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Faire dialoguer les pratiques entre pays

Faire dialoguer les pratiques entre pays

Plongée au cœur de l'expédition apprenante rwandaise

Article rédigé par Mathilde Bras et Maxime Lubrano et publié le 10 juin 2024

Du 25 au 29 mars 2024, une délégation rwandaise a été accueillie à Paris pour une expédition apprenante inédite.

Au programme : 5 jours pour s’immerger dans les méthodes et projets de transformation numérique publique en France et échanger entre pairs afin d’identifier de futurs chantiers.

A mi-parcours d’un projet visant à accompagner le réseau des Chief Digital Officers (CDO) du Rwanda, animé par la Rwanda Information Society Authority (RISA), cette expédition apprenante a offert aux CDO la possibilité de se “décentrer” du quotidien et de se projeter vers la suite de leur parcours de transformation numérique.

Embarquez avec nous pour découvrir le programme proposé et les principaux enseignements de cette semaine !

Pour Numéricité, accompagner des équipes revient avant tout à leur transmettre les clés de compréhension et les bonnes pratiques pour mettre en œuvre leurs projets de transformation numérique. Avec nos clients, nous proposons ainsi des formats adaptés à leurs besoins : parcours de formations, gages de montée en compétences et d’autonomisation des équipes, événements de co-construction (hackathons, open labs), ou encore expéditions apprenantes, sources d’inspiration et de reconnaissance entre pairs.

Dans un projet au long cours, organiser une expédition apprenante à mi-parcours est un moment clé pour :

  • Se décentrer du quotidien et proposer de nouvelles perspectives aux CDOs sur les axes prioritaires du projet

    Le projet FEXTE s’articule autour de 5 priorités thématiques : la gouvernance, les process, outils et méthodologies, la gestion du changement, la gestion des talents, et les relations avec l’écosystème. Depuis septembre 2023, nous travaillons avec les CDOs de manière alternée : des sessions de travail à distance qui démarrent souvent par un retour d’expérience français puis un approfondissement des réflexions pour concevoir le cadre d’implémentation au Rwanda ; et des missions sur le terrain à Kigali, permettant d’être au plus proche du contexte local et se projeter.

    L’expédition apprenante en France est donc un format complémentaire, qui permet d’incarner davantage les retours d’expérience, notamment via des rencontres avec des praticiens et praticiennes de l’administration française, et des visites “in situ” dans les institutions.

  • Alterner temps d’échanges et moments réflexifs

    Une expédition apprenante est souvent un moment intense. Au total, la délégation rwandaise a suivi les présentations de 15 intervenants de 8 administrations différentes. Une diversité de représentants et de praticiens des administrations françaises, porteurs d’initiatives clés pour la transformation numérique publique.

    En concevant le programme de la semaine, nous avons choisi d’alterner des moments d’échange sur les thématiques de travail du projet FEXTE avec les experts français et des temps de discussion “internes” à la délégation, afin de relier les retours d’expérience avec leurs défis communs. La composition de la délégation a été pensée en ce sens : les CDO du Ministère de l’Environnement et de la Gestion des urgences, du Ministère du Commerce et de l’Industrie, du Ministère de la Justice et du Ministère des Affaires étrangères, un représentant de RISA et un représentant du Ministère des Technologies de l’Information et de Communication et de l’Innovation.

Nous remercions chaleureusement les intervenants qui ont fait de cette semaine une réussite :

Direction interministérielle du numérique
Philippe Vrignaud, directeur du département relation agents – usagers, fondateur de Démarches Simplifiées

Service d’information du gouvernement
Michaël Nathan, Directeur
Missak Kéloglanian, Chief Digital Officer, Conseiller Sécurité Numérique et Chef du Département Ecosystème numérique
Jean Delpech, Adjoint en charge du numérique
Maxime Beaugrand, Responsable de projet

Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères
Henri Verdier, Ambassadeur pour les affaires numériques

Ministère de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique
Bénédicte Roullier, cheffe du pôle transformation numérique des TPE/PME, Responsable de l’initiative France Num, Direction générale des entreprises

Ministère de la Justice
Xavier Albouy, directeur du numérique

Agence nationale de la cohésion des territoires
Alexis Boudard, directeur de l’Incubateur des Territoires
Léa Gislais, Directrice adjointe du Programme Société numérique
Vincent Viers, développeur de Données et Territoires

PIX
Benjamin Marteau, directeur
Marie Bancal, directrice des partenariats, du développement et du juridique
Elsa Dufayard, Responsable des secteurs organismes de formation et international
Angélina Magne, chargée de partenariats et de développement international

Remerciements :
Pierre-Louis Rolle, ancien conseiller du ministre chargé du Numérique, ancien directeur stratégie et innovation à l’Agence nationale de la cohésion des territoires
Romain Talès, Digital Transformation Specialist à Numéricité, ancien chef du département data au sein d’Etalab

À Numéricité, nous sommes fiers de porter la vision du numérique public à la française, cette Digital French Touch, dont les valeurs résident dans l’usage d’un numérique ouvert et responsable, vecteur de transparence et d’efficacité pour l’action publique. Au fil de nos missions à l’international et des visites d’études que nous organisons, nous attachons une importance particulière à relayer ces valeurs, pratiques, méthodes et communs.

L’expédition apprenante à destination de la délégation rwandaise a été conçue pour créer des synergies entre les principes clefs de la Digital French Touch et les priorités du Rwanda.

En France, l’ouverture – ou l’open – est à la fois un mode d’action et un objectif dans la transformation numérique de l’action publique. Améliorer l’accès à l’information sur les démarches administratives, via la création du portail service-public.fr en 2000, rendre disponibles les données collectées et produites par l’administration, via la création de la plateforme interministérielle data.gouv.fr en 2011, ou encore ouvrir l’administration à des talents numériques issus de extérieurs, via la mise en place du programme Entrepreneurs d’intérêt général en 2017. Ces quelques initiatives illustrent l’approche choisie par l’administration française : en “faisant plateforme” avec l’extérieur, en permettant la réutilisation de ressources, le numérique contribue à l’amélioration de la qualité et l’efficacité de l’action publique.

 

Intervention de Philippe Vrignaud devant la délégation rwandaise - Mars 2024

Sur la donnée, cette approche a été accélérée par l’adoption de la loi pour une République numérique en 2016 : principe d’open data data by design, réutilisation gratuite des données publiques, facilitation de la circulation de la donnée entre administrations, principe du “dites-le-nous une fois”, évitant ainsi aux usagers la complétion de données déjà détenues par l’administration, ouverture des logiciels développés (ou financés) par l’administration, transparence des algorithmes. L’ouverture et la circulation des données réduisent la charge administrative pour les citoyens, renforcent la collaboration entre institutions, contribuent à la proactivité de l’administration auprès des usagers.

Sur les codes sources, le développement de briques logicielles communes pour la transformation connaît aujourd’hui une nouvelle impulsion. Au sein de la Direction interministérielle du numérique (DINUM), le pôle opérateur coordonne la mise en place d’une suite numérique consolidée – depuis démarches-simplifées à FranceConnect, en passant par des outils de messagerie, d’agenda, de partage de documents – qui s’attachent mettre l’open source au cœur. Cette approche de mutualisation est particulièrement prometteuse. Lire les dernières actualités sur la suite numérique collaborative.

Enseignements de l’expédition apprenante avec le Rwanda – L’open
Plusieurs bonnes pratiques ont été relevées par la délégation :

  • L’importance de la qualité des données et leur mise à disposition en vue de leur réutilisation par d’autres administrations ou des personnes externes
  • L’ouverture et la circulation des données brutes produites par des acteurs publics complémentaires à l’approche de production statistique
  • La nécessité d’installer une gouvernance interministérielle pour développer une politique de la donnée 360 (open data, API, IA) au service de l’amélioration de l’action publique
  • La mutualisation de briques logicielles selon le mode “volontaire” : par exemple, un ministère peut choisir d’instancier un logiciel commun à toutes les administrations tout comme ne pas utiliser une autre solution de la suite, tant que l’information existe sur ce qui est mis à disposition ! 

En 2014, la France est le premier pays à créer par décret une fonction d’administrateur général des données (AGD), traditionnellement incarnée par le Directeur interministériel du numérique (DINUM).

  • L’AGD doit assurer l’accélération de l’ouverture, de la circulation et de l’exploitation des données publiques au profit des politiques publiques. Cette fonction est venu compléter l’action et le réseau d’Etalab pour mettre en œuvre la transformation des politiques publiques de la donnée.
  • En 2021, l’équivalent ministériel de l’AGD est créé, via une circulaire définissant les missions des administrateurs ministériels des données, des algorithmes et des codes sources (AMDAC). Les AMDAC (qui peuvent être les directeurs du numérique dans les ministères, mais pas toujours), ont pour fonction la mise en œuvre et le suivi des stratégies ministérielles pour l’ouverture des données, algorithmes et codes sources. Ils coconstruisent et mettent en œuvre leur feuille de route ministérielle en ce sens, toutes disponibles en accès libre sur numerique.gouv.fr.
  • Une comitologie est mise en place : le Ministre de la Transformation et de la Fonction publiques assure le suivi stratégique, et chaque mois, les AMDAC se réunissent avec l’AGD. Des projets conjoints peuvent être menés en parallèle.

Intervention de Romain Talès devant la délégation rwandaise - Mars 2024

La gouvernance du réseau des AMDAC est une approche parmi d’autres de modes de pilotage de la transformation numérique. Il est important de pouvoir ajuster les mécanismes de gouvernance en fonction des acteurs concernés et des décisions à prendre. Un spectre large de dispositifs de gouvernance existent en France. Parmi les initiatives présentées lors de l’expédition apprenante :

  • L’approche partenariale public-privé-communs, consistant à mettre ouvrir les codes sources des logiciels développés sur des financements publics, à créer une communauté d’utilisateurs et de développeurs et à réemployer au maximum l’existant. Par exemple, le gouvernement, comme de nombreux incubateurs ministériels, est présent sur GitHub : https://github.com/GouvernementFR. Dans cette dynamique de numérique d’intérêt général, il existe également l’Accélérateur d’initiatives citoyennes (AIC), lancé en 2021 par la DINUM afin de renforcer les coopérations entre l’Etat et les initiatives citoyennes porteuses de communs numérique.

Enseignements de l’expédition apprenante avec le Rwanda – La gouvernance
Plusieurs bonnes pratiques ont été relevées par la délégation :

  • L’avantage de bénéficier d’une organisation interministérielle pour collaborer avec les CDO sectoriels et placer la transformation numérique à un niveau de décision élevé au sein du gouvernement
  • L’open-source et les communs numériques pour
    • Développer des infrastructures de services numériques offre plusieurs avantages, tels que l’efficacité des investissements, la garantie de la souveraineté numérique et l’attraction de talents
    • Favoriser l’innovation ouverte et collaborative, essentielle pour l’adaptation rapide aux nouvelles technologies et aux besoins évolutifs des citoyens
    • Animer des communautés de pratiques, essentielles pour le partage de connaissances et de meilleures pratiques, la résolution de problèmes communs et le soutien mutuel dans les initiatives de transformation numérique

De nombreux chantiers liées aux politiques d’inclusion numérique ont été lancées depuis plus de 10 ans. Aujourd’hui, la Stratégie nationale pour un numérique inclusif est structurante pour les acteurs publics.

La délégation a découvert les initiatives phares, qui couvrent l’ensemble des champs de l’inclusion (de la connectivité aux usages) : le Plan France Très Haut Débit, le programme France Mobile, les programmes de médiation numérique, l’accompagnement des collectivités territoriales, par exemple avec la création des conseillers numériques. La progression de l’inclusion numérique est suivie par une nouvelle métrique développée par l’ANCT : la distance numérique. Celle-ci englobe l’accès aux équipements, la diversité des usages, les compétences formelles, la facilité.

Les équipes de l’ANCT et de PIX devant la délégation rwandaise - mars 2024
Intervention de Bénédicte Roullier devant la délégation rwandaise - mars 2024

Pour ce qui est de la formation, l’équipe de Pix a présenté l’histoire du service, le modèle de mise en œuvre et les caractéristiques clés. Pix est une startup d’État devenue un service autonome, avec un modèle de financement hybride. L’équipe s’appuie sur le cadre européen des compétences numériques pour construire des modules pédagogiques, dispensés de l’école primaire à l’université. A l’occasion de la présentation de Pix, la délégation a partagé leurs préoccupations sur la façon de s’attaquer à l’alphabétisation numérique pour les populations ayant des problèmes d’alphabétisation ou des questions de diversité linguistique.

La méthode startup d’Etat a été explorée par la délégation à travers la présentation de deux initiatives portées par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) : Aidants Connect et Données et Territoires. Cette méthode permet d’apporter une réponse à un problème de politique publique par le développement d’un service numérique à impact, conçu à partir des besoins exprimés par les utilisateurs (citoyens ou agents publics).

Aidants Connect est un service basé sur les principes d’authentification de FranceConnect permettant aux aidants de soutenir les utilisateurs dans la réalisation de leurs démarches administratives.

Données et Territoires est un service proposé par l’ANCT à destination des agents, des services et des collectivités territoriales afin de les accompagner dans toutes les étapes de la création à l’utilisation des données.

Ces deux exemples de produits, centrés sur l’exploitation de la donnée au service des besoins des utilisateurs, montrent combien les bases de données standardisées et ouvertes permettent d’opérer des politiques publiques ou d’outiller les agents, gages de confiance et d’efficacité.

Enseignements de l’expédition apprenante avec le Rwanda – La méthode produit des start-up d’État
Plusieurs bonnes pratiques ont été relevées par la délégation :

  • L’importance de maintenir un lien constant avec les utilisateurs finaux lors du développement de services numériques
  • La nécessité de faciliter l’expérience utilisateur en proposant un univers graphique cohérent
  • L’utilité du modèle start-up d’État pour dynamiser des projets numériques au service des politiques publiques

Afin de proposer aux usagers des interfaces numériques standardisées et un univers de marque État uniformisé, la France s’est doté d’un système de design : le DSFR (Système de Design de l’Etat).

  • Elaboré par le Service d’information du gouvernement (SIG), le DSFR permet d’assurer la cohérence des produits numériques publics avec la stratégie de marque de l’État. Des composants sont mis à disposition des designers et développeurs de services (blocs fonctionnels, typographies, modèles, références colorimétriques, boutons, fil d’Ariane, etc.). Ils sont prêts à l’emploi, accessibles et standardisés. Le DSFR est ouvert, une documentation est mise à disposition, et les utilisateurs peuvent émettre des besoins en évolution ou ajouts de composants.
  • La force du DSFR réside dans son adaptabilité, en ce qu’il est « agnostique » en termes de langages web et de programmation. Il vient outiller les équipes de services numériques pour mieux construire leurs produits et mettre en œuvre les normes d’éco-conception et d’accessibilité.

Les membres de la délégation en compagnie de Michaël Nathan et Missak Kéloglanian - mars 2024

La transformation numérique n’est pas synonyme de la mise en œuvre des nouvelles technologies. Comme le précise la Fing suite à la création du groupe de travail Nos Systèmes, il est essentiel d’opéter une rétroingénierie des solutions techniques émergentes avant de les déployer. Ils préconisent d’ailleurs d’opter pour une rétroingénierie sociale, méthode permettant de comprendre et d’améliorer les systèmes techniques en interagissant avec eux : l’idée est de rendre les systèmes techniques socialement responsables et transparents sans nécessairement dévoiler tous leurs secrets.

Enseignements de l’expédition apprenante avec le Rwanda – Ne pas tomber dans le techno-solutionnisme

Xavier Albouy, Directeur du numérique au Ministère de la Justice, a insisté sur un point : lorsqu’une innovation est présentée comme un virage incontournable à prendre, le rôle d’un directeur du numérique est de remettre l’usage, la valeur, au centre, et de considérer la technologie comme un moyen et non une fin.

Intervention de Xavier Albouy devant la délégation rwandaise - mars 2024

Pour autant, la recherche de l’état de l’art dans l’usage d’innovations technologiques majeures est importante. Par exemple, la France expérimente et met en œuvre diverses initiatives liées à l’intelligence artificielle :

  • “Pour une intelligence artificielle française” (PIAF), portée dès 2018 par le Lab’IA d’Etalab et visant à construire le premier jeu de données ouvert de questions-réponses francophone ;
  • Albert, nouvel outil d’IA générative lancé en 2023 à destination des agents de l’administration et porté par le Datalab d’Etalab ;

Dans le sillon de l’approche public-privé-communs, l’État a également lancé en juillet 2023 une communauté : AllIAnce. Sous l’égide de la DINUM, AllIAnce rassemble des ministères, des administrations publiques, des opérateurs de services publics, des start-up et entreprises privées, des organismes de recherche et des établissements d’enseignement supérieur. L’objectif : répondre à des problématiques concrètes rencontrées par les administrations sur le terrain en réunissant toutes les expertises permettant à l’État de s’approprier tout le potentiel des technologies d’IA.

Cette communauté assure la gouvernance en expérimentant régulièrement des solutions avant de les passer à l’échelle. A l’instar des DNUM ministériels, la communauté joue le rôle d’éclaireur et permet à la France de se positionner techniquement, juridiquement et éthiquement sur les innovations technologiques et de créer des produits souverains et libres. In fine, cela revient interroger la technique pour en dévoiler le potentiel en vue de répondre aux besoins des agents et des administrés.

À la fin de la semaine d’expédition apprenante, trois mots-clés ont marqué les discussions entre les membres de la délégation rwandaise : open-source, souveraineté et user-centric. En privilégiant le dialogue entre praticiens et en intégrant les meilleures pratiques de la Digital French Touch, cette expédition a offert une vision complète et pragmatique des opportunités et des défis de la transformation numérique.

Les différents enseignements ont mis en lumière l’importance d’une approche ouverte et collaborative, de la transparence des systèmes techniques, et d’une gouvernance adaptée et placée à un haut niveau stratégique. Ces éléments ont permis aux membres de la délégation rwandaise de redéfinir leur perspective sur les différents aspects du projet FEXTE.

L’expédition apprenante a ainsi apporté des orientations supplémentaires pour formuler des besoins et idées pour la suite du programme. L’échange avec Henri Verdier, Ambassadeur pour les affaires numériques a été très enthousiasmant pour les CDOs, qui ont perçu qu’il était possible – et souhaitable – d’associer des principes de transformation numérique et des projets concrets à impact.

Les membres de la délégation en compagnie de Henri Verdier, Ambassadeur français pour les affaires numériques - mars 2024

À l’instar de cette expédition apprenante, accompagner à la transformation numérique, c’est aussi garantir la montée en compétences et l’autonomisation des équipes.

Partant de cette conviction, nous avons fait le choix de concevoir une diversité de formats et modules de formation que nous pouvons proposer clé en main ou intégrer dans des missions spécifiques.

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The Personal AI Greenfield

What forms of pAI—personal AI—are Apple, Mozilla, Google, Meta, Microsoft and the rest not doing?

Let’s look at those first two because they’re at the top of the news LIFO buffer.

Apple Intelligence (“coming in beta this fall*“), announced yesterday, will help you with writing and creating images while giving you less lame answers from Siri. (Which they should re-name. Siri is Apple’s Clippy.) It “can draw on larger server-based models, running on Apple silicon, to handle more complex requests for you while protecting your privacy.” The “larger models” will be white-labeled ChatGPT, plus Apple’s own small language models (SLMs).

Mozilla, which got $400+ million a year from Google (for search in the Firefox browser) starting in 2020, announce on June 3 that they will be Building open, private AI with the Mozilla Builders Accelerator. Jive:

This program is designed to empower independent AI and machine learning engineers with the resources and support they need to thrive. It aims to cultivate a more innovative AI ecosystem, and it’s one of Mozilla’s key initiatives to make AI meaningfully impactful — alongside efforts like Mozilla.ai, the Responsible AI Challenge and the Rise25 Awards.

The Mozilla Builders Accelerator’s inaugural theme is local AI, which involves running AI models and applications directly on personal devices like laptops, smartphones, or edge devices rather than depending on cloud-based services…

We chose Local AI as the theme for the Accelerator’s first cohort because it aligns with our core values of privacy, user empowerment, and open source innovation. This method offers several benefits including:

  • Privacy: Data stays on the local device, minimizing exposure to potential breaches and misuse.
  • Agency: Users have greater control over their AI tools and data.
  • Cost-effectiveness: Reduces reliance on expensive cloud infrastructure, lowering costs for developers and users.
  • Reliability: Local processing ensures continuous operation even without internet connectivity.

Looks to me like both of these are Big AI writ small. It’s “local,” not personal. It’s made to serve your needs with what BigAI offers through APIs. It is still essentially AIaaS (AI as a Service), rather than truly personal AI (pAI): personalized more than personal.

That’s also what I see when I read between the lines at Mozilla’s AI job openings. Take platform engineer. This person will (among other things), “assist in managing and orchestrating workloads across multiple cloud providers.” That’s fine. I’m sure true pAIs will do that too. But most of pAI will be more personal than that. It will deal with the mundanities of your everyday life. Not with coughing up answers that can only come from AIaaSes.

The problem with personalizing AI giant offerings is that they are large language models (LLM) trained on everything that can be crawled on the Internet, plus who knows what else. Not on your truly personal stuff. This is why “prompt engineering” worthy of the noun is ” not for anybody:

Prompt engineering is crucial for deploying LLMs but is poorly understood mathematically. We formalize LLM systems as a class of discrete stochastic dynamical systems to explore prompt engineering through the lens of control theory. We investigate the reachable set of output token sequences $R_y(\mathbf x_0)$ for which there exists a control input sequence $\mathbf u$ for each $\mathbf y \in R_y(\mathbf x_0)$ that steers the LLM to output $\mathbf y$ from initial state sequence $\mathbf x_0$. We offer analytic analysis on the limitations on the controllability of self-attention in terms of reachable set, where we prove an upper bound on the reachable set of outputs $R_y(\mathbf x_0)$ as a function of the singular values of the parameter matrices. We present complementary empirical analysis on the controllability of a panel of LLMs, including Falcon-7b, Llama-7b, and Falcon-40b. Our results demonstrate a lower bound on the reachable set of outputs $R_y(\mathbf x_0)$ w.r.t. initial state sequences $\mathbf x_0$ sampled from the Wikitext dataset. We find that the correct next Wikitext token following sequence $\mathbf x_0$ is reachable over 97% of the time with prompts of $k\leq 10$ tokens. We also establish that the top 75 most likely next tokens, as estimated by the LLM itself, are reachable at least 85% of the time with prompts of $k\leq 10$ tokens. Intriguingly, short prompt sequences can dramatically alter the likelihood of specific outputs, even making the least likely tokens become the most likely ones. This control-centric analysis of LLMs demonstrates the significant and poorly understood role of input sequences in steering output probabilities, offering a foundational perspective for enhancing language model system capabilities.

But all that stuff applies mostly when we’re prompting a big LLM system.

What about using AI in our own lives, where the data that matters most are in our calendars, contacts, financial and health records, our travels, our correspondence (email, chat, whatever)? And how about all the location data we might get from our cars, phone apps, and phone companies? These should be much easier for a pAI to gather, examine, and help us do useful things. Caring about much less data also means a pAI will be less likely to give wrong (hallucinated) answers.

Today the mental frame almost everybody uses for AI is the Big kind, ingesting everything they can get their crawlers on, and munching all of it in giant compute farms. Those systems are great for lots of stuff, but they still don’t deal with personal data listed in the last paragraph.

Not yet, anyway.

Look at it this way. For each of us, there are three data pools:

  1. The entire Net, which is what gets crawled by all the giant LLM operators, plus whatever else they can get their claws on.
  2. One’s personal life, some of which is digitized in useful form (contacts, calendar, mail, stuff in folders inside PCs and attached drives).
  3. Personal data that is in the hands of giants, but is rightfully ours. These include our driving record and driving practices (,recorded by our late model cars and snitched to insurance companies and others), our location data (kept and shared by car and phone carriers to the likes of Google and the feds), our TV viewing habits, (gathered by Google, Amazon, Roku, Apple, etc.).

The pAI greenfield is with the last two.

Tell us who is working on what there, preferably with open source, and not sitting on walled garden silicon.

[Later… ] Since readers told me I had small language models (SLMs) wrong in one of the paragraphs above, and I’m not sure I had them right, I rewrote them out of the piece. I invite readers to post comments to further correct and expand on the subject of pAIs and what they can do.

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Ruviki – Quand le Kremlin réécrit Wikipedia à sa sauce

Vous pensiez que Wikipedia était un havre de savoir libre et ouvert à tous ?

Détrompez-vous ! En Russie, le gouvernement vient de frapper un grand coup en clonant l’encyclopédie collaborative pour en faire une version légèrement différente, histoire de réécrire l’Histoire à sa sauce.

Fini Wikipedia, place à Ruviki ! Enfin quand je dis Ruviki, c’est en fait une version modifiée de Wikipedia en russe (Wikipedia RU) mais sans les articles qui dérangent. Bref, appelez ça comme vous voulez, le principe reste le même : on prend l’encyclopédie, on vire tout ce qui nous plaît pas, et voilà, on a une Wikipedia sous stéroïdes made in Kremlin. Pratique.

Concrètement, ce projet Ruviki a été initié par Vladimir Medeyko, président de Wikimedia.ru (la version russe de la Wikimedia Foundation). Les articles sur les « agents étrangers » (comprenez tous ceux qui osent émettre une opinion sur le gouvernement sans être sponsorisés par Poutine himself), les scandales impliquant des représentants du gouvernement ou encore les rapports sur la torture dans les prisons russes ont comme par magie disparu ! Pouf ! Envolés les « détails » qui fâchent.

Mais le plus drôle dans l’histoire, c’est que même les articles sur des sujets à priori sans rapport y passent. Prenez par exemple l’article sur « 1984 » de George Orwell. Bizarrement, toute mention du « Ministère de la Vérité », l’institution chargée de la propagande et de la réécriture de l’Histoire dans le roman, s’est volatilisée de Ruviki. Étonnant, non ?

Et ne croyez pas que seuls quelques articles sont concernés. D’après une analyse du chercheur Constantine Konovalov, ce sont plus de 200 000 caractères qui ont été modifiés ou supprimés dans les articles sur la liberté d’expression, 150 000 sur les droits humains, 96 000 sur les prisonniers politiques et 71 000 sur la censure. Ça en fait de la réécriture !

Le plus ironique dans tout ça, c’est que les autorités russes présentent ce Ruviki comme une version « fiable » et « neutre » de Wikipedia. Ben voyons… C’est sûr que quand on vire tout ce qui nous arrange pas, ça devient vite plus « neutre ». Dans le genre révision historique de niveau olympique, on n’a pas fait mieux depuis l’invention du correcteur liquide.

Et comme si ça suffisait pas, la véritable Wikipedia en russe est désormais bannie en Russie. Circulez, y a plus rien à voir ! Seule la version tronquée made in Kremlin est autorisée. C’est ballot, les Russes vont devoir se contenter d’une réalité quelque peu… alternative.

Mais bon, après tout, c’est pas comme si la Russie était réputée pour sa transparence, sa liberté d’expression et son amour de la vérité vraie. Alors une encyclopédie sous contrôle étatique, c’est bien pratique pourj le gouvernement qui ne fera plus de nuits blanches en se demandant si un article compromettant va être publié.

La prochaine fois que vous consulterez Wikipedia, ayez une petite pensée pour nos amis Russes qui, eux, devront se contenter de la version caviardée… (et c’est pas du Beluga)

Source

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L’open-data, vecteur de transformation et d’innovation

Pour Numéricité, l’open est vecteur de transformation et d’innovation. La donnée est un actif à haute valeur stratégique. Elle permet de partager et d’interpréter de l’information. Fluidifier la circulation des données et encourager leur ouverture, c’est engager les organisations, publiques comme privées, dans l’adoption d’une culture de la donnée. C’est aussi un gage d’une meilleure transparence et efficacité de l’action publique, dans une logique de gouvernement ouvert. Enfin, c’est faciliter le développement de l’économie numérique en permettant des innovations privées appuyées sur des données publiques ouvertes.

C’est pourquoi les entreprises et les administrations publiques se transforment afin de mieux valoriser ces données et investissent dans la construction et la mise en place d’une stratégie data au service de leur stratégie globale.

Retour sur nos missions phares, traduction concrète de notre offre Transfo-soft !

Afin de faciliter la vie des usagers, citoyens comme entreprises, notre pôle Intelligence juridique et conformité a appuyé l’ouverture des données, comme celles produites par France Chaleur Urbaine ou MaCantine.

Moderniser les SI est un prérequis pour faciliter la circulation de la donnée. Pour cela, nous proposons une expertise d’audit nous permettant de formuler des recommandations d’actions concrètes. L’objectif est d’engager la transformation par les métiers, en améliorant leur process internes ou leur organisation produit par exemple.

Numéricité, c’est une équipe d’hommes et de femmes motivés par l’usage d’un numérique ouvert et responsable pour opérer des transformations. Loin d’être promoteur d’un solutionnisme technologique, nous nous faisons chantres de l’open, facteur de transparence et d’efficacité et d’innovation.

La France a une longue histoire d’amour avec l’open-data, et a forgé une vision particulière, notamment sous l’impulsion d’Etalab. Au travers de nos missions, nous sommes fiers de promouvoir ce numérique public français, cette “Digital French Touch”. Nous dessinons déjà la suite d’Etalab grâce aux anciens de la mission ayant rejoint Numéricité et notre réseau de partenaires, et ne cessons d’interroger l’open au regard des nouvelles dimensions technologiques et réglementaires afin de l’entretenir.

Découvrez nos missions phares de sensibilisation à la culture de la donnée et de transmission de la logique d’État-plateforme.

Nous avons accompagné de nombreux acteurs, territoires et gouvernements dans la concertation, la construction et la priorisation de leurs stratégies data. Un seul impératif : mettre l’humain, que ce soit les métiers, les acteurs économiques et/ou les usagers au cœur de la réflexion.

Pour embarquer ces différents collectifs, qu’ils soient spécialistes ou non de la data, nous disposons d’un large éventail de formats : open-lab, ateliers, entretiens, expérimentations, cas d’usage, datadays, hackathons. Il s’agit là d’une première brique de notre approche produit des stratégies data, visant ensuite à s’interroger sur les données à mobiliser, la gouvernance à constituer, les compétences à renforcer, avant de réaliser des expérimentations à petite échelle pour confirmer les orientations.

Voici quelques exemples emblématiques :

Co-construire une stratégie data et rédiger une feuille de route actionnable et appropriable pour Bruxelles, en se faisant facilitateur d’ateliers de travail thématiques.

Mobiliser le potentiel des datas pour améliorer les mobilités à l’échelle régionale lors d’un hackathon au cours duquel les participants pouvaient répondre aux quatre défis pensés en lien avec la stratégie open data d’Île-de-France Mobilités.

Aligner les différentes parties prenantes du Groupe Vyv sur une position ambitieuse autour de l’ouverture des données assurantielles, qui permette de mettre l’usager au centre de l’utilisation de ces données, en organisant une série d’open-lab.

Accompagner la rédaction de la feuille de route de la Direction du Numérique et de la Modernisation de Nouvelle-Calédonie, en organisant en partenariat avec Atlas Management une série d’ateliers, en proposant un parangonnage des exemples internationaux et en coachant des prototypes (POC) data appuyés sur la donnée.

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Rétrospective : les bonnes pratiques d’un produit data partagées auprès de la communauté de Numérique en Commun(s)

Rétrospective de Mathilde Bras, avec les contributions de Cécile Le Guen, Augustin Courtier et Quentin Leroy

Les 19 et 20 octobre 2023, la communauté du numérique d’intérêt général s’est retrouvée à Bordeaux pour sa – désormais traditionnelle – grande réunion : Numérique en Commun(s). Cette année, 5 axes thématiques ont ponctué la programmation : données & territoires, écologie & soutenabilité, éthique & émancipation, communs & souveraineté, médiation & compétences numériques.

L’occasion pour Numéricité, partenaire de l’événement, de proposer plusieurs formats de partage d’expérience et de bonnes pratiques autour de défis qui nous tiennent à coeur : l’acculturation par le produit d’équipes ou d’organisations qui souhaitent se transformer, et la mobilisation du droit, en particulier du RGPD, comme un levier d’accélération des services publics numériques.

Dans cet article rétrospective, Mathilde Bras, Strategy & Innovation Manager chez Numéricité, revient sur les principaux enseignements partagés lors de l’atelier “Meilleures pratiques pour un projet data avec et pour des utilisateurs non tech”, et consolide 5 principes d’action pour des projets et produits data.

 

Entreprendre un projet data, un défi pour des profils techniques et non techniques

J’accompagne et entreprends de multiples projets autour de la donnée, depuis la conception de feuilles de route data jusqu’au développement de services d’exploitation de données métiers. Très souvent, je me retrouve dans une situation où les acteurs du projet ont besoin de parler le même langage, tout en mobilisant leurs propres expertises.

Mon rôle de coach est justement de traduire “le langage” des décideurs, faire remonter les besoins des utilisateurs auprès des équipes produit, être médiatrice des besoins opérationnels, et aussi de faciliter l’identification collective de points de passage. Cela se traduit concrètement par la définition des premières orientations du produit, l’identification des parties prenantes à associer, mais aussi la manière de mobiliser les utilisateurs, le mode de communication sur le produit, les risques potentiels, les compétences à mobiliser, etc.

Pour Numérique en Communs, j’ai donc proposé un exercice ouvert d’introspection à plusieurs porteurs d’initiatives liées à la valorisation des données publiques, qu’elles soient partagées en open data ou entre administrations :

En racontant nos expériences aux participants de l’atelier, nous avons pu partager des défis communs lorsqu’il s’agit de construire des produits qui se fondent sur l’exploitation de données. Leur similitude : à chaque étape, il est important de transformer des idées reçues en opportunités pour faire avancer son projet. Quelques exemples partagés pendant l’échange (nous avons partagé des exemples fictifs, mais inspirés de la réalité) :

  • J’ai besoin de 5 data-scientists pour réaliser le projet, rien d’autre” : en réalité, un projet data nécessite de s’intéresser à une pluralité de profils, tech et non tech. Une personne spécialisée en droit du numérique peut vous être utile, tout comme des compétences capables de traduire le besoin du métier en parcours (les UX designers)
  • Je sais déjà ce que je souhaite développer, pas besoin de s’adresser aux futurs utilisateurs” : en réalité, en vous adressant aux utilisateurs, vous allez pouvoir considérer l’usage des données comme un intrant pour sa structuration et sa mise en qualité. Dans le cas d’un produit data, il peut s’agir des producteurs de données, des réutilisateurs (techniques et métiers), et de décideurs (dans le cas d’un tableau de bord par exemple)
  • Le droit ne nous permet pas d’exploiter ces données, on ne peut les intégrer au prototype, il faut attendre la mise en production et l’homologation” : le fait de se poser des questions juridiques dès le démarrage du projet peut aussi être un levier pour transformer la gouvernance d’un projet, d’une politique publique ou d’une base de données
  • Commandons un logiciel sur étagère, ce sera plus simple dans la durée” : considérer la force de l’open-source est la clef. Il existe aujourd’hui des librairies très riches en matière d’exploitation et de transformation de données, tout comme d’applications de cartographie ou visualisation
  • Apprendre à des personnes non spécialisées en données à les réutiliser ne sert à rien” : bien au contraire, cela peut constituer un réel outil d’acculturation sur la manière dont les données sont produites, leur utilité pour prendre des décisions et se représenter le réel, et ainsi créer de l’engagement autour des politiques publiques qu’elles suivent

Photo de l'atelier organisé dans le cadre de NEC2023, à Bordeaux le 19 octobre 2023
Photo de l'atelier organisé dans le cadre de NEC2023, à Bordeaux le 19 octobre 2023

Quelques principes d’action pour développer des produits data avec et pour des utilisateurs non spécialistes de la donnée

Forts de ces témoignages et des questions posées par les participations de l’atelier NEC, nous avons consolidé quelques principes d’action pour guider des personnes travaillant actuellement ou prochainement sur des projets ou produits data, qu’elles aient des compétences “techniques” en données ou non.

Notre livrable pour la communauté Numérique en Communs – 5 principes d’action de projet data en commun(s) :

  • Opérer une médiation constante entre les utilisateurs et les données (et le produit) : avoir accès à une base de données n’est pas l’objectif, c’est seulement un éventuel moyen pour répondre à des besoins “métiers” ou “usagers”. Une ou un responsable de produit data a la mission de garder en tête cette perspective, pour éviter par exemple que le service développé soit uniquement compréhensible – et donc utilisable – par les personnes qui connaissent la donnée par coeur. Concrètement, cela implique de s’intéresser autant à l’utilisation – donc la valeur de la donnée – qu’à sa qualité ;
  • Travailler la gouvernance – technique et organisationnelle – tout au long du projet/produit : lors de la conception, échanger avec les personnes qui produisent, reçoivent, transmettent ou transforment la donnée, non seulement pour les inclure – et mobiliser leur expertise ! – dans les différents temps forts du projet, mais aussi pour identifier les enjeux liés à la qualité de la donnée, qui est la clef de tout projet data. Concrètement, pour le projet PILOTE, cela impliquait de se poser la question du cycle de vie des données : est-ce que je dispose de données ou le projet consiste à aller en chercher ? qui les produit ? qui est responsable des mises à jour, du stockage ? ces données doivent-elles respecter des standards de qualité ? sont-elles sensibles au sens du RGPD ?
  • S’appuyer sur les forces de l’open source – et des communs – pour construire des projets data : les standards publics sont pour cela très inspirants. Tout service public numérique doit rendre son code ouvert (”public money, public code”, vivent les communs !). Au-delà du code produit, aller chercher des briques techniques dans l’état de l’art pour développer de services est souvent gage de qualité. Celles en vogue en ce moment sur les données : VueJS (développement d’applications), Apache Superset (datavisualisation), la suite ELK (import de données, requête, analyse et visualisation), Kubernetess (infrastructure de conteneurisation), Keycloack (identité et gestion des accès). Cela implique bien sûr de réaliser de la veille régulière sur ces briques, leurs mises à jour, et de s’appuyer sur la communauté de contributeurs ! Et on ne peut s’empêcher de citer Onyxia, un environnement de travail à l’état de l’art pour la data, open source et propulsé par les équipes de l’Insee, dont les cas d’usage ne font que se multiplier (voir nos travaux sur le projet DATAFID)
  • Considérer le droit comme une opportunité d’innovation et d’accélération : aujourd’hui de nombreux standards doivent s’appliquer aux services numériques développés par des acteurs publics et des questions de droit (qui vont au-delà des sujets techniques) peuvent se poser tout au long du projet, et même si cela demande du travail, c’est une opportunité ! Lors d’un projet data, on peut se rendre compte que certains textes doivent être harmonisés, ou proposer une nouvelle mouture d’une disposition juridique. Et surtout, on peut aussi imaginer des facilités de prototypage même si notre produit n’a pas été homologué : un exemple concret tout récent, la génération de données “fictives”, qui respecte le schéma des données “réelles”, afin de tester une première version d’application, avant la mise en production (en savoir plus avec le projet CM2D ici)
  • Dépasser les frontières de la documentation (technique) pour en faire une plateforme pour la communauté : si vous avez déjà travaillé dans des équipes produits, vous avez déjà dû entendre râler autour de vous lorsqu’il s’est agi de documenter une application ou un service. En réalité, documenter un produit peut en faciliter son adoption, inspirer des utilisateurs sur des usages possibles et permettre le déploiement à grande échelle. Concrètement, comme nous l’a raconté Quentin pour ChartsGouv, cela implique – bien sûr – de publier le code, les informations d’installation (comme un mode d’emploi) et d’aller plus loin en répertoriant des cas d’usages et en réunissant régulièrement la communauté. Dans le cas de l’Open Data University, c’est plus que de la documentation, c’est un plaidoyer sur la vertu pédagogique de l’open data enseigné au sein de multiples formations : qui engagent les étudiantes et étudiants à s’intéresser non seulement aux données publiques, mais aussi au secteur public en général !

Ces principes ne sont pas exhaustifs, nous espérons qu’ils pourront guider le plus grand nombre ! N’hésitez pas à nous faire part de vos retours d’expérience par mail : communication@numericite.eu !

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Occident : fin de l’hégémonie ? Mélenchon, Ventura, Bulard, Billion

Le déclenchement de deux conflits régionaux aux répercussions mondiales, en Ukraine et en Palestine, ont révélé les fractures latentes de l’ordre international. Pour une majorité du monde, l’alignement sur les États-Unis n’est plus une évidence. Ce glissement s’observe également à travers d’autres visages des relations internationales, au-delà des conflits armés : rivalité commerciale, scientifique, industrielle entre la Chine et les États-Unis ; élargissement des BRICS et volonté déclarée de dédollariser les échanges ; dynamiques démographiques contraires entre continents, etc. À l’occasion du la publication du livre de Christophe Ventura et Didier Billion – chercheurs en relations internationales – Désoccidentalisation : repenser l’ordre du monde, Le Vent Se Lève et le département de relations internationales de l’Institut La Boétie ont organisé une conférence intitulée : « La désoccidentalisation du monde est-elle une bonne nouvelle ? ». Sont intervenus les deux co-auteurs du livre ainsi que Martine Bulard, journaliste spécialistes de l’Asie, et Jean-Luc Mélenchon, co-président de l’Institut La Boétie.

Retrouvez ci-dessous la captation vidéo de la conférence, et sur notre site les belles feuilles du livre de Christophe Ventura et Didier Billion ainsi qu’un entretien avec Jean-Luc Mélenchon où il est question de ces enjeux internationaux.

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2 recettes de lacto-fermentation – Mathieu Castant

Je suis ravis d’accueillir à nouveau Mathieu Castant, un véritable passionné de la lacto-fermentation. Mathieu est devenu un expert dans l’art ancestral de la préservation alimentaire. Sa fascination pour les méthodes de conservation naturelles l’a conduit à découvrir le kimchi d’une manière tout à fait fortuite lors d’un séjour en Australie. Ce fut le point de départ d’un voyage passionnant dans l’univers complexe mais fascinant de la lacto-fermentation.

Cette semaine il nous partage 2 recettes de lacto-fermentation qui vont vous donner les bases pour les deux façons de faire vos propres préparations. Et pour ceux qui auraient manqué la première partie, RDV sur ce lien : https://lechou.fr/la-lacto-fermentation-avec-mathieu-castant/

Après s’être inspiré des cuisines à travers le monde et avoir suivi une formation approfondie en cuisine à Barcelone, Mathieu a consacré son expertise à explorer les merveilles de la lacto-fermentation. Il partage désormais son savoir-faire, révélant comment ce procédé simple, nécessitant seulement des légumes bio, du sel et une touche de patience, peut métamorphoser des ingrédients bruts en des trésors gastronomiques vivants.

Au-delà de ses expériences personnelles, Mathieu Castant incarne un véritable ambassadeur de la cuisine probiotique. Il nous invite à découvrir comment la lacto-fermentation, souvent méconnue du grand public, peut révolutionner notre façon de percevoir les conserves alimentaires. Son approche alliant tradition et création dévoile des possibilités infinies pour créer des condiments exquis, des super-aliments, et des saveurs uniques, tout en préservant les bienfaits nutritionnels des aliments de manière naturelle.

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Rawfood, noël et plaisirs – Marie Sophie L.

Je suis ravi d’accueillir cette semaine Marie Sophie L comme invitée spéciale. En cette période de fin d’année, quoi de mieux que d’explorer le monde de la RAWFOOD et de la GastRAWnomie® avec elle ? Elle partage dans ses formations non seulement les protocoles les plus efficaces, mais aussi les recettes les plus exquises de ce mode alimentaire végétal et cru.

Alors que la fin d’année annonce souvent une période d’excès alimentaires, cette semaine est dédiée à des plaisirs sans conséquences négatives. Pourquoi associer souvent alimentation saine et monotonie ? Marie Sophie L nous promène entre alimentation, voyage et philosophie de vie, nous invitant à imaginer une cuisine différente et un style de vie alternatif. Il ne s’agit pas de devenir un extrémiste du cru, mais plutôt d’apprendre à ravir nos papilles tout en prenant soin de notre corps et de notre esprit en toute conscience.

Pour ceux qui recherchent simplement des recettes GRATUITES sans explication, un simple clic ICI suffira. Quant à ceux désireux d’approfondir le sujet, je vous invite à visionner cet échange, accompagné de liens plus enrichissants encore disponibles sous la vidéo.

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IA génératives : mort de l’art ou renouveau de la culture ?

L’émergence d’IA génératives capables de créer un texte, une image ou un son à partir d’une simple requête a bousculé le monde de la culture. Elle a suscité beaucoup de réactions, dont la majorité est empreinte de fantasmes, de colère ou de confusion, certains déclarant même imminente la mort de l’art. À rebours de ce récit alarmiste, il est possible de défendre l’idée que les IA génératives participeraient à un véritable renouveau de la culture populaire, à condition de lutter contre leur appropriation par les industries culturelles ou l’industrie de la tech.

L’inquiétude des artistes face à l’IA 

Vent de panique international dans le monde de la culture : de nombreux artistes et organisations prennent publiquement position contre les intelligences artificielles dites « génératives » (abrégé GenIA), des nouvelles technologies qui permettent de composer textes, images ou audio grâce à une simple requête formulée en langage naturel [1].

Certains craignent d’être mis de côté par les industries culturelles et de perdre leur emploi, remplacés par des machines. C’est notamment l’un des objets d’une grève exceptionnelle qui a bloqué pendant plusieurs mois l’industrie du cinéma américain. Deux importants syndicats, la SAG-AFTRA (guilde des acteurs) et la WGA (guilde des scénaristes) se sont battus pour obtenir des studios une plus grande sécurité de l’emploi face à la menace grandissante de l’IA qui pourrait, dans un futur très proche, écrire ou mettre en scène des acteurs fictifs pour un prix dérisoire. Les grévistes ont reçu le soutien de nombreuses superstars hollywoodiennes, dont Meryl Streep et Leonardo DiCaprio [2].

D’autres s’indignent de ce que l’activiste et écrivaine Naomi Klein qualifie du « vol le plus important de l’histoire de l’humanité » [3] : l’utilisation par les entreprises d’IA de milliards d’œuvres, sans rétribution ni consentement de leurs auteurs. Les bots de ces entreprises arpentent Internet pour amasser images et textes, les utilisent comme matière brute afin d’entraîner leurs applications de GenIA [4], qui requièrent d’immenses quantités d’exemples pour apprendre à créer à leur tour. Les artistes Kelly McKernan, Sarah Andersen et Kayla Ortiz ont par ailleurs lancé une action légale contre Stability IA, Midjourney et DeviantArt pour violation du droit d’auteur.

Enfin, pour les plus pessimistes, la fin de l’art est proche, provoquée par le « grand remplacement » des artistes par les robots [5], la confiscation de la création par les machines. « Art is dead, dude. It’s over. A.I. won. Humans lost. » [L’art est mort, mec. C’est fini. L’IA a gagné. Les humains ont perdu 6], déclarait en 2022 au New York Times l’artiste Jason Allen, l’un des premiers à avoir remporté un prix d’art avec une image générée par IA.

Il est clair que les GenIA sont de nouvelles forces productives et que leur émergence pourrait transformer radicalement la production d’œuvres d’art.

Il est clair que les GenIA sont de nouvelles forces productives et que leur émergence pourrait transformer radicalement la production d’œuvres d’art, conduisant ainsi à modifier durablement les industries culturelles, le rôle social de l’artiste et les rapports de force dans la chaîne de production artistique. Toutefois, le monde de la culture et ses industries ne sont pas étrangers aux bouleversements liés à l’introduction de nouvelles technologies. Un cas présentant des similitudes avec l’émergence des GenIA est l’introduction d’outils numériques dans la production musicale à partir des années 1980. Ce qu’il s’est alors joué entre les artistes, le public, l’industrie musicale et l’industrie de la tech nous offre un cas d’étude pour analyser les transformations du présent.

En effet, avant les années 1980, produire un disque était cher et nécessitait des investissements conséquents. L’introduction, entre les années 1980 et 2010, d’outils numériques de conception musicale, ont entraîné une baisse drastique du prix de réalisation des albums. Cette tendance connut son point d’orgue avec l’arrivée de logiciels appelés « Digital Audio Workstations »(DAW) qui incluent le studio d’enregistrement dans son entièreté, instruments de musique compris. Un grand nombre de musiciens, amateurs et professionnels, ont alors pu produire des enregistrements de qualité depuis chez eux. Cette démocratisation de l’accès aux outils de production a entraîné une véritable révolution Do it yourself (DIY) dans le monde de la musique [7]. Elle a déstabilisé l’industrie musicale pendant des décennies : les studios d’enregistrement ont perdu leur place privilégiée dans le processus de production des disques, entraînant une crise dans le secteur suivie d’une dégradation des conditions de travail pour les ingénieurs du son, moins payés et contraints de faire plus d’heures pour des studios fragilisés [8]. Si l’industrie s’est restructurée autour du marketing et de la publicité, la création musicale s’est en revanche durablement décentralisée.

Le fantasme de la fin de l’art

Pour en revenir aux GenIA, penser qu’elles provoqueraient la fin de l’art est un fantasme. L’art est une forme d’expression entre des êtres doués de conscience. Les systèmes de GenIA n’ont pas de libre arbitre, contrairement à ce que le mot « intelligence » dans leur nom suggère. Ils ne sont qu’une série de nouveaux outils, à disposition de l’artiste pour exprimer ses intentions.

Le photographe Boris Eldagsen, qui a fait scandale en remportant cette année le prestigieux prix Sony World Photography Awards avec une image générée par IA, décrit ainsi son travail : «[c’est] une interaction complexe […] qui puise dans la richesse de [mes] connaissances en photographie […] [Travailler avec l’IA] ça n’est pas juste appuyer sur un bouton – et c’est fini. Il s’agit d’explorer la complexité du processus, en commençant par affiner des prompts, puis en développant un workflow complexe, et mélangeant des plateformes et des techniques variées. Plus vous créez un tel workflow et définissez des paramètres, plus votre apport créatif devient déterminant » [9]. Un journaliste du magazine WIRED, quant à lui, explique qu’il n’est « pas rare pour une image marquante de nécessiter 50 étapes » [10].

La photographie primée de Boris Eldagsen, conçue avec l’aide d’une IA.

Pas la fin de l’art donc, mais peut-être une nouvelle révolution Do it yourself (DIY) qui affecterait cette fois-ci tous les champs de la création culturelle. Le fondateur de l’entreprise qui distribue le DAW FruityLoops explique le succès de ce logiciel par le fait qu’un utilisateur peut être « opérationnel en quelques secondes » et qu’il est « presque impossible de créer quelque chose qui ne sonne pas » [11]. Les GenIA sont également des outils d’une incroyable accessibilité. Elles permettent à n’importe qui de créer des œuvres d’art, sans avoir à posséder toute une infrastructure de production, sans avoir les compétences techniques pour l’opérer, sans même avoir de compétences artistiques. De plus, il suffit pour les utiliser de posséder un simple téléphone ou ordinateur [12].

C’est précisément dans les champs artistiques qui requièrent des infrastructures de production très lourdes et des budgets conséquents, comme le cinéma et le jeu vidéo, que le changement pourrait être le plus profond. Des startups imaginent déjà comment les GenIA pourraient radicalement démocratiser la production de films en automatisant certaines opérations très coûteuses, et en permettant de tester rapidement différents choix artistiques [13]. En réduisant drastiquement le coût d’entrée dans l’industrie du cinéma, les GenIA pourraient permettre l’émergence de nombreux studios indépendants. À terme, elles pourraient même permettre à des amateurs de produire des films entiers, avec acteurs, décors, mouvements de caméras et effets spéciaux, seuls et depuis leur chambre.

Le potentiel radical des GenIA

Les GenIA, tout comme les DAW, permettent en réalité la numérisation d’une partie des compétences du monde de la culture, sous la forme de machines immatérielles qui peuvent produire plus rapidement, en quantité infinie et pour un coût bien moindre [14]. C’est une nouvelle occurrence de l’automatisation de la production industrielle, un phénomène ancien et intrinsèque au capitalisme qui a déjà touché de nombreux autres secteurs de l’économie. Marx, dans son Fragment sur les machines, décrivait en 1857 comment la quête incessante de productivité menait logiquement à la conception de machines qui intègrent le savoir-faire des travailleurs afin de déplacer ces derniers en périphérie du processus de production, remplaçant ainsi le travail par le capital.

À l’aune de la révolution du numérique, cette théorie a connu un regain d’intérêt grâce à des intellectuels comme Mark Fisher, Jeremy Rifkin, ou encore Paul Mason. Ces derniers postulent généralement que le chômage systémique et la surabondance des biens pourraient créer les conditions d’une émancipation du capitalisme, à condition de découpler le salaire du travail et de transformer les rapports de propriété [15]. En appliquant cette théorie au domaine de la culture, on peut envisager que les GenIA soient en réalité porteuses d’un potentiel radical : celui d’extraire la production culturelle des relations d’échange capitalistes. La posture à adopter face à ces nouvelles technologies serait alors de prendre une part active dans leur développement, afin de s’assurer qu’elles deviennent un bien commun, et profitent ainsi à l’ensemble de la société et non aux seules industries.

On peut envisager que les GenIA soient en réalité porteuses d’un potentiel radical : celui d’extraire la production culturelle des relations d’échange capitalistes.

C’est d’ailleurs le projet de fondations telles qu’EleutherAI ou Mozilla.ai qui développent des GenIA libres, c’est-à-dire qui puissent être inspectées, utilisées, modifiées et redistribuées gratuitement et par n’importe qui. Mozilla, la fondation derrière Firefox, a ainsi annoncé sur son blog la création de Mozilla.ai en début 2023 en déclarant : « Nous croyons que [les gens qui désirent faire les choses autrement], s’ils travaillent collectivement, peuvent créer un écosystème d’IA indépendant,décentralisé et fiable – véritable contrepoids au statu quo [des géants de la tech] » [16].

Cependant, ce potentiel révolutionnaire doit être considéré avec prudence : toutes les GenIA disponibles, y compris certaines présentées comme « libres », restent sous le contrôle d’entreprises telles que Facebook, Microsoft ou Google [17]. Le danger d’un récit qui présente les GenIA comme « outils révolutionnaires capables de démocratiser la création » est qu’il renforce l’image de « disrupteurs bienveillants » dont se parent les géants de la tech. Ces derniers ont une longue histoire d’appropriation des utopies imaginées par les pionniers de la contre-culture du numérique. Paul Mason, cité plus haut, était par exemple invité aux bureaux de Google à Londres en 2015 pour une présentation publique de son livre PostCapitalism, ensuite diffusée sur la chaîne YouTube « Talks at Google ».

Les déclarations de mission de ces entreprises sont, en outre, révélatrices d’une stratégie de communication consistant à faire croire au grand public qu’elles sont une force émancipatrice pour l’humanité. Ainsi, Meta (maison mère de Facebook) déclare sur son site web que sa mission est de « donner à chacun et chacune la possibilité de construire une communauté et de rapprocher le monde ». De son côté, au cours des années 2000, Google clamait son slogan « Don’t be evil », tout en développant une gigantesque entreprise d’extraction de données privées. Une analyse poussée des GenIA ne peut faire l’économie d’une distinction entre ce qui relève d’un véritable projet révolutionnaire et d’une stratégie publicitaire.

Une lutte de pouvoir, qui s’empare des GenIA ?

S‘il est vrai que les technologies ont le pouvoir de transformer la société, la société imprime réciproquement ses relations de domination et ses valeurs sur les technologies. Le débat sur l’impact des GenIA fait souvent l’impasse sur cette réciproque, en n’étudiant ni les acteurs qui dominent le présent ni les rapports de force économiques, sociaux et politiques qui le traversent. Pour saisir dans leur entièreté les enjeux liés aux GenIA, il faut donc interroger les positions des industries culturelles, de l’industrie de la tech et des artistes vis-à-vis de ces nouvelles technologies.

Le business model des géants de la tech consiste à capter l’attention du public afin de la vendre sous forme d’emplacements publicitaires ultra-ciblés [18]. Dans ces conditions, même si les GenIA provoquaient une explosion de productions indépendantes, sous le régime des géants de la tech ces productions seraient oblitérées par celles d’industries culturelles qui bénéficient d’importants budgets leur permettant d’acheter l’attention du public. C’est ce que le précédent de l’industrie musicale semble indiquer.

S‘il est vrai que les technologies ont le pouvoir de transformer la société, la société imprime réciproquement ses relations de domination et ses valeurs sur les technologies.

En démocratisant la production d’œuvres, les GenIA nous feront probablement entrer dans une nouvelle ère de créativité. Si dans le même temps, la société pouvait se libérer des réseaux sociaux publicitaires et de leur logique de compétition pour la visibilité [19], un nouveau rôle pourrait émerger pour les artistes. Puisque le nombre d’œuvres de qualité équivalente créées grâce aux GenIA serait infini, aucun créateur ne pourrait se démarquer. Il ne s’agirait donc plus de créer, pour être célèbre, vu, lu ou entendu par le plus grand nombre. Il s’agirait avant tout de créer pour sa communauté ou pour son plaisir personnel. Ce pourrait être le début d’une réappropriation de la culture comme instrument de structuration du collectif au lieu d’être, comme elle l’est souvent aujourd’hui, le résultat d’une compétition féroce dans un marché mondial de l’attention qui vante le génie et le mérite individuel.

Comme le remarque David Holz, le créateur de l’application de génération d’images Midjourney, cette vision est déjà partiellement en train de se réaliser. D’après lui, « une immense portion de l’usage [de Midjourney] consiste essentiellement en de l’art-thérapie » [20]. De nombreux utilisateurs se servent de la plateforme à des fins de divertissement comme on peindrait en amateur pendant son temps libre. D’autres s’en servent pour créer des images à usage personnel permettant de matérialiser une pensée profonde, un rêve ou un questionnement, et fonctionnant ainsi comme une forme de soin. Un journaliste rapporte, par exemple, avoir vu des images générées pour représenter le « paradis des animaux », en réponse à la mort d’un animal domestique [21].

Les industries culturelles, quant à elles, s’accrochent à leurs parts de marché, souvent soutenus par les artistes eux-mêmes. L’arrivée des GenIA a ainsi démarré un nouveau mouvement pour la défense des « droits d’auteurs » [22], un outil légal dont le nom suggère qu’il a été inventé dans un esprit de protection des créateurs, attirant donc une sympathie immédiate pour ce qui apparaît comme un instrument au service de la culture. La réalité est en fait à nuancer, les droits d’auteur ont permis, dès le XVIIIe siècle, à de riches éditeurs de l’industrie du livre de criminaliser l’impression de copies moins chères par des maisons d’édition plus petites [23]. Ils sont aussi régulièrement utilisés pour attaquer des organisations qui œuvrent pour la préservation et la dissémination de la culture, comme aux États-Unis, où l’industrie du livre attaque des bibliothèques en justice pour tenter de les empêcher de prêter des copies de livres numériques [24] ; ou encore par l’industrie du disque, pour stopper l’effort de l’ONG The Internet Archive d’archiver des disques 78 tours du début du XXe siècle qui sont autrement voués à disparaître [25].

Produire de l’art est aujourd’hui encore un privilège. Les artistes professionnels sont en écrasante majorité issus des classes supérieures qui seules possèdent un capital culturel, social et économique suffisant pour soutenir la précarité choisie de la vie d’artiste [26]. Les GenIA ont la capacité de décentraliser les outils de production artistique, permettant à chacun de raconter son histoire et de construire une grammaire artistique originale, moins dépendante des usages et des cahiers des charges des industries. Elles portent en elles la possibilité de faire passer notre société d’un modèle de culture commodifiée et verticale, dans lequel artistes et industries culturelles produisent des récits que le public consomme passivement, à un modèle horizontal, plus égalitaire, et dans lequel la frontière entre artiste et public serait devenue plus poreuse.

Le penseur et activiste Noam Chomsky affirmait dans un entretien en 2003 : « un marteau peut être utilisé [pour torturer quelqu’un] mais le [même] marteau peut être aussi utilisé pour construire des maisons » [27]. À contre-courant des oracles catastrophistes sur l’émergence des GenIA – « explosion de fake news », « chômage des artistes », « piratage des œuvres »– il n’est pas inutile de défendre une position moins tranchée, à condition de mener de nouveaux combats et d’en réinvestir d’anciens, pour l’implémentation de GenIA libres et gérées comme des communs, pour la liberté de la culture et pour la liberté des moyens de communication qui permettent de la partager.

Références

[1] Exemples de ces outils : Midjourney ou ChatGPT.

[2] Gbadamassi, Falila. “Meryl Streep, George Clooney et Leonardo DiCaprio : Les superstars ne sont pas sur les piquets de grève à Holliwood” Franceinfo, 4 août 2023, www.francetvinfo.fr/culture/cinema/meryl-streep-george-clooney-et-leonardo-dicaprio-les-superstars-ne-sont-pas-sur-les-piquets-de-greve-a-hollywood-mais-mettent-la-main-a-la-poche_5982314.html.

Avec Agences, Franceinfo Culture. “Hollywood : manifestation de stars qui soutiennent la grève des acteurs sur Times Square à New York.” Franceinfo, 26 juillet 2023, www.francetvinfo.fr/culture/cinema/hollywood-manifestation-de-stars-qui-soutiennent-la-greve-des-acteurs-sur-times-square-a-new-york_5972342.html.

[3] Klein, Naomi. “AI Machines Aren’t ‘Hallucinating’. But Their Makers Are.” The Guardian, 21 Aug. 2023, www.theguardian.com/commentisfree/2023/may/08/ai-machines-hallucinating-naomi-klein.

[4] Ces applications sont constituées de plusieurs parties qui jouent des rôles différents : le code informatique, les données, les modèles … Tout au long de cet article nous utiliserons néanmoins le terme « GenIA » pour qualifier l‘ensemble de ces parties.

[5] Guerrin, Michel. “« Avec l’intelligence artificielle, la peur du grand remplacement agite la musique et les arts visuels ».” Le Monde, 21 avril 2023, www.lemonde.fr/idees/article/2023/04/21/avec-l-intelligence-artificielle-la-peur-du-grand-remplacement-agite-la-musique-et-les-arts-visuels_6170394_3232.html.

[6] Roose, Kevin. “AI-Generated Art Won a Prize. Artists Aren’t Happy.” The New York Times, 2 Sept. 2022, www.nytimes.com/2022/09/02/technology/ai-artificial-intelligence-artists.html.

[7] Prior, Nick. “New Amateurs Revisited.” Routledge Handbook of Cultural Sociology, 2018, https://doi.org/10.4324/9781315267784-37.

[8] Leyshon, Andrew. “The Software Slump?: Digital Music, the Democratisation of Technology, and the Decline of the Recording Studio Sector Within the Musical Economy.” Environment and Planning A, vol. 41, no. 6, SAGE Publishing, June 2009, pp. 1309–31. https://doi.org/10.1068/a40352.

[9] Boris, and Boris. “Sony World Photography Awards 2023 | Boris Eldagsen.” Boris Eldagsen, Apr. 2023, www.eldagsen.com/sony-world-photography-awards-2023.

[10] Kelly, Kevin. “What AI-Generated Art Really Means for Human Creativity.” WIRED, 17 Nov. 2022, www.wired.com/story/picture-limitless-creativity-ai-image-generators.

[11] Weiss, Dan. “The Unlikely Rise of FL Studio, the Internet’s Favorite Production Software.” VICE, 12 Oct. 2016, www.vice.com/en/article/3de5a9/fl-studio-soulja-boy-porter-robinson-madeon-feature.

[12] Pour l’instant, pour générer des œuvres entièrement localement (sans utiliser de serveur) il faut aussi un GPU.

[13] Beckett, Lois. “‘Those Who Hate AI Are Insecure’: Inside Hollywood’s Battle Over Artificial Intelligence.” The Guardian, 26 May 2023, www.theguardian.com/us-news/2023/may/26/hollywood-writers-strike-artificial-intelligence.

[14] D’après cette étude, il semblerait même que les émissions de CO2 d’une GenIA soient de 130 à 1500 fois plus faibles que celles d’un humain pour l’écriture d’un texte, et de 310 à 2900 fois plus faible pour la création d’une image. Tomlinson, Bill. “The Carbon Emissions of Writing and Illustrating Are Lower for AI than for Humans.” arXiv.org, March 8, 2023. https://arxiv.org/abs/2303.06219.

[15] Cette ligne de pensée avait d’ailleurs inspiré la campagne présidentielle de Benoît Hamon (PS) en 2017, qui avait proposé de répondre aux enjeux de l’automatisation avec des mesures comme la « taxe sur les robots ».

[16] Surman, Mark. “Introducing Mozilla.Ai: Investing in Trustworthy AI.” The Mozilla Blog, August 1, 2023. https://blog.mozilla.org/en/mozilla/introducing-mozilla-ai-investing-in-trustworthy-ai/.

[17] Widder, David Gray, Sarah Myers West, and Meredith Whittaker. “Open (For Business): Big Tech, Concentrated Power, and the Political Economy of Open AI.” Social Science Research Network, January 1, 2023. https://doi.org/10.2139/ssrn.4543807.

[18] En réalité, le business model des géants de la tech dépasse bien largement la seule publicité, comme expliqué par Shoshana Zuboff dans son incontournable livre sur le capitalisme de surveillance. Zuboff, Shoshana. “The Age of Surveillance Capitalism.” Routledge eBooks, 2023, pp. 203–13. https://doi.org/10.4324/9781003320609-27.

[19] Suite à de nombreux scandales, notamment des cas d’ingérence lors d’élections démocratiques (comme dans l’affaire Cambridge Analytica), les États commencent enfin à réguler à grande échelle ces acteurs [19]. En tant qu’utilisateurs, il est possible de recourir à des alternatives solides, qui existent déjà, pour déserter les réseaux sociaux publicitaires. On pourrait citer par exemple Mastodon (https://joinmastodon.org/fr), un réseau social non publicitaire, ouvert et décentralisé. Quant à tous ces outils gratuits de Google et Microsoft qui extraient nos données, il existe de nombreuses alternatives libres (https://degooglisons-internet.org/fr/).

[20] Kelly, Kevin. “What AI-Generated Art Really Means for Human Creativity.” WIRED, 17 Nov. 2022, www.wired.com/story/picture-limitless-creativity-ai-image-generators.

[21] Ibid.

[22] Frenkel, Sheera, and Stuart A. Thompson. “Data Revolts Break Out Against A.I.” The New York Times, 15 July 2023, www.nytimes.com/2023/07/15/technology/artificial-intelligence-models-chat-data.html.

Belanger, Ashley. “Sarah Silverman Sues OpenAI, Meta for Being ‘Industrial-strength Plagiarists.’” Ars Technica, 10 July 2023, arstechnica.com/information-technology/2023/07/book-authors-sue-openai-and-meta-over-text-used-to-train-ai

[23] Rose, Mark. “The Author as Proprietor: Donaldson V. Becket and the Genealogy of Modern Authorship.” Representations, vol. 23, University of California Press, Jan. 1988, pp. 51–85. https://doi.org/10.2307/2928566.

Waldron, Jeremy. “From authors to copiers: individual rights and social values in intellectual property.” Chi.-Kent L. Rev. 68 (1992): 841.

[24] Masnick, Mike. “Book Publishers Won’t Stop Until Libraries Are Dead.” Techdirt, 22 Mar. 2023, www.techdirt.com/2023/03/22/book-publishers-wont-stop-until-libraries-are-dead.

[25] Masnick, Mike. “RIAA Piles on in the Effort to Kill the World’s Greatest Library: Sues Internet Archive for Making It Possible to Hear Old 78s.” Techdirt, 14 Aug. 2023, www.techdirt.com/2023/08/14/riaa-piles-on-in-the-effort-to-kill-the-worlds-greatest-library-sues-internet-archive-for-making-it-possible-to-hear-old-78s.

[26] Piquemal, Sébastien. “L’art nous empêche de construire un monde meilleur.” Mediapart, 7 Dec. 2022, https://blogs.mediapart.fr/sebastien-piquemal/blog/051222/l-art-nous-empeche-de-construire-un-monde-meilleur.

[27] The Dominion and the Intellectuals, Noam Chomsky Interviewed by Antosofia. https://chomsky.info/2003____.

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