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Aujourd’hui — 19 septembre 2026Flux principal

Des métiers à impacts pour réparer le monde et inventer celui de demain. Essai de définition

Comment concilier fin de mois et respect des limites planétaires ? Verdir l’existant ne suffit pas. Pour transformer nos modes de vie, il faut aussi réinventer nos métiers. Cet article pose les bases de ces “métiers à impacts” ; il lance une série de reportages pour mettre en valeur celles et ceux qui les incarnent.

Demain, il faudra changer nos modes de vie, consommer autrement, produire autrement, nous déplacer autrement… Les preuves abondent. Mais si nous ne sommes pas capables d’inventer des activités économiques qui permettent de vivre dignement, cela sera trop conflictuel. Une transition perçue comme punitive sera socialement rejetée.

Les diagnostics abondent ; les pistes sont de plus en plus solides. Peut-être que ce qui manque encore, ce sont des preuves incarnées et, sans doute plus encore, des leviers pour élargir le monde des expérimentations vers un vrai passage à l’échelle.

C’est le projet de plus en plus d’entre nous. C’est la raison qui m’a poussé à la fois à réorienter ce blog et à créer la chaîne Transitions Actions. Mais sans doute faut-il aller plus loin. Dans les années à venir, je vais donc miser sur le quotidien de toutes celles et de tous ceux qui prouvent qu’il existe bien un gisement de solutions qui concilient fin de mois et respect des limites planétaires.

Cette série de reportages explorera donc des métiers qui ne se contentent pas de verdir l’existant, mais qui contribuent à transformer vraiment les modèles. Nous les nommerons pour le moment “métiers à impacts”.

Qu’est-ce qu’un « métier à impacts » ?

En s’inspirant notamment des travaux sur les limites planétaires, de l’économie du Donut, ou encore de modèles comptables comme celui du “triple capital”, je propose de nommer “métiers à impacts” les métiers qui cherchent à agir concrètement sur ces enjeux.

Une première définition pourrait être la suivante. Les métiers à impacts sont les emplois existants ou émergents qui contribuent significativement à maintenir ou ramener les activités humaines dans un espace sûr et juste, en agissant sur cinq finalités :

  1. décarboner et réduire les dépendances aux énergies fossiles ;
  2. régénérer les écosystèmes et les ressources du vivant ;
  3. préserver les ressources (eau, sols, matières) et réduire les pollutions ;
  4. renforcer la résilience sociétale par la relocalisation, la circularité et une plus grande souveraineté ;
  5. répondre à des besoins essentiels dans des conditions socialement justes.

A l’évidence, nombre de métiers dits “verts” ne répondent pas à cette définition.

L’un des enjeux des reportages à venir sera donc de présenter la réalité de ces métiers à impacts, leurs méthodes, leurs forces et leurs limites. Le but est en particulier d’interroger leurs capacités à concilier, ou pas, fins de mois et limites planétaires, et de comprendre ce qui fonctionne réellement et ce qui ne fonctionne pas encore.

Une grille pour analyser ces métiers

Économie de la fonctionnalité et de la coopération, agriculture régénérative, sylviculture multifonctionnelle, industrie bas carbone, énergies décarbonées et boucles locales, coachings et formations, voyages apprenants et reconnexions à la nature, réparation et circularité, immobilier hub de transitions… Nombre de ces sujets ont déjà été abordés dans ce blog et dans la chaîne. L’ambition est d’aller plus loin en tentant de se doter d’une grille d’analyse commune.

Pour guider les futurs reportages, chaque métier sera ainsi analysé selon cinq questions avec pour chacune une interrogation commune : comment pourrait-on faire mieux ?

  1. Réduit-il les émissions et la dépendance aux fossiles ?
  2. Contribue-t-il à restaurer le vivant ?
  3. Réduit-il la pression sur les ressources et les pollutions ?
  4. Renforce-t-il une capacité sociétale (production, réparation, autonomie) ?
  5. Répond-il à des besoins utiles dans des conditions socialement justes ?

Chaque reportage viendra enrichir, nuancer, voire remettre en question cette grille. Mais une chose est certaine : les solutions recherchées ne verdissent pas le système. Elles cherchent à le transformer.

Les premiers reportages à venir

Les premiers reportages à venir parleront métiers de la forêt puis rural et agriculture.

Je suis tout d’abord reparti sur les routes pour rencontrer plusieurs créateurs de groupements forestiers écologiques. Vous verrez ainsi de quelles manières en réunissant de l’actionnariat populaire et des compétences forêts, il est possible à la fois de faire évoluer les pratiques sylvicoles, vers plus de douceurs, et de créer durablement des emplois ruraux.

Je prépare ensuite plusieurs reportages agricoles dans un projet nommé « cultivateurs d’avenir » dont nous reparlerons. Son but est de montrer comment on peut faire de la décarbonation et de la prévention des risques (incendies, inondations…) des leviers de développement local et de réinvention des modèles d’assurance.

A suivre donc.

Post-carbone : et si la forêt montrait la voie ?

La neutralité carbone à horizon 2050 impose désormais une accélération sans précédent de nos transformations économiques. Dans le même temps, l’Europe fait face à un décrochage industriel, technologique et géopolitique préoccupant. Et si ces deux crises, trop souvent traitées séparément, appelaient en réalité une réponse commune ? Cet article défend une conviction : le post-carbone ne doit pas être pensé comme une contrainte, mais comme une direction stratégique. Encore faut-il se doter des bonnes méthodes. À partir du cas des forêts, envisagées comme un véritable laboratoire, il esquisse quelques-unes des conditions, des outils et des rôles, notamment publics, nécessaires pour inventer des économies post-carbone à la fois crédibles, désirables et opérantes.

La troisième version de la stratégie nationale bas-carbone française, proposée pour consultation en décembre 2025, confirme les objectifs de neutralité carbone. “Pour atteindre nos objectifs, nous devrons désormais baisser nos émissions de GES de l’ordre de 5 % chaque année entre 2022 et 2030, contre 2 % en moyenne de 2017 à 2022. Cette accélération impose des efforts de tous et des transformations dans toute notre économie (transports, agriculture, industrie, bâtiments, énergie, déchets, terres et forêts).

Ce constat climatique résonne fortement avec un autre diagnostic, cette fois économique et géopolitique. Dans son rapport sur la compétitivité européenne, Mario Draghi dresse un tableau sans détour : l’Europe décroche ! Protectionnisme, insécurités, déficit d’innovation, dépendances stratégiques, pas une seule entreprise de dimension mondiale n’a été créée dans les cinquante dernières années. Pour Mario Draghi, nos pays sont à la croisée des chemins : décliner ou rebâtir un projet d’avenir. 

Deux crises, une même impasse !

Pris séparément, ces deux diagnostics, climatique et économique, pourraient sembler relever de champs distincts. Pris ensemble, ils confirment pourtant l’ampleur de notre impasse actuelle : nos modèles économiques actuels ne sont ni compatibles avec la neutralité carbone, ni capables de garantir la prospérité future du continent. Chercher à verdir à la marge une économie conçue pour l’abondance fossile ne suffira pas. De la même manière, relancer la compétitivité européenne sans transformer en profondeur nos modes de production, d’investissement et de création de valeur est illusoire.

Le post-carbone comme direction stratégique

C’est ici que l’hypothèse des économies post-carbone prend tout son sens ; non pas comme un slogan écologique, mais comme une orientation capable de répondre simultanément :

  • à l’urgence climatique,
  • au besoin de réindustrialisation et de création des emplois de demain,
  • à la recherche de souveraineté,
  • et à la reconstruction d’un projet européen mobilisateur.

Le post-carbone n’est pas l’économie du “moins”, mais celle du différemment :

  • nouveaux matériaux,
  • nouveaux usages,
  • nouvelles chaînes de valeur,
  • nouveaux rapports au vivant,
  • nouvelles méthodes.

En Europe, cette différence peut être notre chance ! La question n’est donc peut-être plus : avons-nous les moyens de réussir la transition post-carbone ? Ne serait-elle pas plutôt : avons-nous une alternative crédible si nous ne la tentons pas ?

Dans un précédent article Numericus, je proposais une hypothèse : les forêts pourraient bien être l’un des laboratoires les plus fertiles pour inventer ces économies post-carbone de demain. Le présent texte vise à mettre en discussion cette piste en esquissant une piste pour l’opérationnaliser.

Trois des conditions à réunir pour réussir

Jouer, avec quelques espoirs de succès, la carte du post-carbone suppose la réunion de quelques conditions. Trois au moins s’imposent comme indispensables.

  1. La première est l’existence d’une demande, d’un marché, d’un nombre suffisant de consommateurs à même de faire de cette économie post carbone une direction réaliste, tenable et finançable. 
  2. La seconde suppose un écosystème entrepreneurial privé et public puissant, coordonné et soutenu dans la durée. 
  3. La troisième condition est politique. Elle suppose que la puissance publique ose tenir de nouveaux rôles, développer de nouveaux outils, moderniser ceux existants, ou encore, par exemple, agir via les leviers de la commande publique et assimilés.

Condition 1 :pas d’économie post-carbone sans marché.

On peut innover, subventionner, réglementer, planifier… Mais sans demande suffisante, aucune économie ne devient durable, finançable, industrialisable, ou encore socialement acceptable.

Les économies post-carbone ne feront pas exception. L’histoire montre même que les stratégies purement contraintes produisent le plus souvent de l’échec, du rejet, ou des systèmes artificiels durablement dépendants des subventions publiques.

Le New Deal américain des années 1930 en fournit une illustration classique : souvent présenté comme une politique de l’offre, il fut d’abord une politique massive de soutien à la demande. L’État a créé les conditions du marché avant de transformer l’économie.

L’électrification de masse apporte une seconde démonstration. L’électricité existait techniquement bien avant sa généralisation. Ce sont l’équipement massif des ménages, des tarifs accessibles et la standardisation des usages qui ont déclenché son essor. La transition énergétique n’a jamais été spontanée : elle a été socialement construite.

De la même manière, il n’existera pas d’économie post-carbone viable sans la constitution explicite d’une demande suffisante, désirée, organisée, sécurisée et durable. Y parvenir suppose avant tout une construction politique, économique et sociale. 

Condition 2 :  Un écosystème entrepreneurial puissant et coordonné

Aucune transformation économique majeure ne repose sur l’État seul ou sur le marché seul. Elle se fonde sur des coopérations structurées entre acteurs publics et privés, capables de transformer une direction politique en solutions concrètes. ​​

L’exemple d’Airbus, dans les années 1970, l’illustre bien : ni entreprise isolée, ni politique strictement étatique, mais un pacte de long terme fondé sur le partage des risques, la coordination des compétences et une vision stratégique commune.

Le post-carbone appelle le même type d’organisation. Forêts, énergies renouvelables, géothermie, rénovation des bâtiments ou encore par exemple gestion des sols nécessitent à la fois :

  • des décisions comme des commandes publiques, 
  • des infrastructures, 
  • une multitude de solutions privées, agiles, capables de s’adapter aux contextes locaux au sein de projets publics / privés partagés. 

Sans ces coopérations public-privé structurées, la transition restera une addition d’expériences intéressantes mais marginales. 

Condition 3 : une puissance publique capable de se réinventer organisatrice et leviers 

La troisième condition est politique. Elle suppose que la puissance publique accepte d’endosser de nouveaux rôles sur le temps long.  Il ne s’agit plus seulement de réguler ou d’inciter, mais de :

  • développer de nouveaux outils,
  • moderniser ceux qui existent,
  • mobiliser pleinement des leviers puissants mais sous-utilisés : commande publique, appels à projets, incitations fiscales et réglementaires.

Historiquement, lorsque des transformations profondes ont été engagées, l’État a su être organisateur, investisseur, prescripteur, parfois même créateur de marchés. Le post-carbone exige aujourd’hui ce même changement d’échelle. On le voit, le sujet est sans doute bien plus large que ne le permet l’entrée souvent affirmée sous l’angle État exemplaire… 

La forêt pour prendre un coup d’avance

Les stratégies forestières concentrent, souvent de manière plus aiguë qu’ailleurs :

  • la complexité des systèmes,
  • l’intégration du vivant non humain,
  • la diversité des acteurs et des modèles,
  • la tension entre temps long et urgences contemporaines.

Elles obligent à penser simultanément la demande, l’offre, la gouvernance ou encore, notamment, les outils publics. À ce titre, la forêt apparaît donc comme un secteur de prise d’avance méthodologique.

Une plateforme de services d’intérêt public dédiés valorisation et résilience des forêts

Comment pourrait-on lancer ce mouvement ? A partir des enseignements tirés de plusieurs reportages, j’ai tenté de prototyper ce que pourrait être une plateforme de services d’intérêt général pensée en mode commun. Elle proposerait une infrastructure sociotechnique partagée reliant les métiers, les données et les compétences des acteurs publics et privés de la forêt. Son objectif ? Augmenter les capacités d’action collective, en réduisant les frictions, les risques et les coûts de coordination ou de transaction.

J’ai été frappé à ce sujet par les choix faits par plusieurs autres pays. Je me suis en particulier appuyé sur celui de la Finlande dans ce reportage. J’aurai pu également évoquer la Nouvelle-Zélande pour le suivi des projets Label Bas carbone, les solutions norvégiennes dans lesquelles le cadastre est un volet dédié planification environnementale, ou encore ceux de l’Estonie ou de la Suède.

Même si, bien entendu, leurs forêts ne ressemblent pas aux nôtres, même si leur culture est différente, ces réalisations prouvent la faisabilité technique, économique et réglementaire du projet proposé. 

Pensée à terme à l’échelle nationale, cette plateforme fournirait un socle commun aux projets forestiers territoriaux. L’enjeu est en effet de s’adapter à la diversité des situations locales. 

A cette fin, comme le préconise par exemple l’association SYLV’ACCTES, tout volet forestier d’une stratégie post-carbone gagnerait à être intégré dans un projet territorial. Et pour cela, les logiques de subsidiarité montrent que les maîtres d’ouvrage “naturels” relèvent des missions des Collectivités Territoriales (EPCI, Syndicats et satellites).

Cet adossement à un projet territorial est d’ailleurs aussi le moyen aussi de stimuler la demande. J’ai eu la chance à ce sujet de pouvoir interviewer par exemple le vice-président de l’agglomération de Tulle, Éric Bellouin, également maire de Saint-Clément. Commandes pour les chaufferies bois, soutien pour les projets forestiers collectifs, intégration du bois comme matériel de construction pour les bâtiments publics, ou encore par exemple incitations via les politiques d’urbanisme réglementaire, cet échange confirme à quel point les collectivités territoriales disposent de véritables moyens d’agir.

Une dizaine de services pour le quotidien des acteurs de la forêt

Pour matérialiser les plus de cette éventuelle plateforme dans le quotidien des acteurs concernés, encore faut-il tenter un premier prototypage. J’ai pour cela pris le parti méthodologique de me fonder sur les points de frictions, sur les problèmes ou sur les difficultés remontés dans les dizaines d’entretiens réalisés. Ils s’organisent autour d’une dizaine de premiers services envisagés.

Accès & identité

  • Accès personnalisé pour chaque propriétaire, opérateur public (ONF, CNPF, INRAE, ADEME…), gestionnaire et entreprise concernées (ETF, coopératives…) pour que chacun puisse fournir, partager et disposer à la fois d’informations dynamiques et de services à l’échelle de la parcelle cadastrale.

Données & diagnostics dynamiques

  • Intégration de chaque parcelle le cas échéant dans un projet forestier territorial et dans les itinéraires forestiers retenus par ledit projet.
  • Qualification parcellaire via par les données IGN (dont LIDAR HD au fur et à mesure de la disponibilité de ces données), et par les données collectées localement (placettes, ventes, observations…).
  • Suivi de l’état sanitaire de chaque parcelle via l’analyse automatique des données satellites. GOODFOREST propose à ce sujet par exemple une solution intéressante qui alerte les acteurs concernés par messagerie en cas de problème.

Accompagnement & gestion

  • Conseils et solutions personnalisés pour chaque propriétaire privé. Ces conseils pourraient être prodigués notamment par le CNPF, par des associations de type ASLGF quand elles existent, par des associations reconnues d’intérêt général comme SYLV’ACCTES et bien sûr par les gestionnaires forestiers indépendants.
  • Propositions de solutions de gestion pour les propriétaires privées qui ne peuvent pas intervenir ou s’occuper de leurs forêts. L’offre de NÉOSYLVA, qui passe aussi par des gestionnaires forestiers locaux, est un bon exemple à ce sujet.

Recherche-développement & expérimentations

  • Tests de suivi dynamique de l’évolution des forêts concernées par exemple pour les labellisations bas carbones. La généralisation de la mutualisation de projets de recherche Développement et des projets de type Living Lab forestier avec des données ouvertes seraient à ce titre un atout.

Apprentissage & coopération

  • Accès personnalisés à des offres de formations, des journées d’échanges, des ateliers de retour d’expérience (tests nouvelles essences ou nouvelles pratiques sylvicoles par exemple)

Échanges entre acteurs

  • Messagerie automatique, selon une logique de droits associés, pour que les acteurs concernées (propriétaires forestiers publics et privés, gestionnaires, opérateurs…) puissent échanger plus simplement. 

Marchés & débouchés

  • Accès aux éventuelles “commandes” bois locales (architecture bois, bois énergie, demandes de type contrats d’approvisionnement, demandes scieries… mais aussi offres de soutiens de type organisations mécènes). Le but est que la plateforme accélère et simplifie la demande notamment en réduisant les coûts de transaction et en sécurisant les échanges.

Techniquement, cette interconnexion en mode plateforme ne pose pas de problèmes insurmontables. Comptablement, les univers budgétaires révélés par les reportages montre à quel point ils sont accessibles. D’un point de vue organisationnel, j’ai été en outre frappé de la maturité de l’immense majorité des interlocuteurs publics et privés. Ce passage de l’actuel fonctionnement en silo, dont chacun ressent bien les limites, vers une nouvelle logique de coopération semble bien compris. Sous la réserve bien sûr qu’il existe un projet politique fort, la forêt pourrait donc être la première brique d’une nouvelle méthode. 

D’ailleurs, si l’on parvenait à démontrer qu’une telle plateforme est possible pour un système aussi complexe que la forêt, alors elle deviendrait imaginable pour d’autres piliers des économies post-carbone : énergies renouvelables, géothermie, sols, matériaux, bâtiments, mobilité… C’est en ce sens que je suis de plus en plus persuadé que les forêts sont bien l’un des laboratoires les plus fertiles pour inventer les économies post-carbone de demain. 

Dernier point important pour tous ceux qui pensent, comme moi, que les mutations à venir seront impossibles sans pouvoirs publics forts, ce laboratoire permettrait également de coinventer ce que pourrait être un État (au sens le plus large) post-carbone. A l’évidence, il ne sera plus seulement normatif ; il ne sera plus seulement incitatif ; il ne sera pas non plus seulement exemplaire.

Devrait-il devenir l’organisateur d’écosystèmes de mise en capacité collective et le garant d’infrastructures communes, laissant l’innovation, la diversité et l’adaptation aux territoires, aux entreprises et aux associations ? Nombre de signes le montre.

La crédibilité du label bas carbone pour les forêts est en danger. N’est-il pas temps d’adopter d’autres méthodes ?

Peut-on sérieusement miser sur un itinéraire label bas carbone forestier qui se fonderait sur des moyennes de production à l’hectare vaguement définies à priori ? Dans un contexte de profond changement climatique, peut-on vraiment croire que les crédits carbone vendus en 2025, par exemple à des entreprises, seront toujours séquestrés dans 30 ans ? Peut-on oublier que les vrais chiffres, notamment ceux de l’Inventaire forestier national 2025 de l’IGN, montrent au contraire un ralentissement de la production biologique et, surtout, une diminution de 38% de la fonction de « puits de carbone » des forêts entre 2015-2023 et 2005-2013 ? Malheureusement, la réponse est négative. C’est pour cette raison que nous avons interrogé plusieurs spécialistes pour envisager un autre itinéraire.

Le but est d’explorer une piste : celle de l’invention d’un itinéraire label bas carbone forestiers à impacts ! Un label non plus fondé sur des estimations mais sur de véritables mesures ; un label à impacts pour améliorer les pratiques sylvicoles, notamment en forêts privées ; ou encore, par exemple, un label 100% réservé aux entreprises qui veulent vraiment contribuer et échapper au greenwashing ?

Un label bas-carbone forestier plus robuste est possible

C’est à ces questions que ce reportage répond. Il explique les limites des itinéraires actuels du label bas carbone pour les forêts. Il analyse notamment les causes des polémiques de l’automne 2025.

Ce cinquième reportage de cette série consacrée aux sujets forêts privées et changements climatiques, montre ensuite qu’une autre méthode est possible. David Amar montre que dans d’autres domaines , d’autres choix prévalent ; c’est le cas par exemple de la méthode Land To Market dédiée à la régénération des prairies.

Forêts & carbone : passer des estimations aux preuves

Le reportage explore ensuite les plus-values pour la forêt de technologiques telles que le LIDAR Haute Définition et les satellites. Trois entreprises spécialistes sont interviewées : le bureau d’études AGEX, une nouvelle start-up spécialisée dans ces domaines, Goodforest, et un expert forestier, Jérôme Louvet qui vient de lancer un service original fondé sur le LIDAR terrestre. Elles montrent de quelles manières un mix de ces méthodes permettent déjà non plus d’estimer le nez au vent mais de vraiment suivre les projets forestiers pour piloter nos espaces boisés et prouver, ou pas, la réalité de la séquestration carbone.

Vers un label bas-carbone forestier « à bonus »

Sur ces bases, ce reportage esquisse la piste d’un nouvel itinéraire forestier label bas carbone à plus forts impacts, à bonus. D’autres reportages préciseront ces premières esquisses.

Forêts et changement climatique : l’urgence d’agir ensemble et d’oser inventer ce qui manque pour vraiment faire levier

Et si les projets de décarbonation devenaient une opportunité pour mieux valoriser les forêts privées françaises, en permettant (1) une meilleure substitution d’une partie des énergies fossiles par le bois (2) une plus grande séquestration carbone par les arbres, (3) la prise en compte, enfin, des services écosystémiques forestiers, et (4) une plus grande robustesse des forêts, des écosystèmes comme de nos sociétés ? Substitution, Séquestration, Services, Robustesse : ainsi se résument les inconnues de l’équation 3S+R, au centre de la série de reportages réalisés par la chaîne Transitions Actions. Plus de 40 spécialistes et acteurs de terrain ont été rencontrés durant l’été 2025, d’autres interviews sont encore en préparation. Le but ? Contribuer à qualifier les leviers encore à développer pour redonner une valeur nouvelle aux forêts, notamment privées, et pour se doter d’une stratégie à la mesure de notre besoin croissant de forêts.

Un premier reportage a permis d’expliquer pourquoi j’ai fait le choix de me concentrer sur les forêts privées. Dans ce second sujet, j’explore l’une des conditions indispensables pour mieux les valoriser, mieux les entretenir, et leur donner davantage de valeurs matérielles et immatérielles. J’étudie les coopérations et les actions collectives entre propriétaires privés, dont le développement dépend d’ailleurs, pour une large part, des politiques publiques locales.

Jouer collectif afin de rendre les forêts privées gérables !

À travers l’exemple des Associations Syndicales Libres de Gestion Forestière (ASLGF), ce reportage montre d’abord à quel point ces organisations, réunissant des propriétaires forestiers privés, sont indispensables pour rendre demain la forêt gérable. L’exemple de la Communauté d’agglomération de Tulle, en Corrèze, et de son ASLGF, illustre bien les bénéfices d’un jeu plus collectif pour chaque propriétaire :

  • plus grande liberté de choisir ses itinéraires forestiers, y compris en libre évolution,
  • meilleure capacité d’action et de négociation,
  • nouvelles ressources pour se former et décider,
  • plus grande robustesse des territoires.

Les bonnes raisons de rejoindre une organisation forestière de ce type sont légion. Il ne fait donc aucun doute qu’affronter l’avenir exigera de développer toujours plus le sens de l’action collective.

Mais comment faire davantage levier ?

Mais sommes-nous assez nombreux à en être convaincus ? Sommes-nous assez nombreux à ressentir ce désir des forêts, à comprendre que nous avons – et aurons de plus en plus – besoin des arbres et de leur bois ? Les faits prouvent que non. Entre ceux qui ne savent même plus où se trouve leur forêt, celles et ceux qui vivent trop loin d’elle, ceux qui l’ont oubliée, ceux qui ne savent pas comment s’y prendre, et ceux dont les forêts restent inaccessibles à tout engin, même léger, les forêts privées apparaissent bien comme le maillon faible de l’équation 3S+R.

L’un des principaux points d’effort consiste à trouver comment simplifier et accélérer l’engagement des propriétaires forestiers dans ces actions collectives. Les entretiens avec les ASLGF interrogées (comme avec des structures équivalentes) montrent en effet à quel point les rythmes d’adhésion des propriétaires restent lents, compliqués, aléatoires. Il faut souvent plusieurs années pour commencer à agir, et parfois seulement sur de petites surfaces qui tiennent plus de la démonstration que du véritable levier. Il est indispensable de disposer d’une ou d’un animateur de très grande qualité, sur un groupe pilote de propriétaires engagés, quai militants, et de pouvoir compter sur des relais locaux, notamment politiques, solides.

Certains territoires prouvent que c’est possible. Mais ne sont-ils pas l’exception ? À l’issue de ces dizaines d’entretiens, je reste dans le doute. Dans la situation actuelle, marquée par une réglementation complexe, un cadastre d’un autre temps et un paysage forestier fragmenté, les indispensables organisations collectives peinent encore à enclencher la révolution forestière que la situation exige. C’est sur cette impression que se termine ce second reportage. Les quatre ou cinq suivants permettront, je l’espère, d’esquisser quelques pistes.

Géothermie : trois reportages pour explorer cette énergie d’avenir

Et si la meilleure énergie pour demain était déjà sous nos pieds ? Renouvelable, non intermittente, bas carbone, capable de chauffer et de rafraîchir, la géothermie offre des atouts uniques non seulement pour décarboner mais aussi pour réduire ses budgets énergie tout en gagnant en indépendance. Ces trois vidéos complémentaires dressent un panorama presque complet à ce sujet. Leur objectif premier est de nous permettre de situer nos projets par rapport à la géothermie, des grandes infrastructures aux maisons individuelles en passant par les réseaux de chaleur urbain.

La géothermie est une énergie locale, renouvelable et discrète tant au niveau du paysage qu’en regard de ses nuisances sonores. Elle mérite de prendre plus de place à la fois dans le débat public, par exemple de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie, et dans nos projets urbains et personnels. Sur la chaîne Transitions Actions, je lui ai donc consacré trois vidéos.

Le premier interview, grâce à Damien Bevillon du groupe Arverne vous explique simplement les différents types de géothermie : très basse, basse ou haute énergie, géothermie profonde, sur sondes… L’objectif est de proposer une vision claire de ce que recouvre ce terme, souvent mal compris, et des technologies associées.

Le second présente une solution de chaleur et de rafraîchissement dédiée habitat collectif. Il nous amène à Annecy, où la société d’économie mixte TERACTEM a mis en œuvre un projet remarquable : un réseau de chaleur et de rafraîchissement alimenté par la géothermie de faible profondeur, associé à des solutions photovoltaïques.

Un troisième enfin se concentre sur les maisons. Avec Stéphane Simon de Nova Géothermie, nous analysons un cas concret : coût de l’installation, choix du terrain, types de maison compatibles, entretien, temps de retour sur investissement… Vous saurez ainsi si la géothermie est faite pour votre maison.

Un prochain reportage complétera ces sujets pour proposer une solution de solarothermie adaptée aux maisons d’environ 100 m2. A suivre donc.

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À partir d’avant-hierFlux principal

88•Chemtrails ou Contrails ?

Par : Marc HENRY
6 août 2024 à 18:01

Changement climatique et géo-ingénierie


Cette chronique se donne pour objectif de faire le point sur la réalité des phénomènes appelés « chemtrails ». Car, ce terme revient de manière récurrente sur les réseaux sociaux. Il suggère que l’on utilise le transport aérien pour “pulvériser” divers agents chimiques. Ainsi, on mentionne très souvent le baryum, l’aluminium, ou divers contaminants de nature biologique. Ceci, dans le but de manipuler les conditions météorologiques. Ou bien alors de contrôler les populations ou de propager des pandémies. L’idée serait aussi d’influencer psychologiquement les masses pour lutter contre le soi-disant « changement climatique » ». L’appellation “Chemtrails” est fréquemment synonyme de « géo-ingénierie ».


Toutefois, la très grande majorité des pouvoirs en place, qualifient ces « chemtrails » de délire conspirationniste. Ici, on évoque, généralement, les « contrails », c’est-à-dire, des traînées de condensation. On se veut rassurant en expliquant que tout cela n’a absolument rien à voir avec la géo-ingénierie. Le problème est ici que la plupart des dirigeants mondiaux sont des pervers notoires. Et, tout pervers qui se respecte maîtrise parfaitement l’inversion de valeur. Bref, vous voyez une chose. Dans le cas présent, des traînées blanches plus ou moins persistantes dans le ciel. Ces traînées proviennent toujours d’un avion. Un pervers admettra que ces traînées existent bel et bien. Mais, il aura le talent de vous persuader qu’il existe une explication naturelle. Bref, que vous êtes mal informés. Pire, que vous voyez le mal partout où il ne se trouve pas.

Perversité et corruption


Comment faire la part des choses ? Qui a raison ? Les pouvoirs publics aux mains de pervers ? Ou bien des individus courageux et lucides qui dénoncent une dérive totalitaire ? Normalement, l’outil qui permet d’y voir clair est le recours à la méthode scientifique. Sauf, que les scientifiques peuvent aisément être corrompus par les pouvoirs en place. Les méthodes de corruption sont classiques. Honneurs et prix associés à la perception de sommes d’argent substantielles. Postes de pouvoir au sein d’institutions scientifiques prestigieuses et de très haute réputation. Invitations à faire des conférences plénières lors de grandes manifestations scientifiques. Omniprésence dans les médias à la botte de gouvernants mégalomanes.


Bref, il existe des scientifiques vertueux. Et, d’autres qui sont totalement véreux et compromis jusqu’à la moelle. À chacun de se faire sa propre opinion, au vu du parcours de celui ou celle qui prétend être scientifique. La première chose à vérifier est que le scientifique possède un indice de Hirsch (indice-h) significatif. La chronique n° 22, intitulée « Qu’est-ce qu’un bon chercheur ? », vous rafraîchira la mémoire. 

Indice de Hirsch h


Pour simplifier, un scientifique « normal » avec N années de recherches à son actif, doit avoir h ≈ N. Par exemple, j’ai commencé ma carrière en 1981 comme « attaché de recherche au CNRS ». D’où, en 2024, N = 2024 – 1981 = 43 années de recherches. Or, selon le moteur de recherche « Google Scholar », j’ai, à la date d’aujourd’hui, un indice-h = 42. Je suis donc dans les clous pour m’exprimer au nom de la science. Et, ce, dans ma spécialité qui est la chimie. Mais, mon domaine de recherches est l’eau. D’où des compétences avérées également en physique ainsi qu’en « sciences de la terre » et « sciences de la vie ». 


Ensuite, l’idéal est que la personne concernée soit à la retraite. Ceci assure qu’elle possède une bonne expérience. Et, surtout, qu’elle ne peut plus occuper un poste à responsabilité. Car, les récompenses et les honneurs vont, en priorité, aux directeurs et autres professeurs en charge d’une unité active. Là aussi, je suis dans les clous. D’où ma relative neutralité dans ce dossier sulfureux des chemtrails. Je n’ai, effet, rien à gagner, ni rien à perdre en disant les choses comme elles sont.

Réchauffement climatique


Avant toute chose, il convient d’être clair. La notion de réchauffement climatique lié à un soi-disant « effet de serre » de certaines molécules est une arnaque. Voir la chronique n° 74 : « Délires hygiénique, climatique et énergétique », pour se rafraîchir la mémoire. Pour être bref, une serre éclairée par le soleil chauffe. Mais, sachez que l’augmentation de température que l’on constate ne provient pas du rayonnement solaire infrarouge supposé être piégé dans la serre. La preuve est simple. Il suffit de fabriquer une serre dont les parois sont en chlorure de sodium. Parce que cette matière possède la propriété d’être totalement transparente aux infrarouges. Autrement dit, ici, impossible de piéger l’infrarouge. Puisque ce rayonnement est transféré avec une efficacité de 100% à l’extérieur de la serre.

Impossible, donc, de réfléchir une quelconque longueur d’onde vers l’intérieur. Et, pourtant, cette serre verra sa température augmenter. Et, ce, exactement de la même manière qu’une serre en verre… Qui, elle, piège certaines longueurs d’onde infrarouge. Conclusion sans appel : l’effet de serre n’est en rien lié à un quelconque piégeage d’un rayonnement infrarouge. L’explication est beaucoup plus simple. C’est l’absence de convection qui est responsable de l’augmentation de la température. Et, ceci se produit, que les parois soient en verre ou en NaCl. 

Effet de serre


Parler d’effet de serre sur une planète au sein d’une atmosphère livrée aux courants de convection est donc une absurdité totale. Parler de « gaz à effet de serre », vapeur d’eau ou dioxyde de carbone, peu importe, c’est faire preuve, au mieux, d’une totale ignorance. Au pire, c’est la preuve d’une profonde malhonnêteté intellectuelle. Et, dans ce cas-là, on peut déceler une perversité à déformer ainsi la réalité scientifique. Bref, terroriser la population afin de lui faire accepter des mesures de contrôles totalitaires. Ou bien, pire encore. Priver l’humanité des bienfaits liés à l’ensoleillement. Ensoleillement qui est une chose gratuite. Ceci afin qu’elle devienne malade ou en mauvaise santé. D’où, toute une panoplie de médicaments ou de vaccins, qui, eux, bien évidemment, payants.

Traînées de condensation

Venons-en maintenant aux contrails ou « trainées de condensation ». Une contrail est un nuage artificiel contenant des cristaux de glace. Ceux-ci se forment généralement derrière les avions à réaction dans la haute troposphère. Mais, également, dans la basse stratosphère. À la sortie des réacteurs de l’avion, les contrails ressemblent initialement à une bande blanche. Bande qui peut se dissiper très rapidement. Mais, qui peut aussi s’étendre et persister pendant quelques minutes, voire quelques heures. Sa formation est due à l’augmentation de l’humidité relative dans le panache d’échappement du moteur. Ceci, en raison du mélange des gaz d’échappement chauds et humides avec l’air ambiant froid. Or, le kérosène, se compose principalement d’hydrocarbures. Après combustion, il produit ainsi surtout des gaz d’échappement chauds et humides :

CxHy + (x + ¼y)O₂ = x CO₂ + ½y H₂O

Pour chaque gramme de fuel brûlé par un avion, on retrouve dans son panache environ 12 grammes de gaz d’échappement, 1,4 g de vapeur d’eau pour un dégagement calorifique de 10 000 calories. De plus, chaque gramme de gaz d’échappement se mélange avec N grammes d’air. Typiquement, on a 60 ≤ N≤ 7 000. Or, la chaleur spécifique de l’air vaut 0,24 kcal·kg-1·K-1. D’où un accroissement de température de l’air valant : ∆T = 10 000/(12×N×0.24) K. On constate ainsi que N×∆T = 3472 K. Vu la plage de variation de N, on s’attend alors à ce que 0,5 K ≤ ∆T ≤ 60 K.

Air humide à 100%

L’humidité ajoutée à l’air peut, pour sa part, s’écrit : ∆w = (1,4×1000)/(12×N) g·kg-1. Par conséquent, le rapport entre l’augmentation d’humidité et l’augmentation de température s’exprime comme : ∆w/∆T = 0,0336 g·kg-1·K-1. On remarque que ce rapport ne dépend pas de la valeur de N. Par conséquent, selon la pression, la température et l’humidité relative (RH) initiale, ainsi que selon la valeur de N, l’air ambiant peut se retrouver saturé ou pas en vapeur d’eau, après passage d’un avion. 

Supposons maintenant que la température de l’air ambiant soit suffisamment basse. Alors, l’humidité contenue dans le panache du moteur peut provoquer une sursaturation en vapeur d’eau. Pour fixer les idées, soit un échauffement de l’air ∆T = 5°C pour une pression de 500 hPa. Rappelons que la relation entre pression atmosphérique p(z) en hPa et altitude z en mètres s’écrit :


p(z) = 1013,25×[1 – 0,0065×z/288,15]5,255

Par conséquent, prendre p(z) = 500 hPa signifie que l’avion vole à une altitude de 5 575 mètres. Dans ces conditions, supposons que si l’atmosphère possède une humidité relative RH = 100%. Il en découle alors que l’avion rendra l’air sursaturé en vapeur d’eau pour toute température extérieure telle que -80°C ≤ T ≤ -40°C. Toutefois, si ∆T = 40°C, ce ne sera si T ≤ -70°C que l’air deviendra sursaturé.

Air avec humidité relative RH

Supposons à présent que la pression extérieure soit de 100 hPa. Ici, l’avion vole donc à une altitude de 15 800 mètres. D’où une température extérieure inférieure à -50°C pour qu’il y ait sursaturation si ∆T = 5°C. Tandis que pour ∆T = 40°C, il faudra que T ≤ -70°C.


Résumons. Soit un air d’humidité relative RH = 100%. Pour qu’il y ait sursaturation après passage de l’avion, il faut que l’air soit le plus froid possible. Que le vol ait lieu à basse altitude (forte pression). Et, que le mélange entre air et gaz d’échappement soit le meilleur possible (faible ∆T ou grande valeur de N). 


Toutefois, l’air possède rarement un taux d’humidité relative de 100%. Mais, si w est le taux de mélange initial et wsw le taux de mélange à saturation, alors on peut écrire que w = wsw(RH/100). D’où une quantité d’eau nécessaire pour maintenir l’air en sursaturation durant son réchauffement :


∆w = (1,4×1000)/(12×N) – wsw(1 – RH/100) -> ∆w/∆T = 0.0336 – wsw(1 – RH/100)/∆T


Ainsi, si ∆T = 5°C, pour RH = 60%, on aura : ∆w/∆T = 0.0336 – 0.08×wsw. Tout ceci (figure ci-dessus) permet de déterminer la température critique TC pour laquelle il y aura sursaturation pour différentes conditions initiales de pression p(z), d’humidité relative RH et de taux de mélange N. La ligne en pointillé montre l’humidité nécessaire pour maintenir une sursaturation de l’air dans une atmosphère saturée chauffée de ∆T = 5°C.

Cristaux de glace


Notons que tout ceci n’explique en rien le panache blanc observé à l’arrière des avions. En effet, la condition que l’air soit en sursaturation est nécessaire pour pouvoir observer le panache blanc. Mais, elle n’est pas suffisante. Pour que l’on puisse effectivement voir le panache, il faut qu’il se forme des cristaux de glace. Ceci est général automatique puisque les températures critiques sont largement négatives. Par conséquent, même si la vapeur passe d’abord par un état liquide, elle se trouve, de fait, en surfusion et gèle quasi instantanément. Les germes de cristallisation nécessaires pour que la glace apparaisse se trouvent déjà en abondance dans les gaz d’échappement.


Car, dans ces gaz, il y a aussi de petites quantités d’oxydes d’azote, d’hydrocarbures, de monoxyde de carbone, d’oxydes sulfuriques. Ainsi que de certaines matières organiques, d’ions chimiques, de suie. Et, aussi, de petites particules métalliques. Ces dernières jouent un rôle secondaire dans la formation des traînées de condensation. La condensation se produit principalement sur les particules de suie. Celles-ci sont présentes dès que la combustion est incomplète. Des cristaux se développent donc par dépôt, si l’humidité par rapport à la glace est supérieure au point de saturation. La formation de cristaux de glace permet d’atteindre un état d’équilibre, permettant à l’air de repasser de l’état sursaturé à l’état saturé.

Sursaturation par rapport à la glace


Par conséquent, le contrail qui se trouve à une humidité relative proche de 100% par rapport à l’eau liquide est, de fait, déjà sursaturé par rapport à la glace. Ces cristaux vont donc se développer jusqu’à ce que l’humidité relative atteigne 100% par rapport à la glace. D’où une nouvelle correction à apporter au gradient ∆w/∆T :


∆w/∆T = 0.0336 – (wsi – wsw×RH/100)/∆T


Ici, wsi est le taux de mélange à saturation par rapport à la glace et non plus celui, wsw, par rapport à l’eau liquide. Maintenant, selon les conditions météorologiques initiales et suivant le taux de mélange N, la concentration en eau « visible » peut être très variable. Des études ont ainsi montré que pour le contrail soit visible, il faut une concentration de cristaux de glace comprise entre 0,004 et 0,01 g·m-3. Si la concentration atteint 0,004 g·m-3, le contrail est à peine visible. En revanche, pour une concentration de 0,01 g·m-3, il est d’une blancheur éclatante.


Il y a donc deux conditions pour qu’un contrail se forme. Il doit y avoir saturation par rapport à l’eau liquide. Et, il faut une concentration en cristaux de glace entre 0,004 et 0,01 g·m-3. Après gel complet, le contrail ne se dissipera pas tant que la température critique d’observation sera trop haute. Il faut donc, que, par mélange, cette température critique redescende en dessous de la température de l’air environnant. Par conséquent, si le point de formation du contrail se trouve sur la courbe de saturation par rapport à l’eau liquide, son point de disparition, lui, se trouve sur la courbe de saturation par rapport à la glace.

Un exemple

Concrètement, soit un vol à une altitude de 11 777 mètres, correspondant à une pression atmosphérique de 200 hPa. Si la température est de -60°C et l’humidité relative de 60%, un panache se formera dès que N atteindra la valeur 150. Et, ce panache durera tant que N n’aura pas atteint la valeur 3700. Le panache ne sera plus visible, mais il restera une faible traînée jusqu’à ce que N atteigne la valeur de 7 000. Toutefois, si la température n’est que -50°C, aucun contrail ne se formera. Car, il n’y aura jamais, dans le panache, de saturation par rapport à l’eau.

On peut aussi s’intéresser uniquement au fait de savoir si un contrail va se former. Le graphe suivant donne la température maximale pour qu’un contrail se forme en fonction de la pression (altitude) et de l’humidité relative. Ces courbes permettent également de savoir quelle humidité relative initiale est nécessaire pour avoir un contrail à une température et pression donnée.

Graphique de l’humidité relative nécessaire à la formation d’une traînée de condensation en fonction de la pression et de la température de l’environnement.

Pour utiliser le graphe, on sélectionne une pression et une température afin de savoir à quel taux d’humidité relative, on aura formation de contrails. Si le point considéré se trouve à la droite de la ligne des 100%, il est très peu probable qu’un panache se forme. Car, dans ce cas, l’atmosphère sera rarement en sursaturation par rapport à l’eau. Si, par contre, le point se trouve à gauche de la ligne à 0%, les contrails se formeront toujours, même si l’air est complètement sec. Pour tout point intermédiaire, il y aura formation des panaches si l’humidité relative est supérieure à la valeur du graphe.

Atmosphère standard

Si l’on prend l’atmosphère standard, on s’attend à ce qu’il n’y ait aucun panache en dessous de 320 hPa. Par contre, il y en aura toujours un de 205 à 240 hPa. De 240 à 320 hPa, et au-dessus de 205 hPa, il est nécessaire qu’il y ait un certain taux d’humidité dans l’air. Les masses d’air de l’arctique à basse altitude sont toujours beaucoup plus froides que l’atmosphère standard. Elles donnent donc naissance à la formation de contrails même très près de la surface terrestre. En revanche, dans les masses d’air tropicales, le froid intense en altitude augmente la probabilité d’apparition de traînées de condensation à très haute altitude.

Les taux d’humidité relative s’obtiennent, généralement, à partir d’observations impliquant des radiosondes. De telles mesures sont simultanément peu précises et rares. De manière très générale, l’humidité relative par rapport à l’eau dans la troposphère supérieure (altitudes 6-20 km) va de 40% à 90%. Ces mêmes valeurs sont de 0 à 60% dans la stratosphère (altitudes 20-50 km). 

Trois conditions

Pour résumer, il y a de trois pré-requis pour pouvoir observer des contrails : 

  1. Aucun sillage ne peut apparaître derrière un avion si l’on n’atteint pas le point de saturation en eau autorisant la transformation de toute la vapeur en eau “visible”.
  2. Après la formation des gouttelettes d’eau, le gel se produit immédiatement. Et, l’excès de vapeur dans la traînée se dépose sous forme de cristaux de glace. Ceci, jusqu’à ce que l’humidité relative dans la traînée tombe à 100 pour cent par rapport à la glace.
  3. Une teneur en cristaux de glace de 0,004 g·m-3 permet l’apparition d’une traînée légère. Pour avoir une traînée bien visible, cette valeur doit passer à 0,01 g·m-3. Cette dernière condition n’a aucun effet sur la formation de la traînée. Mais, en revanche, elle influence sa dissipation.

    Un environnement trop sec ne permet pas la formation de traînées de condensation. Alors que dans un environnement plus humide, des traînées se forment. Et, leur longueur varie directement en fonction de la différence entre l’humidité relative réelle et l’humidité relative requise. Il existe également des moyens d’obtenir la distance derrière l’avion à laquelle les traînées de condensation se formeront et se dissiperont. La variable de contrôle est ici N, le taux de mélange entre l’environnement et les gaz d’échappement. Ce paramètre doit donc être traduit en termes de distance ou de temps. Et, cela implique de connaître la vitesse de l’avion, son taux de combustion du carburant, la distance radiale du point par rapport à l’axe de la traînée, ainsi que la densité et la stabilité de l’atmosphère. Toutes ces données sont difficiles à obtenir.

Observations


Une solution consiste donc à observer au lieu de vouloir calculer. Par exemple, un article [2] a observé 1778 traînées de condensation au cours de journées tirées au hasard entre le 2/09/2018 et le 27/07/2020 [2]. Sur ce total, 1569 mesures ont permis d’aller jusqu’à la dissipation des contrails. Pour les 209 autres, il n’a pas été possible de voir la disparition de la traînée de condensation. Soit, en raison de la présence de nuages. Soit, parce que la traînée s’est éloignée du cône de vision de la caméra à cause du vent.


On a ainsi pu constater que 82 % des traînées de condensation, mesurées jusqu’à leur disparition, avaient une durée de vie inférieure ou égale à une minute. La durée de vie des traînées de condensation restantes allait de quelques minutes à plusieurs dizaines de minutes. Près de 26% des traînées de condensation observées avaient une durée de vie supérieure à une minute. Du point de vue des niveaux de vol, la plupart des traînées de condensation observées (37,8%) correspondait à des vols à 11 278 m d’altitude. Les autres niveaux présentant le plus grand nombre de traînées de condensation étaient des vols à une altitude de 10 058 m, 10 668 m, 11 887 m ou 12 497 m (95% des 1778 traînées observées). Presque toutes les autres traînées de condensation provenaient d’avions volant à une altitude inférieure à 10 058 m.

Traînées persistantes

Les traînées de condensation les plus persistantes provenaient d’observations allant de 10 058 m à 12 497 mètres d’altitude. Le niveau moyen de toutes les traînées de condensation observées ayant une durée de vie supérieure à 3 minutes (230 traînées de ce type) était à 11 070 m d’altitude. Si l’on considère uniquement les traînées de condensation ayant une durée de vie supérieure à 5 minutes (179 traînées au total), le niveau moyen était de 11 000 m.

Sur la base de ces résultats, la dépendance de la durée de vie des traînées de condensation par rapport au type d’aéronef, et donc par rapport à la consommation de carburant, ne semble pas très forte. Par exemple, la consommation de carburant d’un gros porteur, le Boeing 777, est environ cinq fois supérieure à celle d’un petit porteur, le Boeing 737. Mais, la différence dans la durée de vie moyenne des traînées de condensation n’est que de 8 secondes.


Les auteurs ont ainsi pu observer que 74% de toutes les traînées de condensation ont une durée de vie inférieure à une minute. Et, ces traînées représentent 17% de la couverture réelle du ciel par les traînées de condensation.

Traînées iridescentes


Il existe aussi des traînées de condensation aérodynamique iridescentes. Dans des conditions humides, la réduction de la pression (et de la température) au-dessus d’une aile dans des conditions de portance élevée peut produire de la condensation sur l’aile. Si cela se produit en altitude dans une atmosphère sursaturée, les particules d’eau condensées se transforment en particules de glace, qui restent derrière l’avion. Cela crée une traînée de condensation aérodynamique derrière l’avion. Les particules agissent comme des “graines” dans l’atmosphère sursaturée et grossissent avec le temps. Lorsqu’elles sont rétro-éclairées par le soleil, les particules diffusent la lumière avec des couleurs qui sont déterminées par la taille des particules. 

Résumé


La notion même de réchauffement climatique lié à la présence de soi-disant « gaz à effet de serre » est un mythe. Toute personne utilisant ce type de vocabulaire participe donc à un mensonge. Reste à savoir pourquoi. Il semble évident que la plupart le font par ignorance du sujet. Ils répètent bêtement ce qui est publié un peu partout. Et, ce, aussi bien sur les réseaux sociaux, que sur internet, ou bien dans la littérature scientifique sous contrôle gouvernemental. Mais, il existe aussi clairement une petite minorité qui propage ce mensonge, sciemment, par intérêt politique ou économique. Ici, seul un anthropologue peut aider à comprendre les raisons exactes sous-jacentes à cette envie de mentir à la population.


Concernant la question des chemtrails ou des contrails. L’observation visuelle montre une durée de vie maximale de plusieurs dizaines de minutes. Par conséquent, si une traînée dure une heure ou plus, il est quasiment certain, que le panache contient autre chose que la vapeur d’eau. Reste à savoir quoi exactement. Et, là, impossible de savoir. Puisque la thèse officielle est qu’il n’y a que de l’eau… D’où, très probablement, un nouveau mensonge, conséquence direct du premier mensonge. Car, comme la vérité attire la vérité, le mensonge, lui, attire le mensonge. 

Conclusion


Voilà, donc, ce qu’il est possible de dire, en cette année 2024, sur ce sujet chaudement débattu. J’espère très sincèrement avoir apporté des éléments objectifs au débat. Car, dès qu’il y a des menteurs, tout dialogue devient impossible. Le menteur ne pourra que s’enfoncer toujours plus dans le mensonge. Et, arrivé à court d’arguments, ce seront les insultes personnelles, ou bien la violence qui prendra le relais. Le problème, ici, est que le menteur est, très souvent, une personne détenant une haute fonction politique, économique ou administrative. Alors, que celui, qui prône la vérité, est un personnage lambda, dénué de tout pouvoir politique, économique ou administratif. 


Bref, l’éternel combat entre le pot de terre et le pot de fer. Sauf que si le pot de fer casse, il est toujours possible de recoller les morceaux. Alors, qu’une fois troué, le pot de fer, doit, lui, être entièrement refondu. Ou bien alors, il doit être rafistolé avec une pièce étrangère à sa constitution propre. D’où une altération profonde de sa nature. Et, à la longue, rafistolage après rafistolage, il y a un changement de fond, pour une forme extérieure, en apparence, inaltérée et intacte. Personnellement, j’ai un faible pour le pot de terre qui, à la base, est un mélange d’eau et d’argile. Et, je n’aime pas beaucoup les pots de fer, qui sont les fils du feu et de la forge. Bonnes vacances à toutes et à tous.

Références

[1] H. Appleman, « The formation of exhaust condensation trails by jet aircraft », Bull. Am. Meteor. Soc., 34(1), 14-20 (1953).

[2] S. Lan, J. Hospodka, « Contrail lifetime in context of used flight levels », Sustainability, 14, 15877 (2022).

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Climat: engagements insuffisants pour les entreprises non cotées, pointe une ONG

22 avril 2024 à 18:00

Seules 40 des 100 plus grandes entreprises mondiales non cotées en bourse se sont fixé l'objectif de parvenir à zéro émissions nettes de CO2 (ou "net zéro"), beaucoup moins que les sociétés cotées, selon un rapport publié lundi par l'ONG Net Zero Tracker.

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