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Aujourd’hui — 19 septembre 2026Transitions numériques et socio-écologiques

S’adapter au changement climatique : la piste de la «proximité opératrice»

Et si l’on évaluait la transition autant par ce qu’elle rend aux habitants que par ce qu’elle évite au climat ? Et si l’écologie pouvait devenir un levier de pouvoir d’achat et de développement économique local ? La question paraît presque contradictoire tant la transition est encore souvent présentée comme une addition à payer : rénover son logement, changer de voiture, adapter ses usages, modifier son alimentation. Pourtant, plusieurs expériences montrent qu’une autre lecture est possible. Le coût ne dépend pas seulement de la technologie choisie mais aussi de la manière dont nous organisons les usages, les équipements, les financements et les relations entre acteurs.

Cinq exemples, de nouveaux rôles

Le reportage associé à cet article présente cinq exemples qui touchent notre quotidien : une boucle d’autoconsommation collective pour acheter une partie de son électricité localement ; l’autopartage pour disposer d’une voiture sans en supporter seul tous les coûts ; des lignes de covoiturage qui transforment des véhicules déjà en circulation en transport collectif rural ; des programmes de rénovation qui permettent de financer les travaux progressivement grâce aux économies produites ; enfin, une restauration collective qui utilise la commande publique pour créer des débouchés durables à l’agriculture.

Ces solutions sont très différentes. Dans chaque cas, le principe est pourtant le même : mieux organiser les ressources, les équipements et les flux financiers qui existent déjà dans une offre de services simples, à la carte, donc personnalisés, et à valeur ajoutée. Ces exemples invitent ainsi à déplacer notre angle d’analyse. Au lieu de se demander « quel nouvel équipement chacun doit-il acheter ? », elles suggèrent : plutôt de commencer par « que pouvons-nous mieux organiser ensemble avec les ressources, les flux et les dépenses qui existent déjà ? »

Dans les Cévennes, l’autoconsommation collective rapproche des producteurs d’électricité solaire et des consommateurs voisins. Avec Citiz, plusieurs utilisateurs partagent des véhicules plutôt que de financer chacun le leur. Dans le Vercors, des sièges vides deviennent une offre de mobilité grâce à des arrêts et une organisation dédiée. Au Canada, le financement de la rénovation est structuré pour que l’investissement puisse être remboursé dans le temps pendant que le logement consomme moins. Et dans les cantines, l’argent public consacré à l’alimentation peut simultanément nourrir et sécuriser des débouchés agricoles locaux.

Aucun de ces exemples ne repose principalement sur le renoncement. Ils cherchent plutôt à privilégier l’usage (se déplacer, se chauffer, consommer de l’électricité, se nourrir) tout en réduisant le coût individuel, le capital à immobiliser ou la dépendance à des fournisseurs lointains. C’est ce déplacement qui me paraît intéressant.

Une intuition commune La transition devient plus acceptable lorsqu’elle n’ajoute pas seulement des contraintes, mais produit simultanément des économies, des services, des revenus locaux et davantage de sécurité.

De la proximité géographique à la « proximité opératrice »

J’appelle cette piste la « proximité opératrice ». Le mot « proximité » ne signifie ni repli local, ni autarcie. Il désigne simplement le choix de regarder d’abord ce qui peut être relié plus efficacement autour de nous : des équipements sous-utilisés, des capacités de production, des besoins récurrents, des dépenses publiques, des flux financiers, des compétences ou des ressources naturelles.

Le terme « opératrice » est encore plus important. Une proximité devient opératrice lorsqu’un ou plusieurs acteurs transforment ces éléments dispersés en un service réellement accessible. Il ne suffit pas qu’une centrale solaire soit proche d’habitations : il faut organiser la boucle, les contrats et la répartition de l’électricité. Il ne suffit pas que des voitures roulent avec des sièges vides : il faut des arrêts, des règles, une information fiable et une masse critique d’utilisateurs. Il ne suffit pas que des agriculteurs produisent localement : il faut rendre la commande publique accessible, lisible et suffisamment régulière pour devenir un débouché dans la durée.

La proximité opératrice n’est donc pas un synonyme de circuit court. C’est une fonction d’organisation. Elle consiste à transformer une proximité potentielle en services, puis à faire en sorte que ces services soient assez simples, fiables et avantageux pour que les habitants, les entreprises ou les collectivités aient intérêt à l’utiliser.

Ce que ce modèle change : des proximités opératrices pour oser tenir d’autres rôles

Cette piste change d’abord la manière de penser l’investissement. Beaucoup de transitions sont coûteuses lorsqu’elles sont demandées à chacun séparément : acheter une deuxième voiture plus propre, financer seul une rénovation lourde, installer son propre équipement, supporter seul un risque de prix. Elles peuvent en revanche devenir plus accessibles lorsque l’on partage un actif, lorsque l’on paie un usage plutôt qu’une propriété, lorsque l’on finance progressivement un investissement par les économies qu’il produit ou lorsque plusieurs acheteurs sécurisent ensemble un débouché.

Ce modèle de proximité opératrice change ensuite la manière de penser l’action publique. Une collectivité n’a pas nécessairement à tout posséder, ni à tout exploiter. Son rôle peut être de rendre possible : fédérer des participants, mettre à disposition une infrastructure, garantir une partie de la demande, adapter un marché public, faciliter un financement, partager des données ou réduire les risques du démarrage. De la même manière, une association, une coopérative ou une entreprise peut devenir l’opérateur concret du service.

Enfin, cette approche change la question posée aux habitants. Plutôt que de leur demander uniquement de modifier leur comportement au nom d’un bénéfice collectif futur, elle cherche à créer les conditions pour qu’un choix plus soutenable devienne aussi rationnel à court terme : moins cher, plus simple, plus sûr ou de meilleure qualité.

Mesurer un « rendement de proximité »

Pour éviter que la proximité opératrice ne reste un slogan, il faut pouvoir l’évaluer. Je propose pour cela une idée simple : mesurer son « rendement de proximité ». Autrement dit, ne pas regarder seulement combien coûte un projet, mais ce qu’il restitue réellement aux habitants et à l’économie qui l’entoure.

Cinq questions peuvent servir de test : combien de dépenses récurrentes le dispositif évite-t-il ? Combien de capital individuel évite-t-il d’immobiliser ? Combien de revenus ou d’emplois supplémentaires conserve-t-il ou crée-t-il localement ? Quelles dépendances réduit-il – aux énergies fossiles, à des fournisseurs éloignés, à des prix instables ? Enfin, quelle qualité de service ou de vie supplémentaire produit-il ?

Rendement de proximité Dépenses évitées + capital évité + revenus locaux générés + dépendances réduites + qualité de service créée.

Cette grille n’a évidemment pas vocation à produire un chiffre magique. Elle sert surtout à comparer des solutions autrement. Une mesure de transition qui réduit les émissions mais augmente durablement les dépenses contraintes des ménages n’a pas le même potentiel d’adhésion qu’une solution qui décarbone tout en réduisant une facture, en sécurisant un prix ou en créant un service supplémentaire. À l’inverse, une solution locale n’est pas automatiquement vertueuse : elle doit démontrer qu’elle apporte réellement plus de valeur qu’elle n’en coûte.

Qui peut devenir opérateur de proximité ?

C’est probablement le point le plus important : « opératrice » décrit une fonction, pas une institution. Il ne s’agit donc pas de demander systématiquement à une commune, un département ou une intercommunalité de créer un nouveau service public.

Selon le sujet, l’opérateur peut être une coopérative d’habitants, une association, une entreprise locale, une société d’économie mixte, une société publique locale, une SCIC, une CUMA, un établissement public, un énergéticien, un bailleur ou plusieurs acteurs réunis dans un même montage. Ce qui compte est moins le statut juridique que la capacité à faire quatre choses : agréger une demande, organiser une offre, réduire les frictions d’accès et répartir correctement les risques et les gains.

Cette diversité est précisément une force. Elle permet d’éviter une vision trop descendante de la transition. Une boucle énergétique peut naître de producteurs et de consommateurs. Une station d’autopartage peut venir d’un collectif d’habitants appuyé par une commune. Un programme alimentaire peut partir d’un acheteur public qui modifie sa manière de contractualiser. Un service de rénovation peut être porté par un opérateur financier spécialisé. Il n’existe donc pas un modèle institutionnel unique à reproduire partout.

Une transition qui rend quelque chose

Le changement climatique nous obligera à investir, à adapter des infrastructures et à modifier certains usages. La question n’est donc plus seulement de savoir si cette transition coûtera de l’argent. Il faut se demander comment organiser ces dépenses pour qu’elles produisent le plus de bénéfices possibles en retour.

La piste de la proximité opératrice part d’une hypothèse simple : nous accepterons plus facilement de transformer nos façons de produire, de nous déplacer, de nous loger ou de nous nourrir si cette transformation améliore aussi notre quotidien. Moins de dépenses contraintes. Moins de capital immobilisé inutilement. Des prix plus prévisibles. Des services plus accessibles. Davantage de revenus qui circulent dans l’économie proche. Et, en même temps, moins de carbone et moins de dépendances.

Il ne s’agit donc pas d’opposer « fin du mois » et « fin du monde ». Il s’agit de concevoir des organisations capables de travailler sur les deux à la fois.

La question à poser à chaque nouveau projet pourrait alors devenir très concrète : plutôt que de demander uniquement « combien va coûter cette transition ? », demandons aussi : « combien de valeur pouvons-nous rendre aux habitants en l’organisant mieux ? »

Arbres, agriculteurs, forestiers et collectivités : le défi du passage à l’échelle

Dans les trois premiers reportages de Cultivateurs d’avenir déjà en ligne, et rappelés en conclusion, nous avons vu comment des agriculteurs redonnaient de la valeur aux arbres, aux haies, aux sols et au vivant. Le prochain reportage poursuivra cette exploration avec un sujet consacré à l’agroforesterie ou comment les arbres peuvent aider les fermes, les jardins et les sols à mieux résister aux températures de plus en plus élevées ? Ces premières rencontres confirment une chose : une partie du monde agricole, forestier et territorial fait preuve d’une créativité remarquable. Des agriculteurs expérimentent, des collectivités s’engagent, des forestiers inventent de nouveaux modèles, des entreprises locales cherchent des solutions concrètes. C’est enthousiasmant. Mais une question reste ouverte : comment passer de quelques initiatives inspirantes à une vraie transition ? C’est le fil rouge des prochains reportages de Cultivateurs d’avenir.

Dans le Limousin, le Puy-de-Dôme, l’Ariège et la Haute-Loire, les premières étapes de mon Tour de France Cultivateurs d’Avenir, des agriculteurs, des entreprises, des collectivités, des associations et des forestiers innovent. Ils cherchent à faire du vivant non plus seulement une ressource à gérer, mais aussi une véritable infrastructure de transition. Et pour y parvenir, ils expérimentent des réponses très concrètes. Par exemple mutualiser les machines pour valoriser le bois ; vendre de la chaleur locale ou bien encore inventer de nouveaux modèles pour financer les arbres et les forêts dont nous aurons de plus en plus besoin.

Autrement dit, pour eux le bois paysan ne doit pas rester une ressource intéressante mais parfois marginale. Il peut devenir l’un des maillons d’une organisation territoriale plus ambitieuse.  La question que je souhaite poser dans cette nouvelle séquence est donc simple.

Les agriculteurs, les forestiers et les collectivités peuvent-ils devenir les énergéticiens des territoires ?

Non pas en remplaçant toutes les autres formes d’énergie ; non pas en prétendant que le bois serait la solution miracle ; mais en montrant qu’une partie de la transition post-carbone peut se construire à partir de ressources locales, d’outils partagés, de coopérations concrètes et de modèles économiques adaptés. Les mots-clés de cette nouvelle étape de Cultivateurs d’avenir seront donc : changement d’échelle, organisation collective, réseaux de chaleur, contrats à impacts, modèles économiques, financement forestier, souveraineté locale.

L’objectif reste le même : montrer pourquoi les transitions post-carbone peuvent aussi être dans notre intérêt. Économies, revenus, autonomie, emplois locaux, paysages, biodiversité; vue rurale, coopérations entre villes et campagnes : les solutions les plus efficaces sont à l’évidence celles qui réconcilient plusieurs objectifs.

Et vous ?

Vous connaissez un projet à impacts, par exemple qui valorise le bois local ? Un réseau de chaleur porté par des agriculteurs ? Une organisation qui invente de nouveaux services ? Un fonds forestier local ? Une collectivité qui aide à structurer une filière bois-énergie ou une gestion forestière plus résiliente ?

Signalez-le en commentaire ou envoyez-moi un message. Chaque piste peut devenir un reportage, nourrir les débats et contribuer à montrer comment des territoires reprennent la main sur leur avenir.

Les trois premiers reportages Cultivateurs d’avenir

Le premier reportage présente le sens de ce Tour de France Cultivateurs d’avenir à travers plusieurs premiers exemples :
https://youtu.be/NsQe2CGgqrc

Le second montre comment le retour des arbres dans les parcours d’élevage de poules pondeuses peut améliorer le bien-être animal, augmenter les revenus agricoles, réduire certaines vulnérabilités et recréer des systèmes agricoles plus autonomes et plus résilients :
https://youtu.be/SETGFG5Hrvg

Le troisième reportage parle du réveil des forêts et des haies paysannes. Il prouve que les arbres peuvent redevenir une richesse locale : énergie, revenus complémentaires, nouveaux métiers, coopération entre agriculteurs :
https://youtu.be/FKNi9wAp-TQ

Le projet qui réunit agriculteurs, territoires et assureurs

Un dispositif d’utilité rurale pour diversifier les revenus agricoles, dynamiser les territoires ruraux et réduire les risques par exemple d’incendies ou d’inondations : c’est la finalité du projet « Cultivateurs d’Avenir » que je lance en ce printemps 2026. Ce texte et le reportage vidéo associé explique et illustre.


Des terres agricoles abandonnées, des arbres et des forêts oubliés… et si c’était là que se trouvait l’une des clés pour une agriculture à la fois plus robuste et plus rentable ? C’est le pari du projet Cultivateurs d’Avenir : redonner de la valeur à ces espaces et à ces biomasses délaissés à la fois pour diversifier les revenus des agriculteurs et pour réduire notre exposition aux risques climatiques.

Pour vous prouver l’intérêt de cette piste, je reviens sur l’origine du projet tout d’abord. Je précise ensuite quelle est la finalité de Cultivateurs d’Avenir. Je vous propose 5 premiers exemples.

Trois des problèmes à l’origine du projet

Ils sont résumés dans cette figure.

La valeur unique de Cultivateurs d’avenir

Elle peut être formulée ainsi

La finalité consiste bien à contribuer à dynamiser les territoires ruraux tout en incitant à une stratégie de prévention des accidents climatiques.

La méthode cultivateurs d’avenir

Le projet met en oeuvre un dispositif complet qui va de reportages déclics à des réseaux de soutien.

Soutenez le projet par votre vote

Cultivateurs d’Avenir est candidat au prix « Terres d’avenir » du concours La Fabrique Abeille Assurances. Si vous pensez comme nous que l’avenir du monde rural se construira aussi dans notre capacité à mieux valoriser des ressources locales, voter svp pour ce projet via le lien ci-dessous.


Votez ici → https://www.lafabrique-abeille-assurances.fr/challenge/vote-session/3 en tapant “cultivateurs d’avenir”, le projet présenté notamment par Jean-Pierre Jambes.


Merci aussi de partager la vidéo qui suit, chaque partage peut faire la différence !

Des métiers à impacts pour réparer le monde et inventer celui de demain. Essai de définition

Comment concilier fin de mois et respect des limites planétaires ? Verdir l’existant ne suffit pas. Pour transformer nos modes de vie, il faut aussi réinventer nos métiers. Cet article pose les bases de ces “métiers à impacts” ; il lance une série de reportages pour mettre en valeur celles et ceux qui les incarnent.

Demain, il faudra changer nos modes de vie, consommer autrement, produire autrement, nous déplacer autrement… Les preuves abondent. Mais si nous ne sommes pas capables d’inventer des activités économiques qui permettent de vivre dignement, cela sera trop conflictuel. Une transition perçue comme punitive sera socialement rejetée.

Les diagnostics abondent ; les pistes sont de plus en plus solides. Peut-être que ce qui manque encore, ce sont des preuves incarnées et, sans doute plus encore, des leviers pour élargir le monde des expérimentations vers un vrai passage à l’échelle.

C’est le projet de plus en plus d’entre nous. C’est la raison qui m’a poussé à la fois à réorienter ce blog et à créer la chaîne Transitions Actions. Mais sans doute faut-il aller plus loin. Dans les années à venir, je vais donc miser sur le quotidien de toutes celles et de tous ceux qui prouvent qu’il existe bien un gisement de solutions qui concilient fin de mois et respect des limites planétaires.

Cette série de reportages explorera donc des métiers qui ne se contentent pas de verdir l’existant, mais qui contribuent à transformer vraiment les modèles. Nous les nommerons pour le moment “métiers à impacts”.

Qu’est-ce qu’un « métier à impacts » ?

En s’inspirant notamment des travaux sur les limites planétaires, de l’économie du Donut, ou encore de modèles comptables comme celui du “triple capital”, je propose de nommer “métiers à impacts” les métiers qui cherchent à agir concrètement sur ces enjeux.

Une première définition pourrait être la suivante. Les métiers à impacts sont les emplois existants ou émergents qui contribuent significativement à maintenir ou ramener les activités humaines dans un espace sûr et juste, en agissant sur cinq finalités :

  1. décarboner et réduire les dépendances aux énergies fossiles ;
  2. régénérer les écosystèmes et les ressources du vivant ;
  3. préserver les ressources (eau, sols, matières) et réduire les pollutions ;
  4. renforcer la résilience sociétale par la relocalisation, la circularité et une plus grande souveraineté ;
  5. répondre à des besoins essentiels dans des conditions socialement justes.

A l’évidence, nombre de métiers dits “verts” ne répondent pas à cette définition.

L’un des enjeux des reportages à venir sera donc de présenter la réalité de ces métiers à impacts, leurs méthodes, leurs forces et leurs limites. Le but est en particulier d’interroger leurs capacités à concilier, ou pas, fins de mois et limites planétaires, et de comprendre ce qui fonctionne réellement et ce qui ne fonctionne pas encore.

Une grille pour analyser ces métiers

Économie de la fonctionnalité et de la coopération, agriculture régénérative, sylviculture multifonctionnelle, industrie bas carbone, énergies décarbonées et boucles locales, coachings et formations, voyages apprenants et reconnexions à la nature, réparation et circularité, immobilier hub de transitions… Nombre de ces sujets ont déjà été abordés dans ce blog et dans la chaîne. L’ambition est d’aller plus loin en tentant de se doter d’une grille d’analyse commune.

Pour guider les futurs reportages, chaque métier sera ainsi analysé selon cinq questions avec pour chacune une interrogation commune : comment pourrait-on faire mieux ?

  1. Réduit-il les émissions et la dépendance aux fossiles ?
  2. Contribue-t-il à restaurer le vivant ?
  3. Réduit-il la pression sur les ressources et les pollutions ?
  4. Renforce-t-il une capacité sociétale (production, réparation, autonomie) ?
  5. Répond-il à des besoins utiles dans des conditions socialement justes ?

Chaque reportage viendra enrichir, nuancer, voire remettre en question cette grille. Mais une chose est certaine : les solutions recherchées ne verdissent pas le système. Elles cherchent à le transformer.

Les premiers reportages à venir

Les premiers reportages à venir parleront métiers de la forêt puis rural et agriculture.

Je suis tout d’abord reparti sur les routes pour rencontrer plusieurs créateurs de groupements forestiers écologiques. Vous verrez ainsi de quelles manières en réunissant de l’actionnariat populaire et des compétences forêts, il est possible à la fois de faire évoluer les pratiques sylvicoles, vers plus de douceurs, et de créer durablement des emplois ruraux.

Je prépare ensuite plusieurs reportages agricoles dans un projet nommé « cultivateurs d’avenir » dont nous reparlerons. Son but est de montrer comment on peut faire de la décarbonation et de la prévention des risques (incendies, inondations…) des leviers de développement local et de réinvention des modèles d’assurance.

A suivre donc.

Post-carbone : et si la forêt montrait la voie ?

La neutralité carbone à horizon 2050 impose désormais une accélération sans précédent de nos transformations économiques. Dans le même temps, l’Europe fait face à un décrochage industriel, technologique et géopolitique préoccupant. Et si ces deux crises, trop souvent traitées séparément, appelaient en réalité une réponse commune ? Cet article défend une conviction : le post-carbone ne doit pas être pensé comme une contrainte, mais comme une direction stratégique. Encore faut-il se doter des bonnes méthodes. À partir du cas des forêts, envisagées comme un véritable laboratoire, il esquisse quelques-unes des conditions, des outils et des rôles, notamment publics, nécessaires pour inventer des économies post-carbone à la fois crédibles, désirables et opérantes.

La troisième version de la stratégie nationale bas-carbone française, proposée pour consultation en décembre 2025, confirme les objectifs de neutralité carbone. “Pour atteindre nos objectifs, nous devrons désormais baisser nos émissions de GES de l’ordre de 5 % chaque année entre 2022 et 2030, contre 2 % en moyenne de 2017 à 2022. Cette accélération impose des efforts de tous et des transformations dans toute notre économie (transports, agriculture, industrie, bâtiments, énergie, déchets, terres et forêts).

Ce constat climatique résonne fortement avec un autre diagnostic, cette fois économique et géopolitique. Dans son rapport sur la compétitivité européenne, Mario Draghi dresse un tableau sans détour : l’Europe décroche ! Protectionnisme, insécurités, déficit d’innovation, dépendances stratégiques, pas une seule entreprise de dimension mondiale n’a été créée dans les cinquante dernières années. Pour Mario Draghi, nos pays sont à la croisée des chemins : décliner ou rebâtir un projet d’avenir. 

Deux crises, une même impasse !

Pris séparément, ces deux diagnostics, climatique et économique, pourraient sembler relever de champs distincts. Pris ensemble, ils confirment pourtant l’ampleur de notre impasse actuelle : nos modèles économiques actuels ne sont ni compatibles avec la neutralité carbone, ni capables de garantir la prospérité future du continent. Chercher à verdir à la marge une économie conçue pour l’abondance fossile ne suffira pas. De la même manière, relancer la compétitivité européenne sans transformer en profondeur nos modes de production, d’investissement et de création de valeur est illusoire.

Le post-carbone comme direction stratégique

C’est ici que l’hypothèse des économies post-carbone prend tout son sens ; non pas comme un slogan écologique, mais comme une orientation capable de répondre simultanément :

  • à l’urgence climatique,
  • au besoin de réindustrialisation et de création des emplois de demain,
  • à la recherche de souveraineté,
  • et à la reconstruction d’un projet européen mobilisateur.

Le post-carbone n’est pas l’économie du “moins”, mais celle du différemment :

  • nouveaux matériaux,
  • nouveaux usages,
  • nouvelles chaînes de valeur,
  • nouveaux rapports au vivant,
  • nouvelles méthodes.

En Europe, cette différence peut être notre chance ! La question n’est donc peut-être plus : avons-nous les moyens de réussir la transition post-carbone ? Ne serait-elle pas plutôt : avons-nous une alternative crédible si nous ne la tentons pas ?

Dans un précédent article Numericus, je proposais une hypothèse : les forêts pourraient bien être l’un des laboratoires les plus fertiles pour inventer ces économies post-carbone de demain. Le présent texte vise à mettre en discussion cette piste en esquissant une piste pour l’opérationnaliser.

Trois des conditions à réunir pour réussir

Jouer, avec quelques espoirs de succès, la carte du post-carbone suppose la réunion de quelques conditions. Trois au moins s’imposent comme indispensables.

  1. La première est l’existence d’une demande, d’un marché, d’un nombre suffisant de consommateurs à même de faire de cette économie post carbone une direction réaliste, tenable et finançable. 
  2. La seconde suppose un écosystème entrepreneurial privé et public puissant, coordonné et soutenu dans la durée. 
  3. La troisième condition est politique. Elle suppose que la puissance publique ose tenir de nouveaux rôles, développer de nouveaux outils, moderniser ceux existants, ou encore, par exemple, agir via les leviers de la commande publique et assimilés.

Condition 1 :pas d’économie post-carbone sans marché.

On peut innover, subventionner, réglementer, planifier… Mais sans demande suffisante, aucune économie ne devient durable, finançable, industrialisable, ou encore socialement acceptable.

Les économies post-carbone ne feront pas exception. L’histoire montre même que les stratégies purement contraintes produisent le plus souvent de l’échec, du rejet, ou des systèmes artificiels durablement dépendants des subventions publiques.

Le New Deal américain des années 1930 en fournit une illustration classique : souvent présenté comme une politique de l’offre, il fut d’abord une politique massive de soutien à la demande. L’État a créé les conditions du marché avant de transformer l’économie.

L’électrification de masse apporte une seconde démonstration. L’électricité existait techniquement bien avant sa généralisation. Ce sont l’équipement massif des ménages, des tarifs accessibles et la standardisation des usages qui ont déclenché son essor. La transition énergétique n’a jamais été spontanée : elle a été socialement construite.

De la même manière, il n’existera pas d’économie post-carbone viable sans la constitution explicite d’une demande suffisante, désirée, organisée, sécurisée et durable. Y parvenir suppose avant tout une construction politique, économique et sociale. 

Condition 2 :  Un écosystème entrepreneurial puissant et coordonné

Aucune transformation économique majeure ne repose sur l’État seul ou sur le marché seul. Elle se fonde sur des coopérations structurées entre acteurs publics et privés, capables de transformer une direction politique en solutions concrètes. ​​

L’exemple d’Airbus, dans les années 1970, l’illustre bien : ni entreprise isolée, ni politique strictement étatique, mais un pacte de long terme fondé sur le partage des risques, la coordination des compétences et une vision stratégique commune.

Le post-carbone appelle le même type d’organisation. Forêts, énergies renouvelables, géothermie, rénovation des bâtiments ou encore par exemple gestion des sols nécessitent à la fois :

  • des décisions comme des commandes publiques, 
  • des infrastructures, 
  • une multitude de solutions privées, agiles, capables de s’adapter aux contextes locaux au sein de projets publics / privés partagés. 

Sans ces coopérations public-privé structurées, la transition restera une addition d’expériences intéressantes mais marginales. 

Condition 3 : une puissance publique capable de se réinventer organisatrice et leviers 

La troisième condition est politique. Elle suppose que la puissance publique accepte d’endosser de nouveaux rôles sur le temps long.  Il ne s’agit plus seulement de réguler ou d’inciter, mais de :

  • développer de nouveaux outils,
  • moderniser ceux qui existent,
  • mobiliser pleinement des leviers puissants mais sous-utilisés : commande publique, appels à projets, incitations fiscales et réglementaires.

Historiquement, lorsque des transformations profondes ont été engagées, l’État a su être organisateur, investisseur, prescripteur, parfois même créateur de marchés. Le post-carbone exige aujourd’hui ce même changement d’échelle. On le voit, le sujet est sans doute bien plus large que ne le permet l’entrée souvent affirmée sous l’angle État exemplaire… 

La forêt pour prendre un coup d’avance

Les stratégies forestières concentrent, souvent de manière plus aiguë qu’ailleurs :

  • la complexité des systèmes,
  • l’intégration du vivant non humain,
  • la diversité des acteurs et des modèles,
  • la tension entre temps long et urgences contemporaines.

Elles obligent à penser simultanément la demande, l’offre, la gouvernance ou encore, notamment, les outils publics. À ce titre, la forêt apparaît donc comme un secteur de prise d’avance méthodologique.

Une plateforme de services d’intérêt public dédiés valorisation et résilience des forêts

Comment pourrait-on lancer ce mouvement ? A partir des enseignements tirés de plusieurs reportages, j’ai tenté de prototyper ce que pourrait être une plateforme de services d’intérêt général pensée en mode commun. Elle proposerait une infrastructure sociotechnique partagée reliant les métiers, les données et les compétences des acteurs publics et privés de la forêt. Son objectif ? Augmenter les capacités d’action collective, en réduisant les frictions, les risques et les coûts de coordination ou de transaction.

J’ai été frappé à ce sujet par les choix faits par plusieurs autres pays. Je me suis en particulier appuyé sur celui de la Finlande dans ce reportage. J’aurai pu également évoquer la Nouvelle-Zélande pour le suivi des projets Label Bas carbone, les solutions norvégiennes dans lesquelles le cadastre est un volet dédié planification environnementale, ou encore ceux de l’Estonie ou de la Suède.

Même si, bien entendu, leurs forêts ne ressemblent pas aux nôtres, même si leur culture est différente, ces réalisations prouvent la faisabilité technique, économique et réglementaire du projet proposé. 

Pensée à terme à l’échelle nationale, cette plateforme fournirait un socle commun aux projets forestiers territoriaux. L’enjeu est en effet de s’adapter à la diversité des situations locales. 

A cette fin, comme le préconise par exemple l’association SYLV’ACCTES, tout volet forestier d’une stratégie post-carbone gagnerait à être intégré dans un projet territorial. Et pour cela, les logiques de subsidiarité montrent que les maîtres d’ouvrage “naturels” relèvent des missions des Collectivités Territoriales (EPCI, Syndicats et satellites).

Cet adossement à un projet territorial est d’ailleurs aussi le moyen aussi de stimuler la demande. J’ai eu la chance à ce sujet de pouvoir interviewer par exemple le vice-président de l’agglomération de Tulle, Éric Bellouin, également maire de Saint-Clément. Commandes pour les chaufferies bois, soutien pour les projets forestiers collectifs, intégration du bois comme matériel de construction pour les bâtiments publics, ou encore par exemple incitations via les politiques d’urbanisme réglementaire, cet échange confirme à quel point les collectivités territoriales disposent de véritables moyens d’agir.

Une dizaine de services pour le quotidien des acteurs de la forêt

Pour matérialiser les plus de cette éventuelle plateforme dans le quotidien des acteurs concernés, encore faut-il tenter un premier prototypage. J’ai pour cela pris le parti méthodologique de me fonder sur les points de frictions, sur les problèmes ou sur les difficultés remontés dans les dizaines d’entretiens réalisés. Ils s’organisent autour d’une dizaine de premiers services envisagés.

Accès & identité

  • Accès personnalisé pour chaque propriétaire, opérateur public (ONF, CNPF, INRAE, ADEME…), gestionnaire et entreprise concernées (ETF, coopératives…) pour que chacun puisse fournir, partager et disposer à la fois d’informations dynamiques et de services à l’échelle de la parcelle cadastrale.

Données & diagnostics dynamiques

  • Intégration de chaque parcelle le cas échéant dans un projet forestier territorial et dans les itinéraires forestiers retenus par ledit projet.
  • Qualification parcellaire via par les données IGN (dont LIDAR HD au fur et à mesure de la disponibilité de ces données), et par les données collectées localement (placettes, ventes, observations…).
  • Suivi de l’état sanitaire de chaque parcelle via l’analyse automatique des données satellites. GOODFOREST propose à ce sujet par exemple une solution intéressante qui alerte les acteurs concernés par messagerie en cas de problème.

Accompagnement & gestion

  • Conseils et solutions personnalisés pour chaque propriétaire privé. Ces conseils pourraient être prodigués notamment par le CNPF, par des associations de type ASLGF quand elles existent, par des associations reconnues d’intérêt général comme SYLV’ACCTES et bien sûr par les gestionnaires forestiers indépendants.
  • Propositions de solutions de gestion pour les propriétaires privées qui ne peuvent pas intervenir ou s’occuper de leurs forêts. L’offre de NÉOSYLVA, qui passe aussi par des gestionnaires forestiers locaux, est un bon exemple à ce sujet.

Recherche-développement & expérimentations

  • Tests de suivi dynamique de l’évolution des forêts concernées par exemple pour les labellisations bas carbones. La généralisation de la mutualisation de projets de recherche Développement et des projets de type Living Lab forestier avec des données ouvertes seraient à ce titre un atout.

Apprentissage & coopération

  • Accès personnalisés à des offres de formations, des journées d’échanges, des ateliers de retour d’expérience (tests nouvelles essences ou nouvelles pratiques sylvicoles par exemple)

Échanges entre acteurs

  • Messagerie automatique, selon une logique de droits associés, pour que les acteurs concernées (propriétaires forestiers publics et privés, gestionnaires, opérateurs…) puissent échanger plus simplement. 

Marchés & débouchés

  • Accès aux éventuelles “commandes” bois locales (architecture bois, bois énergie, demandes de type contrats d’approvisionnement, demandes scieries… mais aussi offres de soutiens de type organisations mécènes). Le but est que la plateforme accélère et simplifie la demande notamment en réduisant les coûts de transaction et en sécurisant les échanges.

Techniquement, cette interconnexion en mode plateforme ne pose pas de problèmes insurmontables. Comptablement, les univers budgétaires révélés par les reportages montre à quel point ils sont accessibles. D’un point de vue organisationnel, j’ai été en outre frappé de la maturité de l’immense majorité des interlocuteurs publics et privés. Ce passage de l’actuel fonctionnement en silo, dont chacun ressent bien les limites, vers une nouvelle logique de coopération semble bien compris. Sous la réserve bien sûr qu’il existe un projet politique fort, la forêt pourrait donc être la première brique d’une nouvelle méthode. 

D’ailleurs, si l’on parvenait à démontrer qu’une telle plateforme est possible pour un système aussi complexe que la forêt, alors elle deviendrait imaginable pour d’autres piliers des économies post-carbone : énergies renouvelables, géothermie, sols, matériaux, bâtiments, mobilité… C’est en ce sens que je suis de plus en plus persuadé que les forêts sont bien l’un des laboratoires les plus fertiles pour inventer les économies post-carbone de demain. 

Dernier point important pour tous ceux qui pensent, comme moi, que les mutations à venir seront impossibles sans pouvoirs publics forts, ce laboratoire permettrait également de coinventer ce que pourrait être un État (au sens le plus large) post-carbone. A l’évidence, il ne sera plus seulement normatif ; il ne sera plus seulement incitatif ; il ne sera pas non plus seulement exemplaire.

Devrait-il devenir l’organisateur d’écosystèmes de mise en capacité collective et le garant d’infrastructures communes, laissant l’innovation, la diversité et l’adaptation aux territoires, aux entreprises et aux associations ? Nombre de signes le montre.

Les forêts, les laboratoires des économies post-carbone ?

Plus j’avance dans mes travaux pour tenter de comprendre comment trouver les moyens d’inventer les économies post-carbone de demain, plus j’ai la conviction que les bonnes entrées ne sont pas que humaines. J’ai longtemps misé sur les territoires, les liens sociaux, les quartiers intelligents, les infrastructures communicantes, la tech, la politique ou encore la formation… Une partie de ma carrière a été organisée autour de ces leviers depuis 30 ans. Pourtant, force est de constater que, même si cela reste plus que jamais nécessaire, cela me semble de plus en plus insuffisant. Je suis ainsi chaque jour davantage persuadé qu’il faut oser “aller plus difficile”, par exemple en misant sur des projets qui obligent d’emblée à intégrer le non humain comme les animaux, les plantes, le sol ou encore la qualité de l’air par exemple. 

Les forêts, laboratoire du post carbone ?

C’est ce qui explique mon enthousiasme croissant pour travailler le post carbone à partir des forêts, de leurs écosystèmes et de l’immense complexité des questions qu’elles invitent à résoudre. Je concentre donc une partie de mon temps chaîne Transitions Actions aux forêts et à la richesse des projets et des idées qu’elles suscitent. 

De ce chemin balisé par déjà une soixantaine d’interviews et d’entretiens, un chemin qui me ramène aux origines de mes travaux sur les ressources forestières du Sahel et du Nordeste brésilien, je tire une première hypothèse : les forêts pourraient bien être l’un des laboratoires les plus fertiles pour inventer les économies post carbone de demain. 

Cinq raisons qui construisent cette hypothèse 

Pourquoi les forêts sont-elles sans doute l’un des plus beaux laboratoires du post-carbone ? Je vous propose cinq raisons.

La forêt oblige à intégrer le non-humain comme acteur à part entière

La forêt est sans doute l’un des rares systèmes économiques où il est impossible de faire semblant d’ignorer le non-humain. Le sol, l’eau, les champignons, la faune, le climat local, les cycles longs du vivant ne sont pas des externalités : ils conditionnent directement la réussite ou l’échec des projets sur le temps long.

Travailler à partir de la forêt, c’est donc accepter de changer de cadre mental. Il faut passer d’une économie centrée sur l’humain à une économie relationnelle, où le vivant devient partenaire, contrainte et ressource à la fois. 

La forêt met en tension temps long et urgences contemporaines

Une seconde raison peut être présentée ainsi. Peu de secteurs confrontent aussi brutalement le court-terme économique aux réalités du temps long. Une décision forestière engage pour des décennies, alors même que les crises climatiques, énergétiques et sociales exigent des réponses immédiates. Cette tension oblige donc à inventer :

  • de nouveaux modèles d’investissement,
  • des formes de rentabilité différée,
  • des indicateurs de valeur non financiers.

La forêt force ainsi à réconcilier stratégie de long terme et action immédiate, un défi central du post-carbone.

Elle concentre presque toutes les dimensions du post-carbone

Troisième raison, dans un même espace, celui de la forêt, tout véritable projet doit combiner :

  • carbone (séquestration, substitution),
  • biodiversité,
  • énergie,
  • matériaux,
  • alimentation,
  • paysage,
  • usages récréatifs,
  • identités territoriales,
  • conflits d’usage.

Rares sont les secteurs où autant de dimensions s’imbriquent de façon aussi concrète. Chaque projet forestier devient ainsi un mini-système économique, obligeant à des arbitrages, à des compromis et à toutes ces coopérations nécessaires à toute transition réelle. La forêt est bien un condensé des enjeux systémiques du post-carbone.

La forêt révèle les limites des modèles économiques classiques

Dans les forêts, quatrième raison, les modèles purement extractifs montrent rapidement leurs impasses :

  • appauvrissement des sols,
  • perte de résilience,
  • fragilisation économique à long terme,
  • conflits sociaux.

À l’inverse, les approches multifonctionnelles, contributives ou coopératives montrent souvent de meilleurs résultats globaux, même si elles sont plus complexes à piloter. La forêt agit comme un révélateur : elle met à l’épreuve nos modèles économiques et en expose les angles morts.

La forêt offre enfin un terrain concret pour tester des économies contributives

Forêts privées, forêts d’Etat, forêts communales, forêts oubliées, espaces forestiers de fait, la diversité des statuts fonciers et des acteurs crée un terrain propice à l’expérimentation post carbone. Pour avancer, il faut en particulier :

  • une gouvernance partagée,
  • inventer de nouveaux droits, de nouveaux contrats, de nouveaux rôles,
  • miser sur des financements hybrides,
  • trouver les moyens de réunit plus de contributeurs entreprises et citoyens,
  • se doter d’outils numériques de suivi et de pilotage,
  • réinventer les rôles publics et les coopérations publics – privées.

La forêt n’est pas seulement un objet écologique, c’est un levier politique où se réinventent les règles du jeu. Elle permet de passer des discours sur la transition à des dispositifs concrets.

Les forêts, ou la méthode de la méthode

Comme l’écrivait Edgar Morin dans La Méthode, les grandes impasses contemporaines ne viennent pas tant d’un manque de solutions que d’un défaut de méthode. Nous persistons à vouloir résoudre des problèmes complexes avec des outils intellectuels simples, fragmentés, sectorisés, voire d’hier. La forêt, par sa nature même, rend cette approche impossible. On ne peut pas penser la forêt :

  • uniquement par le carbone,
  • uniquement par la production de bois,
  • uniquement par la biodiversité,
  • uniquement par l’économie,
  • ni uniquement par la réglementation.

Elle oblige à penser ensemble ce qui est habituellement séparé : le vivant et l’économie, le long terme et l’urgence, le local et le global, l’humain et le non-humain. Exactement ce que Morin appelait une pensée complexe, non pas compliquée, mais reliée.

Dans La Méthode, Morin insiste sur un point fondamental : ce ne sont pas les résultats qu’il faut d’abord interroger, mais les chemins pour y parvenir. La forêt incarne cela de façon presque parfaite. Elle ne tolère ni les raisonnements linéaires, ni les solutions universelles, ni les modèles plaqués. Chaque massif, chaque sol, chaque climat, chaque histoire humaine impose ses propres ajustements. La méthode devient alors aussi importante que l’objectif.

Travailler la transition post-carbone à partir des forêts, ce n’est donc pas chercher un modèle reproductible, mais apprendre à :

  • raisonner par interactions,
  • accepter l’incertitude,
  • intégrer les rétroactions,
  • composer avec des temporalités multiples,
  • et reconnaître que le vivant n’est pas un décor mais un co-auteur.

En ce sens, la forêt n’est pas seulement un objet d’étude ou un levier climatique. Elle est une école de méthode pour les économies post-carbone à inventer.

La preuve, la plupart des initiatives forestières efficaces sont bien avant tout des inventions méthodologiques

Et dans ce cheminement, régulièrement, j’ai l’immense privilège de croiser quelques-uns des auteurs de ce nouveau récit. Pour preuve, ce dernier reportage qui présente trois solutions complémentaires, portées par trois types d’acteurs différents.

  1. La première joue la carte du mécénat forestier. Elle est portée par l’association SYLV’ACCTES. Celle-ci accompagne techniquement et financièrement les propriétaires ; elle réinscrit notamment pour cela les forêts dans des projets territoriaux.
  2. La seconde passe par des investissements et des contrats de très long terme, parfois plus d’un siècle. Ces solutions ont été inventées par l’entreprise NEOSYLVA. Cette dernière propose ainsi une option aux petits propriétaires qui ne souhaitent ou ne peuvent pas intervenir directement dans leurs bois.
  3. La troisième agit en faveur de la protection des écosystèmes. La fondation CLAMOR TERRAE a été récemment créée à cet effet. Elle est notamment engagée dans la reconnexion des corridors écologiques dans les Pyrénées. Pour y contribuer, elle peut pour cela acheter des forêts.

Vous le verrez, ces trois approches, sensiblement différentes mais complémentaires, confortent je crois cette hypothèse. C’est bien peut-être ici, au milieu des arbres, que s’inventent déjà une partie des économies post-carbone de demain.

Décarboner sans moderniser nos outils publics ? Une impasse !

La décarbonation est chaque jour davantage une exigence opérationnelle. Pourtant, un paradoxe persiste : nous demandons aux acteurs d’agir avec des outils conçus pour un autre siècle. Le reportage « Forêts privées et droit de préférence, notre cadastre est obsolète » met en lumière un exemple emblématique de ce décalage : le cadastre français. Conçu avant tout comme un outil fiscal, il est aujourd’hui inadapté aux enjeux climatiques, forestiers et territoriaux contemporains. Pire : il est devenu un frein là où il devrait être un levier. Ce constat dépasse d’ailleurs largement le seul cas des forêts. Il pose la question de la modernisation des outils publics en général, et, sans le moindre doute aussi, des rôles et des stratégies publiques.

La décarbonation est aussi un problème d’outils

Décarboner ne signifie pas seulement fixer des objectifs ou empiler des normes. Cela suppose de disposer d’outils publics capables de :

  • produire des données fiables et à jour,
  • orienter les décisions économiques,
  • créer des incitations claires,
  • simplifier l’action des acteurs de terrain.

Or, nombre de nos outils structurants, cadastre, registres fonciers, bases de données géographiques, restent figés, cloisonnés, et pensés pour une logique fiscale, non pour une logique de transition. 

Le cadastre en est l’illustration parfaite :

  • données parfois obsolètes,
  • faible lien avec l’état réel des parcelles,
  • aucune intégration des enjeux carbone, biodiversité ou résilience.

Quand un outil public devient un frein à l’action climatique

Dans le contexte forestier, les conséquences sont claires :

  • difficulté à mobiliser les propriétaires privés,
  • manque de lisibilité pour les acheteurs, investisseurs ou collectivités,
  • incitations faibles à la gestion durable.

Dans chaque rapport, on lit, à juste titre, que le, faible engagement des propriétaires forestiers privés est un obstacle. C’est parfaitement exact ! Toutefois, le problème n’est pas seulement l’absence de volonté individuelle, mais l’inadéquation des outils collectifs pour les inciter à agir.

L’exemple finlandais : du cadastre fiscal à la plateforme de services

Le reportage montre qu’une autre voie est possible. En Finlande par exemple, mais cela n’est pas le seul exemple, le cadastre n’est plus seulement un registre foncier : il est devenu une véritable plateforme de services forestiers. Ce que cela change concrètement :

  • données actualisées et dynamiques,
  • suivi précis des parcelles,
  • alertes sanitaires,
  • messagerie,
  • services personnalisés pour les propriétaires,
  • facilitation des ventes et de la gestion,
  • articulation claire entre politiques publiques et décisions privées.

Autrement dit, le cadastre devient un outil d’action, pas une simple base fiscale.

Forêts, énergie, sols : un même besoin de modernisation

L’intérêt du reportage est d’élargir la réflexion au-delà de la forêt. Le même raisonnement vaut pour d’autres enjeux clés de la transition :

  • Cadastre solaire : identifier rapidement les potentiels, faciliter l’investissement, réduire les délais.
  • Cadastre géothermique : sécuriser les projets, mutualiser la connaissance, limiter les risques.
  • Cadastre des sols : lutter contre l’artificialisation, mieux planifier, préserver les fonctions écologiques.

Dans tous ces cas, la modernisation du cadastre n’est pas une réforme technique marginale. C’est un levier premier pour démultiplier la capacité d’action collective.

Donner envie et donner plus moyens d’agir

La transition ne réussira pas par la contrainte seule. Elle nécessite :

  • des incitations intelligentes,
  • des outils lisibles et dynamiques,
  • une réduction des frictions administratives,
  • une meilleure articulation entre intérêt général et intérêt individuel.

Un cadastre modernisé peut :

  • rassurer les investisseurs,
  • guider les particuliers,
  • aider les entreprises à orienter leurs choix,
  • permettre aux collectivités de piloter des stratégies cohérentes.

Autrement dit, il crée un environnement favorable à l’action, là où aujourd’hui beaucoup renoncent faute de clarté ou de temps.

La vraie question

La question n’est donc plus faut-il moderniser le cadastre ? Mais bien, peut-on réussir la décarbonation sans moderniser nos outils publics ? À l’évidence, non.

La transition écologique n’est pas seulement une affaire de technologies ou de comportements. C’est aussi, peut-être même avant tout, une transformation profonde de nos infrastructures informationnelles et institutionnelles. Le cadastre, s’il devient une plateforme de services au service de la transition, peut en être l’un des piliers.

Pour aller plus, Voir le reportage :Forêts privées et droit de préférence – notre cadastre est obsolète

La crédibilité du label bas carbone pour les forêts est en danger. N’est-il pas temps d’adopter d’autres méthodes ?

Peut-on sérieusement miser sur un itinéraire label bas carbone forestier qui se fonderait sur des moyennes de production à l’hectare vaguement définies à priori ? Dans un contexte de profond changement climatique, peut-on vraiment croire que les crédits carbone vendus en 2025, par exemple à des entreprises, seront toujours séquestrés dans 30 ans ? Peut-on oublier que les vrais chiffres, notamment ceux de l’Inventaire forestier national 2025 de l’IGN, montrent au contraire un ralentissement de la production biologique et, surtout, une diminution de 38% de la fonction de « puits de carbone » des forêts entre 2015-2023 et 2005-2013 ? Malheureusement, la réponse est négative. C’est pour cette raison que nous avons interrogé plusieurs spécialistes pour envisager un autre itinéraire.

Le but est d’explorer une piste : celle de l’invention d’un itinéraire label bas carbone forestiers à impacts ! Un label non plus fondé sur des estimations mais sur de véritables mesures ; un label à impacts pour améliorer les pratiques sylvicoles, notamment en forêts privées ; ou encore, par exemple, un label 100% réservé aux entreprises qui veulent vraiment contribuer et échapper au greenwashing ?

Un label bas-carbone forestier plus robuste est possible

C’est à ces questions que ce reportage répond. Il explique les limites des itinéraires actuels du label bas carbone pour les forêts. Il analyse notamment les causes des polémiques de l’automne 2025.

Ce cinquième reportage de cette série consacrée aux sujets forêts privées et changements climatiques, montre ensuite qu’une autre méthode est possible. David Amar montre que dans d’autres domaines , d’autres choix prévalent ; c’est le cas par exemple de la méthode Land To Market dédiée à la régénération des prairies.

Forêts & carbone : passer des estimations aux preuves

Le reportage explore ensuite les plus-values pour la forêt de technologiques telles que le LIDAR Haute Définition et les satellites. Trois entreprises spécialistes sont interviewées : le bureau d’études AGEX, une nouvelle start-up spécialisée dans ces domaines, Goodforest, et un expert forestier, Jérôme Louvet qui vient de lancer un service original fondé sur le LIDAR terrestre. Elles montrent de quelles manières un mix de ces méthodes permettent déjà non plus d’estimer le nez au vent mais de vraiment suivre les projets forestiers pour piloter nos espaces boisés et prouver, ou pas, la réalité de la séquestration carbone.

Vers un label bas-carbone forestier « à bonus »

Sur ces bases, ce reportage esquisse la piste d’un nouvel itinéraire forestier label bas carbone à plus forts impacts, à bonus. D’autres reportages préciseront ces premières esquisses.

Le devoir d’innover pour renforcer la résilience des forêts

Les forêts françaises, et en particulier les forêts privées, sont confrontées à des défis inédits : sécheresses, incendies, dépérissement de certaines essences, pressions économiques et sociales… Face à ces changements, continuer à penser et à faire « comme avant » ne suffit sans doute plus. Il faut désormais oser inventer d’autres manières de gérer les forêts. Aussi, dans le quatrième reportage de cette série consacrée aux sujets « forêts privées et changement climatique », ai-je choisi de mettre en avant trois initiatives, elles aussi privées, d’innovations à impacts.  

Il est possible de valoriser la multifonctionnalité des forêts

La première est celle développée, en Haute-Vienne, par Xavier Blanc à travers son formidable projet « Hêtre en Forêt ». C’est l’une des toutes premières forêts pédagogiques de France. C’est sans doute également l’une des solutions qui montrent qu’il est possible de vraiment valoriser la multifonctionnalité des forêts.

La réinvention des solutions de mécénats

La seconde stimule de nouvelles formes de relations entre, d’une part, forêts privées et projet de territoire, et, d’autres part, entre entreprises et espaces boisés. C’est l’association Sylv’ACCTES qui ouvre ce chemin. C’est elle encore qui matérialise aussi l’une des rares pistes qui permettent enfin de sortir de cette étrange propension à inciter les entreprises à vouloir mécaniquement planter des arbres plutôt qu’à contribuer au développement des forêts qui existent déjà ! En France Métropolitaine, la seconde option paraît pourtant ô combien plus fertile.

La loi de la variété requise appliquée aux forêts

La troisième des initiatives présentées plaide une fois encore en faveur de la variété des compétences. C’est un fait bien connu dans la théorie des système. Il se nomme « loi de la variété requise« . Peter Senge le résume ainsi : « la force d’une organisation vient de la diversité des talents et des points de vue qu’elle sait rassembler et mettre en mouvement. » Dans nos domaines forestier, cela s’applique de la même manière. Pour preuve, la rencontre d’un gestionnaire forestier et d’un spécialiste de la Tech a permis de développer, depuis 5 ans, l’une des premières plateformes de services dédiées forêts privées : Kloros.

Ces trois initiatives, comme bien d’autres de ce type, montrent qu’oser faire différemment est non seulement possible mais que la résilience des forêts se construit aussi en croisant les savoirs, en inventant des modèles économiques nouveaux, ou encore, par exemple, en rapprochant les espaces urbains des milieux ruraux et les forêts de leur territoire proche.

Quelques pistes de solutions émergent de ces dizaines d’entretiens et d’interviews. Un prochain reportage les présentera. Le sujet proposé ce jour esquisse l’une d’entre elle. Il montre l’importance de pouvoir augmenter nos « collectifs forêts » afin d’innover, expérimenter et coopérer.

Je vous invite à découvrir ce nouveau reportage et à partager vos pistes et idées. Quelles innovations vous paraissent les plus prometteuses pour nos forêts ? Quels exemples connaissez-vous dans vos territoires ? Quelles sont les fausses bonnes idées à éviter ?

La réinvention des solutions de mécénats

Forêts et changement climatique : comment agir plus vite et mieux ?

L’avenir des forêts françaises, en particulier privées, se joue notamment autour de 4 enjeux : Substitution des énergies fossiles, Séquestration du carbone, Services écosystémiques et meilleure Robustesse des forêts (y compris actions préventives contre les incendies), des écosystèmes et des sociétés. J’ai nommé cela l’équation 3S+R ! J’ai interrogé, ce printemps et cet été 2025, plus de 40 spécialistes afin de comprendre ces enjeux et d’esquisser des pistes d’actions. Sur la base de ces entretiens, deux premières conclusions provisoires issues des reportages de la chaîne Transitions Actions incitent à accélérer. Pourriez-vous me dire ce que vous pensez de ces pistes et des propositions associées ?

Conclusion 1 : Il paraît impossible de tenir l’équation 3S+R sans développer les actions collectives entre propriétaires forestiers.

Des solutions existent pour y parvenir (Associations syndicales, groupements forestiers…) mais il reste difficile d’inciter suffisamment de propriétaires forestiers à y participer. Pour que ces organisations collectives puissent pouvoir vraiment jouer un rôle de levier, ne faut-il pas aller plus vite ? Comment ? Une des pistes serait d’envisager une évolution réglementaire, par exemple en réduisant la superficie à partie de laquelle un plan de gestion est obligatoire (20 ha aujourd’hui) ? Ne serait-il pas également temps de moderniser et d’actualiser les bases cadastrales ? Qu’en pensez-vous ? Voyez-vous d’autres solutions ? Le reportage qui traite de ce sujet est ici

Conclusion 2 : La puissance publique dispose déjà de nombreux leviers pour agir aussi en forêts privées mais ne faut-il pas aller plus loin et oser d’autres leviers ?

Je me demande toutefois si les enjeux forestiers et climatiques grandissants ne justifient pas désormais l’invention ou le développement de nouveaux moyens d’actions publics ? Le dernier reportage donne quelques exemples. Aides économiques locales, Opérateur bois énergie, intégration du bois dans les Plan Locaux d’Urbanisme et dans les projets publics ? Développement de coopératives carbone territoriales ? Nombre de territoires prouvent l’intérêt de ces solutions comme le montre le reportage qui suit. Faut-il les généraliser et si oui comment ? Bref, ne faut-il pas oser inventer de nouveaux rôles et développer de nouvelles compétences publiques ? Qu’en pensez-vous ?

Je vous remercie de vos retours.

A suivre, plusieurs autres reportages de la chaîne Transitions Actions sur les forêts privées

Forêts et changement climatique : l’urgence d’agir ensemble et d’oser inventer ce qui manque pour vraiment faire levier

Et si les projets de décarbonation devenaient une opportunité pour mieux valoriser les forêts privées françaises, en permettant (1) une meilleure substitution d’une partie des énergies fossiles par le bois (2) une plus grande séquestration carbone par les arbres, (3) la prise en compte, enfin, des services écosystémiques forestiers, et (4) une plus grande robustesse des forêts, des écosystèmes comme de nos sociétés ? Substitution, Séquestration, Services, Robustesse : ainsi se résument les inconnues de l’équation 3S+R, au centre de la série de reportages réalisés par la chaîne Transitions Actions. Plus de 40 spécialistes et acteurs de terrain ont été rencontrés durant l’été 2025, d’autres interviews sont encore en préparation. Le but ? Contribuer à qualifier les leviers encore à développer pour redonner une valeur nouvelle aux forêts, notamment privées, et pour se doter d’une stratégie à la mesure de notre besoin croissant de forêts.

Un premier reportage a permis d’expliquer pourquoi j’ai fait le choix de me concentrer sur les forêts privées. Dans ce second sujet, j’explore l’une des conditions indispensables pour mieux les valoriser, mieux les entretenir, et leur donner davantage de valeurs matérielles et immatérielles. J’étudie les coopérations et les actions collectives entre propriétaires privés, dont le développement dépend d’ailleurs, pour une large part, des politiques publiques locales.

Jouer collectif afin de rendre les forêts privées gérables !

À travers l’exemple des Associations Syndicales Libres de Gestion Forestière (ASLGF), ce reportage montre d’abord à quel point ces organisations, réunissant des propriétaires forestiers privés, sont indispensables pour rendre demain la forêt gérable. L’exemple de la Communauté d’agglomération de Tulle, en Corrèze, et de son ASLGF, illustre bien les bénéfices d’un jeu plus collectif pour chaque propriétaire :

  • plus grande liberté de choisir ses itinéraires forestiers, y compris en libre évolution,
  • meilleure capacité d’action et de négociation,
  • nouvelles ressources pour se former et décider,
  • plus grande robustesse des territoires.

Les bonnes raisons de rejoindre une organisation forestière de ce type sont légion. Il ne fait donc aucun doute qu’affronter l’avenir exigera de développer toujours plus le sens de l’action collective.

Mais comment faire davantage levier ?

Mais sommes-nous assez nombreux à en être convaincus ? Sommes-nous assez nombreux à ressentir ce désir des forêts, à comprendre que nous avons – et aurons de plus en plus – besoin des arbres et de leur bois ? Les faits prouvent que non. Entre ceux qui ne savent même plus où se trouve leur forêt, celles et ceux qui vivent trop loin d’elle, ceux qui l’ont oubliée, ceux qui ne savent pas comment s’y prendre, et ceux dont les forêts restent inaccessibles à tout engin, même léger, les forêts privées apparaissent bien comme le maillon faible de l’équation 3S+R.

L’un des principaux points d’effort consiste à trouver comment simplifier et accélérer l’engagement des propriétaires forestiers dans ces actions collectives. Les entretiens avec les ASLGF interrogées (comme avec des structures équivalentes) montrent en effet à quel point les rythmes d’adhésion des propriétaires restent lents, compliqués, aléatoires. Il faut souvent plusieurs années pour commencer à agir, et parfois seulement sur de petites surfaces qui tiennent plus de la démonstration que du véritable levier. Il est indispensable de disposer d’une ou d’un animateur de très grande qualité, sur un groupe pilote de propriétaires engagés, quai militants, et de pouvoir compter sur des relais locaux, notamment politiques, solides.

Certains territoires prouvent que c’est possible. Mais ne sont-ils pas l’exception ? À l’issue de ces dizaines d’entretiens, je reste dans le doute. Dans la situation actuelle, marquée par une réglementation complexe, un cadastre d’un autre temps et un paysage forestier fragmenté, les indispensables organisations collectives peinent encore à enclencher la révolution forestière que la situation exige. C’est sur cette impression que se termine ce second reportage. Les quatre ou cinq suivants permettront, je l’espère, d’esquisser quelques pistes.

Innovation durable : l’écologie pour se différencier

Dans cette interview, Thomas Busuttil, fondateur du cabinet La 5e Saison, partage sa méthode pour réinventer les modèles économiques et réconcilier l’économie avec le vivant. De la mode au BTP, en passant par Michelin, il montre comment des entreprises et des territoires transforment les contraintes en leviers d’innovation, de robustesse et de régénération.

Cette vidéo détaille notamment quatre clés pour concilier rentabilité et durabilité :

  • L’économie de la fonctionnalité
  • Un modèle circulaire
  • Une économie collaborative
  • Un modèle inclusif

Thomas Busutill démontre également comment l’innovation durable peut devenir un puissant levier de différenciation, notamment face aux modèles low-cost. Il propose plusieurs exemples concrets : un projet immobilier résidentiel, un chantier BTP et un cas dans la mode

Bienvenue sur Transitions Actions, la chaîne qui explore comment réconcilier économie et écologie.

Urbanisme et territoires régénératifs : il est temps de réinventer nos modes d’habiter !

Et si les villes, les villages, les quartiers et les bâtiments devenaient eux-mêmes acteurs de la transition ? Cet article propose deux vidéos pour explorer une première série de pistes concrètes à ce sujet. L’une questionne les nouveaux métiers de l’immobilier et du BTP de demain. Elle parle « haute intensité d’usages ». L’autre présente une méthode pour réinventer les modèles économiques afin de réconcilier l’économie et le vivant. Elle mise sur l’innovation durable et montre de quelles manières des entreprises et des territoires transforment des contraintes en leviers d’innovation et en robustesse.

Face à la crise climatique, aux inégalités territoriales et à l’épuisement de certains modèles économiques, la manière dont nous habitons les territoires devient l’un des leviers les plus efficaces pour réaligner nos modes de vie avec la réalité des ressources planétaires. C’est un enjeu central. Il ne s’agit plus seulement de construire ou de rénover, mais bien de repenser nos proximités comme un système vivant, et les bâtiments comme des contributeurs à l’équilibre écologique et social.

Dans la première interview, Fabrice Bonnifet, directeur du Développement durable du groupe Bouygues, défend les modèles à haute intensité d’usages. Ces derniers invitent à transformer plutôt qu’à bâtir, à réutiliser, à mieux mutualiser et à densifier les usages dans le temps et dans l’espace. Autant de solutions pour décarboner l’immobilier sans retomber dans le mythe d’une croissance sans limite. Cette approche bouscule autant les habitudes des métiers du bâtiment que celles des décideurs publics, mais elle ouvre des perspectives concrètes : repenser les fonctions, prolonger les durées de vie des ouvrages, enrichir les usages et les services plutôt que produire toujours plus.

Dans la seconde vidéo, Thomas Busuttil, fondateur du cabinet La 5e Saison, partage sa méthode pour réinventer nos modèles économiques. Il montre, à travers des exemples concrets tirés de secteurs variés, mode, BTP, industrie avec Michelin, comment certaines entreprises et territoires transforment les contraintes écologiques en leviers d’innovation, et de différenciation. Il propose quatre clés pour concilier rentabilité et durabilité, tout en se démarquant de la logique du « toujours moins cher » portée par les modèles low-cost. Loin des discours abstraits, ce sujet présente des outils d’action concrets, applicables dans les entreprises comme dans les politiques publiques.

L’urbanisme régénératif de demain ?

Ces deux reportages complètent l’une des priorités de ce blog et de la chaîne transitions Actions. Il s’agit de comprendre comment s’invente progressivement ce que l’on pourrait nommer l’urbanisme régénératif de demain ? Comment faire en sorte que l’habitat, les équipements publics ou les zones d’activités ne soient plus des consommateurs nets de ressources, mais des vecteurs de services rendus au vivant, à la planète, aux habitants ? Comment construire en pensant aux usages futurs, à la coopération, au vivant ? Comment penser bioconstruction ? Comment inventer les modèles économiques associés à ces projets ?

Le chantier est immense. Il couvre un ensemble de techniques, de politiques et de savoirs qui organisent l’aménagement des espaces urbains comme ruraux, en prenant en compte les dimensions sociales, économiques, environnementales et culturelles. Il invite à des détours fertiles organisés par exemple autour de quelques concepts clés : économie du donut, bâtiments contributifs, servicialisation, économie circulaire, modèles inclusifs…

Je cherche tout témoignage et toute expérience dans ces domaines. Merci de vos éventuelles contributions.

Voyager autrement : quand le tourisme devient soin, lien et levier de régénération

Et si voyager ne se résumait plus à « partir », mais à se reconnecter à soi, aux autres, au vivant ? Dans cette trilogie vidéo publiée sur la chaîne Transitions Actions, on découvre des façons nouvelles d’imaginer le tourisme : plus lentes, plus transformatrices, plus enracinées et surtout, plus contributives. Ces approches esquissent les contours d’un voyage qui cherche à « faire du bien », aux territoires, à la nature comme à celles et ceux qui les habitent. Bien sûr, le chemin sera long pour sortir d’une logique encore très « niches ». Mais à l’évidence, ce tourisme régénératif ajoute une pierre précieuse à l’édifice déjà entamé par les adeptes par exemple des loisirs de proximité, des micro-aventures ou encore du tourisme responsable.

Trois regards, une même ambition : réinventer le voyage

Dans un monde où les crises écologiques et sociales bousculent nos habitudes, le tourisme, longtemps symbole de liberté, se cherche. Qu’il le veuille ou non, il devra demain inventer une ou des nouvelles voies. Et si l’une de ces voies passait par la régénération non seulement des écosystèmes, mais aussi de nos relations, de nos imaginaires, de notre rapport au temps et aux territoires.

Pour explorer cette piste, sur la chaîne Transitions Actions, j’ai récemment publié trois vidéos qui explorent cette transformation profonde du voyage. Trois histoires singulières, différentes, mais unies par une même conviction : voyager autrement peut changer notre regard sur le monde et sur nous-mêmes ?

Quand le voyage devient soin – avec Elsa Brindazur

La première de ces interviews interroge le tourisme régénératif sur le fond. Avec Elsa Brindazur, nous explorons ce que recouvre vraiment le tourisme régénératif. Elsa parle du « prendre soin » et nous aide à mieux comprendre de quelles manières le voyage peut devenir un levier de transition personnelle et écologique.

Comment donner plus de sens au tourisme ? Les pistes d’ Adrien Ruffino, responsable de l’agence Soliderrance.

La seconde interview illustre les propositions d’Elsa. Adrien Ruffino, fondateur de Soliderrance, une agence spécialisée dans le voyage solidaire et régénératif, nous partage sa vision d’un tourisme qui transforme : un tourisme fondé sur l’échange, l’écoute, le respect des communautés locales et de la nature. À travers des rencontres sincères avec les familles hôtes, on découvre comment ces voyages bouleversent à la fois les voyageurs… et les accueillants. Un interview pour oser une autre manière d’habiter le monde ?

Immersion et personnalisation : les clés du tourisme de demain ?

La troisième vidéo interroge l’avenir du voyage et des métiers de l’économie touristique. Elle incite à prendre un coup d’avance en cherchant à comprendre ce qui organise ces formes émergentes de « tourisme différent ». Elle explore à cette fin trois des clés à même de leur donner corps  : Immersion, transformation et personnalisation.

Plus largement, elle formule une hypothèse qui dépasse le strict domaine du régénératif. Immersion, transformation et personnalisation : n’est-ce pas aussi le sésame pour donner plus de sens aux métiers des professionnels du tourisme ? Nombre d’indices le montrent mais plus encore d’interrogations demeurent. Ce reportage traite ainsi trois questions convergentes.

  1. À l’heure de l’IA, de la digitalisation et des transitions écologiques, y a-t-il encore une place pour la simple vente de séjours tourisme et voyage sur catalogue ?
  2. Les professionnels du voyage n’ont-ils pas plutôt intérêt à devenir des créateurs d’émotions, d’expériences et de transformations, personnelles comme territoriales ?
  3. Le développement de ces acteurs (Tour opérateur notamment) ne serait-il pas le maillon manquant pour transformer une ultra niche, celle du tourisme responsable et régénératif, en voyages presque pour tous ?

Pour tenter d’apporter des réponses à ces questions, j’ai interviewé Véronique Narayana Swamy, fondatrice de IndeXperience et Aurélie Orengo Berthet qui vient de créer le premier Tour Opérateur spécialisé dans les voyages nature et animaux.

Le voyage peut-il être une partie de la solution ?

Dans leur singularité et leur similitudes, ces trois vidéos dessinent ainsi les contours d’un tourisme plus humble, plus responsable, plus enraciné. Un tourisme qui ne consomme pas seulement, mais qui prend soin. Qui ne survole pas, mais qui s’ancre. Qui ne coche pas des cases, mais qui transforme.

Dans un monde où il devient urgent de réconcilier nos envies d’évasion et les limites planétaires, ces récits nous montrent plus largement que le voyage n’est pas mort. Non seulement, il change mais, qui sait, peut-être peut-il faire partie des la boîte à outils solutions pour réussir nos transitions ? Je veux le croire. Je reviendrai donc sur ces pistes rapidement.

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Solarothermie : la technologie qui coche nombre des cases pour concilier décarbonation et économies

La solarothermie incarne une forme de convergence réussie entre tech utile, efficacité énergétique, et décarbonation. Laetitia Brottier, cofondatrice de Dualsun, présente l’intérêt de cette solution pour chauffer nos maisons, en remplaçant nos chaudière à gaz ou à fioul, tout en produisant aussi de l’électricité ! Avec la Solarothermie, qui associe panneaux hybrides (photovoltaïques / thermiques) et PAC, il existe désormais une solution bas carbone, made in France, proche de la géothermie mais adaptée à tous les projets, y compris les maisons de petite dimension.

Longtemps reléguée au second plan derrière les panneaux photovoltaïques, la solarothermie repose pourtant sur une logique simple, robuste et parfaitement alignée avec les objectifs de neutralité carbone : elle permet de transformer l’énergie solaire en chaleur. Elle produit en plus de l’électricité.

Dans une époque où l’on cherche à allier sobriété et performance, la solarothermie présente nombre d’atouts. Trois exemples. Les PAC utilisées sont de type géothermiques. Elles sont tout d’abord plus performantes que les PAC aérothermiques. Elles sont ensuite en plus quasiment silencieuses et d’une maintenance plus économique. La solarothermie est enfin compatible avec des logiques d’autoconsommation qui s’imposent de plus en plus comme l’une des bonnes solutions de demain.

Laetitia Brottier détaille cette technologie et va plus loin dans l’analyse des performances, des économies générées et des retours sur investissement.

Géothermie : trois reportages pour explorer cette énergie d’avenir

Et si la meilleure énergie pour demain était déjà sous nos pieds ? Renouvelable, non intermittente, bas carbone, capable de chauffer et de rafraîchir, la géothermie offre des atouts uniques non seulement pour décarboner mais aussi pour réduire ses budgets énergie tout en gagnant en indépendance. Ces trois vidéos complémentaires dressent un panorama presque complet à ce sujet. Leur objectif premier est de nous permettre de situer nos projets par rapport à la géothermie, des grandes infrastructures aux maisons individuelles en passant par les réseaux de chaleur urbain.

La géothermie est une énergie locale, renouvelable et discrète tant au niveau du paysage qu’en regard de ses nuisances sonores. Elle mérite de prendre plus de place à la fois dans le débat public, par exemple de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie, et dans nos projets urbains et personnels. Sur la chaîne Transitions Actions, je lui ai donc consacré trois vidéos.

Le premier interview, grâce à Damien Bevillon du groupe Arverne vous explique simplement les différents types de géothermie : très basse, basse ou haute énergie, géothermie profonde, sur sondes… L’objectif est de proposer une vision claire de ce que recouvre ce terme, souvent mal compris, et des technologies associées.

Le second présente une solution de chaleur et de rafraîchissement dédiée habitat collectif. Il nous amène à Annecy, où la société d’économie mixte TERACTEM a mis en œuvre un projet remarquable : un réseau de chaleur et de rafraîchissement alimenté par la géothermie de faible profondeur, associé à des solutions photovoltaïques.

Un troisième enfin se concentre sur les maisons. Avec Stéphane Simon de Nova Géothermie, nous analysons un cas concret : coût de l’installation, choix du terrain, types de maison compatibles, entretien, temps de retour sur investissement… Vous saurez ainsi si la géothermie est faite pour votre maison.

Un prochain reportage complétera ces sujets pour proposer une solution de solarothermie adaptée aux maisons d’environ 100 m2. A suivre donc.

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Produire et autoconsommer son électricité grâce au soleil : deux propositions pour accélérer la transition

Pour les foyers qui vivent en maison, il est aujourd’hui possible de couvrir plus de 60 % de ses besoins en électricité grâce au photovoltaïque. Pourtant, des freins subsistent. Dans cet article, nous revenons sur deux propositions concrètes des professionnels du secteur pour simplifier l’autoconsommation, au bénéfice de tous : citoyens, réseau et climat.

Aujourd’hui, pour les personnes vivant dans une maison comme pour les petites entreprises, une question mérite d’être posée : Est-il vraiment possible de couvrir plus de 60 % de ses besoins en électricité… gratuitement, grâce au photovoltaïque ? La réponse est simple : oui ; et même plus. Les technologies sont là, les panneaux solaires n’ont jamais été aussi performants, et de nombreux foyers atteignent déjà ces niveaux d’autonomie. Mais pour que cette possibilité devienne une norme accessible simplement au plus grand nombre, il reste encore quelques blocages à lever en France.

L’arrêté du 26 mars 2025 marque un changement important. L’État a profondément modifié les conditions de vente de l’électricité solaire produite à domicile. Désormais, l’autoconsommation devient clairement la priorité ; il s’agit bien de produire sa propre énergie et de l’utiliser directement chez soi.

Nous sommes nombreux à pleinement partagé cette logique favorable à une énergie décentralisée, produite au plus près des besoins, et donc plus robuste, plus sobre, et bas-carbone. Mais alors, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique ? Pourquoi ne pas simplifier les règles, surtout pour les petites installations, celles qui concernent justement la majorité des particuliers ?

Les professionnels du solaire suggèrent de simplifier et de stocker

C’est exactement le message porté par de nombreux acteurs du secteur. Parmi eux, Laeticia Brottier, cofondatrice et directrice innovation chez DualSun, a récemment publié une tribune engagée sur le blog de TECSOL. Dans notre vidéo, nous revenons avec elle sur deux propositions très concrètes issues de ce texte.

  • La première consiste bien à simplifier les démarches pour les petites installations (jusqu’à 9 kWc). Aujourd’hui, de nombreux particuliers sont freinés par la lourdeur des procédures administratives. Alléger ces démarches serait une manière simple et rapide de déverrouiller des milliers de projets.
  • La seconde suggère de faciliter le stockage de l’énergie notamment via des batteries stationnaires mais aussi en partageant plus simplement son électricité avec ses voisins. Pouvoir stocker l’électricité produite et la réutiliser plus tard est en effet un levier essentiel pour renforcer l’autonomie énergétique des foyers et soulager le réseau aux heures de pointe.

Un triple bénéfice : pour nous, pour l’équilibre du réseau et pour le climat

Ces propositions ne sont pas de simples demandes sectorielles. Elles permettent de faire converger plusieurs intérêts.

  • Celui en premier lieu des citoyens, qui veulent électrifier pour abandonner les énergies fossiles et consommer moins mais mieux, grâce aux solutions de pilotages désormais associées au centrale photovoltaïque domestique.
  • Celui ensuite des pouvoirs publics qui nous incite à décarboner notre mix énergétique et, par ce levier, à gagner en souveraineté : moins de gaz de Russie, moinse pétrole de chez Trump…
  • Celui du réseau électrique, qui, pour s’adapter notamment aux énergies renouvelables intermittentes, doit nous encourager à auto-consommer, à stocker et à partager localement.

Vous êtes d’accord ? Partager cette vidéo !

Dans cette vidéo, nous allons un peu plus loin. Nous explorons comment, ensemble, nous pourrions encourager les décideurs à franchir les derniers pas pour faire de l’autoconsommation solaire une évidence, et non une exception. Parce qu’en matière d’énergie, de pouvoir d’achat et d’avenir, nous avons tout à gagner à avancer collectivement, nous vous proposons de partager la vidéo ci-dessous et de l’envoyer à vos élus.

Bureaux, logements… Et si on arrêtait (presque) de construire ?

Et si on cessait de construire ? Pour Fabrice Bonnifet, directeur du Développement durable du groupe Bouygues, cette piste n’est ni de la science-fiction, ni une régression en mode quasi-retour à l’âge des cavernes. Ce serait au contraire l’un des principaux moyens pour décarboner l’immobilier ! Comment propose-t-il de procéder ? Dans cette interview, Fabrice Bonnifet détaille la solution « haute intensité d’usages ». A travers elle, il montre de quelles manières les métiers du bâtiment et de l’immobilier se transforment progressivement pour pouvoir, demain, concevoir, rénover et proposer des bâtiments plus intensément occupés, plus partagés, plus économes et plus agréables à vivre. Il confirme ainsi que l’immobilier contributif de demain se déclinera de plus en plus autour de modèles proches des logiques de l’économie de la fonctionnalité et des services.

Pour ce sujet, nous avons donc interviewé Fabrice Bonnifet. Il est Directeur Développement Durable du Groupe Bouygues. Il est aussi président de l’association des directeurs du développement durable. Nous avons choisi de mettre l’accent sur les enjeux d’intensification de l’usage des mètres carrés. D’autres ont été volontairement oubliées (énergie, biomatériaux, écoconception, recyclage et réemploi, déchets…) ; cela ne veut pas dire que nous les considérons de moindre importance. Mais le sujet est immense ; nous avons dû faire des choix.

Pour Fabrice Bonnifet, « le premier enjeu est d’inventer les bâtiments à haute intensité d’usage »

L’interview de Fabrice Bonnifet est sur la chaîne Transitions Actions.

En complément, nous vous proposons deux exemples de bâtiments à haute intensité d’usage. Ils complètent celui utilisé dans le reportage, le centre social Unilever d’Hambourg. Le premier est à Lille. Il s’agit du Garage. Le second est une opération de réinvention d’un garage de La Défense.

Le Garage à Lille : un bâtiment hub qui intensifie l’usage des mètres carrés

Construit dans les années 1930, le bâtiment était initialement un garage automobile. Après avoir cessé ses activités, ses 30 000 m² ont été laissés à l’abandon pendant plusieurs années. En 2017, Cécile et Christophe Levyfve ont décidé de le réinventer en un lieu modulable, évolutif et en perpétuel mouvement, capable de répondre aux besoins des entreprises et d’accueillir tous types d’évènements grand public. Le site de la mairie de Lille explique leur démarche. « Partant du constat que les bureaux traditionnels sont souvent sous-utilisés en soirée et le week-end, ils imaginent un bâtiment modulable et évolutif, à la fois siège pour entreprises de nouvelle génération et véritable lieu de vie. »

L’expérience Garage d’aujourd’hui accueille désormais des entreprises résidentes, des salles de conférence, un studio de production audiovisuelle, un espace de coworking, un bar et un restaurant… Il programme également une série d’événements de toute dimension et nature : concerts, marchés, salons, soirées jeux, ateliers…

Par la diversité de ses fonctions, par la modularité de ses espaces, le Garage illustre ainsi l’une des voies pour opérationnaliser l’intensification de l’usage des mètres carrés.

Le renouvellement de la DSP stationnement Paris La Défense : l’occasion d’intensifier l’usage des parkings via des offres deux-roues augmentées de nouveaux services

Grâce à Fabrice Bonnifet, nous avons également choisi un exemple très différent : les parkings souterrains de La Défense.

Conçus dans l’ère du tout automobile, les parkings de La Défense voyaient leur taux d’occupation baisser de plus en plus au fur et à mesure que les vélos, les vélos électriques et, plus largement, les deux-roues ou les transports collectifs prenaient le pas. Le renouvellement de la délégation de service public (DSP), au début des années 2020, a donc été l’occasion de repenser ces lieux par-delà leurs seules fonctions stationnement.

Désormais confiés à Q-Park (après Indigo, délégataire depuis 2002), les parcs de stationnement de La Défense — parmi les plus grands d’Europe — doivent devenir de véritables hubs de mobilités. Le nouveau contrat prévoit ainsi de :

  • porter le nombre de bornes de recharge pour véhicules électriques à au moins 500, contre 200 auparavant ;
  • créer plus de 600 places sécurisées pour les vélos, vélos électriques et deux-roues ;
  • installer des plateformes logistiques du « dernier kilomètre » pour faciliter les livraisons urbaines.

Le Président de Paris La Défense résume ainsi le projet. « À l’heure où Paris La Défense décide de nouvelles orientations stratégiques pour le développement du territoire, nous avons souhaité engager une réflexion profonde sur l’avenir de nos parcs de stationnement… Les parkings de demain ne seront plus uniquement des lieux de stationnement mais deviendront de véritables hubs de mobilités et accueilleront d’autres usages. »

Slow dopamine ? Comment la formation nous aide à aimer la transition !

Depuis longtemps, une conviction anime Numericus et la chaîne Transitions Actions : il n’a jamais été à la fois aussi déterminant et agréable de se former, d’expérimenter ou d’observer. Souvent, j’entends ou je lis : « la transition finalement c’est retrouver le goût de la simplicité » ! C’est faux ! Je remarque chaque jour à quel point c’est en fait l’inverse. Décarboner, changer de mode de vie c’est au contraire retrouver le sens de la complexité et le goût de l’effort pour réapprendre. C’est d’ailleurs pour cela que je suis tant intéressé par ces questions. C’est parce qu’elles sont difficiles que nous y prenons bien plus de plaisir qu’en débranchant nos cerveaux devant Netflix ou en cédant aux achats compulsifs de plateformes de e-commerce.

Pour vous le prouver, j’ai interviewé Sophie Cahuzac. Vous verrez, il est difficile de faire plus grand écart entre sa vie d’avant et son expérience d’aujourd’hui. Vous découvrirez de quelles manières Sophie invente quotidiennement sa nouvelle vie à grands renforts de formation et d’expérimentations. Vous comprendrez aussi à quel point cette quête permanente est synonyme pour elle de plaisirs et d’émotions.

Il y a quelques années, dans un ouvrage certes controversé mais passionnant, Sébastien Bohler nous mettait en garde contre la force de mécanismes cérébraux, notamment de circuits neuronaux de récompense, qui par le biais de la dopamine nous incitent à toujours plus de consommation, plus d’achats impulsifs ou encore, par exemple, plus de pouvoirs. Sophie illustre une alternative. Elle montre à quel point la formation produit sans doute encore plus de dopamine.

Changeons donc de récompenses en passant de la boulimie du monde d’avant au plaisir de se former pour soit inventer le monde de demain, soit gagner en résilience pour s’y adapter.

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Transitions numériques et socio-écologiques a été mis à jour. ❌