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Aujourd’hui — 19 septembre 2026Flux principal

Post-carbone : et si la forêt montrait la voie ?

La neutralité carbone à horizon 2050 impose désormais une accélération sans précédent de nos transformations économiques. Dans le même temps, l’Europe fait face à un décrochage industriel, technologique et géopolitique préoccupant. Et si ces deux crises, trop souvent traitées séparément, appelaient en réalité une réponse commune ? Cet article défend une conviction : le post-carbone ne doit pas être pensé comme une contrainte, mais comme une direction stratégique. Encore faut-il se doter des bonnes méthodes. À partir du cas des forêts, envisagées comme un véritable laboratoire, il esquisse quelques-unes des conditions, des outils et des rôles, notamment publics, nécessaires pour inventer des économies post-carbone à la fois crédibles, désirables et opérantes.

La troisième version de la stratégie nationale bas-carbone française, proposée pour consultation en décembre 2025, confirme les objectifs de neutralité carbone. “Pour atteindre nos objectifs, nous devrons désormais baisser nos émissions de GES de l’ordre de 5 % chaque année entre 2022 et 2030, contre 2 % en moyenne de 2017 à 2022. Cette accélération impose des efforts de tous et des transformations dans toute notre économie (transports, agriculture, industrie, bâtiments, énergie, déchets, terres et forêts).

Ce constat climatique résonne fortement avec un autre diagnostic, cette fois économique et géopolitique. Dans son rapport sur la compétitivité européenne, Mario Draghi dresse un tableau sans détour : l’Europe décroche ! Protectionnisme, insécurités, déficit d’innovation, dépendances stratégiques, pas une seule entreprise de dimension mondiale n’a été créée dans les cinquante dernières années. Pour Mario Draghi, nos pays sont à la croisée des chemins : décliner ou rebâtir un projet d’avenir. 

Deux crises, une même impasse !

Pris séparément, ces deux diagnostics, climatique et économique, pourraient sembler relever de champs distincts. Pris ensemble, ils confirment pourtant l’ampleur de notre impasse actuelle : nos modèles économiques actuels ne sont ni compatibles avec la neutralité carbone, ni capables de garantir la prospérité future du continent. Chercher à verdir à la marge une économie conçue pour l’abondance fossile ne suffira pas. De la même manière, relancer la compétitivité européenne sans transformer en profondeur nos modes de production, d’investissement et de création de valeur est illusoire.

Le post-carbone comme direction stratégique

C’est ici que l’hypothèse des économies post-carbone prend tout son sens ; non pas comme un slogan écologique, mais comme une orientation capable de répondre simultanément :

  • à l’urgence climatique,
  • au besoin de réindustrialisation et de création des emplois de demain,
  • à la recherche de souveraineté,
  • et à la reconstruction d’un projet européen mobilisateur.

Le post-carbone n’est pas l’économie du “moins”, mais celle du différemment :

  • nouveaux matériaux,
  • nouveaux usages,
  • nouvelles chaînes de valeur,
  • nouveaux rapports au vivant,
  • nouvelles méthodes.

En Europe, cette différence peut être notre chance ! La question n’est donc peut-être plus : avons-nous les moyens de réussir la transition post-carbone ? Ne serait-elle pas plutôt : avons-nous une alternative crédible si nous ne la tentons pas ?

Dans un précédent article Numericus, je proposais une hypothèse : les forêts pourraient bien être l’un des laboratoires les plus fertiles pour inventer ces économies post-carbone de demain. Le présent texte vise à mettre en discussion cette piste en esquissant une piste pour l’opérationnaliser.

Trois des conditions à réunir pour réussir

Jouer, avec quelques espoirs de succès, la carte du post-carbone suppose la réunion de quelques conditions. Trois au moins s’imposent comme indispensables.

  1. La première est l’existence d’une demande, d’un marché, d’un nombre suffisant de consommateurs à même de faire de cette économie post carbone une direction réaliste, tenable et finançable. 
  2. La seconde suppose un écosystème entrepreneurial privé et public puissant, coordonné et soutenu dans la durée. 
  3. La troisième condition est politique. Elle suppose que la puissance publique ose tenir de nouveaux rôles, développer de nouveaux outils, moderniser ceux existants, ou encore, par exemple, agir via les leviers de la commande publique et assimilés.

Condition 1 :pas d’économie post-carbone sans marché.

On peut innover, subventionner, réglementer, planifier… Mais sans demande suffisante, aucune économie ne devient durable, finançable, industrialisable, ou encore socialement acceptable.

Les économies post-carbone ne feront pas exception. L’histoire montre même que les stratégies purement contraintes produisent le plus souvent de l’échec, du rejet, ou des systèmes artificiels durablement dépendants des subventions publiques.

Le New Deal américain des années 1930 en fournit une illustration classique : souvent présenté comme une politique de l’offre, il fut d’abord une politique massive de soutien à la demande. L’État a créé les conditions du marché avant de transformer l’économie.

L’électrification de masse apporte une seconde démonstration. L’électricité existait techniquement bien avant sa généralisation. Ce sont l’équipement massif des ménages, des tarifs accessibles et la standardisation des usages qui ont déclenché son essor. La transition énergétique n’a jamais été spontanée : elle a été socialement construite.

De la même manière, il n’existera pas d’économie post-carbone viable sans la constitution explicite d’une demande suffisante, désirée, organisée, sécurisée et durable. Y parvenir suppose avant tout une construction politique, économique et sociale. 

Condition 2 :  Un écosystème entrepreneurial puissant et coordonné

Aucune transformation économique majeure ne repose sur l’État seul ou sur le marché seul. Elle se fonde sur des coopérations structurées entre acteurs publics et privés, capables de transformer une direction politique en solutions concrètes. ​​

L’exemple d’Airbus, dans les années 1970, l’illustre bien : ni entreprise isolée, ni politique strictement étatique, mais un pacte de long terme fondé sur le partage des risques, la coordination des compétences et une vision stratégique commune.

Le post-carbone appelle le même type d’organisation. Forêts, énergies renouvelables, géothermie, rénovation des bâtiments ou encore par exemple gestion des sols nécessitent à la fois :

  • des décisions comme des commandes publiques, 
  • des infrastructures, 
  • une multitude de solutions privées, agiles, capables de s’adapter aux contextes locaux au sein de projets publics / privés partagés. 

Sans ces coopérations public-privé structurées, la transition restera une addition d’expériences intéressantes mais marginales. 

Condition 3 : une puissance publique capable de se réinventer organisatrice et leviers 

La troisième condition est politique. Elle suppose que la puissance publique accepte d’endosser de nouveaux rôles sur le temps long.  Il ne s’agit plus seulement de réguler ou d’inciter, mais de :

  • développer de nouveaux outils,
  • moderniser ceux qui existent,
  • mobiliser pleinement des leviers puissants mais sous-utilisés : commande publique, appels à projets, incitations fiscales et réglementaires.

Historiquement, lorsque des transformations profondes ont été engagées, l’État a su être organisateur, investisseur, prescripteur, parfois même créateur de marchés. Le post-carbone exige aujourd’hui ce même changement d’échelle. On le voit, le sujet est sans doute bien plus large que ne le permet l’entrée souvent affirmée sous l’angle État exemplaire… 

La forêt pour prendre un coup d’avance

Les stratégies forestières concentrent, souvent de manière plus aiguë qu’ailleurs :

  • la complexité des systèmes,
  • l’intégration du vivant non humain,
  • la diversité des acteurs et des modèles,
  • la tension entre temps long et urgences contemporaines.

Elles obligent à penser simultanément la demande, l’offre, la gouvernance ou encore, notamment, les outils publics. À ce titre, la forêt apparaît donc comme un secteur de prise d’avance méthodologique.

Une plateforme de services d’intérêt public dédiés valorisation et résilience des forêts

Comment pourrait-on lancer ce mouvement ? A partir des enseignements tirés de plusieurs reportages, j’ai tenté de prototyper ce que pourrait être une plateforme de services d’intérêt général pensée en mode commun. Elle proposerait une infrastructure sociotechnique partagée reliant les métiers, les données et les compétences des acteurs publics et privés de la forêt. Son objectif ? Augmenter les capacités d’action collective, en réduisant les frictions, les risques et les coûts de coordination ou de transaction.

J’ai été frappé à ce sujet par les choix faits par plusieurs autres pays. Je me suis en particulier appuyé sur celui de la Finlande dans ce reportage. J’aurai pu également évoquer la Nouvelle-Zélande pour le suivi des projets Label Bas carbone, les solutions norvégiennes dans lesquelles le cadastre est un volet dédié planification environnementale, ou encore ceux de l’Estonie ou de la Suède.

Même si, bien entendu, leurs forêts ne ressemblent pas aux nôtres, même si leur culture est différente, ces réalisations prouvent la faisabilité technique, économique et réglementaire du projet proposé. 

Pensée à terme à l’échelle nationale, cette plateforme fournirait un socle commun aux projets forestiers territoriaux. L’enjeu est en effet de s’adapter à la diversité des situations locales. 

A cette fin, comme le préconise par exemple l’association SYLV’ACCTES, tout volet forestier d’une stratégie post-carbone gagnerait à être intégré dans un projet territorial. Et pour cela, les logiques de subsidiarité montrent que les maîtres d’ouvrage “naturels” relèvent des missions des Collectivités Territoriales (EPCI, Syndicats et satellites).

Cet adossement à un projet territorial est d’ailleurs aussi le moyen aussi de stimuler la demande. J’ai eu la chance à ce sujet de pouvoir interviewer par exemple le vice-président de l’agglomération de Tulle, Éric Bellouin, également maire de Saint-Clément. Commandes pour les chaufferies bois, soutien pour les projets forestiers collectifs, intégration du bois comme matériel de construction pour les bâtiments publics, ou encore par exemple incitations via les politiques d’urbanisme réglementaire, cet échange confirme à quel point les collectivités territoriales disposent de véritables moyens d’agir.

Une dizaine de services pour le quotidien des acteurs de la forêt

Pour matérialiser les plus de cette éventuelle plateforme dans le quotidien des acteurs concernés, encore faut-il tenter un premier prototypage. J’ai pour cela pris le parti méthodologique de me fonder sur les points de frictions, sur les problèmes ou sur les difficultés remontés dans les dizaines d’entretiens réalisés. Ils s’organisent autour d’une dizaine de premiers services envisagés.

Accès & identité

  • Accès personnalisé pour chaque propriétaire, opérateur public (ONF, CNPF, INRAE, ADEME…), gestionnaire et entreprise concernées (ETF, coopératives…) pour que chacun puisse fournir, partager et disposer à la fois d’informations dynamiques et de services à l’échelle de la parcelle cadastrale.

Données & diagnostics dynamiques

  • Intégration de chaque parcelle le cas échéant dans un projet forestier territorial et dans les itinéraires forestiers retenus par ledit projet.
  • Qualification parcellaire via par les données IGN (dont LIDAR HD au fur et à mesure de la disponibilité de ces données), et par les données collectées localement (placettes, ventes, observations…).
  • Suivi de l’état sanitaire de chaque parcelle via l’analyse automatique des données satellites. GOODFOREST propose à ce sujet par exemple une solution intéressante qui alerte les acteurs concernés par messagerie en cas de problème.

Accompagnement & gestion

  • Conseils et solutions personnalisés pour chaque propriétaire privé. Ces conseils pourraient être prodigués notamment par le CNPF, par des associations de type ASLGF quand elles existent, par des associations reconnues d’intérêt général comme SYLV’ACCTES et bien sûr par les gestionnaires forestiers indépendants.
  • Propositions de solutions de gestion pour les propriétaires privées qui ne peuvent pas intervenir ou s’occuper de leurs forêts. L’offre de NÉOSYLVA, qui passe aussi par des gestionnaires forestiers locaux, est un bon exemple à ce sujet.

Recherche-développement & expérimentations

  • Tests de suivi dynamique de l’évolution des forêts concernées par exemple pour les labellisations bas carbones. La généralisation de la mutualisation de projets de recherche Développement et des projets de type Living Lab forestier avec des données ouvertes seraient à ce titre un atout.

Apprentissage & coopération

  • Accès personnalisés à des offres de formations, des journées d’échanges, des ateliers de retour d’expérience (tests nouvelles essences ou nouvelles pratiques sylvicoles par exemple)

Échanges entre acteurs

  • Messagerie automatique, selon une logique de droits associés, pour que les acteurs concernées (propriétaires forestiers publics et privés, gestionnaires, opérateurs…) puissent échanger plus simplement. 

Marchés & débouchés

  • Accès aux éventuelles “commandes” bois locales (architecture bois, bois énergie, demandes de type contrats d’approvisionnement, demandes scieries… mais aussi offres de soutiens de type organisations mécènes). Le but est que la plateforme accélère et simplifie la demande notamment en réduisant les coûts de transaction et en sécurisant les échanges.

Techniquement, cette interconnexion en mode plateforme ne pose pas de problèmes insurmontables. Comptablement, les univers budgétaires révélés par les reportages montre à quel point ils sont accessibles. D’un point de vue organisationnel, j’ai été en outre frappé de la maturité de l’immense majorité des interlocuteurs publics et privés. Ce passage de l’actuel fonctionnement en silo, dont chacun ressent bien les limites, vers une nouvelle logique de coopération semble bien compris. Sous la réserve bien sûr qu’il existe un projet politique fort, la forêt pourrait donc être la première brique d’une nouvelle méthode. 

D’ailleurs, si l’on parvenait à démontrer qu’une telle plateforme est possible pour un système aussi complexe que la forêt, alors elle deviendrait imaginable pour d’autres piliers des économies post-carbone : énergies renouvelables, géothermie, sols, matériaux, bâtiments, mobilité… C’est en ce sens que je suis de plus en plus persuadé que les forêts sont bien l’un des laboratoires les plus fertiles pour inventer les économies post-carbone de demain. 

Dernier point important pour tous ceux qui pensent, comme moi, que les mutations à venir seront impossibles sans pouvoirs publics forts, ce laboratoire permettrait également de coinventer ce que pourrait être un État (au sens le plus large) post-carbone. A l’évidence, il ne sera plus seulement normatif ; il ne sera plus seulement incitatif ; il ne sera pas non plus seulement exemplaire.

Devrait-il devenir l’organisateur d’écosystèmes de mise en capacité collective et le garant d’infrastructures communes, laissant l’innovation, la diversité et l’adaptation aux territoires, aux entreprises et aux associations ? Nombre de signes le montre.

La crédibilité du label bas carbone pour les forêts est en danger. N’est-il pas temps d’adopter d’autres méthodes ?

Peut-on sérieusement miser sur un itinéraire label bas carbone forestier qui se fonderait sur des moyennes de production à l’hectare vaguement définies à priori ? Dans un contexte de profond changement climatique, peut-on vraiment croire que les crédits carbone vendus en 2025, par exemple à des entreprises, seront toujours séquestrés dans 30 ans ? Peut-on oublier que les vrais chiffres, notamment ceux de l’Inventaire forestier national 2025 de l’IGN, montrent au contraire un ralentissement de la production biologique et, surtout, une diminution de 38% de la fonction de « puits de carbone » des forêts entre 2015-2023 et 2005-2013 ? Malheureusement, la réponse est négative. C’est pour cette raison que nous avons interrogé plusieurs spécialistes pour envisager un autre itinéraire.

Le but est d’explorer une piste : celle de l’invention d’un itinéraire label bas carbone forestiers à impacts ! Un label non plus fondé sur des estimations mais sur de véritables mesures ; un label à impacts pour améliorer les pratiques sylvicoles, notamment en forêts privées ; ou encore, par exemple, un label 100% réservé aux entreprises qui veulent vraiment contribuer et échapper au greenwashing ?

Un label bas-carbone forestier plus robuste est possible

C’est à ces questions que ce reportage répond. Il explique les limites des itinéraires actuels du label bas carbone pour les forêts. Il analyse notamment les causes des polémiques de l’automne 2025.

Ce cinquième reportage de cette série consacrée aux sujets forêts privées et changements climatiques, montre ensuite qu’une autre méthode est possible. David Amar montre que dans d’autres domaines , d’autres choix prévalent ; c’est le cas par exemple de la méthode Land To Market dédiée à la régénération des prairies.

Forêts & carbone : passer des estimations aux preuves

Le reportage explore ensuite les plus-values pour la forêt de technologiques telles que le LIDAR Haute Définition et les satellites. Trois entreprises spécialistes sont interviewées : le bureau d’études AGEX, une nouvelle start-up spécialisée dans ces domaines, Goodforest, et un expert forestier, Jérôme Louvet qui vient de lancer un service original fondé sur le LIDAR terrestre. Elles montrent de quelles manières un mix de ces méthodes permettent déjà non plus d’estimer le nez au vent mais de vraiment suivre les projets forestiers pour piloter nos espaces boisés et prouver, ou pas, la réalité de la séquestration carbone.

Vers un label bas-carbone forestier « à bonus »

Sur ces bases, ce reportage esquisse la piste d’un nouvel itinéraire forestier label bas carbone à plus forts impacts, à bonus. D’autres reportages préciseront ces premières esquisses.

Forêts et changement climatique : comment agir plus vite et mieux ?

L’avenir des forêts françaises, en particulier privées, se joue notamment autour de 4 enjeux : Substitution des énergies fossiles, Séquestration du carbone, Services écosystémiques et meilleure Robustesse des forêts (y compris actions préventives contre les incendies), des écosystèmes et des sociétés. J’ai nommé cela l’équation 3S+R ! J’ai interrogé, ce printemps et cet été 2025, plus de 40 spécialistes afin de comprendre ces enjeux et d’esquisser des pistes d’actions. Sur la base de ces entretiens, deux premières conclusions provisoires issues des reportages de la chaîne Transitions Actions incitent à accélérer. Pourriez-vous me dire ce que vous pensez de ces pistes et des propositions associées ?

Conclusion 1 : Il paraît impossible de tenir l’équation 3S+R sans développer les actions collectives entre propriétaires forestiers.

Des solutions existent pour y parvenir (Associations syndicales, groupements forestiers…) mais il reste difficile d’inciter suffisamment de propriétaires forestiers à y participer. Pour que ces organisations collectives puissent pouvoir vraiment jouer un rôle de levier, ne faut-il pas aller plus vite ? Comment ? Une des pistes serait d’envisager une évolution réglementaire, par exemple en réduisant la superficie à partie de laquelle un plan de gestion est obligatoire (20 ha aujourd’hui) ? Ne serait-il pas également temps de moderniser et d’actualiser les bases cadastrales ? Qu’en pensez-vous ? Voyez-vous d’autres solutions ? Le reportage qui traite de ce sujet est ici

Conclusion 2 : La puissance publique dispose déjà de nombreux leviers pour agir aussi en forêts privées mais ne faut-il pas aller plus loin et oser d’autres leviers ?

Je me demande toutefois si les enjeux forestiers et climatiques grandissants ne justifient pas désormais l’invention ou le développement de nouveaux moyens d’actions publics ? Le dernier reportage donne quelques exemples. Aides économiques locales, Opérateur bois énergie, intégration du bois dans les Plan Locaux d’Urbanisme et dans les projets publics ? Développement de coopératives carbone territoriales ? Nombre de territoires prouvent l’intérêt de ces solutions comme le montre le reportage qui suit. Faut-il les généraliser et si oui comment ? Bref, ne faut-il pas oser inventer de nouveaux rôles et développer de nouvelles compétences publiques ? Qu’en pensez-vous ?

Je vous remercie de vos retours.

A suivre, plusieurs autres reportages de la chaîne Transitions Actions sur les forêts privées

Forêts et changement climatique : l’urgence d’agir ensemble et d’oser inventer ce qui manque pour vraiment faire levier

Et si les projets de décarbonation devenaient une opportunité pour mieux valoriser les forêts privées françaises, en permettant (1) une meilleure substitution d’une partie des énergies fossiles par le bois (2) une plus grande séquestration carbone par les arbres, (3) la prise en compte, enfin, des services écosystémiques forestiers, et (4) une plus grande robustesse des forêts, des écosystèmes comme de nos sociétés ? Substitution, Séquestration, Services, Robustesse : ainsi se résument les inconnues de l’équation 3S+R, au centre de la série de reportages réalisés par la chaîne Transitions Actions. Plus de 40 spécialistes et acteurs de terrain ont été rencontrés durant l’été 2025, d’autres interviews sont encore en préparation. Le but ? Contribuer à qualifier les leviers encore à développer pour redonner une valeur nouvelle aux forêts, notamment privées, et pour se doter d’une stratégie à la mesure de notre besoin croissant de forêts.

Un premier reportage a permis d’expliquer pourquoi j’ai fait le choix de me concentrer sur les forêts privées. Dans ce second sujet, j’explore l’une des conditions indispensables pour mieux les valoriser, mieux les entretenir, et leur donner davantage de valeurs matérielles et immatérielles. J’étudie les coopérations et les actions collectives entre propriétaires privés, dont le développement dépend d’ailleurs, pour une large part, des politiques publiques locales.

Jouer collectif afin de rendre les forêts privées gérables !

À travers l’exemple des Associations Syndicales Libres de Gestion Forestière (ASLGF), ce reportage montre d’abord à quel point ces organisations, réunissant des propriétaires forestiers privés, sont indispensables pour rendre demain la forêt gérable. L’exemple de la Communauté d’agglomération de Tulle, en Corrèze, et de son ASLGF, illustre bien les bénéfices d’un jeu plus collectif pour chaque propriétaire :

  • plus grande liberté de choisir ses itinéraires forestiers, y compris en libre évolution,
  • meilleure capacité d’action et de négociation,
  • nouvelles ressources pour se former et décider,
  • plus grande robustesse des territoires.

Les bonnes raisons de rejoindre une organisation forestière de ce type sont légion. Il ne fait donc aucun doute qu’affronter l’avenir exigera de développer toujours plus le sens de l’action collective.

Mais comment faire davantage levier ?

Mais sommes-nous assez nombreux à en être convaincus ? Sommes-nous assez nombreux à ressentir ce désir des forêts, à comprendre que nous avons – et aurons de plus en plus – besoin des arbres et de leur bois ? Les faits prouvent que non. Entre ceux qui ne savent même plus où se trouve leur forêt, celles et ceux qui vivent trop loin d’elle, ceux qui l’ont oubliée, ceux qui ne savent pas comment s’y prendre, et ceux dont les forêts restent inaccessibles à tout engin, même léger, les forêts privées apparaissent bien comme le maillon faible de l’équation 3S+R.

L’un des principaux points d’effort consiste à trouver comment simplifier et accélérer l’engagement des propriétaires forestiers dans ces actions collectives. Les entretiens avec les ASLGF interrogées (comme avec des structures équivalentes) montrent en effet à quel point les rythmes d’adhésion des propriétaires restent lents, compliqués, aléatoires. Il faut souvent plusieurs années pour commencer à agir, et parfois seulement sur de petites surfaces qui tiennent plus de la démonstration que du véritable levier. Il est indispensable de disposer d’une ou d’un animateur de très grande qualité, sur un groupe pilote de propriétaires engagés, quai militants, et de pouvoir compter sur des relais locaux, notamment politiques, solides.

Certains territoires prouvent que c’est possible. Mais ne sont-ils pas l’exception ? À l’issue de ces dizaines d’entretiens, je reste dans le doute. Dans la situation actuelle, marquée par une réglementation complexe, un cadastre d’un autre temps et un paysage forestier fragmenté, les indispensables organisations collectives peinent encore à enclencher la révolution forestière que la situation exige. C’est sur cette impression que se termine ce second reportage. Les quatre ou cinq suivants permettront, je l’espère, d’esquisser quelques pistes.

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