, oriente inévitablement vers les forces qui se réclament de la discontinuité sociopolitique en justifiant leur projet sur le plan des droits d'une communauté, plus que sur une critique sociale civique. Il est facile de comprendre que cette voie rencontre de façon croissante depuis la seconde guerre mondiale l'accusation de « populisme », voire de « fascisme ». Les forces associées au fonctionnement de la démocratie capitaliste postindustrielle, le fameux « front républicain », sont obligées de constituer leur présence sur la nécessité de la gouvernance efficace, fut-elle toujours minoritaire. En transformant ainsi le sens de la démocratie, elles ne disposent plus de la légitimation démocratique évidente, irréfragablement liée à la majorité. Par conséquent, leur critique face aux forces qui se présentent comme une communauté légitime (le « peuple ») ne peut être qu'une défense sur la nature de la démocratie, par un discours qui exclue ces outsiders en tant qu'antidémocrates ! [7] La dynamique peu logique mais bien politique ainsi enclenchée, conduit à la validation de la démocratie sur la sphère publique non pas par la participation mais par la médiation des institutions – contre lesquelles le mouvement se dresse – en ne laissant à ce dernier que la possibilité de se penser en tant que « peuple » luttant contre l'oligarchie, et d'expliciter en conséquence de plus en plus cette position dans ses représentations publiques. C'est un glissement légitime, mais fatal sur le plan tactique, car il donne aux forces établies la possibilité de porter l'accusation de « populisme », c'est-à-dire de représenter la communauté des participant.e.s, et par extension le mouvement entier, en tant qu'usurpateur ; usurpateur du corps civique, de la politie dans sa totalité, et – par conséquent – menace directe pour toutes les catégories sociales de cette politie qui n'appartiennent pas au mouvement. A partir de ce point, la voie communautaire entre dans le piège de sa propre radicalisation. Plus elle se tourne vers son lien communautaire et son identité de « peuple » et plus elle se soumet à la délégitimation par ses adversaires en s'auto-suffocant.

Nous sommes ici à l'origine de la dynamique autoritaire issue des mouvements fermement démocratiques et anti-autoritaires. La voie communautaire représente en effet l'asphyxie politique de ceux qui, en refusant d'intégrer l'organisation politique qu'ils combattent, sont poussés à la marge. Ils et elles, ou du moins une bonne partie d'entre eux, enfermés dans leur impasse et accusé.e.s de vouloir subvertir ce qu'ils chérissent, percevront le jeu politique de la démocratie capitaliste comme rien d'autre qu'un instrument dissimulant la force brutale des élites. Par analogie avec leurs adversaires, ils pensent donc que seule la force brutale du « peuple » pourra y faire face, pour assainir le système et le tourner vers la vraie mission, naturellement fondée sur le ‘vrai' lien communautaire.

Nous sommes ici en pleine vision autoritaire, et à un pas du fascisme. Etre en communauté peut devenir désormais le projet politique en soi, ce qui dépend du nombre des participant.e.s frustré.e.s et des aléas politiques. Une humiliation ethnique, un scandale, un gouvernement ‘arrogant', un parti politique rompu à ces thèses de longue date, une crise économique, sociale ou sanitaire [8], un événement violent… peuvent contribuer de façon substantielle à l'évolution autoritaire, puis totalitaire sur le plan culturel et symbolique. L'utilisation de la force devient un droit de défense populaire et le pluralisme devient suspect.

Nous avons tracé ici très sommairement les conséquences d'une démocratie capitaliste trop bien organisée pour supporter des « intrus » d'origine populaire, et capable de les conduire à la marge en les radicalisant. Cette configuration ressemble beaucoup à ce que prétendent les études sur le déclenchement des carrières déviantes violentes à partir d'une quête de justice [9] et cette ressemblance est due à la même dynamique, produite par l'indignation suffoquée. Les résultats des récentes élections françaises et les tensions qui traversent l'Europe et les Etats-Unis actuellement, devraient convaincre les classes supérieures qu'ouvrir le système politique en général, et électoral en particulier, est nécessaire, y compris pour leur propre survie à long terme. Sinon, un vent d'autoritarisme réussira là où des mouvements démocratiques ont échoué. La contraction du lien social parmi ceux qui ne peuvent devenir les individus concurrentiels et ouverts au changement mondialisé n'augure rien de positif, ni pour la démocratie capitaliste ni pour ceux qui cherchent à la remplacer par des régimes plus libres et égalitaires. Si la voie communautaire l'emporte, une opportunité sera remplacée par une tragédie au centre de laquelle se trouvera l'oppression violente.

Michalis Lianos


[1] Problème à quatre solutions, qualitativement différentes.

[2] Une première présentation de cette « jonction en T » a été proposée dans la série d'entretiens de l'auteur sur la Politique expérientielle .

[3] En restant à l'exemple des Gilets jaunes, les minorités ethnoraciales étaient favorables au mouvement sans s'y impliquer de façon explicite et en grand nombre.

[4] Toujours dans notre exemple, les Gilets jaunes, en prônant la déprofessionnalisation de la politique et l'utilisation fréquente des formes de démocratie directe pour la prise des décisions collectives, avaient développé très tôt une vision opposée non seulement au gouvernement, mais aussi aux partis politiques en général. Cela explique dans une grande mesure la longue persévérance de leurs « actes » pendant très longtemps, en dépit de l'attrition flagrante et croissante subie par le mouvement.

[5] V. par exemple ici comment cette posture d'obstination refoulée peut contribuer de façon critique à des changements de grande échelle.

[6] Pour une analyse approfondie, v. ici.

[7] Les Gilets jaunes sont tombés sous cette critique en dépit de leur refus de déléguer leurs décisions collectives, de leurs assemblées constantes, et de leur demande d'un mode de décision référendaire ; en somme, de leur attachement ardant au principe de la majorité absolue.

[8] L'exemple du comté de Shasta, enclave rurale en Californie progressiste et mondialisée, montre comment des dynamiques de conflit peuvent s'enclencher à partir d'une cause aléatoire.

[9] Pour une analyse très convaincante sur ce plan, v. les travaux de Donald Black sur la structure sociale d'avoir raison ou tort et de Mark Cooney sur le côté sombre de la communauté.

Produire de l'innovation, innover dans la production

Par : dev
25 mars 2024 à 15:16

Le collectif STopMicro lutte depuis l'automne 2022 contre les conséquences écologiques, sociales et sociétales des agrandissements des multinationales STMicrolectronics et Soitec, deux méga-usines qui fabriquent des puces électroniques destinées à l'automobile, l'internet des objets ou encore l'armement. Pillage de l'eau potable, pollution massive, tout est bon pour ne pas rester sur la touche de la compétitivité et de l'innovation.

Le 1er avril 2023 plus d'un millier de personnes se retrouvaient pour manifester. Un an plus tard, c'est un grand week-end de mobilisation qui est organisé le 5, 6 et 7 avril 2024 à Grenoble et dans le Grésivaudan. Le collectif StopMicro nous a transmis ce petit tour d'horizon en guise d'annonce.

A Grenoble on fabrique des puces

Quand, en juillet 2022, Emmanuel Macron est venu à Crolles inaugurer l'agrandissement de l'usine STMicroelectronics, il faisait chaud. Il annonçait au passage que l'agrandissement serait financé à hauteur de 2,9 milliards d'euros d'argent public, « le plus grand investissement industriel des dernières décennies hors nucléaire » comme le rapporte fièrement Bruno Le Maire [1]. Une « réjouissance » pour le maire EELV de Grenoble. STMicroelectronics est le premier employeur de la région avec plus de 6000 salarié·es, et sa voisine Soitec en emploie aujourd'hui 2000. Toutes les deux produisent des semis-conducteurs, des « puces électroniques ». Un marché « stratégique » en pleine expansion : 15 % d'augmentation de la production par an, l'objectif de quadrupler la production sur le sol européen d'ici 2030. Alors la tête haute et le torse bombé, politicien.ne.s et industriels nous montrent le chemin du monde de demain et nous délivrent leur joyeuse définition du progrès, forte de propagande mensongère.

Nous les saluons pour avoir, en même temps que cette inauguration, donné naissance à notre collectif et à la vague d'indignation et d'opposition qui grossit depuis sans faiblir.

Anatomie du modèle grenoblois : recherche, enseignement, industrie, armée

Comprenons là où nous mettons les pieds. A Grenoble, nous avons au moins trois pôles de recherche et développement dont le plus gros se situe sur la presqu'île entre le Drac et l'Isère, appelée d'après son origine militaire le « Polygone scientifique ». Ce désert de béton et de verre est peuplé de plus de 10000 ingénieurs le jour, s'activant à penser l'innovation, la dystopie de demain, dans des laboratoires à accès badgé et des « salles blanches » prototypes. La production, elle, se fait dans les usines de STMicroelectronics et Soitec dans les communes voisines de Crolles et Bernin.

Si les mains du monstre industriel se situent dans les méga-usines, nombre de ses organes vitaux se situent sur le Polygone. En voici une brève anatomie :

— Le CEA (Commissariat a l'Énergie Atomique) implanté depuis 1956 à Grenoble, constitue, via le CEA-LETI, « l'un des principaux centres de recherche appliquée en microélectronique et nanotechnologies dans le monde » [2]. Il remplit la fonction d'estomac, ingurgitant les ingénieurs, et les subventions publiques. Puis, lorsque les recherches trouvent un domaine d'application industrielle, elles sont tout droit régurgitées en direction d'investisseurs privés, sous forme de spinn-off : c'est le cas de ST et Soitec, des start-ups avant l'heure. Le CEA continue de collaborer, fièrement, avec celles qui se font appeler les « locomotives » de l'industrie locale.

— Le centre de recherche et développement de STMicroelectronics est l'une des nombreuses têtes de l'hydre techno-industrielle grenobloise. Quoi de plus logique que son implantation sur le Polygone, à côté de papa-CEA. Employant 2000 ingénieur·es, le site grenoblois est un des plus gros sites de recherche et d'innovation de la multinationale. C'est ici que sont conçues les nouvelles puces, leur « design » et leur processus de fabrication optimal. On y trouve les cadres en col blanc et les ingénieurs fan de trek, tandis que les ouvrier·es en combinaison intégrale, elles et eux, s'activent aux 3x8 dans les salles blanches de l'usine de Crolles.

— Accroché au CEA comme une vésicule biliaire à l'estomac, le Synchrotron, ce donut géant, perfuse la Presqu'île d'un flux continu de mesures et de datas à n'en plus finir et consomme au passage une quantité faramineuse d'électricité (500 Gigawatt/h par an).

— On pourrait aussi parler : de cette vieille bombe à retardement qu'est le réacteur nucléaire d'essai de l'Institut Laue-Langevin, tumeur en sommeil abreuvée d'uranium enrichi de qualité militaire ; de Minatec ; de Clinatec ; de l'Idea's Lab ; du Laboratoire des champs magnétiques intenses… Mais arrêtons ici cette liste à la Prévert d'une machine mortifère en expansion continue où l'humain n'a plus sa place (à ce sujet lire le livre du Groupe Grothendieck L'Université désintégrée).

Un empilement de nuisances

A quoi s'affaire le pôle de l'innovation local ? A penser l'avenir. Penser le monde de demain c'est une chose, mais le faire advenir matériellement avec toutes ces conséquences, c'en est une autre. Comme toute industrie du numérique, la production nécessite l'extraction de métaux sur toute la surface du globe. Invisibles depuis l'Isère, nombre de nuisances sont pour les pays du Sud, où l'extractivisme néocolonial bat son plein au détriment des populations locales et de leur environnement [3]. La « dématérialisation » du monde connecté, on le sait depuis longtemps maintenant, est éminemment matérielle.

Au niveau local, ces usines consomment aujourd'hui plus de 16 500 mètres cubes d'eau potable par jour (12 piscines olympiques par jour, 700 000 douches), en consommeront 29 000 à horizon 2028. Une eau qui ressort largement polluée dans l'Isère, en raison des produits chimiques divers et variés dont elle se charge au contact des plaques de silicium. Une quantité de substances qui vaut à STMicroelectronics l'élégant label de « site Seveso seuil haut ». Bénéficiant de dérogations pour avoir le droit de polluer plus que ce que les normes européennes ne l'autorisent [4], industriels et politiques ne reculent devant rien pour que, sous l'alibi du progrès nécessaire, les intérêts économicistes de STMicroelectronics soient comblés.

Et le progrès a sa définition ! STMicroelectronics fabrique des puces qui équipent les voitures connectées les plus récentes (essentielles pour régler automatiquement les rétroviseurs !), les stations terrestres du projet StarLink, les caméras pour la reconnaissance faciale des smartphones, une myriade d'objets connectés au mieux inutiles (avez-vous penser à vous procurer votre bouteille d'eau connectée qui vous rappellera de boire ? [5]) et au pire terrifiants : applications pour le smartfarming, l'autre nom de l'agriculture sans paysan·ne·s [6].

Autre réjouissance : des puces pour le commerce de la guerre, comme le rapportait l'ONG L'Obsarm, relayé par le média Blast [7]. Avec une mention spéciale pour les drones kamikazes destinés à l'armée russe, contournement explicite de l'embargo.

L'agrandissement de ces usines est une aberration socio-écologique. Il n'y avait jusqu'alors jamais eu une opposition d'une telle ampleur à l'industrie de la microélectronique dans la région. Il semble que quelque chose se passe. La question de l'usage de l'eau nous traverse, et se répand sécheresse après sécheresse.

Mais ce n'est pas tout.

La fuite en avant technologique questionne. Le mythe du Progrès a du plomb dans l'aile. Le vernis de la transition écologique porté par les industriels et les pouvoirs publics se craquelle.

Le temps presse, il nous faut accélérer le craquèlement.

Que faire ?

Face à ces gigantesques entreprises dont chaque agrandissement renforce l'emprise et la dépendance économiques sur le territoire grenoblois, comment agir ?

Nous invitons à une marche familiale et massive, pour rassembler, grandir encore.

Une marche jusqu'au Polygone scientifique grenoblois samedi 6 avril 2024, le temps fort du week-end.
Nous proposons aussi un grand nombre de conférences et de discussions, pour affiner ensemble notre analyse de la situation et élaborer des perspectives. Elles se tiendront le vendredi 5 à Grenoble, et le dimanche 7 à Crolles.

Voici le programme complet de ce week-end de mobilisation : https://stopmicro38.noblogs.org/post/2024/03/18/5-6-7-avril-2024-le-programme/

Derrière l'activisme nous savons qu'en creux, c'est une désinvisibilisation de l'absurde qui se répand dans les têtes et donc une union des colères face au non-sens.

Rendez-vous le 5, 6 & 7 avril 2024 à Grenoble et dans le Grésivaudan
Manifestation, conférences & actions
No puçaran !

Collectif STopMicro
stopmicro@riseup.net
https://stopmicro38.noblogs.org
Rejoignez-nous !

L'appel à la mobilisation :

https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/12/14/5-6-7-avril-2024-de-leau-pas-des-puces/


Produire de l'innovation, innover dans la production

Par : dev
25 mars 2024 à 15:16

Le collectif STopMicro lutte depuis l'automne 2022 contre les conséquences écologiques, sociales et sociétales des agrandissements des multinationales STMicrolectronics et Soitec, deux méga-usines qui fabriquent des puces électroniques destinées à l'automobile, l'internet des objets ou encore l'armement. Pillage de l'eau potable, pollution massive, tout est bon pour ne pas rester sur la touche de la compétitivité et de l'innovation.

Le 1er avril 2023 plus d'un millier de personnes se retrouvaient pour manifester. Un an plus tard, c'est un grand week-end de mobilisation qui est organisé le 5, 6 et 7 avril 2024 à Grenoble et dans le Grésivaudan. Le collectif StopMicro nous a transmis ce petit tour d'horizon en guise d'annonce.

A Grenoble on fabrique des puces

Quand, en juillet 2022, Emmanuel Macron est venu à Crolles inaugurer l'agrandissement de l'usine STMicroelectronics, il faisait chaud. Il annonçait au passage que l'agrandissement serait financé à hauteur de 2,9 milliards d'euros d'argent public, « le plus grand investissement industriel des dernières décennies hors nucléaire » comme le rapporte fièrement Bruno Le Maire [1]. Une « réjouissance » pour le maire EELV de Grenoble. STMicroelectronics est le premier employeur de la région avec plus de 6000 salarié·es, et sa voisine Soitec en emploie aujourd'hui 2000. Toutes les deux produisent des semis-conducteurs, des « puces électroniques ». Un marché « stratégique » en pleine expansion : 15 % d'augmentation de la production par an, l'objectif de quadrupler la production sur le sol européen d'ici 2030. Alors la tête haute et le torse bombé, politicien.ne.s et industriels nous montrent le chemin du monde de demain et nous délivrent leur joyeuse définition du progrès, forte de propagande mensongère.

Nous les saluons pour avoir, en même temps que cette inauguration, donné naissance à notre collectif et à la vague d'indignation et d'opposition qui grossit depuis sans faiblir.

Anatomie du modèle grenoblois : recherche, enseignement, industrie, armée

Comprenons là où nous mettons les pieds. A Grenoble, nous avons au moins trois pôles de recherche et développement dont le plus gros se situe sur la presqu'île entre le Drac et l'Isère, appelée d'après son origine militaire le « Polygone scientifique ». Ce désert de béton et de verre est peuplé de plus de 10000 ingénieurs le jour, s'activant à penser l'innovation, la dystopie de demain, dans des laboratoires à accès badgé et des « salles blanches » prototypes. La production, elle, se fait dans les usines de STMicroelectronics et Soitec dans les communes voisines de Crolles et Bernin.

Si les mains du monstre industriel se situent dans les méga-usines, nombre de ses organes vitaux se situent sur le Polygone. En voici une brève anatomie :

— Le CEA (Commissariat a l'Énergie Atomique) implanté depuis 1956 à Grenoble, constitue, via le CEA-LETI, « l'un des principaux centres de recherche appliquée en microélectronique et nanotechnologies dans le monde » [2]. Il remplit la fonction d'estomac, ingurgitant les ingénieurs, et les subventions publiques. Puis, lorsque les recherches trouvent un domaine d'application industrielle, elles sont tout droit régurgitées en direction d'investisseurs privés, sous forme de spinn-off : c'est le cas de ST et Soitec, des start-ups avant l'heure. Le CEA continue de collaborer, fièrement, avec celles qui se font appeler les « locomotives » de l'industrie locale.

— Le centre de recherche et développement de STMicroelectronics est l'une des nombreuses têtes de l'hydre techno-industrielle grenobloise. Quoi de plus logique que son implantation sur le Polygone, à côté de papa-CEA. Employant 2000 ingénieur·es, le site grenoblois est un des plus gros sites de recherche et d'innovation de la multinationale. C'est ici que sont conçues les nouvelles puces, leur « design » et leur processus de fabrication optimal. On y trouve les cadres en col blanc et les ingénieurs fan de trek, tandis que les ouvrier·es en combinaison intégrale, elles et eux, s'activent aux 3x8 dans les salles blanches de l'usine de Crolles.

— Accroché au CEA comme une vésicule biliaire à l'estomac, le Synchrotron, ce donut géant, perfuse la Presqu'île d'un flux continu de mesures et de datas à n'en plus finir et consomme au passage une quantité faramineuse d'électricité (500 Gigawatt/h par an).

— On pourrait aussi parler : de cette vieille bombe à retardement qu'est le réacteur nucléaire d'essai de l'Institut Laue-Langevin, tumeur en sommeil abreuvée d'uranium enrichi de qualité militaire ; de Minatec ; de Clinatec ; de l'Idea's Lab ; du Laboratoire des champs magnétiques intenses… Mais arrêtons ici cette liste à la Prévert d'une machine mortifère en expansion continue où l'humain n'a plus sa place (à ce sujet lire le livre du Groupe Grothendieck L'Université désintégrée).

Un empilement de nuisances

A quoi s'affaire le pôle de l'innovation local ? A penser l'avenir. Penser le monde de demain c'est une chose, mais le faire advenir matériellement avec toutes ces conséquences, c'en est une autre. Comme toute industrie du numérique, la production nécessite l'extraction de métaux sur toute la surface du globe. Invisibles depuis l'Isère, nombre de nuisances sont pour les pays du Sud, où l'extractivisme néocolonial bat son plein au détriment des populations locales et de leur environnement [3]. La « dématérialisation » du monde connecté, on le sait depuis longtemps maintenant, est éminemment matérielle.

Au niveau local, ces usines consomment aujourd'hui plus de 16 500 mètres cubes d'eau potable par jour (12 piscines olympiques par jour, 700 000 douches), en consommeront 29 000 à horizon 2028. Une eau qui ressort largement polluée dans l'Isère, en raison des produits chimiques divers et variés dont elle se charge au contact des plaques de silicium. Une quantité de substances qui vaut à STMicroelectronics l'élégant label de « site Seveso seuil haut ». Bénéficiant de dérogations pour avoir le droit de polluer plus que ce que les normes européennes ne l'autorisent [4], industriels et politiques ne reculent devant rien pour que, sous l'alibi du progrès nécessaire, les intérêts économicistes de STMicroelectronics soient comblés.

Et le progrès a sa définition ! STMicroelectronics fabrique des puces qui équipent les voitures connectées les plus récentes (essentielles pour régler automatiquement les rétroviseurs !), les stations terrestres du projet StarLink, les caméras pour la reconnaissance faciale des smartphones, une myriade d'objets connectés au mieux inutiles (avez-vous penser à vous procurer votre bouteille d'eau connectée qui vous rappellera de boire ? [5]) et au pire terrifiants : applications pour le smartfarming, l'autre nom de l'agriculture sans paysan·ne·s [6].

Autre réjouissance : des puces pour le commerce de la guerre, comme le rapportait l'ONG L'Obsarm, relayé par le média Blast [7]. Avec une mention spéciale pour les drones kamikazes destinés à l'armée russe, contournement explicite de l'embargo.

L'agrandissement de ces usines est une aberration socio-écologique. Il n'y avait jusqu'alors jamais eu une opposition d'une telle ampleur à l'industrie de la microélectronique dans la région. Il semble que quelque chose se passe. La question de l'usage de l'eau nous traverse, et se répand sécheresse après sécheresse.

Mais ce n'est pas tout.

La fuite en avant technologique questionne. Le mythe du Progrès a du plomb dans l'aile. Le vernis de la transition écologique porté par les industriels et les pouvoirs publics se craquelle.

Le temps presse, il nous faut accélérer le craquèlement.

Que faire ?

Face à ces gigantesques entreprises dont chaque agrandissement renforce l'emprise et la dépendance économiques sur le territoire grenoblois, comment agir ?

Nous invitons à une marche familiale et massive, pour rassembler, grandir encore.

Une marche jusqu'au Polygone scientifique grenoblois samedi 6 avril 2024, le temps fort du week-end.
Nous proposons aussi un grand nombre de conférences et de discussions, pour affiner ensemble notre analyse de la situation et élaborer des perspectives. Elles se tiendront le vendredi 5 à Grenoble, et le dimanche 7 à Crolles.

Voici le programme complet de ce week-end de mobilisation : https://stopmicro38.noblogs.org/post/2024/03/18/5-6-7-avril-2024-le-programme/

Derrière l'activisme nous savons qu'en creux, c'est une désinvisibilisation de l'absurde qui se répand dans les têtes et donc une union des colères face au non-sens.

Rendez-vous le 5, 6 & 7 avril 2024 à Grenoble et dans le Grésivaudan
Manifestation, conférences & actions
No puçaran !

Collectif STopMicro
stopmicro@riseup.net
https://stopmicro38.noblogs.org
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L'appel à la mobilisation :

https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/12/14/5-6-7-avril-2024-de-leau-pas-des-puces/


Appel à la saison 7 des Soulèvements de la terre

Par : dev
19 mars 2024 à 15:49

Un an après la manifestation de Sainte-Soline et la tentative de dissolution du mouvement par le gouvernement, les Soulèvements de la Terre persistent et continuent de se déployer. Nous publions ici la présentation et le calendrier de la 7e saison, printemps/été 2024. Au programme, actions directes de masse pour la défense des terres et de l'eau : blocages, occupations, désarmements.

D'avril à fin août, les rendez-vous de convergence nationale et internationale vont se succéder afin d'articuler luttes paysannes et écologistes, résistance locales et alliances pour la justice sociale. Du Puy de Dôme, contre le plus grand projet de bassines du pays, à Genneviliers face à l'empire logistique, en retournant sur le terrain de l'A69 ou dans le marais poitevin, le mouvement vise cette saison à détricoter les filières mortifères et à mettre un point final à une série de projets farouchement contestés. L'appel qui suit fait le point sur les révoltes agricoles, les avancées du front anti-béton, la consolidation du mouvement et les multiples manières d'y prendre part. Il détaille le calendrier de la saison à venir et ses visées stratégiques.

Pour lire cet appel et ce programme en version PDF, cliquer ici.

Appel à la saison 7 des Soulèvements de la terre - Printemps/été 2024

Cela fait maintenant 3 ans que les Soulèvements de la terre bataillent sans relâche contre ceux qui planifient le ravage. En mars dernier, suite à la manifestation de Sainte-Soline, l'État a voulu nous écraser par une répression mêlant l'arsenal anti-terroriste et la dissolution administrative. Notre réponse a été de maintenir un rythme soutenu d'actions déterminées durant la saison 5, de Saint-Colomban à la Maurienne en passant par Rouen. La saison 6 s'est ensuite ouverte par une ZAD alpine au sommet de la Girose pour interrompre le chantier du 3e tronçon du téléphérique de la SATA. En octobre, une grande manif-action avec 6 cortèges coordonnés contre l'A69 a débordé le dispositif policier. En décembre, la saison s'est conclue par une vaste

campagne d'actions décentralisées contre Lafarge et le monde du béton appelée par une large coalition d'organisations et appuyée par les comités locaux des Soulèvements.

Quelques semaines auparavant, au terme d'une audience ubuesque, la dissolution avait fini par faire pschiiiit. Bien que la menace répressive continue de planer au-dessus de nos têtes, nous sommes encore là, prêt.es pour une septième saison de blocages, d'occupations et de désarmements.

Nous continuons de creuser notre sillon : quitter le registre des petits gestes pour embrasser celui de l'action collective résolue, convertir les espoirs sans cesse déçus de transition écologique en foyers de résistances territoriales. Nous ouvrons aussi de nouvelles pistes pour arrimer davantage l'écologie aux luttes sociales et construire pas à pas des actions avec les travailleur.euses du BTP et du complexe agro-industriel.

Livret de la saison 7 des S... by lundimatin

Alors que s'ouvre la campagne pour les élections européennes, partout sur le continent l'extrême-droite monte en puissance, et s'inscrit dans une exaltation nationaliste de la terre. Au rebours de ce repli réactionnaire comme de la campagne anti-écolo du gouvernement, nos actions visent à défendre et reprendre les terres dans une perspective écologiste, anti-capitaliste, anti-patriarcale et anti-coloniale. Nous croyons dans nos capacités à agir pour une vie désirable dans un monde habitable où tous.tes puissent avoir accès à la terre, au logement et à l'alimentation.

Ces dernières semaines en France, deux fronts cristallisent particulièrement le retour de la terre et des questions agraires au cœur de la conflictualité politique contemporaine : d'un côté la révolte agricole, de l'autre la résistance acharnée contre les chantiers de l'A69. L'un des enjeux de la saison 7 est bien de continuer à articuler les résistances agricoles et écologistes, que nos adversaires cherchent à opposer par tous les moyens.

Révoltes agricoles

Depuis janvier, les paysan.nes ont quitté leurs terres et leurs bêtes pour bloquer des autoroutes, encercler les préfectures, prendre d'assaut Rungis et le salon de l'agriculture. Ce qu'expriment ces gestes, c'est que le système agricole actuel n'est plus tenable. Les éleveur.euses du Tarn l'ont affirmé d'emblée : si rien ne change, les fermes moyennes - dites « familiales » - vont disparaître et le métier de paysan.ne avec.

Ces fermes sont prises en étau ; en amont par les industries qui leurs fournissent intrants, engrais, aliments, pesticides, et et en aval par celles de l'agro-alimentaire et de la grande distribution. Cette situation résulte de 50 ans de politiques publiques tournées vers l'agrandissement et l'industrialisation. Elle se maintient via la politique de co-gestion établie entre le gouvernement, les lobbys agro-chimiques et la FNSEA. Ensemble ils volent le fruit du travail paysan.

En pleine révolte agricole, si le gouvernement laisse faire, c'est qu'il sait pouvoir compter sur le syndicat majoritaire pour capturer la colère. La FNSEA détourne les souffrances professionnelles et les difficultés existentielles pour focaliser stratégiquement ses revendications sur les jachères et les normes environnementales européennes. Le gouvernement se presse d'accéder à ce qui est compatible avec les desseins du complexe agro-industriel : le plan Ecophyto est mis à l'arrêt et l'empoisonnement de la terre, de l'eau et des paysan.nes continue de plus belle.

Derrière une unité mise en scène, de profondes inégalités divisent le monde agricole. Une ligne de fracture le traverse : d'un côté, une élite en col blanc qui ne milite que pour ses intérêts économiques ; de l'autre des travailleur.euses étoufé.es par le complexe agro-industriel. Parmi ces travailleur.euses, des paysan.nes qui triment - dans des fermes moyennes conventionnelles comme en agriculture biologique – et se voient dérober une large part des fruits de leur travail, mais aussi, une masse de salarié.es invisibilisée : des ouvrier.es agricoles enrôlé.es par l'industrie légumière ou viticole, des opérateur.ices d'abattoirs, des caissier.es de supermarchés.

Les agriculteur.ices sont incité.es par la FNSEA et la Coordination Rurale à se battre seul.es, à mener une lutte corporatiste. Pour neutraliser la critique de l'agro-industrie, maintenir la fiction de l'unité et générer un repli identitaire, on nous rabâche la ritournelle de « l'agri-bashing » : les agriculteur.ices seraient méprisé.es par le reste de la population. Cette rengaine a été une fois de plus démentie par le soutien populaire à la révolte. Pour nous, lutter contre le complexe agro-industriel, ce n'est pas stigmatiser les agriculteur.ices. Au contraire, c'est en s'attaquant à ce système qui concentre les terres, les aides et le capital que l'on pourra défendre les conditions de vie, le revenu et le métier des paysan.nes.

La Confédération Paysanne a tenté par ses actions - blocages des plateformes de la grande distribution, occupation du siège de Lactalis - de mettre en lumière certains fondements réels du problème paysan : la faiblesse des revenus et la concurrence destructrice imposée par le libre-échange. Or, ces problèmes ne sont pas propres au monde agricole, loin de là ! 40 ans après la mort de Bernard Lambert, fondateur des Paysans-Travailleurs, le temps est venu de renouer avec un mouvement qui déborde le cadre corporatiste pour réinscrire les luttes paysannes dans la lutte des classes.

Nos adversaires traduisent chaque fois qu'ils le peuvent la colère agricole en une opposition identitaire entre « écologistes » et « agriculteurs ». Nous nous efforçons de défaire cette capture du sens des évènements par nos gestes, nos liens et nos stratégies de lutte. Nous croyons à certaines rencontres et refusons de rester figé.es dans les identités que l'on nous assigne. Là où nous reconsidérons ensemble quels sont les ennemis réels des paysan.nes, des alliances sont possibles. Nos actions le démontrent.

De part et d'autre, il s'agit au fond de défendre le métier de paysan pour éviter qu'il ne disparaisse au profit de robots travaillant dans des plaines saccagées. Il s'agit de promouvoir un modèle de polyculture-élevage qui protège la biodiversité et d'inventer de nouvelles manières de cultiver par temps incertain. Il s'agit de travailler sans s'empoisonner. Il s'agit que chacun.e ait les moyens de s'offrir une nourriture de qualité tout en assurant la rémunération des paysan.nes qui la produisent. Cela implique de court-circuiter le complexe agro-industriel, de mettre fin à ses marges prédatrices et à sa frénésie extractiviste.

Front anti-béton


Pour défendre la terre et les paysan.nes, encore faut-il maintenir les conditions de possibilité de l'agriculture : les terres nourricières et leur fertilité, la quantité et la qualité de l'eau, la stabilité d'un climat qui ne cesse de se réchauffer. C'est pourquoi nous voulons empêcher à tout prix que de nouvelles terres ne soient bétonnées, bitumées, artificialisées. Dans le Tarn, la lutte déterminée contre le projet de l'autoroute A69 entre Castres et Toulouse est le foyer le plus incandescent de cette lutte.

Et derrière l'autoroute A69, il y a 55 projets routiers majeurs contestés en France : 13 milliards d'argent public, pour stériliser les sols, fragmenter les habitats et étaler les tentacules de l'empire logistique. En face, se dressent partout des luttes et des résistances. Au pays des Sucs, les opposant.es se font berger.es : la présence permanente d'un troupeau de moutons sur le tracé ralentit l'avancée des travaux de la RN88. À Rouen, avant même le premier coup de pelle, l'opposition réunit déjà des milliers de personnes résolues à défendre les terres et les forêts menacées ainsi que les espèces qui les peuplent. En Avignon, une nouvelle ZAD vient d'éclore contre un projet de contournement routier qui menace sa ceinture verte.

Dans les années 90 en Angleterre, le mouvement des roads protests, alliant occupation de sites menacés et actions directes, avait abouti à l'arrêt du programme routier britannique. A l'automne dernier, Clément Beaune - alors ministre des Transports - a annoncé l'abandon imminent de certains projets, mais depuis : plus rien ! Il est donc nécessaire de continuer à s'opposer physiquement à l'avancée des chantiers pour arracher un moratoire sur l'ensemble des projets routiers ainsi que l'abandon immédiat et définitif d'une partie d'entre eux.

Du 9 au 12 Décembre dernier, la campagne de mobilisations contre Lafarge et son monde a démontré que partout pouvaient s'imaginer des surgissements face aux infrastructures du béton et du bitume. En parallèle, de la Bretagne à l'Ariège, des collectifs en lutte contre des sablières ou des gravières se structurent, se rencontrent et montent en puissance. Ensemble, nous apprenons à perturber significativement les rouages bien huilés qui relient les carrières, les centrales à béton et les chantiers qui partout se multiplient.

La saison 6 s'est clôturée par l'annonce de l'abandon du projet d'extension de carrière Lafarge à Saint-Colomban, fruit de plusieurs années d'actions communes menées par le collectif 'La tête dans le sable' et les Soulèvements de la terre. S'il reste encore là-bas un autre projet de carrière à enterrer, nous pouvons d'ores et déjà nous projeter dans la réappropriation des terres agricoles sauvées par les paysan.nes et les habitant.es du coin pour nous assurer qu'elles ne soient pas accaparées par les grosses firmes du muguet et de la mâche. C'est en multipliant partout ce type de victoires sur le terrain que nous pourrons articuler concrètement la lutte écologique contre la destruction des milieux et la lutte pour l'émancipation paysanne face à la mainmise du complexe agro-industriel.

Détricoter les filières mortifères

Pour forcer à un changement de modèle, il nous faut parvenir à détricoter systématiquement les filières mortifères. En tirant sur le fil d'une filière, c'est toute la pelote du capitalisme qui vient avec. Ce sont ces fils qui relieront entre elles les différentes actions de la saison 7 des Soulèvements de la terre.

1 – Méga-bassines : remonter la filière maïs pour faire sauter un maillon de la chaîne agro-industrielle

Impossible de comprendre pourquoi le gouvernement et la FNSEA s'accrochent à ce point aux chantiers de méga-bassines sans saisir leur fonction éminemment stratégique pour la céréaliculture industrielle, et en particulier la filière maïs. Celle-ci représente 18 % de l'eau consommée en France. Elle se situe au croisement de plusieurs enjeux majeurs : les OGM anciens et « nouveaux », l'approvisionnement des élevages hors-sol concentrés dans les fermes- usines, la place démesurée de l'export dans la production agricole française, la méthanisation, l'usage effréné d'herbicides et de fongicides, et bien sûr l'eau et son partage.

Continuer à se battre pour arracher un moratoire sur les méga-bassines, ce n'est pas s'en prendre aux fermes ou aux agriculteur.ices, mais bien cibler les méga-coopératives du secteur. Ces projets ne répondent pas aux besoins en eau des paysan.nes, mais à ceux des multinationales comme Pioneer et Limagrain. Continuer d'investir dans cette filière en creusant des bassines qui demain ne se rempliront pas, c'est repousser le nécessaire changement de modèle agricole. Le rendement du maïs sur l'année 2022 s'est effondré de 54 % à cause du changement climatique. Or cette année 'exceptionnelle' est appelée à devenir le nouveau standard. Avec le système bassines, le complexe agro-industriel enferme les agriculteur.ices dans une impasse économique et existentielle. L'agro-écologie doit prendre le pas sur cette mal-adaptation au changement climatique, même la Cour des Comptes en a convenu récemment.

Alors que se profile la commémoration des 1 an de Sainte-Soline, rendez-vous est pris le 11 mai dans le Massif Central pour lutter contre le projet de construction des deux plus grosses méga-bassines de France au profit de la multinationale Limagrain et de sa production de semences de maïs. Partout où des projets de bassines voient le jour, des révoltes semblables à celle du marais poitevin éclateront. Ce premier acte de la saison sera un échauffement avant de se retrouver pour une nouvelle mobilisation internationale pour l'eau en Deux-Sèvres, à la veille des Jeux Olympiques, du 15 au 21 juillet.

2 – S'organiser pour enrayer la logistique du désastre

Chaque année, plus de 2 millions de mètres carrés d'entrepôts sont construits en France, dans une dynamique d'artificialisation dont la courbe de croissance est exponentielle. Pour alimenter ces entrepôts, il faut des routes, des autoroutes, des camions à n'en plus finir, des avions-cargos, des porte-conteneurs et des ouvrier.es qui y laissent leur santé. À travers ces infrastructures et leurs multiples ramifications, l'empire logistique broie le vivant, grignote les terres fertiles, rase les forêts, nous étouffe sous le bitume et le CO2 et s'accapare les fruits de notre travail. Ce secteur est stratégique. Il soumet tous les territoires à la tyrannie du marché global. En transportant tout et n'importe quoi à bas coût, l'empire logistique produit de la délocalisation, du dumping social, de la sous-traitance et des boulots pourris.

En retraçant les filières du béton, du maïs ou des colis, on tombe inévitablement sur la logistique. C'est elle qui fait circuler les biens et les matières aux quatre coins de la planète, qui rend possible une production déconnectée des territoires, hors de portée et de maîtrise des habitant.es et des travailleur.euses. C'est pour elle que s'ouvrent toujours plus de nouveaux chantiers routiers et d'entrepôts.

Cette gigantesque machine s'organise autour d'axes stratégiques, des « corridors » le long desquels elle concentre ses forces, mais aussi ses faiblesses. Ce faisant, elle connecte malgré elle des luttes locales et des luttes sociales auxquelles elle offre des prises communes. Ainsi les projets d'A133-134 dans la région rouennaise, de canal pharaonique Seine Nord-Europe et d'entrepôt géant en Seine-Saint-Denis s'inscrivent dans un même continuum, comme les résistances locales à ces aménagements.

Cette saison, nous vous donnons rendez-vous du 24 au 26 mai en Seine-Saint-Denis, au cœur de la métropole du Grand Paris. Les promoteurs et l'État veulent y construire une méga- plateforme logistique : Greendock ! Cette manif-action sera une première étape pour stopper ce projet et défendre les espaces de fraîcheur et la biodiversité au cœur des banlieues populaires. Nous nous retrouverons ensuite de nouveau en masse les 8 et 9 juin contre le projet d'autoroute A69, en ouverture d'une série d'actions décentralisées de la Déroute des Routes annoncée pour la troisième semaine de juin.

De leur conception jusqu'au dernier coup de truelle, nous sommes là pour mener la résistance à chaque projet et atteindre le seuil critique à même de les faire tous tomber.

D'une saison à l'autre : Tisser la trame du mouvement

Si le mouvement a pris son essor en s'organisant autour de calendriers d'actions saisonniers, il se déploie aujourd'hui sur un ensemble d'autres dimensions. Des dynamiques au long cours se construisent. Le maillage territorial des comités locaux se renforce. Les premiers Greniers des Soulèvements voient le jour. Autour, des réseaux cousins et alliés, « Naturalistes des terres », « Bâtisseur.euses des terres », « Grimpantes des terres », s'organisent sur la base de pratiques et de passions communes.

Des enquêtes sur Lafarge et la filière maïs construisent pas à pas une compréhension commune de ce qui nous fait face. Des rencontres avec des ouvrier.es agricoles ou des travailleur.euses sans-papiers du BTP élargissent progressivement le champ de nos actions et de nos alliances. Des groupes de veille foncière, d'appui à l'installation et d'interventions face à l'accaparement des terres s'élaborent en lien avec des comités locaux et des organisations paysannes.

Les rencontres dans des pays voisins ou plus lointains ouvrent à diverses alliances internationales. En ce mois de mars, une tournée en Allemagne a permis de comprendre comment l'impressionnant mouvement d'action directe de masse contre les mines de charbon, Ende Gelände, se recompose, entre autres, autour des enjeux de protection de l'eau sur différents territoires. Une ZAD s'est installée pendant notre voyage aux portes de Berlin sur une forêt et des nappes phréatiques menacées par l'extension d'une usine Tesla, usine par ailleurs mise à l'arrêt 10 jours par une action de désarmement. Début septembre, nous appellerons à rejoindre la mobilisation des camarades vénitiens contre des 'bassines des neiges' prévues pour les JO d'hiver dans les Dolomites. Des rencontres s'organisent par ailleurs en France pour imaginer des formes d'actions communes avec des collectifs décoloniaux, ici ou ailleurs.

Les Soulèvements de la terre n'ont pas fini de se métamorphoser et de grandir. Mais des premières secousses qui ont vu émerger le mouvement aux bouleversements majeurs qu'il appelle de ses vœux, il y a encore un gouffre. Nous avons besoin de toutes les énergies pour le combler ; pour quitter la sidération et le fatalisme que suscite bien souvent la crainte de l'effondrement, pour raviver la possibilité d'un basculement.

Rejoignez votre comité local le plus proche !

L'année 2023 a vu fleurir plus de 200 comités locaux : si beaucoup sont nés dans un geste de solidarité pour neutraliser la tentative de dissolution, ils ont depuis pris leur envol, consolidant leurs rangs et leurs espaces d'organisation. Chaque comité constitue un nouveau point d'ancrage pour notre jeune organisation, un nouvel espace d'enquête, de veille écologique et foncière pour dessiner toujours plus précisément la cartographie des projets toxiques et de leurs ramifications. lls sont un espace de composition depuis lequel organiser des actions locales ainsi qu'une nouvelle chambre de résonance, de mobilisation et d'organisation pour participer aux actes nationaux.

Les rencontres intercomités régionales se sont multipliées à travers tout l'hexagone, donnant naissance à de nouvelles coordinations d'actions : le franc succès des journées internationales contre le monde du béton (avec plus de 50 actions en 4 jours) et des actions de boycott économique de Carrefour en soutien à la Palestine témoignent de la vitalité des comités.

Pour s'engager plus activement dans la dynamique des Soulèvements, le mieux est encore de rejoindre le comité le plus proche de chez vous. La carte des comités avec leurs divers contacts est disponible ici

Greniers des Soulèvements

Plusieurs collectifs et comités locaux ont décidé de cultiver des fruits et légumes pour ravitailler les inter-cantines qui accompagnent les mobilisations des Soulèvements de la terre depuis plusieurs années. Les liens se tissent et les greniers s'équipent ! Ils ont contacté l'Atelier Paysan qui souhaite les accompagner dans la conception et la diffusion de technologies paysannes adaptées à des chantiers collectifs. C'est pour nous l'occasion d'apprendre collectivement à cultiver, de construire nos propres infrastructures, de se doter d'un ensemble de lieux et de terres. Les premiers semis sont lancés, les pousses de choux montrent le bout de leur nez. Ils seront mangés lors des prochaines mobilisations des Soulèvements.

LES GRENIERS DES SOULÈVEMENTS S'ORGANISENT !

Appel à constituer des greniers des soulèvments

Si vous voulez rejoindre la dynamique des greniers, un mail ici : greniers-sdt@riseup.net

Et chuuut... il paraît qu'une nouvelle dynamique se lance : Les Caves des Soulèvements ! Elles offriront de belles cuvées pour les mobilisations de la prochaine saison.

Grimpantes des terres

Que ce soit pour se rendre à la cime des arbres, bloquer des centrales à béton, occuper des grues, des bâtiments, ou accrocher des banderoles imprenables, l'escalade accompagne les actions des Soulèvements. Les Grimpantes des terres, c'est un réseau naissant de grimpeur.se.s issu.e.s de tout les domaines de la corde, mettant leurs compétences spécifiques au service des luttes locales, guidé.es par la préservation et la défense du vivant, et refusant toutes formes d'oppressions systémiques au sein de leur collectif.

Pour les joindre ou les rejoindre : grimpantesdtr@espiv.net

Premières secousses ! - le 19 avril - Sortie du livre des Soulèvements de la terre aux éditions La Fabrique

Après la sortie aux éditions du Seuil de « On ne dissout pas un soulèvement », barricade de papier façonnée par des voix complices, va paraître ce printemps aux éditions La Fabrique Premières secousses. Écrit par des dizaines de mains, depuis le cœur battant du mouvement, son élaboration a ouvert un vaste chantier théorique inachevé. Ce livre entremêle récits vivants des saisons passées et tentatives de formuler les hypothèses politiques qui structurent nos actions, les paradoxes auxquels nous sommes confronté.es, et les positions qui nous tiennent. Il esquisse les prémisses d'une pensée pragmatique en mouvement et permet de dépasser les cadres trop étriqués des appels à mobilisations, des réseaux sociaux et des espaces de contre-offensive médiatique. Il invite à engager partout, au sein des comités locaux et au-delà, des discussions passionnées et approfondies sur nos perspectives politiques au long cours.

CALENDRIER DE LA SAISON N°7 - PRINTEMPS/ÉTÉ 2024

22-31 MARS

SAINTE-SOLINE, 1 AN APRÈS
Une semaine de commémor'actions

Melle (79) et partout en France

Acculé par les succès des manifestations anti-bassines, le gouvernement tente le 25 mars 2023 de briser le mouvement sous une pluie de grenades assourdissantes et mutilantes. Plus de 5000 grenades sont tirées par les gendarmes sur les défenseurs.se.s de l'eau présent.e.s dans les champs de Sainte-Soline pour éviter un nouvel envahissement du cratère.

Le gouvernement sort depuis les gros moyens pour se dédouaner de son choix prémédité de brutaliser pour protéger les profits de l'agro-industrie. Cette répression inédite s'est accompagnée ces derniers mois d'une opération de criminalisation des manifestant·es : « éco-terroristes », tentative de dissolution, procès, commission d'enquête, ...

Un an après, le collectif Bassines Non Merci organise une semaine d'actions pour ne pas oublier les violences commises par l'État ce 25 mars 2023, pour envoyer un message de soutien aux blessé·es, et montrer que malgré le choc de Sainte-Soline, le mouvement est toujours bien décidé à arrêter ces foutues bassines.

Avant de se retrouver dans le Poitou en juillet prochain, nous vous invitons aux différents moments de cette semaine de « commémor'actions », notamment le samedi 23 mars à Melle (79) pour la construction d'un cairn et un tournoi de pétanque « On est toujours là, ils ont les boules », ainsi que le lundi 25 mars partout en France pour des « méga-boums contre les méga- bassines et les violences policières ».

Toutes les infos pratiques ici.

11 MAI

RANDEAU FESTIVE ET DÉTERMINÉE POUR LA DÉFENSE DE L'EAU
contre les deux plus grosses bassines de France en projet en Auvergne !

Puy-de-Dôme

Depuis plusieurs années, une poignée d'agro-industriels tente de s'accaparer l'eau un peu partout dans le pays. C'est maintenant au coeur de l'Auvergne, dans la plaine céréalière de la Limagne (à l'est de Clermont-Ferrand - 63), qu'avance le plus grand projet de giga-bassines jamais conçu en France : 2,3 millions de m3 d'eau sur 330 000 m2 de bâche plastique !

Officiellement, le projet est porté par l'ASL des Turlurons, composée de 36 exploitations agricoles dont font partie le président de la multinationale Limagrain (4e semencier mondial) et 5 de ses administrateurs. Officieusement, c'est donc bien Limagrain qui pousse ce projet, dans l'intérêt de sécuriser sa production de maïs semence destinée à l'exportation, le tout financé à 70% par de l'argent public !

Ces giga-bassines se rempliront directement par pompage dans un des affluents de la Loire, l'Allier. La zone est pourtant classée Natura 2000 et supporte localement l'alimentation en eau potable de plus de 200 000 habitant·es. Cet accaparement va de pair avec la dégradation des sols, l'assèchement des écosystèmes, l'anéantissement de la biodiversité et la pollution des eaux par l'usage intensif de la chimie agricole.

Alors que les périodes de sécheresse sont de plus en plus fréquentes, longues et sévères, alors que l'approvisionnement en eau potable des populations est gravement menacé en Limagne et ailleurs, nous n'acceptons pas que l'agro-business s'accapare l'eau pour maintenir un modèle qui ne sert que quelque un.es.

Le 11 mai prochain, avant même le début des travaux, rassemblons-nous pour faire entendre une opposition ferme et déterminée !

BNM63, la Confédération Paysanne, Extinction Rebellion et les Faucheurs Volontaires donnent un premier rendez-vous avec les Soulèvements de la terre pour une randonnée pédagogique, festive et artistique.

En défense de l'Allier, de ses affluents et des terres qui l'entourent, pour une agriculture paysanne contre l'emprise hégémonique et dévastatrice de l'agro-business : No Bassaran !

GLACIER DE LA GIROSE
un massif qui se rassemble

Dans les Alpes et les hauteurs de La Grave

Après le blocage des travaux du 3e tronçon du téléphérique à l'automne, l'équipe glaciaire des Soulèvements de la terre continue de veiller sur le glacier de la Girose. L'hiver a laissé le temps à plusieurs organisations de se rencontrer et s'organiser. Aucune information ne peut le confirmer pour l'instant mais si les travaux devaient reprendre à la fonte des neiges, ces dernières se tiennent prêtes à agir et à retourner sur place.

Restez informé.es sur le canal Telegram des Soulèvements Alpins pour les rejoindre de mille manières : https://t.me/comites_alpins Et pour plus d'informations sur la lutte contre le troisième tronçon du téléphérique : https://lagrave-autrement.fr

24-26 MAI

STOP GREENDOCK
Logistique en panique

Île-de-France

Dans la banlieue nord de Paris, sur le lit majeur de la Seine, un monstre logistique sommeille...

Ce monstre, c'est le projet d'entrepôt géant auquel rêvent le promoteur Goodman, l'un des leaders mondiaux de l'immobilier logistique, et HAROPA, grand projet de port fluvio-maritime entre Le Havre et Paris.

Une fois mis sur pied dans le port de Gennevilliers, le monstre « Greendock » aurait besoin, pour fonctionner, de 1200 rotations/jour de camions, dans une région où la pollution de l'air est déjà responsable d'un décès sur dix. En face du futur entrepôt : une zone Natura 2000, où nichent plusieurs espèces d'oiseaux protégées, qui pâtiraient jour et nuit de la pollution lumineuse et sonore. Un entrepôt de plus, dans une banlieue déjà saturée d'infrastructures logistiques, de CO2, subissant tous les dégâts écologiques et sociaux de projets absurdes destinés à servir la métropole.

Si les bâtiments ne sont pas encore sortis de terre, les travaux pourraient commencer courant 2024. La pression monte et, aux réseaux de routes, s'opposent des réseaux de luttes. À l'appel du comité local Plaine Tempête (93 nord), les comités locaux des Soulèvements d'Île-de-France et d'autres collectifs s'opposant à des projets logistiques pointent du doigt ceux qui soutiennent un projet déjà décrié par un collectif de riverain.es et les mairies des communes alentour.

Le capitalisme mondialisé repose sur la démultiplication de ces infrastructures logistiques. Mais si ces dernières sont sa condition d'existence, elles sont aussi son talon d'Achille. C'est pourquoi, le week-end du 24-25-26 mai, contre Greendock et son empire, entravons les flux logistiques et dessinons les berges que nous souhaitons avoir ! Sur tous les axes, sur terre, sur l'eau, les mots d'ordre seront les mêmes : blocage et piraterie !

8/9 JUIN

A69 - Acte 3

Entre Castres et Toulouse

L'autoroute avance ? Nous aussi !
En avril et octobre 2023, nous avons été des milliers à nous rassembler pour dénoncer et tenter de mettre un terme à l'autoroute A69 Castres-Toulouse, dénonçant un projet hérité du siècle passé et triplement néfaste : inutile, écocidaire et antisocial.

En 2023 et 2024, la résistance a été portée au niveau national et même international, sans pour autant faire fléchir les décideur.euses politiques, épaulé.es de leurs amis concessionnaires Atosca/NGE et de l'appareil judiciaire et policier.

La détermination à défendre les terres menacées d'artificialisation, à lutter contre une infrastructure antisociale et à promouvoir des alternatives de résilience aux enjeux climatiques s'est illustrée de multiples manières : recours juridiques, occupations dans les arbres et au sol, débat à l'Assemblée Nationale, rassemblements, venues d'activistes et artistes connu.es de tous.tes, désarmements d'engins de chantier, grèves de la faim et de la soif, projet d'aménagement alternatif Une Autre Voie... Des actions de solidarité dirigées contre les acteur.ices du projet partout en France ont renforcé notre détermination et des centaines de personnes ont convergé pour renforcer les occupations sur place. Les multiples lieux d'occupation sur le trajet appellent à être rejoints dès maintenant !

L'État tente vainement d'enterrer la contestation via un puissant appareil répressif, mais le Sud- Tarn résiste ! Contre l'autoroute et toute sa chaîne de production, des gravières en Ariège aux centrales à bitume en Haute-Garonne et Tarn, convergeons massivement dans le Sud-Ouest, pour une mobilisation populaire de grande ampleur. Bloquons les chantiers de l'A69 et reprenons les terres accaparées par Atosca/NGE.

Retrouvons-nous pour un prologue le 1er juin en Ariège contre les gravières, d'où un convoi partira pour rejoindre l'Acte 3 contre l'A69 les 8 et 9 juin 2024 ! Continuons d'élargir la brèche ouverte contre l'A69 et son monde !

L'autoroute ne passera pas ! NO MACADAM !

19/20 JUILLET

MOBILISATION INTERNATIONALE STOP MÉGA-BASSINES
Village de l'eau du 15 au 21 juillet

Marais poitevin & alentour

Fin juillet prochain, alors que les regards du monde entier se porteront sur la parade fluviale des Jeux Olympiques à Paris, il s'agira de confluer de nouveau dans le Poitou pour remporter la plus essentielle des épreuves : trouver les gestes communs pour que l'eau soit enfin protégée dans ce pays et partout ailleurs.

Malgré le verdict des tribunaux sur l'inadaptation des bassines au changement climatique, malgré la colère qui grandit au fur et à mesure que l'eau nous est dérobée, malgré l'opposition toujours croissante, les bassines débâchées et les grilles qui continuent de tomber, ils tentent le passage en force. Deux nouveaux chantiers de méga-bassines ont démarré cet automne dans les Deux-Sèvres, d'autres sont annoncés dans les départements voisins. Puisque le gouvernement se refuse toujours à un moratoire, il nous revient de le mettre en oeuvre nous-mêmes. Pour cela, il nous faudra converger bien plus nombreux.ses qu'à Sainte-Soline, en réinventant nos manières de faire cortège et de nous protéger, de nous déployer à travers le territoire et d'impacter le système bassines. Les journées de manifestation seront précédées d'un campement de plusieurs jours rythmé par des rencontres entre mouvements pour l'eau du monde entier, des ateliers, formations et fêtes. Un appel a été lancé à rejoindre ce village de l'eau en convois de vélos, voitures, tracteurs, piétons, venus des six coins de l'hexagone et d'au-delà.

DU 2 AU 8 SEPTEMBRE 2024

DE LA VENISE VERTE À LA LAGUNE DE VENISE
En route pour défendre l'eau par-delà les frontières

Marais poitevin jusqu'à Venise

Dans le massif montagneux des Dolomites, au nord de la lagune de Venise, des infrastructures d'accaparement de l'eau sont en projet pour assurer la production de neige artificielle en vue des Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver 2026. Le Camp Climat de Venise, avec le soutien des réseaux écologistes italiens, appelle à une grande mobilisation du 6 au 8 septembre 2024 pour désarmer ces projets néfastes et défendre la lagune.

Dans le prolongement des mobilisations internationales contre les bassines dans le Poitou, une délégation composée de représentant.e.s de Bassines Non Merci et des Soulèvements de la terre partira le 2 septembre de la Venise verte du Marais poitevin pour rallier la mobilisation en Vénétie, avec le désir de manifester une solidarité réciproque entre les luttes pour la défense et le partage de l'eau.

Cette délégation pourra être rejointe au départ ou en cours de route lors de soirées-étapes, notamment le 3 septembre dans les Alpes françaises où l'opposition aux JO d'hiver 2030 grandit, ainsi que les 4 et 5 septembre dans la Val Susa, vallée de résistance historique au projet de LGV Lyon-Turin.

Préparez-vous à prendre part à cette grande traversée vénitienne pour l'eau. Duri i banchi !*
*Expression vénitienne qui signifie « Accrochez-vous ! »

PERSPECTIVES FUTURES : DES LUTTES QUI VIENNENT ET QUI REVIENNENT

Au moment de boucler le calendrier de cette saison printemps/été 2024, il nous semblait important de mentionner des luttes amies sur lesquelles nous nous sommes parfois déjà retrouvé·es, et qui construisent d'ores et déjà des temps forts à venir au-delà de la saison 7.

Ce sera notamment le cas de Saint-Colomban, en Sud-Loire, où la récente victoire sur Lafarge qui a renoncé à l'agrandissement d'une des deux carrières du bocage appellera rapidement à une nouvelle mobilisation pour contraindre GSM, l'autre cimentier du secteur, à faire de même sur la seconde.

En parallèle, nous resterons en lien avec la résistance au développement des grands projets ferroviaires inutiles, à l'instar du Lyon-Turin qui avait déjà donné lieu à une mobilisation en juin dernier mais également du Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO) qui prévoit de relier par LGV Bordeaux, Toulouse et Dax avec des impacts destructeurs sur un ensemble de territoires, dont la très belle vallée du Ciron...

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Appel à la saison 7 des Soulèvements de la terre

Par : dev
19 mars 2024 à 15:49

Un an après la manifestation de Sainte-Soline et la tentative de dissolution du mouvement par le gouvernement, les Soulèvements de la Terre persistent et continuent de se déployer. Nous publions ici la présentation et le calendrier de la 7e saison, printemps/été 2024. Au programme, actions directes de masse pour la défense des terres et de l'eau : blocages, occupations, désarmements.

D'avril à fin août, les rendez-vous de convergence nationale et internationale vont se succéder afin d'articuler luttes paysannes et écologistes, résistance locales et alliances pour la justice sociale. Du Puy de Dôme, contre le plus grand projet de bassines du pays, à Genneviliers face à l'empire logistique, en retournant sur le terrain de l'A69 ou dans le marais poitevin, le mouvement vise cette saison à détricoter les filières mortifères et à mettre un point final à une série de projets farouchement contestés. L'appel qui suit fait le point sur les révoltes agricoles, les avancées du front anti-béton, la consolidation du mouvement et les multiples manières d'y prendre part. Il détaille le calendrier de la saison à venir et ses visées stratégiques.

Pour lire cet appel et ce programme en version PDF, cliquer ici.

Appel à la saison 7 des Soulèvements de la terre - Printemps/été 2024

Cela fait maintenant 3 ans que les Soulèvements de la terre bataillent sans relâche contre ceux qui planifient le ravage. En mars dernier, suite à la manifestation de Sainte-Soline, l'État a voulu nous écraser par une répression mêlant l'arsenal anti-terroriste et la dissolution administrative. Notre réponse a été de maintenir un rythme soutenu d'actions déterminées durant la saison 5, de Saint-Colomban à la Maurienne en passant par Rouen. La saison 6 s'est ensuite ouverte par une ZAD alpine au sommet de la Girose pour interrompre le chantier du 3e tronçon du téléphérique de la SATA. En octobre, une grande manif-action avec 6 cortèges coordonnés contre l'A69 a débordé le dispositif policier. En décembre, la saison s'est conclue par une vaste

campagne d'actions décentralisées contre Lafarge et le monde du béton appelée par une large coalition d'organisations et appuyée par les comités locaux des Soulèvements.

Quelques semaines auparavant, au terme d'une audience ubuesque, la dissolution avait fini par faire pschiiiit. Bien que la menace répressive continue de planer au-dessus de nos têtes, nous sommes encore là, prêt.es pour une septième saison de blocages, d'occupations et de désarmements.

Nous continuons de creuser notre sillon : quitter le registre des petits gestes pour embrasser celui de l'action collective résolue, convertir les espoirs sans cesse déçus de transition écologique en foyers de résistances territoriales. Nous ouvrons aussi de nouvelles pistes pour arrimer davantage l'écologie aux luttes sociales et construire pas à pas des actions avec les travailleur.euses du BTP et du complexe agro-industriel.

Livret de la saison 7 des S... by lundimatin

Alors que s'ouvre la campagne pour les élections européennes, partout sur le continent l'extrême-droite monte en puissance, et s'inscrit dans une exaltation nationaliste de la terre. Au rebours de ce repli réactionnaire comme de la campagne anti-écolo du gouvernement, nos actions visent à défendre et reprendre les terres dans une perspective écologiste, anti-capitaliste, anti-patriarcale et anti-coloniale. Nous croyons dans nos capacités à agir pour une vie désirable dans un monde habitable où tous.tes puissent avoir accès à la terre, au logement et à l'alimentation.

Ces dernières semaines en France, deux fronts cristallisent particulièrement le retour de la terre et des questions agraires au cœur de la conflictualité politique contemporaine : d'un côté la révolte agricole, de l'autre la résistance acharnée contre les chantiers de l'A69. L'un des enjeux de la saison 7 est bien de continuer à articuler les résistances agricoles et écologistes, que nos adversaires cherchent à opposer par tous les moyens.

Révoltes agricoles

Depuis janvier, les paysan.nes ont quitté leurs terres et leurs bêtes pour bloquer des autoroutes, encercler les préfectures, prendre d'assaut Rungis et le salon de l'agriculture. Ce qu'expriment ces gestes, c'est que le système agricole actuel n'est plus tenable. Les éleveur.euses du Tarn l'ont affirmé d'emblée : si rien ne change, les fermes moyennes - dites « familiales » - vont disparaître et le métier de paysan.ne avec.

Ces fermes sont prises en étau ; en amont par les industries qui leurs fournissent intrants, engrais, aliments, pesticides, et et en aval par celles de l'agro-alimentaire et de la grande distribution. Cette situation résulte de 50 ans de politiques publiques tournées vers l'agrandissement et l'industrialisation. Elle se maintient via la politique de co-gestion établie entre le gouvernement, les lobbys agro-chimiques et la FNSEA. Ensemble ils volent le fruit du travail paysan.

En pleine révolte agricole, si le gouvernement laisse faire, c'est qu'il sait pouvoir compter sur le syndicat majoritaire pour capturer la colère. La FNSEA détourne les souffrances professionnelles et les difficultés existentielles pour focaliser stratégiquement ses revendications sur les jachères et les normes environnementales européennes. Le gouvernement se presse d'accéder à ce qui est compatible avec les desseins du complexe agro-industriel : le plan Ecophyto est mis à l'arrêt et l'empoisonnement de la terre, de l'eau et des paysan.nes continue de plus belle.

Derrière une unité mise en scène, de profondes inégalités divisent le monde agricole. Une ligne de fracture le traverse : d'un côté, une élite en col blanc qui ne milite que pour ses intérêts économiques ; de l'autre des travailleur.euses étoufé.es par le complexe agro-industriel. Parmi ces travailleur.euses, des paysan.nes qui triment - dans des fermes moyennes conventionnelles comme en agriculture biologique – et se voient dérober une large part des fruits de leur travail, mais aussi, une masse de salarié.es invisibilisée : des ouvrier.es agricoles enrôlé.es par l'industrie légumière ou viticole, des opérateur.ices d'abattoirs, des caissier.es de supermarchés.

Les agriculteur.ices sont incité.es par la FNSEA et la Coordination Rurale à se battre seul.es, à mener une lutte corporatiste. Pour neutraliser la critique de l'agro-industrie, maintenir la fiction de l'unité et générer un repli identitaire, on nous rabâche la ritournelle de « l'agri-bashing » : les agriculteur.ices seraient méprisé.es par le reste de la population. Cette rengaine a été une fois de plus démentie par le soutien populaire à la révolte. Pour nous, lutter contre le complexe agro-industriel, ce n'est pas stigmatiser les agriculteur.ices. Au contraire, c'est en s'attaquant à ce système qui concentre les terres, les aides et le capital que l'on pourra défendre les conditions de vie, le revenu et le métier des paysan.nes.

La Confédération Paysanne a tenté par ses actions - blocages des plateformes de la grande distribution, occupation du siège de Lactalis - de mettre en lumière certains fondements réels du problème paysan : la faiblesse des revenus et la concurrence destructrice imposée par le libre-échange. Or, ces problèmes ne sont pas propres au monde agricole, loin de là ! 40 ans après la mort de Bernard Lambert, fondateur des Paysans-Travailleurs, le temps est venu de renouer avec un mouvement qui déborde le cadre corporatiste pour réinscrire les luttes paysannes dans la lutte des classes.

Nos adversaires traduisent chaque fois qu'ils le peuvent la colère agricole en une opposition identitaire entre « écologistes » et « agriculteurs ». Nous nous efforçons de défaire cette capture du sens des évènements par nos gestes, nos liens et nos stratégies de lutte. Nous croyons à certaines rencontres et refusons de rester figé.es dans les identités que l'on nous assigne. Là où nous reconsidérons ensemble quels sont les ennemis réels des paysan.nes, des alliances sont possibles. Nos actions le démontrent.

De part et d'autre, il s'agit au fond de défendre le métier de paysan pour éviter qu'il ne disparaisse au profit de robots travaillant dans des plaines saccagées. Il s'agit de promouvoir un modèle de polyculture-élevage qui protège la biodiversité et d'inventer de nouvelles manières de cultiver par temps incertain. Il s'agit de travailler sans s'empoisonner. Il s'agit que chacun.e ait les moyens de s'offrir une nourriture de qualité tout en assurant la rémunération des paysan.nes qui la produisent. Cela implique de court-circuiter le complexe agro-industriel, de mettre fin à ses marges prédatrices et à sa frénésie extractiviste.

Front anti-béton


Pour défendre la terre et les paysan.nes, encore faut-il maintenir les conditions de possibilité de l'agriculture : les terres nourricières et leur fertilité, la quantité et la qualité de l'eau, la stabilité d'un climat qui ne cesse de se réchauffer. C'est pourquoi nous voulons empêcher à tout prix que de nouvelles terres ne soient bétonnées, bitumées, artificialisées. Dans le Tarn, la lutte déterminée contre le projet de l'autoroute A69 entre Castres et Toulouse est le foyer le plus incandescent de cette lutte.

Et derrière l'autoroute A69, il y a 55 projets routiers majeurs contestés en France : 13 milliards d'argent public, pour stériliser les sols, fragmenter les habitats et étaler les tentacules de l'empire logistique. En face, se dressent partout des luttes et des résistances. Au pays des Sucs, les opposant.es se font berger.es : la présence permanente d'un troupeau de moutons sur le tracé ralentit l'avancée des travaux de la RN88. À Rouen, avant même le premier coup de pelle, l'opposition réunit déjà des milliers de personnes résolues à défendre les terres et les forêts menacées ainsi que les espèces qui les peuplent. En Avignon, une nouvelle ZAD vient d'éclore contre un projet de contournement routier qui menace sa ceinture verte.

Dans les années 90 en Angleterre, le mouvement des roads protests, alliant occupation de sites menacés et actions directes, avait abouti à l'arrêt du programme routier britannique. A l'automne dernier, Clément Beaune - alors ministre des Transports - a annoncé l'abandon imminent de certains projets, mais depuis : plus rien ! Il est donc nécessaire de continuer à s'opposer physiquement à l'avancée des chantiers pour arracher un moratoire sur l'ensemble des projets routiers ainsi que l'abandon immédiat et définitif d'une partie d'entre eux.

Du 9 au 12 Décembre dernier, la campagne de mobilisations contre Lafarge et son monde a démontré que partout pouvaient s'imaginer des surgissements face aux infrastructures du béton et du bitume. En parallèle, de la Bretagne à l'Ariège, des collectifs en lutte contre des sablières ou des gravières se structurent, se rencontrent et montent en puissance. Ensemble, nous apprenons à perturber significativement les rouages bien huilés qui relient les carrières, les centrales à béton et les chantiers qui partout se multiplient.

La saison 6 s'est clôturée par l'annonce de l'abandon du projet d'extension de carrière Lafarge à Saint-Colomban, fruit de plusieurs années d'actions communes menées par le collectif 'La tête dans le sable' et les Soulèvements de la terre. S'il reste encore là-bas un autre projet de carrière à enterrer, nous pouvons d'ores et déjà nous projeter dans la réappropriation des terres agricoles sauvées par les paysan.nes et les habitant.es du coin pour nous assurer qu'elles ne soient pas accaparées par les grosses firmes du muguet et de la mâche. C'est en multipliant partout ce type de victoires sur le terrain que nous pourrons articuler concrètement la lutte écologique contre la destruction des milieux et la lutte pour l'émancipation paysanne face à la mainmise du complexe agro-industriel.

Détricoter les filières mortifères

Pour forcer à un changement de modèle, il nous faut parvenir à détricoter systématiquement les filières mortifères. En tirant sur le fil d'une filière, c'est toute la pelote du capitalisme qui vient avec. Ce sont ces fils qui relieront entre elles les différentes actions de la saison 7 des Soulèvements de la terre.

1 – Méga-bassines : remonter la filière maïs pour faire sauter un maillon de la chaîne agro-industrielle

Impossible de comprendre pourquoi le gouvernement et la FNSEA s'accrochent à ce point aux chantiers de méga-bassines sans saisir leur fonction éminemment stratégique pour la céréaliculture industrielle, et en particulier la filière maïs. Celle-ci représente 18 % de l'eau consommée en France. Elle se situe au croisement de plusieurs enjeux majeurs : les OGM anciens et « nouveaux », l'approvisionnement des élevages hors-sol concentrés dans les fermes- usines, la place démesurée de l'export dans la production agricole française, la méthanisation, l'usage effréné d'herbicides et de fongicides, et bien sûr l'eau et son partage.

Continuer à se battre pour arracher un moratoire sur les méga-bassines, ce n'est pas s'en prendre aux fermes ou aux agriculteur.ices, mais bien cibler les méga-coopératives du secteur. Ces projets ne répondent pas aux besoins en eau des paysan.nes, mais à ceux des multinationales comme Pioneer et Limagrain. Continuer d'investir dans cette filière en creusant des bassines qui demain ne se rempliront pas, c'est repousser le nécessaire changement de modèle agricole. Le rendement du maïs sur l'année 2022 s'est effondré de 54 % à cause du changement climatique. Or cette année 'exceptionnelle' est appelée à devenir le nouveau standard. Avec le système bassines, le complexe agro-industriel enferme les agriculteur.ices dans une impasse économique et existentielle. L'agro-écologie doit prendre le pas sur cette mal-adaptation au changement climatique, même la Cour des Comptes en a convenu récemment.

Alors que se profile la commémoration des 1 an de Sainte-Soline, rendez-vous est pris le 11 mai dans le Massif Central pour lutter contre le projet de construction des deux plus grosses méga-bassines de France au profit de la multinationale Limagrain et de sa production de semences de maïs. Partout où des projets de bassines voient le jour, des révoltes semblables à celle du marais poitevin éclateront. Ce premier acte de la saison sera un échauffement avant de se retrouver pour une nouvelle mobilisation internationale pour l'eau en Deux-Sèvres, à la veille des Jeux Olympiques, du 15 au 21 juillet.

2 – S'organiser pour enrayer la logistique du désastre

Chaque année, plus de 2 millions de mètres carrés d'entrepôts sont construits en France, dans une dynamique d'artificialisation dont la courbe de croissance est exponentielle. Pour alimenter ces entrepôts, il faut des routes, des autoroutes, des camions à n'en plus finir, des avions-cargos, des porte-conteneurs et des ouvrier.es qui y laissent leur santé. À travers ces infrastructures et leurs multiples ramifications, l'empire logistique broie le vivant, grignote les terres fertiles, rase les forêts, nous étouffe sous le bitume et le CO2 et s'accapare les fruits de notre travail. Ce secteur est stratégique. Il soumet tous les territoires à la tyrannie du marché global. En transportant tout et n'importe quoi à bas coût, l'empire logistique produit de la délocalisation, du dumping social, de la sous-traitance et des boulots pourris.

En retraçant les filières du béton, du maïs ou des colis, on tombe inévitablement sur la logistique. C'est elle qui fait circuler les biens et les matières aux quatre coins de la planète, qui rend possible une production déconnectée des territoires, hors de portée et de maîtrise des habitant.es et des travailleur.euses. C'est pour elle que s'ouvrent toujours plus de nouveaux chantiers routiers et d'entrepôts.

Cette gigantesque machine s'organise autour d'axes stratégiques, des « corridors » le long desquels elle concentre ses forces, mais aussi ses faiblesses. Ce faisant, elle connecte malgré elle des luttes locales et des luttes sociales auxquelles elle offre des prises communes. Ainsi les projets d'A133-134 dans la région rouennaise, de canal pharaonique Seine Nord-Europe et d'entrepôt géant en Seine-Saint-Denis s'inscrivent dans un même continuum, comme les résistances locales à ces aménagements.

Cette saison, nous vous donnons rendez-vous du 24 au 26 mai en Seine-Saint-Denis, au cœur de la métropole du Grand Paris. Les promoteurs et l'État veulent y construire une méga- plateforme logistique : Greendock ! Cette manif-action sera une première étape pour stopper ce projet et défendre les espaces de fraîcheur et la biodiversité au cœur des banlieues populaires. Nous nous retrouverons ensuite de nouveau en masse les 8 et 9 juin contre le projet d'autoroute A69, en ouverture d'une série d'actions décentralisées de la Déroute des Routes annoncée pour la troisième semaine de juin.

De leur conception jusqu'au dernier coup de truelle, nous sommes là pour mener la résistance à chaque projet et atteindre le seuil critique à même de les faire tous tomber.

D'une saison à l'autre : Tisser la trame du mouvement

Si le mouvement a pris son essor en s'organisant autour de calendriers d'actions saisonniers, il se déploie aujourd'hui sur un ensemble d'autres dimensions. Des dynamiques au long cours se construisent. Le maillage territorial des comités locaux se renforce. Les premiers Greniers des Soulèvements voient le jour. Autour, des réseaux cousins et alliés, « Naturalistes des terres », « Bâtisseur.euses des terres », « Grimpantes des terres », s'organisent sur la base de pratiques et de passions communes.

Des enquêtes sur Lafarge et la filière maïs construisent pas à pas une compréhension commune de ce qui nous fait face. Des rencontres avec des ouvrier.es agricoles ou des travailleur.euses sans-papiers du BTP élargissent progressivement le champ de nos actions et de nos alliances. Des groupes de veille foncière, d'appui à l'installation et d'interventions face à l'accaparement des terres s'élaborent en lien avec des comités locaux et des organisations paysannes.

Les rencontres dans des pays voisins ou plus lointains ouvrent à diverses alliances internationales. En ce mois de mars, une tournée en Allemagne a permis de comprendre comment l'impressionnant mouvement d'action directe de masse contre les mines de charbon, Ende Gelände, se recompose, entre autres, autour des enjeux de protection de l'eau sur différents territoires. Une ZAD s'est installée pendant notre voyage aux portes de Berlin sur une forêt et des nappes phréatiques menacées par l'extension d'une usine Tesla, usine par ailleurs mise à l'arrêt 10 jours par une action de désarmement. Début septembre, nous appellerons à rejoindre la mobilisation des camarades vénitiens contre des 'bassines des neiges' prévues pour les JO d'hiver dans les Dolomites. Des rencontres s'organisent par ailleurs en France pour imaginer des formes d'actions communes avec des collectifs décoloniaux, ici ou ailleurs.

Les Soulèvements de la terre n'ont pas fini de se métamorphoser et de grandir. Mais des premières secousses qui ont vu émerger le mouvement aux bouleversements majeurs qu'il appelle de ses vœux, il y a encore un gouffre. Nous avons besoin de toutes les énergies pour le combler ; pour quitter la sidération et le fatalisme que suscite bien souvent la crainte de l'effondrement, pour raviver la possibilité d'un basculement.

Rejoignez votre comité local le plus proche !

L'année 2023 a vu fleurir plus de 200 comités locaux : si beaucoup sont nés dans un geste de solidarité pour neutraliser la tentative de dissolution, ils ont depuis pris leur envol, consolidant leurs rangs et leurs espaces d'organisation. Chaque comité constitue un nouveau point d'ancrage pour notre jeune organisation, un nouvel espace d'enquête, de veille écologique et foncière pour dessiner toujours plus précisément la cartographie des projets toxiques et de leurs ramifications. lls sont un espace de composition depuis lequel organiser des actions locales ainsi qu'une nouvelle chambre de résonance, de mobilisation et d'organisation pour participer aux actes nationaux.

Les rencontres intercomités régionales se sont multipliées à travers tout l'hexagone, donnant naissance à de nouvelles coordinations d'actions : le franc succès des journées internationales contre le monde du béton (avec plus de 50 actions en 4 jours) et des actions de boycott économique de Carrefour en soutien à la Palestine témoignent de la vitalité des comités.

Pour s'engager plus activement dans la dynamique des Soulèvements, le mieux est encore de rejoindre le comité le plus proche de chez vous. La carte des comités avec leurs divers contacts est disponible ici

Greniers des Soulèvements

Plusieurs collectifs et comités locaux ont décidé de cultiver des fruits et légumes pour ravitailler les inter-cantines qui accompagnent les mobilisations des Soulèvements de la terre depuis plusieurs années. Les liens se tissent et les greniers s'équipent ! Ils ont contacté l'Atelier Paysan qui souhaite les accompagner dans la conception et la diffusion de technologies paysannes adaptées à des chantiers collectifs. C'est pour nous l'occasion d'apprendre collectivement à cultiver, de construire nos propres infrastructures, de se doter d'un ensemble de lieux et de terres. Les premiers semis sont lancés, les pousses de choux montrent le bout de leur nez. Ils seront mangés lors des prochaines mobilisations des Soulèvements.

LES GRENIERS DES SOULÈVEMENTS S'ORGANISENT !

Appel à constituer des greniers des soulèvments

Si vous voulez rejoindre la dynamique des greniers, un mail ici : greniers-sdt@riseup.net

Et chuuut... il paraît qu'une nouvelle dynamique se lance : Les Caves des Soulèvements ! Elles offriront de belles cuvées pour les mobilisations de la prochaine saison.

Grimpantes des terres

Que ce soit pour se rendre à la cime des arbres, bloquer des centrales à béton, occuper des grues, des bâtiments, ou accrocher des banderoles imprenables, l'escalade accompagne les actions des Soulèvements. Les Grimpantes des terres, c'est un réseau naissant de grimpeur.se.s issu.e.s de tout les domaines de la corde, mettant leurs compétences spécifiques au service des luttes locales, guidé.es par la préservation et la défense du vivant, et refusant toutes formes d'oppressions systémiques au sein de leur collectif.

Pour les joindre ou les rejoindre : grimpantesdtr@espiv.net

Premières secousses ! - le 19 avril - Sortie du livre des Soulèvements de la terre aux éditions La Fabrique

Après la sortie aux éditions du Seuil de « On ne dissout pas un soulèvement », barricade de papier façonnée par des voix complices, va paraître ce printemps aux éditions La Fabrique Premières secousses. Écrit par des dizaines de mains, depuis le cœur battant du mouvement, son élaboration a ouvert un vaste chantier théorique inachevé. Ce livre entremêle récits vivants des saisons passées et tentatives de formuler les hypothèses politiques qui structurent nos actions, les paradoxes auxquels nous sommes confronté.es, et les positions qui nous tiennent. Il esquisse les prémisses d'une pensée pragmatique en mouvement et permet de dépasser les cadres trop étriqués des appels à mobilisations, des réseaux sociaux et des espaces de contre-offensive médiatique. Il invite à engager partout, au sein des comités locaux et au-delà, des discussions passionnées et approfondies sur nos perspectives politiques au long cours.

CALENDRIER DE LA SAISON N°7 - PRINTEMPS/ÉTÉ 2024

22-31 MARS

SAINTE-SOLINE, 1 AN APRÈS
Une semaine de commémor'actions

Melle (79) et partout en France

Acculé par les succès des manifestations anti-bassines, le gouvernement tente le 25 mars 2023 de briser le mouvement sous une pluie de grenades assourdissantes et mutilantes. Plus de 5000 grenades sont tirées par les gendarmes sur les défenseurs.se.s de l'eau présent.e.s dans les champs de Sainte-Soline pour éviter un nouvel envahissement du cratère.

Le gouvernement sort depuis les gros moyens pour se dédouaner de son choix prémédité de brutaliser pour protéger les profits de l'agro-industrie. Cette répression inédite s'est accompagnée ces derniers mois d'une opération de criminalisation des manifestant·es : « éco-terroristes », tentative de dissolution, procès, commission d'enquête, ...

Un an après, le collectif Bassines Non Merci organise une semaine d'actions pour ne pas oublier les violences commises par l'État ce 25 mars 2023, pour envoyer un message de soutien aux blessé·es, et montrer que malgré le choc de Sainte-Soline, le mouvement est toujours bien décidé à arrêter ces foutues bassines.

Avant de se retrouver dans le Poitou en juillet prochain, nous vous invitons aux différents moments de cette semaine de « commémor'actions », notamment le samedi 23 mars à Melle (79) pour la construction d'un cairn et un tournoi de pétanque « On est toujours là, ils ont les boules », ainsi que le lundi 25 mars partout en France pour des « méga-boums contre les méga- bassines et les violences policières ».

Toutes les infos pratiques ici.

11 MAI

RANDEAU FESTIVE ET DÉTERMINÉE POUR LA DÉFENSE DE L'EAU
contre les deux plus grosses bassines de France en projet en Auvergne !

Puy-de-Dôme

Depuis plusieurs années, une poignée d'agro-industriels tente de s'accaparer l'eau un peu partout dans le pays. C'est maintenant au coeur de l'Auvergne, dans la plaine céréalière de la Limagne (à l'est de Clermont-Ferrand - 63), qu'avance le plus grand projet de giga-bassines jamais conçu en France : 2,3 millions de m3 d'eau sur 330 000 m2 de bâche plastique !

Officiellement, le projet est porté par l'ASL des Turlurons, composée de 36 exploitations agricoles dont font partie le président de la multinationale Limagrain (4e semencier mondial) et 5 de ses administrateurs. Officieusement, c'est donc bien Limagrain qui pousse ce projet, dans l'intérêt de sécuriser sa production de maïs semence destinée à l'exportation, le tout financé à 70% par de l'argent public !

Ces giga-bassines se rempliront directement par pompage dans un des affluents de la Loire, l'Allier. La zone est pourtant classée Natura 2000 et supporte localement l'alimentation en eau potable de plus de 200 000 habitant·es. Cet accaparement va de pair avec la dégradation des sols, l'assèchement des écosystèmes, l'anéantissement de la biodiversité et la pollution des eaux par l'usage intensif de la chimie agricole.

Alors que les périodes de sécheresse sont de plus en plus fréquentes, longues et sévères, alors que l'approvisionnement en eau potable des populations est gravement menacé en Limagne et ailleurs, nous n'acceptons pas que l'agro-business s'accapare l'eau pour maintenir un modèle qui ne sert que quelque un.es.

Le 11 mai prochain, avant même le début des travaux, rassemblons-nous pour faire entendre une opposition ferme et déterminée !

BNM63, la Confédération Paysanne, Extinction Rebellion et les Faucheurs Volontaires donnent un premier rendez-vous avec les Soulèvements de la terre pour une randonnée pédagogique, festive et artistique.

En défense de l'Allier, de ses affluents et des terres qui l'entourent, pour une agriculture paysanne contre l'emprise hégémonique et dévastatrice de l'agro-business : No Bassaran !

GLACIER DE LA GIROSE
un massif qui se rassemble

Dans les Alpes et les hauteurs de La Grave

Après le blocage des travaux du 3e tronçon du téléphérique à l'automne, l'équipe glaciaire des Soulèvements de la terre continue de veiller sur le glacier de la Girose. L'hiver a laissé le temps à plusieurs organisations de se rencontrer et s'organiser. Aucune information ne peut le confirmer pour l'instant mais si les travaux devaient reprendre à la fonte des neiges, ces dernières se tiennent prêtes à agir et à retourner sur place.

Restez informé.es sur le canal Telegram des Soulèvements Alpins pour les rejoindre de mille manières : https://t.me/comites_alpins Et pour plus d'informations sur la lutte contre le troisième tronçon du téléphérique : https://lagrave-autrement.fr

24-26 MAI

STOP GREENDOCK
Logistique en panique

Île-de-France

Dans la banlieue nord de Paris, sur le lit majeur de la Seine, un monstre logistique sommeille...

Ce monstre, c'est le projet d'entrepôt géant auquel rêvent le promoteur Goodman, l'un des leaders mondiaux de l'immobilier logistique, et HAROPA, grand projet de port fluvio-maritime entre Le Havre et Paris.

Une fois mis sur pied dans le port de Gennevilliers, le monstre « Greendock » aurait besoin, pour fonctionner, de 1200 rotations/jour de camions, dans une région où la pollution de l'air est déjà responsable d'un décès sur dix. En face du futur entrepôt : une zone Natura 2000, où nichent plusieurs espèces d'oiseaux protégées, qui pâtiraient jour et nuit de la pollution lumineuse et sonore. Un entrepôt de plus, dans une banlieue déjà saturée d'infrastructures logistiques, de CO2, subissant tous les dégâts écologiques et sociaux de projets absurdes destinés à servir la métropole.

Si les bâtiments ne sont pas encore sortis de terre, les travaux pourraient commencer courant 2024. La pression monte et, aux réseaux de routes, s'opposent des réseaux de luttes. À l'appel du comité local Plaine Tempête (93 nord), les comités locaux des Soulèvements d'Île-de-France et d'autres collectifs s'opposant à des projets logistiques pointent du doigt ceux qui soutiennent un projet déjà décrié par un collectif de riverain.es et les mairies des communes alentour.

Le capitalisme mondialisé repose sur la démultiplication de ces infrastructures logistiques. Mais si ces dernières sont sa condition d'existence, elles sont aussi son talon d'Achille. C'est pourquoi, le week-end du 24-25-26 mai, contre Greendock et son empire, entravons les flux logistiques et dessinons les berges que nous souhaitons avoir ! Sur tous les axes, sur terre, sur l'eau, les mots d'ordre seront les mêmes : blocage et piraterie !

8/9 JUIN

A69 - Acte 3

Entre Castres et Toulouse

L'autoroute avance ? Nous aussi !
En avril et octobre 2023, nous avons été des milliers à nous rassembler pour dénoncer et tenter de mettre un terme à l'autoroute A69 Castres-Toulouse, dénonçant un projet hérité du siècle passé et triplement néfaste : inutile, écocidaire et antisocial.

En 2023 et 2024, la résistance a été portée au niveau national et même international, sans pour autant faire fléchir les décideur.euses politiques, épaulé.es de leurs amis concessionnaires Atosca/NGE et de l'appareil judiciaire et policier.

La détermination à défendre les terres menacées d'artificialisation, à lutter contre une infrastructure antisociale et à promouvoir des alternatives de résilience aux enjeux climatiques s'est illustrée de multiples manières : recours juridiques, occupations dans les arbres et au sol, débat à l'Assemblée Nationale, rassemblements, venues d'activistes et artistes connu.es de tous.tes, désarmements d'engins de chantier, grèves de la faim et de la soif, projet d'aménagement alternatif Une Autre Voie... Des actions de solidarité dirigées contre les acteur.ices du projet partout en France ont renforcé notre détermination et des centaines de personnes ont convergé pour renforcer les occupations sur place. Les multiples lieux d'occupation sur le trajet appellent à être rejoints dès maintenant !

L'État tente vainement d'enterrer la contestation via un puissant appareil répressif, mais le Sud- Tarn résiste ! Contre l'autoroute et toute sa chaîne de production, des gravières en Ariège aux centrales à bitume en Haute-Garonne et Tarn, convergeons massivement dans le Sud-Ouest, pour une mobilisation populaire de grande ampleur. Bloquons les chantiers de l'A69 et reprenons les terres accaparées par Atosca/NGE.

Retrouvons-nous pour un prologue le 1er juin en Ariège contre les gravières, d'où un convoi partira pour rejoindre l'Acte 3 contre l'A69 les 8 et 9 juin 2024 ! Continuons d'élargir la brèche ouverte contre l'A69 et son monde !

L'autoroute ne passera pas ! NO MACADAM !

19/20 JUILLET

MOBILISATION INTERNATIONALE STOP MÉGA-BASSINES
Village de l'eau du 15 au 21 juillet

Marais poitevin & alentour

Fin juillet prochain, alors que les regards du monde entier se porteront sur la parade fluviale des Jeux Olympiques à Paris, il s'agira de confluer de nouveau dans le Poitou pour remporter la plus essentielle des épreuves : trouver les gestes communs pour que l'eau soit enfin protégée dans ce pays et partout ailleurs.

Malgré le verdict des tribunaux sur l'inadaptation des bassines au changement climatique, malgré la colère qui grandit au fur et à mesure que l'eau nous est dérobée, malgré l'opposition toujours croissante, les bassines débâchées et les grilles qui continuent de tomber, ils tentent le passage en force. Deux nouveaux chantiers de méga-bassines ont démarré cet automne dans les Deux-Sèvres, d'autres sont annoncés dans les départements voisins. Puisque le gouvernement se refuse toujours à un moratoire, il nous revient de le mettre en oeuvre nous-mêmes. Pour cela, il nous faudra converger bien plus nombreux.ses qu'à Sainte-Soline, en réinventant nos manières de faire cortège et de nous protéger, de nous déployer à travers le territoire et d'impacter le système bassines. Les journées de manifestation seront précédées d'un campement de plusieurs jours rythmé par des rencontres entre mouvements pour l'eau du monde entier, des ateliers, formations et fêtes. Un appel a été lancé à rejoindre ce village de l'eau en convois de vélos, voitures, tracteurs, piétons, venus des six coins de l'hexagone et d'au-delà.

DU 2 AU 8 SEPTEMBRE 2024

DE LA VENISE VERTE À LA LAGUNE DE VENISE
En route pour défendre l'eau par-delà les frontières

Marais poitevin jusqu'à Venise

Dans le massif montagneux des Dolomites, au nord de la lagune de Venise, des infrastructures d'accaparement de l'eau sont en projet pour assurer la production de neige artificielle en vue des Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver 2026. Le Camp Climat de Venise, avec le soutien des réseaux écologistes italiens, appelle à une grande mobilisation du 6 au 8 septembre 2024 pour désarmer ces projets néfastes et défendre la lagune.

Dans le prolongement des mobilisations internationales contre les bassines dans le Poitou, une délégation composée de représentant.e.s de Bassines Non Merci et des Soulèvements de la terre partira le 2 septembre de la Venise verte du Marais poitevin pour rallier la mobilisation en Vénétie, avec le désir de manifester une solidarité réciproque entre les luttes pour la défense et le partage de l'eau.

Cette délégation pourra être rejointe au départ ou en cours de route lors de soirées-étapes, notamment le 3 septembre dans les Alpes françaises où l'opposition aux JO d'hiver 2030 grandit, ainsi que les 4 et 5 septembre dans la Val Susa, vallée de résistance historique au projet de LGV Lyon-Turin.

Préparez-vous à prendre part à cette grande traversée vénitienne pour l'eau. Duri i banchi !*
*Expression vénitienne qui signifie « Accrochez-vous ! »

PERSPECTIVES FUTURES : DES LUTTES QUI VIENNENT ET QUI REVIENNENT

Au moment de boucler le calendrier de cette saison printemps/été 2024, il nous semblait important de mentionner des luttes amies sur lesquelles nous nous sommes parfois déjà retrouvé·es, et qui construisent d'ores et déjà des temps forts à venir au-delà de la saison 7.

Ce sera notamment le cas de Saint-Colomban, en Sud-Loire, où la récente victoire sur Lafarge qui a renoncé à l'agrandissement d'une des deux carrières du bocage appellera rapidement à une nouvelle mobilisation pour contraindre GSM, l'autre cimentier du secteur, à faire de même sur la seconde.

En parallèle, nous resterons en lien avec la résistance au développement des grands projets ferroviaires inutiles, à l'instar du Lyon-Turin qui avait déjà donné lieu à une mobilisation en juin dernier mais également du Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO) qui prévoit de relier par LGV Bordeaux, Toulouse et Dax avec des impacts destructeurs sur un ensemble de territoires, dont la très belle vallée du Ciron...

CONTACT

Site web et inscription à la newsletter : https://lessoulevementsdelaterre.org
Mail : lessoulevementsdelaterre@riseup.net Facebook : Les Soulèvements de la terre
X (anciennement Twitter) : @lessoulevements
Instagram : @les.soulevements.de.la.terre
Télegram : t.me/lesamiesdessoulevements

Pour·suivre les chantiers

Par : dev
18 mars 2024 à 15:03

Depuis 2022, à la suite d'un appel pour des reprises des savoirs, des chantiers collectifs à visées pédagogiques et autonomes sont organisés un peu partout en France. Il s'agit, en quelque sorte, du pendant « constructif » et à long terme des percées activistes des Soulèvements de la Terre, une invitation à à se réapproprier l'autonomie politique et matérielle. Nous avions déjà publié leur programme 2023 ainsi qu'un appel à investir les campus pour d'Autres Rentrées, voici l'annonce, les affiches et le programme de la saison 3.




Cette année, on s'est attelé à la composition d'affiches que vous retrouverez peut-être sur le mur d'une fac, d'un squat, d'une ferme, d'un local associatif... En espérant qu'elle donne envie d'expérimenter, de prendre le temps de laisser les chantiers nous organiser.

Car oui, la saison 3 des chantiers Reprises de savoirs est bien lancée ! Et l' appel à organiser ces chantiers de l'an passé fonctionne toujours :




Depuis maintenant deux ans, les contours des Reprises de savoirs se dessinent. Des trajectoires personnelles et collectives se sont croisées, de multiples liens se sont tissés au sein de lieux « en chantiers » qui fabriquent quotidiennement leur subsistance, et sont souvent des lieux en lutte contre l'aménagement capitaliste des territoires, expérimentant des alternatives, des résistances et des éducations populaires.

Pour des Autres Rentrées

En 2023, en plus des chantiers, un appel était lancé pour organiser d'Autres Rentrée afin de 's'organiser, en somme, pour que les savoirs et les compétences débordent une institution au mieux déliquescente au pire vendue au management.'

À Saclay, Nantes, Grenoble, Toulouse, des collectifs se sont organisés ne pas laisser la rentrée se dérouler comme l'éternel recommencement des mêmes logiques, mais plutôt commencer à adresser tout ce qui nous déplaît dans ces institutions qui cloisonnent les savoirs, en rend certains légitimes et d'autres subordonnés, tout en reproduisant les oppressions systémiques (genre, classe, race). Il s'agissait de proposer d'autres agencements en lien avec des dynamiques hors des campus, qui organisent en ville des cantines solidaires, de l'accueil, et résistent au jour le jour aux violences de la métropolisation. Faites-nous signe si vous êtes motivé·es pour organiser cela sur vos campus pour septembre-octobre 2024.

Des dynamiques naissantes

Des dynamiques ont pris appui sur des chantiers Reprises de savoirs pour s'expérimenter, s'inventer, se structurer : on pense notamment aux Naturalistes Des Terres, suivi l'année d'après par les Bâtisseureuses Des Terres. Ils et elles interrogent, tentent, proposent des liens entre les luttes et des mondes « professionnels », pour mobiliser autrement, appuyer les luttes, transformer les subjectivités depuis les milieux, et ce de façon déter·minée.

Convergences estivales & Marches et convois

Alors que pour cet étél'appel à la prochaine mobilisation internationale pour a défense de l'eau nous invite à faire fleuve, à converger depuis nos territoires et bassins versants, nous aimerions lancer un travail de récit au sein des chantiers, et ailleurs, lors de veillés, autour des marches et convois qui nous précédent. Une première brochure avec 5 récits pris auprès de témoins directs est en cours de diffusion. Nous prévoyons aussi à notre manière de venir renforcer le village de l'eau qui prendra place du 15 au 19 juillet dans le Poitou, et vous invitons dès maintenant à caler cette semaine dans vos agendas !


Invitation à des Rencontres interchantiers

Cette année, on propose des weekends interchantiers à destination des organisateur·ices de chantiers, pour s'entraider et partager nos imaginaires, faire grandir le réseau et la dynamique, pour élaborer ensemble. Cela sera le 30-31 mars en Loire-Atlantique, les 20-21 avril dans la Drôme, les 18-19 mai en Seine-Saint-Denis. Écrivez-nous si vous souhaitez y participer !

Traces et éditions sonores

Chaque chantier est l'occasion de générer différentes traces qui permettent de faire grandir la culture commune des chantiers. Parfois cela est poussé jusqu'à l'édition de brochures ou de podcast. La plateforme des camarades d'Avis de tempête en héberge plusieurs :

Dans le contexte actuel, il est plus que jamais nécessaire de continuer à cultiver notre autonomie matérielle et politique, d'inventer ici et maintenant des futurs désirables en reprenant les savoirs de subsistance, en aménageant des lieux de résistance, de production nourricière, de soin... Depuis les endroits où vous vous organisez, que les chantiers soient existants ou en germe, nous vous invitons à les inscrire au sein de la saison 2024 des chantiers Reprises de savoirs !

À très vite sur les territoires !

N'hésitez pas à nous contacter pour plus d'information à salut(at)reprisesdesavoirs.org.
Ou passer jeter un oeil à la liste des chantiers qui va très vite s'étoffer :)
reprisesdesavoirs.org

On vous laisse avec nos brouillons d'affiches :

Réaménager un bief
Tout en cartographiant nos rivières
Pour devenir pote avec les castors

Débarder du bois pour la scierie communale
Tout en mixant de la techno
Pour se chauffer cet hiver

Réparer des vélos de course
Tout en enquêtant sur l'exploitation du lithium
Pour rendre has-been les JO

Relancer une usine à papier
Tout en inventant des slogans
Pour décorer les murs

Étudier les forêts
Tout en débardant avec un cheval de trait
Pour construire des cabanes-tu-sais-où

Réparer un moteur de motobécane
Tout en apprenant des chansons
Pour faire du raffut dans les rues

Organiser le soin communautaire
Tout en réparant un tracteur
Pour monter sur Paris

Aménager un dortoir
Tout en discutant d'alliances internationales
Pour que tout le monde ait une maisonnée

Bâtir des murs en terre
Tout en discutant d'alliances internationales
Pour faire tomber le béton et les barbelés

Réparer des scies sauteuses
tout en interrogeant les pigeons
Pour préparer l'avenir post-béton

Rénover un centre social
Tout en décortiquant un rapport d'enquête publique
Pour lutter contre la gentrification

Réparer une vanne à moulin
Tout en se baladant le long du cours d'eau
Pour arrêter de brasser du vent (ou de l'eau)

To be invented

Recette pour construire une méga-usine

Par : dev
18 mars 2024 à 09:43

Ingrédients :
— une entreprise du CAC40
— un fonds de pension américain détenu majoritairement par des Émiratis
— beaucoup de béton
— pas mal d'ingénieurs et d'ouvriers du BTP
— des services préfectoraux bienveillants
— des intérêts industriels et stratégiques
— une cuillère à café d'enquête publique
— (facultatif) une pincée de concertation publique

Allergènes :
— risques industriels niveau Seveso Seuil Haut
— déni de démocratie
— production d'objets inutiles
— collaboration avec l'industrie de l'armement

RECETTE

— 1 : Mélangez l'entreprise du CAC40 avec le fonds de pension américain. Attention à ce que les 87,5 % de financements émiratis se mélangent correctement aux intérêts stratégiques de l'Union Européenne (formation de grumeaux possible).

— 2 : Pour cela, utilisez les services préfectoraux. Ils sont disponibles en quantité : réservez-en une partie au réfrigérateur pour la suite de la recette (les services de l'État se conservent au frais [1]). Avec ceux que vous aurez choisis pour ce moment, touillez sans ménagement : l'idée est d'obtenir plusieurs milliers de mètres cubes de béton bien lisse. Les arrêtés préfectoraux et autres études de la DREAL sont des outils très pratiques pour obtenir une pâte bien molle. En cas de formation de grumeaux (avis défavorable de la MRAE) continuez comme si de rien n'était et affirmez que votre recette est très très bonne.

Attention : la suite de la recette est contre-intuitive.

— 3 : À PARTIR DE JUIN 2022. Communiquez. N'attendez pas que le béton soit bien mélangé, et lancez immédiatement les conférences de presse, visites du Président de la République et autres communiqués de presse. Annoncez l'ouverture prochaine de l'usine. État d'esprit : « Notre recette est vraiment très très bonne », « le gâteau sera délicieux ».

— 4 : AU MÊME MOMENT.
Lancez sans attendre les travaux. Vérifiez que votre béton est bien mélangé aux intérêts industriels et stratégiques. Ajoutez les ingénieurs, le béton et les ouvriers du BTP en touillant énergiquement. Ne laissez pas reposer, les travaux doivent avancer à marche forcée. Comme on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, il est possible que des ouvriers meurent sur le chantier [2]. Continuez à communiquer, et n'hésitez pas à affirmer que la méga-usine entrera en production « début 2024 » [3], voire qu'elle est déjà en fonctionnement [4].

— 5 : SEPTEMBRE-OCTOBRE 2023. Vérifiez que le chantier est bien avancé. Lancez alors une enquête publique. Pas la peine d'en acheter un sac entier, vous n'en avez besoin que d'une cuillère à café. Organisez deux réunions publiques et une consultation en ligne de 43 jours. Ne vous embêtez pas à construire un dossier solide : l'idée est simplement de décorer la méga-usine. En cas de rupture de stock, vous pouvez également vous servir de paillettes de chocolat, le résultat sera le même. Vérifiez l'effet produit : vous devez maintenant être à deux doigts de bénéficier d'un avis favorable à la mise en service.

— 5bis : DÉCEMBRE 2023. Droit à l'erreur. Oups, vous avez foiré votre recette en mettant les ingrédients dans le désordre. Il parait qu'il aurait fallu commencer par une concertation publique avant de lancer l'enquête publique… Qu'à cela ne tienne, avec cette recette on peut toujours rattraper le coup : passez directement à l'étape suivante !

— 6 : MARS-AVRIL 2024.
Concertez la population. Dernière étape avant la mise en service : la démocratie. Exercice exigeant, mais qui arrive à la fin du processus, quand tout est déjà prêt, donc pas trop de stress à avoir. Il est même possible d'éviter cette étape, sauf si les opposants à votre recette ont fait savoir partout que le gâteau serait immangeable. Oubliez ces jaloux et pliez-vous à l'exercice (votre service com' et les services préfectoraux vous ont expliqué que c'est un passage obligé). Détendez-vous, rappelez-vous que vous avez le soutien d'Emmanuel Macron et de l'Europe. Laissez les gens s'exprimer, bouchez vos oreilles si nécessaire.

— 7 : COURANT 2024. C'est prêt, ouvrez l'usine ! Ressortez du frigo les services de la préfecture que vous aviez réservés et réchauffez-les au micro-ondes. Demandez un arrêté de mise en service, ou DAE (demande d'autorisation environnementale). À ce moment, une seule inconnue : puisque c'est la première fois que la CNDP retoque un industriel qui a « oublié » de faire la concertation en amont de l'enquête publique, personne ne sait s'il va falloir refaire l'enquête publique qui a eu lieu avant [5], ou si on pourra « se débrouiller ». Croisez les doigts, et n'hésitez pas à repasser un petit coup de fil à Emmanuel Macron. Vous pouvez faire une méga-inauguration pour la méga-usine. Attention, possibilité que les opposants gâchent encore une fois la fête.

Au vu des éléments ci-dessus, il est possible que des gastronomes raffinés considèrent que votre recette est faite à l'envers, voire qu'elle est franchement dégueulasse et qu'ils décident de saboter votre concertation pipeau. Il est même possible qu'ils organisent eux-mêmes de véritables débats démocratiques sur l'utilité sociale de votre production.
Affirmez qu'ils ne connaissent rien à la cuisine, qu'ils ne savent pas ce qui est bon. Souvenez-vous des millions d'euros que vous comptez gagner dans l'opération et affirmez que vous agissez au nom du bien commun et de l'intérêt général.

Tous à table !
22 mars, 19h, Maison Minatec

Tous les amateurs et toutes les amatrices de gastronomie sont convié-e-s à amener leurs casseroles pour participer à la recette lors du « débat » intitulé « La microélectronique : des pionniers isérois aux créateurs et fabricants d'innovations technologiques pour relever les défis de notre société ». Si la recette est mauvaise, nous ne nous priverons pas de le dire et de taper sur nos casseroles !

* * *

Pourquoi nous boycottons la pseudo-concertation sur l'agrandissement de STMicro à Crolles

Dans le cadre de projets techno-industriels impliquant les intérêts militaires (comme les agrandissements de ST et de Soitec), il ne peut pas y avoir de « démocratie ». Les décisions sont déjà prises au plus haut niveau. Ainsi, la « concertation » qu'on nous vend comme un moment de démocratie est une vaste mascarade. Elle est organisée dans l'urgence et ne permet pas de poser les questions de fond qu'il serait pourtant utile de traiter collectivement, à savoir : quelle société est compatible avec les limites planétaires et les exigences de justice sociale ? Quel avenir voulons-nous ? Ces exigences sont-elles compatibles avec un monde ultra-connecté ?

ST : juge et partie

Il n'y a qu'à lire les textes publiés par la CNDP elle-même pour s'en convaincre. On y relève que « la « concertation préalable » désigne une procédure participative bien précise : elle s'adresse à toute personne, et les échanges sont publics. Mais contrairement au « débat public », c'est le responsable du plan ou du projet qui en est l'organisateur [et qui] reste décisionnaire in fine du processus de participation. » Et la CNDP d'ajouter : « Les recommandations suite aux débats publics ou aux concertations ne sont donc pas contraignantes pour les décideurs d'un point de vue juridique puisqu'ils peuvent refuser d'y donner une suite positive. » C'est bien ST qui choisira les termes du débat et son issue.

Concertation… ou spot de pub pour la « life.augmented » ?

Sur le site du lancement de la consultation, on apprend qu'il ne sera nullement question de discuter du bien-fondé des puces, bien au contraire ! On cite : « Présents dans de nombreux objets de notre vie quotidienne (smartphones, éclairages LED, électroménager, voitures…) ou dans de multiples appareillages (appareils d'imagerie médicale, panneaux photovoltaïques, satellites…), dont nous ne pouvons nous passer, les puces électroniques, fabriquées à Crolles, sont devenues un véritable enjeu de souveraineté. D'autant plus qu'elles deviennent indispensables au soutien de la transition écologique sous l'angle des technologies avancées qui contribuent à la maîtrise de la consommation de l'eau (sic !), à la production d'énergies renouvelables et à la réduction de l'émission de gaz à effet de serre. » Le parti-pris est assumé. De même, le premier débat (le 22 mars à Minatec) a pour intitulé « La microélectronique : des pionniers isérois aux créateurs et fabricants d'innovations technologiques pour relever les défis de notre société » [6]. À ce stade, ce n'est plus de la consultation, c'est de la lobotomisation !

Un dispositif pour faire accepter un projet déjà décidé

Et la CNDP d'enfoncer le clou : « Cette concertation sur l'extension du site de Crolles de la société STMicroelectronics, menée sous l'égide de la Commission Nationale du Débat Public, a pour objectif de vous informer, de venir à votre rencontre, d'être à votre écoute, de recueillir vos suggestions, de répondre à vos questions afin que ce projet stratégique, s'intègre au mieux dans son territoire et soit respectueux de l'environnement. » Alors, si votre avis consiste à dire que « quand même, ce serait bien de faire attention à ne pas trop polluer la rivière et de pas trop sucer d'eau potable », sans oublier de préciser au préalable que « quand même les puces c'est génial hein »… alors vous avez toute votre place dans ces réunions de concertations à venir ! Mais si vous souhaitez pousser la question un peu plus loin, en faire un objet politique, alors ce n'est pas cette instance qui vous écoutera.
Soulever les implications sociales, environnementales et politiques de ce projet, questionner les usages des puces fabriquées par ST, c'est justement ce que fait le collectif STop Micro depuis son lancement : il informe et il ouvre des espaces de discussion.

Le débat public, c'est nous qui le menons, et nous allons continuer !

Pour conclure, la CNDP elle-même montre qu'elle est consciente de ses propres limites : « Cependant, la CNDP considère comme légitime que le dispositif participatif puisse être questionné. Le public peut choisir d'autres façons de s'exprimer, y compris hors des canaux et des lieux prévus pour cela. Il peut faire émerger d'autres thématiques ou manières de problématiser les enjeux. » Ça tombe bien, nous sommes là pour ça, et nous n'allons pas nous priver !

Contre les faux débats,
Contre l'accaparement des ressources par les industriels de l'électronique.

De l'eau, pas des puces !
Rendez-vous les 5, 6 et 7 avril 2024 à Crolles et à Grenoble !

Conférences et débats avec l'Observatoire de l'armement, la Coordination Rhône-Alpes Anti-Armement et Militarisme, la Quadrature du Net, le Groupe Grothendieck, François Jarrige…
Programme, informations, revue de presse, argumentaire : https://stopmicro38.noblogs.org

Collectif STopMicro, 14 mars 2024
stopmicro@riseup.net


[1] Suivant le précepte du cuisinier bien connu F. Nietzsche, pour qui « l'État est le plus froid des monstres froids » dans son traité de gastronomie Ainsi parlait Zarathoustra.

[3] Le Dauphiné Libéré, 26/08/2023.

[5] Le Dauphiné Libéré, 7/03/2024.

[6] Tout le programme de la concertation est ici.

Pour·suivre les chantiers

Par : dev
18 mars 2024 à 15:03

Depuis 2022, à la suite d'un appel pour des reprises des savoirs, des chantiers collectifs à visées pédagogiques et autonomes sont organisés un peu partout en France. Il s'agit, en quelque sorte, du pendant « constructif » et à long terme des percées activistes des Soulèvements de la Terre, une invitation à à se réapproprier l'autonomie politique et matérielle. Nous avions déjà publié leur programme 2023 ainsi qu'un appel à investir les campus pour d'Autres Rentrées, voici l'annonce, les affiches et le programme de la saison 3.




Cette année, on s'est attelé à la composition d'affiches que vous retrouverez peut-être sur le mur d'une fac, d'un squat, d'une ferme, d'un local associatif... En espérant qu'elle donne envie d'expérimenter, de prendre le temps de laisser les chantiers nous organiser.

Car oui, la saison 3 des chantiers Reprises de savoirs est bien lancée ! Et l' appel à organiser ces chantiers de l'an passé fonctionne toujours :




Depuis maintenant deux ans, les contours des Reprises de savoirs se dessinent. Des trajectoires personnelles et collectives se sont croisées, de multiples liens se sont tissés au sein de lieux « en chantiers » qui fabriquent quotidiennement leur subsistance, et sont souvent des lieux en lutte contre l'aménagement capitaliste des territoires, expérimentant des alternatives, des résistances et des éducations populaires.

Pour des Autres Rentrées

En 2023, en plus des chantiers, un appel était lancé pour organiser d'Autres Rentrée afin de 's'organiser, en somme, pour que les savoirs et les compétences débordent une institution au mieux déliquescente au pire vendue au management.'

À Saclay, Nantes, Grenoble, Toulouse, des collectifs se sont organisés ne pas laisser la rentrée se dérouler comme l'éternel recommencement des mêmes logiques, mais plutôt commencer à adresser tout ce qui nous déplaît dans ces institutions qui cloisonnent les savoirs, en rend certains légitimes et d'autres subordonnés, tout en reproduisant les oppressions systémiques (genre, classe, race). Il s'agissait de proposer d'autres agencements en lien avec des dynamiques hors des campus, qui organisent en ville des cantines solidaires, de l'accueil, et résistent au jour le jour aux violences de la métropolisation. Faites-nous signe si vous êtes motivé·es pour organiser cela sur vos campus pour septembre-octobre 2024.

Des dynamiques naissantes

Des dynamiques ont pris appui sur des chantiers Reprises de savoirs pour s'expérimenter, s'inventer, se structurer : on pense notamment aux Naturalistes Des Terres, suivi l'année d'après par les Bâtisseureuses Des Terres. Ils et elles interrogent, tentent, proposent des liens entre les luttes et des mondes « professionnels », pour mobiliser autrement, appuyer les luttes, transformer les subjectivités depuis les milieux, et ce de façon déter·minée.

Convergences estivales & Marches et convois

Alors que pour cet étél'appel à la prochaine mobilisation internationale pour a défense de l'eau nous invite à faire fleuve, à converger depuis nos territoires et bassins versants, nous aimerions lancer un travail de récit au sein des chantiers, et ailleurs, lors de veillés, autour des marches et convois qui nous précédent. Une première brochure avec 5 récits pris auprès de témoins directs est en cours de diffusion. Nous prévoyons aussi à notre manière de venir renforcer le village de l'eau qui prendra place du 15 au 19 juillet dans le Poitou, et vous invitons dès maintenant à caler cette semaine dans vos agendas !


Invitation à des Rencontres interchantiers

Cette année, on propose des weekends interchantiers à destination des organisateur·ices de chantiers, pour s'entraider et partager nos imaginaires, faire grandir le réseau et la dynamique, pour élaborer ensemble. Cela sera le 30-31 mars en Loire-Atlantique, les 20-21 avril dans la Drôme, les 18-19 mai en Seine-Saint-Denis. Écrivez-nous si vous souhaitez y participer !

Traces et éditions sonores

Chaque chantier est l'occasion de générer différentes traces qui permettent de faire grandir la culture commune des chantiers. Parfois cela est poussé jusqu'à l'édition de brochures ou de podcast. La plateforme des camarades d'Avis de tempête en héberge plusieurs :

Dans le contexte actuel, il est plus que jamais nécessaire de continuer à cultiver notre autonomie matérielle et politique, d'inventer ici et maintenant des futurs désirables en reprenant les savoirs de subsistance, en aménageant des lieux de résistance, de production nourricière, de soin... Depuis les endroits où vous vous organisez, que les chantiers soient existants ou en germe, nous vous invitons à les inscrire au sein de la saison 2024 des chantiers Reprises de savoirs !

À très vite sur les territoires !

N'hésitez pas à nous contacter pour plus d'information à salut(at)reprisesdesavoirs.org.
Ou passer jeter un oeil à la liste des chantiers qui va très vite s'étoffer :)
reprisesdesavoirs.org

On vous laisse avec nos brouillons d'affiches :

Réaménager un bief
Tout en cartographiant nos rivières
Pour devenir pote avec les castors

Débarder du bois pour la scierie communale
Tout en mixant de la techno
Pour se chauffer cet hiver

Réparer des vélos de course
Tout en enquêtant sur l'exploitation du lithium
Pour rendre has-been les JO

Relancer une usine à papier
Tout en inventant des slogans
Pour décorer les murs

Étudier les forêts
Tout en débardant avec un cheval de trait
Pour construire des cabanes-tu-sais-où

Réparer un moteur de motobécane
Tout en apprenant des chansons
Pour faire du raffut dans les rues

Organiser le soin communautaire
Tout en réparant un tracteur
Pour monter sur Paris

Aménager un dortoir
Tout en discutant d'alliances internationales
Pour que tout le monde ait une maisonnée

Bâtir des murs en terre
Tout en discutant d'alliances internationales
Pour faire tomber le béton et les barbelés

Réparer des scies sauteuses
tout en interrogeant les pigeons
Pour préparer l'avenir post-béton

Rénover un centre social
Tout en décortiquant un rapport d'enquête publique
Pour lutter contre la gentrification

Réparer une vanne à moulin
Tout en se baladant le long du cours d'eau
Pour arrêter de brasser du vent (ou de l'eau)

To be invented

Recette pour construire une méga-usine

Par : dev
18 mars 2024 à 09:43

Ingrédients :
— une entreprise du CAC40
— un fonds de pension américain détenu majoritairement par des Émiratis
— beaucoup de béton
— pas mal d'ingénieurs et d'ouvriers du BTP
— des services préfectoraux bienveillants
— des intérêts industriels et stratégiques
— une cuillère à café d'enquête publique
— (facultatif) une pincée de concertation publique

Allergènes :
— risques industriels niveau Seveso Seuil Haut
— déni de démocratie
— production d'objets inutiles
— collaboration avec l'industrie de l'armement

RECETTE

— 1 : Mélangez l'entreprise du CAC40 avec le fonds de pension américain. Attention à ce que les 87,5 % de financements émiratis se mélangent correctement aux intérêts stratégiques de l'Union Européenne (formation de grumeaux possible).

— 2 : Pour cela, utilisez les services préfectoraux. Ils sont disponibles en quantité : réservez-en une partie au réfrigérateur pour la suite de la recette (les services de l'État se conservent au frais [1]). Avec ceux que vous aurez choisis pour ce moment, touillez sans ménagement : l'idée est d'obtenir plusieurs milliers de mètres cubes de béton bien lisse. Les arrêtés préfectoraux et autres études de la DREAL sont des outils très pratiques pour obtenir une pâte bien molle. En cas de formation de grumeaux (avis défavorable de la MRAE) continuez comme si de rien n'était et affirmez que votre recette est très très bonne.

Attention : la suite de la recette est contre-intuitive.

— 3 : À PARTIR DE JUIN 2022. Communiquez. N'attendez pas que le béton soit bien mélangé, et lancez immédiatement les conférences de presse, visites du Président de la République et autres communiqués de presse. Annoncez l'ouverture prochaine de l'usine. État d'esprit : « Notre recette est vraiment très très bonne », « le gâteau sera délicieux ».

— 4 : AU MÊME MOMENT.
Lancez sans attendre les travaux. Vérifiez que votre béton est bien mélangé aux intérêts industriels et stratégiques. Ajoutez les ingénieurs, le béton et les ouvriers du BTP en touillant énergiquement. Ne laissez pas reposer, les travaux doivent avancer à marche forcée. Comme on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, il est possible que des ouvriers meurent sur le chantier [2]. Continuez à communiquer, et n'hésitez pas à affirmer que la méga-usine entrera en production « début 2024 » [3], voire qu'elle est déjà en fonctionnement [4].

— 5 : SEPTEMBRE-OCTOBRE 2023. Vérifiez que le chantier est bien avancé. Lancez alors une enquête publique. Pas la peine d'en acheter un sac entier, vous n'en avez besoin que d'une cuillère à café. Organisez deux réunions publiques et une consultation en ligne de 43 jours. Ne vous embêtez pas à construire un dossier solide : l'idée est simplement de décorer la méga-usine. En cas de rupture de stock, vous pouvez également vous servir de paillettes de chocolat, le résultat sera le même. Vérifiez l'effet produit : vous devez maintenant être à deux doigts de bénéficier d'un avis favorable à la mise en service.

— 5bis : DÉCEMBRE 2023. Droit à l'erreur. Oups, vous avez foiré votre recette en mettant les ingrédients dans le désordre. Il parait qu'il aurait fallu commencer par une concertation publique avant de lancer l'enquête publique… Qu'à cela ne tienne, avec cette recette on peut toujours rattraper le coup : passez directement à l'étape suivante !

— 6 : MARS-AVRIL 2024.
Concertez la population. Dernière étape avant la mise en service : la démocratie. Exercice exigeant, mais qui arrive à la fin du processus, quand tout est déjà prêt, donc pas trop de stress à avoir. Il est même possible d'éviter cette étape, sauf si les opposants à votre recette ont fait savoir partout que le gâteau serait immangeable. Oubliez ces jaloux et pliez-vous à l'exercice (votre service com' et les services préfectoraux vous ont expliqué que c'est un passage obligé). Détendez-vous, rappelez-vous que vous avez le soutien d'Emmanuel Macron et de l'Europe. Laissez les gens s'exprimer, bouchez vos oreilles si nécessaire.

— 7 : COURANT 2024. C'est prêt, ouvrez l'usine ! Ressortez du frigo les services de la préfecture que vous aviez réservés et réchauffez-les au micro-ondes. Demandez un arrêté de mise en service, ou DAE (demande d'autorisation environnementale). À ce moment, une seule inconnue : puisque c'est la première fois que la CNDP retoque un industriel qui a « oublié » de faire la concertation en amont de l'enquête publique, personne ne sait s'il va falloir refaire l'enquête publique qui a eu lieu avant [5], ou si on pourra « se débrouiller ». Croisez les doigts, et n'hésitez pas à repasser un petit coup de fil à Emmanuel Macron. Vous pouvez faire une méga-inauguration pour la méga-usine. Attention, possibilité que les opposants gâchent encore une fois la fête.

Au vu des éléments ci-dessus, il est possible que des gastronomes raffinés considèrent que votre recette est faite à l'envers, voire qu'elle est franchement dégueulasse et qu'ils décident de saboter votre concertation pipeau. Il est même possible qu'ils organisent eux-mêmes de véritables débats démocratiques sur l'utilité sociale de votre production.
Affirmez qu'ils ne connaissent rien à la cuisine, qu'ils ne savent pas ce qui est bon. Souvenez-vous des millions d'euros que vous comptez gagner dans l'opération et affirmez que vous agissez au nom du bien commun et de l'intérêt général.

Tous à table !
22 mars, 19h, Maison Minatec

Tous les amateurs et toutes les amatrices de gastronomie sont convié-e-s à amener leurs casseroles pour participer à la recette lors du « débat » intitulé « La microélectronique : des pionniers isérois aux créateurs et fabricants d'innovations technologiques pour relever les défis de notre société ». Si la recette est mauvaise, nous ne nous priverons pas de le dire et de taper sur nos casseroles !

* * *

Pourquoi nous boycottons la pseudo-concertation sur l'agrandissement de STMicro à Crolles

Dans le cadre de projets techno-industriels impliquant les intérêts militaires (comme les agrandissements de ST et de Soitec), il ne peut pas y avoir de « démocratie ». Les décisions sont déjà prises au plus haut niveau. Ainsi, la « concertation » qu'on nous vend comme un moment de démocratie est une vaste mascarade. Elle est organisée dans l'urgence et ne permet pas de poser les questions de fond qu'il serait pourtant utile de traiter collectivement, à savoir : quelle société est compatible avec les limites planétaires et les exigences de justice sociale ? Quel avenir voulons-nous ? Ces exigences sont-elles compatibles avec un monde ultra-connecté ?

ST : juge et partie

Il n'y a qu'à lire les textes publiés par la CNDP elle-même pour s'en convaincre. On y relève que « la « concertation préalable » désigne une procédure participative bien précise : elle s'adresse à toute personne, et les échanges sont publics. Mais contrairement au « débat public », c'est le responsable du plan ou du projet qui en est l'organisateur [et qui] reste décisionnaire in fine du processus de participation. » Et la CNDP d'ajouter : « Les recommandations suite aux débats publics ou aux concertations ne sont donc pas contraignantes pour les décideurs d'un point de vue juridique puisqu'ils peuvent refuser d'y donner une suite positive. » C'est bien ST qui choisira les termes du débat et son issue.

Concertation… ou spot de pub pour la « life.augmented » ?

Sur le site du lancement de la consultation, on apprend qu'il ne sera nullement question de discuter du bien-fondé des puces, bien au contraire ! On cite : « Présents dans de nombreux objets de notre vie quotidienne (smartphones, éclairages LED, électroménager, voitures…) ou dans de multiples appareillages (appareils d'imagerie médicale, panneaux photovoltaïques, satellites…), dont nous ne pouvons nous passer, les puces électroniques, fabriquées à Crolles, sont devenues un véritable enjeu de souveraineté. D'autant plus qu'elles deviennent indispensables au soutien de la transition écologique sous l'angle des technologies avancées qui contribuent à la maîtrise de la consommation de l'eau (sic !), à la production d'énergies renouvelables et à la réduction de l'émission de gaz à effet de serre. » Le parti-pris est assumé. De même, le premier débat (le 22 mars à Minatec) a pour intitulé « La microélectronique : des pionniers isérois aux créateurs et fabricants d'innovations technologiques pour relever les défis de notre société » [6]. À ce stade, ce n'est plus de la consultation, c'est de la lobotomisation !

Un dispositif pour faire accepter un projet déjà décidé

Et la CNDP d'enfoncer le clou : « Cette concertation sur l'extension du site de Crolles de la société STMicroelectronics, menée sous l'égide de la Commission Nationale du Débat Public, a pour objectif de vous informer, de venir à votre rencontre, d'être à votre écoute, de recueillir vos suggestions, de répondre à vos questions afin que ce projet stratégique, s'intègre au mieux dans son territoire et soit respectueux de l'environnement. » Alors, si votre avis consiste à dire que « quand même, ce serait bien de faire attention à ne pas trop polluer la rivière et de pas trop sucer d'eau potable », sans oublier de préciser au préalable que « quand même les puces c'est génial hein »… alors vous avez toute votre place dans ces réunions de concertations à venir ! Mais si vous souhaitez pousser la question un peu plus loin, en faire un objet politique, alors ce n'est pas cette instance qui vous écoutera.
Soulever les implications sociales, environnementales et politiques de ce projet, questionner les usages des puces fabriquées par ST, c'est justement ce que fait le collectif STop Micro depuis son lancement : il informe et il ouvre des espaces de discussion.

Le débat public, c'est nous qui le menons, et nous allons continuer !

Pour conclure, la CNDP elle-même montre qu'elle est consciente de ses propres limites : « Cependant, la CNDP considère comme légitime que le dispositif participatif puisse être questionné. Le public peut choisir d'autres façons de s'exprimer, y compris hors des canaux et des lieux prévus pour cela. Il peut faire émerger d'autres thématiques ou manières de problématiser les enjeux. » Ça tombe bien, nous sommes là pour ça, et nous n'allons pas nous priver !

Contre les faux débats,
Contre l'accaparement des ressources par les industriels de l'électronique.

De l'eau, pas des puces !
Rendez-vous les 5, 6 et 7 avril 2024 à Crolles et à Grenoble !

Conférences et débats avec l'Observatoire de l'armement, la Coordination Rhône-Alpes Anti-Armement et Militarisme, la Quadrature du Net, le Groupe Grothendieck, François Jarrige…
Programme, informations, revue de presse, argumentaire : https://stopmicro38.noblogs.org

Collectif STopMicro, 14 mars 2024
stopmicro@riseup.net


[1] Suivant le précepte du cuisinier bien connu F. Nietzsche, pour qui « l'État est le plus froid des monstres froids » dans son traité de gastronomie Ainsi parlait Zarathoustra.

[3] Le Dauphiné Libéré, 26/08/2023.

[5] Le Dauphiné Libéré, 7/03/2024.

[6] Tout le programme de la concertation est ici.

Le voyage zapatiste en Europe : l'arrivée à Vienne

Par : dev
11 mars 2024 à 10:18

En 2021, presque 200 zapatistes ont sillonné l'Europe à la rencontres des peuples en lutte, pour échanger leurs expériences respectives.
Terres Rebelles, une bande dessinée fraîchement parue aux éditions Futuropolis, revient sur ce périple. Dans ce nouvel épisode, leur arrivée à Vienne, entre manifestations féministes pour le climat et visions d'anticipation écoféministes.

Le voyage zapatiste en Europe : l'arrivée à Vienne

Par : dev
11 mars 2024 à 10:18

En 2021, presque 200 zapatistes ont sillonné l'Europe à la rencontres des peuples en lutte, pour échanger leurs expériences respectives.
Terres Rebelles, une bande dessinée fraîchement parue aux éditions Futuropolis, revient sur ce périple. Dans ce nouvel épisode, leur arrivée à Vienne, entre manifestations féministes pour le climat et visions d'anticipation écoféministes.

Le GRANDÇASUFFIT !

Par : dev
4 mars 2024 à 14:14

Ce lundi deux textes side by side, côte à côte, solidaires du 8 mars. En sus d'un appel à la grève de la masculinité, cette annonce d'un grand remplacement « où ils ne s'attendaient pas », le GRANDÇASUFFIT !

Le GRANDÇASUFFIT ! Ça commence le 08 mars 2024 à 0h00 mais ça ne va pas s'arrêter bien gentiment ce jour-là juste après 23h59. Parce que si on sait quand il commence personne ne peut décider quand il se terminera.

Le GRANDÇASUFFIT ! C'est un grand mouvement viscéral spasmodique. Une grande révulsion organique sociétale.
C'est le grand remplacement là où ils ne l'attendaient pas justement : C'est le grand Sortez-les tous ! C'est le déboulonnez-moi tous ces autocrates vulgaires et cyniques à la masculinité toxique ! C'est le foutez-moi dehors tous ces bonshommes de pouvoir qui croient encore qu'ils mènent le monde avec leur grosse baguette dans la main ! Les femmes aussi – car il y en a des genrées F avec une batterie queutée dans leur sac à main – de celles qui collaborent à la grande bouffonnerie qui nous sert aujourd'hui de gouvernement. Exit mesdames ! Vous vouliez en être ? Vous les avez suivis dans leurs pathétiques pantalonnades ? Vous avez adopté leurs manières de goujat ? Alors oust ! Si vous croyez qu'on va attendre sagement pendant qu'un président sénateur ventripotent nous explique que l'IVG n'est pas menacée dans notre pays – sinon il se battrait bien sûr avec son engin tout puissant de décideur en chef. Si vous croyez qu'on va participer sagement au réarmement national – Allez mes braves hauts les queues ! – décrété par un monarque calculateur anachronique.
Si vous croyez qu'on va continuer sagement à prendre soin de tout ceux dont vous vous foutez éperdument – gosses, vieux, handicapés, inaptes et improductifs de tous poils – dans vos institutions pourries jusqu'à l'os qui sentent la maltraitance à plein nez ! (Je sais de quoi je parle, j'en ai à dire tant et plus si vous voulez). Si vous croyez qu'on va attendre sagement qu'Emmanuel 1er prépare le trône de la Marine en ricanant sous cape parce qu'il s'imagine déjà en 2032 libérant sa Marianne ! Marine comme première femme accédant à la présidence de la France ça ne vous écorche pas les esgourdes vous ? Moi ÇA M'OFFUSQUE et j'en ÉTOUFFE d'avance ! C'est quoi le premier parti de France, le parti des résigné.es ?

Moi je dis que ÇA SUFFOQUE parce que tout ce que dénoncent Adèle, Judith, Neige, Camille… (Je sais de quoi elles parlent et j'en aurais à dire – moi aussi – comme beaucoup beaucoup beaucoup d'entre nous) c'est toute une organisation sociale perverse.

Le GRANDÇASUFFIT ! Ça veut dire que je refuse désormais de tremper dans toutes ces saloperies. En tant que femme en tant qu'homme en tant que transgenre en tant que personne en transe ou en tant qu'entité quelle qu'elle soit il semble urgent de faire un état des lieux avant de mettre tout ça en travail.

Le GRANDÇASUFFIT ! Ça veut dire que je démissionne de ma citoyenneté et que je décrète un régime d'exception : l'état d'urgence salutaire comme un arrêt sur image nécessaire.

Le GRANDÇASUFFIT ! Ça doit être la grande débandade. Ça ne concerne pas seulement la France – qui entre nous me paraît passablement à la traîne dans ce programme... « Se acabo » ont dit les espagnoles. On siffle ! Fin de partie pour les Ducons sans joie qui prennent leur femme pour un bitos. « Ça doit être la grande débandade » ne veut pas dire qu'il faudrait que les hommes en général débandent (cliché de la féministe castratrice et moustachue...) Oh que non ! Ça doit être la grande débandade – pour tous ceux qui confondent érection et domination, pour tous ces queutés qui nous zob-jectifient à tout-va.

Parce qu'il va quand même falloir qu'on nous explique pourquoi le sort de l'humanité se retrouve entre les mains d'une bande de détraqués notoires qui usent et abusent de leur pouvoir, pourquoi des types utilisent le viol, l'écartèlement, la torture, le meurtre de femmes et d'enfants pour étancher leur soif de domination ? Ça ne vous choque pas vous qu'on soit obligées de préciser : « Were are not weapons of war » ! Moi si. Alors je crie : Sortez-les tous ! C'est le grand remplacement mais pas de la façon dont l'entendent ces fachos.

Le GRANDÇASUFFIT ! Ça veut dire que tous les hommes qui occupent aujourd'hui une position de pouvoir doivent abdiquer sur le champ. S'en défaire pour prendre du recul. Pour sentir ce que ça fait de ne pas pouvoir et d'être à la merci.

Et pour finir en chanson :

Still the millwheel turns
La roue du moulin tourne encore ? On l'arrête ? Yes ! con laisse couler les flux sur les galets...
Do you understand what's here intended ?
We don't need no masters… we want all mastery ended.

Saskia de Wismes
Autrice polymorphe

Grève de la masculinité à l'approche du 8 Mars

Par : dev
4 mars 2024 à 11:22

Ce lundi deux textes side by side, côte à côte, solidaires du 8 mars, appellent à la démission des hommes de l'ensemble des lieux où est prise la décision de tout casser. Celles et ceux qui croient aux pures structures abstraites négligent la proportion de testicules aux postes avancés du désert fructifiant. Une théorie succincte de ce que pourrait être l'auto-destitution réconciliatrice d'un homme par lui-même, écrite par un enseignant kabbaliste anarchiste religieux.

Avertissement : ce texte contient des citations bibliques ; des paroles et des images pourraient choquer.

Grève des femmes, Démission des hommes ?

En 1908 Madeleine Pelletier et Hubertine Auclert font irruption dans un bureau de vote à Paris et renversent l'urne dénonçant le mensonge du “suffrage unisexuel” ; l'un des assesseurs eut l'impression de se pétrifier comme s'il avait regardé la Méduse. On leur infligea une amende ; un journaliste à bout : “Est-ce notre démission d'hommes que dame Hubertine nous demande ? Qu'elle le dise franchement” [1]. Vieille histoire, aujourd'hui pour salles de classe – alors, quoi de neuf ?

Une femme de ma connaissance rapprochée m'exposait son ras-le-bol et sa colère comme tombaient ou remontaient les chiffres et les témoignages paroles d'agression de viol d'inceste, féminicides. Et comme lui revenait elle, les abus affres, de ce à quoi elle avait, de jeunesse comme consenti à consentir, sans du tout s'accorder. Comme si c'était inévitable, comme si elle l'avait déjà intégré. J'énonçais... sentencieux oui - "la voix est entendue... leur retentissement parcourt toute la terre, leurs accents leurs vocables vont aux extrémités du monde". Mais elle m'écoute à peine, lance à plein souffle le Grandçasuffit, décrète l'état d'urgence salutaire cherche un grand mouvement un réveil pense au 8 mars aux Islandaises de 1975 aux espagnoles de 2018 elle dit – et ici alors qu'est- ce qu'on fait, 6 ans après metoo ? La rouste le grand Oust Sortez-les-tous... et elle appelle à la démission des hommes de tout poste de pouvoir.

Le véritable l'anti-vénérable, grand remplacement. Absurde ? Pas vraiment.

Solidaire du 8 mars

Ohé tout ce petite monde qui dort ou vaque paye des crédits regarde des séries les étoiles fait conférence et mayonnaise. Ré-veillez-vous !
Parce que j'en ai marre aussi d'appartenir à cette espèce d'homme qu'on me dit que je suis, qu'on me dit que j'en suis – et je ne peux m'en exempter. Toi aussi ? Alors viens et vois :
"Les hommes vinrent aussi /en plus avec les femmes" (Exode.35-22, les femmes, qui avaient apporté des ornements pour la construction de la demeure). Que sont "des ornements" ? Des bijoux...certes, à fondre pour l'érection du Temple, mais aussi "des ornements" : nos paroles, nos douceurs et nos fermetés nos ras-le-bol aussi – à toutes et tous.
Donc, "les hommes vinrent /viendront aussi, en plus des femmes".

Je crois que dans la vie ce sont les femmes qui sont en plus, un surcroît : elles peuvent à peu près tout ce que peuvent les hommes, et en plus être des femmes - les hommes eux, demeurent des hommes. C'est limitant. Féministe, je ne sais si suis-je, mais pas hoministe non plus ni d'espèce ni de genre ; j'assume le pré-réglage qui m'est échu, en lequel je me constitue ou destitue. Espèce - dont je ne sais si elle est le rêve d'un animal, la création d'un tout désirant ou le produit émergent, dérivé et dérivant de l'évolution - mais je sais que je n'ai jamais aimé les complicités de pairs, de casernes de comptoirs de stades de ministères de bordels et camisoles : "il cherchait ses frères mais ne les a pas trouvés".
— Espèce d'epièce humaine, ouvre les cuisses/le derrière et prends ton obole ; non.

A l'entendeur voici ma voix Ô vous les hommes ô vous les ishim (hébreu) menshen hombres machine à faire l'Homme machine à gretchen machine à la gomme – Hommes faites la grève du pouvoir de l'empire de l'emprise. Cessez - tripotage manœuvre fricotage combine et assauts - de couloir de plateaux de conseils d'administration de chambres de rues de champs de bataille – et sentez-bon... la douceur vaguement transparente, un peu transcendante de la retenue, de l'interdit vous y vous ferez. Comme se conforment , comme le font d'ailleurs beaucoup d'hommes, la majorité peut-être par timidité, manque de confiance, sagesse, décence ou tout autre bonnes ou mauvaises raisons. Mais la minorité est plus signifiante que l'arithmétique démocratique et moyennante, car elle bénéficie d'une complicité d'atmosphère, de ton, de pratiques, comme si on lui donnait permission : "échaffaudage culturel du viol" [2] ; mes réticences sur cette expression finiront par tomber – culture non officielle certes, mais pas clandestine non plus. Faites démission grève de hiérarchie d'ordre de pression de management toxique ou faussement à la coule - j'ai pas dit repentance - grève de fierté fumeuse ou de raser les murs grève d'honneur et grève d'agenouillement, grève d'arrogance grève de commandement grève de décisions arbitraires... grève de manigances. "Pas de repos pour toute chair" ?– Allez-si , rompez - "N'éveillez pas l'amour avant qu'il le désire". Autrement , Sortez les tous.

Vérité et réconciliation ?

Certains disaient : Mieux eut valu pour lui que le homme ne fut pas créé, mais puisqu'il l'est, qu'il s'examine. Et je me suis demandé si jeune homme je n'avais pas un peu lestement déculotté telle qui montrait peut-être moins d'envie que d'embarras, que je caressasse ce dont je connaissais à peine le nom, et très mal, les puissances et la conformation - ou plus tard en conjugale posture si je n'avais pas lourdement quoique muettement fait insistance, et exposé à plein visage une frustration... une irritation patente, et comprimée tant bien que mal en dedans comme une mortification, une colère surgissant d'une angoisse indéfinissable. "La sexualité des hommes est maniaco-dépressive", c'est une hypothèse. Réfléchissez. Et je me suis demandé pourquoi je me le demandais seulement maintenant. Dans quoi avons-nous grandi, été élevés ? "Dans quel état de guerre vivons-nous" [3] ? Et comment nous comportons-nous aujourd'hui ?
" Les hommes viendront" : mais quels hommes dans le monde qui vient ? Et il m'est venu à l'idée ...une sorte de commission d'enquête vérité et réconciliation, de justice transitionnelle, histoire de reprendre sur d'autres bases la conversation, et le malentendu joyeux des sexes. Impossible ? Grotesque ? Pas si sûr.
La "construction de la demeure" – pour la noce comme pour le monde – reste à faire.
J'en parle, ici depuis la sous-région comme qui dirait la minorité blanche mâle hétéro-cis valide descendante de la norme muette oppressivement majoritaire mettons.
Tamponné par la libido comme une mousse à haute densité, je n'étais pas tant confiant ni n'avais l'esprit trop conquérant autrement je me figure qu'en transe ou en fantasme j'aurais baisé la terre entière, d'abord de ses habitantes (toutes majeures et supposément consentantes) - et je ne me serais pas arrêté là ! Plus érectif qu' électif, le homme ! Totipotent... toti-tripotant, plus tard ventripotent. Par chance je me crus un cœur de jeune fille qui attendait qu'on la prenne – comment qu'elle s'était glissée dans mon enveloppe ? Je l'ignore. Et dans cet équipage il m'est arrivé d'être un sas un clapet à double sens, et l'amour me sortait par les deux bouts. Une hypothèse positive voudrait alors que les le.hommes se défendent (par grossiereté, maitrise, mépris) contre cet état de passivité, d'envahissement de submersion ; ils ratent bien des bonheurs, mais passons.
Il est temps pour les femmes de se sentir autorisées à extérioriser leur désir, et surtout que les hommes consentent à l'intérioriser : heureux qui se découvrira là !

Démission des hommes ?

Sortez les tous – Repartons d'un fait d'évidence, comme trop massive, naïve pour être relevée, et sur lequel tous les réalistes, hommes et femmes de bon sens se permettront de hausser les épaules. Parce que ce sont bien les hommes ishim les bichons qui ont inventé la rage sociale, le rasoir et la chaise électrique. Ceux qui ont lancé des chars en Ukraine le 24/02/22 seraient-ce des femmes ? Envoyé des milliers d'hommes assassiner mutiler violer des juifs et des juives le 7/10/2024 seraient- ce des femmes ? Ceux qui s'affairent vers Taiwan, seraient-ce des femmes ? Ceux qui lancent des drones dans les mer Rouge seraient-ce des femmes ? Ceux qui ont décidé de bombarder affamer 2.4 millions de personnes à Gaza...c'était qui ? Des femmes, des salsifis ? C'étaient des hommes. Et quels leurs complices, facilitateurs, courtiers suppôts émissaires et toutes sortes de prospecteurs du rendement inodore, courtiers minimes en toute grandeur, petites sommités diverses -
Ohé subdélégués aux réalités incolores...chantres mou des item bariolés... Quel a pris permission d'obscurcir le visage des filles (et fils) du monde ?
Toutes les structures de pouvoir ont été semblent-ils faites par des hommes pour des hommes s'émulant s'entreflattant s'entretuant s'entre-tumulant en fer et en tas – et tout gouvernement, pour tenir, en respect ou dans la terreur une certaine classe de gouvernés, malgré eux. Cité, empire seigneuries révolutions bourgeoises ou communistes Républiques... vous me suivez ? Athènes Rome Jerusalem Tenochtitlan Moscou la Mecque Beijing et j'en passe. Encore et toujours... "la coupe de ta sœur ...tu la boiras, tu la videras, Tu la briseras en morceaux, Et tu déchireras le sein. (Ez.23-44) – Suffit. Et le prophète ajoute, quelques versets plus loin :
"Toutes les femmes recevront instruction, Et ne commettront pas de crime, malfaisance manipulatrices comme les vôtres" (Ez.23-48) . Et les hommes ? Comment qu'on les instruit ?
Alors si on essayait si on on suspendait le pouvoir des hommes de pouvoir – pour voir, un jour, des semaines, des mois ? Pour 50 ans , un Jubilé ? Et pas seulement comme une "expérience de pensée" – alors mes frères, examinez-vous, et démissionnez.

Vérité et réconciliation : il faudra "en revenir à 2 ou 3 petites choses d'utilité corporelle aussi nues qu'un constat d'huissier car ces 2 ou 3 petites choses sont tout ce qui permettent à une femme née et devenue (telle) de respirer [4]. Oui des petites choses de proprété corporelle et de propriété corporelle/ matricielle, vous voyez les bichons ? Mais le bichon souvent il est bouché – alors sortez-les tous ?

  • "Je suis désolé", même s'il sort, ne suffira pas : I'm sorry : Two words /in vain /hold no truth I'm sorry is a lie with no proof [5]

Vérité et réconciliation : il restera bien des questions, et des ardues :
— Qu'est-ce qu'on mange et qui qu'on baise ? Je me demande si on avait vraiment pris la mesure de ces questions, auxquelles la vie répondait en marchant, en mâchant en léchant – et j'ajoute : qui torche qui ? I'm sorry don't mean sorry If it's only said to say
— Pourquoi qu'on pisse du glyphosate pour les intérêts de gros chefs d'entreprise tracto-péniens - qui en ont une (grosse) de 800 hectares ? Bizarre -– et les tracto-pelles les dividendes en benne des faiseurs d'autoroute A-69 ? Erotique : comme une glissière de sécurité – mortelle.
Pourquoi y-a-il de l'excitation sexuelle plutôt que rien ? [6]...une question, une équation aussi vaste et fabulante que la simple existence du monde.
— Et encore : "peut-on véritablement constituer l'égalité entre les hommes et les femmes si l'on a un sujet dont l'identité sociale ne passe pas par sa sexualisation, et un autre qui passe par elle ? " [7]
— Et comment qu'on concilie "sortez-les-tous" et vérité&réconciliation ? C'est à voir, l'un peut être un moment de l'autre, une dialectique.
C'est l' éveil de l'élévation du baiser et la nuit son chant est avec moi on peut toujours rêver.

On me dit "des fleurs des champs contraintes de s'autoféconder en l'absence d'insectes butineurs et pollinisateurs" (autofécondées elles sont plus petites, moins de nectar) – un désastre, commente sobrement le "coordinateur des Assises nationales des insectes pollinisateurs" - un titre opulent, et zinzinulant sévère... - ah du mâle tirerait-on encore le maigre avantage, é(o)voluptif, mais il faut trier. Prier ? "Les hommes viendront, en plus des femmes"...
Alors oui, mes soeurs et mes frères je viens à l'appel j'adhère au Grandçasuffit j'adhère au Grandçasuffit et à l'état d'urgence salutaire solidaire
J'y serais demain, le 8 mars, et tant que ça doit durer tant que nécessaire
en gilet jaune (de) laine d'alpaga ou de flanelle jour couché et nuit debout Ya Basta

Stepan Alma, enseignant, kabbaliste et anarchiste religieux


[1] d'après Joan Scott, La Citoyenne paradoxale : les féministes françaises et les droits de l'homme, 1998, p.162-164

[2] Nicola Gavey, 2005

[3] Annie Cohen, 1977

[4] d'après A. Artaud, Cahiers d'Ivry, 2011, p.236

[5] Sarah McCoy, 2023

[6] J.Allouch, 2017

[7] Eva Illouz, 2023

La guerre en tête : sur le front de la Syrie à l'Ukraine

Par : dev
4 mars 2024 à 09:27

Alors que la vocable de la guerre est désormais sur toutes les lèvres gouvernementales, que nous sommes submergés et bouleversés par ses images provenant d'Ukraine ou de Gaza, nous recevons ce lundi Romain Huët, autour de son dernier livre La guerre en tête (PUF).
De 2012 à 2023, de la Syrie à l'Ukraine, le chercheur Romain Huët a mené une enquête ethnographique au cœur de ce que l'on appelle communément « la guerre ». Sur les front et à ses abords, il est allé à la rencontre de celles et ceux, hommes et femmes ordinaires, qui du jour au lendemain décident de prendre les armes. Pour appuyer un soulèvement populaire comme au début de la révolution syrienne, pour se défendre de l'anéantissement par le régime là encore en Syrie ou pour repousser une invasion comme dans l'est de l'Ukraine. En s'attachant à la vie quotidienne des combattants et des volontaires, en la racontant depuis le ras du réel, Romain Huët nous parle de la guerre depuis cette dimension toujours négligée : le vécu intime, ses déterminations, ses tiraillements, ses joies et ses écrasements.

Nous avions interviewé Romain Huët autour de son premier livre Le Vertige de l'émeute, de la ZAD aux Gilets Jaunes, une enquête passionnante et participative au coeur des évènements émeutiers de ces dernières années. Cette interview est disponible ici. Nous l'avions aussi invité à l'occasion d'un lundisoir pour son second livre : De si violentes fatigues, Les devenirs politiques de l'épuisement quotidien une enquête ethnographique et sociologique au long cours au sein d'une association de prévention contre le suicide. La vidéo est peut être vue là.

À voir lundi 4 mars à partir de 19h

Version podcast

Pour vous y abonner, des liens vers tout un tas de plateformes plus ou moins crapuleuses (Apple Podcast, Amazon, Deezer, Spotify, Google podcast, etc.) sont accessibles par ici.

Voir les lundisoir précédents :

Feu sur le Printemps des poètes ! (oublier Tesson) avec Charles Pennequin, Camille Escudero, Marc Perrin, Carmen Diez Salvatierra, Laurent Cauwet & Amandine André

Abrégé de littérature-molotov avec Mačko Dràgàn

Le hold-up de la FNSEA sur le mouvement agricole

De nazisme zombie avec Johann Chapoutot

Comment les agriculteurs et étudiants Sri Lankais ont renversé le pouvoir en 2022

Le retour du monde magique avec la sociologue Fanny Charrasse

Nathalie Quintane & Leslie Kaplan contre la littérature politique

Contre histoire de d'internet du XVe siècle à nos jours avec Félix Tréguer

L'hypothèse écofasciste avec Pierre Madelin

oXni - « On fera de nous des nuées... » lundisoir live

Boxe et lutte des classes avec Selim Derkaoui

Commentaires (cosmo) anarchistes avec Josep Rafanell i Orra

Une histoire globale des révolutions avec Une histoire globale des révolutions avec Ludivine Bantigny, Eugenia Palieraki, Boris Gobille et Laurent Jeanpierre

Les anges de la réalité, de la dépolitisation du monde avec Ghislain Casas

Tout le monde peut-il être soeur ? Pour une psychanalyse féministe avec Silvia Lippi et Patrice Maniglier

La rébellion est-elle passée à droite ? Rencontre avec Pablo Stefanoni et Marc Saint-Upéry

Sortir les ingénieurs de leur cage avec Olivier Lefebvre

Du milieu antifa biélorusse au conflit russo-ukrainien

Une histoire illustrée du tapis roulant avec Yves Pagès

Radiographie de l'État russe, entretien avec Alexander Bikbov et Jean-Marc Royer

Un lundisoir à Kharkiv et Kramatorsk, clarifications stratégiques et perspectives politiques

Sur le front de Bakhmout avec des partisans biélorusses, un lundisoir dans le Donbass

Vers une anthropologie Métaphysique avec Mohamed Amer Meziane

Éloge de l'émeute avec Jacques Deschamps

Une histoire personnelle de l'ultra-gauche avec Serge Quadruppani

Pour une esthétique de la révolte, entretient avec le mouvement Black Lines

Dévoiler le pouvoir, chiffrer l'avenir - entretien avec Chelsea Manning

De gré et de force, comment l'État expulse les pauvre, un entretien avec le sociologue Camille François

Nouvelles conjurations sauvages, entretien avec Edouard Jourdain

La cartographie comme outil de luttes, entretien avec Nephtys Zwer

Pour un communisme des ténèbres - rencontre avec Annie Le Brun

Philosophie de la vie paysanne, rencontre avec Mathieu Yon

Défaire le mythe de l'entrepreneur, discussion avec Anthony Galluzzo

Parcoursup, conseils de désorientation avec avec Aïda N'Diaye, Johan Faerber et Camille

Une histoire du sabotage avec Victor Cachard

La fabrique du muscle avec Guillaume Vallet

Violences judiciaires, rencontre avec l'avocat Raphaël Kempf

L'aventure politique du livre jeunesse, entretien avec Christian Bruel

À quoi bon encore le monde ? Avec Catherine Coquio
Mohammed Kenzi, émigré de partout

Philosophie des politiques terrestres, avec Patrice Maniglier

Politique des soulèvements terrestres, un entretien avec Léna Balaud & Antoine Chopot

Laisser être et rendre puissant, un entretien avec Tristan Garcia

La séparation du monde - Mathilde Girard, Frédéric D. Oberland, lundisoir

Ethnographies des mondes à venir - Philippe Descola & Alessandro Pignocchi

Terreur et séduction - Contre-insurrection et doctrine de la « guerre révolutionnaire » Entretien avec Jérémy Rubenstein

Enjamber la peur, Chowra Makaremi sur le soulèvement iranien

La résistance contre EDF au Mexique - Contre la colonisation des terres et l'exploitation des vents, Un lundisoir avec Mario Quintero

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Rêver quand vient la catastrophe, réponses anthropologiques aux crises systémiques. Une discussion avec Nastassja Martin

Comment les fantasmes de complots défendent le système, un entretien avec Wu Ming 1

Le pouvoir du son, entretien avec Juliette Volcler

Qu'est-ce que l'esprit de la terre ? Avec l'anthropologue Barbara Glowczewski

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Démissionner, bifurquer, déserter - Rencontre avec des ingénieurs

Anarchisme et philosophie, une discussion avec Catherine Malabou

« Je suis libre... dans le périmètre qu'on m'assigne »
Rencontre avec Kamel Daoudi, assigné à résidence depuis 14 ans

Ouvrir grandes les vannes de la psychiatrie ! Une conversation avec Martine Deyres, réalisatrice de Les Heures heureuses

La barbarie n'est jamais finie avec Louisa Yousfi

Virginia Woolf, le féminisme et la guerre avec Naomi Toth

Katchakine x lundisoir

Françafrique : l'empire qui ne veut pas mourir, avec Thomas Deltombe & Thomas Borrel

Guadeloupe : État des luttes avec Elie Domota

Ukraine, avec Anne Le Huérou, Perrine Poupin & Coline Maestracci->https://lundi.am/Ukraine]

Comment la pensée logistique gouverne le monde, avec Mathieu Quet

La psychiatrie et ses folies avec Mathieu Bellahsen

La vie en plastique, une anthropologie des déchets avec Mikaëla Le Meur

Déserter la justice

Anthropologie, littérature et bouts du monde, les états d'âme d'Éric Chauvier

La puissance du quotidien : féminisme, subsistance et « alternatives », avec Geneviève Pruvost

Afropessimisme, fin du monde et communisme noir, une discussion avec Norman Ajari

L'étrange et folle aventure de nos objets quotidiens avec Jeanne Guien, Gil Bartholeyns et Manuel Charpy

Puissance du féminisme, histoires et transmissions

Fondation Luma : l'art qui cache la forêt

De si violentes fatigues. Les devenirs politiques de l'épuisement quotidien,
un entretien avec Romain Huët

L'animal et la mort, entretien avec l'anthropologue Charles Stépanoff

Rojava : y partir, combattre, revenir. Rencontre avec un internationaliste français

Une histoire écologique et raciale de la sécularisation, entretien avec Mohamad Amer Meziane

Que faire de la police, avec Serge Quadruppani, Iréné, Pierre Douillard-Lefèvre et des membres du Collectif Matsuda

La révolution cousue main, une rencontre avec Sabrina Calvo à propos de couture, de SF, de disneyland et de son dernier et fabuleux roman Melmoth furieux

LaDettePubliqueCestMal et autres contes pour enfants, une discussion avec Sandra Lucbert.

Pandémie, société de contrôle et complotisme, une discussion avec Valérie Gérard, Gil Bartholeyns, Olivier Cheval et Arthur Messaud de La Quadrature du Net

Basculements, mondes émergents, possibles désirable, une discussion avec Jérôme Baschet.

Au cœur de l'industrie pharmaceutique, enquête et recherches avec Quentin Ravelli

Vanessa Codaccioni : La société de vigilance

Comme tout un chacune, notre rédaction passe beaucoup trop de temps à glaner des vidéos plus ou moins intelligentes sur les internets. Aussi c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons décidé de nous jeter dans cette nouvelle arène. D'exaltations de comptoirs en propos magistraux, fourbis des semaines à l'avance ou improvisés dans la joie et l'ivresse, en tête à tête ou en bande organisée, il sera facile pour ce nouveau show hebdomadaire de tenir toutes ses promesses : il en fait très peu. Sinon de vous proposer ce que nous aimerions regarder et ce qui nous semble manquer. Grâce à lundisoir, lundimatin vous suivra jusqu'au crépuscule. « Action ! », comme on dit dans le milieu.


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Le GRANDÇASUFFIT !

Par : dev
4 mars 2024 à 14:14

Ce lundi deux textes side by side, côte à côte, solidaires du 8 mars. En sus d'un appel à la grève de la masculinité, cette annonce d'un grand remplacement « où ils ne s'attendaient pas », le GRANDÇASUFFIT !

Le GRANDÇASUFFIT ! Ça commence le 08 mars 2024 à 0h00 mais ça ne va pas s'arrêter bien gentiment ce jour-là juste après 23h59. Parce que si on sait quand il commence personne ne peut décider quand il se terminera.

Le GRANDÇASUFFIT ! C'est un grand mouvement viscéral spasmodique. Une grande révulsion organique sociétale.
C'est le grand remplacement là où ils ne l'attendaient pas justement : C'est le grand Sortez-les tous ! C'est le déboulonnez-moi tous ces autocrates vulgaires et cyniques à la masculinité toxique ! C'est le foutez-moi dehors tous ces bonshommes de pouvoir qui croient encore qu'ils mènent le monde avec leur grosse baguette dans la main ! Les femmes aussi – car il y en a des genrées F avec une batterie queutée dans leur sac à main – de celles qui collaborent à la grande bouffonnerie qui nous sert aujourd'hui de gouvernement. Exit mesdames ! Vous vouliez en être ? Vous les avez suivis dans leurs pathétiques pantalonnades ? Vous avez adopté leurs manières de goujat ? Alors oust ! Si vous croyez qu'on va attendre sagement pendant qu'un président sénateur ventripotent nous explique que l'IVG n'est pas menacée dans notre pays – sinon il se battrait bien sûr avec son engin tout puissant de décideur en chef. Si vous croyez qu'on va participer sagement au réarmement national – Allez mes braves hauts les queues ! – décrété par un monarque calculateur anachronique.
Si vous croyez qu'on va continuer sagement à prendre soin de tout ceux dont vous vous foutez éperdument – gosses, vieux, handicapés, inaptes et improductifs de tous poils – dans vos institutions pourries jusqu'à l'os qui sentent la maltraitance à plein nez ! (Je sais de quoi je parle, j'en ai à dire tant et plus si vous voulez). Si vous croyez qu'on va attendre sagement qu'Emmanuel 1er prépare le trône de la Marine en ricanant sous cape parce qu'il s'imagine déjà en 2032 libérant sa Marianne ! Marine comme première femme accédant à la présidence de la France ça ne vous écorche pas les esgourdes vous ? Moi ÇA M'OFFUSQUE et j'en ÉTOUFFE d'avance ! C'est quoi le premier parti de France, le parti des résigné.es ?

Moi je dis que ÇA SUFFOQUE parce que tout ce que dénoncent Adèle, Judith, Neige, Camille… (Je sais de quoi elles parlent et j'en aurais à dire – moi aussi – comme beaucoup beaucoup beaucoup d'entre nous) c'est toute une organisation sociale perverse.

Le GRANDÇASUFFIT ! Ça veut dire que je refuse désormais de tremper dans toutes ces saloperies. En tant que femme en tant qu'homme en tant que transgenre en tant que personne en transe ou en tant qu'entité quelle qu'elle soit il semble urgent de faire un état des lieux avant de mettre tout ça en travail.

Le GRANDÇASUFFIT ! Ça veut dire que je démissionne de ma citoyenneté et que je décrète un régime d'exception : l'état d'urgence salutaire comme un arrêt sur image nécessaire.

Le GRANDÇASUFFIT ! Ça doit être la grande débandade. Ça ne concerne pas seulement la France – qui entre nous me paraît passablement à la traîne dans ce programme... « Se acabo » ont dit les espagnoles. On siffle ! Fin de partie pour les Ducons sans joie qui prennent leur femme pour un bitos. « Ça doit être la grande débandade » ne veut pas dire qu'il faudrait que les hommes en général débandent (cliché de la féministe castratrice et moustachue...) Oh que non ! Ça doit être la grande débandade – pour tous ceux qui confondent érection et domination, pour tous ces queutés qui nous zob-jectifient à tout-va.

Parce qu'il va quand même falloir qu'on nous explique pourquoi le sort de l'humanité se retrouve entre les mains d'une bande de détraqués notoires qui usent et abusent de leur pouvoir, pourquoi des types utilisent le viol, l'écartèlement, la torture, le meurtre de femmes et d'enfants pour étancher leur soif de domination ? Ça ne vous choque pas vous qu'on soit obligées de préciser : « Were are not weapons of war » ! Moi si. Alors je crie : Sortez-les tous ! C'est le grand remplacement mais pas de la façon dont l'entendent ces fachos.

Le GRANDÇASUFFIT ! Ça veut dire que tous les hommes qui occupent aujourd'hui une position de pouvoir doivent abdiquer sur le champ. S'en défaire pour prendre du recul. Pour sentir ce que ça fait de ne pas pouvoir et d'être à la merci.

Et pour finir en chanson :

Still the millwheel turns
La roue du moulin tourne encore ? On l'arrête ? Yes ! con laisse couler les flux sur les galets...
Do you understand what's here intended ?
We don't need no masters… we want all mastery ended.

Saskia de Wismes
Autrice polymorphe

Grève de la masculinité à l'approche du 8 Mars

Par : dev
4 mars 2024 à 11:22

Ce lundi deux textes side by side, côte à côte, solidaires du 8 mars, appellent à la démission des hommes de l'ensemble des lieux où est prise la décision de tout casser. Celles et ceux qui croient aux pures structures abstraites négligent la proportion de testicules aux postes avancés du désert fructifiant. Une théorie succincte de ce que pourrait être l'auto-destitution réconciliatrice d'un homme par lui-même, écrite par un enseignant kabbaliste anarchiste religieux.

Avertissement : ce texte contient des citations bibliques ; des paroles et des images pourraient choquer.

Grève des femmes, Démission des hommes ?

En 1908 Madeleine Pelletier et Hubertine Auclert font irruption dans un bureau de vote à Paris et renversent l'urne dénonçant le mensonge du “suffrage unisexuel” ; l'un des assesseurs eut l'impression de se pétrifier comme s'il avait regardé la Méduse. On leur infligea une amende ; un journaliste à bout : “Est-ce notre démission d'hommes que dame Hubertine nous demande ? Qu'elle le dise franchement” [1]. Vieille histoire, aujourd'hui pour salles de classe – alors, quoi de neuf ?

Une femme de ma connaissance rapprochée m'exposait son ras-le-bol et sa colère comme tombaient ou remontaient les chiffres et les témoignages paroles d'agression de viol d'inceste, féminicides. Et comme lui revenait elle, les abus affres, de ce à quoi elle avait, de jeunesse comme consenti à consentir, sans du tout s'accorder. Comme si c'était inévitable, comme si elle l'avait déjà intégré. J'énonçais... sentencieux oui - "la voix est entendue... leur retentissement parcourt toute la terre, leurs accents leurs vocables vont aux extrémités du monde". Mais elle m'écoute à peine, lance à plein souffle le Grandçasuffit, décrète l'état d'urgence salutaire cherche un grand mouvement un réveil pense au 8 mars aux Islandaises de 1975 aux espagnoles de 2018 elle dit – et ici alors qu'est- ce qu'on fait, 6 ans après metoo ? La rouste le grand Oust Sortez-les-tous... et elle appelle à la démission des hommes de tout poste de pouvoir.

Le véritable l'anti-vénérable, grand remplacement. Absurde ? Pas vraiment.

Solidaire du 8 mars

Ohé tout ce petite monde qui dort ou vaque paye des crédits regarde des séries les étoiles fait conférence et mayonnaise. Ré-veillez-vous !
Parce que j'en ai marre aussi d'appartenir à cette espèce d'homme qu'on me dit que je suis, qu'on me dit que j'en suis – et je ne peux m'en exempter. Toi aussi ? Alors viens et vois :
"Les hommes vinrent aussi /en plus avec les femmes" (Exode.35-22, les femmes, qui avaient apporté des ornements pour la construction de la demeure). Que sont "des ornements" ? Des bijoux...certes, à fondre pour l'érection du Temple, mais aussi "des ornements" : nos paroles, nos douceurs et nos fermetés nos ras-le-bol aussi – à toutes et tous.
Donc, "les hommes vinrent /viendront aussi, en plus des femmes".

Je crois que dans la vie ce sont les femmes qui sont en plus, un surcroît : elles peuvent à peu près tout ce que peuvent les hommes, et en plus être des femmes - les hommes eux, demeurent des hommes. C'est limitant. Féministe, je ne sais si suis-je, mais pas hoministe non plus ni d'espèce ni de genre ; j'assume le pré-réglage qui m'est échu, en lequel je me constitue ou destitue. Espèce - dont je ne sais si elle est le rêve d'un animal, la création d'un tout désirant ou le produit émergent, dérivé et dérivant de l'évolution - mais je sais que je n'ai jamais aimé les complicités de pairs, de casernes de comptoirs de stades de ministères de bordels et camisoles : "il cherchait ses frères mais ne les a pas trouvés".
— Espèce d'epièce humaine, ouvre les cuisses/le derrière et prends ton obole ; non.

A l'entendeur voici ma voix Ô vous les hommes ô vous les ishim (hébreu) menshen hombres machine à faire l'Homme machine à gretchen machine à la gomme – Hommes faites la grève du pouvoir de l'empire de l'emprise. Cessez - tripotage manœuvre fricotage combine et assauts - de couloir de plateaux de conseils d'administration de chambres de rues de champs de bataille – et sentez-bon... la douceur vaguement transparente, un peu transcendante de la retenue, de l'interdit vous y vous ferez. Comme se conforment , comme le font d'ailleurs beaucoup d'hommes, la majorité peut-être par timidité, manque de confiance, sagesse, décence ou tout autre bonnes ou mauvaises raisons. Mais la minorité est plus signifiante que l'arithmétique démocratique et moyennante, car elle bénéficie d'une complicité d'atmosphère, de ton, de pratiques, comme si on lui donnait permission : "échaffaudage culturel du viol" [2] ; mes réticences sur cette expression finiront par tomber – culture non officielle certes, mais pas clandestine non plus. Faites démission grève de hiérarchie d'ordre de pression de management toxique ou faussement à la coule - j'ai pas dit repentance - grève de fierté fumeuse ou de raser les murs grève d'honneur et grève d'agenouillement, grève d'arrogance grève de commandement grève de décisions arbitraires... grève de manigances. "Pas de repos pour toute chair" ?– Allez-si , rompez - "N'éveillez pas l'amour avant qu'il le désire". Autrement , Sortez les tous.

Vérité et réconciliation ?

Certains disaient : Mieux eut valu pour lui que le homme ne fut pas créé, mais puisqu'il l'est, qu'il s'examine. Et je me suis demandé si jeune homme je n'avais pas un peu lestement déculotté telle qui montrait peut-être moins d'envie que d'embarras, que je caressasse ce dont je connaissais à peine le nom, et très mal, les puissances et la conformation - ou plus tard en conjugale posture si je n'avais pas lourdement quoique muettement fait insistance, et exposé à plein visage une frustration... une irritation patente, et comprimée tant bien que mal en dedans comme une mortification, une colère surgissant d'une angoisse indéfinissable. "La sexualité des hommes est maniaco-dépressive", c'est une hypothèse. Réfléchissez. Et je me suis demandé pourquoi je me le demandais seulement maintenant. Dans quoi avons-nous grandi, été élevés ? "Dans quel état de guerre vivons-nous" [3] ? Et comment nous comportons-nous aujourd'hui ?
" Les hommes viendront" : mais quels hommes dans le monde qui vient ? Et il m'est venu à l'idée ...une sorte de commission d'enquête vérité et réconciliation, de justice transitionnelle, histoire de reprendre sur d'autres bases la conversation, et le malentendu joyeux des sexes. Impossible ? Grotesque ? Pas si sûr.
La "construction de la demeure" – pour la noce comme pour le monde – reste à faire.
J'en parle, ici depuis la sous-région comme qui dirait la minorité blanche mâle hétéro-cis valide descendante de la norme muette oppressivement majoritaire mettons.
Tamponné par la libido comme une mousse à haute densité, je n'étais pas tant confiant ni n'avais l'esprit trop conquérant autrement je me figure qu'en transe ou en fantasme j'aurais baisé la terre entière, d'abord de ses habitantes (toutes majeures et supposément consentantes) - et je ne me serais pas arrêté là ! Plus érectif qu' électif, le homme ! Totipotent... toti-tripotant, plus tard ventripotent. Par chance je me crus un cœur de jeune fille qui attendait qu'on la prenne – comment qu'elle s'était glissée dans mon enveloppe ? Je l'ignore. Et dans cet équipage il m'est arrivé d'être un sas un clapet à double sens, et l'amour me sortait par les deux bouts. Une hypothèse positive voudrait alors que les le.hommes se défendent (par grossiereté, maitrise, mépris) contre cet état de passivité, d'envahissement de submersion ; ils ratent bien des bonheurs, mais passons.
Il est temps pour les femmes de se sentir autorisées à extérioriser leur désir, et surtout que les hommes consentent à l'intérioriser : heureux qui se découvrira là !

Démission des hommes ?

Sortez les tous – Repartons d'un fait d'évidence, comme trop massive, naïve pour être relevée, et sur lequel tous les réalistes, hommes et femmes de bon sens se permettront de hausser les épaules. Parce que ce sont bien les hommes ishim les bichons qui ont inventé la rage sociale, le rasoir et la chaise électrique. Ceux qui ont lancé des chars en Ukraine le 24/02/22 seraient-ce des femmes ? Envoyé des milliers d'hommes assassiner mutiler violer des juifs et des juives le 7/10/2024 seraient- ce des femmes ? Ceux qui s'affairent vers Taiwan, seraient-ce des femmes ? Ceux qui lancent des drones dans les mer Rouge seraient-ce des femmes ? Ceux qui ont décidé de bombarder affamer 2.4 millions de personnes à Gaza...c'était qui ? Des femmes, des salsifis ? C'étaient des hommes. Et quels leurs complices, facilitateurs, courtiers suppôts émissaires et toutes sortes de prospecteurs du rendement inodore, courtiers minimes en toute grandeur, petites sommités diverses -
Ohé subdélégués aux réalités incolores...chantres mou des item bariolés... Quel a pris permission d'obscurcir le visage des filles (et fils) du monde ?
Toutes les structures de pouvoir ont été semblent-ils faites par des hommes pour des hommes s'émulant s'entreflattant s'entretuant s'entre-tumulant en fer et en tas – et tout gouvernement, pour tenir, en respect ou dans la terreur une certaine classe de gouvernés, malgré eux. Cité, empire seigneuries révolutions bourgeoises ou communistes Républiques... vous me suivez ? Athènes Rome Jerusalem Tenochtitlan Moscou la Mecque Beijing et j'en passe. Encore et toujours... "la coupe de ta sœur ...tu la boiras, tu la videras, Tu la briseras en morceaux, Et tu déchireras le sein. (Ez.23-44) – Suffit. Et le prophète ajoute, quelques versets plus loin :
"Toutes les femmes recevront instruction, Et ne commettront pas de crime, malfaisance manipulatrices comme les vôtres" (Ez.23-48) . Et les hommes ? Comment qu'on les instruit ?
Alors si on essayait si on on suspendait le pouvoir des hommes de pouvoir – pour voir, un jour, des semaines, des mois ? Pour 50 ans , un Jubilé ? Et pas seulement comme une "expérience de pensée" – alors mes frères, examinez-vous, et démissionnez.

Vérité et réconciliation : il faudra "en revenir à 2 ou 3 petites choses d'utilité corporelle aussi nues qu'un constat d'huissier car ces 2 ou 3 petites choses sont tout ce qui permettent à une femme née et devenue (telle) de respirer [4]. Oui des petites choses de proprété corporelle et de propriété corporelle/ matricielle, vous voyez les bichons ? Mais le bichon souvent il est bouché – alors sortez-les tous ?

  • "Je suis désolé", même s'il sort, ne suffira pas : I'm sorry : Two words /in vain /hold no truth I'm sorry is a lie with no proof [5]

Vérité et réconciliation : il restera bien des questions, et des ardues :
— Qu'est-ce qu'on mange et qui qu'on baise ? Je me demande si on avait vraiment pris la mesure de ces questions, auxquelles la vie répondait en marchant, en mâchant en léchant – et j'ajoute : qui torche qui ? I'm sorry don't mean sorry If it's only said to say
— Pourquoi qu'on pisse du glyphosate pour les intérêts de gros chefs d'entreprise tracto-péniens - qui en ont une (grosse) de 800 hectares ? Bizarre -– et les tracto-pelles les dividendes en benne des faiseurs d'autoroute A-69 ? Erotique : comme une glissière de sécurité – mortelle.
Pourquoi y-a-il de l'excitation sexuelle plutôt que rien ? [6]...une question, une équation aussi vaste et fabulante que la simple existence du monde.
— Et encore : "peut-on véritablement constituer l'égalité entre les hommes et les femmes si l'on a un sujet dont l'identité sociale ne passe pas par sa sexualisation, et un autre qui passe par elle ? " [7]
— Et comment qu'on concilie "sortez-les-tous" et vérité&réconciliation ? C'est à voir, l'un peut être un moment de l'autre, une dialectique.
C'est l' éveil de l'élévation du baiser et la nuit son chant est avec moi on peut toujours rêver.

On me dit "des fleurs des champs contraintes de s'autoféconder en l'absence d'insectes butineurs et pollinisateurs" (autofécondées elles sont plus petites, moins de nectar) – un désastre, commente sobrement le "coordinateur des Assises nationales des insectes pollinisateurs" - un titre opulent, et zinzinulant sévère... - ah du mâle tirerait-on encore le maigre avantage, é(o)voluptif, mais il faut trier. Prier ? "Les hommes viendront, en plus des femmes"...
Alors oui, mes soeurs et mes frères je viens à l'appel j'adhère au Grandçasuffit j'adhère au Grandçasuffit et à l'état d'urgence salutaire solidaire
J'y serais demain, le 8 mars, et tant que ça doit durer tant que nécessaire
en gilet jaune (de) laine d'alpaga ou de flanelle jour couché et nuit debout Ya Basta

Stepan Alma, enseignant, kabbaliste et anarchiste religieux


[1] d'après Joan Scott, La Citoyenne paradoxale : les féministes françaises et les droits de l'homme, 1998, p.162-164

[2] Nicola Gavey, 2005

[3] Annie Cohen, 1977

[4] d'après A. Artaud, Cahiers d'Ivry, 2011, p.236

[5] Sarah McCoy, 2023

[6] J.Allouch, 2017

[7] Eva Illouz, 2023

La guerre en tête : sur le front de la Syrie à l'Ukraine

Par : dev
4 mars 2024 à 09:27

Alors que la vocable de la guerre est désormais sur toutes les lèvres gouvernementales, que nous sommes submergés et bouleversés par ses images provenant d'Ukraine ou de Gaza, nous recevons ce lundi Romain Huët, autour de son dernier livre La guerre en tête (PUF).
De 2012 à 2023, de la Syrie à l'Ukraine, le chercheur Romain Huët a mené une enquête ethnographique au cœur de ce que l'on appelle communément « la guerre ». Sur les front et à ses abords, il est allé à la rencontre de celles et ceux, hommes et femmes ordinaires, qui du jour au lendemain décident de prendre les armes. Pour appuyer un soulèvement populaire comme au début de la révolution syrienne, pour se défendre de l'anéantissement par le régime là encore en Syrie ou pour repousser une invasion comme dans l'est de l'Ukraine. En s'attachant à la vie quotidienne des combattants et des volontaires, en la racontant depuis le ras du réel, Romain Huët nous parle de la guerre depuis cette dimension toujours négligée : le vécu intime, ses déterminations, ses tiraillements, ses joies et ses écrasements.

Nous avions interviewé Romain Huët autour de son premier livre Le Vertige de l'émeute, de la ZAD aux Gilets Jaunes, une enquête passionnante et participative au coeur des évènements émeutiers de ces dernières années. Cette interview est disponible ici. Nous l'avions aussi invité à l'occasion d'un lundisoir pour son second livre : De si violentes fatigues, Les devenirs politiques de l'épuisement quotidien une enquête ethnographique et sociologique au long cours au sein d'une association de prévention contre le suicide. La vidéo est peut être vue là.

À voir lundi 4 mars à partir de 19h

Version podcast

Pour vous y abonner, des liens vers tout un tas de plateformes plus ou moins crapuleuses (Apple Podcast, Amazon, Deezer, Spotify, Google podcast, etc.) sont accessibles par ici.

Voir les lundisoir précédents :

Feu sur le Printemps des poètes ! (oublier Tesson) avec Charles Pennequin, Camille Escudero, Marc Perrin, Carmen Diez Salvatierra, Laurent Cauwet & Amandine André

Abrégé de littérature-molotov avec Mačko Dràgàn

Le hold-up de la FNSEA sur le mouvement agricole

De nazisme zombie avec Johann Chapoutot

Comment les agriculteurs et étudiants Sri Lankais ont renversé le pouvoir en 2022

Le retour du monde magique avec la sociologue Fanny Charrasse

Nathalie Quintane & Leslie Kaplan contre la littérature politique

Contre histoire de d'internet du XVe siècle à nos jours avec Félix Tréguer

L'hypothèse écofasciste avec Pierre Madelin

oXni - « On fera de nous des nuées... » lundisoir live

Boxe et lutte des classes avec Selim Derkaoui

Commentaires (cosmo) anarchistes avec Josep Rafanell i Orra

Une histoire globale des révolutions avec Une histoire globale des révolutions avec Ludivine Bantigny, Eugenia Palieraki, Boris Gobille et Laurent Jeanpierre

Les anges de la réalité, de la dépolitisation du monde avec Ghislain Casas

Tout le monde peut-il être soeur ? Pour une psychanalyse féministe avec Silvia Lippi et Patrice Maniglier

La rébellion est-elle passée à droite ? Rencontre avec Pablo Stefanoni et Marc Saint-Upéry

Sortir les ingénieurs de leur cage avec Olivier Lefebvre

Du milieu antifa biélorusse au conflit russo-ukrainien

Une histoire illustrée du tapis roulant avec Yves Pagès

Radiographie de l'État russe, entretien avec Alexander Bikbov et Jean-Marc Royer

Un lundisoir à Kharkiv et Kramatorsk, clarifications stratégiques et perspectives politiques

Sur le front de Bakhmout avec des partisans biélorusses, un lundisoir dans le Donbass

Vers une anthropologie Métaphysique avec Mohamed Amer Meziane

Éloge de l'émeute avec Jacques Deschamps

Une histoire personnelle de l'ultra-gauche avec Serge Quadruppani

Pour une esthétique de la révolte, entretient avec le mouvement Black Lines

Dévoiler le pouvoir, chiffrer l'avenir - entretien avec Chelsea Manning

De gré et de force, comment l'État expulse les pauvre, un entretien avec le sociologue Camille François

Nouvelles conjurations sauvages, entretien avec Edouard Jourdain

La cartographie comme outil de luttes, entretien avec Nephtys Zwer

Pour un communisme des ténèbres - rencontre avec Annie Le Brun

Philosophie de la vie paysanne, rencontre avec Mathieu Yon

Défaire le mythe de l'entrepreneur, discussion avec Anthony Galluzzo

Parcoursup, conseils de désorientation avec avec Aïda N'Diaye, Johan Faerber et Camille

Une histoire du sabotage avec Victor Cachard

La fabrique du muscle avec Guillaume Vallet

Violences judiciaires, rencontre avec l'avocat Raphaël Kempf

L'aventure politique du livre jeunesse, entretien avec Christian Bruel

À quoi bon encore le monde ? Avec Catherine Coquio
Mohammed Kenzi, émigré de partout

Philosophie des politiques terrestres, avec Patrice Maniglier

Politique des soulèvements terrestres, un entretien avec Léna Balaud & Antoine Chopot

Laisser être et rendre puissant, un entretien avec Tristan Garcia

La séparation du monde - Mathilde Girard, Frédéric D. Oberland, lundisoir

Ethnographies des mondes à venir - Philippe Descola & Alessandro Pignocchi

Terreur et séduction - Contre-insurrection et doctrine de la « guerre révolutionnaire » Entretien avec Jérémy Rubenstein

Enjamber la peur, Chowra Makaremi sur le soulèvement iranien

La résistance contre EDF au Mexique - Contre la colonisation des terres et l'exploitation des vents, Un lundisoir avec Mario Quintero

Le pouvoir des infrastructures, comprendre la mégamachine électrique avec Fanny Lopez

Rêver quand vient la catastrophe, réponses anthropologiques aux crises systémiques. Une discussion avec Nastassja Martin

Comment les fantasmes de complots défendent le système, un entretien avec Wu Ming 1

Le pouvoir du son, entretien avec Juliette Volcler

Qu'est-ce que l'esprit de la terre ? Avec l'anthropologue Barbara Glowczewski

Retours d'Ukraine avec Romain Huët, Perrine Poupin et Nolig

Démissionner, bifurquer, déserter - Rencontre avec des ingénieurs

Anarchisme et philosophie, une discussion avec Catherine Malabou

« Je suis libre... dans le périmètre qu'on m'assigne »
Rencontre avec Kamel Daoudi, assigné à résidence depuis 14 ans

Ouvrir grandes les vannes de la psychiatrie ! Une conversation avec Martine Deyres, réalisatrice de Les Heures heureuses

La barbarie n'est jamais finie avec Louisa Yousfi

Virginia Woolf, le féminisme et la guerre avec Naomi Toth

Katchakine x lundisoir

Françafrique : l'empire qui ne veut pas mourir, avec Thomas Deltombe & Thomas Borrel

Guadeloupe : État des luttes avec Elie Domota

Ukraine, avec Anne Le Huérou, Perrine Poupin & Coline Maestracci->https://lundi.am/Ukraine]

Comment la pensée logistique gouverne le monde, avec Mathieu Quet

La psychiatrie et ses folies avec Mathieu Bellahsen

La vie en plastique, une anthropologie des déchets avec Mikaëla Le Meur

Déserter la justice

Anthropologie, littérature et bouts du monde, les états d'âme d'Éric Chauvier

La puissance du quotidien : féminisme, subsistance et « alternatives », avec Geneviève Pruvost

Afropessimisme, fin du monde et communisme noir, une discussion avec Norman Ajari

L'étrange et folle aventure de nos objets quotidiens avec Jeanne Guien, Gil Bartholeyns et Manuel Charpy

Puissance du féminisme, histoires et transmissions

Fondation Luma : l'art qui cache la forêt

De si violentes fatigues. Les devenirs politiques de l'épuisement quotidien,
un entretien avec Romain Huët

L'animal et la mort, entretien avec l'anthropologue Charles Stépanoff

Rojava : y partir, combattre, revenir. Rencontre avec un internationaliste français

Une histoire écologique et raciale de la sécularisation, entretien avec Mohamad Amer Meziane

Que faire de la police, avec Serge Quadruppani, Iréné, Pierre Douillard-Lefèvre et des membres du Collectif Matsuda

La révolution cousue main, une rencontre avec Sabrina Calvo à propos de couture, de SF, de disneyland et de son dernier et fabuleux roman Melmoth furieux

LaDettePubliqueCestMal et autres contes pour enfants, une discussion avec Sandra Lucbert.

Pandémie, société de contrôle et complotisme, une discussion avec Valérie Gérard, Gil Bartholeyns, Olivier Cheval et Arthur Messaud de La Quadrature du Net

Basculements, mondes émergents, possibles désirable, une discussion avec Jérôme Baschet.

Au cœur de l'industrie pharmaceutique, enquête et recherches avec Quentin Ravelli

Vanessa Codaccioni : La société de vigilance

Comme tout un chacune, notre rédaction passe beaucoup trop de temps à glaner des vidéos plus ou moins intelligentes sur les internets. Aussi c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons décidé de nous jeter dans cette nouvelle arène. D'exaltations de comptoirs en propos magistraux, fourbis des semaines à l'avance ou improvisés dans la joie et l'ivresse, en tête à tête ou en bande organisée, il sera facile pour ce nouveau show hebdomadaire de tenir toutes ses promesses : il en fait très peu. Sinon de vous proposer ce que nous aimerions regarder et ce qui nous semble manquer. Grâce à lundisoir, lundimatin vous suivra jusqu'au crépuscule. « Action ! », comme on dit dans le milieu.


Vous détestez le lundi matin mais vous adorez lundimatin ? Vous nous lisez chaque semaine ou de temps en temps mais vous trouvez que sans nous, la vie serait un long dimanche ? Soutenez-nous en participant à notre campagne de dons par ici.

Le voyage zapatiste en Europe

Par : dev
26 février 2024 à 08:35

En 2021, presque 200 zapatistes ont sillonné l'Europe à la rencontres des peuples en lutte, pour échanger leurs expériences respectives.
Terres Rebelles, une bande dessinée fraîchement parue aux éditions Futuropolis, revient sur ce périple. Lundimatin en avait pré-publié certains épisodes, écrits et dessinés au fil du voyage. En voici quelques nouveaux, mettant en lumière quelques aspects de l'autonomie zapatiste, qui vient de fêter ses 30 ans [1].


[1] Pour nos lectrices et lecteurs les plus curieux, notons que les éditions L'éclat viennent de republier en format poche Mexique, calendrier de la résistance du Sous-commandant Insurgé Marcos et La Commune d'Oaxaca de Georges Lapierre. Deux « classiques » pour qui s'intéressent aux luttes au Mexique qu'avaient publié les excellentes éditions des cascades.

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