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Les batteries manquent à l'appel

Alors que se multiplient les alertes concernant leur dépendance technologique et industrielle à l'égard de la Chine dans le domaine desd batteries, les Etats-Unis viennent de lancer un nouveau programme de financement modeste de recherche appliquée de 15 millions de dollars, censé permettre l'émergence de batteries Li-ion quatre fois plus puissantes que les actuelles.

Les composants chinois sont aujourd'hui dominants en la matière, qui produit 20% du lithium mondial, contrôle un tiers des mines de cobalt de RDC (d'où provient 75% de la production mondiale) et fabrique 85% des batteries dans le monde dont un tiers sont produits par la seule entreprise CATL.

Les Etats-Unis ont lancé des plans d'investissement de plus de dix milliards de dollars afin de rattraper leur retard et sécuriser notamment leurs voies d'approvisionnements en matériaux critiques.

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Les deux Corées

Pour la première fois, Questions internationales consacre un dossier complet aux deux Corées. Après un conflit sanglant (1950-1953) et la partition de la Péninsule suivant le 38e parallèle, les deux frères ennemis n’ont à ce jour toujours pas fait la paix, et la perspective d’une réunification semble s’éloigner dans un contexte géopolitique tendu.
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Les deux Corées

Pour la première fois, Questions internationales consacre un dossier complet aux deux Corées. Après un conflit sanglant (1950-1953) et la partition de la Péninsule suivant le 38e parallèle, les deux frères ennemis n’ont à ce jour toujours pas fait la paix, et la perspective d’une réunification semble s’éloigner dans un contexte géopolitique tendu.
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Interface cerveau-machine : Synchron envisage une étude à grande échelle pour son implant

Les interfaces cerveau-machine (ICM) représentent un immense espoir pour les malades atteints de troubles moteurs et sont le sujet de recherche depuis des décennies. Synchron, une start-up australienne également basée à New-York, après des essais concluants sur Stentrode, l’implant cérébral endovasculaire qu’elle a développé, a annoncé la semaine dernière le lancement d’un registre patients dans le but de mener un essai clinique à grande échelle.

Les avancées en matière d’IA, deep learning et traitement du signal ont permis de mieux interpréter les signaux cérébraux, les progrès dans la miniaturisation des capteurs EEG (électroencéphalographie) et dans les techniques d’imagerie cérébrale, telles que l’IRM fonctionnelle et la spectroscopie proche-infrarouge ont également contribué à ceux des interfaces cerveau-machine depuis la première implantation humaine par Neural Signals en 1998.

La startup Cortera Neurotechnologies a ainsi mis au point en 2019 un implant de stimulation cérébrale pour la maladie de Parkinson. La même année, un exosquelette de la main contrôlé par la pensée était développé à l’EPFL, une de ses équipes a conçu l’an passé une neuro-puce pour détecter et atténuer les symptômes de maladies neurologiques. Le centre de recherche Clinatec à Grenoble a développé, lui aussi en 2019, un exosquelette qui a permis à Thibault, un patient tétraplégique de 28 ans équipé d’implants cérébraux semi-invasifs, de contrôler la marche et le mouvement des bras d’un exosquelette dans lequel il est installé.

Synchron a été créée en 2016 par le neurologue Thomas Oxley, l’année de la création de Neuralink, la start-up cofondée par Elon Musk. Après une levée de fonds de 40 millions de dollars en 2021, elle a bénéficié en 2022 lors d’un nouveau tour de table de 75 millions de dollars auquel ont participé Jeff Bezos et Bill Gates via leurs sociétés d’investissement. Elle a également reçu le soutien des gouvernements australien et américain.

Les deux start-ups, concurrentes sur un marché qui peut s’avérer très lucratif, ont adopté deux approches très différentes. Telepathy, la technologie de Neuralink, plus intrusive, consiste en une puce informatique dotée d’électrodes qui est implantée à la surface du cerveau par un robot chirurgical. Stentrode, le dispositif de neuroprothèse de Synchron est implanté dans le cortex moteur du cerveau via la veine jugulaire lors d’une procédure endovasculaire mini-invasive. Les signaux neuronaux sont transmis d’un boîtier installé dans la poitrine du patient à un ordinateur, comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous.

Alors qu’Elon Musk n’a annoncé la première implantation de Telepathy sur un humain qu’en janvier dernier, Synchron, qui avait reçu l’autorisation de la FDA pour des tests préliminaires en juillet 2021, révélait en juillet 2022 la pose de son implant sur un patient au centre médical Mount Sinai West à New York dans le cadre de l’essai COMMAND. Le dispositif a été ensuite implanté avec succès chez d’autres patients à Carnegie Mellon et à l’Université de Pittsburgh.

L’étude Stentrode With Thought-Controlled Digital Switch (SWITCH), qui a évalué quatre de ces patients atteints de paralysie sévère, a montré qu’aucun effet secondaire indésirable grave n’avait été constaté un an après l’implantation de Stentrode.

La start-up est à la recherche de prochains participants pour l’essai COMMAND, qui inclurait des dizaines de patients atteints d’une paralysie sévère due à la SLA, à un accident vasculaire cérébral, à une lésion de la moelle épinière ou à la sclérose en plaques. L’étude des données recueillies pourrait lui apporter l’approbation de la FDA pour la mise sur le marché de son implant.

Interface cerveau- machine Synchron envisage une étude à grande échelle pour son implant
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Le Problème à Trois Corps de Netflix divise les fans et serait moins bon que la version chinoise

Si vous êtes passionnés de science-fiction, laissez-moi vous parler de la dernière sensation qui agite la toile : l’adaptation par Netflix du monument de la SF chinoise, Le Problème à Trois Corps de Liu Cixin.

Autant vous dire que ça fait des vagues, surtout en Chine où les fans sont en ébullition !

Bon, déjà, petit rappel pour ceux qui vivraient dans une grotte (ou qui n’auraient pas encore eu la chance de découvrir cette pépite) : Le Problème à Trois Corps, c’est LE roman de hard SF qui a propulsé Liu Cixin au rang de légende vivante. Il s’agit d’une fresque épique qui nous embarque dans une histoire de premier contact avec une civilisation extraterrestre, le tout saupoudré de physique quantique, de sociologie et de réflexions sur la nature humaine. Bref, du lourd comme j’aime.

Donc forcément, quand Netflix a annoncé qu’ils allaient adapter ce mastodonte en série, il y a eu de l’excitation dans l’air. Sauf que voilà, en Chine, Netflix n’est pas vraiment le bienvenu. Mais vous croyez que ça arrête les fans ? Que nenni ! VPN, sites de streaming illégaux… ils ont plus d’un tour dans leur sac pour mettre la main sur les épisodes. Et là, c’est le drame…

Déjà, il faut savoir que les Chinois vouent un culte quasi religieux à l’œuvre de Liu Cixin. Chaque détail, chaque virgule est sacré. Alors forcément, quand ils ont vu que Netflix avait pris quelques libertés avec l’œuvre originale, ça a fait des étincelles ! Changements dans l’intrigue, personnages modifiés, voire carrément remplacés… Pour certains puristes, c’est un scandale, une hérésie, un crime de lèse-majesté !

Mais en même temps, il y a aussi pas mal de fans qui sont ravis de voir leur roman fétiche adapté par une grosse machine hollywoodienne et propulsé sur le devant de la scène internationale. Faut dire que les adaptations chinoises précédentes, bien que plus fidèles, n’avaient pas vraiment le même impact.

Et puis il y a ceux qui s’interrogent sur la façon dont la Chine est représentée dans la série. Parce que mine de rien, Le Problème à Trois Corps a une sacrée portée politique et historique. Ça parle de la Révolution Culturelle, des relations sino-américaines, de la place de la science dans la société… Pas vraiment des sujets anodins. Alors quand ils voient que les gentils sont joués par des acteurs occidentaux et les méchants par des chinois, certains crient au complot et à la propagande anti-chinoise. Faut les comprendre aussi…

Mais pour moi, l’essentiel est ailleurs.

OK, la série de Netflix n’est pas une adaptation littérale du bouquin. Mais est-ce vraiment un problème ? L’important, c’est que ça permet à un public encore plus large de découvrir l’univers fascinant de Liu Cixin et les questionnements vertigineux qu’il soulève sur notre place dans le cosmos. Et ça, c’est quand même sacrément excitant !

Après, je ne vais pas vous mentir, je viens de découvrir la version chinoise sortie l’année dernière et à ce qu’il parait, elle est incroyablement fidèle au bouquin. D’ailleurs, je ne remercierai jamais assez P5Lawrence de m’avoir fait découvrir cette pépite ! Figurez-vous que tous les épisodes sont dispos gratuitement sur Viki, la plateforme de streaming de Rakuten, avec des sous-titres en français s’il vous plaît.

Donc je vais faire confiance à mes followers Twitter et stopper immédiatement mon visionnage sur Netflix et je vais basculer sur cette version. Ensuite, on verra, mais je pense que je me ferais quand même celle de Netflix juste pour pouvoir comparer.

Allez, je vous laisse, j’ai un rendez-vous ce marathon de SF chinoise (30 épisodes quand même…).

Et n’oubliez pas de toujours garder un œil sur le ciel, on ne sait jamais qui pourrait nous rendre visite ! D’ailleurs, je crois que c’est prévu pour cette année ^^.

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Rabbit simplifie l’interaction homme-machine avec le R1

S’il y a une innovation qui a suscité un vif intérêt lors du CES de Las Vegas, c’est bien le R1 de Rabbit. Cet appareil plus petit qu’un smartphone que la start-up présente comme “votre compagnon de poche”, dont plus de 50 000 exemplaires ont été précommandés à ce jour, devrait être livré en France vers le mois de juillet.

Basée à Santa Monica, en Californie, Rabbit a été créée en septembre 2020 par Jesse Lyu, un entrepreneur chinois. En octobre et décembre dernier, elle a levé un total de 30 millions de dollars pour finaliser le R1, qu’elle a conçu en collaboration avec la société suédoise de design Teenage Engineering.

De forme carrée, cet appareil compact (7,8 cm de côté et 1,3 cm de hauteur) et léger (115 g) est doté d’écran tactile de 2,88 pouces, d’une caméra rotative à 360°, d’une molette de défilement et d’un bouton Push-to-Talk.

Contrairement à la plupart des appareils intelligents grand public qui doivent être gérés sur un smartphone, le Rabbit R1 fonctionne comme un appareil portable entièrement autonome. Il dispose d’une connectivité Bluetooth, Wi-Fi et 4G LTE, ainsi que d’un port USB-C et d’un emplacement pour carte SIM et est alimenté par une batterie offrant une autonomie suffisante pour une journée selon la start-up. Il est équipé d’un processeur MediaTek MT6765 Octa-core, de 4GB de mémoire et de 128GB de stockage.

Quelle différence avec un smartphone ?

Rabbit ne vise pas à remplacer les smartphones, mais à simplifier la navigation entre les applications. R1 le fait pour l’utilisateur.

Jesse Lyu déclare :

“Aujourd’hui marque le début d’une nouvelle ère dans l’interaction homme-machine… Nous sommes arrivés à un point où nous avons des centaines d’applications sur nos smartphones avec des conceptions UX compliquées qui ne se parlent pas entre elles. En conséquence, les utilisateurs finaux sont frustrés par leurs appareils et se perdent souvent. rabbit s’oriente désormais vers une expérience intuitive sans application grâce à la puissance de l’IA. Les grands modèles de langage, comme ChatGPT, ont montré la possibilité de comprendre le langage naturel avec l’IA ; notre grand modèle d’action va encore plus loin : il ne se contente pas de générer du texte en réponse à une entrée humaine – il génère des actions au nom des utilisateurs pour nous aider à faire avancer les choses”.

LAM, le modèle d’action développé par Rabbit

Le Large Action Model (LAM) est au cœur du nouveau dispositif R1, représentant l’avenir de l’interaction homme-machine, selon Rabbit. Conçu pour permettre aux systèmes d’IA de voir et d’agir sur les applications comme le feraient les humains, le LAM apprend en observant les utilisateurs et en reproduisant leurs actions de manière fiable, même lorsque l’interface est modifiée. Il comprend d’abord les intentions humaines complexes, puis agit à travers des interfaces utilisateur dans tous les environnements, éliminant ainsi le besoin de télécharger plusieurs applications et effectuant les tâches pour les utilisateurs de manière proactive.

Le système d’exploitation, le rabbit OS, basé sur LAM, offre une multitude de fonctionnalités grâce à des “rabbits”, des agents d’IA personnels. Contrairement à d’autres assistants vocaux, rabbit OS peut gérer une variété de tâches complexes, de la recherche d’informations à la réservation de voyages, offrant ainsi une expérience numérique complète.

Rabbit s’engage à offrir une expérience d’IA sécurisée et respectueuse de l’utilisateur. Le R1 est conçu pour préserver la vie privée, avec des fonctionnalités telles qu’un “mode d’écoute permanente” désactivé par défaut et une caméra rotative positionnée de manière à bloquer physiquement l’objectif par défaut. Il est vendu au prix de 200$.

Le partenariat avec Perplexity AI

Le 18 janvier dernier, Rabbit annonçait sur X un partenariat avec Perplexity AI, ce qui permet à R1 de fournir des informations précises et en temps réel tirées du web, grâce à l’API LLM en ligne PPLX.

L’offre de Perplexity à 20$/mois (200$/an) permet aux abonnés d’opter pour les modèles GPT-4, Claude 2.1, Gemini ou Perplexity est offerte aux 100 000 premiers achateurs de Rabbit R1. D’après la publication d’un acheteur sur la même page X, les prochains possesseurs du R1 devront eux-aussi s’acquitter de la même somme pour accéder à l’API LLM de Perplexity.

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L’IAE Lille organise une conférence sur l’impact de l’IA dans l’industrie à travers l’analyse des données émotionnelles

Les entreprises doivent aujourd’hui revoir leurs stratégies au prisme de l’IA. Pour vous permettre d’appréhender l’impact de l’IA dans l’industrie, les étudiants du Master 1 Marketing B to B International et Innovation de l’IAE Lille vous invitent à participer à la conférence “Comment l’IA révolutionne-t-elle l’industrie grâce à l’analyse des données émotionnelles ?”. L’événement aura lieu le 13 février prochain, de 18h à 20h, à l’amphithéâtre Pierre Mauroy à l’IAE Lille, site Vieux-Lille.

Les données émotionnelles utilisées dans des domaines tels que la psychologie, les sciences sociales, les sciences du comportement, sont de plus en plus exploitées dans le développement des interfaces homme-machine pour améliorer la compréhension et l’interaction avec les utilisateurs et dans le marketing. Elles offrent aux entreprises un avantage concurrentiel en leur permettant de comprendre et d’adresser de manière plus précise les besoins et les motivations de leurs clients.

Cette conférence vous permettra de découvrir les enjeux, les opportunités de l’IA et des données émotionnelles, et d’échanger avec des professionnels chevronnés dans ce domaine. Ils vous présenteront les dernières avancées technologiques, les aspects juridiques, les applications pratiques et les implications psychologiques de l’IA.

Les intervenants

Les quatre intervenants de cette conférence sont Aurore Bonavia, Avocate, Alex Deslée – Maître de conférences, Mathias Planckaert – Consultant en IA et Stéphane Mouchabac – Psychiatre.

  • Aurore Bonavia abordera les limites du sujet en échangeant sur l’impact de l’IA sous le prisme de la propriété intellectuelle et celui des données personnelles/confidentielles pouvant être transmises via ces outils IA. Elle discutera également de la future réglementation européenne en cours de discussion ;
  • Alex Deslée apportera son expertise sur les dernières avancées technologiques dans le domaine de l’intelligence artificielle et son impact sur l’industrie;
  • Mathias Planckaert partagera son expérience pratique et son point de vue sur la manière dont l’IA transforme les processus industriels ;
  • Stéphane Mouchabac explorera l’aspect fondamental des émotions dans le contexte de l’IA, en abordant des sujets tels que l’agentivité, l’empathie, et comment donner une vie mentale aux robots et interagir avec eux.

Comment participer : Pour assister à cette conférence enrichissante, veuillez vous inscrire via le lien suivant : https://forms.gle/84KbUFtq3f6tJVSD9. Vous pouvez également suivre l’événement sur Instagram @CONFERENCESMB2I.

Pour plus d’informations, veuillez contacter : conferencemb2i.2024@gmail.com

A propos de l’IAE Lille : L’IAE Lille est une école de management, composante de
l’Université de Lille, et faisant partie du réseau IAE France. Elle possède trois sites composés de plusieurs pôles de formation : site Vieux-Lille (pôles Management, Marketing Vente, Management de l’innovation et Gestion des Ressources Humaines), site Moulins (pôles Finance et Comptabilité Audit Contrôle) et site Roubaix (pôle Commerce et Distribution).

Visuel conférence IAE LILLE

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Elon Musk annonce la pose d’une interface cerveau-machine sur un humain, une première pour Neuralink

C’est sur X qu’Elon Musk a annoncé la pose de l’implant cérébral de la société Neuralink, dont il est un des cofondateurs, sur un humain. Selon lui, l’opération s’était bien passée et les premiers résultats montraient une activité neuronale prometteuse.

La start-up Neuralink a été cofondée en juillet 2016 par Elon Musk et une équipe de scientifiques et d’ingénieurs. Son objectif était de développer un dispositif d’interface cerveau-machine implantable afin d’améliorer la vie des personnes atteintes de graves lésions cérébrales et de la moelle épinière, dans le but final de créer une interface cérébrale complète capable de connecter plus étroitement l’intelligence biologique et artificielle.

Si en 2019 Elon Musk envisageait l’installation du dispositif sur un patient humain en 2020, il a du patienter jusqu’au 29 janvier dernier.

La technologie de Neuralink consiste en une puce informatique dotée d’électrodes qui est implantée à la surface du cerveau par un robot chirurgical. En effet, l’activité cérébrale était dans un premier temps enregistrée à partir de 1024 électrodes réparties sur 64 fils, mais ceux-ci sont si minces qu’ils ne peuvent être insérés par la main humaine, Neuralink a donc conçu un robot capable de le faire.

La société a fait état de progrès significatifs dans la miniaturisation des composants, l’augmentation du nombre d’électrodes et l’amélioration de la fiabilité des interfaces. Le dispositif amélioré se compose à présent de 96 sondes, chacune d’entre elles comprend 32 électrodes, ce qui représente un total de 3 072 électrodes placées dans  le cerveau.

Si à l’origine les implants ont été conçus afin de venir en aide aux personnes atteintes de paralysie ou de cécité, ils pourraient être ensuite utilisés pour combattre les maladies neuro-dégénératives comme celles d’Alzheimer ou de Parkinson. Selon Elon Musk, ils pourraient également aider à lutter contre l’obésité, l’autisme, la dépression et la schizophrénie et même permettre la navigation sur Internet et la télépathie.

En mai 2023, Neuralink a reçu l’approbation de la FDA pour des essais cliniques sur les humains après avoir expérimenté le dispositif sur des animaux. Ce qui a d’ailleurs valu à la start-up d’être accusée de maltraitance animale et d’être au cœur de plusieurs polémiques.

En février de la même année, le département américain des Transports avait annoncé mener une enquête sur Neuralink après qu’une organisation de défense des animaux ait accusé la startup d’avoir transporté des matières contaminées provenant de primates malades sans avoir suivi la procédure.

Parallèlement, elle faisait l’objet d’une enquête fédérale pour maltraitance animale, certains de ses employés s’étant plaints de la précipitation des tests réalisés sur les animaux. Elon Musk aurait demandé à son personnel d’accélérer les tests sur des singes, des porcs et des moutons causant la mort de nombre d’entre eux.

Télépathie, le premier implant de Neuralink

Suite à l’approbation de la FDA, Neuralink avait demandé aux personnes souffrant de paraplégie, de cécité, de surdité et/ou d’aphasie souhaitant participer aux essais cliniques de s’inscrire sur son “Registre des patients”.

Elon Musk n’a pas spécifié de quel handicap était atteinte la personne à qui a été posée l’implant de Neuralink, il a néanmoins  déclaré “Le premier produit de Neuralink s’appelle Télépathie. Il permet de contrôler votre téléphone ou votre ordinateur, et à travers eux presque n’importe quel appareil, simplement par la pensée”. 

Si Neuralink s’en tient à ses projets, le premier essai clinique chez l’humain ou étude PRIME (abréviation de Precise Robotically Implanted Brain-Computer Interface) visera à évaluer la sécurité de l’implant, du robot chirurgical ainsi que la fonctionnalité initiale de l’interface cerveau-machine dont l’objectif est de permettre aux personnes paralysées de contrôler des dispositifs externes par la pensée.

Les puces implantables sont le sujet de nombreuses recherches, une équipe de l’EPFL a ainsi conçu une neuro-puce pour détecter et atténuer les symptômes de maladies neurologiques. La startup Cortera Neurotechnologies a mis au point dès 2019 un implant intelligent de stimulation cérébrale pour la maladie de Parkinson. Certains malades atteints de cette maladie se voient depuis des années proposer la pose d’électrodes de stimulation dans le cerveau.

Selon Elon Musk, les dispositifs de Neuralink pourraient être régulièrement mis à niveau, ce qui soulève des questions éthiques et de sécurité.

Si l’implant de Neuralink n’apporte pas une révolution dans le domaine des neurosciences, il ouvre néanmoins des perspectives dans le traitement des maladies neurologiques.  Neuralink devra toutefois prouver à la FDA que ses dispositifs sont sûrs et fiables avant d’envisager leur mise sur le marché.

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Pékin, nouveau créancier du sud : les chaînes ont-elles simplement changé de couleur ?

L’émergence de la Chine comme créancier majeur des pays en développement est un phénomène de plus en plus structurant pour l’économie mondiale. Les investissements chinois ont longtemps porté sur l’extraction de matières premières, avant d’évoluer vers des projets d’infrastructures à partir de 2013 et le lancement des « Nouvelles routes de la soie ». Dès lors, la Chine a développé un récit et des éléments de langage particuliers, lui permettant de se présenter en alternative crédible au système financier occidental (FMI, Banque mondiale). Elle s’appuie sur de nouveaux instruments financiers, des partenariats dits « sud-sud » et un principe affiché de non-ingérence politique qui a séduit de nombreux pays en développement. Si la Chine leur offre bien une alternative avantageuse aux institutions de Bretton Woods, les chaînes de la dette n’en sont que plus redoutables sur le long terme.

Le récit chinois

La dernière décennie a vu la Chine assumer de manière croissante son statut de grande puissance. La crise financière de 2008 a été perçue par la Chine comme une faillite du système occidental et une opportunité de prouver la supériorité de son système auprès des pays durement touchés. L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping fin 2012 a mis un coup d’accélérateur à cette tendance.

Le projet des Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative – BRI) s’est accompagné, dans le discours officiel chinois, de slogans tels que le « destin commun pour l’humanité », dans le cadre d’un « siècle chinois ». La Chine s’est dès lors présentée comme un leader bienveillant pour les pays en développement, en s’appuyant sur un discours de plus en plus critique de l’Occident en général et des États-Unis en particulier.

À l’inverse du cadre posé par l’OCDE ou le Club de Paris, Pékin favorise les négociations bilatérales, mettant en avant une « coopération Sud-Sud ».

Au service de cette stratégie, Pékin propose à ses partenaires des « partenariats gagnant-gagnant », qu’elle oppose aux méthodes de « jeu à somme nulle » des États-Unis. Elle met également en avant les « solutions chinoises » qui sont à l’origine d’une spectaculaire victoire contre la grande pauvreté en Chine, et invite d’autres pays émergents à s’en s’inspirer pour leur propre développement – sans pour autant chercher à les imposer.

Ce dernier point est crucial pour comprendre l’approche chinoise des relations bilatérales. Contrairement aux investissements occidentaux et aux prêts accordés aux pays en développement par le FMI, les prêts chinois ne sont généralement accompagnés d’aucune conditionnalité. Là où le FMI incite à des « réformes structurelles » et à la mise en place de « méthodes de bonne gouvernance », Pékin a fait du principe de non-ingérence la pierre angulaire de ses relations bilatérales. Un principe prisé dans l’hémisphère sud, où l’on garde de mauvais souvenirs de l’interventionnisme, et où les politiques de sanctions économiques se font durement sentir.

Bien sûr, ces déclarations d’intention n’empêchent pas Pékin de s’ingérer de manière discrète dans la vie politique de ses partenaires économiques (Philippines, Maldives…) lorsqu’elle a l’ascendant ; ni d’user de méthodes commerciales coercitives, qui s’apparentent à des sanctions qui ne disent pas leur nom. Mais pour l’heure, ces pratiques ne se révèlent pas systématiques, et permettent encore à la Chine de se distinguer des méthodes du FMI et de la Banque mondiale.

Les nouveaux outils financiers de la Chine

L’initiative Belt and Road est venue répondre à un besoin considérable d’investissements dans les infrastructures de nombreux pays, en Afrique, en Asie centrale, jusqu’en Europe de l’Est. Cette approche a été d’abord perçue positivement par de nombreux pays dont la difficulté est souvent de sortir de leur dépendance aux matières premières.

Alors que le projet célèbre sa première décennie, le bilan apparaît néanmoins contrasté. La Chine a indéniablement étendu son influence par le biais de ses investissements et d’un ensemble d’outils de smart power. En revanche, le sentiment antichinois a également gagné du terrain dans de nombreux pays, y compris les plus proches de la Chine (Pakistan, Zambie), où les pratiques des entreprises chinoises ont été particulièrement mal reçues : opacité, corruption, surcoûts, absence d’impact sur l’emploi local, etc.

De nombreuses institutions financières appuient les entreprises chinoises dans le cadre de l’initiative Belt and Road : la Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures, créée en 2016, dont sont membres 106 pays, parmi lesquels 26 européens, et le Silk Road Fund. Ces banques viennent s’ajouter à la Banque chinoise d’investissement et à la Banque chinoise d’import-export. L’ensemble de ces organisations financières sont placées sous la tutelle du département d’Etat de la République Populaire de Chine et répondent aux besoins du programme chinois d’aide publique au développement.

Ce programme n’est pas régulé par les protocoles habituels de l’OCDE et du club de Paris, car Pékin favorise les négociations bilatérales avec les pays bénéficiaires de ces aides, considérant toujours qu’il s’agit de « coopération Sud-Sud ». Cette implication directe de l’État chinois s’accompagne d’objectifs politiques de long terme. À l’inverse des investisseurs privés, pour qui la maximisation du profit demeure l’unique boussole, les institutions sous influence chinoise se permettent de soutenir des projets dont la rentabilité n’est pas certaine – ce qui renforce leur hégémonie sur le long cours.

De même, la Chine est un moteur de la banque des BRICS, dont l’ex-présidente brésilienne Dilma Rousseff a pris la direction début 2023. Alors que les BRICS, regroupant cinq économies dites émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), a longtemps été considéré comme un forum informel sans grande profondeur stratégique, la guerre en Ukraine lui a conféré un second souffle. Face au risque de sanctions américaines, un nombre croissant de pays affiche leur volonté de rejoindre les BRICS, de réduire leur dépendance au dollar et réaliser leurs échanges bilatéraux dans leurs monnaies souveraines, ce qui coïncide avec les intérêts chinois. L’élargissement des BRICS à six pays (Arabie Saoudite, Iran, Emirats Arabes Unis, Argentine, Égypte, Éthiopie) démontre un intérêt certain pour de nombreux pays dits émergents – mais il est trop tôt pour savoir quel sera l’impact réel sur une éventuelle dédollarisation du commerce international.

Le piège de la dette au service d’une volonté hégémonique chinoise ?

Les méthodes chinoises d’investissements et de prêts bilatéraux font l’objet de critiques récurrentes : Pékin aurait des pratiques financières prédatrices et chercherait à tendre un piège de la dette à ses partenaires par le biais de taux anormalement élevés et de clauses léonines. Par ailleurs, ces prêts, accordés de manière peu transparente, seraient accompagnés de pratiques de corruption de représentants politiques. La Chine est en outre soupçonnée de vouloir refermer le piège de la dette sur des pays faibles dans l’objectif d’obtenir des concessions politiques, voire territoriales.

L’épisode du Sri Lanka est à cet égard emblématique. Surendetté, le Sri Lanka avait été contraint, en 2018, de céder le contrôle de son port commercial de Hambantota à son créancier pour une durée de 99 ans, en échange d’une restructuration de dette. Cet épisode, s’ajoutant à l’ouverture d’une base militaire chinoise à Djibouti (2017), avait laissé craindre que la Chine n’utilise le « piège de la dette » pour militariser des ports commerciaux qu’elle a préalablement financés. Une crainte particulièrement ressentie en Inde, encerclée par ce qu’elle perçoit comme un « collier de perles » de ports commerciaux financés par la Chine : Gwadar au Pakistan, Kyaukphyu en Birmanie, Chittagong au Bangladesh…

La forte médiatisation du cas sri lankais a mis l’accent, à juste titre, sur le rôle joué par la Chine dans la déprédation du pays… en passant soigneusement sous silence le rôle des créanciers occidentaux

De manière générale, les États-Unis et certains de leurs alliés craignent que les prêts chinois ne servent à réaliser d’autres scénarios similaires à Hambantota, à mesure qu’un nombre grandissant de pays sont identifiés comme dangereusement dépendants de la Chine : Kenya, Zambie, Sri Lanka, Pakistan, Laos, Argentine… Cette dernière, tristement célèbre pour son histoire avec le FMI, se tourne de manière accrue vers les financements chinois. Son endettement l’a menée à céder l’accès à Pékin d’une station de recherche spatiale en Patagonie, soulevant des craintes, à Washington, d’une présence militaire chinoise dans le cône Sud.

Les investissements sont également utilisés par la Chine comme un levier pour obtenir la reconnaissance internationale de certains États au détriment de Taïwan, notamment en Amérique centrale et dans le Pacifique. Cette critique peut toutefois se retourner contre Taipei, également coutumière de la diplomatie du chéquier pour conserver quelques rares reconnaissances de sa souveraineté (13 Etats seulement). Les États qui ont le plus récemment changé de position vis-à-vis de Taïwan sont le Honduras en 2023, avec qui la Chine a ouvert des négociations d’un traité de libre-échange, le Nicaragua en 2021, qui a rejoint la Belt and Road Initiative pour l’occasion, et les îles Solomon en 2019, qui viennent de passer un accord sécuritaire avec Pékin.

Pékin souffle le chaud et le froid

S’il ne fait aucun doute que la Chine, comme toute grande puissance, cherche à détrôner les autres et à accroître son influence internationale, cette dynamique doit être mise en rapport avec les tensions grandissantes avec l’Occident. Dans le cadre des conflits larvés qui opposent les deux blocs, la médiatisation tous azimuts des pratiques prédatrices chinoises ne donne qu’un aperçu partiel de la situation. Le cas du Sri Lanka est un cas d’école. Sa forte médiatisation a mis l’accent, à juste titre, sur le rôle joué par la Chine dans la déprédation du pays… en passant soigneusement sous silence le rôle des créanciers occidentaux, auprès desquels le pays est également fortement endettée, qui rechignent tout autant à faire des concessions en la matière.

Confrontée à de nouvelles réalités économiques (ralentissement de sa croissance, vieillissement, volonté politique de dynamiser le marché intérieur), la Chine n’a par ailleurs aucun intérêt à ce que les dettes qu’elle possède ne soient pas honorées. Ainsi, le niveau d’IDE chinois s’est sensiblement tari à partir de 2018, avant de chuter depuis 2020. La prudence semble désormais de mise, bien loin des financements abondants de la période 2000-2018, ce qui s’explique autant par le contexte international que par les évolutions politico-économiques internes à la Chine.

Par ailleurs, en réponse aux graves difficultés financières rencontrées par les pays en développement durant la pandémie de COVID-19, la Chine s’est montrée ouverte à des restructurations de dette, en particulier sur le continent africain. Elle s’est ainsi jointe à l’initiative DSSI (Debt Service Suspension Initiative), dans le cadre du G20, sous l’impulsion du président sud-africain Cyril Ramaphosa et à l’appel du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. En participant à cette initiative, portée par le Club de Paris et la Banque mondiale, la Chine a accepté un processus multilatéral qui tranche avec ses pratiques discrétionnaires habituelles. Sa présence a également rappelé le changement du rapport de force sur le continent, la Chine détenant désormais 21% de la dette publique des Etats africains.

Certaines banques chinoises privées fortement détentrices de dette africaine n’ont cependant pas participé à cette initiative, faisant l’objet d’accusations par les membres du G7 de vouloir limiter sa portée. Les États-Unis, de leur côté, ne s’étaient pas non plus empressés d’accepter les demandes de restructuration de dette. En dépit de cette rivalité sino-américaine sous-jacente, différents accords de restructurations ont été passés, dans le cadre de la DSSI et sous l’égide du FMI et du groupe de Paris, entre la Chine et certains pays africains, notamment la Zambie en juillet 2023. Cet épisode démontre qu’en dépit de sa volonté de refaçonner le système international selon ses intérêts, la Chine est toujours capable de jouer le jeu du multilatéralisme classique pour soigner son image et se présenter comme un interlocuteur responsable.

Ces quinze dernières années, la Chine est devenue un acteur financier majeur dans les pays en développement : une évolution qui, en Occident, a été analysée sous sa seule dimension prédatrice. Si les accusations de volonté hégémonique chinoise sont en partie fondées, il serait réducteur d’oublier que la Chine s’engouffre dans un manque d’investissements dans les infrastructures. Cet état de fait ne peut que pérenniser le statut de la Chine comme créancier des pays en développement… et tisser autour des plus vulnérables de nouvelles chaînes de la dette.

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« La guerre économique prépare la guerre militaire » – Entretien avec Peter Mertens (PTB)

Érosion de l’hégémonie du dollar, « mutinerie » des pays du Sud contre la politique étrangère occidentale, montée en puissance des BRICS, guerre économique des États-Unis envers la Chine… Le système international né de la fin de la Guerre Froide, dominé par l’hyperpuissance américaine, est en train de s’effondrer et de laisser place à un nouvel ordre mondial multipolaire. Plutôt que de prendre acte de cette nouvelle donne et de diversifier ses liens avec le reste du monde, l’Europe s’aligne toujours plus sur Washington. Mais est-il encore possible de mettre en place une politique altermondialiste, alors que les BRICS se comportent parfois eux-mêmes de manière impérialiste ? Peter Mertens, secrétaire général du Parti du Travail de Belgique, l’affirme, à condition de prendre un tournant radical dans notre politique étrangère. Entretien réalisé par William Bouchardon et Amaury Delvaux, avec l’aide de Laëtitia Riss.

Le Vent Se Lève – Vous êtes secrétaire général du Parti de Travail de Belgique (PTB), aux côtés de Raoul Hedebouw, et vous venez de publier Mutinerie. Comment notre monde bascule (à paraître en français aux éditions Agone début mars 2024, ndlr) afin d’analyser les recompositions du système international. Dans quelle mesure votre parcours au sein du PTB a-t-il nourri l’élaboration de ce livre ?

Peter Mertens J’ai été président du Parti du Travail de Belgique (PTB) entre 2008 et 2021, date à laquelle Raoul Hedebouw a pris ma succession. Avec d’autres membres, j’ai participé au nécessaire renouveau du parti (tout en conservant un socle idéologique marxiste, ndlr) à partir du milieu des années 2000, où nous étions alors un petit parti avec des tendances sectaires. Ce renouveau nous a pris plus de 10 ans. Notre analyse était la suivante : nous devions construire un rapport de force et un parti de la classe travailleuse, capable de peser en Belgique.

Avec la croissance du parti, il y a beaucoup plus de travail, c’est pourquoi nous avons dédoublé le leadership du parti : Raoul Hedebouw est le président et le porte-parole principal et j’en suis le secrétaire général. Comme nous étions concentrés sur la construction du rapport de force en Belgique, nous étions moins occupés avec ce qui se passait à l’étranger. Désormais, nous sommes en train de remettre nos tâches internationalistes à la hauteur des défis d’aujourd’hui. Et sur ce terrain, nous sommes en contact avec de nombreux mouvements et partis à la gauche de la social-démocratie, en Europe et ailleurs dans le monde. 

« Les pays du Sud Global savent très bien que les sanctions économiques sont des actes de guerre économique. »

C’est grâce à ce leadership collectif et à ces rencontres que j’ai pu écrire ce livre, qui n’est pas juste un projet individuel. Je m’appuie aussi sur le service d’étude de notre parti, dirigé par notre directeur politique David Pestieau. Lui et son équipe m’ont aidé à rechercher des documents exhumés dans mon livre, notamment les textes de l’OTAN et de l’Organisation Mondiale du Commerce.

LVSL – Ces organisations occidentales sont au cœur du système international qui a été hégémonique jusqu’à récemment. Le titre de votre livre fait cependant référence à une contestation grandissante du règne de l’hyperpuissance américaine. Comment expliquez-vous que les pays du Sud soient de plus en plus réticents à s’aligner sur la position américaine ?

P. M. – Le titre du livre vient d’une déclaration de Fiona Hill, une ex-membre du National Security Council américain (organe qui conseille directement le Président américain en matière de défense et d’affaires étrangères, ndlr). Selon elle, l’abstention de la plupart des pays du Sud Global sur les sanctions contre la Russie était une « mutinerie ». Soyons clairs : la majorité de ces États ont condamné l’invasion illégale de la Russie sur le territoire ukrainien, ce qui est logique vu que nombre d’entre eux ont été envahis de multiples fois et connaissent bien l’importance de la souveraineté. 

Toutefois, concernant les sanctions, ils n’ont pas suivi Washington. C’est là aussi logique : un pays sur dix sur la planète subit, sous une forme ou une autre, des sanctions de la part de Washington. Ces pays savent très bien que les sanctions économiques sont des actes de guerre économique. Or, dans la majorité des cas, les conséquences de ces sanctions sont supportées par les peuples des pays en question et ces mesures n’ont aucun effet sur le régime politique en place.

Ici, en Europe, nous ne nous en sommes pas rendus compte ; l’eurocentrisme nous aveugle. Le regard de la majorité des peuples du Sud Global sur les événements internationaux est pourtant très différent de la vision développée en Europe. J’ai récemment discuté avec beaucoup de personnes issues du Sud Global et j’ai constaté des moments de fractures profonds avec l’Occident. La première fracture est la guerre des États-Unis contre l’Irak en 2003, qui était illégale et basée sur un mensonge. Au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique Latine et en Asie, c’est un moment charnière majeur. La crise financière de 2008 constitue le deuxième moment charnière. En Europe, cette crise nous a contraint à sauver les banques avec l’argent public et a eu pour conséquence l’austérité. Pour les pays du Sud, cette crise a été plus profonde encore et a montré la fragilité de l’hégémonie du dollar américain, autour duquel est organisé tout le commerce international.

Peter Mertens lors de notre interview © L. R.

LVSL – Renaud Lambert et Dominique Plihon s’interrogent en effet sur la fin du dollar dans le dernier numéro du Monde Diplomatique. De nouveaux accords commerciaux sont, par ailleurs, conclus dans d’autres monnaies et les banques centrales commencent à diversifier le panier de devises qu’elles ont en réserve. Est-ce une des conséquences de la guerre en Ukraine ?

P. M. – Cette érosion du dollar débute avec la crise financière de 2008. C’est à ce moment-là que l’idée des BRICS est réellement née, bien qu’il existe également d’autres raisons historiques à son émergence. Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud se sont rassemblés car ils veulent faire du commerce sur une autre base que celle du néo-colonialisme, en mettant en place un système financier proposant des alternatives de paiements au dollar. C’est pour cela qu’ils ont créé une banque d’investissement dirigée par Dilma Rousseff, l’ancienne présidente du Brésil. Certes, le dollar reste hégémonique, mais cela constitue malgré tout une nouvelle donne.

Parmi leurs sanctions contre la Russie, les autorités américaines ont débranché la Russie du système international de paiement SWIFT, dont le siège est en Belgique. L’usage de cette puissante arme de guerre économique a entraîné une panique dans beaucoup de pays du Sud, car ils ont réalisé qu’elle pouvait aussi être utilisée contre eux. Avec ce genre de sanction, les États-Unis peuvent prendre otage les pays avec leur propre argent ! Cela a sans doute incité certains pays à vouloir rejoindre les BRICS. Lors de leur dernier congrès à Johannesburg fin août, les BRICS ont accueilli 6 nouveaux membres (l’Argentine, l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Ethiopie, l’Egypte et les Emirats Arabes Unis, ndlr), sur un total de 40 pays candidats. C’est un vrai saut qualitatif.

« Entre 2003 et 2023, il y a eu plusieurs moments de fractures majeurs entre l’Occident et le reste du monde ! Pourtant, la grande majorité de l’establishment et des médias vivent encore dans la période d’avant 2003. »

De ce point de vue, la guerre en Ukraine est en effet un autre moment charnière, en raison des sanctions. J’en citerai encore deux autres. D’abord, la COP de Copenhague en 2009, où les pays occidentaux ont refusé de prendre des mesures fortes pour le climat et pour aider les pays pauvres face au changement climatique. Enfin, le refus des pays occidentaux de lever les brevets sur les vaccins contre le Covid-19, qui a marqué une fracture profonde face à un problème mondial.

Depuis le 7 octobre, la guerre contre la Palestine constitue un nouveau point de rupture, dont l’impact est potentiellement le plus important. L’axe guerrier États-Unis-Israël pratique une violence extrême, pensant être au-dessus de toutes les lois internationales et pouvoir se permettre n’importe quoi. Mais cet axe est plus isolé que jamais. Partout dans le monde, le deux poids deux mesures est devenu évident. Entre 2003 et 2023, il y a donc eu plusieurs moments de fractures majeurs entre l’Occident et le reste du monde ! Et pourtant, la grande majorité de l’establishment et des médias vivent encore dans la période d’avant 2003.

Peter Mertens dans une manifestation organisée par le PTB pour un cessez-le-feu en Palestine © PTB

LVSL – Outre le dollar et leur armée, les États-Unis disposent également d’une puissance technologique redoutable, qu’ils utilisent pour faire avancer leurs intérêts. Les GAFAM espionnent ainsi le monde entier, tandis que de nouvelles rivalités autour des microprocesseurs se mettent en place avec la Chine. Est-il possible d’échapper à l’emprise des États-Unis en matière technologique

P. M. – Je pense qu’il faut regarder en face la puissance économique des BRICS : en termes de PIB mondial, ils pèsent désormais plus que le G7 (qui regroupe ce qui était les 7 pays les plus industrialisés au monde, ndlr). Cette puissance économique constitue une différence avec le mouvement des non-alignés des années 60-70. A l’époque, les États-Unis ont pu tuer le mouvement des non-alignés grâce à la dette. Puis l’URSS s’est effondrée et ils se sont retrouvés sans rivaux sérieux. Mais désormais, la situation est différente, notamment en raison du poids économique de la Chine. La réaction des États-Unis est claire : ils lui ont déclaré la guerre économique. J’emploie le mot guerre de manière délibérée : la guerre commerciale prépare la guerre militaire. Les bateaux de l’OTAN qui encerclent la Chine et les sanctions prises par les États-Unis contre Pékin font partie de la même stratégie.

Dans mon nouveau livre, je cite longuement Alex W. Palmer, un spécialiste américain des microprocesseurs. En 2022, deux dates sont importantes selon ce chercheur : le 24 février 2022 avec l’invasion de la Russie en Ukraine et le 7 octobre 2022, date à laquelle les USA ont pris les mesures pour interdire presque tout développement des microprocesseurs en Chine. D’après lui, ces mesures sont un acte de guerre économique inédit, dont l’objectif est de détruire tout développement économique en Chine. Les États-Unis veulent désormais entraîner l’Europe dans leur guerre économique contre la Chine. Récemment, Joe Biden a convoqué le premier ministre néerlandais Mark Rutte à Washington pour lui ordonner de cesser l’exportation vers la Chine des machines fabriquées par la firme hollandaise ASML, qui sont essentielles pour la fabrication des semi-conducteurs de dernière génération. Le premier ministre hollandais a accepté sans contrepartie. 

« Les États-Unis veulent désormais entraîner l’Europe dans leur guerre économique contre la Chine. »

Les États-Unis sont inquiets de l’avance de la Chine dans les secteurs de technologies de pointe. Il y a de quoi : sur les 90 domaines les plus avancés au niveau des sciences et technologies, la Chine mène la danse dans 55 d’entre eux. Les États-Unis ne l’ont pas vu venir. C’est pour cela qu’ils réagissent désormais par le protectionnisme et la guerre économique. Jack Sullivan (influent conseiller à la sécurité nationale auprès de Joe Biden, ndlr) l’affirme de manière assez transparente : « C’est fini le globalisme d’avant ; il faut du protectionnisme ; c’est fini avec le néolibéralisme ; c’en est fini avec l’accès de la Chine au marché international. »

On constate la même dynamique sur les ressources énergétiques, qui ont toujours formé l’infrastructure du système capitaliste. Au XIXe siècle, c’était le charbon, puis au XXe le pétrole. De l’arrivée de British Petroleum en Irak en 1902 aux guerres du Golfe, d’innombrables guerres ont été menées pour le pétrole. Désormais, c’est la guerre des batteries qui est lancée : tout le monde se rue sur le lithium et les ressources essentielles pour l’électrification. Là aussi, les États-Unis se montrent très agressifs vis-à-vis de la Chine et des BRICS. Malgré tout, je pense que les États-Unis ne parviendront pas à restreindre la montée en puissance de la Chine.

LVSL – Hormis cette opposition à l’hégémonie américaine, il est tout de même difficile de voir ce qui rassemble les BRICS. Par ailleurs, il existe de réelles tensions entre des pays au sein de ce bloc, notamment entre la Chine et l’Inde. Peut-on vraiment attendre quelque chose d’un groupe aussi hétérogène ?

P. M. – Aucune valeur ne réunit les BRICS ! C’est une association de pays strictement pragmatique, car c’est comme ça que l’ordre mondial fonctionne. La gauche a souvent une lecture erronée car elle pense en termes de morale et de « valeurs ». Or, l’impérialisme et les forces anti-impérialistes ne pensent pas en ces termes mais plutôt en termes de pouvoir politique et économique. Les BRICS ne sont pas un projet de gauche, mais un projet pragmatique visant à servir les intérêts de ces pays, en créant une alternative au dollar et au Fonds Monétaire International et en cherchant à favoriser le commerce Sud-Sud.

Je ne suis évidemment pas dupe. L’Inde connaît de grandes tensions avec la Chine et Modi est un homme d’extrême-droite. Ses trois grands amis étaient Jair Bolsonaro, Donald Trump et Boris Johnson. Il est responsable de l’assassinat de plus de 750 paysans lors de la plus grand révolte de l’histoire indienne de la paysannerie et a laissé des razzias racistes contre les musulmans avoir lieu.

De même en Arabie Saoudite : c’est le despotisme total. Il n’y a aucune liberté pour la classe travailleuse et pour les femmes. Il n’empêche que l’entrée de l’Arabie Saoudite dans les BRICS marque un tournant. En 1971, avec les pétrodollars, les États-Unis ont promis à l’Arabie Saoudite d’avoir toujours des armes et une stabilité politique en échange de pétrole bon marché. Désormais, l’Arabie Saoudite vend son pétrole à la Chine non plus en dollars, mais en yuans ! Bien sûr que c’est un régime haïssable. Mais en matière de politique internationale, on ne peut pas juste réagir émotionnellement en fonction de « valeurs », il faut analyser l’échiquier mondial avec réalisme. Et la réalité est que les BRICS défient le système construit autour du dollar. Personnellement, bien que je ne soutienne pas les régimes de certains pays des BRICS, je considère leur émergence comme une bonne nouvelle parce qu’elle défie l’unilatéralisme et l’hégémonie américaine pour la première fois depuis 1991. 

« La dette des pays du Tiers Monde doit être payée en dollars. C’est un mécanisme néocolonial ! »

Mais en parallèle de la mutinerie menée par les BRICS, il y a également une mutinerie au sein de ces pays. En Inde, je suis avec attention les luttes des paysans, des femmes et de la classe travailleuse contre le régime de Modi. De même, l’Afrique du Sud connaît une corruption énorme, le fossé entre riches et pauvres y est considérable et le régime politique est fortement critiqué par la population. Lula est un progressiste, mais son gouvernement n’est pas pour autant socialiste. Et contre les concessions faites aux grands propriétaires fonciers au Brésil, je soutiens ceux qui luttent pour les droits des paysans, comme le Mouvement des Paysans sans Terre.

LVSL – Dans votre livre, vous rappelez l’histoire du mouvement tiers-mondiste, à partir notamment de la conférence de Bandung en 1955. Ce mouvement était porteur d’espoir pour un rééquilibrage des relations internationales et de l’économie mondiale. Croyez-vous à la résurgence de l’altermondialisme et sur quelles bases ? Les tentatives consistant à faire revivre cet esprit de « non-alignement », notamment de la part de Lula, vous semblent-elles prometteuses ?

P. M. – Je crois que la tentative opérée par les BRICS de permettre un commerce dans d’autres monnaies que le dollar relève surtout du pragmatisme. Mais cette démarche est déjà un acte progressiste en soi. Regardons en face la situation depuis les années 50-60 : la dette des pays du Tiers Monde doit être payée en dollars. Cela signifie que ces pays doivent privilégier des monocultures tournées vers l’exportation, plutôt que des productions au service de leurs propres populations, afin d’obtenir des dollars. Et quand ils ont des difficultés à refinancer leur dette, le Fonds Monétaire International (FMI) ne leur octroie des prêts qu’à condition de couper dans les services publics, les salaires et les pensions et de privatiser davantage. Tout cela ne fait que les rendre plus dépendants des États-Unis et de l’Europe. C’est un mécanisme néocolonial ! Désormais, pour la première fois, les pays du Tiers Monde peuvent refinancer leur dette, indépendamment du FMI, grâce à la banque des BRICS. Certes, ce n’est pas un emprunt socialiste mais au moins c’est un mécanisme honnête et sans conditions. Quand bien même ce n’est un progrès en direction du socialisme, cela reste un progrès pour les pays du Sud Global, qui doit être soutenu.

Certes, cela ne suffit pas pour construire un altermondialisme de gauche. C’est pourquoi nous devons aussi soutenir les mouvements de gauche dans ces pays, afin de peser sur l’agenda politique. On peut tout à fait soutenir le MST au Brésil pour mettre la pression sur Lula, tout en reconnaissant qu’il joue un rôle important pour nos idées au niveau international. De la même manière, je soutiens le NUMSA, le syndicat des métallos sud-africains, qui lutte contre la corruption considérable au sein du gouvernement de l’ANC, tout en étant en accord avec la politique extérieure de l’Afrique du Sud. Bien sûr que la gauche a des valeurs à défendre, mais je refuse d’interpréter toute la complexité du monde actuel uniquement en termes de valeurs. L’altermondialisme passe aussi par une forme de pragmatisme sur les enjeux internationaux.

« L’altermondialisme passe aussi par une forme de pragmatisme sur les enjeux internationaux. »

LVSL – L’Union européenne tend à s’aligner sur les États-Unis, contrairement à ce qu’affirment nos dirigeants. S’ils prétendent réguler l’action des GAFAM, ou encore bâtir une « autonomie stratégique » en matière internationale ou de réindustrialisation, la réalité est que nous sommes de plus en plus dépendants des Américains, y compris dans des domaines où cela était encore peu le cas, comme les énergies fossiles. Comment peut-on retrouver une véritable autonomie ? Cela implique-t-il une rupture avec l’Union européenne ? 

P. M. – Ce qui s’est passé en Europe suite à la guerre en Ukraine, surtout en Allemagne, est grave. Quelques semaines après le début du conflit, le Bundestag a renié sa politique de non-militarisation de l’économie vieille de 75 ans et a investi plus de 100 milliards d’euros dans le budget de la défense. Tout ce qui existait en termes de liens avec la Russie, notamment de la part de la social-démocratie allemande – dont les liens de Schröder avec Gazprom (l’ancien chancelier allemand a ensuite siégé au conseil d’administration de la compagnie russe, ndlr) sont le symbole le plus évident – a été détruit. Il s’agit d’un bouleversement considérable : la mémoire des comportements barbares des nazis, qui étaient presque arrivés à Moscou, a longtemps conduit à une politique de coopération entre l’Allemagne et la Russie, plutôt que d’agressivité. En quelques semaines à peine, les États-Unis ont réussi à briser cela.

Cette coupure brutale avec la Russie a suscité des remous au sein des grandes entreprises allemandes : les grands patrons de BASF, de Bosch ou Siemens ont demandé au gouvernement allemand de ne pas rompre les liens avec Gazprom, car ils souhaitaient continuer de bénéficier du gaz russe bon marché. En se rendant dépendante du gaz américain, beaucoup plus cher, l’Allemagne est rentrée en récession. En prenant des sanctions contre la Russie, l’Europe a donc pris des sanctions contre elle-même et s’est tirée une balle dans le pied. De surcroît, avec l’Inflation Reduction Act (IRA), les États-Unis tentent d’attirer sur leur territoire des firmes européennes, notamment de technologie de pointe, grâce à d’importantes subventions et remises d’impôts. La réaction de l’Union Européenne à cette offensive américaine a été très faible. Aucune politique industrielle européenne autonome n’émerge.

Les États-Unis veulent maintenant répliquer cela avec la Chine. C’est une folie : non seulement ils auront beaucoup de mal à se couper de la Chine, mais l’Europe en aura encore plus : nous échangeons avec la Chine 850 milliards d’euros de marchandises chaque année ! J’ajoute que la neutralité carbone en Europe dépend pour l’instant de la technologie chinoise. Aussi surprenant que cela puisse paraître, je suis d’accord avec les patrons de Bosch, Siemens, Volkswagen et Mercedes quand ils demandent de ne pas reproduire avec la Chine ce que l’Europe a fait avec la Russie. Dans le conflit inter-impérialiste entre capitalistes, j’espère que la bourgeoisie européenne se comportera de manière sérieuse et dira non à la bourgeoisie américaine qui veut nous entraîner dans de nouveaux conflits.

Peter Mertens lors de notre interview © L. R.

Bien sûr, je n’ai aucune illusion : la bourgeoisie européenne ne veut pas une Europe progressiste, mais cherche au contraire à imposer aux peuples européens une nouvelle dose d’austérité. Elle entend également conserver des relations néo-coloniales avec une partie du monde, bien que le rejet de la France en Afrique ne cesse de grandir. Mais c’est la même dialectique que pour les BRICS : on ne peut pas raisonner uniquement en termes de « gentils » et de « méchants », il y a de nombreuses contradictions sur lesquelles il faut jouer. Donc je soutiens les capitalistes allemands dans leur opposition aux États-Unis, mais continue de défendre une Europe socialiste, contre les intérêts de ces grandes entreprises.

LVSL – Il est vrai que les sanctions prises à l’encontre de la Russie ont renforcé la dépendance de l’Europe vis-à-vis des États-Unis. Pensez-vous qu’il soit possible de réorienter l’Union européenne vers une politique socialiste ? Ou faut-il rompre avec les traités européens et construire de nouveaux cadres de coopération ?

P. M. – Ma position sur cette question est liée à l’histoire belge : nous sommes un petit pays qui a été créé pour jouer le rôle d’État-tampon entre l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Un changement de société au niveau de la seule Belgique, ça n’existe pas! ! Je plaide donc pour une autre société, une autre industrialisation et une autre forme de commerce à l’échelle continentale. Cela passera, selon moi, par plus d’échanges entre ceux qui luttent et qui résistent dans toute l’Europe pour créer une rupture au sein de l’Union Européenne. 

Mais cela suppose que nous soyons à la hauteur. J’en ai assez de la dépression collective de la gauche européenne qui passe son temps à se lamenter de la percée de l’extrême-droite ! Quand je vais en Amérique latine ou en Inde, eux aussi s’inquiètent de la montée du fascisme, mais surtout ils le vivent et ils luttent. Bien sûr que l’extrême-droite progresse et nous menace. Mais pour reconquérir une partie de la classe travailleuse tentée par le vote fasciste, on ne peut pas se contenter de se plaindre. La droite et l’extrême-droite s’appuient sur une narratif dépressif, selon lequel la classe travailleuse n’existe pas et l’immigration va nous détruire.

« Face à l’extrême-droite, il faut recréer un narratif autour de la lutte des classes et rebâtir une conscience commune chez les travailleurs. »

Face à cela, il faut recréer un narratif autour de la lutte des classes et rebâtir une conscience commune chez les travailleurs. Les mobilisations sociales massives que nous avons connu récemment en Angleterre, en Allemagne et en France sont des points d’appui. Comme la grève des ouvriers de l’automobile aux États-Unis, avec une belle victoire à la clé ! Et puis nous devons être là où sont les gens, c’est-à-dire avant tout dans les quartiers populaires et sur les lieux de travail, pas seulement avec les intellectuels. Ce n’est que comme cela que nous pourrons arrêter la tentation fasciste au sein de la classe travailleuse. 

Par exemple, avec notre programme Médecine pour le peuple (initiative de médecine gratuite dans les quartiers populaires, ndlr), on touche des personnes qui votent pour le Vlaams Belang (extrême-droite indépendantiste flamande, ndlr). Plutôt que de les exclure, nous discutons avec eux et tentons de les convaincre. Les gens sentent si vous êtes honnêtes et convaincus du discours que vous portez. Donc il faut un langage clair et franc, comme celui de Raoul Hedebouw, qui permet d’attirer vers nous des gens en colère en raison de leur situation précaire et de politiser cette colère. Si l’on se contente des livres, on ne changera rien. Il faut aussi des gens sur le terrain.

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