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Natalisme, eugénisme et technofascisme

Le couple Collins est, avec Elon Musk, la partie la plus visible du nouveau mouvement pronataliste aux Etats-Unis qui encourage les personnes les plus « intelligentes » de la planète à faire plus d'enfants. Les élucubrations du couple Collins sur leur projet reproductif et leur recours à des techniques douteuses de sélection d'embryons pour le réaliser ont déjà suscité un vif intérêt médiatique. [1] Leur lien avec l'extrême-droite internationale est par ailleurs révélé dans une enquête menée en 2024 par l'organisation britannique Hope not Hate. Ce premier billet des Chroniques du bio-technofascisme en cours pose la question : quel type de monde ces pronatalistes prônent-ils et construisent-ils ?

Un reportage de Vice en 2023 nous fournit les pistes principales. L'idée du couple est de faire une dizaine d'enfants aux caractéristiques sélectionnées génétiquement. Pour cela, il a recours a la fécondation in vitro (FIV), mais pas comme le font des milliers de personnes. Leur approche : eggmaxxing, c'est-à-dire la production et le stockage du plus grand nombre d'embryons possible. Simone est passée par un grand nombre de cycles de stimulation hormonale et de ponction ovarienne pour extraire un total spectaculaire de 247 ovocytes. Après fertilisation avec le sperme de Malcolm, le couple dispose maintenant de 41 embryons au congélateur, disponibles pour implantation. Pour faciliter leur sélection, les Collins ont créé un tableur excell avec, pour chacun de leurs embryons, les pourcentages prophétiques de dizaines de caractéristiques (risques de maladie, caractéristiques corporelles, capacités cognitives, QI...). Le couple a d'ores et déjà 5 enfants. Leur stratégie : convaincre toutes leurs progénitures de faire au moins autant d'enfants que leurs parents. Ainsi, la population Collins pourra croître exponentiellement.

Le tableur excel des Collins pour faciliter la gestion de leur projet de sélection d'embryons.

Les mauvaises personnes font trop d'enfants stupides

Le diagnostic des Collins sur les problèmes du monde occidental ainsi que leur plan pour y remédier sont bien expliqués dans leur réponse à l'enquête de Hope not Hate. Dans un podcast vidéo (appelé en français « On nous a eus ! un journaliste infiltré a enregistré nos conversations privées ») le couple explique que la civilisation occidentale est actuellement confrontée à une menace existentielle : « l'effondrement démographique » d'une certaine partie de la population, celle qui leur ressemble, c'est-à-dire les personnes les plus « intelligentes ». Dit autrement, la fécondité des personnes ayant un QI élevé serait en chute libre, tandis que celle des personnes ayant un QI faible resterait élevée. Il en résulte une baisse du QI moyen des populations occidentales, ou « dysgénie ». Comme l'explique Malcolm dans un autre podcast : « le problème, c'est que nous vivons dans des démocraties [...] les personnes les plus stupides vont devenir de plus en plus nombreuses au sein de la population au fil du temps. Elles éliront et mettront en place des bureaucraties qui rendront la tâche des génies de plus en plus difficile. » Simone, de son côté, résume succinctement la conviction fondamentale qui sous-tend leur projet pronataliste : « nous sommes élitistes et nous croyons aux pouvoir déterministe de la génétique. »

Le podcast video des Collins “L'idiocratie est-elle inévitable ?”

Selon les Collins, il n'y a que deux solutions à cette menace pour la civilisation : l'eugénisme ou la « polygénétique » [2]. Malcolm concède que les deux sont « choquants et mauvais », mais soutient que l'eugénisme est pire, car il s'agit d'une solution coercitive imposée d'en haut par une autorité ou un État. [3] Dans un passé radieux, explique le couple qui ne cache pas son admiration des sociétés féodales, les civilisations veillaient à éliminer certains traits de la population, principalement en tuant ou en laissant mourir bébés et enfants considérés comme des fardeaux pour la société. Mais la modernité aurait interrompu ce processus, ce qui nécessite désormais d'autres types de « traitements médicaux ».

C'est là qu'intervient ce que les Collins appellent la « polygénétique ». Malcolm explique que ce terme désigne la pratique consistant à sélectionner génétiquement les embryons les plus susceptibles de devenir les personnes les plus intelligentes. Leur stratégie comprend également la création d'une « communauté volontaire [...] pour pratiquer l'hygiène génétique » qui devra s'isoler reproductivement du reste de la population afin de contrer la baisse mondiale du QI.

Les meilleurs embryons pour les meilleures personnes

La technologie qui sous-tend ce projet de High IQ breeding [4] est appelée scores de risques polygéniques (d'où l'adoption du terme « polygénétique » par les Collins). Ces scores reflètent le risque qu'un individu possède ou développe un certain trait ou une certaine maladie. Il ne s'agit pas d'outils de diagnostic, mais d'estimations probabilistes basées sur des analyses génétiques. Pour clarifier, les scores de risques polygéniques s'appellent polygéniques parce qu'il concernent des maladies ou des caractéristiques qui seraient influencées par de nombreux gènes, à la différence de maladies monogéniques qui ne dépendraient elles de la mutation que d'un seul gène (ex, la mucoviscidose ou la chorée de Huntington). Parce que ces tests polygéniques ne sont que des calculs de risques potentiels, leur validité et leur utilité clinique sont largement remises en question, comme l'explique cet article du Monde.

Mais certaines entreprises aux États-Unis et en Chine proposent néanmoins, depuis au moins 2019, l'utilisation de scores de risque polygénique dans le cadre de la FIV. Leurs noms : Genomic Prediction, Nucleus Genomics, Herasight, Orchid. Ces start-ups de la biotech analysent les lots d'embryons issus de la FIV et les classent en fonction de leurs risques médicaux et autres caractéristiques. Les parents peuvent alors choisir le « meilleur » embryon à implanter. Cette application des scores de risque polygénique pour la sélection d'embryons est appelée le diagnostic préimplantatoire polygénique. [5]

La campagne de pub de Nucleus Genomics dans le métro New Yorkais l'hiver 2025 (“Le QI est 50% génétique”, “Offrez-vous votre meilleur bébé”).

Les pronatalistes se réclament bien évidemment de la science positiviste occidentale la plus avancée, la plus robuste et la plus factuelle (même si, comme ils s'en plaignent beaucoup, leur science fait souvent l'objet d'une censure woke et libérale). Mais ils n'ont pas bien lu toute la littérature scientifique sur le diagnostic préimplantatoire polygénique, qui est une technologie extrêmement contestée, non seulement au niveau scientifique mais aussi moral, éthique, social et politique. Pour faire court, le diagnostic préimplantatoire polygénique est une technologie scientifiquement douteuse, néolibérale et eugénique. [6]

Bien que la sélection génétique en fonction de l'intelligence soit un fantasme, le couple Collins n'hésite pas une seconde. Il affirme par ailleurs qu'un QI élevé chez une personne est généralement associé à d'autres caractéristiques désirables comme le niveau d'éducation, la réussite économique ou encore la santé générale, la bonne humeur, la sociabilité et le sens de l'humour. Ainsi, la sélection de QI élevé chez les embryons permettrait aussi, par corrélation, de sélectionner toutes ces autres caractéristiques. C'est aussi d'ailleurs à cause de cette corrélation que la dysgénie, ou la baisse du QI dans le monde occidental, conduirait à une baisse générale du niveau d'éducation et du succès économique.

Visions pronatalistes de l'avenir de l'humanité

Pour le couple Collins, il est crucial d'éviter ce destin dysgénique : le niveau moyen de QI de la population doit rester élevé. Premièrement parce que nous « devrons nous lancer dans l'exploration interplanétaire » (probablement parce que nous détruisons notre planète actuelle) et nous avons donc besoin des personnes les plus intelligentes pour y parvenir. Deuxièmement, parce qu'il faudra absolument être capable de mettre pleinement à profit l'intelligence artificielle (IA). D'une part, les Collins considèrent l'IA comme une menace que nous ne pourrons pas contrôler si nous devenons une espèce de moins en moins intelligente. D'autre part, l'IA multipliera la productivité et la créativité des personnes les plus intelligentes, accélérant ainsi une sorte de stratification de la société.

Parallèlement à l'utilisation du diagnostic préimplantatoire polygénique et à l'isolement reproductif des personnes à haut QI, cette stratification induite par l'IA entraînera très probablement, selon les Collins, une spéciation chez les humains. En d'autres termes, la « communauté volontaire » que le couple compte réunir autour de leur projet pronataliste deviendra une nouvelle espèce humaine.

Le projet de société des Collins, décrit dans un powerpoint hallucinant, comprend la création de « cités-États » pour remplacer les États-nations dysfonctionnels. Dans ces cités privées [7], les réglementations et les limites imposées à la recherche biomédicale seront extrêmement minimes afin de parvenir à une « production de masse d'êtres humains sélectionnés génétiquement ».

Extrait de la présentation des Collins The Next Empire : « Avant tout, le gouvernement doit promouvoir la création d'acteurs économiques hautement productifs. Notre modèle le garantit en : 1) créant de nouvelles technologies de procréation médicalement assistée - grâce à une protection de l'innovation médicale inscrite dans la loi sous certaines conditions - qui permettront la production de masse d'humains sélectionnés génétiquement 2) mettant en place des systèmes d'incitation qui accordent davantage de pouvoir de vote aux créateurs d'agents économiquement productifs. »

Le projet pronataliste s'inscrit donc dans cette nouvelle constellation technofasciste décrite par Norman Ajari. Une constellation allant des chrétiens fondamentalistes obsédés par l'Armageddon aux Tech bros de la Silicon Valley (ces hommes du monde des start-ups numériques et biotechnologiques) en passant par toute la mouvance transhumaniste (aussi appelée TESCREAL). Le technofascisme, et son projet de séparatisme reposant sur l'idéologie bunker, a été aussi particulièrement bien décrit par Naomi Klein et Astra Taylor dans leur essai The Rise of End Times Fascism. Le danger que constitue cette constellation est qu'elle n'est pas l'affaire d'un petit groupe d'extrémistes dans leur cave, il s'agit des hommes les plus riches et puissants de la planète : Peter Thiel, Sam Altman, Elon Musk, Donald Trump, etc.

Bien que les Collins aient défrayé la chronique a plusieurs reprises, il semble désormais futile de continuer à s'appesantir sur les similitudes entre le monde que le couple nous promet et les eugénismes passés et présents : hiérarchisation des êtres humains, naturalisation de ces hiérarchisations qui deviennent donc héréditaires, appel à la science et à la technologie pour contrôler la reproduction et maintenir ces hiérarchies. Le temps où l'on pouvait s'inquiéter d'une « pente glissante » vers l'eugénisme est révolu. Nous sommes déjà bien engagés sur cette pente [8] – nous ne l'avons d'ailleurs jamais quittée. Le choc, la surprise et l'indignation ne suffisent plus. La honte n'est plus un levier politique, les pronatalistes et autres transhumanistes répondent régulièrement aux critiques sans aucune vergogne, et sont entièrement transparents quant à leur raison d'être et leurs projets. La réponse se doit dorénavant d'être frontale.

Shrese


[2] J'ai inventé ce terme, le couple utilise polygenics.

[3] L'eugénisme est un projet politique et scientifique créé, à la fin du 19e siècle, par certains des fondateurs de la génétique moderne qui s'inquiétaient de la « dégénérescence » biologique et cognitive de leurs nations occidentales. Il connaît alors un engouement massif et international au début du 20e siècle. Inventé en Angleterre, mis en pratique à grande échelle aux États-Unis (ségrégation, programmes de stérilisations massives forcées, contrôle des frontières, interdiction des mariages mixtes, etc.), puis mené à son apogée par le régime Nazi, l'eugénisme n'a plus très bonne réputation au sortir de la seconde guerre mondiale. Mais le projet de contrôler la reproduction des populations humaines selon des lignes racistes, coloniales, classistes, sexistes ou validistes n'a pas disparu, il a simplement pris d'autres formes, plus « libérales ».

[4] « Reproduction/Élevage à haut QI ».

[5] En anglais, cette technologie s'appelle Preimplantation genetic testing for polygenic disorders ou Polygenic embryo screening. Pour des articles universitaires sur cette technologie : voir en français et en anglais.

[6] Pour un commentaire scientifique sur la technologie, voir cet article. Pour une approche plus politique, voir ma perspective dans ce texte, ou, pour une autre critique féroce en anglais, voir ici. Il existe une vaste littérature scientifique qui souligne les limites de cette technologie et les inquiétudes qu'elle provoque. Voir cet article de revue récent (en anglais).

[7] ne première mise en pratique de cette idée est la ville-état de Prospera, sur le territoire national de l'Honduras. Une espèce de lieu de villégiature pour Tech bros afin de s'auto-augmenter en se greffant la clef de leur Tesla sous la peau, en se rallongeant l'espérance de vie avec des traitements aux cellules souches, ou en se modifiant génétiquement pour accélérer la prise de masse musculaire...

[8] Voir l'exemple de Trump.

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« Ils ne puceront pas ! »

Du 5 au 8 avril se sonttenus à Grenoble et à Crolles quatre jours de mobilisation contre l'accaparement des ressources par les industriels de l'électronique et contre la « vie augmentée ». Dans le viseur, deux entreprises, STMicroelectronics et Soitec, toutes deux très gourmandes en eau potable (plusieurs centaines de litres par seconde) et ayant des projets d'agrandissement fort conséquents. Une fois n'est pas coutume, le collectif STopMicro dont nous avions relayé les analyses et appels à mobilisation vient de remporter la première manche. Ils nous ont transmis ce petit retour d'expérience, point d'étape des batailles à venir.

Depuis des mois, le collectif STopMicro enchaîne les actions et la préparation de ce week-end. Conférences, tracts, affiches, des dizaines de réunions publiques à travers toute la France, la publication d'enquêtes sur l'électronique locale, la perturbation de la pseudo-« concertation » organisée par ST sous l'égide de la Commission nationale du débat public (CNDP) alors que la moitié de sa nouvelle usine est déjà construite… Et, pour finir en beauté, la semaine dernière une manifestation de 2000 personnes jusqu'aux portes des centres de R&D de ST et de sa maison-mère, le Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), des tables-ronde avec des organisations paysannes et enfin un blocage matinal de la Presqu'île scientifique de Grenoble (un récit plus complet est ici).

Deux jours après, mercredi 10, la CNDP rendait publique la décision prise par Soitec le 19 mars :

« Par courrier daté du 19 mars 2024, la société SOITEC nous a informé de la suspension de son projet d'extension sur la zone d'activité économique (ZAE) d'accueil à Bernin (Isère – 38). En conséquence, je vous informe que votre mission de garante et garant est également suspendue jusqu'à ce que le porteur de projet nous informe de la reprise de son projet. »

Avis

À toutes celles et tous ceux qui croient que coller des affiches, bloquer des axes de circulation, manifester, dérouler des banderoles, organiser des réunions publiques, distribuer des tracts, convaincre, diffuser l'information, bref, se mobiliser ne sert à rien : nous venons d'empêcher la construction de deux usines (Bernin 5 et Bernin 6) et la destruction de 11,2 hectares de terres agricoles.

Face à nous, pourtant : le « leader mondial du semi-conducteur innovant ». Soitec produit des semi-conducteurs spéciaux, constitués non de silicium pur mais de couches de matériaux superposés. Des semi-conducteurs très prisés par la dissuasion nucléaire, les « environnements critiques », les smartphones et les batteries de véhicules électriques. (lire à ce sujet notre enquête toute récente).
Ne croyons pas pour autant que notre mobilisation a été seule en cause dans le choix de Soitec : le marché des semi-conducteurs connaît une contraction conjoncturelle. Après deux années de croissance après le Covid, les stocks sont pleins. Ce n'est pas le meilleur moment pour investir. Et encore moins pour se retrouver sous les feux des médias, avec une bande d'excité-es qui livrent vos activités peu morales à la publicité, déroulent des banderoles devant vos bâtiments et manifestent avec des drapeaux et des masques de poissons géants. Cela pourrait incommoder les investisseurs.
Alors Soitec a préféré enterrer son projet préventivement, même si ce projet n'était prévu que pour dans cinq à dix ans, et même si pour l'instant c'étaient les pouvoirs publics (communauté de communes, Isère Aménagement) qui étaient à la manœuvre (nous avions détaillé le projet ici).
Nous vous livrons donc ici la formule mathématique imparable ayant servi à la prise de décision des dirigeants de l'entreprise :

(Grabuge STopMicro + mauvaise conjoncture économique) = opération trop risquée.

On ne gagne jamais seul-e. On gagne parce que nos luttes rencontrent des intérêts, dans des circonstances données. Les puissants modifient leurs projets en fonction de nos actions mais aussi, toujours, en fonction de leurs intérêts propres. Ce n'est jamais purement grâce à une lutte que les choses changent. Mais on gagne quand ce qui n'aurait pas eu lieu sans la lutte advient, car cet évènement advient grâce à la lutte.

Ainsi, ils ne puceront pas ! Pas ici, pas maintenant, pas dans ces champs de blé ! Alors, avis à toutes celles et ceux qui se mobilisent contre l'industrie du béton, contre les mégabassines, contre les mines de lithium, contre les OGM, les usines chimiques ou les autoroutes, pour la préservation des bocages, des terres maraîchères et des milieux de vie : nous sommes avec vous ! Cette victoire est aussi la vôtre, et nous espérons que vos victoires à venir seront aussi un peu les nôtres.

Qu'avons-nous gagné ?

Nous avons sauvé 11,2 hectares de terres agricoles. Des champs de blé, des noyers, une ferme en activité.
Nous avons empêché une augmentation drastique de la consommation d'eau potable. Actuellement, Soitec utilise près de 1,2 millions de mètres cubes d'eau par an, et l'agrandissement aurait probablement amené un doublement de la consommation.
Nous avons empêché que la pollution de l'Isère ne s'accroisse encore sous le coupdes nombreux produits chimiques utilisés par la production de semi-conducteurs.
Nous avons fait reculer à une entreprise « stratégique ».
Nous avons pris conscience de notre force, de ce qui peut advenir quand nous sommes nombreux-ses, déterminés, sérieux-ses, de bonne humeur et que nous nous en prenons à la bonne cible.

Mais nous n'avons pas encore obtenu l'annulation du projet : il ne s'agit pour l'instant que d'une suspension.
Nous n'avons pas non plus obtenu l'annulation de l'agrandissement de l'usine voisine de STMicrolectronics, un projet autrement plus conséquent (7,5 milliards d'euros).
Nous n'avons pas obtenu la remise en cause politique de l'utilité de ces usines, qui fabriquent essentiellement de la quincaillerie destinée à booster les marchés (+15 % de puces électroniques par an au niveau mondial) (lire notre enquête à ce sujet)
Nous n'avons pas obtenu la fin de la pollution de l'Isère par les industries du semi-conducteur.
Nous n'avons pas obtenu l'annulationdel'extension de l'autre usine de Soitec, à Singapour.
Nous n'avons pas obtenu que le rôle central du CEA de Grenoble dans le développement de ces entreprises soit mis en avant et bien compris par tous, pour que des luttes conséquentes contre le complexe militaro-industriel grenoblois se mettent en branle.

Tout cela, nous comptons bien l'obtenir.
Notre détermination ne fait que s'accroître. Les victoires sont possibles.

Prochaine date : on sabre le champagne de la suspension du projet d'extension de Soitec lundi 15 avril à 18h sur le parvis de Minatec à Grenoble.

Et pour la suite, ce n'est pas fini !

Rejoignez-nous !

Collectif STopMicro, 13 avril 2024

stopmicro@riseup.net - https://stopmicro38.noblogs.org

Illustration : Chatonsky

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« Ils ne puceront pas ! »

Du 5 au 8 avril se sonttenus à Grenoble et à Crolles quatre jours de mobilisation contre l'accaparement des ressources par les industriels de l'électronique et contre la « vie augmentée ». Dans le viseur, deux entreprises, STMicroelectronics et Soitec, toutes deux très gourmandes en eau potable (plusieurs centaines de litres par seconde) et ayant des projets d'agrandissement fort conséquents. Une fois n'est pas coutume, le collectif STopMicro dont nous avions relayé les analyses et appels à mobilisation vient de remporter la première manche. Ils nous ont transmis ce petit retour d'expérience, point d'étape des batailles à venir.

Depuis des mois, le collectif STopMicro enchaîne les actions et la préparation de ce week-end. Conférences, tracts, affiches, des dizaines de réunions publiques à travers toute la France, la publication d'enquêtes sur l'électronique locale, la perturbation de la pseudo-« concertation » organisée par ST sous l'égide de la Commission nationale du débat public (CNDP) alors que la moitié de sa nouvelle usine est déjà construite… Et, pour finir en beauté, la semaine dernière une manifestation de 2000 personnes jusqu'aux portes des centres de R&D de ST et de sa maison-mère, le Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), des tables-ronde avec des organisations paysannes et enfin un blocage matinal de la Presqu'île scientifique de Grenoble (un récit plus complet est ici).

Deux jours après, mercredi 10, la CNDP rendait publique la décision prise par Soitec le 19 mars :

« Par courrier daté du 19 mars 2024, la société SOITEC nous a informé de la suspension de son projet d'extension sur la zone d'activité économique (ZAE) d'accueil à Bernin (Isère – 38). En conséquence, je vous informe que votre mission de garante et garant est également suspendue jusqu'à ce que le porteur de projet nous informe de la reprise de son projet. »

Avis

À toutes celles et tous ceux qui croient que coller des affiches, bloquer des axes de circulation, manifester, dérouler des banderoles, organiser des réunions publiques, distribuer des tracts, convaincre, diffuser l'information, bref, se mobiliser ne sert à rien : nous venons d'empêcher la construction de deux usines (Bernin 5 et Bernin 6) et la destruction de 11,2 hectares de terres agricoles.

Face à nous, pourtant : le « leader mondial du semi-conducteur innovant ». Soitec produit des semi-conducteurs spéciaux, constitués non de silicium pur mais de couches de matériaux superposés. Des semi-conducteurs très prisés par la dissuasion nucléaire, les « environnements critiques », les smartphones et les batteries de véhicules électriques. (lire à ce sujet notre enquête toute récente).
Ne croyons pas pour autant que notre mobilisation a été seule en cause dans le choix de Soitec : le marché des semi-conducteurs connaît une contraction conjoncturelle. Après deux années de croissance après le Covid, les stocks sont pleins. Ce n'est pas le meilleur moment pour investir. Et encore moins pour se retrouver sous les feux des médias, avec une bande d'excité-es qui livrent vos activités peu morales à la publicité, déroulent des banderoles devant vos bâtiments et manifestent avec des drapeaux et des masques de poissons géants. Cela pourrait incommoder les investisseurs.
Alors Soitec a préféré enterrer son projet préventivement, même si ce projet n'était prévu que pour dans cinq à dix ans, et même si pour l'instant c'étaient les pouvoirs publics (communauté de communes, Isère Aménagement) qui étaient à la manœuvre (nous avions détaillé le projet ici).
Nous vous livrons donc ici la formule mathématique imparable ayant servi à la prise de décision des dirigeants de l'entreprise :

(Grabuge STopMicro + mauvaise conjoncture économique) = opération trop risquée.

On ne gagne jamais seul-e. On gagne parce que nos luttes rencontrent des intérêts, dans des circonstances données. Les puissants modifient leurs projets en fonction de nos actions mais aussi, toujours, en fonction de leurs intérêts propres. Ce n'est jamais purement grâce à une lutte que les choses changent. Mais on gagne quand ce qui n'aurait pas eu lieu sans la lutte advient, car cet évènement advient grâce à la lutte.

Ainsi, ils ne puceront pas ! Pas ici, pas maintenant, pas dans ces champs de blé ! Alors, avis à toutes celles et ceux qui se mobilisent contre l'industrie du béton, contre les mégabassines, contre les mines de lithium, contre les OGM, les usines chimiques ou les autoroutes, pour la préservation des bocages, des terres maraîchères et des milieux de vie : nous sommes avec vous ! Cette victoire est aussi la vôtre, et nous espérons que vos victoires à venir seront aussi un peu les nôtres.

Qu'avons-nous gagné ?

Nous avons sauvé 11,2 hectares de terres agricoles. Des champs de blé, des noyers, une ferme en activité.
Nous avons empêché une augmentation drastique de la consommation d'eau potable. Actuellement, Soitec utilise près de 1,2 millions de mètres cubes d'eau par an, et l'agrandissement aurait probablement amené un doublement de la consommation.
Nous avons empêché que la pollution de l'Isère ne s'accroisse encore sous le coupdes nombreux produits chimiques utilisés par la production de semi-conducteurs.
Nous avons fait reculer à une entreprise « stratégique ».
Nous avons pris conscience de notre force, de ce qui peut advenir quand nous sommes nombreux-ses, déterminés, sérieux-ses, de bonne humeur et que nous nous en prenons à la bonne cible.

Mais nous n'avons pas encore obtenu l'annulation du projet : il ne s'agit pour l'instant que d'une suspension.
Nous n'avons pas non plus obtenu l'annulation de l'agrandissement de l'usine voisine de STMicrolectronics, un projet autrement plus conséquent (7,5 milliards d'euros).
Nous n'avons pas obtenu la remise en cause politique de l'utilité de ces usines, qui fabriquent essentiellement de la quincaillerie destinée à booster les marchés (+15 % de puces électroniques par an au niveau mondial) (lire notre enquête à ce sujet)
Nous n'avons pas obtenu la fin de la pollution de l'Isère par les industries du semi-conducteur.
Nous n'avons pas obtenu l'annulationdel'extension de l'autre usine de Soitec, à Singapour.
Nous n'avons pas obtenu que le rôle central du CEA de Grenoble dans le développement de ces entreprises soit mis en avant et bien compris par tous, pour que des luttes conséquentes contre le complexe militaro-industriel grenoblois se mettent en branle.

Tout cela, nous comptons bien l'obtenir.
Notre détermination ne fait que s'accroître. Les victoires sont possibles.

Prochaine date : on sabre le champagne de la suspension du projet d'extension de Soitec lundi 15 avril à 18h sur le parvis de Minatec à Grenoble.

Et pour la suite, ce n'est pas fini !

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Collectif STopMicro, 13 avril 2024

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Illustration : Chatonsky

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De Grenoble à Tel Aviv

Tout commence par une visite entre amis. En ce beau mois de mars, Daniel Halevy-Goetschel, ministre, conseiller aux affaires politiques intérieures, économiques et scientifiques à l'ambassade d'Israël était en visite dans les Alpes françaises. Dans Le Dauphiné Libéré, il lâchait le morceau :

« Grenoble est un exemple frappant de synergies entre le monde de la recherche (à l'image du CEA où je me suis rendu) les entreprises, les start-up, les universités. Cela me rappelle le modèle israélien dont l'écosystème s'est construit ainsi entre différents acteurs. […] Et j'espère qu'une nouvelle phase de relations économiques entre l'agglomération grenobloise et Israël va s'ouvrir » [1]

Les synergies grenobloises évoquant le « modèle israélien », il serait utile d'en savoir plus sur celui-ci. Cela tombe bien, Daniel Halevy-Goetschel le détaillait l'an dernier dans le magazine Servir :

« C'est d'un côté, l'implication des institutions publiques et notamment des armées, du gouvernement, sans oublier les universités et le Technion et l'Institut Weizman, et de l'autre côté, un système des start-up très dynamique avec des entrepreneurs qui prennent des risques et de multiples initiatives. En parallèle, il existe un mode de financement efficace, avec des fonds de capital-risque auquel s'ajoute la participation de grandes entreprises multinationales du domaine tech – environ 400 sociétés, connues mondialement et qui ont pour certaines d'entre elles construit des laboratoires de recherche en Israël, notamment EDF et Renault. » [2]

Voilà la définition du « modèle israélien » : des liens symbiotiques entre l'armée, le gouvernement, les universités, et des start-ups boostées au capital risque. Les lecteurs de notre livre L'Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel [3] reconnaîtront en effet là une forme de similarité avec le « modèle grenoblois ». Ainsi, la coopération de la « nation au 7000 start-up et 90 licornes » avec la « Silicon Valley grenobloise » paraît naturelle. Les liens sont symbiotiques entre les deux régions, qui parlent la même langue, celle de l'innovation.

On sait qu'Israël est le pays comptant le plus de start-up par habitant. On sait aussi que le « modèle grenoblois » est à la source de la politique nationale des « pôles de compétitivité » qui structurent la recherche scientifique française et la coopération public-privé dans ce domaine. Nous nous proposons donc ici de jeter d'abord un œil sur l'économie israélienne et à la place structurante qu'y occupe la Défense, avant d'étudier les organismes principaux de coopération économique franco-israéliens, et de nous attarder quelques instants sur les collaborations spécifiques entre Grenoble et Israël. On verra qu'au coeur même de la notion de « start-up nation » chère à Emmanuel Macron, on trouve l'innovation de défense et la production de mort. Nous en profiterons pour livrer quelques réflexions sur les luttes en cours contre le Moloch.

Zèbres, guépards et innovation

« Il existe une blague israélienne qui m'a été rapportée lors de mon dernier voyage : les Américains croient qu'une start-up se crée à trois dans un garage, mais en Israël on sait qu'une start-up se crée à trois dans un garage à l'intérieur du ministère de la Défense »
Stephane Chouchan, directeur israëlien de STMicroelectronics [4]

L'armée et l'industrie de l'armement structurent Israël depuis sa création en 1948. Depuis le début, Israël, avec l'aide des États-Unis, fabrique une bonne part de son armement, sa « base industrielle et technologique de défense » (le terme par lequel on désigne l'ensemble des entreprises du secteur privé travaillant pour la défense) étant maintenant très large et variée.

« Pays en guerre perpétuelle, l'avance technologique est une réelle question de survie pour Israël : l'armée est au cœur de son écosystème. » [5]

Le secteur de l'armement est le premier employeur public du pays. L'industrie technologique représente quant à elle 18% du PIB du pays [6]. En mettant de côté les crédits alloués à Tsahal, plus de 4,5% du PIB est consacré aux dépenses en R&D. Une part non négligeable de l'argent public va donc inévitablement dans l'innovation de défense. N'oublions pas qu'Israël est un pays extrêmement belliqueux depuis sa création et constitua progressivement dans les années 1970 avec l'aide des États-Unis [7], un complexe scientifico-militaro-industriel très puissant développant une maîtrise hors-pair dans les drones, la surveillance militaire, la cybersécurité, les systèmes anti-missiles et le maintien de l'ordre [8]. Cette maîtrise adaptée à sa guerre coloniale fait d'Israël un pays compétitif dans l'exportation d'armement (toujours dans le top 10 des ventes d'armes).

Comment cela fonctionne-t-il ? C'est l'Innovation Authority, sous mandat direct du Premier ministre qui finance aussi bien les start-up que les PME que les grands groupes, pour des projets intéressant en premier chef Tsahal (cyberdéfense, cybersécurité, nanotechnologies, IA, etc), mais aussi des domaines où la tech israélienne à déjà une longueur d'avance permettant de conforter son statut derrière les État-Unis, de « seconde Silicon Valley ».

« L'écosystème israélien doit énormément à l'intervention publique massive dès les phases d'amorçage. En France, on a mis du temps à le comprendre. Il faut des instruments publics efficaces pour faire germer des start-up » [9]

Ces financements sont aussi audacieux et fonctionnent selon le jeux « du zèbre et du guépard : l'État israélien produit en masse des start-up innovantes (les zèbres) qui se font racheter par les géants de la tech, la plupart du temps américain (les guépards). Ainsi les guépards s'implantent en Israël, créent des emplois, injectent des liquidités, confortent l'économie du pays et attirent de nouveaux groupes.

On sait que cette politique économique axée sur les start-ups avait inspiré Emmanuel Macron dans sa désormais fameuse déclaration de 2017 :

« I want France to be a start-up nation. A nation that thinks and moves like a start-up. »

Quand, il transpose à la France ce mot d'ordre de « start-up nation » jusque-là réservé à Israël, Emmanuel Macron choisit de le faire lors du salon Vivatech, lui même calqué sur les grands showroom israéliens comme le salon DLD de Tel Aviv.

Les liens France-Israël

Les liens économiques entre la France et Israël sont anciens et nombreux. Ils sont assurés par quatre organismes principaux. Passons-les rapidement en revue.

La Chambre de commerce et d'industrie France-Israël (CCIIF) est une structure créée en 1957 [10]. Elle laisse progressivement la place à La Chambre de commerce France-Israël (CCFI), et son site promotionnel Israel Valley [11] qui est surtout un relais médiatique en faveur de l'économie israélienne et des coopération avec la France. L'Observatoire de l'armement précise que la Chambre « organise nombre d'évènements dans lesquels il n'est pas rare de voir participer comme intervenants des chercheurs, des responsables français et israéliens, impliqués dans des domaines de cyberdéfense, du spatial et autres secteurs connexes à la défense et à la sécurité » [12].

Le Technion France est le relais français du Technion Israel Institute of Technology, une grande université et école d'ingénieurs israélienne, sorte de « MIT du Moyen-Orient ». Le Technion France fait connaître les réalisations et les projets du Technion en France dans les milieux scientifiques, académiques, industriels et économiques. L'institution cherche à développer des partenariats et des coopérations sur des sujets d'intérêt commun comme la e-santé et les nanotechnologies. Il multiplie les coopérations industrielles avec des entreprises françaises comme Véolia, Total, Havas, ou encore Servier, Arkema, SEB Alliance et Alstom. Enfin, le Technion France a mis en place de nombreux partenariats académiques (co-tutelles de thèses, mobilité des étudiants, doubles diplômes…) notamment avec l'École Polytechnique, l'Institut Mines Télécom, Université Paris Dauphine, Centrale Supélec, ou encore l'Université Paris Saclay [13].

La French Tech en Israël, déclinaison israélienne depuis 2016 de la French Tech. En Israël, « il s'agit d'un réseau assez actif d'investisseurs et d'entrepreneurs » explique Stéphane Chouchan, « ambassadeur French Tech Israël, Conseiller du commerce extérieur et directeur pays pour Israël de STMicroelectronics » [14], qui ajoute : « Le réseau fonctionne très bien aux États-Unis et en Israël, mais moins en France. »

Enfin, le Comité Israël des Conseillers Extérieurs de la France (Comité Israël des CCE), le lobby des sociétés françaises œuvrant en Israël. On trouve dans leur conseil d'administration, les plus importantes de ces entreprises. Ainsi, le vice-président et trésorier du CCE Israël est le directeur de Thales-Israël, un autre est le représentant en Israël de direction générale internationale de Dassault Aviation. Ce dernier « a débuté sa carrière chez Dassault Aviation en 1990 dans le domaine de la guerre électronique puis après un passage à la direction commerciale en 1996 où il a négocié la vente de produits militaires et spatiaux, a été appelé à la direction des achats en 2002 afin de s'occuper de grand compte tel que Thales, puis des partenaires israéliens jusqu'en 2017. » [15]. On retrouve encore Stephane Chouchan :

« En charge de la filiale du groupe depuis 2007. ST est implanté depuis plus de 18 ans en Israël avec un site de Vente et Marketing, un centre R&D et, depuis 2018, avec le ST-Up Accelerator : un accélérateur de startups hardware late-stage. Parmi les projets réalisés avec des composants ST : Mobileye EyeQ SoC ; Autotalks Craton SoC ; Adasky Ada SoC, des composants de puissance chez SolarEdge, le STM32 pour Strauss/Tami4 ainsi que l'implémentation de capteurs et micro-contrôleurs dans le robot de Temi. » [16]

Tous ces structures bi-nationales servent à nourrir des partenariats technoscientifiques dans les domaines qui intéressent les deux régions, c'est-à-dire la plupart du temps dans la nano et microélectroniques, les capteurs, l'internet des objets, les supra-conducteurs ou l'atome. Le CEA-Grenoble et le CNRS font régulièrement des échanges de leur chercheurs avec de grandes universités israéliennes [17] permettant de renforcer les liens militaro-civils qui ne date pas d'hier et a permit historiquement à Israël d'avoir la bombe atomique, et dont l'Observatoire des armements note que cette coopération atomique à été relancé en 2010 [18].

Les liens Grenoble-Israël

À Grenoble, on peut s'intéresser aux activités de l'un des plus gros instituts de l'université, l'IMAG, centre de recherche en logiciel, IA et internet des objets. En son sein, le laboratoire Verimag, laboratoire de recherche sur les logiciels embarqués, avait retenu en 2020 notre attention pour ses liens étroits avec le complexe français [19]. Mentionnons par exemple le projet CAPACITES [20] qui réunissait de 2014 à 2017 pratiquement tout le complexe militaro-industriel français (MBDA, ONERA, Safran, Dassault Aviation, Airbus Helicopter, etc) sous la houlette de Verimag et de la start-up de design de puce pour l'armement, la grenobloise Kalray.

Verimag s'est acoquiné plusieurs fois avec le mastodonte israélien de l'armement Israel Aerospace Industries (IAI) pour des projets des recherches en drones de combat : le projet COMBEST [21] (avec comme partenaire connexe EADS) ; le projet SafeAir II [22] (avec comme partenaire MBDA) ; les projet OMEGA [23] et SPEEDS (avec EADS). Précisons que l'actuel directeur de l'université, Yassine Lakhnech, figure comme chercheur de ces projets en lien avec le conglomérat israélien.

La start-up israélienne Weebit Nano, spécialiste du design et de la fabrication de puces nouvelle génération pour la mémoire RAM a, elle, un partenariat structurel avec le CEA-Leti. Elle teste dans les salles blanches du CEA ses dernières innovations et utilise du substrat semi-conducteurs préparé par le Leti (notament du FD-SOI).

On pourrait également citer la société Dolphin Design (ex Dolphin Integration), domiciliée à Meylan. Cette entreprise dessine des puces pour des applications civiles et militaires, notamment du SoC (System-on-Chip). Rachetée conjointement par la société iséroise Soitec et le géant français du missile MDBA, Dolphin Design est bien implantée en Israël depuis la moitié des années 90 [24]. Cette implantation lui permettant de ravir des marchés militaires au Proche-Orient et profiter des réseaux de la tech israélienne. Il est en effet très intéressant pour des sociétés qui font du design de puces et de la création de nouvelles fonctions électroniques de s'implanter en Israël. Non pas tant pour profiter d'un marché déjà bien saturé, mais plutôt pour se servir de son expertise en ce domaine [25].

On sait que Grenoble est jumelée avec la ville universitaire de Rehovot depuis 1984. Or, à Rehovot on trouve l'Institut Weizmann, une sorte d'équivalent de la branche recherche du CEA [26]. Le site de la mairie de Grenoble nous explique que ce jumelage est réalisé dans le cadre de coopération de l'Institut Weizmann avec l'Université Joseph Fourier (Grenoble 1) [27].

Comme au CEA, les chercheurs et doctorant bénéficient d'un cadre de travail relativement libre leur permettant de « buller » dans leur recherche pointilleuse en physique nucléaire ou biologie de synthèse [28]. Le directeur de l'institut l'explique à Bruno Lemaire lors de la visite de ce dernier.

« Ici la recherche scientifique pure et ses futures applications sont deux choses absolument séparées. Les scientifiques étudient ici par curiosité, avec une liberté de pensée complète. Une fois que vous avez trouvé quelqu'un avec du talent, il faut lui donner tous les moyens possibles. » [29]

Mais – car il y a toujours un « mais » à chaque fois que l'on parle de liberté dans le technocapitalisme – l'Institut Weizmann, via son bureau de transfert (Navor), touche des royalties sur les découvertes de ses blouses blanches, (comme le CEA dispose aussi de ses bureaux de transfert CEA-Investissement et sa société Supernova Invest [30]). Ce qui lui a rapporté en 2016... 3,5 milliards de dollars ! [31] La liberté est à ce prix.

Indiquons que l'institut Weizmann possède en France une fondation destinée à capter les deniers et les cerveaux français et à faire sa pub dans l'Hexagone, Weizmann France [32]. Le président de Weizmann France n'est autre que Maurice Levy, patron de Publicis – donc organisateur du salon des technologies israélienne Vivatech [33].

On ne peut pas conclure ce petit état de l'amitié entre les entreprises françaises et israéliennes sans parler du plus gros employeur grenoblois : STMicroelectronics. Écoutons encore une fois l'ambassadeur et blagueur Stéphane Chouchan :

« STMicroelectronics est un des leaders européens du semi-conducteur, avec un chiffre d'affaires de 8,35 milliards de dollars en 2017 et 120 millions de dollars domestiques en Israël, ce qui fait de STMicroeletronics l'un des plus grands acteurs du semi-conducteur en Israël. […] Nous menons depuis plus de quinze ans des partenariats avec Mobileye ou Valens, mais nous nous sommes également stratégiquement rapprochés de Cisco, Mellanox ou autres. Nous partageons également des projets avec des centres de design. Nous ne sommes en effet pas toujours facilement identifiables. Or les centres de design constituent parfois une aide précieuse dans ce domaine. Nous menons aussi des partenariats avec les universités, comme le Technion ou l'université de Tel-Aviv. [… ] Après avoir ouvert un centre de ventes en 2002 et un centre de recherche et développement en 2012, il nous est apparu logique d'ouvrir un centre d'innovation en 2018. Nous favorisons donc l'accès à la technologie, aux centres de recherche et développement, aux unités commerciales, aux manufactures, qui font défaut à la plupart des sociétés israéliennes. Dans le monde du semi-conducteur, cette expertise est d'une grande valeur. Nous jouons en quelque sorte le rôle de « grand frère technologique », qui rend possible des projets parfois assez ambitieux du point de vue industriel. » [34]

ST joue en Israël comme son homologue américain Intel Corp., le rôle de guépard, captant les cerveaux et les start-up à forte valeur ajoutée pour nouer des partenariats ou les intégrer au groupe franco-italien.

Il faut noter aussi que la fonderie israélienne Tower Semiconductor, spécialiste des circuits analogiques et capteurs thermiques a signé un accord avec ST pour s'implanter dans la nouvelle usine de ST d'Agrate en Italie [35]. L'activité de Tower ? Faire des circuits spéciaux notamment pour l'industrie de l'armement :

« Tower est le fournisseur unique proposant la plus large gamme de technologies pouvant être utilisées par les clients A&D [Aérospatial et Défense] pour les besoins gouvernementaux, militaires et de défense, notamment les ROIC à grande matrice [36], les imageurs, la photonique sur silicium, le CMOS sur SOI pour les applications RH, les MEMS et les dispositifs à ondes millimétriques, entre autres. » [37]

L'entreprise a reçu, sous la marque « Towerjazz », les qualification ITAR (International Trafic in Arms Regulations) pour ses puces 65nm lui permettant de s'ouvrir au marché américain de la Défense. Elle est classée par le DMEA (Defense Microelctroniocs Activity) du
ministère de la Défense américain (DoD) comme une boîte importante et sûre [38].

Puisqu'on parle de STMicroelectronics, il serait malvenu d'oublier sa voisine Soitec et comme elle, spin-off du CEA-Grenoble. Ainsi, les plaquettes SOI utilisées par Tower proviennent de Soitec, qui fournit à Tower des dizaines de milliers de plaquettes RF-SOI 300nm par an [39].

Comme Tower, ST a un certain savoir-faire dans les produits spécifiques à destination du militaire. L'entreprise grenobloise est le chef de file du projet militaire européen EXCEED notamment pour le design de « système sur puce » ('system-on-chip' SoC [40]) avec la technologie développée par Soitec (FD-SOI 28 nm) dans son centre de recherche grenoblois sur le Polygone scientifique. Parmi les partenaires du projet, on trouve ArianeGroup (fabricant du missile atomique M51), Thales, MBDA, Safran Electronics and Defense et l'avionneur italien Leonardo. Le projet durera de 2020 à 2025 avec une enveloppe totale de 12 Millions d'euros dont 1,9 pour ST. Les puces issues du projet sont destinées à équiper, d'après la communication :

« les capteurs RF et réseaux de traitement du signal, radios flexibles, positionnement et navigation sécurisés, liaisons de données UAV [drone], réseaux militaires, des moteurs de cryptographie flexibles, soldat débarqué, contrôleurs de guidage et de mission critiques » [41].

Nos luttes sont matérielles et locales

En guise de conclusion nous tenons à dire que nous n'avons rien ni contre les Israéliens, ni contre les Palestiniens, ni contre les Juifs, les Arabes, ni contre les Slaves, les Russes, les Ukrainiens, ni contre n'importe quel peuple. Ce que nous combattons, c'est une logique à l'oeuvre et une façon dont notre monde est agencé : le technocapitalisme et sa course en avant mortifère et sanguinaire, aidé dans cette course par les structures étatiques et supra-étatiques. Qu'elles soit « made in France », « made in Israel » ou « made in Ukraine », les technologies continueront à nous tuer en tant qu'humains et en tant qu'êtres vivants. Elles continueront à nous écraser et à nous asservir comme des esclaves.

Nous ne disons pas que tout se vaut, mais, depuis notre position et avec les idées qui nous portent, nous ne pouvons nous contenter d'accepter benoîtement la guerre de « l'Axe du Bien » face à la « Barbarie ». A l'heure de la fusion intégrale entre le capital et la technologie, il n'y a plus à choisir. Il n'y a rien à regretter de notre monde absurde et sans consistance où la guerre industrielle est devenue une option de gouvernance parmi d'autres, où « tout change pour que rien ne change » dans un confort ouaté de consommateur-citoyen ou sous une maison en ruine. Notre exigence de liberté nous commande d'agir tout de suite et ici-même. La mobilisation totale pour la guerre nous guette, tâchons d'être plus rapide qu'elle avant que nous soyons tous pris dans son piège inextricable.

Le combat se situe donc bien au-delà des appels patriotiques, nationalistes, ethniques ou communautaires. La seule communauté auxquels nous accordons de l'importance et pour laquelle nous nous battrons sans relâche, c'est la communauté humaine. C'est dans cette optique que nous essayons d'aider nos congénères dans une pure localité de la lutte : solidarité avec nos congénères opprimés et combats sans relâche contre les ingénieurs, scientifiques, technologues et encravatés des instituts mortifères. Car le pouvoir aujourd'hui se situe là : dans la puissance liée à l'argent et à la technologie, liée aux machines, aux usines, aux laboratoires et à leurs directives. Dans cette démarche d'action réelle et endurante, intransigeante et stratégique, nous combattons donc les sbires grenoblois et leur modèle de développement car nous savons que les répercussions – on les vois déjà – dépassent de loin les frontières naturelles de nos montagnes.

Tout est à faire, les rapports de force se mettent en place pendant que les contradictions profondes réémergent. Tâchons de dépasser les fausses oppositions, précipitons les frictions et poussons les exigences de liberté à l'ensemble de la vie humaine pour qu'enfin, le mouvement de contestation émergeant embrasse dans la négation la totalité des existences.

Bella matribus detestata

Groupe Grothendieck,
Grenoble, Mars 2024.
groupe-grothendieck@riseup.net

Pour aller plus loin :

La coopération militaire et sécuritaire France-Israël, Patrice Bouveret, préface de Taoufiq Tahani, Cahier de l'AFPS n° 28 • 2017, Observatoires des armements, associations France-Palestine Solidarité, commandable ici : https://www.obsarm.info/spip.php?article428
— Groupe Grothendieck, L'Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel, Le monde à l'envers, 2020.
— Fabrice Lamarck, Des treillis dans les labos. La recherche scientifique au service de l'armée, Le monde à l'envers, 2024.
— « Les liaisons dangereuses de l'industrie française de l'armement avec Israël » de l'Observatoire des multinationales, 20 /03/2024. https://multinationales.org/fr/actualites/les-liaisons-dangereuses-de-l-industrie-francaise-de-l-armement-avec-israel
— Stop Arming Israel France : https://padlet.com/stoparmingisraelfrance/ressources
— Coordination Régionale Anti-Armement et Militarisme (CRAAM) : https://craam.noblogs.org/


[1] Le Daubé, 23/03/2024.

[2] « La 'Start-Up nation', Israël, un modèle à suivre pour la France ? », Daniel Halevy-Goetschel, Servir 2023/1 (N° 519), pages 111 à 115.

[3] Groupe Grothendieck, L'Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel, Le monde à l'envers, 2020.

[7] Encore en 2012, l'aide militaire américaine à Israël s'élevait à 3 milliards de dollars (20 % du budget de la défense Israélienne). C.f. « Du dirigisme militaro-industriel au libéralisme civil : l'économie israélienne dans tous ses états » de Jacques Bendelac, Politique étrangère, 2013/1.

[8] Voir la brochure très complète de Patrice Bouveret (Obsarm), « La coopération militaire et sécuritaire France-Israël », 2017.

[12] Patrice Bouveret, « La coopération militaire et sécuritaire France-Israël », 2017, p 147.

[14] « Table ronde 2 – La start-up nation et la French Tech en action » dans « France-Israël : Regards croisés sur l'innovation technologique » du Groupe inter-parlementaire d'amitié France-Israël, N° 149, juin 2018. https://www.senat.fr/ga/ga149/ga1492.html

[18] « La coopération militaire et sécuritaire France-Israël », op. cit., p 146.

[19] Cf Groupe Grothendieck, L'Université désintégrée, op. cit.

[26] Nous avons déjà parlé de l'Institut Weizman dans l'épisode 4 de La Guerre généralisée au vivant, disponible sur https://lundi.am/Guerre-generalisee-au-vivant-et-biotechnologies-3-4

[28] C.f Groupe Grothendieck, Guerre généralisée au vivant et biotechnologies, épisode 4/4, sur Lundi.am

[34] « Table ronde 2 - La start-up nation et la French tech en action » dans « France-Israël : Regards croisés sur l'innovation technologique » du Groupe inter-parlementaire d'amitié France-Israël, N° 149, juin 2018. https://www.senat.fr/ga/ga149/ga1492.html

[36] Les ROIC sont des micropuces utilisées pour lire les détecteurs infrarouges et ultraviolets dans la surveillance militaire et d'autres applications allant de l'astronomie aux rayons X à la sécurité et à l'inspection industrielle.

[40] Les SoC sont des circuits intégrés embarqués ayant sur une même puce un dispositif complet pouvant comprendre de la mémoire, un ou plusieurs microprocesseurs, des périphériques d'interface, des dispositifs (capteurs) mécaniques, opto-électroniques, chimiques ou biologiques et des circuits radio. Il sont souvent très appréciés par les militaires pour leur faible consommation électrique, très pratique pour les drones et les missiles.

🔲 ☆

De Grenoble à Tel Aviv

Tout commence par une visite entre amis. En ce beau mois de mars, Daniel Halevy-Goetschel, ministre, conseiller aux affaires politiques intérieures, économiques et scientifiques à l'ambassade d'Israël était en visite dans les Alpes françaises. Dans Le Dauphiné Libéré, il lâchait le morceau :

« Grenoble est un exemple frappant de synergies entre le monde de la recherche (à l'image du CEA où je me suis rendu) les entreprises, les start-up, les universités. Cela me rappelle le modèle israélien dont l'écosystème s'est construit ainsi entre différents acteurs. […] Et j'espère qu'une nouvelle phase de relations économiques entre l'agglomération grenobloise et Israël va s'ouvrir » [1]

Les synergies grenobloises évoquant le « modèle israélien », il serait utile d'en savoir plus sur celui-ci. Cela tombe bien, Daniel Halevy-Goetschel le détaillait l'an dernier dans le magazine Servir :

« C'est d'un côté, l'implication des institutions publiques et notamment des armées, du gouvernement, sans oublier les universités et le Technion et l'Institut Weizman, et de l'autre côté, un système des start-up très dynamique avec des entrepreneurs qui prennent des risques et de multiples initiatives. En parallèle, il existe un mode de financement efficace, avec des fonds de capital-risque auquel s'ajoute la participation de grandes entreprises multinationales du domaine tech – environ 400 sociétés, connues mondialement et qui ont pour certaines d'entre elles construit des laboratoires de recherche en Israël, notamment EDF et Renault. » [2]

Voilà la définition du « modèle israélien » : des liens symbiotiques entre l'armée, le gouvernement, les universités, et des start-ups boostées au capital risque. Les lecteurs de notre livre L'Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel [3] reconnaîtront en effet là une forme de similarité avec le « modèle grenoblois ». Ainsi, la coopération de la « nation au 7000 start-up et 90 licornes » avec la « Silicon Valley grenobloise » paraît naturelle. Les liens sont symbiotiques entre les deux régions, qui parlent la même langue, celle de l'innovation.

On sait qu'Israël est le pays comptant le plus de start-up par habitant. On sait aussi que le « modèle grenoblois » est à la source de la politique nationale des « pôles de compétitivité » qui structurent la recherche scientifique française et la coopération public-privé dans ce domaine. Nous nous proposons donc ici de jeter d'abord un œil sur l'économie israélienne et à la place structurante qu'y occupe la Défense, avant d'étudier les organismes principaux de coopération économique franco-israéliens, et de nous attarder quelques instants sur les collaborations spécifiques entre Grenoble et Israël. On verra qu'au coeur même de la notion de « start-up nation » chère à Emmanuel Macron, on trouve l'innovation de défense et la production de mort. Nous en profiterons pour livrer quelques réflexions sur les luttes en cours contre le Moloch.

Zèbres, guépards et innovation

« Il existe une blague israélienne qui m'a été rapportée lors de mon dernier voyage : les Américains croient qu'une start-up se crée à trois dans un garage, mais en Israël on sait qu'une start-up se crée à trois dans un garage à l'intérieur du ministère de la Défense »
Stephane Chouchan, directeur israëlien de STMicroelectronics [4]

L'armée et l'industrie de l'armement structurent Israël depuis sa création en 1948. Depuis le début, Israël, avec l'aide des États-Unis, fabrique une bonne part de son armement, sa « base industrielle et technologique de défense » (le terme par lequel on désigne l'ensemble des entreprises du secteur privé travaillant pour la défense) étant maintenant très large et variée.

« Pays en guerre perpétuelle, l'avance technologique est une réelle question de survie pour Israël : l'armée est au cœur de son écosystème. » [5]

Le secteur de l'armement est le premier employeur public du pays. L'industrie technologique représente quant à elle 18% du PIB du pays [6]. En mettant de côté les crédits alloués à Tsahal, plus de 4,5% du PIB est consacré aux dépenses en R&D. Une part non négligeable de l'argent public va donc inévitablement dans l'innovation de défense. N'oublions pas qu'Israël est un pays extrêmement belliqueux depuis sa création et constitua progressivement dans les années 1970 avec l'aide des États-Unis [7], un complexe scientifico-militaro-industriel très puissant développant une maîtrise hors-pair dans les drones, la surveillance militaire, la cybersécurité, les systèmes anti-missiles et le maintien de l'ordre [8]. Cette maîtrise adaptée à sa guerre coloniale fait d'Israël un pays compétitif dans l'exportation d'armement (toujours dans le top 10 des ventes d'armes).

Comment cela fonctionne-t-il ? C'est l'Innovation Authority, sous mandat direct du Premier ministre qui finance aussi bien les start-up que les PME que les grands groupes, pour des projets intéressant en premier chef Tsahal (cyberdéfense, cybersécurité, nanotechnologies, IA, etc), mais aussi des domaines où la tech israélienne à déjà une longueur d'avance permettant de conforter son statut derrière les État-Unis, de « seconde Silicon Valley ».

« L'écosystème israélien doit énormément à l'intervention publique massive dès les phases d'amorçage. En France, on a mis du temps à le comprendre. Il faut des instruments publics efficaces pour faire germer des start-up » [9]

Ces financements sont aussi audacieux et fonctionnent selon le jeux « du zèbre et du guépard : l'État israélien produit en masse des start-up innovantes (les zèbres) qui se font racheter par les géants de la tech, la plupart du temps américain (les guépards). Ainsi les guépards s'implantent en Israël, créent des emplois, injectent des liquidités, confortent l'économie du pays et attirent de nouveaux groupes.

On sait que cette politique économique axée sur les start-ups avait inspiré Emmanuel Macron dans sa désormais fameuse déclaration de 2017 :

« I want France to be a start-up nation. A nation that thinks and moves like a start-up. »

Quand, il transpose à la France ce mot d'ordre de « start-up nation » jusque-là réservé à Israël, Emmanuel Macron choisit de le faire lors du salon Vivatech, lui même calqué sur les grands showroom israéliens comme le salon DLD de Tel Aviv.

Les liens France-Israël

Les liens économiques entre la France et Israël sont anciens et nombreux. Ils sont assurés par quatre organismes principaux. Passons-les rapidement en revue.

La Chambre de commerce et d'industrie France-Israël (CCIIF) est une structure créée en 1957 [10]. Elle laisse progressivement la place à La Chambre de commerce France-Israël (CCFI), et son site promotionnel Israel Valley [11] qui est surtout un relais médiatique en faveur de l'économie israélienne et des coopération avec la France. L'Observatoire de l'armement précise que la Chambre « organise nombre d'évènements dans lesquels il n'est pas rare de voir participer comme intervenants des chercheurs, des responsables français et israéliens, impliqués dans des domaines de cyberdéfense, du spatial et autres secteurs connexes à la défense et à la sécurité » [12].

Le Technion France est le relais français du Technion Israel Institute of Technology, une grande université et école d'ingénieurs israélienne, sorte de « MIT du Moyen-Orient ». Le Technion France fait connaître les réalisations et les projets du Technion en France dans les milieux scientifiques, académiques, industriels et économiques. L'institution cherche à développer des partenariats et des coopérations sur des sujets d'intérêt commun comme la e-santé et les nanotechnologies. Il multiplie les coopérations industrielles avec des entreprises françaises comme Véolia, Total, Havas, ou encore Servier, Arkema, SEB Alliance et Alstom. Enfin, le Technion France a mis en place de nombreux partenariats académiques (co-tutelles de thèses, mobilité des étudiants, doubles diplômes…) notamment avec l'École Polytechnique, l'Institut Mines Télécom, Université Paris Dauphine, Centrale Supélec, ou encore l'Université Paris Saclay [13].

La French Tech en Israël, déclinaison israélienne depuis 2016 de la French Tech. En Israël, « il s'agit d'un réseau assez actif d'investisseurs et d'entrepreneurs » explique Stéphane Chouchan, « ambassadeur French Tech Israël, Conseiller du commerce extérieur et directeur pays pour Israël de STMicroelectronics » [14], qui ajoute : « Le réseau fonctionne très bien aux États-Unis et en Israël, mais moins en France. »

Enfin, le Comité Israël des Conseillers Extérieurs de la France (Comité Israël des CCE), le lobby des sociétés françaises œuvrant en Israël. On trouve dans leur conseil d'administration, les plus importantes de ces entreprises. Ainsi, le vice-président et trésorier du CCE Israël est le directeur de Thales-Israël, un autre est le représentant en Israël de direction générale internationale de Dassault Aviation. Ce dernier « a débuté sa carrière chez Dassault Aviation en 1990 dans le domaine de la guerre électronique puis après un passage à la direction commerciale en 1996 où il a négocié la vente de produits militaires et spatiaux, a été appelé à la direction des achats en 2002 afin de s'occuper de grand compte tel que Thales, puis des partenaires israéliens jusqu'en 2017. » [15]. On retrouve encore Stephane Chouchan :

« En charge de la filiale du groupe depuis 2007. ST est implanté depuis plus de 18 ans en Israël avec un site de Vente et Marketing, un centre R&D et, depuis 2018, avec le ST-Up Accelerator : un accélérateur de startups hardware late-stage. Parmi les projets réalisés avec des composants ST : Mobileye EyeQ SoC ; Autotalks Craton SoC ; Adasky Ada SoC, des composants de puissance chez SolarEdge, le STM32 pour Strauss/Tami4 ainsi que l'implémentation de capteurs et micro-contrôleurs dans le robot de Temi. » [16]

Tous ces structures bi-nationales servent à nourrir des partenariats technoscientifiques dans les domaines qui intéressent les deux régions, c'est-à-dire la plupart du temps dans la nano et microélectroniques, les capteurs, l'internet des objets, les supra-conducteurs ou l'atome. Le CEA-Grenoble et le CNRS font régulièrement des échanges de leur chercheurs avec de grandes universités israéliennes [17] permettant de renforcer les liens militaro-civils qui ne date pas d'hier et a permit historiquement à Israël d'avoir la bombe atomique, et dont l'Observatoire des armements note que cette coopération atomique à été relancé en 2010 [18].

Les liens Grenoble-Israël

À Grenoble, on peut s'intéresser aux activités de l'un des plus gros instituts de l'université, l'IMAG, centre de recherche en logiciel, IA et internet des objets. En son sein, le laboratoire Verimag, laboratoire de recherche sur les logiciels embarqués, avait retenu en 2020 notre attention pour ses liens étroits avec le complexe français [19]. Mentionnons par exemple le projet CAPACITES [20] qui réunissait de 2014 à 2017 pratiquement tout le complexe militaro-industriel français (MBDA, ONERA, Safran, Dassault Aviation, Airbus Helicopter, etc) sous la houlette de Verimag et de la start-up de design de puce pour l'armement, la grenobloise Kalray.

Verimag s'est acoquiné plusieurs fois avec le mastodonte israélien de l'armement Israel Aerospace Industries (IAI) pour des projets des recherches en drones de combat : le projet COMBEST [21] (avec comme partenaire connexe EADS) ; le projet SafeAir II [22] (avec comme partenaire MBDA) ; les projet OMEGA [23] et SPEEDS (avec EADS). Précisons que l'actuel directeur de l'université, Yassine Lakhnech, figure comme chercheur de ces projets en lien avec le conglomérat israélien.

La start-up israélienne Weebit Nano, spécialiste du design et de la fabrication de puces nouvelle génération pour la mémoire RAM a, elle, un partenariat structurel avec le CEA-Leti. Elle teste dans les salles blanches du CEA ses dernières innovations et utilise du substrat semi-conducteurs préparé par le Leti (notament du FD-SOI).

On pourrait également citer la société Dolphin Design (ex Dolphin Integration), domiciliée à Meylan. Cette entreprise dessine des puces pour des applications civiles et militaires, notamment du SoC (System-on-Chip). Rachetée conjointement par la société iséroise Soitec et le géant français du missile MDBA, Dolphin Design est bien implantée en Israël depuis la moitié des années 90 [24]. Cette implantation lui permettant de ravir des marchés militaires au Proche-Orient et profiter des réseaux de la tech israélienne. Il est en effet très intéressant pour des sociétés qui font du design de puces et de la création de nouvelles fonctions électroniques de s'implanter en Israël. Non pas tant pour profiter d'un marché déjà bien saturé, mais plutôt pour se servir de son expertise en ce domaine [25].

On sait que Grenoble est jumelée avec la ville universitaire de Rehovot depuis 1984. Or, à Rehovot on trouve l'Institut Weizmann, une sorte d'équivalent de la branche recherche du CEA [26]. Le site de la mairie de Grenoble nous explique que ce jumelage est réalisé dans le cadre de coopération de l'Institut Weizmann avec l'Université Joseph Fourier (Grenoble 1) [27].

Comme au CEA, les chercheurs et doctorant bénéficient d'un cadre de travail relativement libre leur permettant de « buller » dans leur recherche pointilleuse en physique nucléaire ou biologie de synthèse [28]. Le directeur de l'institut l'explique à Bruno Lemaire lors de la visite de ce dernier.

« Ici la recherche scientifique pure et ses futures applications sont deux choses absolument séparées. Les scientifiques étudient ici par curiosité, avec une liberté de pensée complète. Une fois que vous avez trouvé quelqu'un avec du talent, il faut lui donner tous les moyens possibles. » [29]

Mais – car il y a toujours un « mais » à chaque fois que l'on parle de liberté dans le technocapitalisme – l'Institut Weizmann, via son bureau de transfert (Navor), touche des royalties sur les découvertes de ses blouses blanches, (comme le CEA dispose aussi de ses bureaux de transfert CEA-Investissement et sa société Supernova Invest [30]). Ce qui lui a rapporté en 2016... 3,5 milliards de dollars ! [31] La liberté est à ce prix.

Indiquons que l'institut Weizmann possède en France une fondation destinée à capter les deniers et les cerveaux français et à faire sa pub dans l'Hexagone, Weizmann France [32]. Le président de Weizmann France n'est autre que Maurice Levy, patron de Publicis – donc organisateur du salon des technologies israélienne Vivatech [33].

On ne peut pas conclure ce petit état de l'amitié entre les entreprises françaises et israéliennes sans parler du plus gros employeur grenoblois : STMicroelectronics. Écoutons encore une fois l'ambassadeur et blagueur Stéphane Chouchan :

« STMicroelectronics est un des leaders européens du semi-conducteur, avec un chiffre d'affaires de 8,35 milliards de dollars en 2017 et 120 millions de dollars domestiques en Israël, ce qui fait de STMicroeletronics l'un des plus grands acteurs du semi-conducteur en Israël. […] Nous menons depuis plus de quinze ans des partenariats avec Mobileye ou Valens, mais nous nous sommes également stratégiquement rapprochés de Cisco, Mellanox ou autres. Nous partageons également des projets avec des centres de design. Nous ne sommes en effet pas toujours facilement identifiables. Or les centres de design constituent parfois une aide précieuse dans ce domaine. Nous menons aussi des partenariats avec les universités, comme le Technion ou l'université de Tel-Aviv. [… ] Après avoir ouvert un centre de ventes en 2002 et un centre de recherche et développement en 2012, il nous est apparu logique d'ouvrir un centre d'innovation en 2018. Nous favorisons donc l'accès à la technologie, aux centres de recherche et développement, aux unités commerciales, aux manufactures, qui font défaut à la plupart des sociétés israéliennes. Dans le monde du semi-conducteur, cette expertise est d'une grande valeur. Nous jouons en quelque sorte le rôle de « grand frère technologique », qui rend possible des projets parfois assez ambitieux du point de vue industriel. » [34]

ST joue en Israël comme son homologue américain Intel Corp., le rôle de guépard, captant les cerveaux et les start-up à forte valeur ajoutée pour nouer des partenariats ou les intégrer au groupe franco-italien.

Il faut noter aussi que la fonderie israélienne Tower Semiconductor, spécialiste des circuits analogiques et capteurs thermiques a signé un accord avec ST pour s'implanter dans la nouvelle usine de ST d'Agrate en Italie [35]. L'activité de Tower ? Faire des circuits spéciaux notamment pour l'industrie de l'armement :

« Tower est le fournisseur unique proposant la plus large gamme de technologies pouvant être utilisées par les clients A&D [Aérospatial et Défense] pour les besoins gouvernementaux, militaires et de défense, notamment les ROIC à grande matrice [36], les imageurs, la photonique sur silicium, le CMOS sur SOI pour les applications RH, les MEMS et les dispositifs à ondes millimétriques, entre autres. » [37]

L'entreprise a reçu, sous la marque « Towerjazz », les qualification ITAR (International Trafic in Arms Regulations) pour ses puces 65nm lui permettant de s'ouvrir au marché américain de la Défense. Elle est classée par le DMEA (Defense Microelctroniocs Activity) du
ministère de la Défense américain (DoD) comme une boîte importante et sûre [38].

Puisqu'on parle de STMicroelectronics, il serait malvenu d'oublier sa voisine Soitec et comme elle, spin-off du CEA-Grenoble. Ainsi, les plaquettes SOI utilisées par Tower proviennent de Soitec, qui fournit à Tower des dizaines de milliers de plaquettes RF-SOI 300nm par an [39].

Comme Tower, ST a un certain savoir-faire dans les produits spécifiques à destination du militaire. L'entreprise grenobloise est le chef de file du projet militaire européen EXCEED notamment pour le design de « système sur puce » ('system-on-chip' SoC [40]) avec la technologie développée par Soitec (FD-SOI 28 nm) dans son centre de recherche grenoblois sur le Polygone scientifique. Parmi les partenaires du projet, on trouve ArianeGroup (fabricant du missile atomique M51), Thales, MBDA, Safran Electronics and Defense et l'avionneur italien Leonardo. Le projet durera de 2020 à 2025 avec une enveloppe totale de 12 Millions d'euros dont 1,9 pour ST. Les puces issues du projet sont destinées à équiper, d'après la communication :

« les capteurs RF et réseaux de traitement du signal, radios flexibles, positionnement et navigation sécurisés, liaisons de données UAV [drone], réseaux militaires, des moteurs de cryptographie flexibles, soldat débarqué, contrôleurs de guidage et de mission critiques » [41].

Nos luttes sont matérielles et locales

En guise de conclusion nous tenons à dire que nous n'avons rien ni contre les Israéliens, ni contre les Palestiniens, ni contre les Juifs, les Arabes, ni contre les Slaves, les Russes, les Ukrainiens, ni contre n'importe quel peuple. Ce que nous combattons, c'est une logique à l'oeuvre et une façon dont notre monde est agencé : le technocapitalisme et sa course en avant mortifère et sanguinaire, aidé dans cette course par les structures étatiques et supra-étatiques. Qu'elles soit « made in France », « made in Israel » ou « made in Ukraine », les technologies continueront à nous tuer en tant qu'humains et en tant qu'êtres vivants. Elles continueront à nous écraser et à nous asservir comme des esclaves.

Nous ne disons pas que tout se vaut, mais, depuis notre position et avec les idées qui nous portent, nous ne pouvons nous contenter d'accepter benoîtement la guerre de « l'Axe du Bien » face à la « Barbarie ». A l'heure de la fusion intégrale entre le capital et la technologie, il n'y a plus à choisir. Il n'y a rien à regretter de notre monde absurde et sans consistance où la guerre industrielle est devenue une option de gouvernance parmi d'autres, où « tout change pour que rien ne change » dans un confort ouaté de consommateur-citoyen ou sous une maison en ruine. Notre exigence de liberté nous commande d'agir tout de suite et ici-même. La mobilisation totale pour la guerre nous guette, tâchons d'être plus rapide qu'elle avant que nous soyons tous pris dans son piège inextricable.

Le combat se situe donc bien au-delà des appels patriotiques, nationalistes, ethniques ou communautaires. La seule communauté auxquels nous accordons de l'importance et pour laquelle nous nous battrons sans relâche, c'est la communauté humaine. C'est dans cette optique que nous essayons d'aider nos congénères dans une pure localité de la lutte : solidarité avec nos congénères opprimés et combats sans relâche contre les ingénieurs, scientifiques, technologues et encravatés des instituts mortifères. Car le pouvoir aujourd'hui se situe là : dans la puissance liée à l'argent et à la technologie, liée aux machines, aux usines, aux laboratoires et à leurs directives. Dans cette démarche d'action réelle et endurante, intransigeante et stratégique, nous combattons donc les sbires grenoblois et leur modèle de développement car nous savons que les répercussions – on les vois déjà – dépassent de loin les frontières naturelles de nos montagnes.

Tout est à faire, les rapports de force se mettent en place pendant que les contradictions profondes réémergent. Tâchons de dépasser les fausses oppositions, précipitons les frictions et poussons les exigences de liberté à l'ensemble de la vie humaine pour qu'enfin, le mouvement de contestation émergeant embrasse dans la négation la totalité des existences.

Bella matribus detestata

Groupe Grothendieck,
Grenoble, Mars 2024.
groupe-grothendieck@riseup.net

Pour aller plus loin :

La coopération militaire et sécuritaire France-Israël, Patrice Bouveret, préface de Taoufiq Tahani, Cahier de l'AFPS n° 28 • 2017, Observatoires des armements, associations France-Palestine Solidarité, commandable ici : https://www.obsarm.info/spip.php?article428
— Groupe Grothendieck, L'Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel, Le monde à l'envers, 2020.
— Fabrice Lamarck, Des treillis dans les labos. La recherche scientifique au service de l'armée, Le monde à l'envers, 2024.
— « Les liaisons dangereuses de l'industrie française de l'armement avec Israël » de l'Observatoire des multinationales, 20 /03/2024. https://multinationales.org/fr/actualites/les-liaisons-dangereuses-de-l-industrie-francaise-de-l-armement-avec-israel
— Stop Arming Israel France : https://padlet.com/stoparmingisraelfrance/ressources
— Coordination Régionale Anti-Armement et Militarisme (CRAAM) : https://craam.noblogs.org/


[1] Le Daubé, 23/03/2024.

[2] « La 'Start-Up nation', Israël, un modèle à suivre pour la France ? », Daniel Halevy-Goetschel, Servir 2023/1 (N° 519), pages 111 à 115.

[3] Groupe Grothendieck, L'Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel, Le monde à l'envers, 2020.

[7] Encore en 2012, l'aide militaire américaine à Israël s'élevait à 3 milliards de dollars (20 % du budget de la défense Israélienne). C.f. « Du dirigisme militaro-industriel au libéralisme civil : l'économie israélienne dans tous ses états » de Jacques Bendelac, Politique étrangère, 2013/1.

[8] Voir la brochure très complète de Patrice Bouveret (Obsarm), « La coopération militaire et sécuritaire France-Israël », 2017.

[12] Patrice Bouveret, « La coopération militaire et sécuritaire France-Israël », 2017, p 147.

[14] « Table ronde 2 – La start-up nation et la French Tech en action » dans « France-Israël : Regards croisés sur l'innovation technologique » du Groupe inter-parlementaire d'amitié France-Israël, N° 149, juin 2018. https://www.senat.fr/ga/ga149/ga1492.html

[18] « La coopération militaire et sécuritaire France-Israël », op. cit., p 146.

[19] Cf Groupe Grothendieck, L'Université désintégrée, op. cit.

[26] Nous avons déjà parlé de l'Institut Weizman dans l'épisode 4 de La Guerre généralisée au vivant, disponible sur https://lundi.am/Guerre-generalisee-au-vivant-et-biotechnologies-3-4

[28] C.f Groupe Grothendieck, Guerre généralisée au vivant et biotechnologies, épisode 4/4, sur Lundi.am

[34] « Table ronde 2 - La start-up nation et la French tech en action » dans « France-Israël : Regards croisés sur l'innovation technologique » du Groupe inter-parlementaire d'amitié France-Israël, N° 149, juin 2018. https://www.senat.fr/ga/ga149/ga1492.html

[36] Les ROIC sont des micropuces utilisées pour lire les détecteurs infrarouges et ultraviolets dans la surveillance militaire et d'autres applications allant de l'astronomie aux rayons X à la sécurité et à l'inspection industrielle.

[40] Les SoC sont des circuits intégrés embarqués ayant sur une même puce un dispositif complet pouvant comprendre de la mémoire, un ou plusieurs microprocesseurs, des périphériques d'interface, des dispositifs (capteurs) mécaniques, opto-électroniques, chimiques ou biologiques et des circuits radio. Il sont souvent très appréciés par les militaires pour leur faible consommation électrique, très pratique pour les drones et les missiles.

🔲 ☆

Produire de l'innovation, innover dans la production

Le collectif STopMicro lutte depuis l'automne 2022 contre les conséquences écologiques, sociales et sociétales des agrandissements des multinationales STMicrolectronics et Soitec, deux méga-usines qui fabriquent des puces électroniques destinées à l'automobile, l'internet des objets ou encore l'armement. Pillage de l'eau potable, pollution massive, tout est bon pour ne pas rester sur la touche de la compétitivité et de l'innovation.

Le 1er avril 2023 plus d'un millier de personnes se retrouvaient pour manifester. Un an plus tard, c'est un grand week-end de mobilisation qui est organisé le 5, 6 et 7 avril 2024 à Grenoble et dans le Grésivaudan. Le collectif StopMicro nous a transmis ce petit tour d'horizon en guise d'annonce.

A Grenoble on fabrique des puces

Quand, en juillet 2022, Emmanuel Macron est venu à Crolles inaugurer l'agrandissement de l'usine STMicroelectronics, il faisait chaud. Il annonçait au passage que l'agrandissement serait financé à hauteur de 2,9 milliards d'euros d'argent public, « le plus grand investissement industriel des dernières décennies hors nucléaire » comme le rapporte fièrement Bruno Le Maire [1]. Une « réjouissance » pour le maire EELV de Grenoble. STMicroelectronics est le premier employeur de la région avec plus de 6000 salarié·es, et sa voisine Soitec en emploie aujourd'hui 2000. Toutes les deux produisent des semis-conducteurs, des « puces électroniques ». Un marché « stratégique » en pleine expansion : 15 % d'augmentation de la production par an, l'objectif de quadrupler la production sur le sol européen d'ici 2030. Alors la tête haute et le torse bombé, politicien.ne.s et industriels nous montrent le chemin du monde de demain et nous délivrent leur joyeuse définition du progrès, forte de propagande mensongère.

Nous les saluons pour avoir, en même temps que cette inauguration, donné naissance à notre collectif et à la vague d'indignation et d'opposition qui grossit depuis sans faiblir.

Anatomie du modèle grenoblois : recherche, enseignement, industrie, armée

Comprenons là où nous mettons les pieds. A Grenoble, nous avons au moins trois pôles de recherche et développement dont le plus gros se situe sur la presqu'île entre le Drac et l'Isère, appelée d'après son origine militaire le « Polygone scientifique ». Ce désert de béton et de verre est peuplé de plus de 10000 ingénieurs le jour, s'activant à penser l'innovation, la dystopie de demain, dans des laboratoires à accès badgé et des « salles blanches » prototypes. La production, elle, se fait dans les usines de STMicroelectronics et Soitec dans les communes voisines de Crolles et Bernin.

Si les mains du monstre industriel se situent dans les méga-usines, nombre de ses organes vitaux se situent sur le Polygone. En voici une brève anatomie :

— Le CEA (Commissariat a l'Énergie Atomique) implanté depuis 1956 à Grenoble, constitue, via le CEA-LETI, « l'un des principaux centres de recherche appliquée en microélectronique et nanotechnologies dans le monde » [2]. Il remplit la fonction d'estomac, ingurgitant les ingénieurs, et les subventions publiques. Puis, lorsque les recherches trouvent un domaine d'application industrielle, elles sont tout droit régurgitées en direction d'investisseurs privés, sous forme de spinn-off : c'est le cas de ST et Soitec, des start-ups avant l'heure. Le CEA continue de collaborer, fièrement, avec celles qui se font appeler les « locomotives » de l'industrie locale.

— Le centre de recherche et développement de STMicroelectronics est l'une des nombreuses têtes de l'hydre techno-industrielle grenobloise. Quoi de plus logique que son implantation sur le Polygone, à côté de papa-CEA. Employant 2000 ingénieur·es, le site grenoblois est un des plus gros sites de recherche et d'innovation de la multinationale. C'est ici que sont conçues les nouvelles puces, leur « design » et leur processus de fabrication optimal. On y trouve les cadres en col blanc et les ingénieurs fan de trek, tandis que les ouvrier·es en combinaison intégrale, elles et eux, s'activent aux 3x8 dans les salles blanches de l'usine de Crolles.

— Accroché au CEA comme une vésicule biliaire à l'estomac, le Synchrotron, ce donut géant, perfuse la Presqu'île d'un flux continu de mesures et de datas à n'en plus finir et consomme au passage une quantité faramineuse d'électricité (500 Gigawatt/h par an).

— On pourrait aussi parler : de cette vieille bombe à retardement qu'est le réacteur nucléaire d'essai de l'Institut Laue-Langevin, tumeur en sommeil abreuvée d'uranium enrichi de qualité militaire ; de Minatec ; de Clinatec ; de l'Idea's Lab ; du Laboratoire des champs magnétiques intenses… Mais arrêtons ici cette liste à la Prévert d'une machine mortifère en expansion continue où l'humain n'a plus sa place (à ce sujet lire le livre du Groupe Grothendieck L'Université désintégrée).

Un empilement de nuisances

A quoi s'affaire le pôle de l'innovation local ? A penser l'avenir. Penser le monde de demain c'est une chose, mais le faire advenir matériellement avec toutes ces conséquences, c'en est une autre. Comme toute industrie du numérique, la production nécessite l'extraction de métaux sur toute la surface du globe. Invisibles depuis l'Isère, nombre de nuisances sont pour les pays du Sud, où l'extractivisme néocolonial bat son plein au détriment des populations locales et de leur environnement [3]. La « dématérialisation » du monde connecté, on le sait depuis longtemps maintenant, est éminemment matérielle.

Au niveau local, ces usines consomment aujourd'hui plus de 16 500 mètres cubes d'eau potable par jour (12 piscines olympiques par jour, 700 000 douches), en consommeront 29 000 à horizon 2028. Une eau qui ressort largement polluée dans l'Isère, en raison des produits chimiques divers et variés dont elle se charge au contact des plaques de silicium. Une quantité de substances qui vaut à STMicroelectronics l'élégant label de « site Seveso seuil haut ». Bénéficiant de dérogations pour avoir le droit de polluer plus que ce que les normes européennes ne l'autorisent [4], industriels et politiques ne reculent devant rien pour que, sous l'alibi du progrès nécessaire, les intérêts économicistes de STMicroelectronics soient comblés.

Et le progrès a sa définition ! STMicroelectronics fabrique des puces qui équipent les voitures connectées les plus récentes (essentielles pour régler automatiquement les rétroviseurs !), les stations terrestres du projet StarLink, les caméras pour la reconnaissance faciale des smartphones, une myriade d'objets connectés au mieux inutiles (avez-vous penser à vous procurer votre bouteille d'eau connectée qui vous rappellera de boire ? [5]) et au pire terrifiants : applications pour le smartfarming, l'autre nom de l'agriculture sans paysan·ne·s [6].

Autre réjouissance : des puces pour le commerce de la guerre, comme le rapportait l'ONG L'Obsarm, relayé par le média Blast [7]. Avec une mention spéciale pour les drones kamikazes destinés à l'armée russe, contournement explicite de l'embargo.

L'agrandissement de ces usines est une aberration socio-écologique. Il n'y avait jusqu'alors jamais eu une opposition d'une telle ampleur à l'industrie de la microélectronique dans la région. Il semble que quelque chose se passe. La question de l'usage de l'eau nous traverse, et se répand sécheresse après sécheresse.

Mais ce n'est pas tout.

La fuite en avant technologique questionne. Le mythe du Progrès a du plomb dans l'aile. Le vernis de la transition écologique porté par les industriels et les pouvoirs publics se craquelle.

Le temps presse, il nous faut accélérer le craquèlement.

Que faire ?

Face à ces gigantesques entreprises dont chaque agrandissement renforce l'emprise et la dépendance économiques sur le territoire grenoblois, comment agir ?

Nous invitons à une marche familiale et massive, pour rassembler, grandir encore.

Une marche jusqu'au Polygone scientifique grenoblois samedi 6 avril 2024, le temps fort du week-end.
Nous proposons aussi un grand nombre de conférences et de discussions, pour affiner ensemble notre analyse de la situation et élaborer des perspectives. Elles se tiendront le vendredi 5 à Grenoble, et le dimanche 7 à Crolles.

Voici le programme complet de ce week-end de mobilisation : https://stopmicro38.noblogs.org/post/2024/03/18/5-6-7-avril-2024-le-programme/

Derrière l'activisme nous savons qu'en creux, c'est une désinvisibilisation de l'absurde qui se répand dans les têtes et donc une union des colères face au non-sens.

Rendez-vous le 5, 6 & 7 avril 2024 à Grenoble et dans le Grésivaudan
Manifestation, conférences & actions
No puçaran !

Collectif STopMicro
stopmicro@riseup.net
https://stopmicro38.noblogs.org
Rejoignez-nous !

L'appel à la mobilisation :

https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/12/14/5-6-7-avril-2024-de-leau-pas-des-puces/


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Produire de l'innovation, innover dans la production

Le collectif STopMicro lutte depuis l'automne 2022 contre les conséquences écologiques, sociales et sociétales des agrandissements des multinationales STMicrolectronics et Soitec, deux méga-usines qui fabriquent des puces électroniques destinées à l'automobile, l'internet des objets ou encore l'armement. Pillage de l'eau potable, pollution massive, tout est bon pour ne pas rester sur la touche de la compétitivité et de l'innovation.

Le 1er avril 2023 plus d'un millier de personnes se retrouvaient pour manifester. Un an plus tard, c'est un grand week-end de mobilisation qui est organisé le 5, 6 et 7 avril 2024 à Grenoble et dans le Grésivaudan. Le collectif StopMicro nous a transmis ce petit tour d'horizon en guise d'annonce.

A Grenoble on fabrique des puces

Quand, en juillet 2022, Emmanuel Macron est venu à Crolles inaugurer l'agrandissement de l'usine STMicroelectronics, il faisait chaud. Il annonçait au passage que l'agrandissement serait financé à hauteur de 2,9 milliards d'euros d'argent public, « le plus grand investissement industriel des dernières décennies hors nucléaire » comme le rapporte fièrement Bruno Le Maire [1]. Une « réjouissance » pour le maire EELV de Grenoble. STMicroelectronics est le premier employeur de la région avec plus de 6000 salarié·es, et sa voisine Soitec en emploie aujourd'hui 2000. Toutes les deux produisent des semis-conducteurs, des « puces électroniques ». Un marché « stratégique » en pleine expansion : 15 % d'augmentation de la production par an, l'objectif de quadrupler la production sur le sol européen d'ici 2030. Alors la tête haute et le torse bombé, politicien.ne.s et industriels nous montrent le chemin du monde de demain et nous délivrent leur joyeuse définition du progrès, forte de propagande mensongère.

Nous les saluons pour avoir, en même temps que cette inauguration, donné naissance à notre collectif et à la vague d'indignation et d'opposition qui grossit depuis sans faiblir.

Anatomie du modèle grenoblois : recherche, enseignement, industrie, armée

Comprenons là où nous mettons les pieds. A Grenoble, nous avons au moins trois pôles de recherche et développement dont le plus gros se situe sur la presqu'île entre le Drac et l'Isère, appelée d'après son origine militaire le « Polygone scientifique ». Ce désert de béton et de verre est peuplé de plus de 10000 ingénieurs le jour, s'activant à penser l'innovation, la dystopie de demain, dans des laboratoires à accès badgé et des « salles blanches » prototypes. La production, elle, se fait dans les usines de STMicroelectronics et Soitec dans les communes voisines de Crolles et Bernin.

Si les mains du monstre industriel se situent dans les méga-usines, nombre de ses organes vitaux se situent sur le Polygone. En voici une brève anatomie :

— Le CEA (Commissariat a l'Énergie Atomique) implanté depuis 1956 à Grenoble, constitue, via le CEA-LETI, « l'un des principaux centres de recherche appliquée en microélectronique et nanotechnologies dans le monde » [2]. Il remplit la fonction d'estomac, ingurgitant les ingénieurs, et les subventions publiques. Puis, lorsque les recherches trouvent un domaine d'application industrielle, elles sont tout droit régurgitées en direction d'investisseurs privés, sous forme de spinn-off : c'est le cas de ST et Soitec, des start-ups avant l'heure. Le CEA continue de collaborer, fièrement, avec celles qui se font appeler les « locomotives » de l'industrie locale.

— Le centre de recherche et développement de STMicroelectronics est l'une des nombreuses têtes de l'hydre techno-industrielle grenobloise. Quoi de plus logique que son implantation sur le Polygone, à côté de papa-CEA. Employant 2000 ingénieur·es, le site grenoblois est un des plus gros sites de recherche et d'innovation de la multinationale. C'est ici que sont conçues les nouvelles puces, leur « design » et leur processus de fabrication optimal. On y trouve les cadres en col blanc et les ingénieurs fan de trek, tandis que les ouvrier·es en combinaison intégrale, elles et eux, s'activent aux 3x8 dans les salles blanches de l'usine de Crolles.

— Accroché au CEA comme une vésicule biliaire à l'estomac, le Synchrotron, ce donut géant, perfuse la Presqu'île d'un flux continu de mesures et de datas à n'en plus finir et consomme au passage une quantité faramineuse d'électricité (500 Gigawatt/h par an).

— On pourrait aussi parler : de cette vieille bombe à retardement qu'est le réacteur nucléaire d'essai de l'Institut Laue-Langevin, tumeur en sommeil abreuvée d'uranium enrichi de qualité militaire ; de Minatec ; de Clinatec ; de l'Idea's Lab ; du Laboratoire des champs magnétiques intenses… Mais arrêtons ici cette liste à la Prévert d'une machine mortifère en expansion continue où l'humain n'a plus sa place (à ce sujet lire le livre du Groupe Grothendieck L'Université désintégrée).

Un empilement de nuisances

A quoi s'affaire le pôle de l'innovation local ? A penser l'avenir. Penser le monde de demain c'est une chose, mais le faire advenir matériellement avec toutes ces conséquences, c'en est une autre. Comme toute industrie du numérique, la production nécessite l'extraction de métaux sur toute la surface du globe. Invisibles depuis l'Isère, nombre de nuisances sont pour les pays du Sud, où l'extractivisme néocolonial bat son plein au détriment des populations locales et de leur environnement [3]. La « dématérialisation » du monde connecté, on le sait depuis longtemps maintenant, est éminemment matérielle.

Au niveau local, ces usines consomment aujourd'hui plus de 16 500 mètres cubes d'eau potable par jour (12 piscines olympiques par jour, 700 000 douches), en consommeront 29 000 à horizon 2028. Une eau qui ressort largement polluée dans l'Isère, en raison des produits chimiques divers et variés dont elle se charge au contact des plaques de silicium. Une quantité de substances qui vaut à STMicroelectronics l'élégant label de « site Seveso seuil haut ». Bénéficiant de dérogations pour avoir le droit de polluer plus que ce que les normes européennes ne l'autorisent [4], industriels et politiques ne reculent devant rien pour que, sous l'alibi du progrès nécessaire, les intérêts économicistes de STMicroelectronics soient comblés.

Et le progrès a sa définition ! STMicroelectronics fabrique des puces qui équipent les voitures connectées les plus récentes (essentielles pour régler automatiquement les rétroviseurs !), les stations terrestres du projet StarLink, les caméras pour la reconnaissance faciale des smartphones, une myriade d'objets connectés au mieux inutiles (avez-vous penser à vous procurer votre bouteille d'eau connectée qui vous rappellera de boire ? [5]) et au pire terrifiants : applications pour le smartfarming, l'autre nom de l'agriculture sans paysan·ne·s [6].

Autre réjouissance : des puces pour le commerce de la guerre, comme le rapportait l'ONG L'Obsarm, relayé par le média Blast [7]. Avec une mention spéciale pour les drones kamikazes destinés à l'armée russe, contournement explicite de l'embargo.

L'agrandissement de ces usines est une aberration socio-écologique. Il n'y avait jusqu'alors jamais eu une opposition d'une telle ampleur à l'industrie de la microélectronique dans la région. Il semble que quelque chose se passe. La question de l'usage de l'eau nous traverse, et se répand sécheresse après sécheresse.

Mais ce n'est pas tout.

La fuite en avant technologique questionne. Le mythe du Progrès a du plomb dans l'aile. Le vernis de la transition écologique porté par les industriels et les pouvoirs publics se craquelle.

Le temps presse, il nous faut accélérer le craquèlement.

Que faire ?

Face à ces gigantesques entreprises dont chaque agrandissement renforce l'emprise et la dépendance économiques sur le territoire grenoblois, comment agir ?

Nous invitons à une marche familiale et massive, pour rassembler, grandir encore.

Une marche jusqu'au Polygone scientifique grenoblois samedi 6 avril 2024, le temps fort du week-end.
Nous proposons aussi un grand nombre de conférences et de discussions, pour affiner ensemble notre analyse de la situation et élaborer des perspectives. Elles se tiendront le vendredi 5 à Grenoble, et le dimanche 7 à Crolles.

Voici le programme complet de ce week-end de mobilisation : https://stopmicro38.noblogs.org/post/2024/03/18/5-6-7-avril-2024-le-programme/

Derrière l'activisme nous savons qu'en creux, c'est une désinvisibilisation de l'absurde qui se répand dans les têtes et donc une union des colères face au non-sens.

Rendez-vous le 5, 6 & 7 avril 2024 à Grenoble et dans le Grésivaudan
Manifestation, conférences & actions
No puçaran !

Collectif STopMicro
stopmicro@riseup.net
https://stopmicro38.noblogs.org
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L'appel à la mobilisation :

https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/12/14/5-6-7-avril-2024-de-leau-pas-des-puces/


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Recette pour construire une méga-usine

Ingrédients :
— une entreprise du CAC40
— un fonds de pension américain détenu majoritairement par des Émiratis
— beaucoup de béton
— pas mal d'ingénieurs et d'ouvriers du BTP
— des services préfectoraux bienveillants
— des intérêts industriels et stratégiques
— une cuillère à café d'enquête publique
— (facultatif) une pincée de concertation publique

Allergènes :
— risques industriels niveau Seveso Seuil Haut
— déni de démocratie
— production d'objets inutiles
— collaboration avec l'industrie de l'armement

RECETTE

— 1 : Mélangez l'entreprise du CAC40 avec le fonds de pension américain. Attention à ce que les 87,5 % de financements émiratis se mélangent correctement aux intérêts stratégiques de l'Union Européenne (formation de grumeaux possible).

— 2 : Pour cela, utilisez les services préfectoraux. Ils sont disponibles en quantité : réservez-en une partie au réfrigérateur pour la suite de la recette (les services de l'État se conservent au frais [1]). Avec ceux que vous aurez choisis pour ce moment, touillez sans ménagement : l'idée est d'obtenir plusieurs milliers de mètres cubes de béton bien lisse. Les arrêtés préfectoraux et autres études de la DREAL sont des outils très pratiques pour obtenir une pâte bien molle. En cas de formation de grumeaux (avis défavorable de la MRAE) continuez comme si de rien n'était et affirmez que votre recette est très très bonne.

Attention : la suite de la recette est contre-intuitive.

— 3 : À PARTIR DE JUIN 2022. Communiquez. N'attendez pas que le béton soit bien mélangé, et lancez immédiatement les conférences de presse, visites du Président de la République et autres communiqués de presse. Annoncez l'ouverture prochaine de l'usine. État d'esprit : « Notre recette est vraiment très très bonne », « le gâteau sera délicieux ».

— 4 : AU MÊME MOMENT.
Lancez sans attendre les travaux. Vérifiez que votre béton est bien mélangé aux intérêts industriels et stratégiques. Ajoutez les ingénieurs, le béton et les ouvriers du BTP en touillant énergiquement. Ne laissez pas reposer, les travaux doivent avancer à marche forcée. Comme on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, il est possible que des ouvriers meurent sur le chantier [2]. Continuez à communiquer, et n'hésitez pas à affirmer que la méga-usine entrera en production « début 2024 » [3], voire qu'elle est déjà en fonctionnement [4].

— 5 : SEPTEMBRE-OCTOBRE 2023. Vérifiez que le chantier est bien avancé. Lancez alors une enquête publique. Pas la peine d'en acheter un sac entier, vous n'en avez besoin que d'une cuillère à café. Organisez deux réunions publiques et une consultation en ligne de 43 jours. Ne vous embêtez pas à construire un dossier solide : l'idée est simplement de décorer la méga-usine. En cas de rupture de stock, vous pouvez également vous servir de paillettes de chocolat, le résultat sera le même. Vérifiez l'effet produit : vous devez maintenant être à deux doigts de bénéficier d'un avis favorable à la mise en service.

— 5bis : DÉCEMBRE 2023. Droit à l'erreur. Oups, vous avez foiré votre recette en mettant les ingrédients dans le désordre. Il parait qu'il aurait fallu commencer par une concertation publique avant de lancer l'enquête publique… Qu'à cela ne tienne, avec cette recette on peut toujours rattraper le coup : passez directement à l'étape suivante !

— 6 : MARS-AVRIL 2024.
Concertez la population. Dernière étape avant la mise en service : la démocratie. Exercice exigeant, mais qui arrive à la fin du processus, quand tout est déjà prêt, donc pas trop de stress à avoir. Il est même possible d'éviter cette étape, sauf si les opposants à votre recette ont fait savoir partout que le gâteau serait immangeable. Oubliez ces jaloux et pliez-vous à l'exercice (votre service com' et les services préfectoraux vous ont expliqué que c'est un passage obligé). Détendez-vous, rappelez-vous que vous avez le soutien d'Emmanuel Macron et de l'Europe. Laissez les gens s'exprimer, bouchez vos oreilles si nécessaire.

— 7 : COURANT 2024. C'est prêt, ouvrez l'usine ! Ressortez du frigo les services de la préfecture que vous aviez réservés et réchauffez-les au micro-ondes. Demandez un arrêté de mise en service, ou DAE (demande d'autorisation environnementale). À ce moment, une seule inconnue : puisque c'est la première fois que la CNDP retoque un industriel qui a « oublié » de faire la concertation en amont de l'enquête publique, personne ne sait s'il va falloir refaire l'enquête publique qui a eu lieu avant [5], ou si on pourra « se débrouiller ». Croisez les doigts, et n'hésitez pas à repasser un petit coup de fil à Emmanuel Macron. Vous pouvez faire une méga-inauguration pour la méga-usine. Attention, possibilité que les opposants gâchent encore une fois la fête.

Au vu des éléments ci-dessus, il est possible que des gastronomes raffinés considèrent que votre recette est faite à l'envers, voire qu'elle est franchement dégueulasse et qu'ils décident de saboter votre concertation pipeau. Il est même possible qu'ils organisent eux-mêmes de véritables débats démocratiques sur l'utilité sociale de votre production.
Affirmez qu'ils ne connaissent rien à la cuisine, qu'ils ne savent pas ce qui est bon. Souvenez-vous des millions d'euros que vous comptez gagner dans l'opération et affirmez que vous agissez au nom du bien commun et de l'intérêt général.

Tous à table !
22 mars, 19h, Maison Minatec

Tous les amateurs et toutes les amatrices de gastronomie sont convié-e-s à amener leurs casseroles pour participer à la recette lors du « débat » intitulé « La microélectronique : des pionniers isérois aux créateurs et fabricants d'innovations technologiques pour relever les défis de notre société ». Si la recette est mauvaise, nous ne nous priverons pas de le dire et de taper sur nos casseroles !

* * *

Pourquoi nous boycottons la pseudo-concertation sur l'agrandissement de STMicro à Crolles

Dans le cadre de projets techno-industriels impliquant les intérêts militaires (comme les agrandissements de ST et de Soitec), il ne peut pas y avoir de « démocratie ». Les décisions sont déjà prises au plus haut niveau. Ainsi, la « concertation » qu'on nous vend comme un moment de démocratie est une vaste mascarade. Elle est organisée dans l'urgence et ne permet pas de poser les questions de fond qu'il serait pourtant utile de traiter collectivement, à savoir : quelle société est compatible avec les limites planétaires et les exigences de justice sociale ? Quel avenir voulons-nous ? Ces exigences sont-elles compatibles avec un monde ultra-connecté ?

ST : juge et partie

Il n'y a qu'à lire les textes publiés par la CNDP elle-même pour s'en convaincre. On y relève que « la « concertation préalable » désigne une procédure participative bien précise : elle s'adresse à toute personne, et les échanges sont publics. Mais contrairement au « débat public », c'est le responsable du plan ou du projet qui en est l'organisateur [et qui] reste décisionnaire in fine du processus de participation. » Et la CNDP d'ajouter : « Les recommandations suite aux débats publics ou aux concertations ne sont donc pas contraignantes pour les décideurs d'un point de vue juridique puisqu'ils peuvent refuser d'y donner une suite positive. » C'est bien ST qui choisira les termes du débat et son issue.

Concertation… ou spot de pub pour la « life.augmented » ?

Sur le site du lancement de la consultation, on apprend qu'il ne sera nullement question de discuter du bien-fondé des puces, bien au contraire ! On cite : « Présents dans de nombreux objets de notre vie quotidienne (smartphones, éclairages LED, électroménager, voitures…) ou dans de multiples appareillages (appareils d'imagerie médicale, panneaux photovoltaïques, satellites…), dont nous ne pouvons nous passer, les puces électroniques, fabriquées à Crolles, sont devenues un véritable enjeu de souveraineté. D'autant plus qu'elles deviennent indispensables au soutien de la transition écologique sous l'angle des technologies avancées qui contribuent à la maîtrise de la consommation de l'eau (sic !), à la production d'énergies renouvelables et à la réduction de l'émission de gaz à effet de serre. » Le parti-pris est assumé. De même, le premier débat (le 22 mars à Minatec) a pour intitulé « La microélectronique : des pionniers isérois aux créateurs et fabricants d'innovations technologiques pour relever les défis de notre société » [6]. À ce stade, ce n'est plus de la consultation, c'est de la lobotomisation !

Un dispositif pour faire accepter un projet déjà décidé

Et la CNDP d'enfoncer le clou : « Cette concertation sur l'extension du site de Crolles de la société STMicroelectronics, menée sous l'égide de la Commission Nationale du Débat Public, a pour objectif de vous informer, de venir à votre rencontre, d'être à votre écoute, de recueillir vos suggestions, de répondre à vos questions afin que ce projet stratégique, s'intègre au mieux dans son territoire et soit respectueux de l'environnement. » Alors, si votre avis consiste à dire que « quand même, ce serait bien de faire attention à ne pas trop polluer la rivière et de pas trop sucer d'eau potable », sans oublier de préciser au préalable que « quand même les puces c'est génial hein »… alors vous avez toute votre place dans ces réunions de concertations à venir ! Mais si vous souhaitez pousser la question un peu plus loin, en faire un objet politique, alors ce n'est pas cette instance qui vous écoutera.
Soulever les implications sociales, environnementales et politiques de ce projet, questionner les usages des puces fabriquées par ST, c'est justement ce que fait le collectif STop Micro depuis son lancement : il informe et il ouvre des espaces de discussion.

Le débat public, c'est nous qui le menons, et nous allons continuer !

Pour conclure, la CNDP elle-même montre qu'elle est consciente de ses propres limites : « Cependant, la CNDP considère comme légitime que le dispositif participatif puisse être questionné. Le public peut choisir d'autres façons de s'exprimer, y compris hors des canaux et des lieux prévus pour cela. Il peut faire émerger d'autres thématiques ou manières de problématiser les enjeux. » Ça tombe bien, nous sommes là pour ça, et nous n'allons pas nous priver !

Contre les faux débats,
Contre l'accaparement des ressources par les industriels de l'électronique.

De l'eau, pas des puces !
Rendez-vous les 5, 6 et 7 avril 2024 à Crolles et à Grenoble !

Conférences et débats avec l'Observatoire de l'armement, la Coordination Rhône-Alpes Anti-Armement et Militarisme, la Quadrature du Net, le Groupe Grothendieck, François Jarrige…
Programme, informations, revue de presse, argumentaire : https://stopmicro38.noblogs.org

Collectif STopMicro, 14 mars 2024
stopmicro@riseup.net


[1] Suivant le précepte du cuisinier bien connu F. Nietzsche, pour qui « l'État est le plus froid des monstres froids » dans son traité de gastronomie Ainsi parlait Zarathoustra.

[3] Le Dauphiné Libéré, 26/08/2023.

[5] Le Dauphiné Libéré, 7/03/2024.

[6] Tout le programme de la concertation est ici.

🔲 ☆

Recette pour construire une méga-usine

Ingrédients :
— une entreprise du CAC40
— un fonds de pension américain détenu majoritairement par des Émiratis
— beaucoup de béton
— pas mal d'ingénieurs et d'ouvriers du BTP
— des services préfectoraux bienveillants
— des intérêts industriels et stratégiques
— une cuillère à café d'enquête publique
— (facultatif) une pincée de concertation publique

Allergènes :
— risques industriels niveau Seveso Seuil Haut
— déni de démocratie
— production d'objets inutiles
— collaboration avec l'industrie de l'armement

RECETTE

— 1 : Mélangez l'entreprise du CAC40 avec le fonds de pension américain. Attention à ce que les 87,5 % de financements émiratis se mélangent correctement aux intérêts stratégiques de l'Union Européenne (formation de grumeaux possible).

— 2 : Pour cela, utilisez les services préfectoraux. Ils sont disponibles en quantité : réservez-en une partie au réfrigérateur pour la suite de la recette (les services de l'État se conservent au frais [1]). Avec ceux que vous aurez choisis pour ce moment, touillez sans ménagement : l'idée est d'obtenir plusieurs milliers de mètres cubes de béton bien lisse. Les arrêtés préfectoraux et autres études de la DREAL sont des outils très pratiques pour obtenir une pâte bien molle. En cas de formation de grumeaux (avis défavorable de la MRAE) continuez comme si de rien n'était et affirmez que votre recette est très très bonne.

Attention : la suite de la recette est contre-intuitive.

— 3 : À PARTIR DE JUIN 2022. Communiquez. N'attendez pas que le béton soit bien mélangé, et lancez immédiatement les conférences de presse, visites du Président de la République et autres communiqués de presse. Annoncez l'ouverture prochaine de l'usine. État d'esprit : « Notre recette est vraiment très très bonne », « le gâteau sera délicieux ».

— 4 : AU MÊME MOMENT.
Lancez sans attendre les travaux. Vérifiez que votre béton est bien mélangé aux intérêts industriels et stratégiques. Ajoutez les ingénieurs, le béton et les ouvriers du BTP en touillant énergiquement. Ne laissez pas reposer, les travaux doivent avancer à marche forcée. Comme on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, il est possible que des ouvriers meurent sur le chantier [2]. Continuez à communiquer, et n'hésitez pas à affirmer que la méga-usine entrera en production « début 2024 » [3], voire qu'elle est déjà en fonctionnement [4].

— 5 : SEPTEMBRE-OCTOBRE 2023. Vérifiez que le chantier est bien avancé. Lancez alors une enquête publique. Pas la peine d'en acheter un sac entier, vous n'en avez besoin que d'une cuillère à café. Organisez deux réunions publiques et une consultation en ligne de 43 jours. Ne vous embêtez pas à construire un dossier solide : l'idée est simplement de décorer la méga-usine. En cas de rupture de stock, vous pouvez également vous servir de paillettes de chocolat, le résultat sera le même. Vérifiez l'effet produit : vous devez maintenant être à deux doigts de bénéficier d'un avis favorable à la mise en service.

— 5bis : DÉCEMBRE 2023. Droit à l'erreur. Oups, vous avez foiré votre recette en mettant les ingrédients dans le désordre. Il parait qu'il aurait fallu commencer par une concertation publique avant de lancer l'enquête publique… Qu'à cela ne tienne, avec cette recette on peut toujours rattraper le coup : passez directement à l'étape suivante !

— 6 : MARS-AVRIL 2024.
Concertez la population. Dernière étape avant la mise en service : la démocratie. Exercice exigeant, mais qui arrive à la fin du processus, quand tout est déjà prêt, donc pas trop de stress à avoir. Il est même possible d'éviter cette étape, sauf si les opposants à votre recette ont fait savoir partout que le gâteau serait immangeable. Oubliez ces jaloux et pliez-vous à l'exercice (votre service com' et les services préfectoraux vous ont expliqué que c'est un passage obligé). Détendez-vous, rappelez-vous que vous avez le soutien d'Emmanuel Macron et de l'Europe. Laissez les gens s'exprimer, bouchez vos oreilles si nécessaire.

— 7 : COURANT 2024. C'est prêt, ouvrez l'usine ! Ressortez du frigo les services de la préfecture que vous aviez réservés et réchauffez-les au micro-ondes. Demandez un arrêté de mise en service, ou DAE (demande d'autorisation environnementale). À ce moment, une seule inconnue : puisque c'est la première fois que la CNDP retoque un industriel qui a « oublié » de faire la concertation en amont de l'enquête publique, personne ne sait s'il va falloir refaire l'enquête publique qui a eu lieu avant [5], ou si on pourra « se débrouiller ». Croisez les doigts, et n'hésitez pas à repasser un petit coup de fil à Emmanuel Macron. Vous pouvez faire une méga-inauguration pour la méga-usine. Attention, possibilité que les opposants gâchent encore une fois la fête.

Au vu des éléments ci-dessus, il est possible que des gastronomes raffinés considèrent que votre recette est faite à l'envers, voire qu'elle est franchement dégueulasse et qu'ils décident de saboter votre concertation pipeau. Il est même possible qu'ils organisent eux-mêmes de véritables débats démocratiques sur l'utilité sociale de votre production.
Affirmez qu'ils ne connaissent rien à la cuisine, qu'ils ne savent pas ce qui est bon. Souvenez-vous des millions d'euros que vous comptez gagner dans l'opération et affirmez que vous agissez au nom du bien commun et de l'intérêt général.

Tous à table !
22 mars, 19h, Maison Minatec

Tous les amateurs et toutes les amatrices de gastronomie sont convié-e-s à amener leurs casseroles pour participer à la recette lors du « débat » intitulé « La microélectronique : des pionniers isérois aux créateurs et fabricants d'innovations technologiques pour relever les défis de notre société ». Si la recette est mauvaise, nous ne nous priverons pas de le dire et de taper sur nos casseroles !

* * *

Pourquoi nous boycottons la pseudo-concertation sur l'agrandissement de STMicro à Crolles

Dans le cadre de projets techno-industriels impliquant les intérêts militaires (comme les agrandissements de ST et de Soitec), il ne peut pas y avoir de « démocratie ». Les décisions sont déjà prises au plus haut niveau. Ainsi, la « concertation » qu'on nous vend comme un moment de démocratie est une vaste mascarade. Elle est organisée dans l'urgence et ne permet pas de poser les questions de fond qu'il serait pourtant utile de traiter collectivement, à savoir : quelle société est compatible avec les limites planétaires et les exigences de justice sociale ? Quel avenir voulons-nous ? Ces exigences sont-elles compatibles avec un monde ultra-connecté ?

ST : juge et partie

Il n'y a qu'à lire les textes publiés par la CNDP elle-même pour s'en convaincre. On y relève que « la « concertation préalable » désigne une procédure participative bien précise : elle s'adresse à toute personne, et les échanges sont publics. Mais contrairement au « débat public », c'est le responsable du plan ou du projet qui en est l'organisateur [et qui] reste décisionnaire in fine du processus de participation. » Et la CNDP d'ajouter : « Les recommandations suite aux débats publics ou aux concertations ne sont donc pas contraignantes pour les décideurs d'un point de vue juridique puisqu'ils peuvent refuser d'y donner une suite positive. » C'est bien ST qui choisira les termes du débat et son issue.

Concertation… ou spot de pub pour la « life.augmented » ?

Sur le site du lancement de la consultation, on apprend qu'il ne sera nullement question de discuter du bien-fondé des puces, bien au contraire ! On cite : « Présents dans de nombreux objets de notre vie quotidienne (smartphones, éclairages LED, électroménager, voitures…) ou dans de multiples appareillages (appareils d'imagerie médicale, panneaux photovoltaïques, satellites…), dont nous ne pouvons nous passer, les puces électroniques, fabriquées à Crolles, sont devenues un véritable enjeu de souveraineté. D'autant plus qu'elles deviennent indispensables au soutien de la transition écologique sous l'angle des technologies avancées qui contribuent à la maîtrise de la consommation de l'eau (sic !), à la production d'énergies renouvelables et à la réduction de l'émission de gaz à effet de serre. » Le parti-pris est assumé. De même, le premier débat (le 22 mars à Minatec) a pour intitulé « La microélectronique : des pionniers isérois aux créateurs et fabricants d'innovations technologiques pour relever les défis de notre société » [6]. À ce stade, ce n'est plus de la consultation, c'est de la lobotomisation !

Un dispositif pour faire accepter un projet déjà décidé

Et la CNDP d'enfoncer le clou : « Cette concertation sur l'extension du site de Crolles de la société STMicroelectronics, menée sous l'égide de la Commission Nationale du Débat Public, a pour objectif de vous informer, de venir à votre rencontre, d'être à votre écoute, de recueillir vos suggestions, de répondre à vos questions afin que ce projet stratégique, s'intègre au mieux dans son territoire et soit respectueux de l'environnement. » Alors, si votre avis consiste à dire que « quand même, ce serait bien de faire attention à ne pas trop polluer la rivière et de pas trop sucer d'eau potable », sans oublier de préciser au préalable que « quand même les puces c'est génial hein »… alors vous avez toute votre place dans ces réunions de concertations à venir ! Mais si vous souhaitez pousser la question un peu plus loin, en faire un objet politique, alors ce n'est pas cette instance qui vous écoutera.
Soulever les implications sociales, environnementales et politiques de ce projet, questionner les usages des puces fabriquées par ST, c'est justement ce que fait le collectif STop Micro depuis son lancement : il informe et il ouvre des espaces de discussion.

Le débat public, c'est nous qui le menons, et nous allons continuer !

Pour conclure, la CNDP elle-même montre qu'elle est consciente de ses propres limites : « Cependant, la CNDP considère comme légitime que le dispositif participatif puisse être questionné. Le public peut choisir d'autres façons de s'exprimer, y compris hors des canaux et des lieux prévus pour cela. Il peut faire émerger d'autres thématiques ou manières de problématiser les enjeux. » Ça tombe bien, nous sommes là pour ça, et nous n'allons pas nous priver !

Contre les faux débats,
Contre l'accaparement des ressources par les industriels de l'électronique.

De l'eau, pas des puces !
Rendez-vous les 5, 6 et 7 avril 2024 à Crolles et à Grenoble !

Conférences et débats avec l'Observatoire de l'armement, la Coordination Rhône-Alpes Anti-Armement et Militarisme, la Quadrature du Net, le Groupe Grothendieck, François Jarrige…
Programme, informations, revue de presse, argumentaire : https://stopmicro38.noblogs.org

Collectif STopMicro, 14 mars 2024
stopmicro@riseup.net


[1] Suivant le précepte du cuisinier bien connu F. Nietzsche, pour qui « l'État est le plus froid des monstres froids » dans son traité de gastronomie Ainsi parlait Zarathoustra.

[3] Le Dauphiné Libéré, 26/08/2023.

[5] Le Dauphiné Libéré, 7/03/2024.

[6] Tout le programme de la concertation est ici.

🔲 ☆

Qu'est-ce que l'économie ?

Si le droit féodal a été jusqu'à l'époque moderne, l'Ancien Testament de la domination ; l'économie politique est son Évangile – Jacques Fradin est, pour nous, le liquidateur testamentaire des faux prophètes et des bonnes paroles, le contre-prêtre, l'ingénieur rédempteur, l'huissier anarchiste mandaté pour expulser de son squat existentiel, tout le Règne de l'Économie. Il y a bientôt 10 ans, nous avions réalisé avec lui une série de 10 leçons d'une trentaine de minutes chacune : « Qu'est-ce que l'économie ? ». Il s'agissait de rendre accessible un travail dense mais salutaire que l'on pourrait résumer en quelques mots : l'économie n'est ni plus ni moins qu'une religion, une modalité de gouvernement et un despotisme. Démonstration implacable et punchlines garanties.

Nous venons de remettre cette série au propre et de réorganiser les épisodes dans une « playlist » youtube accessible ici.

Leçon 1 : Du conforme à l'uniforme

Que reste-t-il lorsque l'autorité se dissout de partout, lorsque la légitimité du pouvoir s'évanouit, lorsque des classes entières de la population deviennent « ingérables » ?
Il reste l'inscription dans les circuits monétaires.
L'économie est la dernière méthode de gouvernement.
Dernière méthode, bien archaïque, de dressage, de surveillance, de canalisation.
L'économie est un système politique particulier, celui du despotisme éclairé par la raison calculatoire.

Leçon 2 : La machinerie de l'uniformisation

Quel est l'objet du gouvernement économique, du despotisme économique qui nous dirige ?
L'objet de l'économie n'a jamais été de produire des objets appétissants ou des petites machines merveilleuses, des gadgets ou des drogues. Mais a toujours été de fabriquer un type humain bien dressé.
Bien dressé par et pour le travail.
Bien conformé pour mener la vie sous l'uniforme du touriste consommateur.
C'est cette uniformisation, l'obtention d'un mouvement régulier, à la limite invisible, l'obtention d'un effacement des individus soumis aux règles économiques, auto, boulot, caddie, qui permet de « laisser » l'autoentrepreneur de soi tourner comme le rouage agile de la grande machine despotique.

Leçon 3 : L'agence centrale de la conformation

Le despotisme exige la diligence et la surveillance.
L'action diligente pour protéger les fortunes des saints patrons.
La surveillance attentive pour punir « en temps réel » les infractions de la misère.
La finance, le système bancaire, est l'appui le plus intime du gouvernement. Et vice versa.
« Ma maîtresse ne s'appelle pas Sophie, ma maîtresse c'est la banque » (et en particulier une société si générale qu'elle officie même au paradis), tel est le soupir d'amour du bonhomme cynique, le despote républicain qui se glorifie d'être « démocrate ».

Leçon 4 : Fabriquer les ressorts de l'autoentreprise

Fabriquer des agents entreprenants, nerveux et tressautant, responsables et avec du répondant, voilà ce qu'usine le despotisme économique.
L'économie noire. Le royaume de l'informel.
L'économie n'a pas pour objectif la satisfaction des besoins ; elle fonctionne très bien sur un océan de misère.
L'économie a uniquement pour but, et c'est un but politique (voire de police), la mise en ordre indiscutable. Élever des hiérarchies pour l'ordre de la bataille.
« Bolloré », telle est son appellation métonymique.

Leçon 5 : La dogmatique économique

Dès que l'on a compris que l'économie est et n'est qu'un régime politique particulier, le despotisme éclairé, ce régime qui gouverne notre survie, dès que l'on a vu que l'économie repose sur l'usinage d'un type humain bien conformé, sous l'uniforme du touriste méthodique, la lumière du petit travailleur zélé, ressorts sans arrêt à remonter, il est facile de comprendre qu'il est indispensable d'embellir, magnifier, glorifier ce mode de la survie économique, l'écureuil excité dans sa cage d'acier.
Il est nécessaire de déployer une grande mythologie enchanteresse.
De mettre en scène des chants séraphiques.
Autant que l'humain est un animal de promesses et de caresses, de crédulité et d'amour.
La dogmatique économique, obligatoirement propagée comme « science » économique, est la religion civile de la république despotique.
La république économique des despotes bonhommes marche donc sur deux jambes.
Les rituels des hiérarchies, le conseil d'administration, le formalisme des commandements, l'exécution inventive, le shopping comme culture populaire, le tourisme comme défouloir du petit chef ;
Et les chants de la gloire, les « économistes » étant les troubadours difformes des dynasties survoltées (de « Bollorés »).

Leçon 6 : L'économie est un vaste système de planification

L'économie ouvre la boîte d'un monde mécanique, autorégulé, cybernétique.
La plus ancienne querelle du marché, ouvert et démocrate, contre le plan, impératif et totalitaire, cette querelle n'est qu'un leurre.
Pour que le marché marche convenablement, devienne cybernétique et ainsi parfaitement planifiable, il faut un ensemble dense de lois, règles, normes, etc., qui définisse son espace comme un plan calculable.
Et, surtout, il faut un agent zélé de l'économie, travailleur infatigable ou consommateur surendetté. Un individu, entrepreneur de lui-même, motivé uniquement par la réussite financière et le pouvoir qu'elle génère (un « Bolloré »).
Un rouage parfait de la grande mécanisation.
La planification par le marché calculable, au moyen de myriades de ressorts tressautant, remontés par la compétition, voilà la forme cybernétique du gouvernement despotique.

Leçon 7 : Le premier nœud de la domination économique : La croyance en une alternative économique

Il faut toujours voir l'économie comme un système politique.
Le système politique du despotisme, du despotisme d'usine universalisé.
Comme ce système de domination s'est déployé depuis plus de deux siècles, il s'est beaucoup ramifié.
Mais il est possible d'extraire quelques nœuds de domination.
Le premier nœud, et le plus étouffant, est celui qui serre les croyants autour d'une idole vénérée : l'idole de l'économie alternative (économie alternative plutôt qu'alternative à l'économie).

Leçon 8 : Le second nœud de la domination économique : Le néocolonialisme du minotaure financier

Comment comprendre l'hégémonie financière américaine ?
Le capital et sa finance, force politique concentrée, usine sans relâche un champ social totalisé, le chant de l'économie, l'évaluation totale, la comparabilité universelle.
Cette force politique possède un état-major et un quartier général.
Les institutions privées de la planification mondiale du commandement opérationnel sont les centres financiers et leurs maillages.
La finance est le commandement du déploiement néocolonial incessant, de la « concurrence » qui optimise le profit.
Qui possède un centre financier, un état-major stratégique, commande au mouvement du monde.

Leçon 9 : Le troisième nœud de la domination économique : La technocratie libérale

La république économique a besoin des dogmes énoncés par la pseudo « science » économique.
Certes l'analyse économique néoclassique est une imposture.
Mais, surtout, elle contient un projet politique qui se concrétise dans un libéralisme offensif, le libéralisme constructiviste et interventionniste.
Le libéralisme de la planification par le marché.
La dogmatique libérale autoritaire exige des légions de prêtres armées, les chevaliers croisés de la « science », les technocrates libéraux, les bureaucrates (externalisés) du marché.
Et ceux-ci, comme le mercenaire Jean Tirole, peuvent être récompensés par les plus hautes instances de l'État de l'économie.
Ces technocrates sont beaucoup plus que des imposteurs : ce sont les intellectuels organiques du despotisme.
Essentiellement issus du corps des ingénieurs.

Leçon 10 : Du gouvernement économique à la cybernétique

Que dévoile l'histoire de la dogmatique économique néoclassique ?
Que dévoile la déconstruction de la plus ancienne doctrine, qui remonte à Pareto, vers 1900, de la planification par le marché, Lange, Bénard, Vickrey ?
Que la gouvernance cybernétique, le social engineering promu par la pensée cybernétique, comme l'analyse statistique des données en masse, que cette gouvernance est la maximisation de la gouvernance économique.

L'économie et sa dogmatique, néoclassique, libérale technocrate, sont une modalité originale du despotisme actualisé, modalité reposant sur la désintégration de l'humain en individu calculable, sur la désintégration de toute forme de vie autonome en mode de vie profitable.
Parmi l'ensemble compact des réductions (jivaros) qu'exécute l'économie, bien entendu celle de la mise au travail, contrainte et forcée, sans libre choix, cette capture est la plus ancienne et la plus symptomatique.
Le despotisme économique est le gouvernement du servage rationnel.

🔲 ☆

Qu'est-ce que l'économie ?

Si le droit féodal a été jusqu'à l'époque moderne, l'Ancien Testament de la domination ; l'économie politique est son Évangile – Jacques Fradin est, pour nous, le liquidateur testamentaire des faux prophètes et des bonnes paroles, le contre-prêtre, l'ingénieur rédempteur, l'huissier anarchiste mandaté pour expulser de son squat existentiel, tout le Règne de l'Économie. Il y a bientôt 10 ans, nous avions réalisé avec lui une série de 10 leçons d'une trentaine de minutes chacune : « Qu'est-ce que l'économie ? ». Il s'agissait de rendre accessible un travail dense mais salutaire que l'on pourrait résumer en quelques mots : l'économie n'est ni plus ni moins qu'une religion, une modalité de gouvernement et un despotisme. Démonstration implacable et punchlines garanties.

Nous venons de remettre cette série au propre et de réorganiser les épisodes dans une « playlist » youtube accessible ici.

Leçon 1 : Du conforme à l'uniforme

Que reste-t-il lorsque l'autorité se dissout de partout, lorsque la légitimité du pouvoir s'évanouit, lorsque des classes entières de la population deviennent « ingérables » ?
Il reste l'inscription dans les circuits monétaires.
L'économie est la dernière méthode de gouvernement.
Dernière méthode, bien archaïque, de dressage, de surveillance, de canalisation.
L'économie est un système politique particulier, celui du despotisme éclairé par la raison calculatoire.

Leçon 2 : La machinerie de l'uniformisation

Quel est l'objet du gouvernement économique, du despotisme économique qui nous dirige ?
L'objet de l'économie n'a jamais été de produire des objets appétissants ou des petites machines merveilleuses, des gadgets ou des drogues. Mais a toujours été de fabriquer un type humain bien dressé.
Bien dressé par et pour le travail.
Bien conformé pour mener la vie sous l'uniforme du touriste consommateur.
C'est cette uniformisation, l'obtention d'un mouvement régulier, à la limite invisible, l'obtention d'un effacement des individus soumis aux règles économiques, auto, boulot, caddie, qui permet de « laisser » l'autoentrepreneur de soi tourner comme le rouage agile de la grande machine despotique.

Leçon 3 : L'agence centrale de la conformation

Le despotisme exige la diligence et la surveillance.
L'action diligente pour protéger les fortunes des saints patrons.
La surveillance attentive pour punir « en temps réel » les infractions de la misère.
La finance, le système bancaire, est l'appui le plus intime du gouvernement. Et vice versa.
« Ma maîtresse ne s'appelle pas Sophie, ma maîtresse c'est la banque » (et en particulier une société si générale qu'elle officie même au paradis), tel est le soupir d'amour du bonhomme cynique, le despote républicain qui se glorifie d'être « démocrate ».

Leçon 4 : Fabriquer les ressorts de l'autoentreprise

Fabriquer des agents entreprenants, nerveux et tressautant, responsables et avec du répondant, voilà ce qu'usine le despotisme économique.
L'économie noire. Le royaume de l'informel.
L'économie n'a pas pour objectif la satisfaction des besoins ; elle fonctionne très bien sur un océan de misère.
L'économie a uniquement pour but, et c'est un but politique (voire de police), la mise en ordre indiscutable. Élever des hiérarchies pour l'ordre de la bataille.
« Bolloré », telle est son appellation métonymique.

Leçon 5 : La dogmatique économique

Dès que l'on a compris que l'économie est et n'est qu'un régime politique particulier, le despotisme éclairé, ce régime qui gouverne notre survie, dès que l'on a vu que l'économie repose sur l'usinage d'un type humain bien conformé, sous l'uniforme du touriste méthodique, la lumière du petit travailleur zélé, ressorts sans arrêt à remonter, il est facile de comprendre qu'il est indispensable d'embellir, magnifier, glorifier ce mode de la survie économique, l'écureuil excité dans sa cage d'acier.
Il est nécessaire de déployer une grande mythologie enchanteresse.
De mettre en scène des chants séraphiques.
Autant que l'humain est un animal de promesses et de caresses, de crédulité et d'amour.
La dogmatique économique, obligatoirement propagée comme « science » économique, est la religion civile de la république despotique.
La république économique des despotes bonhommes marche donc sur deux jambes.
Les rituels des hiérarchies, le conseil d'administration, le formalisme des commandements, l'exécution inventive, le shopping comme culture populaire, le tourisme comme défouloir du petit chef ;
Et les chants de la gloire, les « économistes » étant les troubadours difformes des dynasties survoltées (de « Bollorés »).

Leçon 6 : L'économie est un vaste système de planification

L'économie ouvre la boîte d'un monde mécanique, autorégulé, cybernétique.
La plus ancienne querelle du marché, ouvert et démocrate, contre le plan, impératif et totalitaire, cette querelle n'est qu'un leurre.
Pour que le marché marche convenablement, devienne cybernétique et ainsi parfaitement planifiable, il faut un ensemble dense de lois, règles, normes, etc., qui définisse son espace comme un plan calculable.
Et, surtout, il faut un agent zélé de l'économie, travailleur infatigable ou consommateur surendetté. Un individu, entrepreneur de lui-même, motivé uniquement par la réussite financière et le pouvoir qu'elle génère (un « Bolloré »).
Un rouage parfait de la grande mécanisation.
La planification par le marché calculable, au moyen de myriades de ressorts tressautant, remontés par la compétition, voilà la forme cybernétique du gouvernement despotique.

Leçon 7 : Le premier nœud de la domination économique : La croyance en une alternative économique

Il faut toujours voir l'économie comme un système politique.
Le système politique du despotisme, du despotisme d'usine universalisé.
Comme ce système de domination s'est déployé depuis plus de deux siècles, il s'est beaucoup ramifié.
Mais il est possible d'extraire quelques nœuds de domination.
Le premier nœud, et le plus étouffant, est celui qui serre les croyants autour d'une idole vénérée : l'idole de l'économie alternative (économie alternative plutôt qu'alternative à l'économie).

Leçon 8 : Le second nœud de la domination économique : Le néocolonialisme du minotaure financier

Comment comprendre l'hégémonie financière américaine ?
Le capital et sa finance, force politique concentrée, usine sans relâche un champ social totalisé, le chant de l'économie, l'évaluation totale, la comparabilité universelle.
Cette force politique possède un état-major et un quartier général.
Les institutions privées de la planification mondiale du commandement opérationnel sont les centres financiers et leurs maillages.
La finance est le commandement du déploiement néocolonial incessant, de la « concurrence » qui optimise le profit.
Qui possède un centre financier, un état-major stratégique, commande au mouvement du monde.

Leçon 9 : Le troisième nœud de la domination économique : La technocratie libérale

La république économique a besoin des dogmes énoncés par la pseudo « science » économique.
Certes l'analyse économique néoclassique est une imposture.
Mais, surtout, elle contient un projet politique qui se concrétise dans un libéralisme offensif, le libéralisme constructiviste et interventionniste.
Le libéralisme de la planification par le marché.
La dogmatique libérale autoritaire exige des légions de prêtres armées, les chevaliers croisés de la « science », les technocrates libéraux, les bureaucrates (externalisés) du marché.
Et ceux-ci, comme le mercenaire Jean Tirole, peuvent être récompensés par les plus hautes instances de l'État de l'économie.
Ces technocrates sont beaucoup plus que des imposteurs : ce sont les intellectuels organiques du despotisme.
Essentiellement issus du corps des ingénieurs.

Leçon 10 : Du gouvernement économique à la cybernétique

Que dévoile l'histoire de la dogmatique économique néoclassique ?
Que dévoile la déconstruction de la plus ancienne doctrine, qui remonte à Pareto, vers 1900, de la planification par le marché, Lange, Bénard, Vickrey ?
Que la gouvernance cybernétique, le social engineering promu par la pensée cybernétique, comme l'analyse statistique des données en masse, que cette gouvernance est la maximisation de la gouvernance économique.

L'économie et sa dogmatique, néoclassique, libérale technocrate, sont une modalité originale du despotisme actualisé, modalité reposant sur la désintégration de l'humain en individu calculable, sur la désintégration de toute forme de vie autonome en mode de vie profitable.
Parmi l'ensemble compact des réductions (jivaros) qu'exécute l'économie, bien entendu celle de la mise au travail, contrainte et forcée, sans libre choix, cette capture est la plus ancienne et la plus symptomatique.
Le despotisme économique est le gouvernement du servage rationnel.

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