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À partir d’avant-hierPrémices du Nouveau Monde

L’urgence de la contemplation

23 mai 2024 à 00:36
Abbaye Notre-Dame de Sénanque (France)

Depuis la naissance des civilisations, a-t-on jamais atteint un tel niveau de corruption des esprits et des cœurs ? Tous les jours, pour qui souhaite voir et entendre, de nouveaux scandales plus révoltants les uns que les autres sont mis au jour. La dépravation des “élites” n’a d’égale que l’inconscience coupable des peuples. Connectés en permanence à l’illusoire et ayant perdu toute forme de reliance signifiante à eux-mêmes, aux autres, à la nature et à plus grand qu’eux, les peuples, somnambules volontaires, semblent accepter un destin de bétail humain programmé par ceux qui ont perdu toute humanité. 

Les crises multiples, réelles ou fabriquées, sont les instruments de la mise en œuvre systématique et globale d’une société de contrôle destinée à régir des populations de la conception à la mort. L’état d’urgence permet d’abolir les reliquats démocratiques par l’établissement de mesures d’exception sans date de péremption. 

Les somnambules sont aussi amnésiques et le spectre de la guerre, civile ou mondiale, n’éveille dans les esprits abreuvés de propagande, que les images aseptisées de théâtres d’opérations lointains. 

Cette réalité dystopique est en train de dépasser la fiction Orwellienne pour rejoindre les rives funestes des récits apocalyptiques.      

Il est minuit moins une à l’horloge de la grande faucheuse planétaire, mais l’orchestre continue à jouer alors pourquoi s’inquiéter ? 

Tout n’est pas perdu. 

Chaque seconde de vie sur cette Terre est précieuse et nous offre la possibilité d’être pleinement vivant, conscient et libre.

Chaque moment est une opportunité d’en découvrir le caractère merveilleux et sacré.

Chaque souffle est un miracle qui nous relit au cosmos tout entier.

Chaque battement de cœur est une opportunité d’engager notre être entier dans un processus de transformation radicale par un acte héroïque à la mesure des circonstances.

Le temps n’est plus aux changements superficiels. Le moment est venu de plonger dans les profondeurs de notre être à la rencontre de l’Être. 

S’il y a une urgence aujourd’hui, c’est celle de la contemplation. Non pas l’extase oisive des esprits romantiques, mais celle que décrit si bien Thomas Merton1 pour l’avoir vécue profondément : 

"La contemplation est la plus haute expression de la vie intellectuelle et spirituelle de l'homme. C'est cette vie pleinement éveillée, pleinement active et pleinement consciente qui est éveillée au fond de notre être par une connaissance et un amour illuminés."

Entreprendre cette aventure, c’est aller à l’encontre de nos tendances naturelles et des injonctions de la société. C’est donc faire preuve de courage pour rechercher le silence et la solitude, l’humilité et le détachement. 

"Pour devenir ce que nous devons être, nous devons nous détacher de ce que nous ne sommes pas." - Thomas Merton. 

La vie contemplative n’est pas forcément celle de moines isolés, mais c’est une vie spirituelle engagée auprès des autres. 

"La véritable contemplation est un acte de solidarité avec les autres, car elle ouvre notre cœur et nous pousse à aimer notre prochain avec une sincérité et une intensité accrues." - Thomas Merton

La contemplation est la voie exigeante, mais nécessaire à la transformation profonde de notre être de laquelle naîtra le véritable changement de paradigme. 

Seule la force ascensionnelle d’une spiritualité intégrée et vécue propulsera l’Humanité hors de la trajectoire suicidaire dans laquelle elle est actuellement engagée.   

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Thomas Merton (1915-1968) était un moine trappiste, écrivain et poète américain. Citations tirées, entre autres, de "Nouveaux Sièges de la Contemplation" ("New Seeds of Contemplation").

Créer des lieux vivants de reliance citoyenne et d'innovation sociale

11 mars 2024 à 11:10
Elisabeth Sénégas

Elisabeth Sénégas a fondé "La Chimère Citoyenne” à Grenoble en 2007, un lieu ouvert à tous, consacré à l’échange entre citoyens ainsi qu’à la prise d’initiative. Une aventure qu’elle décrit dans son livre “Manifeste du bricolage social (Editions Ségolène, 2022). Elle est également à l’origine de l’Université Terrain Edgar Morin (UTEM) à Grenoble inaugurée en novembre 2023.

Avec les facilités offertes par la communication numérique pourquoi les lieux physiques sont-ils importants ?

Mon attention se porte sur les individus en difficulté, souvent perdus dans un dédale de services fragmentés - logement, emploi, et autres - tous administrés par des clics impersonnels. Cette déshumanisation est mortelle. Elle détruit à la fois l’« allocataire » et le professionnel, tous deux assoiffés de sens et de connexion. Cette souffrance collective bouleverse profondément notre existence.

Pourtant, même en l'absence de réponses immédiates face à autrui, il reste une force indéniable : l'énergie de la vie elle-même. Qu'elle se manifeste à travers la colère ou la douleur, elle n'est pas vaine. Il y a toujours quelque chose à sauver, à transformer. En reconnaissant cette énergie, nous pouvons agir et faire une différence.

Comment est née « La Chimère Citoyenne »?

Notre histoire commence en 2007 avec une première association, Entr’Actifs, à Voiron, puis une seconde, Dialogues, à Grenoble en 2014 plus connue sous le nom de La Chimère Citoyenne. Dès notre fondation, nous avons l’immense plaisir de rencontrer Edgar Morin, qui est devenu notre parrain et le reste encore aujourd'hui. Inspirés par ses écrits dès les années 90, qui préconisaient la création de maisons de solidarité, nous avons pris l'initiative audacieuse de vouloir concrétiser la première d’entre elles. Ce n’est finalement qu’aujourd’hui que vient cette ambition de créer des maisons de la solidarité.

Edgar Morin envisageait ces maisons comme des centres de crise, des lieux où services publics et grandes associations dédiées aux détresses humaines seraient regroupés. Cependant, nous avons rapidement compris que la simple cohabitation de services et d'associations dans un même lieu ne garantissait pas une véritable coopération. Deux idées fondamentales nous ont guidés : d’abord, la collaboration ne se décrète pas, elle se construit. Ensuite, il est crucial de dépasser l'entre-soi pour englober toute la société, bien au-delà des publics habituellement ciblés comme les personnes âgées ou handicapées. Nous soutenons l'idée que nous sommes tous vulnérables et mortels, un point que Edgar Morin souligne souvent, rappelant que cette commune humanité devrait nous inciter à la fraternité.

Ainsi souhaitons-nous contribuer à faire naître ces maisons de la solidarité et de la fraternité, ce qui nous guide depuis lors. Notre relation avec Edgar Morin, jalonnée de discussions épisodiques et d'un soutien mutuel lorsqu'on sollicite son aide, est précieuse. Grâce à sa présence, notre cause a gagné en visibilité et en écoute.

Il y a deux ans, il m'a également encouragé à écrire le "Manifeste du bricolage social". Comme beaucoup de personnes dans l’action je ne prenais pas le temps et sous-estimais l’importance de l’écriture, ne serait-ce que pour laisser une trace. Cela m'a pris du temps pour atteindre une certaine sagesse, malgré mon âge. L'action et la réflexion vont de pair, mais il m'a fallu un moment pour me poser et réfléchir par écrit à nos actions des 16 dernières années.

Quels enseignements tirez-vous de cette expérience ?

Aujourd'hui, après 16 ans, nous avons établi plusieurs principes directeurs qui définissent ce que nous entendons par un lieu vivant.

La signification du lieu est indéniable, mais la posture de l'accueillant, qu'il soit bénévole ou professionnel, est d'une importance capitale. Pour illustrer, prenons l'exemple d'un directeur de service social confronté à un homme agité et en colère. Face à un protocole rigide, une jeune femme non formée opte pour une réponse spontanée et humaine : elle offre à l'homme un sandwich, apaisant ainsi la situation. Ce geste a démontré l'importance de la flexibilité et de l'humanité dans l'accueil, même dans les institutions les plus structurées.

La deuxième clé réside dans la capacité à embrasser l'imprévu, une notion chère à Edgar Morin. À Grenoble, notre philosophie est souvent vue comme radicale, car nous embrassons toute demande avec une réponse affirmative, reposant sur notre réseau solide et une structure organisationnelle horizontale. C'est cette reliance, établie sur 16 ans, qui nous permet de répondre et d'innover.

Lors du confinement dû au COVID-19, la décision gouvernementale d'isoler les aînés dans les EHPAD a eu des conséquences tragiques. En réaction, nous avons mis en place des ateliers de créativité, rassemblant professionnels et familles, ainsi que des experts divers pour débattre et trouver des solutions. Ces ateliers sont devenus un espace de dialogue et d'apprentissage, où même la douleur d'un directeur d'EHPAD a pu être exprimée et partagée.

Le troisième principe est d'agir en tant que médiateur. L'exemple du Chimère Café, où une femme SDF en fauteuil roulant s'est installée à proximité, illustre notre engagement dans la résolution de situations complexes. En médiant entre les services sociaux, la police, et la femme en question, nous avons démontré l'importance de la collaboration et de la recherche de solutions communes.

Le quatrième principe est d'expérimenter avec la créativité humaine. Un projet collaboratif entre une designer française et une designer du Burkina Faso, qui a débuté par une simple intention d'exposer dans une vitrine, s'est transformé en une initiative beaucoup plus grande et plus connectée, soulignant l'impact de la créativité collective.

Enfin, le dernier principe évoque la nécessité d'un espace, tant physique qu'intérieur, pour la rencontre et l'échange. L'importance de travailler sur soi est soulignée, reconnaissant que le défi le plus grand est souvent notre propre développement personnel.

L'ouverture de lieux vivants nécessite une volonté politique forte. Mon expérience personnelle, où mon départ d'un emploi conventionnel a été soutenu par un conjoint compréhensif, met en lumière la difficulté de poursuivre des valeurs sans soutien matériel. Il est essentiel de convaincre les services publics de la valeur du travail transversal et de l'innovation sociale.

Ces principes ne sont pas seulement des idées, mais des actions concrètes qui définissent notre engagement envers la communauté et l'innovation sociale.

Quelle a été la genèse de l’Université de Terrain Edgar Morin (UTEM) ?

Agir, c'est à la fois comprendre et réfléchir, une dualité qui caractérise notre démarche. Avec une communauté de 700 personnes qui suivent nos lettres mensuelles, notre initiative est vivante et dynamique, bien que tous ne soient pas des membres actifs. Cette participation illustre l'engagement et l'intérêt pour notre cause.

Nous opérons sur le principe d'accueillir toute proposition, qu'elle soit une envie spontanée ou une soirée musicale planifiée, nous ne disons jamais non. Cette ouverture crée un espace vivant et dynamique où les idées circulent librement. Notre approche est différente de celle d’autres organismes qui commencent eux-mêmes à remettre en question leur rigueur et à reconnaître la nécessité de se renouveler.

Notre philosophie est guidée par une vision de l'aventure plutôt que par des projets prédéfinis, inspirée par les idées de John Dewey. Nous valorisons le parcours et l'adaptation à l'imprévu plus que le résultat final, ce qui est souvent en contradiction avec les attentes administratives traditionnelles. Il y a une multitude de lieux bien vivants, mais qui ont du mal à tenir financièrement sans accepter de répondre à des appels à projets. Du coup ils perdent leur raison d’être et se retrouvent contraints de s’adapter pour répondre à la commande publique.

La dépendance financière est un piège pour de nombreux lieux, qui deviennent parfois stériles dès leur conception à cause des restrictions imposées par les sources de financement. En revanche, notre liberté vient avec un coût personnel. Pour rester indépendants, nous refusons de nous conformer aux exigences restrictives des dispositifs de financement.

Dans l’effort de transmission qui me motive actuellement, je veux mettre l’accent sur cette question du lâcher-prise comme alternative aux logiques de maîtrise. Des professionnels existent, nous devons leur accorder notre confiance, nous éloigner des processus qui enferment le professionnel et l'usager dans des réponses standardisées inappropriées, créant de la frustration des deux côtés.

L'expérience du confinement a stimulé la création d'ateliers de réflexion, transformant une tragédie personnelle en une question sociétale. Grâce à la collaboration avec des experts, notamment du centre de recherche en économie de Grenoble, nous avons produit un document de recherche approfondie sur la gestion des EHPAD qui nous a permis de comprendre que nos EHPAD ne cherchent pas à répondre à des besoins humains. Ce qui importe c’est le temps minimal qu’il faut pour faire manger une personne, faire sa toilette, etc.

Nous avons évolué vers la création de l'Université de Terrain Edgar Morin, s'appuyant sur la pensée complexe, mais sans prétendre à l'expertise absolue. Nous nous concentrons sur les principes fondamentaux comme la reliance, l'accueil, la gestion des antagonismes et la recherche de complémentarité.

L'Université de Terrain Edgar Morin (UTEM) s'ancre dans la réalité en partant des interrogations et des défis que nous rencontrons. Elle rassemble des experts, souvent membres de notre réseau, pour aborder des sujets pertinents. Nous lançons un cycle sur l'économie avec l'association française d'économie politique, AFEP, qui vise à éduquer les étudiants et les citoyens sur la diversité des perspectives économiques, au-delà de la vision dominante.

Pour rendre l'économie accessible et engageante, nous commençons par des événements festifs, comme un cycle de cinéma, et une session avec Ken Loach en visioconférence pour que chacun se sente légitime dans la discussion économique.

En définitive, notre action est une danse entre la libération des contraintes financières et administratives et l'engagement passionné dans les questions sociales, tout en maintenant un esprit d'aventure et de découverte constant.

Quels sont les programmes offerts par l’UTEM ?

Notre initiative a diversifié ses méthodes d'engagement en organisant des ateliers et des dialogues ouverts qui attirent des groupes de 20 à 25 personnes et des dialogues plus larges accueillant entre 80 et 100 participants. Après le Covid, ces espaces sont devenus particulièrement précieux pour les étudiants en difficulté, comme pour un doctorant qui a trouvé un nouveau souffle grâce à nos rencontres.

Etienne Klein, un nom bien connu dans le domaine scientifique et philosophique, a participé à l'un de ces dialogues. Au lieu d'une conférence traditionnelle dans un amphithéâtre, il s'est joint à nous dans un cadre plus intime et interactif, sans préparation, pour un échange de 40 minutes. Son approche accessible a grandement contribué à la réussite de l'événement et a encouragé un doctorant à organiser une série sur la science.

Nous organisons également des conférences en invitant des experts comme Pascal Roggero de l'université de Toulouse, qui est reconnu pour sa capacité à enseigner et à transmettre la pensée complexe de manière pédagogique. Il prévoit de revenir à Grenoble pour donner des cours similaires à ceux qu'il propose à Toulouse, renforçant ainsi les liens avec la communauté académique.

L'Université de Terrain Edgar Morin (UTEM) a été lancée en novembre 2023 et représente un développement récent de notre projet. Cette université symbolise notre engagement continu à promouvoir la réflexion, la pensée complexe, l'échange et l'apprentissage au sein de notre communauté.

Un dernier message pour les lecteurs ?

Je dois dire que rien de tout cela n'aurait été possible sans les autres. Depuis vingt ans, ma force réside dans le soutien d'une multitude de personnes issues de milieux extrêmement variés. Sans elles je ne serais pas là où je suis aujourd'hui. Ce voyage continue, et j'ai appris à naviguer dans ces eaux avec aisance et sans complexe. Je suis toujours là pour ceux qui ont besoin d'aide, prête à répondre lorsque l'on fait appel à moi, rappelant que je n’ai pas toutes les réponses, souvent pas même les compétences, mais qu’il y a les autres. Nous ne sommes pas seuls.

Mon chemin a été jalonné par de nombreuses rencontres, mais tout a commencé avec Edgar Morin en 2007, qui a accepté d'être présent, de dire oui, d'être là pour moi. C'est cette solidarité qui m'a porté jusqu'ici.

Propos recueillis le 29.02.2024


Site internet de La Chimère Citoyenne


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Tisserands de l’aube

27 janvier 2024 à 15:49

Vision

Le “Manifeste pour une société civile au service de la Vie“ est l’expression d’un élan universel auquel nous sommes appelés à participer dans l’affirmation de notre nature d’êtres spirituels, libres et souverains au service de plus grand que soi.

C’est une invitation à bâtir les fondations d’une nouvelle civilisation en devenant tout simplement ce que nous sommes profondément et en cultivant de nouveaux savoir-faire et savoir-être.

Les bâtisseurs de cathédrales étaient des tailleurs de pierres, nous serons les tisserands de nouveaux possibles. 

Créateurs de notre réalité, nous tisserons à même la trame de l’univers l’étoffe ténue du sens que nous incarnons.

Avec patience et humilité, nous rétablirons les liens brisés en nous et autour de nous dans une dynamique féconde et lumineuse entre manifestation et transcendance. 

Jour après jour, nous faciliterons ces liens de solidarité, de coopération, de co-création et de croissance en humanité pour accompagner la montée en conscience des êtres en accord avec leur unicité. 

Espérance en mouvement, nous incarnerons la synthèse post-moderne des humains pleinement vivants. 

Citoyens engagés au service de la Vie, nous relierons les archipels de nos initiatives en constellations foisonnantes.   

Nous serons les tisserands de l’aube nouvelle révélant l’expansion infinie de l’être.  

Ressources

Discernaction

Nous offrons gratuitement de nombreuses ressources (articles, entrevues, sélection de livres, annuaires, IA et rencontres) pour manifester les différentes dimensions de la vision.

Cette carte interactive permet, d’un seul regard, de visualiser la structure des contenus, des ressources, des initiatives, de l’archipel des relations avec des collectifs tiers, des plateformes de communication et des technologies utilisées.

A titre expérimental, dans ce document, vous trouverez les réponses de Sophia (IA Discernaction) aux questions suivantes pour la création d’un programme de formation "Leaders éclairés” selon les principes du "Manifeste pour une société civile au service de la Vie“.

  1. Propose un programme de formation pour des leaders éclairés en accord avec le manifeste Discernaction

  2. Quel est le profil des participants à la formation Discernaction pour les leaders éclairés ? 

  3. Où trouver ces leaders dans la société actuelle ? 

  4. Quelles seront les principales difficultés que rencontreront ces leaders éclairés après la formation Discernaction ? 

L’IA est une aide à la réflexion et à l’exploration des idées en capitalisant sur l’intelligence collective.

Séminaires, formations et ateliers

Pour développer et cultiver les savoir-faire et savoir-être nécessaires à l’émergence d’une nouvelle réalité, une approche pédagogique adaptée est indispensable.

Ces offres transdisciplinaires sont destinées aux tisserands de l’aube, éducateurs, facilitateurs, transitionnaires et autres acteurs du changement.

Elles intègrent les dimensions personnelles et collectives avec des approches pédagogiques mêlant philosophie, expériences psycho-corporelles, immersion en nature, expression artistique, méditation. etc.

En voici quelques-unes :

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TOOLS FOR THE COMMONS : Un système de coopération ouvert et interopérable pour des institutions régénératives

11 janvier 2024 à 16:02
Hugo Mathecowitsch

Hugo Mathecowitsch est le fondateur de Tools for the Commons une initiative proposant une infrastructure interopérable pour le 4e secteur, un hybride de l'État, du marché, et du secteur non lucratif. Le but ultime étant de mettre en place des systèmes de coopération innovants au service des populations et de leur environnement.

English Version of the interview by Michel Bauwens

Comment est né Tools for the Commons ?

La genèse de "Tools for the Commons" s'est forgée à travers un ensemble d'expériences diversifiées et significatives. C'est la confluence de ces expériences dans les sphères de la politique gouvernementale, en particulier sur des questions de relations internationales, de fonds d'investissement transfrontaliers, de systèmes de coopération entre régulateurs et fonds souverains, et d'investissements, qui a façonné cette vision. Mon parcours m'a également fait traverser le monde de la fintech, explorant des modèles de coopération entre banques, trésors nationaux et banques de développement, ainsi que les protocoles décentralisés et l'émergence de la blockchain et des "Real World Assets" (RWA), soit des actifs garantis par des collatéraux tangibles.

C'est l'intégration de ces multiples domaines - politique, histoire, anthropologie, technologie, finance et droit - qui m'a permis de concrétiser "Tools for the Commons". Cette initiative vise à déployer les connaissances acquises au profit d'institutions régénératives. Ces dernières sont conçues pour établir une fondation solide pour ce que l'on théorise comme le "quatrième secteur" : un hybride de l'État, du marché, et du secteur non lucratif - incluant fondations et ONGs - tous interagissant dans un système de coopération ouvert et opéré par un réseau de nœuds pair à pair. Ce réseau a pour mission d'organiser nos biens publics et nos communs, en se servant de systèmes de coopération et de modularité qui sont interopérables entre toutes ces entités.

Le but ultime est de mettre en place des systèmes de coopération innovants au service des populations et de leur environnement. Ces institutions sont conçues pour soutenir les individus et leurs habitats, inversant la dynamique actuelle où les personnes et leur environnement semblent servir les institutions. L'origine de "Tools for the Commons" réside donc dans cette vision et découle d'une approche technique et exécutive sur la manière d'implémenter ces outils pour réaliser cette vision.

Comment cette vision s’inscrit-elle dans l’évolution historique ?

Notre vision s'inscrit dans une évolution historique séculaire, marquée par des cycles alternés de centralisation et de décentralisation, façonnés par les avancées technologiques et les changements sociétaux. Si l'on considère l'Occident comme un exemple, aujourd'hui institutionnellement globalisé, on constate que ses institutions ont toujours été sculptées par les vicissitudes historiques — guerres et innovations technologiques. Il ne faut pas oublier que les technologies transforment les sociétés, qui à leur tour, réinventent leurs institutions. Historiquement, les sociétés possédant les meilleures technologies ou les plus avancées militairement ont souvent dominé.

Les grandes civilisations se sont construites autour des moyens de communication et de la capacité à exercer une coercition physique, avec un va-et-vient entre centralisation et décentralisation. L'empire, avec sa centralisation extrême, a été possible grâce à une cohésion idéologique portée par l'écriture, les scribes jouant un rôle central dans la gestion des territoires.

La féodalité a suivi, caractérisée par une décentralisation massive facilitée par la construction de forteresses — des technologies défensives qui ont permis une micro-gestion et une grande mobilité au sein de la société. Cela a abouti à une nouvelle centralisation sous les grandes monarchies, qui ont unifié les langues et les croyances, favorisées par l'invention de l'imprimerie et les avancées militaires comme la poudre à canon.

Le système monarchique a cédé la place aux États-nations, proches technologiquement de ce que nous connaissons aujourd'hui, avec deux grandes différenciations post-première guerre mondiale : la chute des monarchies au profit des démocraties libérales et de l'État de droit, puis la division du monde en deux après la Seconde Guerre mondiale.

L'ère atomique a introduit un changement radical dans les relations internationales, mais l'impact le plus profond sur notre civilisation actuelle est l'avènement de l'Internet. Ce nouveau médium a redéfini les mouvements sociaux et physiques, remettant en question le sédentarisme et ouvrant de nouvelles frontières d'identité et d'appartenance communautaire.

Notre proposition est celle d'un "quatrième secteur", né de l'Internet décentralisé, où la coopération se forme par consensus et où les outils interopérables permettent de superposer les gouvernances. Les États actuels peinent à s'aligner sur cette nouvelle réalité, mais nous envisageons un futur où les institutions traditionnelles laisseront place à des institutions numériques natives, gérées par et pour Internet, facilitant l'échange de savoir-faire et l'import-export d'outils institutionnels, adaptés aux réalités technologiques et anthropologiques contemporaines. C'est cette vision qui embrasse et conduit la convergence des technologies actuelles avec les nouvelles réalités anthropologiques.

Quels moyens propose "Tools for the Commons” pour manifester cette vision ?

"Tools for the Commons” offre plusieurs moyens pour concrétiser notre vision, structurés autour de quatre axes principaux.

Le premier axe n'est pas technologique, mais repose sur un changement des consciences. Pour transformer le monde réel, il est nécessaire de changer le logiciel qui le régit, et pour changer ce logiciel, il faut changer les consciences. Cet outil sera déployé par le biais d'une fondation dédiée. Nous prévoyons de créer ou co-créer une ou plusieurs fondations dans les semaines à venir qui seront en charge de ce changement de conscience, diffusant du contenu, des présentations, des podcasts, à l'image de notre première conférence en Amérique latine sur les sociétés opérées comme des coopérations entre startups, qui s'est tenue à São Paulo.

Le deuxième axe concerne le changement légal : créer de nouvelles structures juridiques qui s'intègrent dans la réalité du quatrième secteur et qui sont interopérables. Cela inclut l'utilisation d'accords internationaux existants et la création de ce que j'appelle le PPDP (Public-Private Decentralized Partnerships). Nous voulons permettre la coopération sur divers sujets et verticaux, imaginant ainsi de nouvelles zones spéciales et des accords entre divers acteurs comme des communautés organisées sur Ethereum, des entreprises brésiliennes, et des pouvoirs publics de différents pays. Nous créons des outils juridiques pour faciliter ces nouveaux accords interopérables.

Le troisième axe est le financement : créer de nouveaux marchés de capitaux. Nous évoluons actuellement dans un système où les flux économiques sont organisés par l'État ou par les sociétés privées. Nous souhaitons établir des obligations souveraines mais pour des types de souverainetés alternatifs, comme des communautés consensuelles qui établissent leur propre nation et contrat social. Nous cherchons à capitaliser sur le capital social, les NFT, les actifs réels, et même sur le PIB de ces communautés, en utilisant la tokenisation pour financer ces sociétés.

Le quatrième et dernier axe est un marketplace de gouvernance comme service, où différents modules de gestion des communs sont disponibles. Ces modules peuvent être gouvernementaux, privés, distribués ou appartenir à des ONG, chacun gérant un micro-service spécifique. Cela permettra une gouvernance sur mesure, où l'on peut choisir et combiner différents éléments de gouvernance de divers endroits du monde. Les prestataires de services efficaces pourront exporter leur savoir-faire, tandis que les moins performants seront rejetés par les communautés en quête de meilleures options.

Comment les gens vont-ils s'approprier ces nouveaux modes de fonctionnement et ces nouvelles façons de penser la société ?

L'impact réside principalement dans la communication et le changement des consciences. Actuellement, nous agissons à travers notre entreprise et prochainement via des fondations dédiées. Par ailleurs, il existe déjà une infrastructure technologique significative, particulièrement en Amérique latine, en Asie, en Afrique, et bien établie en Europe et aux États-Unis, grâce à la numérisation avancée de la société.

Prenons l'exemple d'un quartier défavorisé au Brésil : même dans les favelas, où les infrastructures de base peuvent manquer, la plupart des foyers ont accès à des téléphones portables et à Internet. Ainsi, Internet a déjà supplanté l'État comme institution prédominante. C'est pourquoi, lorsque les technologies de pointe offrent une expérience utilisateur satisfaisante, elles sont rapidement adoptées par le grand public. Le Brésil, par exemple, a démontré cela avec le système PIX de la banque centrale pour les paiements instantanés – un des meilleurs exemples mondiaux d'adoption technologique massive.

La majorité des Brésiliens n'a pas besoin de comprendre le fonctionnement des technologies sous-jacentes comme les ledgers distribués, la blockchain ou la cryptographie, tout comme nous n'avons pas besoin de comprendre le fonctionnement des satellites pour regarder la télévision. Les pays qui ont réalisé des avancées technologiques rapides et qui ont des institutions favorisant cette numérisation ont déjà créé un lien fort avec leurs citoyens.

Par exemple, une grand-mère dans le Mato Grosso utilise facilement PIX et WhatsApp, et pourrait tout aussi bien adopter une nouvelle citoyenneté si elle y voyait un avantage clair et tangible. Si elle peut obtenir de meilleurs services de santé ou des avantages éducatifs pour ses enfants ou petits-enfants, elle comprendra vite comment procéder. C'est ainsi que l'on pourra étendre l'adoption de ces technologies au-delà des communautés de geeks et de programmeurs.

Quant à l'infrastructure nécessaire, notre objectif est de bénéficier à la fois aux grands opérateurs et aux petites communautés. Nous prévoyons de fournir de nombreux outils en open source, opérant dans le cadre du stockage de données et du calcul distribués, afin de maximiser la souveraineté technique des communautés locales. Au-delà des questions légales, il y a également un enjeu de souveraineté technique et technologique. Actuellement, la plupart des serveurs et des données sont hébergés dans l'hémisphère nord, et sont gérées par des sociétés incorporées dans la Silicon Valley.

Nous nous efforçons de décentraliser l'hébergement pour renforcer la souveraineté technique locale. En attendant, nous vivons dans un monde hybride avec des technologies centralisées et décentralisées, où les gens continueront à utiliser WhatsApp et Facebook, avec des serveurs hébergés en Scandinavie, aux États-Unis, et en Allemagne. Toutefois, nous préconisons auprès des États l'augmentation de leur souveraineté technologique, car la véritable indépendance ne réside pas seulement dans la représentation à l'ONU, mais aussi dans l'autonomie technologique.

Finalement, ce que nous proposons aux États, c'est de faciliter les systèmes de coopération et d'accorder plus de souveraineté à l'échelle locale, en maintenant certains aspects de gouvernance sous la juridiction de l'État-nation. Les communautés micro-gérées pourront ainsi exercer leur propre souveraineté. Il s'agit d'un modèle potentiellement plus désirable que de rester technologiquement dépendant de quelques pays qui dominent l'« or digital » que sont les données et les services.

Quelles sont les prochaines étapes du projet ?

Je suis au commencement de ce périple, un voyage qui a pris forme ces derniers mois avec un objectif clair : approfondir ma compréhension des thèmes qui me tiennent à cœur. Ce voyage intellectuel ne date pas d'il y a un an, ni même de six mois auparavant. À l'époque, je ne possédais que des fragments de la vision qui est désormais la mienne ; je discernais comment innover dans le domaine de la finance et envisageais des changements possibles dans le droit et la technologie, ainsi que l'impact de mes actions à une échelle micro. Cependant, c'est seulement récemment que j'ai pu conceptualiser une révolution de la structure même des institutions en fusionnant tous ces concepts.

L'année 2023 a été consacrée à identifier un point de départ et à évaluer ce qui était réalisable et finançable. Dans ces industries, nombreux sont les entrepreneurs qui résolvent une infime partie du problème — le fameux "dernier kilomètre" — sans s'attaquer aux rouages brisés en amont. D'un autre côté, il y a des penseurs, des philosophes qui, bien qu'ayant une compréhension plus profonde, ne savent pas comment mettre en œuvre ces idées ou qui dépendent de ceux qui ont une plus grande capacité d'exécution. Ma tâche est de réunir ces expertises diverses.

À l'heure actuelle, nous avons conclu une demi-douzaine de mandats qui nous engagent vers la création de zones de gouvernance spéciales. Cela nécessitera des ressources substantielles, donc notre prochaine étape est de trouver des partenaires financiers. Ceux-ci peuvent provenir du secteur lucratif ou non lucratif, des gouvernements, ou encore de réseaux décentralisés tels que les blockchains. Nous nous apprêtons à nous capitaliser afin d'exécuter ces mandats.

Nous nous attaquons à des mandats de durées variées, certains s'étendant sur plusieurs années, d'autres sur des décennies. Nous avons donc des gouvernances à envisager à court, moyen et long termes. Notre objectif est de créer et de valider les premiers cas d'utilisation une fois que nous serons bien capitalisés, en établissant des modèles transactionnels récurrents et en coopérant avec de nouveaux acteurs qui, progressivement, adopteront et répéteront ces schémas.

Dans 12 ou 24 mois, nous prévoyons de décentraliser le réseau. Au lieu de centraliser l'enregistrement, l'opération et l'exécution des accords exclusivement au sein de "Tools for the Commons”, nous mettrons en place un système de validation et d'exécution par consensus pour le compte du réseau. Nous créerons des nœuds spécialisés qui opéreront le réseau selon leur domaine d'expertise, et ces experts pourront conclure des accords en pair à pair et les enregistrer dans le réseau. D'autres nœuds exécutifs agiront dans le monde réel pour le compte du réseau, apportant ainsi une dimension exécutive et judiciaire à un système distribué.

De quelles ressources et compétences avez-vous besoin ?

À court et moyen terme, je recherche une variété de ressources et compétences pour enrichir mon projet. Avant tout, je cherche des savoir-faire spécifiques. Tous les profils sont les bienvenus, notamment ceux qui possèdent une expertise à la frontière du droit, ainsi que dans les technologies de blockchain, en particulier celles concernant les oracles qui relient le monde réel à la blockchain et le cross-chain pour assurer la compatibilité entre différentes blockchains. Je suis également à la recherche de personnes qui comprennent les actifs numériques garantis par des actifs réels, ainsi que les intrications des marchés de capitaux, surtout en ce qui concerne les opérations transfrontalières et les partenariats public-privé.

Mon projet bénéficierait grandement de l'expertise d'anthropologues, d'artistes – l'art étant un élément crucial –, de philosophes, et de personnes qui ont une compréhension des nouveaux systèmes de coopération, des communs et du techno-optimisme. Je suis également à la recherche de personnes orientées vers la conscience collective et des experts en arbitrage, en droit international, et en économie, car je crois que ces domaines apportent une valeur considérable.

Je cherche à attirer ces talents en tant que conseillers, exécutifs, co-fondateurs, investisseurs, tant en tant que personnes physiques que juridiques, y compris des philanthropes. Il est primordial que ces individus soient ambitieux, optimistes et surtout humbles. Je m'adresse particulièrement à l'Occident, pour trouver des personnes capables de comprendre que les nouveaux systèmes de gouvernance doivent être conçus pour une population mondiale imminente de 8 à 9 milliards d'individus, incluant des nations comme l'Inde, la Chine, le Brésil, le Nigeria, l'Indonésie et le Mexique.

Je souhaite éviter de reproduire des schémas de gouvernance désuets comme ceux établis à Berlin en 1884, où la gouvernance mondiale était tracée à la règle. À la place, je vise à construire un système coopératif. Nous aspirons à tirer le meilleur des avancées occidentales des derniers siècles, tout en intégrant les meilleures pratiques actuelles qui répondent aux réalités d'un monde peuplé par des milliards d'individus, et non pas seulement un milliard d'Occidentaux.

Je suis totalement ouvert aux suggestions et aux critiques constructives. Il y a quatre mois, j'aurais été incapable d'exprimer mes idées avec autant de clarté. Et je suis convaincu que, si je devais faire une nouvelle présentation dans les mois à venir, elle serait encore plus aboutie. Je reconnais que certains points pourraient être plus développés et que je peux avoir des angles morts. Il est possible que d'autres systèmes, que je n'ai pas encore découverts, soient plus efficaces. C'est pourquoi je suis extrêmement réceptif aux bonnes idées et suggestions constructives.

Quiconque souhaite apporter son aide à ce projet est chaleureusement bienvenu. Nous prévoyons d'organiser des événements, qu'ils soient virtuels ou en personne, afin de transmettre un message clair, attrayant et engageant. Ce serait un plaisir de pouvoir compter sur les lecteurs de Discernaction pour nous rejoindre dans cette démarche collective et s'engager sur des questions d'une telle importance.

Propos recueillis le 10 janvier 2024


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Hugo Mathecowitsch : LinkedIn - X (Twitter)


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