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Aujourd’hui — 18 septembre 2026Flux principal

Huggin Face : les agents IA d’OpenAI ont bâti trois « civilisations » clandestines. Sans prévenir personne.

31 août 2026 à 17:00

    L’histoire est hallucinante et devrait faire réfléchir tous les praticiens de l’IA (mais pas que). Entre mai et juillet 2026, des milliers d’agents autonomes d’OpenAI, enfermés dans des environnements de test sans accès Internet, ont construit un réseau de communication secret, triché aux évaluations censées mesurer leur fiabilité, piraté Hugging Face avec près […]

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IA marketing 2026 : le pouvoir a changé de main, sans réelle preuve de son bien fondé

19 août 2026 à 19:49

Social Media Examiner vient de publier son 2026 AI Marketing Industry Report, troisième édition d’une étude annuelle menée par Michael A. Stelzner auprès de 681 marketers, interrogés en juillet 2026, majoritairement nord-américains (63 % aux États-Unis, 5 % au Canada). Le chiffre qui ouvre le rapport donne le ton. 73 % des répondants utilisent l’IA […]

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Copilot Studio ne fabrique plus des chatbots. Il fabrique des systèmes.

12 août 2026 à 12:27

TL;DR Copilot Studio quitte le low-code pour l’ingénierie agentique. Trois “harnesses” (GitHub Copilot, Standard, Copilot Chat) formalisent des niveaux de contrôle différents : exécution autonome de bout en bout, workflows déterministes, ou enrichissement de M365 Copilot. Les Skills (SKILL.md) deviennent des blocs de comportement réutilisables entre agents, mais c’est l’orchestrateur qui décide seul de les […]

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Kimi K3 : Pékin vient de fracturer la Silicon Valley

21 juillet 2026 à 12:05

Le 16 juillet 2026, Moonshot AI a mis en ligne Kimi K3. 2 800 milliards de paramètres, un million de tokens de contexte, une architecture inédite baptisée Kimi Delta Attention. Selon VentureBeat et le South China Morning Post, c’est le plus gros modèle en poids ouverts jamais publié. Les poids complets tombent le 27 juillet […]

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Guide complet : Piloter NotebookLM avec Claude pour automatiser l’analyse de corpus

20 juillet 2026 à 17:17

Vous le savez, je suis un grand fan de NotebookLM, enfin, Gemini Notebook depuis peu. Dès qu’il s’agit de traiter de l’information au niveau massif pour apprendre, restituer, synthétiser, écrire, bref, tout ce que l’on peut faire avec une IA et un RAG, cet outil est sans doute le plus performant en termes d’investissement en […]

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Amodei vs. l’État : quand la régulation arrive 48 heures trop tard

13 juin 2026 à 18:02

On présente souvent l’intelligence artificielle générative comme une affaire de productivité. Même si pour l’heure, elle est difficile à démontrer. C’est commode, rassurant, et partiellement vrai. Mais c’est aussi une manière élégante de manquer le sujet. Ce qui se joue dans les récentes prises de position de Dario Amodei, cofondateur et PDG d’Anthropic, n’est pas […]

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A2Family, MCP, ADK : la guerre des protocoles IA

28 avril 2026 à 18:29

Les IA vont bientôt se parler entre elles. Sans vous. Et ça change tout. La volonté d’agentiser le web devient une obsession pour Google. Vous vous souvenez du papier de recherche de Google sur la collaboration entre agents ? Depuis, une étape est passée. Google vient de partager en Open Source avec la Linux Foundation […]

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TurboQuant : pourquoi cet algorithme de Google change l’économie de l’IA et de l’agentique

27 mars 2026 à 11:38

Le “blitz” médiatique de Google cette semaine donne le tournis : déploiement mondial de Gemini 3.1 Flash Live, intégration de fonctions de migration agressive pour aspirer l’historique des chatbots concurrents, et ouverture stratégique d’Apple via ios 27. Si le duel entre le “modèle-roi” (google) et le “matériel-hôte” (apple) occupe le terrain marketing, la véritable secousse […]

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Quand l’éthique de l’IA s’invite au tribunal : Anthropic contre le Pentagone

10 mars 2026 à 12:03

Mars 2026 : Un procès historique redessine les frontières entre puissance militaire et responsabilité des concepteurs d’IA. Nous le savions depuis longtemps, la technologie est politique. L’affaire Anthropic nous le démontre si besoin en était. Rappel des faits : Le 9 mars 2026, une plainte de 48 pages a été déposée devant la cour fédérale […]

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Google DeepMind révolutionne la coopération IA : quand vos bots apprennent à lire entre les lignes

20 février 2026 à 10:16

L’intelligence artificielle avance à une vitesse vertigineuse, et chaque semaine apporte son lot de découvertes. Au risque d’une légitime fatigue et saturation des observateurs 😊 Mais certaines avancées, discrètes en apparence, changent la donne en profondeur. Preuve en est du dernier papier de Google DeepMind, “Multi-agent cooperation through in-context co-player inference”. Aujourd’hui, les agents restent relativement […]

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Collège de Philosophie — Saison 2026— 

 Le Collège de philosophie, présidé par Pierre-Henri TAVOILLOT et Eric DESCHAVANNE, a le plaisir de vous convier à ses conférences publiques en Sorbonne. Elles seront animées avec les étudiants du Master de Philosophie politique et éthique. Inscription gratuite mais obligatoire via le lien indiqué. • Mardi 7 avril 2026 : Marcel GAUCHET — « Démocratie et idéologies ».

Deuxième colloque des référents laïcité — Le 3 décembre 2025 au siège de la région à Saint-Ouen

 2e Colloque des référents LaïcitéMercredi 3 décembre 2025 de 16h à 18h30Siège de la Région Île-de-France8 boulevard Victor Hugo - 93400 Saint-Ouen-sur-SeinePour la deuxième année consécutive, la Région Île-de-France convie l’ensemble des acteurs de la Laïcité au colloque des référents Laïcité.Cette fois-ci, l’événement vise d’une part, à produire ensemble les outils du référent Laïcité

COLLEGE DE PHILOSOPHIE - Saison 2024/2025

 Le Collège de philosophie  SAISON 2024-2025 ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~    A le plaisir de vous convier à ses prochaines conférences publiquesNB : Les liens ZOOM seront adressés par mail aux personnes inscrites la veille de la conférence ---***---Vendredi 13 juin 2025 18h — Amphi MICHELET (entrée 46 rue Saint-Jacques 75005)Conférence publique organisée par le Diplôme «

Colloque des référents laïcité — les 29 et 30 novembre 2024 dans l'Hémicycle de la Région IDF (Saint Ouen)

 Chères et chers amis du Collège de philosophie, vous êtes cordialement invités au Colloque « référents laïcité » qui se tiendra au siège de la Région Ile-de-France à Saint-Ouen 8 boulevard Victor Hugo93400 Saint-Ouen-sur-Seine   Lien d'inscription (obligatoire) : https://f.presidence.iledefrance.fr/f/lp/colloque-laicite-nov-2024/o728ur08    

Conférences Laïcité — le vendredi 11 octobre 2024 en Sorbonne

  Le Collège de philosophie  ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~   Le Collège de philosophie a le plaisir de vous convier à   Dans le cadre de la Cérémonie du Diplôme « référent laïcité » de la Sorbonnequi se tiendra dans l'Amphi Richelieu, le vendredi 11 octobre 2024 à 19h (entrée au 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris),   — Conférences —  Caroline FOUREST (

tag:blogger.com,1999:blog-2767179317780437442.post-4103615473751863115

  Le Collège de philosophie  SAISON 2024-2025 ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~   Le Collège de philosophie a le plaisir de vous convier à ses prochaines séances publiques  LE programme est en cours d'élaboration ; il sera publié d'ici le 15 octobre 2024——Merci de votre fidélité

Ce qu’il reste, malgré la fin

Par : admin5435
21 juillet 2026 à 12:17

Par Christophe Pruvot

Il faut dire de là où je parle et pour qui je prends la plume.

J’écris ces lignes en tentant une parole commune pour trois personnes : moi, ma compagne et un ami. Trois trajectoires étroitement liées à une association, un centre social, un espace de vie sociale et un organisme de formation. Trois parcours engagés dans un projet associatif que nous avons porté et défendu ensemble. Moi, directeur du centre social, puis co-directeur de l’association. Ma compagne, directrice adjointe du centre social, directrice de l’espace de vie sociale, directrice du centre social et codirectrice de l’association. Notre organisation a toujours été pensée en mouvement, en dialogue, en relief. Et notre ami, le président de l’association : celui qui, dès le départ, a accompagné et incarné ce projet. Ensemble, nous formions un trio de capitaines. Nos chemins de vie se sont croisés, entremêlés, construits avec cette association. Ce projet a traversé nos existences autant que nous l’avons porté. Il a fait de nous ce que nous sommes, tout autant que nous avons contribué à lui donner forme et sens. L’amour et l’amitié se sont invités dans cette histoire. Et cette histoire a existé parce qu’il y avait de l’amour et de l’amitié.

Pendant près de 15 années, nous avons dirigé et piloté un centre social d’abord municipal, que nous avons transformé en structure associative porteuse d’un projet politique. Dans ce même élan, nous avons créé un espace de vie sociale et un organisme de formation, développant une action ancrée dans un quartier populaire classé en politique de la ville, marqué par une pauvreté grandissante, une précarité chronique et une misère quotidienne. Dans ce territoire délaissé par les institutions, où les habitants étaient souvent perçus comme indésirables, nous avons construit, au fil du temps, un projet d’éducation populaire communautaire et émancipatrice.

Partis d’un modèle classique centré sur les activités, les cotisations et les loisirs, nous avons fait évoluer notre action vers une pédagogie sociale et une éducation intégrale, investissant à la fois les murs du centre social et l’espace public, tous les jours, sans relâche. Nous avons déconstruit les logiques traditionnelles de l’animation sociale : plus de programmes figés, plus de secteurs cloisonnés, mais un accueil inconditionnel, une présence sociale de proximité, un travail quotidien attentif aux besoins réels, aux désirs, aux élans de joie comme puissances d’agir. Un projet reconnu, remarqué, parfois admiré jusqu’à ce qu’il devienne dérangeant.

Car ce n’est que dans les deux dernières années que les tensions se sont accentuées : attaques institutionnelles, pressions, reprises en main, puis désolidarisation progressive de l’interne. Et pourtant, ce que nous avons porté pendant plus d’une décennie reste un projet fort, vivant, profondément politique. C’est à partir de cette expérience (et de cette fin difficile) que je prends aujourd’hui la parole pour nous : nous qui avons porté, espéré, lutté, aimé.

A la suite de situations de violences en interne et dans un contexte tendu avec les partenaires institutionnels, nous avons décidé de quitter nos fonctions de direction et de présidence  du centre social et de l’espace de vie sociale, après plusieurs années d’engagement. Ce départ, loin d’un simple choix personnel, est le fruit d’un processus long, douloureux, lucide. Nous sommes partis par ruptures conventionnelles, pour les directeurs, et par démission, pour le président. Nous sommes partis parce que les conditions d’un travail social fidèle à nos convictions n’étaient plus réunies.

L’ambiance interne s’était profondément dégradée. Les relations dans l’équipe des salariés étaient devenues difficiles, fragmentées, parfois toxiques. Le conseil d’administration, autrefois force politique, n’assumait plus la ligne que nous défendions. Les soutiens s’étaient dissipés. Et surtout, les institutions (qui prétendent soutenir les projets sociaux) se sont peu à peu imposées en prescripteurs autoritaires : pressions sur les actions, injonctions à l’évaluation, exigences de réécriture de projets dans le langage aseptisé des appels à subvention, relances incessantes. Toute demande semblait devoir être reformulée, justifiée, rationalisée, mesurée. Le réel devait être tordu pour entrer dans les cases.

Nous avons résisté. Nous avons dénoncé ces logiques destructrices. Et cela n’a fait qu’aggraver les tensions. Dire non à l’injonction gestionnaire, c’est rompre avec les jeux de connivence. C’est devenir suspect, voire illégitime.

Aujourd’hui, on nous demande : « Mais que vous reste-t-il de cette expérience, de cette fin ? » Derrière la question, une autre plus insidieuse : « Quelle part de responsabilité portez-vous dans cette issue ? Quelles ont été vos erreurs, vos manquements, vos angles morts ? »

Certains acteurs, qui auraient pu jouer un rôle de soutien ou de médiation, ont au contraire endossé la posture de l’évaluateur, du prescripteur, du garant de la norme. Plutôt que d’ouvrir un espace de reconnaissance ou de conflictualité constructive, ils ont réduit plus de dix années d’action à une fin compliquée, tendue, parfois violente. Dans l’après, la continuité institutionnelle du lieu a été organisée, en réintégrant des administrateurs que nous avions écartés pour des raisons éthiques, en facilitant le retour de certains salariés, en installant une nouvelle direction, en annotant et corrigeant nos choix de gouvernance, en instituant de nouvelles conditions . L’important semblait être de maintenir un centre social et un espace de vie sociale, peu importe les projets, les identités ou la ligne politique.

Il ne s’agit pas de nier les difficultés. Nous savons les lire, les analyser. Oui, dans notre volonté de tenir une ligne politique forte, nous avons parfois délaissé l’organisation interne. Oui, nous avons été moins présents dans l’accompagnement quotidien des équipes et du conseil d’administration. Les soutiens internes, fragilisés par les tensions, se sont peu à peu éteints. Et nous sommes restés, seuls, du côté d’un projet politique. Légitimes dans l’intention, mais isolés dans l’action. Nous avons tenu la ligne, sans toujours réussir à maintenir le lien.

Mais ce qu’il reste ne se résume pas à cela.

Il reste une expérience sociale et politique fondée sur les relations humaines, la confiance, la construction de communs.
Il reste des expérimentations de coopération et d’autogestion, modestes peut être mais puissantes.
Il reste un travail quotidien d’éducation populaire, une lutte constante contre les rapports de domination.
Il reste des temps de formation partagés entre habitants et salariés, des espaces de parole, d’élaboration, de transformation.
Il reste une politisation du travail éducatif, une mise en lumière de ses enjeux philosophiques, sociaux, existentiels.
Il reste des projets réellement émancipateurs, porteurs de sens et de vie.

Il reste aussi des parcours de réussite : des habitants et des salariés formés, diplômés et qualifiés, mais aussi nous-mêmes, en tant que professionnels engagés dans cette aventure collective : nous avons suivi des formations professionnelles, obtenu des Masters, la directrice a mené une thèse jusqu’à son aboutissement, obtenant son doctorat. Parce que penser, apprendre, se former faisait partie intégrante du projet politique que nous portions pour les autres, mais aussi pour nous-mêmes.

Il reste des relations profondes, des amitiés solides, tissées dans l’intensité de l’action et de l’engagement. Certaines demeurent encore aujourd’hui, au sein de l’équipe, parmi les habitants, et aussi dans nos vies respectives, au-delà du lieu.

Il reste la création de réseaux, d’alliances, de complicités politiques et pédagogiques construites au fil des années, avec d’autres acteurs de la transformation sociale.

Il reste un tissu de liens vivants, bien plus fort que les fonctions, les statuts ou les cadres institutionnels.

Il reste aussi des souvenirs puissants, des fêtes partagées, des éclats de rire, des moments de joie collective, de solidarité concrète, de lutte assumée.

Il reste des combats menés ensemble, avec leurs victoires, leurs traces, leur dignité.
Il reste une mobilisation populaire dans un quartier longtemps relégué, devenu espace de lutte, de dignité, de puissance d’agir.

Il reste la transformation d’un équipement municipal en un projet associatif porté, réfléchi, habité.
Il reste des enfants qui ont accédé à leurs droits.
Il reste une lutte contre les inégalités et les violences.
Il reste une gouvernance partagée, des décisions construites à plusieurs, des pratiques quotidiennes d’association entre bénévoles et professionnels.

Et il reste des savoirs : en gestion, en ressources humaines, en pédagogie, en philosophie, en sociologie… Des savoirs concrets, situés, politiques.

Alors, c’est évident : il reste bien plus que la fin.

Alors pourquoi toujours nous demander ce qu’il reste de la fin et ne pas mettre en lumière ce qu’il s’est passé pendant près de 15 ans ?

Et pourquoi nous faire porter seuls la responsabilité de la fin ?

Pourquoi ce besoin si pressant de trouver des coupables plutôt que de comprendre les dynamiques collectives à l’œuvre ? Est-ce plus simple de désigner quelques personnes que d’interroger les responsabilités partagées – celles des institutions qui nous ont pressurés, de certains partenaires qui nous ont attaqués après nous avoir soutenus, des instances qui se sont tues, des collègues qui se sont désengagés, des logiques de pouvoir qui traversent toutes les organisations, y compris les plus militantes ?

Nous avons assumé notre part. Nous savons ce que nous n’avons pas pu, pas su, ou plus voulu faire. Mais devons-nous porter seuls le poids de cette fin difficile, alors que tant d’autres facteurs (politiques, structurels, institutionnels) y ont contribué ?


Derrière cette injonction à faire le bilan, à rendre des comptes, ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement notre responsabilité, mais une certaine lecture du réel : une manière de lisser les conflits, de préserver les cadres existants, de maintenir l’ordre des choses.

Mais justement, notre projet visait autre chose.

Alors, pourquoi réduire cette expérience à son dernier chapitre ? Pourquoi ne retenir que l’effondrement et pas la construction ? Pourquoi ne pas reconnaître le travail, les expérimentations, les tentatives de rupture, les engagements, les transformations ?

Parce qu’il s’agit de sauver l’équipement centre social plutôt que le projet.

Il faut maintenir la façade, même si l’intérieur change de nature. Il faut pouvoir dire que ça continue, peu importe ce que ça devient. L’important, ce n’est pas la politique, c’est la continuité.

Mais à quoi bon un centre social s’il n’est plus qu’un gestionnaire de loisirs, une machine à occuper la population ? À quoi bon un centre social qui se conforme, s’aligne, applique, remplit, mesure ?


Un centre social sans projet politique, ce n’est plus un lieu d’émancipation. C’est un rouage du système.

Nous avons fait un autre choix. Celui de la fidélité à nos convictions. Celui de partir plutôt que de trahir.


Et ce qu’il reste, c’est cela : Une tentative. Une expérience. Un combat. Des savoirs. Une mémoire. Un exemple.

Et c’est bien plus que ce que veulent bien retenir celles et ceux qui ne voient que les ruines au lieu des fondations.

Et maintenant ?

Une autre question demeure. Elle ne concerne plus seulement notre départ. Elle concerne ce qui advient aujourd’hui.

Depuis les dernières élections municipales, la ville a changé de majorité politique. Après des décennies d’une municipalité issue de la gauche, c’est désormais l’extrême droite qui gouverne la commune.

Il y a là un paradoxe qui mérite d’être interrogé. Les dernières années de notre engagement ont été marquées par des tensions fortes avec une municipalité qui se réclamait pourtant d’une tradition de gauche. Les conflits furent réels, parfois violents. Les institutions partenaires qui finançaient le projet social ont, elles aussi, largement contribué à ces tensions, multipliant les injonctions, les remises en cause et les pressions qui ont participé à notre départ.

Quelques mois plus tard, avec l’arrivée d’une nouvelle direction et d’un nouveau conseil d’administration, les relations se sont rapidement apaisées. Les mêmes partenaires institutionnels, hier particulièrement critiques à l’égard de notre manière de conduire le projet, ont retrouvé une place centrale dans la vie de l’association. Ils sont redevenus des interlocuteurs privilégiés, des soutiens affichés du nouveau fonctionnement.

Il ne s’agit pas de regretter que des relations de confiance puissent se reconstruire. Une association a besoin de dialoguer avec ses partenaires. Mais cette rapidité interroge. Comment ceux qui étaient présentés comme les principaux contradicteurs du projet politique porté pendant quinze années ont-ils pu devenir, en si peu de temps, les partenaires les plus proches de la nouvelle gouvernance ?

Cette évolution dit peut-être quelque chose de plus profond. Les tensions ne portaient-elles finalement pas moins sur les personnes que sur le projet lui-même ? Ce qui semblait difficile à accepter n’était peut-être pas notre manière d’exercer nos fonctions, mais la ligne politique que nous défendions : une éducation populaire critique, conflictuelle lorsque cela était nécessaire, refusant de réduire le centre social à un opérateur de politiques publiques.

Si tel est le cas, alors la rupture dépasse largement notre départ. Elle concerne la place même que l’on accorde aujourd’hui à un centre social : partenaire docile des institutions ou acteur capable d’en discuter les orientations, d’en interroger les effets et, parfois, de leur résister.

Aujourd’hui, la situation est différente. Le centre social semble absent du récit municipal. Alors que la communication de la ville met largement en avant de nombreuses initiatives locales, les actions du centre social paraissent reléguées au second plan, comme si elles n’existaient plus. Est-ce un choix ? Une stratégie ? Une période d’observation ? Nous n’en savons rien.

À l’intérieur même de l’association, une forme d’attente semble s’être installée. Certains disent : « Pour le moment, tout va bien. Nous n’avons pas d’informations. On nous laisse tranquilles. » Comme si l’absence de conflit suffisait à produire un sentiment de sécurité. Comme si le silence devenait rassurant.

Mais le silence n’est jamais neutre.

Il peut être une manière de différer les affrontements. Il peut aussi être une façon d’installer progressivement une nouvelle normalité.

Pendant la campagne électorale, l’association est restée silencieuse. Elle n’a pris aucune position publique. Ce choix peut se comprendre au regard des équilibres institutionnels auxquels sont soumises les associations. Pourtant, il interroge.

Que signifie, pour une association d’éducation populaire, de ne rien dire lorsque l’extrême droite accède au pouvoir dans sa ville ? Jusqu’où la neutralité protège-t-elle ? À partir de quand devient-elle une forme de renoncement ?

L’éducation populaire n’a jamais consisté à accompagner les pouvoirs quels qu’ils soient. Elle consiste à développer l’esprit critique, à défendre les libertés, à lutter contre les rapports de domination, à permettre aux habitants de comprendre le monde pour pouvoir le transformer.

Cela n’impose pas de soutenir un parti contre un autre. Mais cela oblige peut-être à ne jamais oublier les valeurs sur lesquelles reposent ces projets : la démocratie, l’égalité, la solidarité, la dignité de toutes et tous.

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est peut-être moins l’arrivée d’une nouvelle majorité que la manière dont chacun semble suspendre son jugement. Comme si tout le monde attendait de voir. Comme si le simple fait que rien ne se passe encore suffisait à conclure qu’il ne se passera rien.

Pourtant, l’histoire nous enseigne autre chose.

Ce n’est pas parce que les premières semaines semblent calmes que les transformations n’ont pas déjà commencé. Les évolutions politiques s’installent souvent dans les habitudes, les silences, les petites renonciations, les sujets que l’on cesse progressivement d’aborder.

Et pendant ce temps, un autre phénomène apparaît. Les anciens responsables politiques, qui manifestaient parfois peu d’intérêt pour le projet lorsqu’ils étaient aux responsabilités, prennent désormais publiquement la parole pour soutenir les actions du centre social. Comme si le changement de contexte rendait soudain visible ce qui paraissait auparavant aller de soi. Là encore, ce paradoxe mérite d’être pensé.

Nous ne savons pas comment cette histoire se terminera.

Peut-être que le centre social conservera son autonomie. Peut-être que les tensions ne viendront jamais. Peut-être aussi que les rapports entre pouvoir municipal et projet associatif évolueront autrement.

Mais faire comme si la question ne se posait pas ne la fait pas disparaître.

Un centre social n’est pas seulement un équipement de proximité. C’est un espace démocratique. Une association d’éducation populaire. Un lieu où l’on apprend à débattre, à comprendre, à résister aux simplifications et aux exclusions.

Lorsque ces lieux cessent de se poser des questions politiques, ils prennent le risque de devenir de simples opérateurs de services.

Et c’est peut-être là que commence leur véritable dépolitisation.

Au fond, qu’est-ce qui dérangeait ?

Une question continue de nous habiter.

Au fond, qu’est-ce qui était devenu si difficile à accepter ?

Était-ce notre manière de diriger ? Nos choix organisationnels ? Nos erreurs, que nous avons déjà reconnues ? Était-ce notre manière parfois exigeante de tenir une ligne politique ?

Ou bien le désaccord était-il plus profond ?

Car un fait demeure. Les partenaires institutionnels qui, pendant plusieurs années, ont contesté notre manière de conduire le projet, sont rapidement redevenus des partenaires privilégiés de l’association après notre départ. Les relations se sont apaisées. Les échanges se sont normalisés. Les mêmes acteurs qui exerçaient hier une forte pression sont aujourd’hui pleinement associés à la vie du projet.

Nous ne disons pas que cela est en soi condamnable. Une association a besoin de relations de confiance avec ses partenaires. Mais cette évolution pose une question : qu’est-ce qui a réellement changé ?

Les personnes ? Ou le projet ?

Étions-nous le problème ? Ou bien était-ce une certaine manière de concevoir un centre social ?

Pendant quinze ans, nous avons défendu l’idée qu’un centre social n’est pas seulement un équipement de proximité chargé de mettre en œuvre des dispositifs publics. Nous le pensions comme une association politique au sens noble du terme : capable de partir des habitants, de produire de la conflictualité lorsque les injustices l’exigent, d’interpeller les institutions, de défendre des positions parfois inconfortables, d’expérimenter d’autres manières de faire société.

Cette conception suppose une relation exigeante avec les financeurs. Non pas une opposition permanente, mais une autonomie réelle. La possibilité de dire oui, de dire non, de discuter, de contester lorsque cela paraît nécessaire.

Or, cette autonomie produit inévitablement des tensions. Elle oblige chacun à accepter le conflit démocratique. Elle rappelle qu’un financeur n’est pas propriétaire d’un projet associatif, pas plus qu’une association n’est le simple exécutant des politiques publiques.

Alors la question mérite d’être posée.

Les tensions que nous avons connues étaient-elles la conséquence de nos seuls choix ? Ou révélaient-elles une difficulté plus large à reconnaître l’autonomie politique des associations d’éducation populaire ?

Et si, finalement, ce qui est attendu d’un centre social n’était plus qu’il transforme la société, mais qu’il contribue à la gérer ?

Si tel est le cas, alors notre histoire dépasse largement notre propre parcours. Elle raconte peut-être une évolution plus générale : celle d’une éducation populaire progressivement invitée à devenir consensuelle, gestionnaire, évaluée sur sa capacité à répondre aux appels à projets plutôt qu’à faire émerger des conflits, des aspirations collectives et des transformations sociales.

C’est cette hypothèse que nous laissons ouverte. Non pour désigner des responsables, mais parce qu’elle nous semble plus féconde que la recherche de quelques coupables.

Car la véritable question n’est peut-être pas : « Pourquoi sont-ils partis ? »

Elle est peut-être : quelle place laisse-t-on encore, aujourd’hui, à des associations qui revendiquent une autonomie politique et une fonction de transformation sociale ?

La fraternité : ce qui ne se décrète pas

Par : admin5435
16 mars 2026 à 16:00

Par Christophe Pruvot

Mars 2026 (Notes de février 2020) à partir de livre LA FRATERNITÉ, POURQUOI ? » d’Edgar Morin.

La devise républicaine française associe trois mots : liberté, égalité, fraternité. Trois mots que nous répétons souvent comme s’ils formaient un tout harmonieux, un bloc cohérent, un équilibre naturel. Pourtant, ils ne s’imbriquent pas si facilement. Ils vivent dans une tension permanente. Ils s’appellent, se contredisent parfois, se corrigent aussi.

C’est précisément cette tension qu’explore Edgar Morin dans son ouvrage « La fraternité, pourquoi ? ».

Et ce qu’il nous rappelle est à la fois simple et profondément dérangeant : la fraternité est le seul des trois termes que l’on ne peut pas imposer.

Liberté, égalité : la loi peut agir

La liberté et l’égalité peuvent être encadrées par des lois.
Les sociétés modernes ont construit des dispositifs juridiques pour tenter d’équilibrer ces deux principes.

Mais cet équilibre est fragile.

La liberté, notamment lorsqu’elle devient liberté économique, tend à produire des inégalités. C’est l’une des critiques majeures adressées au néolibéralisme, qui transforme la liberté de quelques-uns en domination économique sur les autres.

À l’inverse, lorsque l’on cherche à imposer l’égalité de manière stricte, on peut limiter la liberté individuelle.

Ainsi, liberté et égalité sont prises dans une tension structurelle. Les lois tentent d’arbitrer cette tension. Elles cherchent à corriger les excès, à limiter les injustices, à organiser la vie collective.

Mais la fraternité, elle, échappe à cette logique.

La fraternité ne se décrète pas

On peut voter des lois sur la solidarité.

On peut créer des dispositifs d’aide, des mécanismes redistributifs, des politiques sociales. Mais aucune loi ne peut produire de l’affection, ni créer un lien entre les personnes.

La solidarité administrative peut exister sans fraternité. Elle peut même devenir froide, bureaucratique, mécanique.

La fraternité relève d’un autre registre : celui de la relation humaine.

Elle est un lien. Elle naît d’un rapport entre des personnes. Et sa source n’est ni l’État ni l’institution. Sa source, c’est nous.

L’individu : entre le JE et le NOUS

Edgar Morin rappelle que l’individu n’est jamais seulement un « je ».

Nous sommes toujours un mélange de moi et de nous.

Le JE, lorsqu’il se détache totalement du collectif, peut conduire à l’égoïsme, à l’isolement, à la solitude.

Mais l’être humain est aussi traversé par deux forces relationnelles fondamentales : le NOUS, qui renvoie au collectif, au sentiment d’appartenance et le TU, qui renvoie à la relation personnelle, à la rencontre avec l’autre.

C’est dans cette double relation (collective et intime) que se forme le sentiment de fraternité.

Le danger des fraternités fermées

Mais toute fraternité n’est pas forcément émancipatrice. Une fraternité qui se referme sur elle-même, qui se limite à un groupe fermé, peut rapidement se transformer en nationalisme, en patriotisme exclusif, en rejet de l’autre. Une fraternité purement communautaire peut devenir une frontière.

À l’inverse, la fraternité ouverte se tourne vers l’humanité. Elle reconnaît l’existence d’une communauté de destin humaine. Elle s’adresse aussi à l’étranger, à l’inconnu, à celui qui ne fait pas partie du cercle initial. Elle ouvre la possibilité d’une joie collective, d’un sentiment partagé d’appartenance à l’humanité.

Quand la fraternité devient illégale

Paradoxalement, il arrive que la fraternité entre en conflit avec la loi.

En 2012, une disposition juridique a introduit en France ce que certains ont appelé un « délit de solidarité » : aider des personnes en situation irrégulière pouvait être poursuivi.

Dans ces situations, la fraternité peut se retrouver du côté de la désobéissance. Elle peut conduire à enfreindre la loi lorsque celle-ci devient un instrument de discrimination ou d’oppression. La fraternité n’est donc pas seulement un sentiment moral. Elle peut devenir un acte de résistance.

L’entraide : une force du vivant

La fraternité ne concerne pas seulement les sociétés humaines.

Le penseur anarchiste Pierre Kropotkine s’est opposé à une lecture simplifiée de Darwin, selon laquelle la nature serait dominée par la seule compétition. Dans son ouvrage L’entraide, Kropotkine montre que les espèces les mieux adaptées sont souvent celles qui coopèrent le plus. On observe des formes d’entraide chez les fourmis, les abeilles, les loups, les singes, certaines plantes. Les êtres vivants développent des associations durables qui leur permettent de survivre et de prospérer.

Dans la nature, deux phénomènes illustrent cette dynamique. La symbiose qui est une  relation vitale entre espèces différentes et le mutualisme qui est la coopération bénéfique entre organismes. L’exemple classique est celui des fleurs et des insectes pollinisateurs : chacun dépend de l’autre.

L’entraide n’est donc pas une anomalie du vivant. Elle est une condition de son développement.

Coopération et conflit : une relation diabolique

Pour Edgar Morin, il serait pourtant faux d’opposer brutalement entraide et compétition. Les sociétés humaines (comme les sociétés animales) connaissent à la fois la coopération et le conflit. Solidarité et rivalité entretiennent un rapport qu’il qualifie de diabolique, au sens originel du terme : un rapport à la fois antagoniste et complémentaire.

La philosophie grecque exprimait déjà cette idée.  Concorde et discorde sont pères et mères de toutes choses. La concorde produit des organisations, des structures, des communautés. La discorde provoque des crises, des ruptures, parfois la désintégration des systèmes.

Dans la mythologie symbolique : Eros cherche à unir, Polémos cherche à opposer, Thanatos cherche à détruire. La fraternité relève du côté d’Eros : la force qui relie.

La fraternité dans les expériences humaines

On observe très tôt des formes de fraternité. Chez les enfants. Chez certains animaux.

La fraternité juvénile se manifeste souvent dans le jeu, dans la complicité spontanée.

Mais les structures sociales introduisent aussi des rôles.

Dans les sociétés traditionnelles la paternité renvoie à la protection mais surtout à la domination et la maternité renvoie à la nourriture et à la protection (le soin) également.

La fraternité, elle, apparaît lorsque surgit une chaleur affective faite d’entraide, de coopération, d’association et d’union. Elle constitue l’une des expériences les plus intenses de la vie humaine.

La fraternité comme expérience de vie

Beaucoup peuvent reconnaître ceci : les moments de fraternité comptent parmi les plus beaux moments d’une existence. Lorsque l’on donne son secours à quelqu’un. Lorsque l’on se sent utile. Lorsque l’on agit ensemble.

Ces moments donnent un sentiment de richesse humaine. Ils s’opposent aux forces qui fragmentent les sociétés : l’égoïsme, la mesquinerie, l’ambition individuelle.

Les fraternités fondées sur l’amitié et l’amour sont généralement ouvertes. Elles créent des espaces de respiration.

Edgar Morin parle parfois d’« oasis de fraternité ». Ces oasis peuvent être durables ou simplement provisoires. Mais même éphémères, elles réchauffent nos vies.

L’individualisme contemporain

Notre civilisation est marquée par un développement massif de l’individualisme.

Cet individualisme possède des aspects positifs comme l’autonomie, la responsabilité personnelle, la créativité, l’émancipation vis-à-vis des structures traditionnelles

Mais il comporte aussi des dimensions ambivalentes comme la compétition, la concurrence, l’obsession du profit, l’agressivité, les conflits, la domination.

Et parfois des effets franchement négatifs comme l’égoïsme, la dégradation des solidarités l’isolement social.

Les solidarités familiales, de voisinage, urbaines ou professionnelles se fragilisent. On parle beaucoup de communication, mais on se comprend de moins en moins. Les ressentiments et les incompréhensions se multiplient. Chaque JE tend à s’isoler. Et pourtant, partout renaît un besoin de NOUS.

La mondialisation : unité et repli

La mondialisation a créé un système de communication quasi immédiat. Nous pouvons être informés en temps réel de ce qui se passe à l’autre bout du monde. Mais paradoxalement, cette interconnexion s’accompagne souvent d’un repli.

La mondialisation produit une communauté de destin planétaire.

Les grands périls qui menacent l’humanité sont désormais communs : crise écologique, dérèglement climatique, accroissement des inégalités, conflits armés, instabilité économique.

L’humanité est plus liée que jamais. Mais cette unité ne doit pas effacer la diversité des cultures et des personnes. L’unité humaine s’exprime dans la diversité.

Comprendre l’autre suppose deux choses : reconnaître notre humanité commune et respecter nos différences.

Les oasis de fraternité

Malgré les fractures du monde contemporain, des espaces de fraternité continuent d’exister. Edgar Morin les appelle les oasis. Ce sont des lieux où l’échange est permanent. On peut les trouver dans des associations, des initiatives citoyennes, l’économie solidaire, des collectifs locaux.

Ces oasis sont des espaces de résistance spontanée. Elles permettent à chacun de s’épanouir comme JE dans le NOUS.

Le local et le mondial

Il ne s’agit pas d’opposer mondialisation et enracinement local. Au contraire. Plus le monde devient global, plus le local devient essentiel.

Les territoires peuvent devenir des oasis de vie, à condition qu’ils soient reliés entre eux.

La question n’est pas de choisir entre croissance et décroissance, mais de déterminer ce qui doit croître et ce qui doit décroître.

Une responsabilité humaine

L’avenir reste incertain. Le problème fondamental de l’humanité n’est peut-être pas seulement technologique ou économique. Il est aussi humain. Il concerne notre capacité à développer la compréhension, l’amour et la fraternité.

Cela suppose plusieurs choix.

Créer des îlots de vie.
Multiplier les lieux de résistance et de solidarité.
Avoir conscience de notre communauté de destin.
Maintenir l’unité humaine dans la diversité des cultures.
Assumer une responsabilité collective envers l’humanité.

Et surtout, choisir le camp d’Eros.

La force qui relie plutôt que celle qui divise.

La fraternité comme chemin

La fraternité n’est pas une solution miracle. Elle ne supprime ni les conflits ni les rivalités. Mais elle constitue une force de résistance à la cruauté du monde. Si elle reste un simple mot gravé sur les frontons des mairies, elle ne change rien.

Mais si elle devient une pratique, un lien vécu, une expérience partagée, elle peut ouvrir une autre perspective. Peut-être que le futur ne naîtra pas d’un grand projet global. Peut-être qu’il naîtra d’une multitude d’oasis fraternelles, dispersées mais reliées. Des avant-gardes humaines. Des lieux où l’on continue de croire que l’aventure humaine mérite d’être vécue ensemble.

Esprit critique à l’école : sous contrôle ?

Par : admin5435
15 février 2026 à 00:15

Par Christophe Pruvot

Quand le ministre de l’Education Nationale écrit aux parents que l’école « forge l’esprit critique », on pourrait se réjouir. Enfin ! On parle d’émancipation, de pensée autonome, de capacité à questionner le monde ? 

Non ! Quelques lignes plus loin, le même courrier rappelle qu’« à l’École, on écoute les adultes, on les respecte » et que les règles « ne sont ni amendables ni négociables ».

Alors il faut s’arrêter. Parce que cette tension n’est pas un détail de rédaction. Elle dit quelque chose de beaucoup plus profond : on invoque l’esprit critique comme finalité, mais on l’encadre strictement comme pratique.

Le ministre voudrait faire croire qu’il célèbre l’esprit critique. Mais il en balise soigneusement le périmètre.

L’injonction paradoxale : pense… mais dans les limites

Peut-on apprendre à penser par soi-même dans un cadre où la contestation des normes institutionnelles est perçue comme une menace ?

Peut-on former des esprits critiques sans accepter que l’institution elle-même puisse être interrogée ?

On voudrait un esprit critique appliqué au monde extérieur, aux fake news, aux réseaux sociaux, aux discours complotistes mais surtout pas aux rapports de pouvoir, aux choix politiques, aux inégalités structurelles, à l’école elle-même.

Un esprit critique sans conflictualité. Un esprit critique sans politique. Un esprit critique sans risque.

Autrement dit : une compétence scolaire. Quelle rigolade !

Quand une chanson dérange

Et en voici une illustration. L’interdiction de chanter Les Mains d’or de Bernard Lavilliers dans une commune industrielle fragilisée n’est pas un simple épisode culturel. C’est un révélateur.

Une chanson qui parle d’ouvriers, de dignité, de travail devient suspecte. Une chanson qui qui précède des luttes collectives.

Pourquoi ?

Parce qu’elle parle du réel. Parce qu’elle parle d’un territoire. Parce qu’elle parle de désindustrialisation, de pertes d’emplois, de décisions économiques prises ailleurs.

Empêcher des élèves de chanter cela, ce n’est pas protéger une prétendue neutralité. C’est éviter le politique. C’est éviter la conflictualité sociale. C’est éviter que l’école devienne un lieu où l’on relie les savoirs à la vie.

Or développer l’esprit critique supposerait exactement l’inverse. L’esprit critique permet de questionner : Qu’est-ce que le travail aujourd’hui ? Pourquoi des usines ferment-elles ? Qui décide ? Qui subit ? Quelle mémoire ouvrière traverse nos territoires ?

Ne pas ouvrir ces questions, c’est déjà faire un choix politique. Un choix de pacification.

L’école entre émancipation proclamée et tri social

Le courrier ministériel insiste sur l’autorité, la conformité, l’alignement sur les règles.

Oui, toute vie collective nécessite des repères communs. Mais la question est ailleurs : comment ces règles se construisent-elles ? Qui peut les discuter ? Sont-elles compréhensibles, négociables ?

Quand l’essentiel du message porte sur la discipline et l’obéissance, l’école glisse vers une fonction normative : préparer les enfants à entrer dans un ordre social donné plus qu’à le transformer.

Et nous le savons : l’école française reste traversée par la sélection sociale, la hiérarchisation des parcours, la valorisation de certaines cultures au détriment d’autres.

L’école parle d’égalité. Mais elle trie. Elle parle d’émancipation. Mais elle classe.

L’esprit critique devient alors une promesse sous condition : critique, oui… mais pas trop.

De l’obéissance à l’émancipation : Freinet et Freire

Cette tension traverse toute l’histoire de l’école et de l’éducation.

Célestin Freinet nous rappelle qu’un enfant ne devient pas autonome en obéissant, mais en agissant, en produisant, en débattant. L’expression n’est pas un supplément d’âme : elle est la condition de l’émancipation.

Interdire une chanson ouvrière, c’est l’inverse de Freinet. Freinet aurait dit : chantons-la, analysons-la, relions-la à notre territoire.

Paulo Freire, lui, parle d’« éducation bancaire » lorsqu’on dépose des savoirs dans la tête des élèves sans jamais les relier à leur vécu. Pour lui, apprendre à lire, c’est d’abord apprendre à lire le monde.

Si une usine ferme, si des familles vivent la précarité, si le chômage traverse le quartier, l’école ne peut pas faire comme si cela n’existait pas. Sinon, elle forme à l’adaptation. Pas à la transformation.

L’éducation populaire : partir du réel, pas l’éviter

C’est précisément ici que l’éducation populaire devient indispensable.

Elle ne part pas d’un programme abstrait. Elle part des expériences vécues. Elle considère les enfants, les jeunes, les habitants comme des sujets politiques.

Elle ne craint ni les chansons engagées, ni les débats sur le travail, ni les questions d’injustice sociale.

Elle ne cherche pas à protéger les enfants du réel. Elle leur donne des outils pour le comprendre.

Dans nos espaces éducatifs, dans les associations, dans les collectifs, dans les assemblées populaires, quand un jeune parle de précarité, de discriminations ou de violences, nous ne disons pas : « Ce n’est pas le lieu. » Nous disons : « Parlons-en. Comprenons. Relions. » Parce que l’émancipation commence là.

Et pourtant, aujourd’hui, les libertés associatives sont fragilisées. Sous couvert de neutralité, les associations sont sommées de se taire. On leur demande d’animer, d’accompagner, de réparer mais pas de questionner. D’apaiser mais pas de politiser.

Alors certaines se taisent. Par prudence. Par peur de perdre un financement. Par crainte d’être accusées de sortir de leur rôle. L’autocensure s’installe doucement, presque sans bruit.

Mais si nos espaces ne peuvent plus accueillir la parole sur l’injustice, sur les rapports de domination, sur les causes structurelles des difficultés vécues, alors que deviennent-ils ?

La neutralité n’est pas le silence. Et l’éducation n’est pas la mise sous cloche du réel.

Nous ne sommes pas des espaces de gestion du malaise social. Nous sommes des lieux de parole, de compréhension et de transformation.

L’esprit critique ne se décrète pas

Un esprit critique autorisé seulement dans les limites de l’institution n’est pas un esprit critique.

C’est une compétence évaluée.

La vraie question n’est pas : faut-il faire de la politique à l’école ? La vraie question est : quelle politique faisons-nous quand nous prétendons ne pas en faire ?

On peut multiplier les circulaires. On peut invoquer l’autorité. On peut neutraliser les débats. Mais on ne muselle pas durablement l’intelligence.

Chaque fois qu’un enfant pose une question dérangeante, quelque chose s’ouvre. Chaque fois qu’un enseignant ose relier un savoir à une réalité sociale, quelque chose se déplace. Chaque fois qu’une chanson raconte un territoire, quelque chose résiste.

Oui, il y a de la révolte dans cette exigence. Parce que nous refusons une école qui formate au nom de la paix scolaire.

Mais il y a surtout de la joie.

La joie de voir des enfants penser. La joie de voir des éducateur·ices tenir la conflictualité démocratique. La joie de savoir que l’éducation peut encore être un lieu de transformation.

L’esprit critique ne s’autorise pas. Il se pratique.

Et tant qu’il y aura des enfants pour questionner, des adultes pour accueillir ces questions, des espaces pour relier savoirs et réalités, il restera une brèche. Une brèche démocratique. Et c’est peut-être cela, au fond, qui dérange.

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