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39•Hold-up et COVID-19

Par : Marc HENRY
9 novembre 2020 à 18:02

Épisode 39 Covid-19, novembre 2020

Hold-Up, Retour sur un chaos

Ce dimanche 8 novembre, j’ai pu visionner en avant-première le film intitulé « Hold-Up, Retour sur un chaos ». La production de ce film d’une durée de 2 heures 43 minutes est l’œuvre de Pierre Barnérias et Christophe Cossé. La sortie nationale aura lieu le mercredi 11 novembre. Le film aborde avec une grande lucidité toutes les questions que l’on se pose sur la pandémie de COVID-19. Beaucoup de personnes s’expriment dans ce film. Toutefois, deux femmes remarquables se distinguent par leur intelligence et leur humanisme. La première, Alexandra Henrion-Caude, est généticienne et a été directrice de recherche à l’INSERM. La deuxième, Ariane Bilheran, est psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie. Comme on entend beaucoup trop d’hommes s’exprimer sur la COVID-19, j’ai choisi de reprendre l’argumentaire de ces deux femmes.

Dans cette chronique, je présenterais le point de vue d’Alexandra, classifiée comme « complotiste » par certains médias « officiels ». Je résume ce qu’elle nous explique dans sa dernière vidéo (durée 20 minutes). https://www.youtube.com/watch?v=3jhLNKXprDk. Il existe brevet américain US 7,223,390 B2 du 29 mai 2007 concernant l’insertion dans des protéines membranaires de sites de clivage par la protéase furine. Or, c’est précisément un tel site que l’on retrouve dans la protéine S (jonction S1-S2) du virus SARS-CoV-2. On pourra se référer aux chronique n°4 et n°21 pour plus de détails. C’est précisément cet insert qui rend le virus infectieux chez l’homme. Dans le jargon scientifique, on parle pudiquement de « gain de fonction ».

Deuxième vague

Alexandra nous démontre aussi qu’il n’y a pas de deuxième vague. Car on ne retrouve pas la même dynamique entre printemps et automne 2021. Elle rapporte des problèmes liés à l’étiquetage COVID-19 des décès en hôpitaux. De quoi meurt-on exactement ? On sait qu’il y a cent ans, la grippe espagnole a fait environ 30 millions de morts. On sait aussi que la plupart des gens sont morts d’infection bactérienne, conséquence de l’infection virale. Il pourrait en être de même pour le SARS-CoV-2, d’où l’utilité des antibiotiques de type macrolides. On apprend qu’en Allemagne, en cas d’infection avérée, on pratique des injections intraveineuses de vitamine C à très haute dose. En France, on renvoie les gens chez eux en leur prescrivant du doliprane. Elle rappelle aussi l’existence de l’horrible décret « Rivotril » qui a autorisé l’euthanasie des personnes âgées dans les EHPAD.

Port du masque

Concernant le port du masque, il favorise la prolifération bactérienne au niveau des voies respiratoires et de la peau recouverte. Elle se réfère pour cela à une note de l’OMS que vous pouvez télécharger en suivant ce lien. On peut en particulier y lire (page n°8) que : « De nombreux pays ont recommandé au grand public de se couvrir le visage, notamment par un masque en tissu. À l’heure actuelle, on ne dispose pas encore de données factuelles directes de qualité attestant de l’efficacité du port généralisé du masque par les personnes en bonne santé dans la communauté et il faut procéder à un bilan des avantages et des inconvénients à cet égard (voir ci-dessous) ».

L’OMS présente ce bilan pages 9-10, où l’organisation liste 5 avantages principaux contre 11 inconvénients majeurs. Bref, la balance penche clairement en faveur des inconvénients et devrait donc inciter à la modération. Pour mémoire, en France, on sanctionne le non-port du masque d’une amende de 135 €. Distinguez-vous l’abus de pouvoir ? Dans une autre vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=lvO5LN3Wx44), elle nous informe que le taux de létalité du SARS-CoV-2 est au maximum de 0,5%. En fait, le SARS-CoV-2 est un virus qui présente une très faible létalité associée à une très forte contagiosité. Se faire contaminer n’a donc rien de dramatique en soi.

Les tests PCR

Il y a aussi le fait que 90% des fameux tests PCR ne détectent que des traces de virus. En particulier, un test PCR ne permet pas de savoir si l’on est contagieux ou pas lorsqu’on ne présente aucun symptôme. Elle critique la manière dont on réalise les tests PCR. En effet, le prélèvement au niveau du nasopharynx avec écouvillon irrite la plaque neuronale fibriforme. Or, un ensemble très fragile de neurones forment cette plaque. D’où une inflammation, pour cet organe très sensible qui est habitué à être en contact uniquement avec des fluides.

Les tests oropharyngés qui se font au niveau de la gorge sont beaucoup moins irritants. On devrait donc en fait avoir le choix. De plus, on ne mentionne jamais le nombre de cycles d’amplification du test PCR. Comme il n’existe aucune norme officielle, il varie de laboratoire en laboratoire. Ceci fait que dans la courbe « exponentielle » du nombre de cas, on  additionne en fait des choux, des carottes et des navets. Rappelons que selon l’état de l’art en matière de PCR, on devrait se limiter à un nombre de cycles ne dépassant pas 30.

Cerise sur le gâteau, on utilise une échelle linéaire pour présenter les données et non une échelle logarithmique comme cela se fait de manière courante en épidémiologie. La PCR ne mesurant pas une charge virale, il est impératif d’avoir des symptômes pour se faire tester. Enfin, il n’existe aucune prise en charge après dépistage, les gens sont livrés à eux-mêmes. Dans une autre vidéo, elle affirme que la deuxième vague tient de la viromancie. En fait, si la PCR existait pas, il n’y aurait jamais eu d’épidémie.

Dangers de la PCR

Si l’on admet que chaque cycle de PCR multiplie la quantité d’ADN par 2, cela correspond à un facteur d’amplification d’environ un milliard. Au-delà d’un facteur 30, se pose l’épineux problème d’une contamination extérieur. Ce que l’on a amplifié appartient-il à la personne, ou cela vient-il de la chaîne allant du prélèvement à l’analyse ? Or, certains laboratoires vont jusqu’à 40 cycles, soit un facteur d’amplification de mille milliards. Difficile de ne pas être positif dans de telles conditions. Voir le lien suivant pour plus de détails. Or, les courbes terrifiantes que l’on publie concernent le nombre de cas détectés et non le nombre de décès.

Enfin, le confinement empêche la circulation du virus. Il s’ensuit que le deuxième pic est en fait le premier qui est simplement décalé dans le temps suite au confinement drastique du printemps. Si l’on regarde le nombre de décès (non le nombre de cas), l’emploi du mot de crise sanitaire ne se justifie en rein. Elle rappelle aussi qu’épidémie et crise sanitaire sont deux choses différentes.

Pour l’anecdote, rappelons que lorsque Luc Montagnier a publié sur ses résultats sur la duplication d’ADN par voie électromagnétique, il a utilisé cette même PCR. Beaucoup de scientifiques ont alors prétendu que la PCR n’était pas une technique fiable, en raison des risques de contamination. Aujourd’hui, cette même PCR permet d’obtenir des nombres de cas extrêmement élevés en France. Pourtant, personne ne soulève  

Prévention du COVID-19

Côté prévention, Alexandra recommande de manger sainement, de faire du sport, de ne pas être stressé et d’aérer les lieux de vie. On sait en effet que le stress déclenche des maladies. Le stress est toujours moindre lorsqu’on connaît la réalité. Ainsi, il y a 30 000 morts par an à cause des accidents domestiques. On retrouve le même nombre de victimes par COVID-19 au printemps 2020. Faut-il pour autant interdire aux gens de rester chez eux ? On nous donne de plus l’impression que le virus est vivant et autonome, alors que sans cellule hôte, il est totalement inoffensif. Il faut cadrer avec la réalité et ne pas se laisser endormir dans un état hypnotique.

Pour le lavage des mains, le savon présente l’avantage de créer une mousse et d’imposer un rinçage, ce qui dilue fortement les virus. Le savon n’agresse pas les mains, contrairement à l’alcool et l’eau oxygénée qui agresse l’acide hyaluronique de la peau.  Elle rappelle que l’académie de médecine recommande d’avoir des taux de vitamine C, vitamine D, zinc et magnésium suffisants.

Vaccination

Alexandra s’exprime aussi très clairement sur le problème de la vaccination. Un vaccin n’est pas anodin, car il provoque une réaction immunitaire. Or, on n’a jamais expérimenté sur l’être humain les vaccins à ARN actuellement développés. Par contre, ils sont plus simples d’emploi et surtout plus rapides à développer. Il faut savoir qu’un même ARN peut interagir avec de multiples cascades biologiques. En revanche, une protéine, est toujours spécifique d’une cascade donnée. Il en découle que les vaccins basés sur les protéines sont maîtrisables. Alors qu’il sera toujours très difficile de contrôler ceux basés sur l’ARN. Avec cette recherche accélérée de vaccins contre le SARS-CoV-2, on ouvre une boîte de Pandore.

De plus, le vaccin à ARN est à la base un vaccin OGM construit sur des chimères croisant le bacille de l’anthrax et le virus de la rougeole. L’OMS parle d’une vaccination généralisée dès mai 2021, du jamais vu en la matière. Car, il n’existe toujours pas de vaccins contre le SARS-CoV de 2003 ou le MERS-CoV de 2012. Dans une dernière vidéo, Alexandra rappelle que virus et bactéries sont à la base des amis et non des ennemis. Elle rejoint en cela ma position exprimée dès la chronique n°3 de cette série. De plus, il y a la fonte des glaces liée au réchauffement climatique. L’humanité va donc être confrontée dans un proche avenir à un grand nombre de nouveaux virus. Un vaccin pour chaque nouveau virus qui apparaît n’est donc clairement pas la bonne réponse.

Hygiène de vie

Il faut dès lors adopter une hygiène de vie qui stimule le système immunitaire. Pour ceux qui sont infectés et ont des symptômes, pas de panique. Il faut aller voir son médecin traitant pour qu’il prescrive un antiviral comme l’hydroxychloroquine, un antibiotique comme l’azithromycine et du zinc. Si le médecin ne veut avoir recours à l’hydroxychloroquine, il peut toujours se rabattre sur l’huile essentielle de ravintsara qui est vente libre. Enfin, Alexandra rappelle qu’il est important de se protéger contre une exposition aux ondes de la téléphonie mobile (4G et a fortiori 5G) et aux écrans. Ce n’est pas moi qui le dit, mais une éminente scientifique qui sait de quoi elle parle. J’y reviendrais largement dans une prochaine chronique.

En attendant, je vous présenterais dans la chronique n°40, les travaux d’une autre femme, concernant cette fois-ci le côté psychologique de cette crise inédite dans l’histoire de l’humanité.

Par Marc HENRY

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Probabl : vers une science des données souveraine et open source

1 février 2024 à 10:00

Fondée en septembre 2023, issue d’un projet confié à Inria par le secrétariat général pour l’investissement dans le cadre de France 2030, la start-up Probabl propose des solutions et des services basés sur la bibliothèque open-source d’apprentissage statistique en Python “scikit-learn”, l’une des plus utilisées dans le monde avec PyTorch et TensorFlow,“afin de pérenniser son existence et d’assurer son rayonnement”.

La mission P16 confiée à Inria et soutenue par de nombreux industriels dont Airbus, Axa, Berger-Levrault, Criteo, Dassault Systèmes, Docaposte, Hugging Face, Naval Group, OpenValue et Valeo, vise à développer et pérenniser des outils open source pour la science des données, l’IA et le ML, en étendant l’infrastructure logicielle de scikit-learn. Elle se concrétise à travers deux initiatives : l’une dirigée par Inria pour les aspects de R&D, et l’autre menée par sa spin-off Probabl pour la dimension industrielle.

La start-up est dirigée par Yann Lechelle, un entrepreneur chevronné de la French Tech et ancien directeur général de Scaleway. Il est entouré d’une équipe d’experts comprenant notamment Camille Troillard, Gaël Varoquaux (Directeur de Recherche à Inria) et Olivier Grisel, l’un des porteurs du projet scikit-learn avec Loïc Estève, Alexandre Gramfort,  Bertrand Thirion, Gaël Varoquaux, de membres du consortium scikit-learn tels que François Goupil, Guillaume Lemaitre et Jérémie Du Boisberranger, ainsi que par Fabien Gandon, Directeur de Recherche à Inria.

Une gouvernance et un actionnariat adaptés à sa raison d’être

Pour assurer sa mission ambitieuse, Probabl a mis en place un modèle d’actionnariat équilibré, reflétant son engagement en faveur de la souveraineté industrielle et numérique. Trois collèges d’actionnaires se partagent les parts de l’entreprise : un collège public représentant l’Etat via le dispositif French Tech Souveraineté, un collège privé comprenant des investisseurs tels que le fonds Costanoa Ventures spécialisé dans les solutions open source, et enfin un collège de collaborateurs individuels. Cette structure garantit une  représentation équitable de chaque partie prenante mais également une gouvernance équilibrée avec deux sièges par collège et un siège pour un membre indépendant, occupé par la chercheuse et entrepreneuse Stéphan-Eloïse Gras.

Une vision orientée vers l’innovation et la durabilité

Probabl s’est donné pour mission de renforcer la résilience de la France et de l’Europe tout en réduisant leur dépendance technologique “grâce à une technologie open source qu’elles ont vu naître”. Ciblant le marché global de la science des données au delà de scikit-learn, estimé à près de 700 milliards d’euros d’ici 2030, l’entreprise entend jouer un rôle clé dans la transformation numérique de la société et dans l’adoption d’un IA industrielle efficiente et conforme à l’AI Act européen, dans le respect des normes éthiques et juridiques les plus strictes.

Parmi ses projets, des offres liées à la formation, au support, la certification, l’hébergement et la fourniture de services gérés, aux services professionnels…

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Écocidaire et inutile : pourquoi le projet d’autoroute A69 fait fausse route

Nouvelle manifestation des Soulèvements de la Terre, grève de la faim et de la soif du militant Thomas Brail, interpellation de l’Etat par les députés de gauche, tribunes de scientifiques… Le projet d’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, temporairement à l’arrêt, suscite une opposition de plus en plus intense. Vieux de près de 30 ans, celui-ci est en effet impossible à défendre, tant il est destructeur pour l’environnement et étant donné qu’il revient plus ou moins à privatiser une route nationale existante. Alors que le gouvernement et la présidente de Région Carole Delga s’acharnent à défendre ce tronçon de béton, une vaste coalition hétérogène se met en place pour le stopper.

Il ira jusqu’au bout. Après avoir entamé une grève de la faim depuis le 1er septembre et s’être installé durant dix jours dans un platane pour protester contre le projet d’autoroute A69, l’arboriste-grimpeur et militant Thomas Brail a entamé une grève de la soif le 9 octobre. Le lendemain, craignant son décès, le gouvernement a annoncé la suspension temporaire des travaux jusqu’aux négociations organisées ce vendredi. Il aura malheureusement fallu en arriver à de telles extrémités pour empêcher provisoirement les bétonneurs de tracer leur route.

Un projet fossile

Si ce fameux tronçon autoroutier est aujourd’hui au cœur de l’actualité, le projet est dans les cartons depuis longtemps. La décision ministérielle de création d’une 2×2 voies entre les villes de Castres et Toulouse, afin de désenclaver la cité tarnaise et favoriser un essor économique par un accès facilité à la métropole remonte en effet au 8 mars 1994. Distantes d’environ 70 kilomètres, les deux villes étaient alors, et sont toujours reliées par la route nationale 126, conçue et entretenue par les pouvoirs publics. 

Fin 2009, le ministre des transports confirme le projet d’autoroute, longeant la RN126, entre Castres et Toulouse par concession autoroutière, supposée accélérer les travaux. Le projet principal se concentre alors sur la construction d’une portion d’autoroute entre Castres et Verfeil, au nord-est de Toulouse, de 54 kilomètres. Ces dernières années, le projet s’est accéléré, d’abord avec la déclaration d’utilité publique en juillet 2018, puis par la signature du contrat définitif de concession de l’autoroute A69 en 16 avril 2022 avec la société Atosca, filiale du groupe NGE, une holding du BTP. Les travaux ont quant à eux débuté en mars 2023. Bref, les promoteurs n’en démordent pas : l’A69 sera construite.

Les élus favorables au projet dépeignent une vision catastrophiste de territoires ruraux, faisant fi des propositions alternatives mises sur la table.

De manière presque anachronique, les partisans de l’A69 déploient, pour convaincre, un argumentaire basé sur une forme de « solutionnisme » technique ayant pour ligne directrice une vision émancipatrice de la voiture individuelle. Maniant hyperboles et emphase, ils qualifient ce projet de « vital pour le territoire », allant « dans le sens de l’histoire du département » selon les termes du Président du Conseil Départemental du Tarn Christophe Ramond (PS). Comme en écho à un discours du siècle passé, les élus favorables au projet dépeignent une vision catastrophiste de territoires ruraux, isolés et abandonnés des politiques nationales de mobilité collective, rendant le recours au véhicule individuel indispensable, faisant fi des propositions alternatives mises sur la table. Dans cette perspective, les responsables départementaux font du projet de l’A69 une « absolue nécessité pour le Tarn », tandis que les élus régionaux estiment qu’ « il faut sauver ce territoire pour qu’il ait un avenir ! ». La voiture ou l’isolement, l’autoroute ou la décrépitude, le pétrole ou la mort, en somme.

Un dossier béton… vite enlisé

Pour justifier la pertinence de l’A69 alors qu’il existe déjà une route nationale, ses promoteurs mettent en avant un gain de temps estimé à 35 minutes entre les deux villes. A priori conséquente, cette économie de temps est néanmoins rapidement relativisée par les différentes critiques du projet. Calculée par rapport à une vitesse moyenne inexacte de 130 km/h, celle-ci est en réalité inexacte et s’élèverait, selon plusieurs simulations, plutôt autour de 12 à 15 minutes, si l’on exclut les ralentissements à attendre à l’arrivée de Toulouse. Bref, cet argument est largement exagéré.

D’autre part, la société Atosca argue d’un engorgement des voiries actuelles qui justifierait la création d’une infrastructure plus importante. Cependant, cet argument échoue lui aussi à l’épreuve quantitative. En effet, la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) 2018 estimait à 10 900 le nombre de véhicules susceptibles d’emprunter l’hypothétique A69. Or, la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement d’Occitanie (DREAL Occitanie) recensait pour sa part en 2019 un trafic moyen journalier annuel de 8422 véhicules dans le village de Soual, en périphérie de Castres, et de 5 640 véhicules à l’entrée de l’A680 en bordure de Toulouse. Par comparaison, les tronçons autoroutiers recensaient en moyenne à l’échelle nationale plus de 28.000 véhicules par jour en 2021 selon l’Association des Sociétés Françaises d’Autoroutes (ASFA).

Au vu d’un gain de temps très faible et d’un trafic trop faible pour nécessiter une telle infrastructure, le prix du péage autoroutier risque de décourager les rares usagers potentiels. Le prix annoncé pour un trajet simple par le concessionnaire est en effet de 6,77€, auquel il faut ajouter 1,60€ pour la portion d’A68 reliant Toulouse, aboutissant à une somme totale de 8,37€, soit presque 17€ pour un aller-retour Castres-Toulouse…

Appropriation de bien public et fourberie administrative 

Dès lors, comment les promoteurs de l’A69 peuvent-ils espérer que cette infrastructure sera rentable et utile ? Ils semblent qu’ils aient trouvé une solution : à défaut de rendre l’autoroute attirante, il est tout à fait possible de rendre la RN126 invivable. Le futur tracé de l’autoroute, que le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) qualifie d’« assez incompréhensible », a donc tout naturellement inclus dans ses projections les deux rocades de contournement des villages de Soual et Puylaurens, construites en 2000 et 2008 pour 55 millions d’euros. Ces contournements construits par l’argent public, fortement appréciés par la population locale pour le désengorgement des localités concernées et l’éloignement des nuisances sonores, seraient donc aspirés dans ce nouvel itinéraire privé et payant.

A défaut de rendre l’autoroute attirante, il est tout à fait possible de rendre la RN126 invivable.

Cet escamotage n’est pas le seul tour contenu dans les tiroirs du promoteur : sous couvert de rééquilibrage, il est prévu que la RN126 soit déclassée en route départementale, que sa vitesse soit abaissée et qu’elle repasse par de nombreuses bourgades et villages, ce qui signifierait de laborieuses traversées de bourgs, auxquelles s’ajouteront 12 nouveaux ronds-points. Exaspérés par un trajet rallongé et considérablement amoindri dans sa qualité, les usagers se tourneraient donc vers l’A69, plus « confortable »… 

Quand le dernier arbre aura été coupé…

Si ces éléments techniques sont déjà suffisants pour questionner ce projet d’autoroute A69, de nombreuses considérations d’ordre démocratique et surtout environnemental achèvent de mettre en exergue le potentiel destructeur et mortifère de cette initiative. Au total, le projet implique une artificialisation de 474 hectares, dont 316 de terres agricoles. Par ailleurs, les 44 kilomètres de voiries neuves, le projet pourrait impacter directement et durablement l’environnement immédiat selon l’Autorité Environnementale, en entraînant une « fragmentation du territoire », une « forte consommation des sols naturels et agricoles » ainsi qu’une « rupture des continuités écologiques ». L’A69 traverserait ainsi plusieurs zones humides protégées, tout en mettant en péril de nombreuses espèces d’insectes et d’oiseaux. Une portion particulière du tracé, dans la zone inondable entre Vendine et Gragnague, impliquerait, elle, un remblais, qui compliquerait les écoulements naturels d’eau et augmenterait le risque d’inondations.

Étant donné un bilan aussi désastreux, l’enquête publique environnementale conduite fin 2022 s’est soldé par un plébiscite contre le projet : 90% des 6 266 personnes ayant répondu étaient défavorables à ce projet. Plus récemment, le 24 septembre 2023, ce sont 200 scientifiques toulousains, dont deux membres du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du  Climat (GIEC), qui demandaient l’arrêt immédiat des travaux de l’autoroute, revendiquant dans une lettre ouverte leur « rejet unanime » de ce projet écocide. 

Outre la bétonisation des terres, c’est l’abattage de 200 arbres, pour beaucoup des platanes d’alignement centenaires typiques des routes du Sud de la France, qui suscite le plus d’oppositions. Certes, les défenseurs de l’autoroute promettent de planter cinq nouveaux arbres pour chaque arbre coupé. Au vu des sécheresses et canicules de plus en plus violentes chaque année, on peut déjà douter de la résistance de ces futurs arbres, alors que les platanes centenaires, aux racines plus profondes, encaissent bien mieux ces chocs climatiques. Plus largement, la coupe d’arbres centenaires est un non-sens, ceux-ci étant reconnus comme des alliés principaux dans la captation de CO2. Dans leur tribune contre l’A69, les scientifiques rappellent ainsi que « non, un arbre centenaire ne peut être remplacé par cinq jeunes arbres : il est irremplaçable dans les échelles de temps qui nous concernent, en raison du carbone qu’il contient, qu’il continue de capter, des autres vivants avec lesquels il interagit, de son importance dans la régulation du cycle de l’eau et du microclimat local ».

Pour protéger ces arbres, dont les premières coupes, le 1er septembre 2023, ont dû être organisées de nuit et sous surveillance policière, les militants ont tenté différentes actions. Beaucoup d’entre eux font partie du groupe national de surveillance des arbres (GNSA), créé il y a quatre ans pour lutter contre les coupes rases et différents projets écocidaires. Son fondateur n’est autre que Thomas Brail, lui-même arboriste-grimpeur, qui est devenu par ses actions spectaculaires – grève de la faim et de la soif – le visage le plus médiatique de cette contestation. D’autres arboristes-grimpeurs, surnommés les « écureuils », sont également montés dans les platanes menacés, occupant un double rôle de vigie et de blocage, leur présence dans les branches rendant la coupe impossible.  En parallèle de ces actions radicales, les militants ont aussi eu recours au droit, en s’appuyant sur l’article L.350-3 du code de l’environnement, qui reconnaît « le rôle pour la préservation de la biodiversité » des arbres et interdit l’abattage d’un ou plusieurs arbres, sanctionnant les contrevenants d’une amende de 5ème classe, égale à 1 500€. Mais la justice a finalement autorisé l’abattage des arbres concernés, alors même qu’ils n’étaient pas inclus dans la demande d’abattage dérogatoire du projet d’A69.

Une floraison de résistances

Si les recours juridiques font désormais régulièrement partie des répertoires d’action des militants écologistes en lutte contre des projets destructeurs, les militants contre l’A69 utilisent tous les leviers possibles. A ce titre, cette lutte est d’ailleurs un exemple-type de la combinaison de tous les moyens d’action, des plus institutionnels aux plus spectaculaires. Au-delà du droit, les opposants ont d’abord cherché à interpeller les élus locaux et les parlementaires. Les élus France Insoumise, ainsi que ceux du Parti communiste et d’Europe-Ecologie-Les-Verts, pourtant membres de la majorité régionale de la socialiste Carole Delga qui défend le projet, ont répondu présents. Ces soutiens n’ayant pas été suffisants, plusieurs manifestations ont également été organisées devant le Conseil régional de la région Occitanie, mais sans plus de succès.

Cette lutte est un exemple-type de la combinaison de tous les moyens d’action, des plus institutionnels aux plus spectaculaires.

Constatant que l’Etat et la Région n’entendent pas renoncer à ce projet, les militants ont ensuite élargi leur répertoire d’action à la désobéissance civile, notamment via l’occupation des sites de chantier et des arbres. Fin avril, les opposants locaux ont été rejoints par d’autres militants écologistes de toute la France, durant un week-end d’action des Soulèvements de la Terre, une structure qui fédère différents collectifs, associations et syndicats et organise des actions spectaculaires autour de différentes luttes locales. Organisée peu de temps après la violente répression de la manifestation contre les méga-bassines de Sainte-Soline, cette opération « Ramdam sur le Macadam » s’est voulue pacifique et joyeuse, notamment via l’organisation d’une course de caisses à savon et la construction de petits murs de parpaings sur la nationale actuelle. Une nouvelle édition de cette manifestation est prévue prochainement, les 21 et 22 octobre. Mais là encore, les pouvoirs publics n’ont toujours pas plié. Pour certains militants, la grève de la faim et de la soif sont donc apparues comme les seules possibilités pour interpeller l’opinion publique et forcer le gouvernement et la région à une négociation rapide. Si les travaux ont temporairement été suspendus pour éviter le scandale qu’aurait entraîné le décès de Thomas Brail, rien ne garantit qu’ils ne reprendront pas à brève échéance.

Enfin, les militants ont tenté de parer à l’argument habituel qui leur est opposé, à savoir qu’ils ne font que des critiques stériles et ne proposent pas d’alternative. Un registre auquel a eu recours le président de la Chambre du Commerce et de l’Industrie (CCI) du Tarn, pour qui il n’y a « pas d’alternative raisonnable » au projet d’A69. Or, un projet alternatif, conçu par le paysagiste-urbaniste Karim Lahiani et  porté par le collectif La voie est libre existe bel et bien, et a été présenté à l’Assemblée nationale. Dénommé « Une autre voie », celui-ci permettrait de reprendre les terres déjà expropriées pour en faire une matrice innovante, écologique et créatrice d’emplois. 

Une guerre des imaginaires

S’il prévoit quelques  aménagements routiers pour la RN126 (qui comporte 3 fois plus de points d’entrée que l’autoroute), ce projet fait surtout la part belle aux mobilités douces. Le développement du train est une priorité, à travers la rénovation des gares et la création de cinq nouvelles haltes ferroviaires, ainsi que l’augmentation de la fréquence des trains. Le vélo n’est pas non plus oublié, ce projet prévoyant la création de la première véloroute d’Europe entre Toulouse et Mazamet (87 km). En miroir de la destruction annoncée par l’A69, il est aussi prévu de créer 315 kilomètres d’alignements d’arbres afin de faire face aux canicules à venir et de convertir 250 hectares de terres agricoles à l’agriculture biologique. Cette transition agroécologique permettrait, selon ses promoteurs, d’augmenter de 30 % le nombre d’oiseaux et d’insectes localement et donc de faire face à l’érosion de la biodiversité. Au total, cette « autre voie » devrait coûter environ 100 millions d’euros, dont seulement la moitié viendrait des collectivités locales, le reste étant éligible à des financements nationaux (Plan vélo, France 2030…). Un chiffre bien faible en comparaison des 450 millions d’euros que coûtera l’A69.

Au-delà d’une bataille entre le béton et les arbres, il s’agit d’une lutte entre les porteurs d’un statu quo mortifère basé sur un alliage pétrole-technique et les défenseurs du vivant.

Ainsi, le projet de l’autoroute A69, comme la plupart des projets routiers et autoroutiers aujourd’hui envisagés, apparaît finalement comme symptomatique d’un rapport de force et d’une bataille idéologique opposant des visions du monde profondément différentes. Au-delà d’une bataille entre le béton et les arbres, il s’agit d’une lutte entre les porteurs d’un statu quo mortifère basé sur un alliage pétrole-technique et les défenseurs du vivant. Dans ce point de bascule – tant en matière de dérèglement climatique que de disparition de la biodiversité – que sont les années 2020, de nombreuses voix s’élèvent pour revendiquer et mettre en œuvre l’imaginaire d’un avenir désirable. Autant de voix qui refusent de poursuivre l’asservissement de la nature et de l’être humain au marché et à la rentabilité, et qui réclament urgemment, une vraie bifurcation écologique.

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