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Inde : Décarboner sans Entraver la Croissance

 L’Inde est confrontée à un défi inédit : répondre à une demande d’électricité qui explose tout en évitant de reproduire le détour fossile suivi par les économies aujourd’hui développées. Elle semble, sur certains aspects, emprunter un « raccourci électrique » en passant directement vers le solaire, l’électrification et les nouvelles technologies bas carbone. Mais ce raccourci suffira-t-il à faire reculer durablement le charbon ? 

Entre croissance rapide, explosion de la demande d’électricité, développement spectaculaire du solaire et persistance du charbon, l’Inde est au cœur du défi climatique mondial. Elle vise la neutralité carbone en 2070. Mais au regard de l’urgence climatique, n’est-ce pas trop tardif ? 

Une puissance démographique et économique au rôle mondial croissant 

Avec près de 1,48 milliard d’habitants, l’Inde est aujourd’hui le pays le plus peuplé du monde. Son PIB dépasse les 4 000 milliards de dollars et en fait la 4ème économie mondiale avant le Japon. La croissance reste exceptionnellement dynamique pour une grande économie : le FMI prévoit une progression du PIB de l’ordre de 6,4 % en 2026

L’Inde ambitionne de devenir un pays développé à l’horizon 2047, date du centenaire de son indépendance (projet Viksit Bharat 2047). Cette ambition implique une hausse considérable de la consommation d’énergie, de l’urbanisation, des transports et des besoins industriels. 

La transition climatique indienne est pensée avant tout comme un outil de développement économique. Pour New Delhi, la priorité reste la création d’emplois, l’accès à l’électricité, la sécurité énergétique et l’amélioration du niveau de vie. La décarbonation doit accompagner la croissance et non la freiner. 

Cette philosophie structure l’ensemble de la politique énergétique et climatique du pays. Elle est également liée à la position diplomatique traditionnelle de l’Inde qui souligne sa faible contribution historique au réchauffement et la responsabilité collective des pays industrialisés. 

L’Inde est une république fédérale dans laquelle les États disposent de compétences importantes en matière d’électricité, de transports, d’urbanisme, d’agriculture et de certaines politiques industrielles. La décarbonation ne se décide donc pas uniquement à New Delhi : elle résulte d’une action conjointe entre le gouvernement central et les autorités régionales, qui jouent un rôle majeur dans la mise en œuvre des politiques climatiques. 

Le troisième émetteur mondial mais des émissions par habitant encore modestes 

En 2024, l’Inde a émis environ 3,2 milliards de tonnes de CO₂, soit environ 8 % des émissions mondiales. 

Le pays est désormais le troisième émetteur mondial de CO₂, derrière la Chine et les États-Unis. Cette position s’explique par son poids démographique, même si les émissions par habitant restent en deçà de la moyenne mondiale de 2 tonnes par habitant, et par une croissance économique forte.  

Selon les estimations de l’AIE, les émissions de CO₂ liées à l’énergie de l’Inde sont restées globalement stables en 2025, après une hausse de 5,3 % en 2024. Cette évolution constitue un signal encourageant, mais elle doit encore être confirmée dans la durée : la baisse de 2025 a été fortement favorisée par une mousson exceptionnellement précoce et abondante, qui a réduit la demande de climatisation et accru la production hydroélectrique. 

Les émissions indiennes totales continuent néanmoins d’augmenter avec l’industrialisation, l’urbanisation, la motorisation et l’élévation du niveau de vie.  

La stratégie indienne ne repose pas, à court terme, sur une diminution rapide des émissions absolues. Elle cherche plutôt à faire en sorte que les émissions progressent moins vite que l’activité économique, puis à inverser progressivement cette dynamique dans le cadre de la trajectoire vers la neutralité carbone en 2070. Cet objectif a été annoncé par le Premier ministre Modi le 1er novembre 2021, lors du sommet des dirigeants de la COP26 à Glasgow. 

Source : World data 

Une stratégie climatique fondée sur le couple croissance-décarbonation 

La politique climatique indienne repose sur un principe simple : le développement économique reste la priorité nationale, mais ce développement doit progressivement devenir moins carboné

Dans sa stratégie de long terme soumise aux Nations unies en 2022, l’Inde présente la transition comme un processus progressif, fondé sur l’équité, la justice climatique et les circonstances nationales. Sa stratégie identifie notamment sept grandes transitions : décarbonation du système électrique, transformation des transports, efficacité énergétique des bâtiments, décarbonation de l’industrie, développement des puits de carbone et des solutions de retrait du CO₂, amélioration des forêts et mobilisation des financements. 

Cette stratégie mobilise donc plusieurs leviers : développement des renouvelables, électrification des usages, efficacité énergétique, hydrogène vert, nucléaire, stockage, réseaux électriques et amélioration de l’efficacité industrielle. 

L’objectif n’est pas de reproduire le modèle européen de réduction des émissions. New Delhi cherche plutôt à réaliser un découplage progressif entre croissance économique et émissions, avec un objectif ultime de neutralité carbone en 2070. A titre de comparaison, La Chine a un objectif de neutralité carbone avant 2060, soit 10 ans avant l’Inde 

Cet objectif s’inscrit dans la vision nationale Viksit Bharat 2047, qui ambitionne de faire de l’Inde un pays développé d’ici 20 ans. 

Une nouvelle CDN 2031-2035 qui renforce les objectifs de l’Inde 

En mars 2026, l’Inde a publié une nouvelle CDN (Contribution Déterminée au niveau National) couvrant la période 2031-2035. Elle prévoit une réduction de 47 % de l’intensité carbone du PIB par rapport à 2005, une part de 60 % de capacités électriques installées non fossiles et un renforcement des puits de carbone forestiers. 

Cette évolution constitue un progrès réel mais limité. Fidèle à son approche historique, l’Inde continue de privilégier la réduction de l’intensité carbone plutôt qu’un plafonnement des émissions absolues. Cette stratégie permet au pays de poursuivre une croissance rapide tout en améliorant progressivement son efficacité carbone. Elle implique toutefois que les émissions nationales puissent encore augmenter pendant plusieurs années si la croissance économique demeure plus rapide que la baisse de l’intensité carbone. 

La trajectoire indienne repose ainsi sur une succession d’étapes : forte croissance économique, électrification, développement accéléré des capacités bas carbone, puis diminution progressive des émissions absolues à mesure que le système énergétique se transforme. 

La question du financement constitue l’un des principaux défis de cette transition. Selon le groupe de réflexion gouvernemental, NITI Aayog, l’Inde aurait besoin d’environ 22 700 milliards de dollars d’investissements cumulés pour atteindre la neutralité carbone en 2070. Les autorités indiennes continuent donc de défendre la nécessité d’un soutien accru des pays développés et des institutions financières internationales. 

Source : Climate Action Tracker 

Une CDN bâtie sur l’intensité carbone plutôt que sur les émissions totales 

La spécificité de la politique climatique indienne demeure son choix de privilégier la baisse de l’intensité carbone du PIB plutôt qu’une réduction absolue des émissions. 

Cette approche permet au pays de poursuivre une croissance économique rapide tout en améliorant progressivement son efficacité carbone. 

Elle comporte toutefois une limite évidente : les émissions absolues peuvent continuer à augmenter pendant de nombreuses années si la croissance économique reste supérieure au rythme de réduction de l’intensité carbone

La stratégie indienne doit donc être comprise comme une trajectoire en plusieurs étapes : forte croissance économique, réduction de l’intensité carbone, développement accéléré des capacités bas carbone, puis diminution progressive des émissions absolues à mesure que le système énergétique se transforme. 

Le charbon, talon d’Achille de la transition énergétique 

Le charbon demeure le principal paradoxe de la stratégie climatique indienne. 

Le charbon reste de très loin la première source d’électricité, avec environ 71 % de la production électrique en 2025. 

L’Inde continue parallèlement à développer ses capacités renouvelables et à investir dans de nouvelles centrales thermiques afin de répondre à la croissance de la demande électrique et de garantir la sécurité d’approvisionnement. 

La production nationale de charbon a franchi pour la première fois le seuil du milliard de tonnes en 2024-2025, contre 998 millions de tonnes l’année précédente. 

Le gouvernement indien considère cette production nationale comme un élément de sécurité énergétique et de réduction de la dépendance aux importations. 

Le charbon constitue donc le principal point de tension de la stratégie climatique indienne : le pays développe massivement les énergies propres tout en maintenant et en augmentant encore, à court terme, son recours au charbon

Cette contradiction est particulièrement importante au regard des scénarios climatiques compatibles avec l’objectif de 1,5 °C. Elle explique pourquoi le « Climate Action Tracker » considère toujours que les politiques indiennes sont insuffisantes au regard de cette trajectoire, malgré les progrès rapides des renouvelables. 

La forte dépendance de l’Inde aux importations d’hydrocarbures expose le pays aux risques géopolitiques affectant les routes maritimes et les marchés internationaux de l’énergie (Cf. tensions actuelles autour du détroit d’Ormuz). Elle renforce les préoccupations indiennes en matière de sécurité énergétique. Dans ce contexte, le charbon conserve aux yeux des autorités un rôle stratégique, en tant que ressource largement disponible sur le territoire national et moins exposée aux risques géopolitiques affectant les importations d’hydrocarbures. 

Source : IEA 

Le gaz naturel : un levier de transition encore sous-exploité 

Le gaz naturel occupe aujourd’hui une place relativement modeste dans le système énergétique indien, mais les autorités le considèrent comme un combustible de transition susceptible de contribuer à la réduction de la dépendance au charbon et aux importations de pétrole.  

L’Inde dispose de réserves nationales mais la production domestique demeure insuffisante pour satisfaire la demande, ce qui conduit le pays à recourir massivement aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL). 

Le pays investit également dans l’extension de ses terminaux méthaniers, de ses infrastructures de stockage et de son réseau de gazoducs afin d’améliorer l’accès au gaz pour l’industrie, la production d’électricité, les transports et les usages urbains. New Delhi affiche depuis plusieurs années l’ambition d’augmenter sensiblement la part du gaz dans son mix énergétique, considérant cette énergie comme une solution intermédiaire permettant de limiter le recours au charbon tout en garantissant la sécurité d’approvisionnement.  

L’électrification massive au service du développement 

L’Inde considère l’électricité comme l’un des principaux vecteurs de son développement et de sa transition énergétique. 

La consommation d’électricité par habitant reste faible comparativement aux économies développées. Elle devrait néanmoins augmenter fortement avec l’industrialisation, l’urbanisation, l’équipement des ménages et la diffusion de la climatisation. 

La demande électrique est appelée à croître rapidement dans l’industrie, les bâtiments, les transports et les usages domestiques. Pour accompagner cette progression, le gouvernement investit dans les réseaux, les interconnexions, les compteurs intelligents, le stockage et la modernisation du système électrique. 

L’enjeu climatique est donc double : produire beaucoup plus d’électricité tout en faisant progressivement baisser son contenu carbone

Cette transformation constitue probablement l’un des défis les plus importants de la stratégie indienne : augmenter fortement son offre électrique et réduire sa dépendance au charbon. 

L’AIE estime que la demande d’électricité de l’Inde a augmenté de près de 430 TWh entre 2021 et 2025. Surtout, elle prévoit qu’elle augmentera encore de plus de 570 TWh entre 2025 et 2030, soit une croissance moyenne de 6,4 % par an

Les renouvelables, vitrine de la transition indienne 

La stratégie de décarbonation indienne s’appuie notamment sur le Production Linked Incentive (PLI), principal instrument de politique industrielle du gouvernement indien. Il vise en particulier à développer une filière solaire nationale et plus largement les technologies bas carbones. Le PLI consacré aux modules photovoltaïques dispose ainsi d’une enveloppe d’environ 2,7 milliards d’euros

Cette politique accompagne une progression spectaculaire des renouvelables. En une dizaine d’années, l’Inde est devenue l’un des principaux marchés mondiaux du solaire et développe rapidement l’éolien, le stockage et les réseaux de transmission. Cette dynamique ouvre une possibilité originale : répondre à une part croissante de la hausse de la demande d’électricité sans passer par une nouvelle phase de développement massif des énergies fossiles. 

C’est ce que met en évidence une analyse d’Ember, reprise dans un article des Ateliers du Futur, en comparant l’Inde actuelle à la Chine lorsqu’elle se trouvait à un niveau de développement économique comparable. L’Inde produit aujourd’hui davantage d’électricité solaire, brûle moins de combustibles fossiles et électrifie ses transports plus rapidement que la Chine au même stade de son développement. Cette différence est importante : lorsque la Chine connaissait son accélération industrielle, les technologies solaires et d’électrification étaient moins matures et plus coûteuses. L’Inde dispose donc aujourd’hui d’une possibilité que la Chine n’avait pas au même stade : électrifier directement une partie de sa croissance avec des technologies bas carbone. 

Les résultats sont déjà visibles. L’objectif de 50 % de capacité électrique installée non fossile à l’horizon 2030 a été atteint dès juin 2025, cinq ans avant l’échéance. La nouvelle CDN porte désormais cet objectif à 60 % en 2035. Mais cette progression des capacités ne doit pas être confondue avec la production réelle : en 2025-2026, les sources non fossiles n’ont représenté qu’environ 29,2 % de la production électrique.  

Le « raccourci électrique » ne signifie donc pas que l’Inde est déjà sortie du modèle fossile. Le charbon reste au cœur de son système électrique. L’évolution est néanmoins significative : la croissance de la demande est de moins en moins couverte par le charbon. 

L’enjeu des prochaines années sera donc déterminant : l’Inde parviendra-t-elle à absorber l’explosion de sa demande d’électricité principalement grâce aux sources bas carbone, plutôt qu’en augmentant durablement sa production de charbon ? C’est là que se joue la réussite du « raccourci électrique ». 

Cette transition soulève toutefois une autre question : celle de la souveraineté industrielle. Malgré les efforts du PLI pour développer une industrie nationale des technologies bas carbone, l’Inde reste fortement dépendante de la Chine pour certains composants stratégiques, notamment les cellules et modules photovoltaïques ainsi que plusieurs intrants des filières batteries et électriques. 

Elle demeure également vulnérable pour l’approvisionnement en minerais critiques — lithium, cobalt, nickel et terres rares — indispensables au développement des véhicules électriques et du stockage. La maîtrise de ces chaînes d’approvisionnement constitue donc à la fois un enjeu de décarbonation et de souveraineté industrielle. 

Capacités au 31 mars 2026: 

☀️ Solaire : 150,26 GW 

🌬️ Éolien : 56,09 GW 

              💧 Hydroélectricité : 51,41 GW 

⚛️ Nucléaire : 8,78 GW 

Le nucléaire, un pari stratégique  

Le nucléaire joue encore un rôle limité dans le système électrique indien. La capacité nucléaire actuellement en exploitation est d’environ 8,8 GW

Mais sa place pourrait fortement augmenter. 

Le gouvernement a annoncé une Nuclear Energy Mission visant une capacité nucléaire de 100 GW en 2047. La capacité devrait d’abord atteindre environ 22 GW en 2031-2032 grâce aux projets déjà engagés. Le gouvernement prévoit ensuite une accélération massive des investissements, avec notamment le développement de réacteurs indigènes et de petits réacteurs modulaires. 

Cette ambition doit toutefois être interprétée comme un objectif stratégique de long terme, et non comme une trajectoire déjà acquise. Passer de moins de 9 GW à 100 GW représente un changement d’échelle industriel considérable. 

Le nucléaire est considéré par New Delhi comme une source d’électricité bas carbone, pilotable et disponible en continu, capable de compléter les renouvelables et de réduire à terme la dépendance aux combustibles fossiles. 

L’Inde entend accélérer le développement de son parc nucléaire en s’appuyant à la fois sur ses capacités nationales et sur des coopérations internationales (Russie, France, Etats-Unis).  

    Les transports : électrification, biocarburants et hydrogène 

    Le secteur des transports constitue un autre domaine où la demande d’énergie devrait fortement augmenter avec l’urbanisation et la hausse des revenus. 

    L’Inde mise sur plusieurs solutions simultanément : véhicules électriques, transports collectifs, électrification du rail, biocarburants et hydrogène. 

    Selon les estimations, l’Inde dispose aujourd’hui d’un parc d’environ 55 millions de véhicules particuliers à quatre roues. Bien que le marché des véhicules électriques progresse rapidement, ceux-ci ne représentent encore qu’une faible part du parc total, de l’ordre de 1 % environ. En revanche, sur les ventes récentes, la pénétration des voitures électriques a fortement augmenté pour atteindre environ 4,3 % des nouvelles immatriculations en 2025, ce qui montre une accélération de l’adoption de cette technologie.  

    Le gouvernement soutient la production nationale de batteries, les infrastructures de recharge et la fabrication de véhicules électriques. 

    Les biocarburants occupent également une place importante, notamment avec l’augmentation de l’incorporation d’éthanol dans l’essence. 

    L’hydrogène vert est enfin considéré comme une technologie potentiellement importante pour les secteurs difficiles à électrifier, notamment certaines applications industrielles et les transports lourds. 

    La logique est la même que dans le secteur électrique : réduire la dépendance aux importations d’hydrocarbures tout en accompagnant l’augmentation de la mobilité

    Le reporting ESG devient progressivement un levier de transformation des entreprises 

    L’Inde a fortement renforcé son cadre de reporting extra-financier avec le dispositif Business Responsibility and Sustainability Reporting (BRSR)

    Depuis l’exercice 2022-2023, les 1 000 principales entreprises cotées selon leur capitalisation boursière doivent produire un BRSR. Le dispositif couvre notamment les questions environnementales, sociales et de gouvernance, avec des indicateurs portant sur les émissions, l’énergie, l’eau, les déchets et d’autres dimensions de la durabilité. 

    Le BRSR Core, destiné à renforcer la fiabilité de certains indicateurs ESG, fait l’objet d’une mise en œuvre progressive. L’obligation d’assurance raisonnable concerne les 150 premières sociétés pour 2023-2024, puis 250, 500 et enfin les 1 000 premières entreprises en 2026-2027. 

    Cette évolution rapproche progressivement le marché indien des pratiques internationales de mesure et de vérification des performances environnementales. 

    Elle peut également favoriser la diffusion des politiques de décarbonation au-delà du secteur énergétique, dans les grandes entreprises industrielles et leurs chaînes d’approvisionnement. 

    Une ambition encore insuffisante : quelle pression internationale ? 

    L’Inde a incontestablement engagé une transformation profonde de son système énergétique. Le développement spectaculaire du solaire, la progression de l’éolien, l’électrification, les investissements dans les réseaux et le stockage témoignent d’une véritable accélération de la transition. Mais ces progrès ne doivent pas masquer une réalité essentielle : les émissions indiennes restent très élevées et le charbon demeure au cœur du système énergétique.  

    L’objectif de neutralité carbone en 2070 apparaît dès lors trop tardif. Plus encore que la date finale, c’est l’absence d’une trajectoire suffisamment précise de réduction des émissions et de sortie des combustibles fossiles qui pose problème. La nouvelle CDN 2031-2035 constitue un progrès, mais elle permet encore une croissance des émissions. 

    La question est donc de savoir comment agir auprès de l’Inde pour accélérer sa décarbonation sans compromettre son développement. 

    La communauté internationale dispose de plusieurs leviers. Elle peut exercer une pression diplomatique accrue pour obtenir des objectifs intermédiaires plus ambitieux ; conditionner une partie des financements climatiques à des résultats mesurables ; faciliter l’accès aux technologies bas carbone ; utiliser les politiques commerciales pour favoriser les productions décarbonées ; et surtout financer la reconversion des régions et des travailleurs dépendants du charbon. 

    L’Inde dispose pourtant d’un atout majeur : elle peut encore éviter une partie du « détour fossile » suivi par les économies aujourd’hui développées. L’Inde électrifie rapidement son économie et développe massivement le solaire, sans reproduire entièrement la trajectoire suivie par la Chine au même stade de son développement. Le « raccourci électrique » est donc possible

    C’est précisément pourquoi l’ambition doit être relevée. Si l’Inde parvient à satisfaire une part croissante de sa nouvelle demande énergétique grâce à une électricité décarbonée, elle peut transformer la contrainte climatique en avantage économique et géopolitique. 

    Ces leviers pourraient faire l’objet d’un pacte climatique avec l’Inde : un soutien accru en échange d’une trajectoire de réduction des émissions absolues, d’un calendrier de sortie du charbon et d’un objectif de neutralité carbone avancé. C’est précisément le sens du Call for Action porté par les Ateliers du Futur dans leur Quarterly Climate Review : appeler les dirigeants politiques à relever leurs ambitions, à renforcer leurs engagements et à accélérer la mobilisation des moyens nécessaires. 

    L’objectif n’est plus seulement de promettre la neutralité carbone, mais de l’atteindre le plus rapidement possible.  

    Principales sources :  

    1. UNFCCC – India NDC 2031–2035/2070 : objectifs climatiques officiels. 
    1. Government of India / PMO / PIB : politique énergétique et climatique indienne. 
    1. IEA – India : données énergétiques et électriques. 
    1. IEA – Global Energy Review 2026 : données récentes sur le mix électrique. 
    1. Ministry of Coal : production et consommation de charbon. 
    1. Climate Action Tracker : évaluation critique de la trajectoire indienne. 
    1. SEBI : réglementation BRSR et BRSR Core. 
    1. IMF / World Bank : données économiques et démographiques. 
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    « Rewire Britain » (Refonder le Royaume-Uni) – Andy Burnham : What Else ?

    Ce lundi 20 juillet, Andy Burnham est devenu le 59e Premier ministre britannique et le septième Premier ministre en dix ans.

    Après Starmer, Burnham : vers une nouvelle phase de la transition climatique britannique ?

    Le Royaume-Uni ouvre un nouveau chapitre de sa transition climatique. Après la nomination d’Andy Burnham à Downing Street par le roi Charles III, une question s’impose : la politique climatique britannique va-t-elle changer de cap, ou assisterons-nous plutôt à une évolution de sa mise en œuvre ?

    Les premiers signaux envoyés par le nouveau Premier ministre invitent davantage à la seconde hypothèse. Les objectifs fondamentaux demeurent inchangés. Le Royaume-Uni reste juridiquement engagé vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, conformément au Climate Change Act et aux budgets carbone successifs. En revanche, l’expérience acquise par Andy Burnham à la tête du Grand Manchester laisse penser que la transition pourrait désormais être conduite autrement : plus près des territoires, davantage articulée avec la politique industrielle et plus attentive aux conséquences sociales de la décarbonation.

    Cette distinction entre objectifs et méthode est essentielle. Depuis près de vingt ans, le Royaume-Uni bénéficie d’un consensus politique relativement solide sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. La véritable interrogation porte aujourd’hui sur la manière d’accélérer cette transition sans fragiliser la compétitivité économique, la cohésion sociale ou la sécurité énergétique.

    Un passage de relais pour restaurer la confiance

    Après deux années à Downing Street, ponctuées de polémiques, Keir Starmer quitte ses fonctions dans un contexte politique devenu difficile. Élu sur la promesse de restaurer la stabilité après les années de turbulences conservatrices, il est parvenu à rétablir une certaine crédibilité institutionnelle, mais sans répondre aux attentes d’une partie de l’électorat sur le pouvoir d’achat, la croissance économique et l’état des services publics. Sa popularité s’est progressivement érodée, tandis que plusieurs députés travaillistes plaidaient pour un leadership capable d’incarner une nouvelle dynamique avant les prochaines échéances électorales (2029). Dans ce contexte, Andy Burnham s’est imposé comme une alternative crédible. Ancien ministre, mais surtout maire du Grand Manchester depuis 2017, il bénéficie d’une solide réputation de gestionnaire et d’un ancrage territorial rare au sein de la classe politique britannique. Son expérience des politiques de transport, de logement, de développement économique et de transition énergétique lui confère un profil différent de celui de ses prédécesseurs. Son arrivée à Downing Street ne traduit donc pas une rupture idéologique avec la ligne travailliste, mais la volonté de donner une nouvelle impulsion à un gouvernement confronté à la mise en œuvre des réformes plus qu’à leur définition.

    Le Royaume-Uni, l’un des champions climatiques des économies développées

    Il est difficile de comprendre les défis climatiques auxquels est confronté Andy Burnham sans mesurer le chemin déjà parcouru.

    Le Royaume-Uni est aujourd’hui considéré comme l’un des pays développés ayant obtenu les résultats les plus significatifs en matière de décarbonation. Depuis 1990, ses émissions de gaz à effet de serre ont diminué de plus de moitié, tandis que son produit intérieur brut a continué de progresser. Peu de grandes économies peuvent revendiquer un découplage aussi marqué entre croissance économique et émissions.

    Cette performance s’inscrit dans une trajectoire climatique particulièrement ambitieuse. Au-delà de son objectif de neutralité carbone en 2050, le Royaume-Uni s’est engagé, dans sa Contribution déterminée au niveau national (NDC) déposée au titre de l’Accord de Paris, à réduire ses émissions de 81 % d’ici à 2035 par rapport à leur niveau de 1990. Cet engagement, parmi les plus ambitieux des grandes économies industrialisées, prolonge le cadre instauré par le Climate Change Act de 2008 et les budgets carbone quinquennaux, qui imposent à chaque gouvernement de maintenir le pays sur une trajectoire compatible avec cet objectif de long terme.

    Source : Climate Action Tracker

    Cette réussite repose d’abord sur une transformation spectaculaire du système électrique. Au début des années 1990, le charbon constituait encore le pilier de la production d’électricité britannique. Trente ans plus tard, il a pratiquement disparu. Dans le même temps, le Royaume-Uni est devenu le premier marché européen de l’éolien en mer, avec plus de seize gigawatts de capacité installée et un portefeuille de projets parmi les plus importants au monde. Les énergies renouvelables hors nucléaire ont représenté 52,5 % de la production d’électricité du Royaume-Uni en 2025, un niveau record et la deuxième année consécutive au-dessus de 50 % ?

    Parmi les autres réussites :

    • Adoption accélérée des véhicules électriques : en 2025, les véhicules 100 % électriques représentaient 23,4 % des ventes de voitures neuves au Royaume-Uni, contre 17,4 % en moyenne dans l’Union européenne.
    • Décarbonation du chauffage des bâtiments : le gouvernement soutient le déploiement des pompes à chaleur et la rénovation énergétique des logements à travers le Warm Homes Plan, doté de 13,2 milliards de livres sterling d’ici 2030.

    Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Le Climate Change Act a instauré un cadre juridique d’une remarquable stabilité, fondé sur des objectifs contraignants et sur les recommandations indépendantes du Climate Change Committee (CCC). Cette gouvernance de long terme a permis de donner de la visibilité aux investisseurs, de soutenir l’innovation industrielle et de créer un large consensus politique autour des objectifs de décarbonation.

    Mais les progrès les plus rapides ont probablement déjà été réalisés. Les réductions d’émissions obtenues grâce à la disparition du charbon ont constitué une première étape décisive. Les prochaines seront plus difficiles, car elles concerneront des secteurs où les solutions sont plus coûteuses, les investissements plus importants et les changements de comportement beaucoup plus déterminants.

    Une deuxième phase beaucoup plus complexe

    La fermeture progressive des centrales à charbon a permis d’obtenir des réductions massives d’émissions dans un secteur où les solutions technologiques étaient déjà disponibles. La prochaine étape sera d’une nature différente.

    Les émissions restantes proviennent principalement des transports, du chauffage des bâtiments, de l’industrie et, dans une moindre mesure, de l’agriculture. Dans chacun de ces domaines, les technologies existent, mais leur déploiement suppose des investissements considérables, des adaptations réglementaires et, surtout, une adhésion durable des citoyens.

    Près de dix-sept millions de logements britanniques sont encore chauffés au gaz naturel. Les transports représentent environ un quart des émissions nationales, tandis que les secteurs industriels les plus émetteurs doivent poursuivre leur transformation dans un contexte de concurrence internationale accrue.

    Cette nouvelle phase de la transition ne repose plus uniquement sur le développement des énergies renouvelables. Elle implique également le renforcement des réseaux électriques, le développement des capacités de stockage, l’accélération des infrastructures de recharge pour les véhicules électriques ainsi que la modernisation des moyens pilotables de production, notamment le nucléaire.

    Les grands projets de centrales nucléaires de type EPR, comme Hinkley Point C ou Sizewell C, continueront ainsi de jouer un rôle important dans la stratégie énergétique britannique. La réussite de la transition dépendra moins d’une technologie particulière que de la capacité à articuler l’ensemble du système énergétique autour d’un objectif commun : produire une électricité abondante, décarbonée, compétitive et disponible en permanence.

    Le gouvernement devra également poursuivre le développement de nouvelles filières industrielles telles que l’hydrogène bas carbone, le captage et stockage du carbone (CCS) et les réseaux intelligents, autant de secteurs dans lesquels le Royaume-Uni ambitionne de conserver une position de premier plan.

    La transition entre ainsi dans une nouvelle phase. Elle devient moins exclusivement énergétique et davantage économique, industrielle, territoriale et sociale.

    C’est précisément sur ce terrain que le parcours d’Andy Burnham pourrait constituer un atout.

    Manchester, laboratoire d’une nouvelle approche

    L’intérêt de la nomination d’Andy Burnham réside moins dans son appartenance au Parti travailliste que dans son parcours. Contrairement à la plupart des Premiers ministres britanniques, il arrive à Downing Street après avoir exercé pendant plusieurs années des responsabilités exécutives à l’échelle d’un territoire.

    À la tête du Grand Manchester depuis 2017, il a piloté le développement d’une métropole de près de trois millions d’habitants confrontée à des enjeux très concrets : mobilité, logement, qualité de l’air, développement économique et attractivité industrielle. Cette expérience a profondément façonné sa vision de la transition climatique.

    Manchester s’est fixé un objectif de neutralité carbone dès 2038, soit douze ans avant l’échéance nationale. Mais, plus encore que cette ambition, c’est la méthode retenue qui mérite l’attention.

    La politique climatique locale n’a jamais été présentée comme une simple politique environnementale. Elle a été intégrée à une stratégie plus large de développement territorial. Les investissements dans les transports publics répondaient autant aux objectifs climatiques qu’à la lutte contre la congestion. Les programmes de rénovation énergétique visaient simultanément la réduction des émissions, la baisse des factures et l’amélioration du confort des logements. Les projets industriels étaient pensés comme des leviers de création d’emplois autant que de décarbonation.

    Le développement du Bee Network, destiné à intégrer bus, tramways et mobilités actives au sein d’un réseau unique, illustre cette approche. L’objectif n’était pas seulement de réduire les émissions des transports, mais également d’offrir un service plus simple, plus fiable et plus attractif pour les usagers.

    Cette manière d’aborder la transition pourrait inspirer l’action du nouveau gouvernement. Elle repose sur une idée simple : une politique climatique est d’autant plus acceptée qu’elle améliore concrètement la vie quotidienne des citoyens.

    Les résultats obtenus à Manchester restent naturellement d’une autre échelle que ceux attendus d’un gouvernement national. Ils montrent néanmoins qu’une transition territorialisée peut produire des résultats significatifs tout en associant davantage les collectivités locales, les entreprises et les habitants.

    Parmi les premières orientations annoncées par Andy Burnham figure la création de No. 10 North, un second pôle gouvernemental à Manchester destiné à rapprocher le pouvoir exécutif des territoires. Si le projet reste à mettre en œuvre, il illustre déjà la philosophie politique du nouveau Premier ministre : faire de la dévolution et de l’ancrage territorial les moteurs de la réindustrialisation et de la transition énergétique. 

    Depuis plusieurs années, Andy Burnham défend une conception de la transition énergétique fondée sur ce que les organisations internationales qualifient de « transition juste ».

    Le principe est désormais bien connu : la lutte contre le changement climatique ne peut être durable que si ses bénéfices sont largement partagés et si ses coûts ne pèsent pas de manière disproportionnée sur certains territoires ou certaines catégories sociales.

    Cette approche prend une résonance particulière au Royaume-Uni. Les profondes mutations industrielles des années 1980 ont laissé dans plusieurs régions un souvenir durable de désindustrialisation et de fractures territoriales. Toute politique climatique qui donnerait le sentiment de reproduire ces déséquilibres se heurterait rapidement à une forte opposition.

    À plusieurs reprises, Burnham a insisté sur la nécessité de faire de la transition énergétique un projet d’amélioration du niveau de vie plutôt qu’un catalogue de contraintes. Rénover un logement pour diminuer les factures, développer des transports publics performants, attirer de nouvelles activités industrielles ou améliorer la qualité de l’air constituent autant de bénéfices directement perceptibles par les citoyens.

    Cette philosophie pourrait conduire le gouvernement à renforcer les programmes de rénovation énergétique, à accélérer les investissements dans les transports collectifs et à soutenir plus activement les régions historiquement dépendantes des industries fossiles ou fortement exposées aux mutations industrielles.

    L’enjeu dépasse la seule politique climatique. Il s’agit également de renforcer la cohésion territoriale et de démontrer que la transition peut devenir un moteur de développement économique.

    Les premiers défis

    Les premières semaines du nouveau gouvernement permettront de mesurer la traduction concrète de ses ambitions climatiques et industrielles. Deux dossiers seront particulièrement révélateurs : le rôle que jouera Great British Energy et les choix qui seront opérés concernant l’avenir énergétique de la mer du Nord.

    Créée en 2024 pour mobiliser des capitaux publics et privés au service des infrastructures bas carbone, Great British Energy est appelée à devenir l’un des principaux instruments de la transition énergétique britannique. Son succès dépendra toutefois des ressources financières qui lui seront accordées, de sa capacité à attirer les investisseurs privés et de son aptitude à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, des réseaux électriques et des capacités de stockage. Plus largement, elle pourrait symboliser une évolution de la politique climatique du Royaume-Uni, davantage orientée vers l’investissement, l’innovation et la réindustrialisation verte.

    Dans le même temps, le gouvernement devra trancher l’épineuse question de la mer du Nord. Alors que le pétrole et le gaz demeurent essentiels à l’approvisionnement énergétique du pays, les objectifs climatiques imposent une réduction progressive de cette dépendance. L’exécutif devra concilier plusieurs impératifs parfois difficiles à réconcilier : sécurité énergétique, compétitivité industrielle, préservation de l’emploi dans les territoires concernés et respect des engagements climatiques. La question de l’autorisation de nouveaux projets pétroliers ou gaziers constituera à cet égard un premier test de crédibilité (Projet Rosebank). Plus qu’un arbitrage entre croissance et environnement, Andy Burnham pourrait chercher à inscrire cette décision dans une stratégie plus large de transformation industrielle, visant à accompagner les régions concernées vers les nouvelles filières énergétiques plutôt qu’à imposer une rupture brutale.

    Si la réduction des émissions restera naturellement la priorité, le nouveau gouvernement devra également renforcer les politiques d’adaptation au changement climatique. Les vagues de chaleur, les inondations et les épisodes de sécheresse exercent déjà une pression croissante sur les infrastructures, les bâtiments et les services publics britanniques. La question de l’adaptation pourrait ainsi prendre une place plus importante dans les prochaines stratégies climatiques nationales.

    Cap sur la rentrée

    À peine installé au 10 Downing Street, Andy Burnham a donné le ton. Dans son premier discours, il a placé le coût de la vie, le rétablissement de la confiance dans l’action publique et le renouveau économique au cœur de son projet, promettant un gouvernement davantage tourné vers les préoccupations concrètes des citoyens et des territoires. 

    Il semble illustrer une évolution déjà observée par plusieurs analystes britanniques : le terme « Net Zero » est devenu plus difficile à porter politiquement. Sans remettre en cause les objectifs climatiques, le nouveau gouvernement pourrait privilégier un discours centré sur l’économie verte, les emplois, la baisse des factures d’énergie et la croissance plutôt que sur les seules réductions d’émissions.

    Cette volonté s’est immédiatement traduite par une première mesure symbolique : la suppression de la TVA sur les factures d’électricité des ménages à compter du 1er octobre. Présentée comme une réponse directe aux difficultés du quotidien, cette décision devrait permettre de réduire les factures énergétiques et d’offrir un premier signal en faveur du pouvoir d’achat. 

    Mais l’essentiel reste à venir. Les prochains jours seront consacrés à la finalisation de l’équipe gouvernementale et à la définition des grandes priorités de l’exécutif. Au-delà des premières annonces, les observateurs attendent désormais les arbitrages qui permettront de mesurer la cohérence entre les ambitions affichées et les moyens mobilisés. 

    Le premier rendez-vous politique majeur devrait intervenir à la rentrée parlementaire. Andy Burnham est attendu devant la Chambre des communes en septembre pour exposer la feuille de route de son gouvernement et préciser sa stratégie en matière de croissance, de transition énergétique, de réindustrialisation et de cohésion territoriale. C’est à cette occasion que pourra véritablement s’apprécier la portée du changement annoncé au sommet de l’État britannique.

    À ce stade, tout porte à croire qu’Andy Burnham s’inscrira dans la continuité des efforts de décarbonation engagés par le Royaume-Uni depuis près de deux décennies. Si cette ambition se traduit par des politiques cohérentes et des investissements à la hauteur des enjeux, l’expérience britannique pourrait constituer une source d’inspiration pour de nombreux pays européens confrontés au même défi de concilier transition climatique, compétitivité économique et cohésion territoriale.

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    La lune de la libération

    La Lune de la libération

    La Nouvelle Lune aura lieu le 8 Mai 2024 à 3 h 21 en temps universel, 5 h 21 à Paris, 11 h 21 à Hong Kong, le 7 Mai 23 h 21 à Montréal.

    Bonjour à toutes et à tous,

    Le Ciel nous appelle à nouveau à développer au plus profond de nous même un esprit de Paix. C’est le 8 Mai que nous commémorons la fin de la terrible 2ème guerre mondiale qui fit de 50 à 85 millions de morts.

    La grande conjonction Jupiter-Uranus en Taureau du 21 avril dernier avait eu comme précédent, je le rappelle pour celles et ceux qui suivent mes bulletins, le 8 Mai 1941. 4 années après, jour pour jour, le 8 Mai 1945 voyait l’arrêt total des hostilités.

    Nous pouvons considérer qu’une mémoire céleste comme la conjonction Jupiter-Uranus en Taureau est une empreinte énergétique qui annonce qu’un esprit de Paix va s’installer sur l’ensemble de notre planète dans les prochains temps à venir. Nous avons retenu cette date comme étant celle de la libération. Uranus est en effet la planète qui porte la Liberté.

    À partir du Mai 1945, le monde allait vivre différemment.
    Par une étonnante concordance des temps, la Nouvelle Lune a lieu le 8 Mai.

    Les autorités célestes tiennent à nous rappeler en produisant une Nouvelle Lune un 8 Mai, que nous pouvons conserver l’immense espoir de voir dans les temps futurs proches un esprit de liberté et de paix emplir nos cœurs.

    Nous devrons être vigilants en discernant comment ce nouveau pouvoir s’exercera. Si l’on retient les valeurs du Verseau qui favorise l’expression individuée, n’attendons pas l’arrivée d’un sauveur suprême qui prendra en charge tous nos problèmes, comptons plutôt sur notre créativité en agissant là où nous sommes. Ainsi se créerons de nombreux cercles de vie qui sauront se mettre en relation sans passer par un pouvoir central.

    Plus que jamais gardons la Lumière, en développant une force d’Amour qui ne pourra être endiguée.

    Un nouveau monde est en gestation

    Une quintuple conjonction en Taureau est à l’œuvre durant cette Nouvelle Lune.
    Vénus-Soleil-Lune-Uranus-Jupiter occupent l’espace que couvre le puissant signe de Terre du Taureau.

    C’est un signe fixe qui construit avec conviction en s ‘appuyant sur des réalités tangibles. De l’esprit de Paix qui envahit de nombreuses consciences, jaillira de très nombreuses questions et les réponses vont fuser nous offrant des solutions inédites et innovantes.

    Mars est en Bélier, en domicile, il y est en pleine puissance offrant de la conviction et du courage. Neptune également en Domicile en Poissons accompagné de Saturne pour construire une pensée spirituellement inspirée.

    En Taureau Vénus est en domicile et la Lune y est exaltée, ces deux principes qui se conjuguent positivement vont inspirer nos aptitudes à construire des projets de façon très intuitive portés par un superbe sextile de Cérès, la déesse de la moisson sise en Capricorne.

    Mercure n’est plus rétrograde, ce qui pouvait obscurcir nos pensées. La conjonction à Chiron qui symbolise l’Amour-Sagesse compensera largement nos déficits de communication.

    Vibratoirement tout semble aller pour le mieux, cependant Pluton vient de rentrer en rétrogradation et va se diriger à nouveau vers le Capricorne où il fera un bref séjour de Septembre à Novembre.

    Pendant cette rétrogradation, il est possible que le sombre pouvoir de l’Argent qui offre des puissances de nuisance à des dirigeants malveillants vienne nous servir des situations très difficiles à vivre.

    Tenir.
    Faire face.
    S’engager fermement sur le sentier de la Paix.

    L’envie de Liberté va s’imposer dans les cœurs et tout faire basculer.

    Il y a une quintuple puissante conjonction en Taureau qui symbolise un désir ardent. La force de notre créativité, la puissance de notre énergie de vie viennent de ce désir ardent qui jaillit de l’expression de notre sexualité.

    Comment maîtriser et transcender cette force de vie pour ne pas succomber aux bas instincts de notre nature animale ?

    Un héros grec, Hercule eut à affronter un splendide Taureau d’une grande majesté que Poséidon, le Maître des océans profonds, avait offert à Minos le roi de Crète pour qu’il sacrifie le puissant animal à sa gloire.

    Minos ne put se résoudre à tuer un animal d’une telle beauté pour le conserver comme suprême géniteur pour son propre troupeau. Il immola à la place le meilleur de ses Taureaux, pensant pouvoir tromper Poséidon.

    Le Dieu de la mer ne fut pas dupe et permit à son taureau sacré d’une blancheur immaculée de s’échapper.

    Hercule dans son deuxième travail sur le chemin de l’initiation, reçut l’injonction de capturer le Taureau de Crète pour le ramener à Poséidon.

    Quand Eurysthée, son instructeur, confia à Hercule la nature de l’épreuve, il lui livra de simples mots :

    Sois calme et observe avec une grande attention tout ce qui vient à toi avant de commencer toute action.

    Hercule se rendit en Crète où il rencontra Minos qui se plaignait d’avoir à affronter un grand fléau en la présence d’un puissant taureau qui ravageait toutes les cultures. Le héros se mit à parcourir l’île.

    Les champs dévastés attestaient de la présence de l’animal, mais Hercule ne pouvait discerner où il se trouvait. Après une énième longue expédition à travers le domaine de Minos, Hercule sentit la nécessité de marquer une pause. La nuit venait de se déposer, assis sur une roche élevée, subjugué par la beauté du ciel de Crète, il observait les étoiles qui resplendissaient dans le ciel dans le plus grand calme intérieur  comme lui avait conseillé Eurysthée. C’est alors qu’une des étoiles lui apparut, plus brillante que les autres, qui suivait une trajectoire improbable, car elle montait et descendait sur l’horizon sans suivre l’orbe régulier habituel des étoiles. Se laissant guidé par la Lumière de l’étoile, il découvrit le Puissant taureau qui paissait tranquillement dans la fraîcheur de la nuit. Le Taureau sacré qu’avait offert Poséidon possédait une étoile entre ses deux cornes à la place du troisième œil qui luisait comme un phare. Le signe du taureau est gouverné par Vénus qui, nous le savons, déteste la violence. C’est donc dans le plus grand calme qu’il approcha l’animal.

    Il “prit le Taureau par les cornes” et de son propre troisième œil il fixa la belle Lumière située entre les deux cornes. Immédiatement, le lien fut établi. Il l’enfourcha entre ses deux jambes, autrement formulé maîtrisa sa sexualité, pour le guider vers la mer et l’emmener vers l’île sacrée des Cyclopes, ceux qui possèdent le troisième Œil qui permet d’accéder à la connaissance du Divin.

    Le héros devient celui qui a su maîtriser la force animale.

    Le deuxième travail d’Hercule nous indique que pour atteindre les plus hautes sphères de la connaissance, il faut savoir maîtriser notre force de vie, la libido, afin de ne pas succomber au matérialisme que nous imposent nos bas instincts.

    Un autre héros grec, Thésée eut à affronter le Minotaure, le côté sombre du taureau. La nature de l’épreuve est différente de celle d’Hercule. Pour se venger de Minos qui tenta de le mystifier, Poséidon jeta un sort à Pasiphaé la femme de Minos qui tomba follement amoureuse du Taureau sacré. De cette étrange union naquît un monstre mi-humain mi-animal qui se nourrissait de chair humaine. Le Minotaure n’est donc pas le Taureau sacré, il symbolise les bas instincts de notre nature animale.

    Egée le roi d’Athènes avait une dette envers Minos. Il devait lui livrer tous les neufs ans sept jeunes adolescents et sept jeunes adolescentes que Minos donnait en pâture au monstre. Dédale un ingénieux architecte, avait construit un labyrinthe qui tenait le Minotaure en captivité.

    Ce labyrinthe symbolise le Minotaure, nos instincts les plus bas.

    Thésée, le fils d’Egée, un courageux jeune homme intrépide et doté d’une grande intelligence, décida d’être un de ceux qui seraient sacrifiés. Arrivé sur l’île de Crète, Ariane, la fille de Minos, tomba éperdument amoureuse de Thésée. Elle lui fournit un glaive d’Or forgé par Héphaïstos pouvant vaincre les adversaires les plus coriaces, et une bobine de fil que Thésée n’avait qu’à dérouler pour retrouver la sortie du labyrinthe. Le glaive d’Or symbolise la force de l’esprit, la bobine de fil le lien d’amour entre une femme et un homme. Descendant vers le fond du labyrinthe, Thésée attendit sagement que le monstre s’assoupit pour lui planter en plein cœur le glaive d’Or. Autrement formulé, quand notre nature animale s’assoupit, nous pouvons monter cette énergie au niveau de notre Cœur sacré par la force de l’Esprit.

    Quand Thésée vainqueur revint à la surface, sa victoire n’était pas du même ordre que celle d’Hercule.

    Hercule comprit que l'élévation devait être atteinte par le troisième œil, là où se développent nos états intuitifs

    Thésée était inspiré par l’amour purement terrestre d’Ariane. De cet amour il s’en détourna rapidement et revint vers Egée son père à qui il avait promis de gréer une voile blanche en cas de succès et une voile noire pour la défaite. Perturbé par un amour terrestre dont il ne voulait pas, dans la confusion, il rentra au port avec la voile noire. À cette vue Egée son père se jeta du haut d’un rocher et périt. C’est ainsi que Thésée devint roi.

    Il n’a pas maîtrisé spirituellement le Taureau sacré qui symbolise la haute créativité du signe du Taureau. Sa victoire n’est que partielle, il échappe au Minotaure qui symbolise nos instincts primitifs par la force de l’amour, certes, mais cet amour est purement terrestre. Ariane sauve Thésée en lui permettant d’élever sa nature amoureuse, mais il existe un Amour supérieur à celui que nous pouvons éprouver dans notre condition d’être humain.

    Thésée resta donc ancré à la matière et eut à faire face à de nombreux troubles dans l’administration de son royaume.

    La Nouvelle Lune vient nous suggérer qu’une énergie sexuelle brute, purement animale, génère des besoins de possession et des envies de pouvoir. Si nous voulons échapper au matérialiste qui s’impose dans notre monde consumériste, il convient d’élever la nature de nos pulsions.

    Ainsi débarrassé des peurs qui nous assujettissent nous cesserons de confier du pouvoir à des gens qui n’en valent pas la peine. Le 8 mai célèbre la libération, n’est-ce pas !

    À toutes celles et ceux qui sauront prendre « le Taureau par les cornes », je souhaite une belle arrivée sur l’île sacrée des «des enfants du  troisième Œil » où la force d’un Amour transcendé s’exprime en toute liberté.

    Gardez la lumière

    Philippe

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    Futur du travail. 4 pistes à approfondir pour les générations futures !

    ACTUALITE DE LA PENSEE SOCIOLOGIQUE DE RENAUD SAINSAULIEU

    Par Philippe Pierre – Sociologue Praticien – (www.philippepierre.com)

    Le sociologue Renaud Sainsaulieu a été pour nous source puissante d’inspiration.

    Dans ce texte, nous portons un regard sur l’évolution du sens du travail et le renouveau des formes d’engagement en mobilisant son héritage sociologique.

    Nous pointons quatre chemins de progrès pour les univers du travail, des entreprises et des organisations. Nous regardons vers le futur.

    1, Demain, tous un peu slasheurs ? Pas vraiment…

    Renaud Sainsaulieu, dans un entretien au journal Le Monde en 1995[1], le réaffirme :« L’emploi doit être considéré comme le cadre de relations obligées qui amènent chacun à se différencier des autres. Maîtriser une activité professionnelle, c’est compter dans le regard de l’autre, qu’il soit collègue, chef ou subordonné, c’est pouvoir se faire écouter. Même si l’on est seulement « utilisé », on existe, on a une raison d’être. Et comme chaque jour est l’occasion d’en faire l’expérience, la personnalité y conquiert au fil du temps son épaisseur et sa cohérence. Lorsque le travail est vide de tout élément de reconnaissance, sur la chaîne par exemple, cette « expérience cumulative » ne peut pas se produire et l’on se vit comme sans valeur, sans personnalité. On ne peut alors se définir qu’en réaction à une sorte d’expérience plate, à travers la lutte contre l’aliénation et l’affirmation d’une identité collective ».

    Comment ne pas voir en creux, dans ces propos, la condition de nombreux travailleurs des plateformes et les circonstances d’une aliénation quotidienne pour celles et ceux qui tentent d’articuler les bouts de leur existence avec des bouts d’emplois fragmentés ?

    Avec un nouveau rapport technologique aux autres marqué par l’éphémère, de nouvelles manières de s’accaparer la subjectivité des acteurs fleurissent autour de l’individu consumériste, de l’émotion, du local, des identifications multiples, du passage d’un capitalisme obnubilé la production à un capitalisme centré sur la consommation, ce qui entraîne l’avènement d’une culture nouvelle, organisée autour de modèles culturels et normatifs à base de séduction[2].

    La puissance de l’œuvre de Renaud Sainsaulieu éclaire cette coexistence paradoxale de l’Un et du Multiple dans la définition de notre identité quand monte en flèche, notamment aux États-Unis, des « pluri-travailleurs » qui semblent multiplier sphères d’expression de soi, construction de relations affinitaires et amicales comme registres d’activités[3].

    Jacqueline Barus-Michel et Eugène Enriquez le soulignent aussi : « C’est parce que les normes ne sont plus quasi stationnaires » que « le monde devient en proie à des joueurs qui pensent changer leurs coups au dernier moment »[4]. L’individu de la modernité tardive appartient simultanément à plusieurs champs sociaux et « navigue » en permanence dans des temps et des lieux multiples[5].

    Ces « pluri-travailleurs » fuient une forme d’ennui qu’incarne pour eux le travail dans un poste à temps plein en un seul lieu. Baptisés « slasheurs » en raison des barres obliques qui « coupent », « segmentent » et même plutôt s’additionnent sur leurs profils, ils assument pleinement ce trait incliné entre leurs identités multiples. Choix de temps comme suspendus qui ne sont pas oisiveté (congès parentaux, congès sabbatiques, pauses dans les études, caractère différé, par choix ou contrainte, de l’insertion professionnelle et/ou du départ du foyer parental, périodes de chômage…). Claude Dubar, aussi, avait pointé cette identité indépendante correspondant à des jeunes professionnels avides de formation, qui ne se définissent pas par rapport à leur entreprise, mais affirment un projet personnel. Voulant « manger le dessert en premier », les anticipations d’un futur tout programmé s’estompent.

    Renaud Sainsaulieu avait pleinement souligné le fait que les entreprises doivent faire face aujourd’hui à une exigence de rentabilité immédiate et à une complexification croissante des situations de travail. Le caractère polymorphe du besoin de reconnaissance (culturel, ethnique, social, religieux aussi…) s’exprime avec une acuité plus aiguë dans des sociétés où les salariés n’entretiennent plus le même type de relation avec leurs employeurs et savent souvent que leurs trajectoires professionnelles, à défaut de possibilités d’emploi à vie, devront se réaliser au sein de plusieurs « boites ». Dès lors, la construction des identités au travail se fait moins par le truchement du collectif (que celui-ci s’exprime par la grève, l’appartenance syndicale ou l’engagement politique) que par l’âpre élaboration de stratégies individuelles tendant à garantir, pour le salarié, son employabilité future.

    Et alors qu’il pouvait être légitime, en période de croissance, d’analyser les organisations comme des unités d’action générant leur propre logique, de façon quasi autonome, à partir des stratégies d’acteurs fondées sur des relations de pouvoir, il est plus difficile de le faire lorsque les environnements pertinents de l’action sont instables et incertains[6].

    Si l’identité au travail dépend des conditions d’accès au pouvoir dans les interactions de travail, reconnaissons que les frontières de l’organisation ne cessent de se distendre.

    L’acteur social est appelé à tisser et retisser des liens au sein d’une société écartelée par les forces divergentes du marché mondialisé. Il est moins le représentant d’un groupe et de la logique sociale inhérente à ce groupe que le produit complexe d’expériences socialisatrices multiples. Ceci invite à porter attention à la manière dont l’individu relie des aspects de soi à un espace social lui-même démultiplié. Nous utilisons souvent la métaphore de l’archipel[7] pour décrire ce temps contemporain qui excède un âge industriel qui se serait seulement « complexifié » en s’adjoignant un âge commercial (consommation à outrance) et un âge financier (la spéculation)[8].

    La figure de l’archipel nous semble illustrative d’une partie des métamorphoses du monde. L’archipel sous-entend ce passage d’une perspective fixe et prévisible, d’un « espace euclidien à deux dimensions, avec ses centres, ses périphéries et ses frontières à un espace global multidimensionnel avec des sous-espaces sans frontière, généralement discontinus et s’interpénétrant »[9].

    L’archipel renvoie pour nous, plus largement, au passage d’une société pyramidale vers une remise en cause des figures d’autorité du haut vers le bas (dans l’Armée, dans l’Ecole, dans l’Eglise, dans le champ du travail…) et, au final, la mise en interrogation de toute idée de centre unifié et perçu comme légitime par le plus grand nombre. C’est un peu le modèle du Père qui s’aplatît et les pairs qui peinent à trouver leur place.

    La déconstruction de la figuration en peinture, de la tonalité en musique, de la chronologie dans l’art romanesque et théâtral sont autant de signes invitant à mieux comprendre cette remise en cause de tout ordonnancement séquentiel linéaire, de tout centre hiérarchique sous l’effet de l’écrasement apparent des structures d’ordre[10].

    Avec cette perspective d’archipel, de flux, de déplacements… c’est aussi l’enjeu même de la critique sociale qui change en insistant davantage, comme l’a fait le sociologue John Urry, sur les inégalités d’accès (aux transports par les airs, la mer, le rail, les autoroutes, aux câbles de fibre optique pour le téléphone, la télévision et les ordinateurs…) que sur la dénonciation des inégalités liées aux jeux de la reproduction de positions anciennes propres à la lutte des classes.

    Celui qui est « perdant » dans ce monde est celui qui est comme rivé au sol et qui pâtit, par exemple, d’un temps long d’interaction dans l’échange écrit, d’une incapacité de s’affranchir des contraintes de distance pour produire avec d’autres un savoir, d’une faible capacité de stockage de données « en nuage », « d’objets communicants » autour de lui….

    Etendre la métaphore de l’archipel aux employés des entreprises dite « plateforme » telles que Uber serait abusif tant les choix professionnels de ceux qui y travaillent sont subis et les conditions précaires. Ils prendront le tout dernier métro du soir après avoir livré à vélo toute une journée. Pour eux, la fragmentation des liens et une économie de la « débrouille »[11], et non la figure de l’archipel[12]. Les mondes sociaux, qu’ils soient de l’entreprise ou de la société, renvoient donc largement à un « déterminisme social » que Renaud Sainsaulieu a toujours reconnu et à l’idée selon laquelle la position sociale d’un individu à l’âge adulte serait en large partie déterminée à sa naissance par l’origine socio-économique de ses parents.

    2, Le développement social et la gestion des « personnes » plutôt que la gestion des ressources humaines

    « Une société libérale de marché a besoin d’acteurs pour prendre les risques de la créativité et de la production, sans revenir aux modèles régressifs du paternalisme ou de la social-démocratie comme seul mode d’existence sociale, à côté de l’imperium de la technocratie des experts de haut niveau » (Renaud Sainsaulieu, Article L’identité en entreprise, p. 260).

    Renaud Sainsaulieu entrevoit, depuis longtemps, « les failles d’un management fragmenté qui traiterait séparément l’organisation du travail, la performance économique, la gestion des hommes et la reconnaissance des identités au travail »[13]. Marc Uhalde, lui aussi, a su pointer que l’entreprise était un « système présentant des carences de régulation sociale patente »[14].

    La suite de l’article en cliquant sur ce lien…Futur du travail. 4 Pistes à approfondir pour les générations futures !

    [1] : Renaud Sainsaulieu, « Le travail est la plus importante machine à produire de l’identité sociale », Le Monde, 17 mai 1995.

    [2] : Claudine Haroche et Eugène Enriquez, La face obscure des démocraties modernes, Erès, 2002.

    [3] : À la Renaissance, on vénérait les « esprits universels ». On qualifiait de polymathes ces lettrés qui cumulaient les connaissances au carrefour des sciences et des arts, comme d’autres les livres dans une bibliothèque. « Combien de grands esprits étaient polymathes, comme Léonard de Vinci, Descartes, Copernic, Michel-Ange, artistes et scientifiques à la fois ? » lance Marielle Barbe, auteure de Profession Slasheur : cumuler les jobs est un métier d’avenir, Marabout, 2017. Aujourd’hui, dit-elle, on reproche souvent aux gens compétents de se « disperser », pourtant la plupart des humains ne sont pas faits d’un bloc.

    [4] : Jacqueline Barus Michel et Eugène Enriquez, « Pouvoir », in Eugène Enriquez, André Lévy et Jacqueline Barus-Michel, Vocabulaire de psychosociologie, Erès, 1994, p. 471.

    [5] : Eugène Enriquez, André Lévy et Jacqueline Barus-Michel, Vocabulaire de psychosociologie, Erès, 1994, p. 464.

    [6] : Norbert Alter et Christian Dubonnet, Le manager et le sociologue. Correspondance à propos de l’évolution de France Télécom de 1978 à 1992, L’Harmattan, 1994, p. 229.

    [7] : Philippe Pierre et Michel Sauquet, L’Archipel humain. Vivre la rencontre interculturelle, ECLM, 2022.

    [8] : Eugène Enriquez, « Le travail, essence de l’homme ? Qu’est-ce que le travail ? », Nouvelle revue de psychosociologie, 2013/1 (n° 15), p. 253 à 272.

    [9] : Michael Kearney, « The Local and the Global: The Anthropology of Globalization and Transnationalism », Annual Review of Anthropology, 24, 1995, p. 549.

    [10] : Luc Ferry, L’invention de la vie de Bohème : 1830-1900, Cercle d’Art.

    [11] : « La France du recours au statut d’auto-entrepreneur pour aider à finir les fins de mois, celle du hard discount, du Bon Coin, du quasi-troc, budget carburant en hausse, des vide-greniers, du recours massif au crédit à la consommation est également celle qui privilégie les routes secondaires, pratique les « cars Macron » ou Blablacar plutôt que le TGV » (Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, La France sous nos yeux, Le Seuil, 2021, p. 228).

    [12] : Avec son type de société bien particulier, marqué par la prédominance d’une économie touristique et immobilière, et, sur le plan sociologique, par la surreprésentation des catégories favorisées : retraités aisés, professions libérales, commerçants, petits patrons, et de plus en plus de cadres pratiquant le télétravail (Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, La France sous nos yeux, Le Seuil, 2021, p. 374).

    [13] : Cédric Dalmasso et Céline Mounier, « Renaud Sainsaulieu », Le mouvement démocratique aux frontières de l’entreprise, 2022, EMS, p. 14.

    [14] : Marc Uhalde, Crise sociale et transformation des entreprises, L’Harmattan, 2016. Marc Uhalde a défendu une définition de l’intervention comme devant être « une médiation contributive critique ». Elle permet de mieux connaître les catégories qui nous font penser et agir. L’intervenant n’est plus un conseiller du prince à qui il explique le problème auquel il est confronté : il est un médiateur entre deux parties qui ne disposent pas des outils de la régulation conjointe.

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    Les rencontres interculturelles ! Etonne-moi ! Podcast Julhiet et Sterwen

     

    Emmanuelle Joseph-Dailly  nous interviewe sur le thème de la rencontre, de la reconnaissance, de l’interculturalité et de l’équité. 1 podcast à découvrir !
    « La science consiste à passer d’un étonnement à un autre. » Aristote.

    « Etonne-moi » est un podcast qui vise à mettre en avant des travaux de recherche et des visions terrain autour des sciences cognitives et des neurosciences au service des transformations. Dans une démarche prospective, il donne la parole tant à des chercheurs, autour leurs avancées, qu’à des dirigeants, sur leur vision et leur retour d’expérience. L’objectif est ainsi de faciliter la prise de recul et de donner des clés inédites autour du sens et de la mise en œuvre des transformations, en particulier sous l’angle humain.

    La suite…

    Cliquez-ici ! … pour découvrir le podcast : Les rencontres interculturelles avec Philippe Pierre !

     

     

     

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    Nouveaux talents : les attirer et les garder ! Podcast Les outils du manager

    Cédric Watine nous interviewe sur le thème de la gestion des talents. 2 podcasts à découvrir !

    Outils du Manager est né de la rencontre entre Cédric Watine, chef d’entreprise et de Mark Horstman et Michael Auzenne, deux consultants américains qui ont fondé le site Manager-Tools, premier site sur le management des personnes.

    La mission d’Outils du Manager, c’est d’encourager un management à la fois efficace et respectueux des hommes. Nous savons que les pires « horreurs » de management proviennent bien souvent d’un manque de formation et de pratique.

    L’objectif est donc de proposer une méthode de management cohérente, simple et qui fonctionne vraiment !

    La suite… Cliquez-ici ! … pour découvrir le premier podcast : attirer et garder les talents !

     

    La suite… Cliquez-ici ! … pour découvrir le second podcast : faire cohabiter 5 modèles d’organisation !

     

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    Attirer, recruter et fidéliser les talents ! Podcast Impulseur

     

    David Rival nous interviewe sur le thème de la gestion des talents. 3 podcasts à découvrir !

    Il s’est vu confier un micro un jour, et il ne l’a jamais rendu ! 🎙

    Il dirige la société IMPULSEUR, organisme de formation et agence événementielle située près de Nantes.

    IMPULSEUR compile ses compétences : journaliste-animateur en radio, TV et événements depuis 1990, producteur radio, formateur en développement personnel et en communication professionnelle.

    Avec David Rival, nous nous entretenons du recrutement des talents, de leur intégration et de leur fidélisation.

    La suite…

    Cliquez-ici ! … pour découvrir le premier podcast : attirer des talents !

    Cliquez-ici ! … pour découvrir le deuxième podcast : recruter des talents !

    Cliquez-ici ! … pour découvrir le troisième podcast : fidéliser des talents !

     

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