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Aujourd’hui — 19 septembre 2026Les Ateliers du Futur

Rapport Adaptation du Système Assurantiel au Changement Climatique, 30 mois après – III: Prévention et Adaptation

Par : Thierry
20 juillet 2026 à 16:02

Rappel de notre préambule général :

Puisque la saison est aux tours de France – cycliste, météorologique, électoral – tentons-en un qui regarde le Futur plus que le guidon : le « Tour de France » des initiatives publiques et privées à la suite du rapport que Myriam, Goneri et moi-même avons remis en 2024 sur l’Adaptation du Système Assurantiel face au changement climatique – y compris sa contribution à l’atténuation.

Synthèse

30 mois après notre rapport, un constat simple : Les ministères ont manifestement fait le job avec plus de 2/3 des recommandations totalement ou partiellement mises en œuvre par décret, loi ou PNACC.

La capacité des assureurs, en revanche, à définir collectivement des initiatives de place ambitieuses, donc bien visibles, est inversement proportionnelle au niveau de concurrence – terrible – sur notre marché des particuliers. Dommage pour une profession qui pourrait être collectivement géante, en portant plus haut le flambeau de la prévention et de la décarbonation – des sinistres.

Les chiffres et commentaires qui suivent n’engagent que moi, et résultent d’interactions avec plusieurs acteurs clé… Précisons que je considère ici comme acquise la loi Barusseau 266 du 8 avril dernier adoptée par l’Assemblée nationale, encore à l’examen au Sénat…

Bilan en décomposant nos 37 recommandations en 50 sous-éléments unitaires : 18 sous-recos pleinement appliquées (36 %), 15 partiellement (30 %), 17 non reprises (34 %).

Le PNACC-3 explique l’essentiel du mouvement sur la Prévention ; la loi 266 — sous réserve d’une adoption définitive après examen par le Sénat — débloque le volet Assurance, en partie par des reprises pleines, en partie par des reprises partielles dont les modalités effectives sont renvoyées à décret.

L’atténuation reste un angle mort total côté supervision (l’ACPR et le législateur européen sur Solvabilité 2 n’ont rien activé), la dynamique de place relative à la mesure des émissions du scope 3 aval étant la seule mise en œuvre partielle.

Continuons ce Tour sur les 3 territoires explorés – atténuation du changement climatique, équilibre du régime Cat Nat et prévention/adaptation.

Prévention-Adaptation

Troisième et dernière étape de ce Tour, les initiatives publiques en matière de Prévention/Adaptation – y compris le sujet sensible de l’accès universel au Régime Cat Nat !

En prologue, rappelons que 2 prismes assez distincts sous-tendent les politiques publiques d’adaptation au changement climatique : celui de la protection des personnes d’une part, celui de la protection des biens et des activités d’autre part.

Le premier concerne surtout l’Etat et se préoccupe avant tout des vies et de la santé humaines, face aux canicules, bien sûr, mais aussi aux tremblements de terre, en PACA et aux Antilles par exemple… d’où l’importante allocation du Fonds ex-Barnier à ce titre justement.

 Le second prisme concerne aussi l’État – à travers les politiques publiques de prévention et ses engagements hors bilan via la CCR – mais aussi plus largement les assureurs. Et contrairement au premier, il est largement financé par les primes d’assurance climatiques dont la surprime Cat Nat et le prélèvement FPRNM.

Sur les 34 sous-recommandations du volet Prévention-Adaptation (anciennement « Adaptation-Prévention »), 13 sont pleinement appliquées (38 %), 12 ont été reprises partiellement (35 %), et 9 restent orphelines (27 %):

A — Les recommandations orphelines

•       N°11 (3.1) — Nivellement des marges techniques via le FPRNM. Ce mécanisme anti-démutualisation entre zones est sans doute le plus révolutionnaire et le plus puissant de tous les leviers pour désinciter les assureurs à esquiver ou à sur-tarifer les assurés en zone rouge.

De récentes études actuarielles ont montré que le prix du risque va du simple au décuple sur le territoire métropolitain en consolidant inondations et RGA. Il suffit donc de calibrer le prélèvement FPRNM en fonction du risque de la zone et le tour est joué. La CCR est parfaitement placée, à mon sens, pour gérer les flux de prélèvements positifs/négatifs en fonction de chaque contrat, facilitant ainsi la vie des compagnies et de l’État.

De cette manière, sans impact prix pour le client, plus aucun avantage concurrentiel pour les assureurs d’entreprises en LPS et plus de crise politique récurrente sur l’assèchement de l’offre en zone climatique tendue.

•       N°14 (4.1) — Rétrocession des risques de pointe aux réassureurs privés. Aucun véhicule. Un cyclone puissant traversant la zone industrielle de Guadeloupe va donc ponctionner plus de 10 milliards d’euros sur un budget d’État famélique.. Disponible pour une révision de la convention CCR – État.

•       N°24 (7.2) — Formation technique des professionnels de l’immobilier et des notaires. Aucun véhicule. Sensibilisation aux risques naturels au moment du transfert de propriété ou de la location toujours non structurée.

•       N°28 (8.1) — Renforcement de l’AFPCNT / association nationale de prévention. Aucun véhicule. Le PNACC-3 a privilégié une logique d’État (Mission Adaptation, M25) plutôt qu’un acteur de place.

•       N°33 (9.1.c) — Renforcement des contrôles sur l’application de la loi Élan. Aucun véhicule.

•       N°34 (9.2) — Extension de l’obligation d’assurance dommages-ouvrage (crédit ou revente en zone exposée). Aucun véhicule. La loi 266 n’a pas activé ce levier.

•       N°38 (9.6) — PTZ « prévention » et avance directe des subventions aux entreprises de travaux. Aucun véhicule fiscal.

•       N°39 (9.7.a) — Crédit d’impôt « prévention » ciblé sur les ménages ANAH. Aucun véhicule fiscal.

•       N°40 (9.7.b) — Taxe départementale type GEMAPI dédiée à la prévention. Aucun véhicule fiscal.

Les trois leviers fiscaux (PTZ, crédit d’impôt, taxe départementale) constituent le seul cluster de recommandations cohérent qui n’a fait l’objet d’aucune activation par aucun bloc. Leur véhicule naturel — une loi de finances dédiée — reste disponible.

B — Quels vecteurs ont apporté quoi (ordre chronologique)

1. Loi de Finances 2024 + décret du 7 juin 2024

Art. 4 de la loi n° 2023-1322 du 29 décembre 2023 + décret n° 2024-523 du 7 juin 2024 + doctrine fiscale BOI-BIC du 26 juin 2024 (CGI art. 39 quinquies G). Elle rehausse les plafonds réglementaires en durée et en montant de la provision d’égalisation. Reprenant intégralement la sous-reco 4.2, elle renforce la capacité d’auto-réassurance des assureurs et de la CCR.

2. Action UE / FIDA — T3 2024

L’action diplomatique a été engagée auprès des instances européennes pour préserver le modèle français Cat Nat dans le futur règlement Framework for Financial Data Access. Reprise partielle de la sous-reco 3.3 — réalisée mais sans résultat définitif à ce stade.

3. PNACC-3 — mars 2025

C’est évidemment le bloc le plus structurant, avec une amélioration visible entre la version sous à commentaires et la version définitive.

Mesure 1 — renforcement du fonds Barnier (FPRNM) de 30 % à 300 M€ par an, accélération des projets de prévention. Mesure 5 — RGA : anticipation, évolution des règles constructives, R&D. Mesure 22-25 — information aux collectivités, intégration de la TRACC dans tous les documents de planification, évolution des référentiels techniques, Mission Adaptation comme ingénierie unifiée. Mesure 50 — formation de tous les agents publics.

Ce qui reprend intégralement plusieurs de nos recommandations: sous-reco 5.1 (catalogue d’actions d’adaptation), 6.1.b (démarche pro-active du FPRNM), 6.3 (extension périmètre fonds prévention au RGA), 6.5 (R&D sur périls mal modélisés), 7.1 (formation des élus et agents publics), 7.3.a (granularité Géorisques), 7.3.c (enrichissement plateforme), 8.2 (guichet unique digital), 9.3 (contrôles PPRM dans PLU/SCoT), 9.4 (cofinancement public-privé des diagnostics).

Par ailleurs, on a vu le très rapide missionnement de la CCR qui a représenté une reprise partielle notable de notre sous-reco 3.2 (suivi des parts de marché en zone exposée).

Le PNACC-3 a porté en doctrine cet observatoire CCR ; le rapport livré le 15 juin 2026 en est la première édition, avec un périmètre étendu aux maisons individuelles et à trois périls (inondations, RGA, cyclones outre-mer).

Notre demande visait le suivi des parts de marché par assureur x zone d’exposition (rouge, orange, jaune vs nationale). Or la discrimination par assureur n’existe pas – du fait de forts vents adverses visiblement – ni sur les portefeuilles, ni sur les flux. Livraison opérationnelle de la sous-reco 3.2, mais partiellement donc.

Le rapport « assurance & climat » est explicitement cité comme socle de la Mesure 2 du PNACC-3.

4. Loi 266 — 8 avril 2026

Article 1er — inscrit le PNACC dans la loi, rend la TRACC opposable jusqu’en 2100, impose la prise en compte des prévisions climatiques dans les futurs plans locaux d’urbanisme (Code urb. L. 151-4).

Article 2 (L. 125-4-1, L. 121-1, L. 121-18) — subordonne l’indemnisation post-sinistre Cat Nat à une reconstruction résiliente, déclenche un rapport d’expertise pour déterminer les travaux de réduction de vulnérabilité, autorise une indemnité au-delà de la valeur de la chose assurée pour les financer, prévoit une augmentation de la franchise en cas de refus de l’assuré.

Ce sont ici des reprises intégrales des sous-recos 9.5 (diagnostic résilience post-sinistre) et 9.8.a (obligation de travaux post-sinistre) et partielles de 9.8.b (augmentation de franchise, ampleur renvoyée au décret) et 9.9.a (indemnité supérieure à la valeur, sans prime à la relocalisation).

Conclusion

En conclusion générale, on ne peut qu’apprécier le travail réalisé globalement, surtout par nos ministères et la CCR, sur ces sujets. Mais on ne peut aussi que déplorer la lenteur de construction de certaines initiatives essentielles tant au plan technique que politique :

⁃            La méthode de mesure des émissions liées aux sinistres qui reste non universellement admise 11 ans après l’Accord de Paris !

⁃            Le regroupement de tous les acteurs, État et assureurs, dans une association nationale visible et puissante au service de la prévention en proximité des risques naturels, source d’actions conjointes État/Collectivités/Assureurs

⁃            Le nivellement des marges entre secteurs rouges, orange et vert par la modulation du prélèvement FPRNM, si simple et si puissant !

Ce sont parmi les initiatives à plus fort impact pour des efforts limités. 

À bons entendeurs !

Rapport Adaptation du Système Assurantiel au Changement Climatique – II – Le Rééquilibrage du Régime Cat Nat

Par : Thierry
19 juillet 2026 à 17:15

Rappel de notre précédent préambule:

Puisque la saison est aux Tours de France – cycliste, météorologique, électoral – tentons-en un qui regarde le Futur plus que le guidon : le « Tour de France » des initiatives publiques et privées à la suite du rapport que Myriam, Goneri et moi-même avons remis en 2024 sur l’Adaptation du Système Assurantiel face au changement climatique – y compris sa contribution à l’atténuation.

 Synthèse générale

 30 mois après notre rapport, un constat simple : Les ministères ont manifestement fait le job avec plus de 2/3 des recommandations totalement ou partiellement mises en œuvre par décret, loi ou PNACC.

 La capacité des assureurs, en revanche, à définir collectivement des initiatives de place ambitieuses, donc bien visibles, est inversement proportionnelle au niveau de concurrence – terrible – sur notre marché des particuliers. Dommage pour une profession qui pourrait être collectivement géante, en portant plus haut le flambeau de la prévention et de la décarbonation – des sinistres.

 Les chiffres et commentaires qui suivent n’engagent que moi, et résultent d’interactions avec plusieurs acteurs clé… Précisons que je considère ici comme acquise la loi Barusseau 266 du 8 avril dernier adoptée par l’Assemblée nationale, encore à l’examen au Sénat…

 Bilan en décomposant nos 37 recommandations en 50 sous-éléments unitaires : 18 sous-recos pleinement appliquées (36 %), 15 partiellement (30 %), 17 non reprises (34 %).

Le PNACC-3 explique l’essentiel du mouvement sur la Prévention ; la loi 266 — sous réserve d’une adoption définitive après examen par le Sénat — débloque le volet Assurance, en partie par des reprises pleines, en partie par des reprises partielles dont les modalités effectives sont renvoyées à décret.

L’atténuation reste un angle mort total côté supervision (l’ACPR et le législateur européen sur Solvabilité 2 n’ont rien activé), la dynamique de place relative à la mesure des émissions du scope 3 aval étant la seule mise en œuvre partielle.

 Continuons ce Tour sur les 3 territoires explorés – atténuation du changement climatique, équilibre du régime Cat Nat et prévention/adaptation.

 Équilibre du régime Cat Nat

 Seconde étape de ce tour des recommandations de notre rapport de 2024 mises en œuvre, celles nécessaires pour conforter notre inestimable régime d’indemnisation des Catastrophes naturelles.

 Sur les 10 sous-recommandations de ce volet, cinq sont pleinement appliquées (50 %), deux ont fait l’objet d’une reprise partielle (20 %), et trois restent orphelines (30 %) :

A — Les recommandations orphelines

•            N°2 (1.2.a) — Indexation annuelle automatique du taux de surprime de 1 % par an. Écartée au profit de la clause de revoyure quinquennale (loi 266, Art. 3 1°), les effets prévisibles de cette esquive sont majeurs :

o   Un décalage récurrent entre la trajectoire des coûts et celle des recettes du Régime entre deux revoyures. Sur une assiette d’environ 3 milliards d’euros de revenus annuels, cela représente un cumul de 450m€ de manque à gagner très probable pour la CCR et les assureurs ! Et nous avons expliqué combien les foyers de perte incitent les assureurs à se protéger par des politiques plus discriminantes qu’il ne faut absolument pas favoriser…

o   Un « oubli » du rendez-vous pour des raisons politiques évidentes. Faut-il vraiment demander à chaque ministre des Finances d’avoir le courage de prendre une telle mesure tous les 5 ans ? Le passé a montré la grande difficulté que cela représente.

•            N°5 (1.3) — Indexation des franchises légales Cat Nat sur l’indice du coût de la construction. Aucun véhicule. Deux conséquences dommageables :

o   Une nouvelle dégradation programmée du résultat du régime pour la CCR et les assureurs. A nouveau donc une incitation malvenue des assureurs à se protéger en esquivant les zones génératrices de perte.

o   L’effet de responsabilisation des franchises qui est notre seul signal prix au service de la prévention décroît mécaniquement avec l’inflation. A-t-on vraiment besoin d’entraver cet effort ?

•            N°9 (2.2.c) — Liberté tarifaire pour les biens locatifs en zone très exposée. Exclue de l’Art. 3 2° de la loi 266, qui retient seulement les biens professionnels de haute valeur et les résidences secondaires. Les biens locatifs sont explicitement exclus du champ du dispositif. La conséquence en est une asymétrie d’incitation entre propriétaires-occupants et propriétaires-bailleurs sur les travaux de prévention. Le rationnel ?

Quels vecteurs ont apporté quoi (ordre chronologique)

1. Arrêté JOE du 22 décembre 2023

Il a modifié l’article A. 125-2 du Code des assurances pour porter la surprime Cat Nat de 12 % à 20 % (dommages aux biens), de 6 % à 9 % (auto tous risques) et de 0,5 % à 0,75 % (auto vol/incendie). Hausse moyenne ~+66 %, environ 1,3 Md€ par an de ressources additionnelles, entrée en vigueur le 1er janvier 2025.

Soulignons que nous avions préconisé une hausse différentiée entre les segments particuliers et entreprises, pour tenir compte des résultats très contrastés (longtemps déficitaires sur les particuliers, profitables sur les entreprises). Non suivie, cette recommandation augmente dangereusement la marge sur le régime Cat Nat des entreprises avec 2 effets pervers :

– Les assureurs présents sur ce segment des entreprises se battent avec des concurrents étrangers intervenant souvent en Libre Prestation de Service (LPS) qui ne partagent pas leurs profits avec la CCR. Ils gardent donc une manne précieuse qu’ils peuvent utiliser pour baisser le prix des autres garanties de base des contrats d’entreprises. D’où un désavantage concurrentiel de nos acteurs français qui maintiennent une cession à la réassurance CCR surtout pour gérer les risques de pointe sur le marché des particuliers.

La conséquence ultime peut être une décision d’abandonner la réassurance CCR comme on a pu commencer à le voir, ce qui prive le marché d’une contribution précieuse à la péréquation nationale.

– face au scénario de péréquation renforcée par un modulation du prélèvement « Fonds Barnier », les assureurs des entreprises freinent des quatre fers, considérant que cette « manne » est cruciale pour l’équilibre de leurs comptes globaux (Même si cela peut les gêner face à la concurrence en LPS). D’où un lobbying adverse à la modulation de ce prélèvement FPRNM forcené !

2. PNACC-3 — mars 2025

Mesure 2 Action 1 — Production de cartographies nationales d’inondation et de retrait-gonflement des argiles (RGA), cohérentes avec la trajectoire de réchauffement de référence (TRACC), partagées entre l’État, la CCR et les acteurs assurantiels. Couvre intégralement la sous-reco 2.1 (cartographie partagée des zones d’exposition aux aléas).

Bien que laborieuse sur fond de discussions entre leaders concernés, on peut être confiant sur l’aboutissement de ces travaux vu l’appétit général qui se manifeste.

Note : la composante « observatoire CCR et suivi des parts de marché en zone exposée » de la Mesure 2 Action 1 répond à la sous-reco 3.2, qui relève de Prévention-Adaptation et est traitée dans la section suivante.

3. CCR — Proposition d’une sous-jacente de réassurance pour l’Outre-mer (2026)

La Caisse centrale de réassurance a récemment acquis sur le marché une couverture de réassurance et la propose aux compagnies d’assurance opérant en Outre-mer. Ce mécanisme — une sous-jacente de réassurance achetée auprès du marché privé international et redistribuée aux assureurs ultramarins via la CCR — vise à soutenir l’offre dans des territoires marqués par un phénomène de non-assurance et une exposition cyclonique élevée.

Reprise partielle de la sous-recommandation 2.3 (« Adapter et uniformiser les modalités de réassurance de la CCR pour les assureurs opérant dans les zones ultramarines »). Partielle car le niveau de détail est faible.

4. Loi 266 — adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 8 avril 2026

Adoption en première lecture, non définitive à ce stade. L’adoption de ces dispositions n’est pas conditionnée à un arbitrage interministériel — elle l’est au vote du Sénat, sans date d’examen fixée à ce stade. Les dispositions ci-dessous sont à considérer sous cette réserve calendaire.

Article 3 1° — Instaure la clause de revoyure quinquennale du taux de surprime (« réexaminé et, si nécessaire, revalorisé au 1er janvier tous les cinq ans, selon des modalités définies par décret »). Reprise intégrale de la sous-reco 1.2.b.

Article 3 2° — Autorise la modulation tarifaire ciblée : possibilité, sous plafond et conditions, de dépasser le taux légal pour les biens professionnels dont la valeur assurée dépasse 20 M€ en zone PPRNP, et pour les résidences secondaires en zone PPRNP. Reprises intégrales des sous-recos 2.2.a et 2.2.b. Les biens locatifs (sous-reco 2.2.c) sont explicitement exclus du champ.

Conclusion : une politique technique incomplète

Les chiffres et les faits montrent que nos ministères des Finances et de la Transition Ecologique ont rapidement lancé les actions-clé pour rééquilibrer notre précieux Régime d’indemnisation des Catastrophes naturelles. La loi 266 a/devrait débloquer les leviers contractuels que l’exécutif ne pouvait pas porter seul.

 Les priorités critiques qui restent orphelines sont techniques et à fort enjeu: les indexations automatiques des primes et franchises qui attendent toujours leur véhicule… et donc un courage politique certain !

 Prochaine étape de ce Tour, les initiatives publiques en matière de Prévention/Adaptation y compris l’accès universel du régime !

Rapport Adaptation du Système Assurantiel au Changement Climatique, 30 mois après – I: Contribuer à l’Atténuation

Par : Thierry
19 juillet 2026 à 09:36

Puisque la saison est aux tours de France – cycliste, météorologique, électoral – tentons-en un qui regarde le Futur plus que le guidon : le « Tour de France » des initiatives publiques et privées à la suite du rapport que Myriam, Goneri et moi-même avons remis en 2024 sur l’Adaptation du Système Assurantiel face au changement climatique – y compris sa contribution à l’atténuation.

Synthèse générale

30 mois après notre rapport, un constat simple : Les ministères ont manifestement fait le job avec plus de 2/3 des recommandations totalement ou partiellement mises en œuvre par décret, loi ou PNACC. 

La capacité des assureurs, en revanche, à définir collectivement des initiatives de place ambitieuses, donc bien visibles, est inversement proportionnelle au niveau de concurrence – terrible – sur notre marché des particuliers. Dommage pour une profession qui pourrait être collectivement géante, en portant plus haut le flambeau de la prévention et de la décarbonation – des sinistres. 

Les chiffres et commentaires qui suivent n’engagent que moi, et résultent d’interactions avec plusieurs acteurs clé… Précisons que je considère ici comme acquise la loi Barusseau 266 du 8 avril dernier adoptée par l’Assemblée nationale, encore à l’examen au Sénat…

Bilan en décomposant nos 37 recommandations en 50 sous-éléments unitaires : 18 sous-recos pleinement appliquées (36 %), 15 partiellement (30 %), 17 non reprises (34 %).

Le PNACC-3 explique l’essentiel du mouvement sur la Prévention ; la loi 266 — sous réserve d’une adoption définitive après examen par le Sénat — débloque le volet Assurance, en partie par des reprises pleines, en partie par des reprises partielles dont les modalités effectives sont renvoyées à décret.

L’atténuation reste un angle mort total côté supervision (l’ACPR et le législateur européen sur Solvabilité 2 n’ont rien activé), la dynamique de place relative à la mesure des émissions du scope 3 aval étant la seule mise en œuvre partielle.

Démarrons nos 3 étapes de ce Tour correspondant au 3 territoires – atténuation du changement climatique, prévention et équilibre du régime Cat Nat. 

Atténuation

Première étape avec la mère des batailles :  L’atténuation ou contribution des assureurs à la lutte contre le réchauffement climatique.

Sur les six sous-recommandations du volet Atténuation (alignement Solvabilité 2 sur CRD6/CRR3, traitement du scope 3 aval, mandat ACPR sur les plans de transition, véhicules de remplacement électriques, clauses vertes auto et multirisques), aucune n’a été reprise par la supervision : le PNACC-3 cite explicitement ces sujets comme « hors champ », la loi 266 ne les aborde pas, et ni l’ACPR ni la révision en cours de Solvabilité 2 n’ont engagé d’action concrète. Le score côté supervision est donc de 0 pleinement appliquée sur 6.

Ce qui n’empêche pas les initiatives privées. Les publications de trois assureurs français en 2024-2026, accompagnées d’une résolution interne à la fédération des assureurs – sans communication externe, ont apporté sur le scope 3 aval (sous-recommandation 10.2) des éléments de doctrine et de pratique qui constituent une mise en œuvre partielle — assortie cependant d’une importante réserve méthodologique (voir infra). 

Quels vecteurs ont apporté quoi

Les cinq autres sous-recos (10.1 Solvabilité 2 / CRD6, 10.3 mandat ACPR, 11.1 véhicules de remplacement électriques, 11.2.a clauses vertes auto, 11.2.b clauses vertes multirisques) restent non reprises.

Rappel — nos travaux 2024 sur le scope 3 aval des assureurs

Le constat de 2024 était qu’aucun cadre méthodologique stabilisé ne permettait alors la comparabilité entre acteurs sur ce périmètre : les approches divergeaient sur le périmètre (branches) et sur le traitement des sinistres. C’est ce que demandait donc la sous-recommandation 10.2 du rapport : un « traitement approprié des objectifs et politiques de décarbonation relevant du scope 3 aval, pour préserver l’intégrité et la lisibilité des trajectoires ».

Dès 2024, les Ateliers du Futur ont lancé avec des assureurs et consultants « progressistes » des travaux portant sur la méthode de calcul des émissions du scope 3 aval des assureurs — les émissions de gaz à effet de serre attribuables aux activités assurées (« underwriting emissions »), en focalisant sur celles liées aux sinistres. Pour un assureur dommages, le scope 3 aval est la partie immergée dominante du bilan carbone. Cela méritait donc l’investissement qui a abouti à nos publications accessibles ICI.

Publications de 2026 — 3 acteurs français, 3 logiques

À défaut d’un vecteur de supervision nationale, c’est par la dynamique de place que la sous-recommandation 10.2 commence à trouver, en 2026, des éléments de réponse. Trois acteurs français ont publié des éléments structurants — chacun avec son angle. 

Crédit Agricole Assurances — le précurseur

Crédit Agricole Assurances a publié en juillet en juillet 2024 son Livre blanc auto, qui en a fait un point d’ancrage doctrinal. Les limites, en revanche, sont connues : angle mort des sinistres totaux en automobile, et sur l’assurance habitation, le périmètre couvert se restreint aux seuls dégâts des eaux, ce qui exclut la part dominante des sinistres majeurs – incendie, évènements naturels.

Groupama — le périmètre le plus large

Groupama publie, dans son Document d’enregistrement universel 2025 (avril 2026), le périmètre le plus large du marché français à ce stade. Le DEU 2025 se distingue donc par son ambition de couverture multibranches.

Macif — les leviers opérationnels

La Macif a pris le train en route — son entrée dans la doctrine scope 3 aval est plus tardive — mais avance vite sur les leviers opérationnels concrets.

La résolution France Assureurs — privilégier les sinistres au détriment de la souscription

Une résolution interne de France Assureurs (FA) suit l’orientation préférée d’une partie des acteurs français : elle recommande de privilégier la mesure des émissions liées à la gestion de sinistres (missionnement d’experts, réparations, remplacements, locations) au détriment de la mesure des IAE de souscription au sens PCAF Part C (émissions liées à l’usage des biens assurés) — sauf sur le segment des grandes entreprises, où la logique s’inverse en raison de la disponibilité des données CSRD et du levier réel de l’assureur sur les projets de transition. Cette doctrine se déplace avec pragmatisme vers un périmètre où l’assureur a un levier d’action, au prix d’un écart avec le standard international.

Conclusion : un débat doctrinal inachevé

12 ans après l’Accord de Paris, la situation normative est quand même lunaire : 

  • Alors que leurs prestataires (assisteurs, épavistes, experts…) ont fait des pas de géants pour mesurer et gérer leurs émissions,
  • Avec les moyens dont ils disposent, 
  • Les assureurs européens n’ont pas réussi à bâtir une méthode sérieuse de mesure des émissions majoritaires en assurance dommages, liées aux sinistres indemnisés ! 

Et alors même que SBTi vient de rappeler que celles-ci doivent être référencées au titre du Corporate Net Zero Standard, même si le Financial Institutions Net Zero standard ne les traite pas.

Une entrave incompréhensive au cheminement collectif des assureurs qui ont tant à contribuer à travers l’incitation des assurés à saisir l’opportunité de certains sinistres pour mettre en œuvre des actions d’électrification si essentielles.

À bons entendeurs…

À partir d’avant-hierLes Ateliers du Futur

Pour une Gouvernance Climat Dynamique : Nos “Shadow COPs” vont Exhorter les Leaders Mondiaux !

Par : TA2021-VF
17 mai 2024 à 09:53

English below

En décembre dernier, au sortir de la COP 28 à Dubaï laquelle nous avons participé, nous étions convaincus de l’importance de ces “bulles temporelles” permettant des focalisations clé pour des prises de décisions fortes sur un laps de temps court…

Et en même temps frustrés que ces sessions rassemblant le gratin de la Gouvernance mondiale sur le Climat ne se produisent que tous les 12 mois.

68 mois seulement nous séparent du jalon critique de 2030. Il est temps d’accélérer!

Les Ateliers du Futur ont donc décidé d’appliquer pour cette révolution universelle qu’exige la préservation du Climat le même type de supervision, de contrôle et de réaction déterminée que le ferait toute grande entreprise mondiale, régionale ou locale: Des revues tri- ou quadrimestrielles globales.

Ainsi naît notre ambitieuse initiative que nous avons baptisée:

QUATERLY CLIMATE REVIEWS (QCR), équivalentes à des Shadow COPs menées par notre ONG !

POUR QUI ?

Les leaders politiques sont confrontés à des milliers de priorités de court terme, surtout en cette année d’importantes élections. Les réseaux sociaux augmentent la fréquence et l’importance des réactions aux sujets petits ou grands, dans un contexte de tentatives d’influence étrangère liée aux tensions géopolitiques, ce qui les amène à diviser leur attention pour multiplier les décisions.

Face à ce maelstrom et à l’avancée irrésistible du jalon 2030, il est essentiel de rappeler plus régulièrement l’importance de NOTRE grande priorité : l’Urgence Climatique.

Nous allons donc adresser nos analyses et plaidoyers à

  • Joe Biden, John Podesta (USA)
  • Xi Jinping, Liu Zenhua (Chine)
  • Narendra Modi (Inde)
  • Emmanuel Macron (France)
  • Ursula von der Leyen (EU)
  • Rishi Sunak (UK)
  • Christine Lagarde (BCE)
  • Jerome Powell (FED)
  • Simon Stiell (UNFCCC)

COMMENT ?

Nous avons décider d’investir une part importante de nos ressources sur 3 plans dans 5 domaines au niveau mondial:

  • faire un état des lieux développements les plus récents
  • identifier les tendances à court terme
  • en déduire un Appel à l’Action des dirigeants politiques et des grandes banques Centrales en vue d’une réaction adaptée aux insuffisances, menaces, mais aussi aux opportunités à saisir.

et ce pour 5 domaines:

  • Les évolutions du Climat (en reprenant une sélection de sujets clé pour les experts),
  • Les Émissions de gaz à effet de serre,
  • Les Technologies clé pour la décarbonation,
  • La Finance,
  • La gouvernance Climat des Nations et Régions.

Nos ressources ne nous permettront évidemment pas une exhaustivité complète chaque quadrimestre, mais la qualité de notre synthèse devrait éclairer suffisamment pour convaincre. Cette synthèse se basera sur des centaines de pages de sources récoltées et analysées.

L’essentiel est d’agir! Nous voulons donc surtout inciter ces décideurs politiques et financiers à prendre des décisions importantes pour le court terme.

QUOI ?

Notre Call for Action sera donc la clé de voûte destinée à inciter ces décideurs à rehausser les ambitions et les mesures prises sur toutes les géographies! Celui de ce quadrimestre appelle en premier lieu les grands leaders politiques mondiaux à se réunir aussi trimestriellement pour le Climat!

Pour mémoire nous avions initié avant la COP 28 deux précédents Appels à l’Action:

  • Débloquer des financements à taux 0 pour les projets d’énergies renouvelables, sujet repris par le président Macron lors de son discours à Dubai, et en cours d’étude à la BCE,
  • Exiger des grandes entreprises des plans de transition alignés sur l’Accord de Paris, ce qui a été repris dans la CS3D récemment votée par le Parlement Européen.

Le lourd travail d’analyse et de synthèse que cela représente n’existe pas à notre connaissance. Il nous permet de couvrir le plus largement possible l’éventail des recommandations pertinentes. Nous espérons que cet investissement sera utile aux décideurs et fructueux!

Décideurs auxquels nous confions nos destinées et surtout celles des générations futures et qui portent donc une responsabilité historique en cette décennie critique!

Après un lourd travail de l’équipe de choc des Ateliers du Futur, voici donc la première livraison de cette initiative, le QCR#1 des ADF et son Call For Action! En anglais évidemment puisqu’il a, comme nous, une vocation internationale. Pour le télécharger, c’est ici:

https://lesateliersdufutur.org/wp-content/uploads/2024/05/ADF-QCR1-Eng-Summary-Final.pdf

Notre Call for Action de ce quadrimestre pour les leaders politiques mondiaux est présenté dans notre article suivant.

For a Dynamic Climate Governance: Our “Shadow COPs” will Exhort World Leaders!

Last December, after attending COP 28 in Dubai, we were convinced of the importance of these “time bubbles” that allow for key focuses and strong decision-making over a short period of time…

At the same time, we were frustrated that these sessions, gathering the elite of global Climate Governance, only occur every 12 months.

Only 68 months separate us from the critical milestone of 2030. It is time to accelerate!

Therefore, Les Ateliers du Futur has decided to apply the same type of supervision, control, and determined response that any large global, regional, or local company would for this universal revolution required for Climate preservation: global tri- or quarterly reviews.

Thus, our ambitious initiative, which we have named:

QUARTERLY CLIMATE REVIEWS (QCR), equivalent to Shadow COPs conducted by our NGO, is born!

FOR WHOM?

Political leaders face thousands of short-term priorities, especially in this year of significant elections. Social media increases the frequency and importance of reactions to both small and large issues, in a context of foreign influence attempts linked to geopolitical tensions, leading them to divide their attention across multiple decisions.

In the face of this maelstrom and the relentless march towards the 2030 milestone, it is essential to remind more regularly of the importance of OUR top priority: the Climate Emergency.

We will therefore address our analyses and advocacy to:

  • Joe Biden, John Podesta (USA)
  • Xi Jinping, Liu Zenhua (China)
  • Narendra Modi (India)
  • Emmanuel Macron (France)
  • Ursula von der Leyen (EU)
  • Rishi Sunak (UK)
  • Christine Lagarde (ECB)
  • Jerome Powell (FED)
  • Simon Stiell (UNFCCC)

HOW?

We have decided to invest a significant portion of our resources on three levels in five global areas:

  • Assessing the most recent developments
  • Identifying short-term trends
  • Deducing a Call to Action for political leaders and major Central Banks to respond appropriately to deficiencies, threats, and opportunities to seize.

and this for five areas:

  • Climate changes (by selecting key subjects for experts),
  • Greenhouse gas emissions,
  • Key technologies for decarbonization,
  • Finance,
  • Climate governance at National and Regional levels.

Our resources will obviously not allow us to be completely exhaustive each quarter, but the quality of our synthesis should provide sufficient insight to convince. This synthesis will be based on hundreds of pages of collected and analyzed sources.

The essential thing is to act!

We primarily aim to incite these political and financial decision-makers to take significant short-term decisions.

WHAT?

Our Call for Action will thus be the keystone intended to encourage these decision-makers to raise ambitions and measures taken across all geographies! This quarter’s call first urges major global political leaders to also meet quarterly for Climate!

For the record, we had initiated two previous Calls to Action before COP 28:

  • Unlocking zero-interest financing for renewable energy projects, a topic addressed by President Macron during his speech in Dubai and currently under review by the ECB,
  • Requiring large companies to have transition plans aligned with the Paris Agreement, which has been adopted in the CS3D recently passed by the European Parliament.

The heavy analysis and synthesis work this represents does not exist to our knowledge. It allows us to cover the widest possible range of relevant recommendations. We hope this investment will be useful to decision-makers and fruitful!

Decision-makers to whom we entrust our destinies and especially those of future generations, who therefore bear a historical responsibility in this critical decade!

After significant work by the dynamic team at Les Ateliers du Futur, here is the first delivery of this initiative, ADF’s QCR#1 and its Call For Action! In English, of course, as it has, like us, an international scope. Enjoy!

To download it, click here:

https://lesateliersdufutur.org/wp-content/uploads/2024/05/ADF-QCR1-Eng-Summary-Final.pdf

Our Call for Action this quarter for global political leaders: Read our next article.

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